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vendredi 15 janvier 2016

The positivist origins of secularism (laïcité) "à la française" : God is no more public concern


The excellent Quebec periodics Argument published this month (January 2016) on its website an article about secularism and positivism that I submitted  them.  Thanks to them!
http://www.revueargument.ca/article/2016-01-06/658-les-origines-positivistes-de-la-laicite-a-la-francaise--dieu-nest-plus-dordre-public.html

Summary of main points:
 
Québec and Canada have, like many other countries, to deal with the issue of secularism, from reasonable accommodation to unacceptable concessions.  Everywhere,  in France also there is this debate  between Liberals supporting  a  more 'open', more 'modern' secularism, supporters of traditional secularism "à la française" and "uncompromising" Republicans and tenants of the anglo-saxon multiculturalism

According to positivist conception of secularism, secularism is the result of an evolution of mentalities and societies under the law of the three states (Theology, metaphysics, positivist or scientific)
Positivism lays down the principle of a universal evolution of civilization ; inevitably facing not only the results but the methods of modern science, all civilizations will evolve towards a form of secularism.

The separation of the churches and the State (God is no more public concern, but only private matter)) is only one aspect of a more general principle, that of the separation of temporal and spiritual authorities (who acts on opinion), principle which is the real base of freedom - the real anti-totalitarian principle

The theological public order, destroyed, should be replaced; Positivists insist on  the definition and the teaching of a secular morality, which  they think superior to theological morals, for its effectiveness, and also because that man does not do good for fear of divine punishment, but by education and the altruistic feelings culture: "Man is a citizen of  Earth, not Heaven " (Pierre Laffitte) f

For individuals, positivist secularism fulfils the promise of emancipation from the Cartesianism and the Enlightemnts.  It allows the crossing of the great gap, following the word of Auguste Comte, between  slaves of God  and servants of Humanity
No society, wrote Auguste Comte,  can live without a "common social doctrine": "In a population where the necessary involvement of individuals in public order can no longer be determined by the moral, voluntary consent granted by everyone to a common social doctrine, the only remaining  expedient,  to maintain  harmony, is the sad alternative of force or corruption”. Secularism is therefore at the heart of the common social doctrine of the Republic, it is not negotiable, and in this sense the secular State is not neutral: it can process the same way doctrines that accept and those who reject secularism, and a number of other related values (such equality of rights between religions, sex, race, sexual orientation, freedom of expression, including blasphemy, freedom of apostasy...) Freedom of expression must be respected, but certainly some  behaviours contrary to our common social doctrine,  and, of course,  threats, pressures, not to mention violence are not tolerable. It is the role of the polticians  to determine empirically if accommodations are desirable and useful, but they can only be very temporary and very limited; in the France of Jules Ferry, they were limited to sometimes wait for the rehabilitation of the classes to remove the crucifix, recently reminded Mona Ozouf

http://www.revueargument.ca/article/2016-01-06/658-les-origines-positivistes-de-la-laicite-a-la-francaise--dieu-nest-plus-dordre-public.html


mercredi 13 janvier 2016

Les origines positivistes de la laïcité « à la française » : Dieu n’est plus d’ordre public


L’excellente revue québécoise Argument publie ce mois-ci (janvier 2016) sur son site internet un article sur la laïcité et le positivisme que je leur ai soumis (très, voir trop complet !). Merci à eux !


Résumé des principaux points :

Québec et Canada ont, comme beaucoup d’autres pays,  à faire face à la question renouvelée  de la laïcité, d’accommodements raisonnables en concessions inacceptables ;  partout, en France même, le débat oppose républicains « intransigeants » et libéraux partisans d’une laïcité plus « ouverte », plus « moderne », partisans d’une laïcité « à la française » et tenants du multiculturalisme anglo-saxon

Selon la conception positiviste de la laïcité, celle-ci résulte d’une évolution des mentalités et des sociétés selon la loi des trois états. Le positivisme pose le principe d’une évolution universelle des civilisations ; inévitablement confrontées non seulement aux résultats, mais aux méthodes de la science moderne, toutes évolueront vers une forme de laïcité.

La séparation des églises et de l’Etat (Dieu n’est plus d’ordre public) ne constitue qu’un aspect d’un principe plus général, celui de la séparation des pouvoirs temporels et spirituel (qui agit sur l’opinion), principe qui seul peut assurer la liberté —  le principe antitotalitaire par excellence

L’ordre théologique, détruit, doit être remplacé ; aussi, la laïcité suppose-t-elle la définition et l‘enseignement d’une morale laïque, que les positivistes pensent supérieure à la morale théologique, pour son efficacité, et aussi parce que l’homme ne fait plus le bien par crainte  d’un châtiment divin, mais par l’éducation et la culture des sentiments altruiste : « l’Homme n’est plus citoyen du Ciel, mais de la Terre » (Pierre Laffitte)

Pour l’individu, la laïcité accomplit la promesse d’émancipation issue du cartésianisme et des Lumières ; elle permet le franchissement du formidable écart qui sépare, suivant le mot d'Auguste Comte,  « les esclaves de Dieu  des  serviteurs de l'Humanité

Aucune société, pensait Comte, ne peut vivre sans une « doctrine sociale commune » : « Dans une population où le concours indispensable des individus à l’ordre public ne peut plus être déterminé par l’assentiment volontaire et moral accordé par chacun à une doctrine sociale commune, il ne reste d’autre expédient, pour maintenir une harmonie quelconque, que la triste alternative de la force ou de la corruption ».

La laïcité est donc au cœur de la doctrine sociale commune de la République, elle n’est pas négociable, et, en ce sens l’état laïc n’est pas neutre : il ne peut traiter de la même façon les doctrines qui acceptent et celles qui refusent la laïcité, et un certain nombre d’autres valeurs liées ( telle l’égalité des droits entre religions, sexe, race, orientation sexuelle, liberté d’expression, y compris blasphème, liberté d’apostasie…) Si la liberté d’expression doit être respectée, il en va autrement des comportements, menaces, pressions quelconques, sans parler des violences. Il est du rôle du politique d’apprécier empiriquement si des accommodements sont souhaitables et utiles, mais ils ne peuvent être que très temporaires et très limités ; dans la France de Jules Ferry, ils se limitaient à parfois attendre la réfection des classes pour en enlever le crucifix, rappelait récemment Mona Ozouf. 

 

vendredi 8 janvier 2016

Les X et la politique industrielle française


La revue des Anciens élèves de Polytechnique, la Jaune et la Rouge publie (décembre 2015) un numéro axé sur l’insdutrie en France. Le mois qu’on puisse dire, c’est que les point de vues sont variés.
Le retour de la politique industrielle ?

Pour Bernard Esambert (X54), ancien conseiller industriel et scientifique de Georges Pompidou, , « le concept de politique industrielle est de nouveau à la mode » et  « la politique industrielle de Georges Pompidou peut nous éclairer sur les voies à suivre ». Quels sont les grands axes de cette politique ? C’est d’abord une consolidation du tissu industriel, avec de nombreuses fusions qui permettent la constitution des groupes puissants comme Saint-Gobain-Pont-à- Mousson, Thomson, CGE, Rhône- Poulenc, ATO, Creusot-Loire, Babcok- Five, SNIAS, Le Nickel. Une bonne parte des actuels membres du CAC 40 sont nés à cette époque. Parallèlement, la petite et la moyenne industries, source de créativité et de dynamisme et vivier de la grande, ne sont pas négligées avec la création de l’Institut du développement industriel, la nomination, pour la première fois, d’un secrétaire d’État à la Petite et à la Moyenne Industrie.
Le Président lui-même s’implique dans la politique industrielle, et encourage les exportations. Ainsi, pour la première fois, une quinzaine de grands industriels l’accompagnent à Moscou à l’occasion d’un de ses déplacements en Union soviétique. Le politique industrielle pompidolienne, ce sont aussi des  volonté de rattrapage dans les domaines où la France est en retard ( les télécommunications, notamment les commutateurs).  C’est la volonté d’indépendance dans des domaines identifiés comme critiques, et des programmes ambitieux et de  très beaux succès dont nous bénéficions encore aujourd’hui : le nucléaire, pour s’extraie de la dépendance pétrolière, avec Framatome, qui appuyé par EDF, se libère de sa dépendance technique vis-à-vis des licences américaines ;  l’aéronautique, où ,  après bien des ratés, les industries française et allemande s’associent pour donner un successeur au Boeing 727, à la Caravelle et au Trident, et c’est le décollage d’l’Airbus ; C’est enfin le spatial, où, après l’échec de la fusée Europa II en 1972, les Européens se retrouvent sans perspectives et sans lanceurs , et ce sera l’envol d’Ariane.
Au crédit également de la politique pompidolienne, M. Esambert place la création d’un secrétaire d’État à la Petite et à la Moyenne Industrie et aussi le  premier ministère de l’environnement ; l’ordonnance de 1967 sur l’intéressement des salariés ; et surtout, un effort ambitieux de recherche, à la fois public et privé, qui mène le budget global de recherche français à près de 3 % du PIB, objectif encore proposé récemment par  l’agenda de Lisbonne pour l’Europe de la connaissance, et dont nous nous éloignons années après années, renoncement après renoncement.

Bref, pour M. Esambert, la politique industrielle de George Pompidou reste un modèle à méditer
La fin de la politique industrielle ?
Jean Peyrelevade (X58) se montre beaucoup plus négatif sur le rôle de l’Etat dans la politique industrielle : « La France est, dans sa tête, encore colbertiste. Mieux vaudrait que, sans tarder, elle échappe à l’emprise du passé. L’État ne peut plus être un acteur direct du monde industrie. L’Etat peut-il encore, comme acteur direct, participer à la construction d’une économie industrielle ? Autrefois joué par intermittence, ce rôle est devenu impossible. L’État n’a plus aujourd’hui la capacité d’être un acteur direct de l’industrialisation. Cela pour plusieurs raisons.
La première, à elle seule décisive, est qu’il n’a plus d’argent. Que peut-il alors apporter ? Son imperium, sa puissance politique ? Ces arguments, quoi qu’il en coûte aux représentants du souverainisme, n’ont plus de poids… nous n’avons pas besoin d’un État industriel. »

Pour M. Peyrelevade, l’Etat peut et doit assumer trois fonctions. Premièrement, la formation : - il mentionne notamment que malgré nos grandes écoles, les salariés français sont en moyenne moins qualifiés que leurs homologues de la plupart des pays européens développés -  c’est le grand échec de l’enseignement technique. Deuxièmement, encourager l’innovation, la recherche et développement – il considère que le crédit impôt recherche remplit bien cette fonction. Troisièmement : faire en sorte que les entreprises qui investissent trouvent aussi aisément que possible le capital dont elles ont besoin. Il considère que le risque d’investir dans des sociétés jeunes et innovantes est en France mal récompensé : « Les prélèvements sociaux sur les revenus du capital sont supérieurs à ceux sur les revenus du travail, les revenus du capital sont désormais fiscalisés de manière progressive, comme ceux du travail à un taux marginal proche de 70 %, cas singulier »
Bref, que l’Etat traite fiscalement  bien les investisseurs, et tout ira bien. M. Peyrelevade regrette tout de même que l’Eta ne « pense plus le futur » : « L’État a négligé depuis longtemps sa fonction de stratège du futur. Le commissariat au Plan n’a jamais été vraiment remplacé. Il n’existe plus de lieu organisé où les savants, les scientifiques, les représentants de l’appareil productif, les syndicalistes se réunissent pour réfléchir à l’évolution du monde et à l’organisation de la société future »
Franck LIRZIN (03) constate que la politique européenne produit des divergences insoutenables : « l’Europe se trouve dans la situation surprenante d’avoir une balance commerciale à l’équilibre, voire légèrement positive, et des déséquilibres commerciaux internes très importants : par exemple en 2007 + 129 Md€ pour l’Allemagne et – 48 Md€ pour l’Espagne. Pour faire face à cette hétérogénéité, les règles ne devraient pas être les mêmes pour tous les pays. Or, c’est précisément à l’inverse que s’emploient toutes les nouvelles procédures budgétaires et économiques de la zone euro. »

Refaire l’Agence pour l’Innovation Industrielle ?
Bref, non seulement l’évolution internationale rendrait presque inenvisageable toute politique industrielle, mais en plus la politique proprement européenne, purement financière, est anti-industrielle. Pourtant, même ceux qui, comme M. Peyrelevade, veulent réduire l’Etat à un rôle minimal regrette qu’il ait « négligé depuis longtemps son rôle de stratège du futur ».
Si l’on reconnaît à l’Etat a pour rôle de penser le futur de la politique industrielle, il peut tout de même peut-être agir. Une expérience intéressante a été menée avec l’Agence pour l’Innovation industrielle. L’AII n’a existé que deux ans, entre 2005 et 200, pour de tristes raisons de règlement de compte entre sarkozystes et chiraquiens, et parce qu’elle se heurtait à des tracasseries bruxelloises pénibles et incertaines. Néanmoins, elle avait pu initier un certain nombre de grands projets (imagerie médicale, bioraffinerie, filière hydrogène…). D’autre part, Bruxelles exigeait qu’il existe une défaillance de marché, et j‘ai l’impression que l’idée que les marchés puissent être défaillants a quelque peu progressé ces dernières années. Ensuite, si les pays européens remettent à l’honneur la politique industrielle, l’idée finira bien par arriver jusqu’à la Commission Européenne. L’AII a été partiellement intégrée à la BPI, mais l’esprit unique d’innovation industrielle, de prospective, d’initiative, de mobilisation des industriels qui l’animait a, en grande partie disparu, digérée par la culture à prédominance financière de la BPI. L’heure est peut-être venue de recréer une Agence pour l’Innovation Industrielle, avec éventuellement une coordination européenne entre les différents pays.
 

mercredi 16 décembre 2015

Dérive à l’Office Européen des Brevets : le pataquès brocoli tomate


Un office à la dérive
Non seulement l’Office Européen des Brevets (OEB)est en crise constante, avec un dialogue social catastrophique, des suicides, des harcèlements, le tout protégé par une immunité de juridiction, d’ailleurs aberrante qui autorise à sa direction toute violation du droit syndical et des droits les plus élémentaires des salariés, mais en plus il prend, dans le domaine des biotechnologies, des décisions aberrantes qui vont à l’encontre des positions des principaux pays européens, mettent en péril l’excellent système européens  des Certificats d’Obtention Végétale (COV) et sont même en contradiction avec l’évolution de la jurisprudence américaine, pourtant en général favorables au brevet. De quoi s’agit-il ? De la possibilité de breveter des gènes natifs, c’est-à-dire des gênes existant dans la nature, non pas même des gênes par génie génétique, et les organismes qui les contiennent. Le débat s’est focalisé sur deux exemples : le brocoli de Plant Bioscience  et une tomate, dont l’Etat Israélien  demandait la protection.
Dans les deux cas, ces organismes ont été obtenus par des méthodes de sélection classiques, et non pas par des méthodes de génie génétique. Pour le brocoli, l’expression d’un gêne produisant des substances supposées lui conférer de meilleures propriétés de protection contre le cancer a été augmentés ; dans le cas de la tomate, il s‘agit d’une variété capable de donner des tomates sèches sur pied.  A la question : « si l’on découvre un lien entre une séquence génétique existant naturellement dans une plante cultivée et un caractère particulier de cette plante, peut-on devenir propriétaire de toutes les plantes exprimant ce caractère ? », la grande chambre de recours de l’OEB a répondu oui.
Une première étape qui a suscité une inquiétude légitime, tant elle ouvre un espace d’incongruités totales. On ne sait pas exactement ce qui serait brevetable: le gène, la fonction, dans la plante, l’espèce ou le groupe entier. Alors que se passerait-il pour les variétés qui contiennent ou acquerraient naturellement le gêne considéré ? Tous les brocolis naturellement antioxydants deviendraient propriétés  de Plant System ? C’est ce que semble soutenir la directive européenne 98/44/CE, qui affirme : « la protection conférée par un brevet à un produit contenant une information génétique, ou consistant en une information génétique s’étend à toute matière, sous réserve que l’information génétique exerce sa fonction ». Une directive faite pour protéger les organismes génétiquement modifiés, qui, appliquées aux gènes natifs, devient absurde. Il s’agit en plus d’une novation totale en contradiction avec le principe même du brevet, qui protège une invention, et non une découverte, en l’occurrence celle d’un gêne existant naturellement et de sa fonction. Enfin après quelques hésitation, des brevets revendiquant des gênes natifs humains en vue de leur utilisation dans le diagnostic des cancers (brevets Myriad Genetics)  ont été invalidés d’abord en Europe, mais davantage pour des questions de forme, puis, après quelques hésitations, par une décision définitive, en 2013, de la Cour Suprême des USA. La raison de fond en est que la communauté scientifique admet (et cela  d’ailleurs été démontré) qu’accepter ce genre de brevets reviendraient à entraver considérablement la mise au point de test plus performants, lus précis ou plus économiques, donc à entraver le progrès thérapeutique. La décision de l’Office Européen des brevets allait donc à l’encontre, à la fois, du principe même des brevets (une invention), de décisions déjà prises par les USA et l‘Europe, de la volonté des Etats Européens de ne pas accepter de brevets sur les gênes natifs, et de tout bon sens quant aux conséquences de ces arrêts.
Pourquoi de telles dérives ? On hésite entre une certaine imbécillité juridique, des conflits d’intérêts (l’Office Européen des brevets est payé par les redevances des utilisateurs et a donc intérêt à étendre autant que possible le  domaine du brevet)  et parce que ses experts sont des experts européens et non des représentants des Etats Européens  (ces explications sont proposées dans un dossier très intéressant consacré à cette affaire par La Recherche de novembre 2015). Alors que la propriété industrielle est une composante essentielle d’une saine politique de recherche et de développement, cette indépendance de l’Office Européen des Brevets vis-à-vis de toute politique européenne, mais pas de ses propres intérêts est inquiétante. La stratégie européenne de protection industrielle est chose trop sérieuse pour être confiée entièrement à des juristes, sur des critères purement juridiques
Une attaque contre le système vertueux et efficace des Certificats d’Obtention Végétale (COV)
L’affaire des brocolis/tomates n’est au surplus qu’ un révélateur d’une tendance inquiétante. Ces dernières années, plus d’un millier de demandes de brevets ont été déposées auprès de l’OEB pour des plantes obtenues par des méthodes de sélection classiques. C’est tout le système des Certificats d’Obtention Végétale (COV), intelligent et bien utile, qui est attaqué. Ce système a été imaginé  par le français Jean Bustarret, futur responsable de l’INRA, juste après la seconde guerre mondiale. A une époque où l’Europe et la France souffraient encore de restrictions alimentaires, - et la France importait 50% de son alimentation),  il s’agissait de favoriser l’innovation en matières de semences, tout en la protégeant. Le COV protège la variété végétale uniquement lors de sa commercialisation. En revanche, agriculteurs, chercheurs, semenciers peuvent l’utiliser librement pour générer d’autres variétés végétales, qui, à leur tour, pourront être protégées par un COV. En ce qui concerne l’amélioration des semences par des méthodes traditionnelles, donc des croisements impliquant des gênes natifs, ce système est bien supérieur à celui des brevets, et ^lus logique, puisque le fonds génétique naturel reste disponible à tous pour être réutilisé. Au contraire, breveter des gênes natifs empêcherait l’innovation en empêchant les chercheurs de travailler librement et en créant d’inextricables dépendances en cascade. Christian Huygues, directeur scientifique adjoint de l’INRA, dans le même dossier de La Recherche de novembre 2015,  résume : « le brevet ne vise qu’à maximiser le profit individuel et non l’innovation collective ». Et il précise que depuis sa fondation en 1961, de l’Union Internationale  pour la protection des obtentions végétales (Upov), qui promeut le certificat d’obtention végétale, celle-ci a été rejointe par 72 instances nationales ou internationales – mais les USA en sont absents, les brevets étant très chers aux lawyers américains … Une démonstration  de l’efficacité du système des COV a été faite en 1993, lorsque l’Australie a ratifié la convention de l’Upov ; la recherche australienne sur les variétés végétales a alors fait un bond. Ce système est plébiscité par les états européens, par les semenciers, en particulier français , et par les agriculteurs indépendants qui veulent travailler avec leurs propres semences ; il serait paradoxal que la dérive malfaisante de l’OEB lui porte préjudice.
 
 

mardi 15 décembre 2015

L’hydroélectrique a un bel avenir


Ce billet fait suite aux deux précédents de début décembre et fin novembre (Privatiser les barrages hydroélectriques : une folie et  L’énergie électrique : trop sérieux pour être confié aux économistes ?) inspirés par la  colère et l’inquiétude devant la mise en demeure de la Commission Européenne de privatisation des barrages et l’ineptie du gouvernement français, qui contrairement aux autres pays européens, n’a rien fait pour y échapper), alors qu’au contraire, l’énergie hydraulique constitue une énergie propre et renouvelable, dans laquelle de nombreux progrès sont possibles et qu’un  programme hydraulique ambitieux d’investissement et de modernisation devrait être mis en place, qui suppose une intervention et une mobilisation des pouvoirs  et organismes publics.
Au moment donc, où la France est mise en demeure par la Commission Européenne de privatiser ses barrages hydroélectriques (à cause de l’impéritie de ses gouvernements successifs, car les autres pays européens se sont débrouillés pour échapper à cette injonction - cf mon précédent billet), alors que les Suisses investissent intensivement dans la modernisation de leurs barrages, l’électricité hydraulique a un avenir et des solutions novatrices sont en cours de développement.  L’émission de France Inter- les reportages des radio francophones publiques du 6 décembre 2015 – en a donné deux exemples français.
Des turbines fluviales
Avec le barrage de la Rance, la France a été l’avant-garde de l’utilisation des marées pour produire de l’énergie électrique. Hydrotube énergie à Bordeaux développe des hydroliennes destinées aux fleuves. Pourquoi Bordeaux ? Parce que la Garonne constitue un endroit idéal pour tester ces hydroliennes fluviales ; et parce que le savoir-faire des sous-traitants de l’aéronautique est extrêmement utile au défi que s’est donné Hydrotube et son PDG épris de voile et ancien de l’America Cup, Franck Jouanny . Leur prototype H3 placé sur un flotteur de 10 mètres sur 4,5 mètres pèse 5 tonnes et est équipé d’une turbine de 3,5 mètres de diamètre ; des triples jupes latérales le protègent des éléments charriés par le fleuve.  Placé au milieu de la Garonne, dans un fleuve réputé capricieux et des courants variants entre 0.5 et 2.5 mètres par seconde, H3 sera raccordé au réseau en 2016 et devrait fournir une puissance comprise entre 5 et 20 kW, de quoi alimenter les besoins électriques de 12 personnes en moyenne. Débuts modestes, mais qui devraient permettre de tester la fiabilité et la solidité de l’hydrolienne.
Ensuite, ce sera l’Afrique : La technologie de l’hydrolienne est particulièrement attrayante pour le continent africain et ses fleuves gigantesques, en raison de  la faiblesse des coûts (en effet, on estime à 3 ou 4 centimes le prix du kilowattheure généré si un H3 était installé sur le fleuve Congo), d’une maintenance facile et d’une production continue facilement accessible dans un continent où les coupures électriques fréquentes sont un facteur limitant du développement économique. Un modèle installé sur un fleuve comme le Congo pourrait atteindre une puissance de 50 kW et alimenter 3000 personnes pendant un an, pour un coût entre 80.000 et 100.000 euros pour le moment mais qui devrait s’abaisser à 50.000 à 60.000 euros une fois que l’appareil sera produit en série. Après, quand la rentabilité de l’hydrolien sera semblable à celle de l’éolien et du photovoltaïque,  peut-être un retour en France.
Openhydro et la diversification de la DCNS
Autre projet, en mer celui-ci, et d’une autre taille. Société d’origine irlandaise, Openhydro a construit la première hydrolienne  marine ayant produite de l’électricité en 2006 en Angleterre, avec une turbine de 6 mètres de diamètres. Reprise par la DCNS ( Direction des Construction Navales, le descendant des arsenaux navals historiques – depuis 1631 !) , Openhydro a changé d’ambition et ses hydroliennes de taille. Produites à Cherbourg, les turbines ont maintenant des rotors de  16 mètres de diamètres, équivalent d’un immeuble de quatre étages ; l’installation finale est produite dans les arsenaux de Brest. Turbines Marines, les hydroliennes d’Openhydro bénéficient du savoir-faire marin des arsenaux de la DCNS et du savoir-faire en matière déoline d’EDF- énergies renouvelables, qui est associé au projet.  Openhydro propose une solution originale, simple et économique. Emboitées sur des fondations en bêton, la turbine est simplement coulée,  posée sur le fond, sans travaux, sans bétonnage des fonds.  C’est une facilité d’installation inédite, qui, de plus, convient mieux aux circonstances exceptionnelles de très forts courants, et est facilement réversible. Une première hydrolienne doit être installée dans l’un des plus forts courants maritimes au large des côtes européennes , dans le raz Blanchard  ( des courants de douze nœuds lors des marées d’équinoxe !) Mais bien que le groupe maintenant français privilégie une première installation en France, il n’est pas sûr que les premières de ses hydroliennes soient raccordées au réseau français. En effet, un second projet d’implantation des super hydroliennes d’ Openhydro avance rapidement, au Canada, en baie de Fundy ( cette fois, les courant le plus forts au monde , des records de marnage de 21 mètres). La raison : là où en France, le groupe, malgré l‘appui de la DCNS et d’EDF, doit faire face à des interlocuteurs multiples aux intérêts contradictoires, et à une complexité administrative décourageante, au Canada, un dispositif de « guichet unique » facilité considérablement son travail. Or, même si la technologie d’Open hydro est particulièrement attractive, il existe de nombreux concurrents japonais, anglais, canadiens, etc. , et une course est engagée, avec une prime importante au premier qui réussira à faire la preuve de la faisabilité, de la fiabilité et de la rentabilité d’une exploitation industrielle.
La course au nouvel hydroélectrique : la France en sera-t-elle ?
L’hydroélectrique, que ce soit sous la forme plus traditionnelle mais toujours en évolution des barrages fluviaux, ou sous la forme plus nouvelle  des hydroliennes a un bel avenir comme énergie renouvelable. Par sa situation géographique, la longueur de ses côtes, par son savoir-faire historique, la France et son industrie pourraient y jouer un rôle important. Mais encore faudrait-il qu’il y ait une prise de conscience de ses possibilités, et une volonté de développer ce secteur, notamment en accordant à l’énergie hydraulique le même régime qu’au solaire et à l’éolien. Et aussi, un champion national pour porter ce projet. Seulement, la priorité des fous libéraux de la Commission Européenne et de ceux qui les écoutent béatement était de casser EDF ; et voilà maintenant la menace de la privatisation des barrages par mise en demeure de la Commission Européenne, qui sonnerait le glas du développement de l’hydraulique en France. Comment traduit-on, en volapuck libéral «  se tirer une balle dans le pied « ? Concurrence livre et parfaite dans le domaine des biens publics ?
 
 

dimanche 13 décembre 2015

Islam, Islamism: a positivist view


What happened?
 After the  terrorrists attack in Paris in January and November 2015, we need, beyond normal stunning, a reflection on islam. What has happened? (this referring of course to the very useful book of Bernard Lewis, who already pointed  the divorce between Islamic civilization and the mind of modernity, especially of modern science).
Here is a possible positivist analysis. There are laws of evolution of societies (law of the three states from Auguste Comte, etc), as there are physical, chemical, biological laws. In Islamic civilization, these laws, at least in three critical moments, have not been followed.
In the seventh century, the Arab world has  transitioned directly from fetishism (or animism, for example adoration of the Kaaba) to monotheism, without going through the intermediate stages of the Egyptian and Greco-Roman type polytheisms (sacerdotal, then military supremacy). The result is a monotheism imported ( from Jews and Christians) in a society and minds that were not prepared by an endogenous evolution, an incomplete monotheism, which has not set up the separation of spiritual and temporal, and practice more than other religions that have evolved differently, the conversion by conquest.
During the 20th century, Arab-Muslim civilization has tried to transition from the theocratic state to a positive, industrial, secular state, all still under imported influences, without the necessary preparation by what Auguste Comte calls the “critical phase”, i.e. without having assimilated the ideas of freedom of thought, sovereignty of the people and equality to dissolve respectively the religious, political and social theocratic order. This resulted in great disorders and inept or unbearable dictatorships.
Finally, the Arab-Muslim civilization was faced to the results of Western science and its technical powers, without the necessary preparation of the scientific  mind and of the scientific method.
Positivist laws of evolution of societies may thus not be ignored without causing immense chaos and regression. There may not be "democracy building", "civilization building" without an internal sociological development.
What to do? Malala.
Posing the problem, positivism proposes a possible solution. It is through training to the scientific mentality and the understanding of the methods and results of the major sciences, that a  beneficial evolution may occur. More there will be Muslims studying science, more there will be  Muslims engineers, scholars, more  Islamic fanaticism and  theocratic violence will vanish. The West can (and must) help this evolution, it cannot replace it.
Sounds naive? Then listen to the formidable Malala, the  Pakistani girl seriously wounded by Muslim fundamentalists because she braved their ban to go to school, no doubt one of the most deserved Nobel Prize for Peace , and also one of the  more poignant speech :
"Education is one of the blessings of life — and one of its necessities. It has been my experience during the 17-year life expectancy. In my house in the Valley of Swat, in the North of Pakistan, I have always loved school and learning new things. I remember when my friends and I were painting our hands with henna for special occasions. Instead of drawing flowers and other models, we painted our hands with mathematical equations and formulas. »
And Malala to call the US to stop drone attacks in the border regions of Pakistan and clarify: "I want education for the sons and daughters of all the terrorists."
Then, from a spiritual and theoretical point of view, Michel Onfray is right to call to stop military interventions in Muslim countries. You do not build colleges and schools under the bombs, on the contrary; but political temporal power has its own obligations and practical constraints ; it is his honor and his servitude, which remain still separate in part from the spiritual realm ; in certain cases, there is no way than to destroy him who defined himself as  your enemy, before he destroys you.
Any thoughts cannot ignore the pain of the victims and their loved ones. For a positivist, victims join subjective immortality ( all convergent humans, past and to come) and their memory will remain. Newspapers that have begun to publish their portraits do well. The terrorists, they will know neither hell nor paradise; having lived as enemy of humanity, they will be forgotten by humanity. A good measure would be to mention their names the least possible, if not by a generic name - Islamist terrorists. Moreover, it would have the merit of not to stigmatize their families.
"Islam has been the great second attempt after Catholicism, to establish the unity of the human race. Islam was an attempt to build unity of the human race on both religious, political, military and economic grounds.  In this respect, its action must appear  less universal than Catholicism, because islam was more about the reality and not merely a moral improvement plan to win the sky. Thus, there is in islam a whole system of social and moral property organization. Instead of merely, like Catholicism, to engage more or less vaguely to a more or less charitable use of wealth, islam is everywhere where it prevails a property organization which prescribes legal duties as much as moral. But the establishment of a such a system necessarily implies the conquest, because it cannot settle by persuasion only. » Pierre Laffitte, Auguste Comte main disciple, on separation between temporal and spiritual in Islam.
 

Islam, Islamisme : une vue Positiviste


Que s’est il passé ?
Les attentats de Paris de janvier et novembre 2015, nous imposent, au-delà de la sidération normale,  une réflexion sur l’islam. Que s’est-il passé ? (ce titre faisant allusion bien sûr à l’utile essai de Bernard Lewis, qui pointait déjà le divorce des civilisations islamiques et de l’esprit de la modernité, en particulier de la science moderne).
Voici une analyse  positiviste possible.  Il existe des lois d’évolution des sociétés (loi des trois états de Comte, etc.), comme il existe des lois physiques, chimiques, biologiques. Dans les civilisations islamiques, ces lois, au moins en trois moments critiques, n’ont pas été suivies.
Au septième siècle, le monde arabe est passé directement du fétichisme (ou animisme, par exemple l’adoration de la Kaaba) au monothéisme, sans passer par les étapes intermédiaires des polythéismes de type égyptiens et greco-romains (suprématie sacerdotale, puis militaire). Il en est résulté un monothéisme importé (des juifs et des chrétiens) dans une société et des mentalités qui n’ y étaient pas préparés par une évolution endogène, un monothéisme incomplet, qui n’ a pas mis en place la séparation des pouvoirs spirituels et temporels, et qui, cela est lié, pratique plus que les autres religions qui ont évolué différemment, la conversion par la conquête.
Au cours du XXème siècle, la civilisation arabo-musulmane a tenté de passer de l’état théocratique à l’état positif, industriel, laïque, le tout encore sous des influences importées, sans l’indispensable préparation de la phase critique, c’est-à-dire sans avoir assimilé les idées de liberté de pensée, de souveraineté du peuple et d’égalité pour dissoudre respectivement l’ordre théocratique, politique et social . Il en est résulté de très grand désordres et des dictatures ineptes ou insupportables.
Enfin, la civilisation arabo-musulmane s’est trouvée confrontée aux résultats de la science occidentale, à ses pouvoirs techniques, sans l’indispensable préparation de la mentalité et de la méthode scientifique.
Les lois positivistes d’évolution des sociétés ne peuvent ainsi être ignorées sans causer d’immenses chaos et régression. Il ne peut y avoir de « democracy building », de « civilisation building » sans une évolution sociologique propre.
Que faire ? Malala.
Posant ainsi le problème, le Positivisme permet d’entrevoir une solution possible. C’est par la formation à la mentalité scientifique, à la compréhension des méthodes et résultats des principales sciences  qu’une évolution bénéfique pourra se produire. Plus il y aura de musulmans étudiant les sciences, plus il y aura d’ingénieurs, de chercheurs musulmans, plus le fanatisme islamisme, plus la violence théocratique reculeront. L’occident peut (et doit) aider cette évolution, il ne peut s’y substituer.
Cela paraît naïf ? Alors écoutons la formidable Malala, cette fillette pakistanaise gravement blessée par les intégristes musulmans parce qu’elle bravait leur interdiction d’aller à l’école, sans doute l’un des Prix Nobel de la Paix les plus mérités qui soit, et aussi l’un des discours es plus émouvants :
« L'éducation est l'une des bénédictions de la vie - et un de ses nécessités. Cela a été mon expérience pendant la durée de vie de 17 ans. Dans ma maison dans la vallée de Swat, dans le nord du Pakistan, je ai toujours aimé l'école et apprendre de nouvelles choses. Je me souviens quand mes amis et moi-même décorions nos mains avec du henné pour des occasions spéciales. Au lieu de dessiner des fleurs et autres modèle,  nous peignions nos mains avec des formules et équations mathématiques. »
Et Malala d’appeler les USA à cesser les attaques de drones dans les régions frontalières du Pakistan et de préciser :   « Je veux l'éducation pour les fils et les filles de tous les terroristes ».
Alors, d’un point de vue spirituel et théorique, Michel Onfray a raison d’appeler à cesser les interventions militaires dans les pays musulmans. On ne construit pas des collèges et des écoles sous les bombes, au contraire ; mais  le pouvoir temporel politique a ses propres obligations et sujétions pratiques, c’est son honneur et sa servitude, qui demeureront toujours séparées en partie du domaine spirituel ; en certaines extrémités, il faut bien détruire celui qui s’est désigné comme votre ennemi avant qu’il ne vous détruise.
Toute réflexion ne peut ignorer la douleur des victimes et de leurs proches. Pour un Positiviste, les victimes rejoignent l’immortalité subjective, ensemble des êtres convergents passés et à venir, et leur mémoire subsistera. Les journaux qui ont entrepris de publier leurs portraits font bien. Les terroristes, eux, ne connaîtront ni enfer, ni paradis ; ayant vécu en ennemi de l’humanité, ils seront oubliés par l’humanité. Une bonne mesure serait de les nommer le moins possible, sinon par un nom générique – terroristes islamistes. Au surplus, cela aurait le mérite de ne pas stigmatiser leurs familles.
« L'islam a été la seconde grande tentative, après le catholicisme, pour fonder l'unité du genre humain. L'islam fut une tentative à la fois religieuse, politique, militaire et économique pour constituer l'unité du genre humain. Sous ce rapport, son action doit apparaître avec un caractère moins universel que le catholicisme, parce que l'islam serrait de plus près la réalité et ne se contentait pas de superposer aux situations affectives un plan d'amélioration morale pour gagner le ciel. Ainsi, il y a dans l'islam tout un système d'organisation sociale et morale de la propriété. Au lieu de se borner, comme le catholicisme, à engager plus ou moins vaguement à un emploi plus ou moins charitable de la richesse, l'islam constitue partout où il prévaut une organisation de la propriété qui prescrit des devoirs légaux autant que moraux. Mais l'établissement d'un pareil système suppose nécessairement la conquête ; car il ne peut s'établir par la persuasion seule. » Pierre Laffitte,