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mardi 16 janvier 2018

Transition énergique et électricité : quelques données essentielles et contributions au débat

Emissions de carbone, défi climatique : un mix à nucléaire important est la seule solution.

Aujourd'hui, au niveau mondial, l’électricité est la première source des émissions de CO2 (25%), bien devant le bâtiment et les transports. Pourquoi ? À cause d’un mix mondial de production aux 2/3 fossiles  (45 % charbon,  25% gaz et pétrole). La plupart des pays devront énormément décarboner leurs sources d’électricité et c’est un sacré défi.
Grâce à son mix énergétique fortement nucléaire, la France possède ici un avantage considérable : environ 4t de CO2 en France et en Suède contre près de 9t en Allemagne. La différence s’explique par le mix électrique  (décarboné à 95% en France et Suède,  fossile à plus de 50% en Allemagne). Cette situation critique de l’Allemagne, qui fait que, à cause de leur arrêt du nucléaire, chez eux, comme l’a fait remarquer Mme Merkel, le diesel pour la voiture est moins pire pour le climat que la voiture électrique montre combien leur politique a conduit à une absurdité
Or la part de l’électricité dans la consommation d'énergie finale mondiale doit doubler d'ici 2050 (GIEC) ; dans les bâtiments  (chauffage),  elle doit passer de 30% aujourd'hui à plus de 50%, dans le transport, elle doit passer de 1 % aujourd'hui à 20-40% en 2050. C’est dire qu’un bon mix énergétique décarboné pour la production d’électricité est absolument critique.

Grâce au nucléaire et à l’hydraulique, 97% de la production d’EDF en France continentale est sans CO2. Des performances qui donnent à la France une large avance par rapport à la plupart des pays européens !

La politique européenne du carbone est déficiente et ne favorise pas la décarbonation de l’énergie

L’Europe vise une réduction de 80% des émissions de CO2 d’ici 2050. Cette ambition passe par une réduction des émissions dans tous les secteurs et par une décarbonation quasi totale du mix électrique européen d’ici 2050. Sur la trajectoire actuelle, l’Europe ne remplira pas ses obligations climatiques. Pourquoi ?  Parce qu’il n’y a pas de régulation efficace du marché du carbone !
Les volumes de droits d’émissions ont été trop généreux : le prix a considérablement chuté depuis le lancement du marché et il est durablement déprimé, ce qui n’incite pas à réduire les émissions.
Pour aller plus loin,  il faudrait l’unanimité au sein de l’UE, ce qui n’est pas possible – les pays fort producteur de charbon- Allemagne, Pologne s’y opposent fortement.
D’où l’idée de mettre en place un prix plancher du CO2 (comme au Royaume-Uni) sur la base de pays volontaires. C’est ce que veut faire le gouvernement français : « la deuxième priorité,  c’est d’avoir un prix plancher du CO2 en Europe et je suis favorable à ce que nous puissions dans les prochains mois acter d’un vrai prix à 30 euros la tonne pour le CO2,  ce qui on le sait est le prix de référence qui permettra de changer durablement les comportements,  de transformer  les priorités de nos investisseurs,  de nos acteurs industriels et dans aucun pays européen,  ce ne sera facile ». (Intervention du Président  de la République lors de la COP23)
Et surtout sur la base du volontariat, cela sera insuffisant !

Autonomie énergétique et sécurité d’approvisionnement : une situation fragile en France

La France est globalement exportatrice nette d’électricité mais le solde varie assez significativement d’une année à l’autre, selon l’évolution et la disponibilité des mix de production européens. Ses capacités d’exportation,  conjuguées avec  une production nucléaire et renouvelable à bas  coût,  permettent à la France de dégager un solde commercial d’électricité d’environ 2 Md€ par an  (sauf en 2016), tout en disposant d’une couverture supplémentaire pour satisfaire  son équilibre offre-demande en cas d’aléa hivernal. Pourquoi en 2016 ? A cause du manque de disponibilité du parc nucléaire ! Donc, sans nucléaire, pas d’exportation et pas même d’économies !

Une politique européenne incohérente et pénalisante.

Prenons trois exemples.
Les mécanismes de capacité : Pour assurer la sécurité du système et la garantie d’approvisionnement, la France, comme l’Angleterre, ont des mécanismes de capacités ; c’est-à-dire qu’un certain nombre de centrales ( les plus anciennes) ne produisent normalement pas, mais sont quand même entretenues par leurs exploitants pour éventuellement intervenir quelques jours par ans. Le dispositif français repose sur une obligation imposée aux fournisseurs de couvrir le besoin de puissance en pointe de leurs clients. Pour cela ils doivent acquérir des certificats de capacité auprès des exploitants (ou détenteurs de capacité d’effacement). EDF a ainsi fait certifier l’ensemble de son parc pour les années 2017, 2018 et 2019. Mais seul EDF peut assurer un tel service public. 
Or il semble que dans ses directives 2018 (Winter package 2017), la Commission Européenne n’ait pas validé les mécanismes de capacité…tandis qu’elle acceptait bizarrement les « réserves stratégiques « allemandes…qui sont pas très différentes !

La loi Nome et l’ARENH : les absurdités de la loi Nome de libéralisation de l’énergie qui impose le dispositif de l'ARENH (Accès Régulé à l'Electricité Nucléaire Historique). A tout moment, les fournisseurs alternatifs doivent pouvoir s’approvisionner auprès d’EDF en énergie nucléaire historique « à des conditions économiques équivalentes » à celles d’EDF.
Conclusion : lorsque le coût spot de l’électricité est élevé, les fournisseurs dits alternatifs peuvent revendre très cher à EDF de l’électricité qu’ils lui ont achetée au tarif régulé ARENH tandis que lorsque le coût spot est peu élevé ils s’approvisionnent ailleurs et laissent à EDF l’énergie qu’elle est de toute façon obligée de produire. Génial, gagnant à tous coups car l’ARENH a été conçu comme une option gratuite pour les fournisseurs. En conséquence, et contrairement à l’objectif initial, EDF ne couvre pas ses coûts dans la durée.

Et notez bien que tandis que l’Europe impose ainsi à EDF de subventionner ses concurrents, elle s’apprête à demander la fin des tarifs régulés qui protègent les particuliers des variations fortes ces cours, et surtout des augmentations brutales au moment où ils ont réellement besoin d’électricité. L’Europe de la secte libérale, dans toute sa brutalité et sa folie, ce sont des tarifs régulés pour les profits financiers et la fin des tarifs régulés pour les particuliers.

Troisième exemple, l’hydraulique : alors que l’hydraulique constitue en en France une énergie décarbonée majeure, propre et renouvelable, l’Europe, toujours au nom de sa conception idéologique et fanatique du libéralisme a imposé un système absurde et impraticable de mise en concurrence des concessions hydrauliques. Bilan : une fois de plus, un des atouts majeurs de la France part à la dérive : les coûts moyens de production ne sont progressivement plus couverts depuis 2014, les investissements de rénovation du parc se rentabilisent difficilement et se heurtent à une durée limitée pour les amortir. L’Etat français fait l’objet d’une  mise en demeure de la Commission  Européenne depuis octobre 2015, demandant la mise en concurrence effective des concessions hydrauliques. Cette procédure retarde la mise  en œuvre des dispositions de la loi  de transition énergétique (regroupement  de concessions,  investissement contre prolongation,  partenariats avec les collectivités).

La transition énergétique en Allemagne et au Royaume-Uni :

Allemagne :Le prix de détail de l’électricité a été multiplié par 2. Les EnR sont de plus en plus difficiles à intégrer : besoin d’investissements lourds sur le réseau et problème d’acceptabilité - pylônes ; Objectif CO2 national pour 2020 : -40 % par rapport à 1990.  Le gouvernement a reconnu en 2017 qu’il ne pourra être atteint ; Obligation de sortir du charbon (capacités installées actuelles :  47 gW)  pour baisser les émissions de CO2 mais pas de consensus politique.
Bilan : Un échec total : les particuliers allemands payent leur électricité en moyenne 74 % plus cher qu’en France. Cette énergie n’est absolument pas décarbonée puisque le nucléaire a été largement remplacé par des énergies carbonées, et l’Allemagne trahit totalement ses objectifs climatiques.
 En plus, l’investissement sur le solaire n’a même pas permis de sauver une industrie locale complètement balayée par les Chinois.

Royaume-Uni :  une approche globale, prudente et économique de la décarbonation ; des plans pluriannuels qui articulent les différents leviers d’efficacité énergétique  (isolation des bâtiments notamment). Une électricité pas encore suffisamment décarbonée (combustibles fossiles : 54,5 % ENR (surtout éolien) 24,5 % ; nucléaire 20,1 %. Une régulation par le prix plancher du CO2. Investissement soutenu dans le nucléaire avec garantie de revenus.

Le mythe de la rénovation thermique

A force de bonnes intentions et de normes accumulées, on se prend parfois les pieds dans le tapis ; ainsi, la réglementation thermique des bâtiments (RT2012) a été contreproductive du point de vue  des émissions de CO2 puisqu’elle a entraîné une baisse  des parts de marché de l’électricité dans la construction neuve au profit du gaz….
Si tous les bâtiments étaient rénovés très fortement sans modifier les énergies de chauffage utilisées aujourd’hui, les émissions moyennes seraient de l’ordre de 15 kgCO2/m²/an, valeurs très éloignées des 3 kgCO2/m²/an qui est la valeur cible. Au-delà de l’amélioration de l’enveloppe des bâtiments et des performances des systèmes, il sera donc nécessaire de substituer les énergies fossiles par des énergies bas carbone, notamment l’électricité.

Le mythe de l’énergie produite à la maison (ou Production décentralisée et communautés d’énergie)

Ce n’est pas du tout la même chose que d’avoir une ferme Photovoltaïque de 300 mW ou 100000 installations domestiques de 3 KW. Vu de l’équilibre entre la production et la consommation, c’est à peu près pareil, elles produisent quand il y a du soleil et leur puissance cumulée est la même. Vu du réseau ce n’est du tout pas pareil. Les 100000 installations domestiques ne sont pas raccordées au même niveau de tension. Dans un cas, le réseau électrique a un interlocuteur qui aura un centre de conduite et des professionnels avec qui travailler  (pour l’entretien du réseau, pour  l’analyse des incidents…). Dans l’autre, le gestionnaire a en face de lui 100 000 utilisateurs qui sont d’abord  des consommateurs et n’ont pas de compétence technique d’exploitant. Le système électrique peut-il accueillir beaucoup de production décentralisée ?

Réponse : non !!!! La production décentralisée ne répond à aucune des exigences de base d’une production électrique utilisable : La puissance est-elle garantie ou pas ? L’équipement est-il flexible  à la hausse et à la baisse,  à court  et moyen terme ? La production est-elle adaptable  ou au moins synchrone par rapport  à la demande ? La production est-elle près ou loin  de la demande et du réseau ? L’exploitant est-il un professionnel avec lequel on peut interagir,  se coordonner,  corriger des problèmes ?
Ajoutons-y le coût considérable de raccordement au réseau de centaines de milliers d’installations domestiques !!!!

Et ceci encore. Si comme la Commission Européenne le souhaite, les communautés locales de production d’énergie se développent, c’est la fin de la péréquation tarifaire géographique qui consiste à faire payer le même prix à tous les clients quelle que soit leur localisation sur le territoire national : Il n’ y a un seul tarif d’acheminement pour toute la France, identique dans les zones urbaines et rurales bien que les coûts des réseaux soient différents et qui ne  dépend pas de la distance parcourue par l’électricité (contrairement au gaz). C’est la fin du service public de l’énergie.




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