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jeudi 23 novembre 2017

Politique énergétique_4_L’escroquerie de la voiture tout-électrique

Le défi industriel derrière le fantasme de la généralisation du véhicule électrique 

Suivons toujours La France dans le Noir de Hervé Machenaud (Les Belles Lettres), c’est un guide sûr. « A-t-on une idée du défi industriel derrière le fantasme de la généralisation du véhicule électrique ? A ce jour, une des technologies les plus avancées (à quel prix !) celle de Tesla permet avec une batterie de 500 kg ½ tonne, une autonomie de  500 kM ? Le temps de recharge est de 20 minutes à partir de bornes de fortes puissances (quelques centaines en France) ou quinze heures à partir d’une recharge domestique.

Comment imagine-t-on de généraliser la recharge à domicile ? Comment feront les gens qui habitent dans les immeubles des grandes villes et leur banlieue ? Ils auront tous un parking souterrain équipé, ou bien devront-ils trouver une place dans le rue devant une borne de stationnement ?  A supposer que tous les trottoirs de toutes les villes en soient pourvus, quel sera le pourcentage de voitures qui pourront être rechargés pendant plus de douze heures ? 
 Les pouvoirs publics visent 6 millions de véhicules électriques à l’horizon 2030. Cela pourrait représenter une augmentation de 30% de la demande de pointe. Le procès fait au chauffage électrique responsable en France de la demande de pointe sera-t-il fait dans dix ans aux véhicules électriques qui auront tous besoins d’être rechargés entre 19 heures et 7 heures du matin ? Il faut une certaine candeur et pas un grand sens des réalités pour diffuser l’idée à la mode que les six millions de voitures pourront se recharger sur des bornes intelligentes, elles-mêmes équipées de batteries  qui, chargées la journée, chargeront les véhicules la nuit. A-t-on idée du poids de la taille, du coût d’une telle batterie ? Dans chaque borne ? Sans parler de son propre temps de chargement ! »

Analyse coûts et bénéfices des véhicules électriques : le thermique toujours meilleur

Economie en CO2 ; ça dépend de la source de l’énergie électrique !

Or justement, le CGDD (Commissariat Général au Développement Durable) a publié cette année une « Analyse coûts et bénéfices des véhicules électriques ».
En ce qui concerne le bilan environnemental (suppression des émissions de polluants locaux en circulation liés à la combustion, moindre bruit et très faibles émissions de CO2),  la motorisation tout électrique permet de réduire sensiblement les coûts : suppression des émissions de polluants locaux en circulation liés à la combustion, moindre bruit (nul en milieu urbain très dense), et très faibles émissions de CO2 (liées à la production d’électricité qui sont faibles compte tenu du mix électrique français).
Sauf que ce gain environnemental de la motorisation électrique est. réduit par le coût environnemental de production de la batterie. Et surtout, la faiblesse des émissions en CO2 est intimement lié au mix électrique français et ses 70% de nucléaire dans la production électrique. Conséquence : le contenu CO2 moyen en France de l’électricité en 2013 est de 64 g de CO2 /kWh alors qu’il est de 486 g en Allemagne ( où l’on voit l’effet de l’abandonnement scandaleux du nucléaire allemand) et environ 270 au Royaume Uni, 290 en Italie, 220 en Espagne, 560 en Pologne.
Conséquence de la conséquence : en matière de CO2,  en usage mixte (c’est-à-dire non intensivement urbain) le véhicule électrique est plus performant que le véhicule thermique en France, mais pas   en Allemagne (330 g), au Royaume-Uni (270 g), en Italie (290 g) ou en Pologne (560 g). En 2020, le Véhiculé électrique  sera cependant plus performant que le véhicule thermique dans toutes les zones urbaines quel que soit le pays de l’UE. Mais, même en 2050, en usage mixte, le véhicule électrique  serait toujours moins performant que le thermique dans des pays comme l’Allemagne (240 g CO2/kWh), l’Italie (230 g) ou la Pologne (400 g).

Coût pour l’utilisateur

En ce qui concerne le coût pour l’utilisateur, pour un usage mixte, le véhicule thermique demeure plus avantageux que le véhicule électrique. Ainsi par exemple le surcoût socio-économique pour un VE en 2030 est de 7 000 euros sur la durée de vie de la voiture (et supérieur pour les autres technologies et/ou pour 2020). Ce résultat s’explique par le fait que la technologie électrique voit ses avantages compétitifs s’éroder du fait de vitesses plus élevées (hausse des consommations par rapport au milieu urbain) alors qu’au contraire le rendement du moteur des véhicules thermiques est optimal autour de 80 km/h3, et du moindre coût environnemental dans les zones moins peuplées. Ce phénomène est renforcé par une hypothèse de baisse annuelle de plus de 2 % des consommations des véhicules thermiques. Par ailleurs, pour rendre un service équivalent, le véhicule électrique considéré doit posséder une grosse batterie d’une capacité de 50 kWh correspondant à une autonomie plus importante (200 km). Cela implique davantage d’émissions de polluants et de Gaz  à Effet de Serre lors de la phase de fabrication.

Et ajoutons encore ceci : le Véhicule Electrique  est pénalisé par un investissement relatif à l’installation de bornes de recharge. Aux 7000 euros s’ajoutent  donc une prise à domicile pour un coût de 600 euros  et l’aménagement de places de parking avec borne à destination (travail, études, commerces…) pour un coût de 2 000 euros, soit un surcoût  total de l’ordre de 9 500 euros pour le Véhicule électrique, sur sa durée de vie.

 Et encore ces résultats sont très sensibles. Une hypothèse alternative de 8 500 km au lieu de 16.000 par an conduit à un surcoût pour le VE de plusieurs milliers d’euros. Moins on roule, moins le véhicule électrique et intéressant.

Mise en garde de Carlos Tavares . Merci Monsieur !

Au tsunami continu de la démagogie écologiste politique surmontant les hautes eaux de l’ignorance scientifique et technique s’ajoute l’irresponsabilité de certains industriels, prêts à tout pour faire leur cour aux pouvoirs politiques et pour empocher toute subvention bonne à prendre- en matière de voiture électrique se distingua Carlos Goshn, le multi patron paranoïaque  de Renault et Nissan. En revanche, son ex bras droit et maintenant patron de Peugeot, Carlos Tavares, se montra autrement plus critique à l’occasion du dernier salon de Francfort. Extraits rapportés par La Tribune 13 septembre 2017 :

« Les constructeurs ainsi que les autorités publiques auraient bien tort de faire de l'électromobilité l'alpha et l'oméga d'une automobile écologiquement vertueuse….Qui aujourd'hui est en train de se soucier de traiter de la question des mobilités propres dans leur globalité ? Quelles solutions pour la fabrication de batteries, le recyclage des batteries, l'exploitation mais également l'approvisionnement en terres rares, la nature de la production d'électricité... Etc »,
Estimant que « l'emballement autour de l'électromobilité risquait de revenir comme un boomerang au visage des citoyens, Carlos Tavares a ironiquement imaginé sa position s'il devait revenir dans dix ans avec l'électromobilité au banc des accusés, au même titre que les moteurs thermiques aujourd'hui » ( il était ironique ou inquiet ? l’inquiétude serait assez justifiée)

Carlos Tavares s’est aussi inquiété du fait que les subventions publiques sur l'électromobilité ne dureront pas éternellement, et qu’il en résultera un renchérissement du prix des voitures, (qui deviendront moins abordables pour beaucoup) et une concurrence chinoise accrue ( la Chine bénéficiant d’une géologie favorable pour la production des batteries »

Merci, M. Tavares, vous avez  plus fait pour la société que bien de vos confrères aux déclarations écologistes tonitruantes- pourvu qu’il y ait des subventions à toucher ! Cette remarque, toujours tirée de La France dans le noir, d’Hervé Machenaud , qui recoupe votre inquiétude : « Ce sont les industriels qui porteront la responsabilité de ne pas avoir alerté les politiques, d’avoir mis en œuvre leurs politiques, sans les avoir mis en garde contre leurs conséquences »

Le tout électrique en matière de voiture ? Une absurdité totale !

Bref, du point de vue écologique, économique, sociétal, la voiture tout électrique ne peut se justifier qu’en zone urbaine très dense, et encore à condition d’un programme extrêmement couteux d’équipement de recharge,  à condition même qu’il possible ( Mais ou mettra-t-on toutes les voitures à recharger à Paris la nuit ????)…. Et à condition de produire plus d’électricité décarbonnée, donc en particulier nucléaire…(parce que le soleil, la nuit ?). M. Hulot, on  vous met une dizaine d’EPR de plus ???

Le tout électrique en matière de voiture ? Une absurdité totale ! Lorsqu’enfin la  simple rationalité l’emportera, le thermique et les bio carburants- qu’il faudrait se résoudre enfin à produire en masse auront de beaux jours devant eux…



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