Viv(r)e la recherche se propose de rassembler des témoignages, réflexions et propositions sur la recherche, le développement, l'innovation et la culture



Rechercher dans ce blog

mercredi 28 février 2018

Politique énergétique : la trajectoire du fou _ 3 la privatisation des concessions hydrauliques


Le pillage du patrimoine des Français par la secte libérale

Dans leur grande offensive contre toute notion de service public, les tenants de la secte libérale qui dirigent la Commission ont décidé d’obliger la France à privatiser ses concessions hydrauliques, les barrages producteurs d’électricité : barrage de l'Aigle et ses 84 mètre de hauteur, barrage de la Rance (la première production marémotrice au monde), Bort-les-Orgues et Serre-Ponçon (les mastodontes), Génissiat (le plus grand du monde à son époque), les historiques Castillon et Castelnau-Lassouts, Mont Cenis, Tignes, allez, tous privatisés …
Dans un premier temps, la mise en concurrence du premier paquet concerne 2500 MW de titres à échéance normale, 2100 MW de titres à échéance anticipée soit 4600 MW de puissance totale et 8,2 TWh de productible (EDF est concernée pour respectivement  2000MW de titres à échéance normale, 2000MW anticipés, soit 4000MW au total et 6, 8 TWh de productible. Le reste des installations est exploité par la SHEM). Les principales vallées concernées sont le Drac, La Truyère, La Dordogne, L’Ossau, la Maurienne, le  Baufortin.

D’ailleurs, en passant, il a fallu expliquer aux experts libéraux de la Commission que, non, vraiment, il n’était possible de privatiser barrages par barrages, mais qu’il allait mieux que  tous les barrages de la même vallée aillent au même exploitant…puisqu’ils sont condamnés à travailler ensemble ! Je ne plaisante pas !

Il y a d’abord quelque chose que ces noms, dont on pourrait faire un poème, inspire : c’est qu’ils font partie du patrimoine public, qu’ils sont les propriétés du peuple français qui, par une volonté politique affirmée, par des sacrifices (ceux qui ont dû quitter leur vallée), par des investissements lourds a soutenu un programme hydroélectrique ambitieux qui contribue heureusement, avec le nucléaire, à ce que l’électricité française soit la plus décarbonée du monde.

Ce patrimoine public, au nom de quoi devrait-il être privatisé ? Au nom de quoi et surtout dans l’intérêt de qui la règle devrait-elle devenir : investissements publics, profits privés !

Le gouvernement cède et collabore, les syndicats unis résistent

Autre mystère et preuve d’incapacité et d’incompétence de nos gouvernants successifs, la France est dans l’immédiat pratiquement seule concernée par les injonctions de privatisation des barrages de la Commission. En Espagne et au Portugal, les concessions existantes ont été portées… à 100 ans fort opportunément. La privatisation et la concurrence, c’est bien, mais pour beaucoup, beaucoup plus tard. L’Allemagne a fait valoir qu’un exploitant hydraulique par lander, ça en faisait plusieurs au niveau fédéral, et donc que l’ouverture à la concurrence existait déjà… Les Français seront donc les seuls à obéir au lobby et à la secte libérale en Europe. Depuis octobre 2015, la mobilisation des agents et la résistance des gouvernements avaient permis de suspendre la mise en demeure de la France par la Commission européenne. Mais le gouvernement Macron, encore plus libéral, encore plus soumis à la Commission de Bruxelles parait cette fois prêt à céder ; le Conseiller Energie du Premier Ministre a clairement indiqué que le Gouvernement ne reviendrait pas sur le principe de la mise en concurrence des concessions. Ainsi que le dénoncent les syndicats, le message est donc clair : La Commission européenne, avec un Gouvernement complice, veut amener notre pays, sa politique énergétique et en particulier son secteur hydroélectrique vers toujours plus de concurrence, au détriment de l’intérêt général.

Les Fédérations syndicales CFE-CGC Energies, FNEM-FO, FNME-CGT et FCE-CFDT ont rencontré mi février le Conseiller Energie du Premier Ministre. Cette rencontre s'inscrivait  dans la continuité de la démarche interfédérale, menée conjointement avec les fédérations syndicales européennes EPSU et Industri’All, pour contrer la mise en concurrence des concessions hydroélectriques.
Que l’on remarque ceci : de plus en plus, la CFE CGC, jusqu’à présent sage syndicat de cadres, se retrouve maintenant, dans nombre de conflits, sur la même ligne que les syndicats les plus revendicatifs. Cela fait maintenant un certain temps, dans le privé, qu’avec la financiarisation de l’industrie, les cadres n’adhèrent plus aux stratégies des entreprises, voire sont en complète révolte, et se désengagent ? Avec la privatisation du secteur public, c’est maintenant dans celui-ci que le même mouvement se produit, car les cadres, au moins autant et sinon plus que les autres salariés sont attachés aux missions qui donnent sens à leur engagement professionnel. Cela ne pourra continuer longtemps ainsi et le gouvernement ferait bien d’y prendre garde. Nous le verrons aussi  avec la SNCF.

La mise en concurrence des concessions hydrauliques, c’est la fin du service public

Comme le soulignent les syndicats, les concessions hydroélectriques ne sont pas simplement un moyen de produire des électrons, mais elles ont aussi un rôle important de service public et d’aménagement du territoire.  Parmi leurs responsabilités, signalons notamment la gestion de l'eau potable ou l'irrigation dans toute une vallée ; enjeux sanitaires, enjeux agricoles extrêmement importants,  et enjeux écologiques aussi : il est de la responsabilité de l’exploitant de maintenir dans le cours d’eau un débit minimum (« débit réservé ») permettant a minima de garantir des conditions nécessaires au développement de la vie dans le cours d’eau, de préserver des passages ou des modes de gestion pour les poissons migrateurs et pour les sédiments, etc. Le ministère dit du développement durable le rappelle benoîtement sur son site…tout en se déclarant favorable à la mise en concurrence des concessions. Y a qu’à croire qu’un exploitant privé prendra en compte ces considérations -  ce sont les contradictions de M. Hulot.

En attendant, comme d’habitude, ce seront les maires des vallées concernées qui seront en première ligne devant le mécontentement des populations, lorsque les obligations de service public ne seront plus remplies.

Sur trois plans extrêmement important au moins, la mise en concurrence des concessions hydrauliques aura à coup sûr un effet néfaste.

Sur la sécurité : un agent dans un service public avec un statut de service public doit et a les moyens de placer l’objectif de sécurité au-dessus de toute autre considération, notamment de bénéfices des actionnaires- et rappelons que la sécurité sur les barrages, ce n’est pas rien et que de terribles catastrophes se sont déjà produites.
  
Sur la garantie d’approvisionnement : un agent d’un service public avec un statut de service public doit et peut intervenir de façon à que la sécurité d’approvisionnement (pas rupture, de pannes) soit garantie ou rétablie le plus rapidement en cas d’incident, qu’il pleuve, vente ou neige, la nuit ou le jour quel qu’en soit le coût ? Ce ne peut être le cas d’un exploitant privé qui doit fortement penser à ses actionnaires.

Sur l’optimisation du réseau : l’énergie hydroélectrique représente une source essentielle pour l’indépendance énergétique, pour la lutte contre les dérèglements climatiques, en tant qu’énergie décarbonée et mobilisable immédiatement…du moins tant qu’il y en a. Or la mise en concurrence des concessions hydrauliques conduira à une désoptimisation par écrèmage, puisque seules les concessions les plus rentables seront privatisées, tandis que les moins rentables seront laissées au service public, qui renchérira ainsi ses coûts et sera de moins en moins concurrentiel, ou bien les abandonnera.

 Or, la France a besoin de toute son énergie électricité hydroélectrique

Pour toutes ces raisons, la mise en concurrence des concessions hydrauliques est une absurdité qui doit être combattues, pour commencer par la mobilisation des salariés, des habitants des régions concerné »s, des consommateurs, des écologistes. Le gouvernement qui la déciderait serait un gouvernement félon, antinational et antisocial.

Tous ceux qui le souhaitent peuvent (tenter) de participer au grand débat sur la programmation pluriannuelle de l'énergie (https://www.debatpublic.fr/revision-programmation-pluriannuelle-lenergie)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire