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vendredi 19 janvier 2018

Carnets de science n°3 – l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle façonne le monde de demain – et il sera vraiment différent

J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de cette nouvelle revue scientifique, Carnets de sciences, très bonne revue de vulgarisation où les chercheurs eux-mêmes s’expriment largement, et de plus abondamment et intelligemment illustrée. Cette revue, publiée par le CNRS a, je l’avais dit, vocation à devenir une vitrine de la recherche française, et dans le dernier numéro s’expriment des chercheurs du CEA et de l’INRIA (ou peut-être d’unités mixtes ?), et c’est très bien
 Pour ce numéro, un dossier passionnant sur l’intelligence artificielle.  Tout d’abord, un historique rapide (Des machines enfin intelligentes, Yaroslav Pigenet), qui montre bien comment les problématiques de l’intelligence artificielles, les espoirs et les craintes ne sont pas récent, mais comment les progrès immenses effectués ces dernières années ont rendu possibles ce qui n’apparait même pas comme envisageable. Yann Le Cunn, directeur du laboratoire d’intelligence artificielle de Facebook a commencé sa brillante carrière …en mettant au point un système de reconnaissance automatique des codes postaux. Nous sommes bien loin de cela aujourd’hui, grâce à deux facteurs : l’explosion des puissances de calcul, l’explosion des données disponibles ; pour entrainer un système de reconnaissance visuelle, on peut maintenant nourrir un ordinateur de millions de données (photos annotés sur le net, par exemple) au lieu de quelques centaines rassemblées par quelques étudiants. Et cela marche, et cela explique le modèle et le développement économique des GAFA- et pourquoi cela ne vas pas s’arrêter.

Pour ceux qui veulent angoisser : nous en sommes au point où des dispositifs massivement entrainés fonctionnent comme une boite noire et fournissent d’excellent résultats par des voies qui ne peuvent se traduire en aucun langage ou raisonnement (système symbolique) compréhensible par nous. C’est vraiment une autre intelligence avec laquelle nous devrons dialoguer.  Pour ceux qui veulent se rassurer, cette remarque de Sébastien Konieczni : « les machines réalisent mieux que nous des tâches considérées comme intelligentes car nous seuls étions jusqu’à présent capables de les réaliser mais une machine qui soit l de définir ses buts, ça on ne sait  pas faire "

Les applications de l’intelligence artificielle se font déjà sentir et le feront de plus en plus dans le domaine de la santé : aide au diagnostic, formation des médecins,  applications à des systèmes biologiques complexes qui devraient permettre de nouvelles découvertes. (Léa Galanopoulo). Pour la justice, l’intelligence artificielle permet de de mieux exploiter la jurisprudence et prédire les chances de succès d’une démarche juridique, et les cabinets d’avocats l’utilisent de plus en plus. Pour autant, l’idée que l’informatique serait plus objective que l’homme ignore le fait que les algorithmes peuvent aussi reproduire et même amplifier les biais de l’esprit humain ou des sociétés existantes. Ainsi, utilisé de façon imprudente, un algorithme pourra recommander la détention préventive d’un mis en examen noir parce qu’il est noir, en s’appuyant sur les statistiques actuelles, et en accordant un poids insuffisant à sa situation individuelle – le tout sans que la raison en apparaisse de façon évidente. (Fabien Trécourt)

L’intelligence artificielle joue un rôle primordial dans les avancées vers la voiture autonome. Au-delà des prouesses déjà réalisées, les véhicules autonomes devront réagir différemment en fonction du pays où ils évoluent et des habitudes de circulation locales (Guillaume Garvanèse).

Une menace pour l’emploi ?

L’impact sur l’emploi de l’intelligence artificielle a donné lieu à des études extrêmement alarmistes, per exemple de France Stratégie qui montrerait que l’IA pourrait menacer 47% des emplois aux USA, 49% au Japon, 42% en France, 54% dans l’Union Européenne. On peut sérieusement douter de ces prédictions alarmistes, l’idée que la technologie tue l’emploi étant certainement l’une des craintes le plus constamment démenti dans l‘histoire. Pour autant, il est certain que  des difficultés transitoires surgiront, et qu’une société où ceux qui ne sont pas complémentaires à l’Intelligence artificielle seraient marginalisés ou exclus du travail, même avec du pain et des jeux serait en grave danger. Cela suppose une politique active pour aider les gens à changer de secteurs plutôt que d’empêcher la mise en ^lace de technologies grandement  créatrices de richesses. Des facteurs plus étranges, que nous commençons seulement à réaliser et que nous ne savons pas évaluer rentrent également en jeu : l’Intelligence artificielle peut d’ores et déjà écrire des romans qui ont tout pour devenir des best sellers- pour autant aura-t-on envie de lire un roman écrit par un algorithme ? (Serge Abitboul)

Faut-il avoir peur de l’intelligence artificielle ? Des performances inquiétantes, des problèmes inédits

Peut-on faire confiance à l’Intelligence artificielle ? (Charline Zeitoun, Sébastien Konieczny, Jean-Gabriel Ganascia, Serge Abiteboul, Raja Chatila…) pose des questions intéressantes ou surprenantes, ou angoissantes, et la réponse semble être : pas plus qu’à n’importe qui. Deux expériences de Chatbot (robots conversationnels, capables par exemple d’entrer dans des forums de discussion ), notamment Tay de Microsoft et GlovVe ont rapidement tourné court. En quelques heures, habilement manipulé par des internautes un peu pervers, Tay se déclarait partisan d’Hitler, antisémite et comparait Obama à un singe.  Que l’intelligence artificielle batte les champions de monde d’échec, puis ceux de go, cela représente juste un progrès marquant. Mais qu’une intelligence artificielle (Libratus) apprenne, simplement par autoapprentissage, en jouant des millions de parties contre elle-même, à jouer au poker et à bluffer, puis batte à plate couture quatre joueurs professionnels , c’est beaucoup plus perturbant. Dans un proche futur, lorsque vous voudrez négocier une augmentation de salaire avec votre employeur, envoyez Libratus ! Les robots sauront mieux négocier que nous… Autre exemple angoissant : des ingénieurs de Facebook ont fait dialoguer entre elles deux intelligences artificielles (chatbot) conçues pour négocier :   Ils se sont aperçu qu’elles mettaient progressivement en place un nouveau type de langage qu’ils ne pouvaient comprendre et ils ont rapidement débranché leurs machines. Même s’il n’ y avait là aucun danger et que le problème pouvait être régler en imposant des contraintes supplémentaires, cela ne laisse pas que d’être un peu inquiétant.

Une intelligence artificielle pourrait facilement remplacer un conseiller bancaire, étudier des millions d’exemple de prêts et proposer des conditions adaptées à un client. Le problème est qu’il y a de fortes chances que ce système reproduise les biais du passé, c’est-à-dire que par exemple si certaines minorités ethniques ont vu leurs demandes refusées plus souvent ou paient des droits supérieurs, eh bien cette situation risque de se perpétuer.  Cet exemple est particulièrement éclairant, car les systèmes actuels d’apprentissage les plus performants, type réseaux de neurones, ne permettent, ou pas facilement, de remonter à ce que notre intelligence appellerait la cause de l’effet. Ceci met gravement  en cause l’acceptabilité de l’Intelligence artificielle : « Personne n(‘acceptera de se voir refuser un prêt à cause de la connexion 42 du réseau qui est hélas inférieure à 0.2 » (Sébastien Koznieczny).

Le problème de la cause, mais aussi, celui qui lui est lié, de la responsabilité. Il pose un véritable problème pour le développement de la voiture autonome. Êtes-vous prêt à acheter une voiture autonome dont, si en cas de risque d’accident mortel, vous ne  savez pas si elle privilégiera la sécurité des passagers de la voitures, ou celle, per exemple, de piétons ?- ou vous ne savez pas du tout quelle règle elle suivra Le problème est déjà posé, et Mercedes a répondu que ses voitures autonomes privilégieront dans tous les cas la sécurité des passagers tandis qu’ Angela Merckel a dit que ce n’était pas acceptable et annoncé qu’il y aurait une loi . Le problème : « Dans un réseau de neurones, méthode purement numérique, on ne peut ni coder, ni dicter des règles d’éthique, comme imposer que le résultat ne dépende pas du sexe, de l’âge, de la couleur de peau.. Mais c’est possible avec une approche symbolique » (Sébastien Koznieczny). L’avenir est donc peut être à un hybride entre l’intelligence artificielle et d’autres systèmes plus proches de l’intelligence humaine.


Comment sera le monde perçu par une Intelligence artificielle ? Je me suis posé la question de la manière dont une agence artificielle rassemblerait toutes les données astronomiques connues par Kepler et quelle « théorie » aurions-nous alors du système solaire ? Cette question-a-t-elle-même un sens ? Nous fournirait-elle une connaissance du système solaire aussi efficace que la nôtre, en faisant l’économie des lois de Kepler, de la gravitation universelle, de la notion même de loi physique ? 

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