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mardi 6 novembre 2018

Raisons de détester l’Eurokom-15 : le dérégulation du marché du travail et les travailleurs détachés. Le grand dumping social


Europe et Eurokom

Dans un de mes précédents blogs, je m’enflammais sur les propos de Macron à Epinal sur « l’Europe qui nous a donné la Paix ». Face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations et l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne.

Tout commence par le foot : l’arrêt Bosmann

1995 : 23 ans déjà et c’est un univers qui a changé ! Jean-Marc Bosman, un footballeur belge qui restera plus célèbre par sa jusrisprudence que par son jeux,  demande à son club du FC Liège son transfert vers le club français de Dunkerque. Celui-ci refuse,  Bosman porte l'affaire devant la CJCE et  conteste la conformité des règles régissant les transferts au regard du droit communautaire ; en particulier, la possibilité pour un club de réclamer une indemnité de transfert pour un joueur ayant fini son contrat et les quotas limitant à 3 le nombre de joueurs étrangers ressortissants de l'Union européenne dans une équipe

La Cour Européenne de justice donne raison à Bosman, considérant que les règlements de l'UEFA, et notamment ceux instaurant des quotas liés à la nationalité, sont contraires à l'article 48 du traité de Rome sur la libre circulation des travailleurs entre les États membres.

Au nom de la sacro-sainte liberté de circulation, principe intangible de la secte libérale, tout le sport se trouve bouleversé, et c’est la football du fric extrême qui se met en place, écœurant, abrutissant, ce cirque du Pain, des impôts et des jeux,  cynique, révoltant, avec ses quelques clubs ultra riches qui se vendent en bourse et servent à la publicité de potentats plus ou moins orientaux.

Et ce sont des salaires de plus en plus indécents, et c’est par exemple le transfert de Neymar à Paris en 2014 qui fait ainsi réagir l’excellent Konopnicki  dans le non moins excellent Marianne : « Cette fois, il s'agit de 222 millions, ce qui ne me laisse pas indifférent. Comment un être humain peut-il valoir une somme pareille ? Des siècles de Smic ! Tandis que le cours des joueurs de foot s'envole, celui des savants chute sensiblement. Les salaires sont bloqués au CNRS, dans les universités et les hôpitaux. Pour cause de crise, la fondation Nobel a dû baisser de 20 %, en 2012, la prime attribuée aux lauréats du prix. Les plus grands savants de la planète peuvent espérer recevoir un jour 900 000 €, qui se partagent souvent entre les membres d'une équipe de chercheurs. La différence des deux sommes mesure la reconnaissance de chacune de ces deux catégories d'individus. Un savant, cela vaut 221,1 millions d'euros de moins qu'un footballeur. Je surveille mon langage. On peut traiter de matheux un titulaire de la médaille Field, il ne vaut jamais que 15 000 dollars. Si j'emploie le mot « footeux », on me reprochera aussitôt d'être méprisant, tant pour ce pauvre homme couvert d'or que pour ses supporteurs. Le football est sacré, la science, méprisée… Ce n'est pas une question d'économie, les découvertes scientifiques de ces dernières années rapportent autant et plus que les retransmissions de matchs de foot. »
En effet ; merci à la secte libérale, qui sait si bien exploiter la bêtise. Car enfin, ces stades géants, ces déploiements de sécurité coûteux et ces salaires indécents, ce sont nos impôts qui in fine les paient en grande partie.

Après l’arrêt Bosmann, la directive Bolkenstein. Le grand marché du dumping social.

Vous vous souvenez, la directive Bolkenstein, la directive du 12 décembre 2006 relative aux services dans le marché intérieur, dite aussi la directive du plombier polonais. Il s’agissait de faciliter la mobilité des travailleurs (une vieille obsession des de la secte libérale- un « marché du travail » le plus ouvert, le plus large et le plus dérégulé possible) en simplifiant pour un prestataire de services d'un État membre les conditions dans lesquelles il peut opérer dans un autre État membre. Et le principe était, est, toujours le suivant : « Pour ne pas entraver la libre prestation de services des entreprises, l’Union ne garantit aux travailleurs détachés qu’une protection « minimale », inférieure à celle de la main-d’œuvre locale au motif que le travailleur détaché n’a pas vocation à s’intégrer de façon permanente au marché du travail du pays d’accueil. Ce beau et magnifique principe libéral était, dans sa première formulation,  une conséquence assez extrême : le « Principe du pays d'origine » : le contrôle de l'application du droit du travail serait conféré au pays d'origine du travailleur et non plus au pays dans lequel s'effectue le travail ! Plus concurrence par le dumping social, on ne pouvait pas faire mieux !

Bref, les peuples, et en particulier la France, refusèrent le traité européen, et la directive Bolkenstein  joua un rôle non négligeable dans ce rejet. Que croyez-vous qu’il arriva ? On fit voter par les parlements dociles ce que les peuples avaient refusé, et la directive Bolkenstein fut appliqué, avec le principe de pays d’origine modifié à ma marge.

Et ce fut le grand dérèglement ! de 7500 à 286.000

Rappelons le caractère assez extraordinaire de cette législation qui contrevient à la règle internationalement reconnue du droit privé, la lex loci laboris,  selon laquelle le contrat de travail doit se conformer à la loi du pays de travail. En principe, le travail détaché devait répondre à un besoin de main d'œuvre spécialisé et temporaire dans un domaine précis. En réalité, ce fut exactement ce à quoi il fallait s‘attendre,  un flot incontrôlable et propre à faciliter toutes les fraudes, au-delà même de ce que permet déjà scandaleusement le dumping social encouragé par la Commission Européenne. En 2014, le nombre de travailleurs détachés était de  1,9 millions, pour des détachements d’une durée moyenne de quatre mois. En France, la Direction générale du travail comptabilisait 286.025 travailleurs détachés déclarés pour l’année 2015 – il semble qu’il faille rajouter 220.000 clandestins, soit 500.000 !!Depuis l’an 2000, époque où l’on comptait environ 7500 travailleurs détachés sur le sol français, la croissance est continue, avec deux secteurs particulièrement friands, le bâtiment et le travail temporaire. Sous ce régime Bolkenstein, les travailleurs détachés gagnent entre 10 et 50 % de moins que les travailleurs locaux !

Témoignages :

« L’enquête démarre à Dunkerque, sur le chantier d’un terminal méthanier piloté par EDF. Sophie Le Gall a découvert que des ouvriers roumains trimaient jusqu'à 55 heures par semaine, pour moins que le Smic. Certains mois, ils ne sont même pas payés… Des entreprises pourvoyeuses de main-d’œuvre se sont fait une spécialité de ce "détachement frauduleux". La championne européenne toutes catégories s’appelle Atlanco, une entreprise irlandaise d’intérim qui fournit des travailleurs low cost à toute l’Europe, notamment dans l’agroalimentaire ou le BTP. Parmi ses clients, on retrouve des mastodontes comme Bouygues. L’entreprise irlandaise a fait signer des contrats de travail chypriotes écrits en grec à des ouvriers polonais pour travailler en France… Un jeu de Meccano social dans lequel des milliers de salariés ont été bernés et des millions d'euros de cotisations sociales sont partis en fumée ».

« Avec l’ouverture du marché européen, une entreprise française peut sous-traiter le transport d’une cargaison allemande à une firme italienne avec un camion belge conduit par un chauffeur polonais… Dans cet imbroglio de nationalités et de réglementations, les contrôles sont peu efficaces et les chauffeurs européens sont devenus des forçats de la route. Des "esclaves modernes", selon ce chauffeur roumain "détaché" en France qui touche un salaire de 237 euros brut par mois, vit dans son camion et passe ses week-ends sur le parking de son entreprise, faute de pouvoir rentrer chez lui. Son employeur ? Geodis, une entreprise française filiale de la SNCF… Le grand scandale des salariés à prix cassé touche aussi les fleurons du secteur public. »

L’ « impossible » retour à la loi normale du lieu de travail.

Devant cette concurrence par le dumping généralisé, même la Commission Européenne a commencé à s’inquiéter. Elle n’a pu que constater l’effroyable effondrement des conditions du travail ainsi libéralisé, avec des travailleurs exploités par des officines de leur propre pays, qui prélèvent de juteuses commissions sur leur travail, ainsi que sur les logements insalubres qu’elles leur fournissent. Et dans le bâtiment et l’agriculture, la directive Bolkensten a complètement déstabilisé ces deux secteurs, en créant une concurrence déloyale et parfaitement légale vis-à-vis des salariés français ou étrangers installés en France. Sur certains chantiers, les gros paquebots de croisière de Saint-Nazaire, par exemple, ils seraient jusqu'à 20% de la main d’œuvre. Concurrence déloyale, ça, ça fait un peut réagir, par pur réflexe, la secte libérale de la Commission.

Avec les promesses de Macron de corriger les conséquences les plus scandaleuses de la directive Bolkenstein, une réforme minimale a été tentée, qui a déchainé les louanges des thuriféraires (« Et si le volontarisme en politique finissait par payer ?- Le Monde »Ah oui, vraiment ? ». La grande avancée positive est que l’accord garantit aux salariés détachés une égalité de rémunération, primes comprises, dans le respect des conventions collectives, par rapport à leurs collègues du pays d’accueil (seul le salaire minimum appliqué dans ce dernier leur était jusqu’alors assuré !). Mais les cotisations sociales des travailleurs détachés restent payées dans le pays d’origine, ce qui, compte tenu des conditions sociales dans les ex-pays de l’est, gangrénés par la misère et l’ultralibéralisme, ne règle pas le problème du dumping social massif. D’une certaine façon même, elle affiche et légitime les buts de la secte libérale au pouvoir à Bruxelles, la disparition ou la réduction a minima de toutes les protections sociales. Macron s’est encore vanté d’une avancée majeure, la limitation à 12 mois du détachement d’un salarié, alors la disposition tient du symbole puisque la durée moyenne d’un contrat de détachement est actuellement d’un peu plus de trois mois. Bravo pour la connaissance du dossier ! Et encore, les contrats pourront être prolongés de six mois !

Et surtout, même si, même si, elle était adopté par l’UE d’ici à la fin de l’année, la réforme n’entrerait en application pas avant 2022 ! (il n’est pas sûr que Macron voit le résultat de son action si volontariste !). Et encore, la réforme ne s’appliquera pas au secteur du travail routier, pour lequel toute régulation a été reportée sine die- un vrai scandale, et social, et environnemental !

Et déjà la Commission européenne réattaque avec le projet de directive sur les services ! (ou le retour de Bolkenstein, version dure !)
Extrait du journal socialo-bolchevik Les Echos 28/02/18 : « La crainte du retour d'une « directive Bolkestein » ravive les tensions à Bruxelles. La Commission veut simplifier les modalités d'établissement dans un autre Etat de l'UE des entreprises de services. Des eurodéputés y voient un moyen de réintroduire le principe décrié du pays d'origine. Est-ce, dix ans après, le retour de la « directive Bolkestein » sur les services qui défraya tant la chronique européenne sur fond de plombier polonais ? C'est en tout cas le spectre qu'agitent au Parlement européen de nombreux eurodéputés, français en tête, qui accusent la Commission européenne de revenir à la charge par un biais détourné. En cause, le projet de «carte électronique européenne de services» (e-card), mesure phare du plan en faveur des services dévoilé début 2017. Au nom de la modernisation et de la simplification, l'exécutif européen veut permettre aux prestataires de services aux entreprises (ingénierie, consultants, informatique, architectes...) et aux entreprises de construction de s'acquitter en ligne, directement dans leur pays et dans leur langue, des démarches administratives pour s'installer ou travailler temporairement dans un autre pays de l'Union. « La Commission tente de réintroduire le principe des règles du pays d'origine. Elle veut faire passer par la fenêtre ce qu'elle n'a pas pu faire par la porte avec la directive Bolkestein ! », ont attaqué mercredi, par communiqué commun, les eurodéputés PPE (droite) français Anne Sander, Jérôme Lavrilleux, Geoffroy Didier et Elisabeth Morin-Chartier. Ils sont membres de la commission Emploi qui a rejeté mardi le projet à une large majorité, comme avant elle, fait rare, les trois autres commissions saisies pour avis.
A cela La Commission Européenne répond : « Il ne s'agit en aucun cas de rouvrir la directive services…Le pays hôte décidera bien s'il autorise ou non la prestation de services dans un autre Etat et délivrera la carte électronique, mais  c'est le pays d'accueil qui a le dernier mot, de la même façon que lorsqu'on délivre un visa. »
Eh bien à encore, cynisme, mensonge et manipulation.  En ne laissant au pays d'accueil qu'un simple droit de réaction, dans un délai très court et assorti d'un principe de délivrance tacite, le texte lui retire en fait le droit de contrôler les entreprises qui peuvent prester sur son territoire » explique l'eurodéputée Anne Sander.
Décidément, cet Eurokom là est incorrigible. Il faut en partir.


samedi 27 octobre 2018

Le nucléaire, seul espoir pour sauver le climat


Le rapport du Giec : le nucléaire, seule solution permettant de respecter les accords de Paris.

Selon un rapport des Nations unies publié le 8 octobre, maintenir le réchauffement planétaire en dessous de 1,5°C nécessite une forte augmentation de la production d’énergie nucléaire. Ce rapport spécial « Réchauffement de la planète de 1,5°C » du Groupe d’experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) avait été commandé par les gouvernements lors des négociations de Paris sur le climat en 2015. Une étude précieuse pour orienter le sommet de la COP24 à Katowice, en Pologne, en décembre.
En décembre 2015, la signature de l’accord de Paris avait permis de fixer pour objectif un réchauffement global des températures terrestres limité à 2°C à l’horizon 2100, et si possible à 1,5°C. C’est au regard de cet objectif ambitieux que le GIEC vient de publier un nouveau rapport. Celui-ci étudie donc les moyens à mettre en œuvre pour parvenir à contenir la hausse de la température globale à 1,5°C à l’horizon de la fin du siècle. A la lecture du rapport, il y a urgence à agir. Les experts du GIEC estiment en effet que le réchauffement global à 1,5°C sera atteint plus tôt que prévu, entre 2030 et 2052.

Dans son résumé aux décideurs, le GIEC propose 4 scénarios permettant de limiter la hausse globale de la température à 1,5°C à l’horizon 2100. On trouve ces scénarios dans le Résumé à l’intention des décideurs..
Tous les scénarios du GIEC nécessitent plus de nucléaire : Le nucléaire augmente dans les quatre scénarios par rapport à 2010, de 59-106% d’ici 2030, de 98-501% d’ici 2050. Ce scénario inclut d’ailleurs la hausse la plus notable (+501%) à l’horizon 2050 de la production nucléaire. Ainsi le respect des objectifs climatiques nécessitera de multiplier par six les capacités nucléaires mondiales.

Les commentaires du GIEC sur le nucléaire : il faut commencer maintenant les nouveaux EPR !

Dans son rapport, au chapitre 4, le GIEC rappelle que « dans les années 1960 et 1970, la France a mis en œuvre un programme visant à obtenir rapidement près de 80% de son électricité du nucléaire sous 25 ans, mais le décalage actuel entre la prise de décision et la mise en service des installations est de 10 à 19 ans ». Le rapport précise d’ailleurs que le rythme actuel de déploiement de l'énergie nucléaire est « limité dans de nombreux pays par l'acceptabilité sociale » liée à des préoccupations relatives aux risques d'accident et à la gestion des déchets radioactifs.
« Bien que l'évaluation comparative des risques montre que les dangers pour la santé sont faibles par unité de production d'électricité et que les besoins en terrains sont inférieurs à ceux d'autres sources d'énergie, les processus politiques déclenchés par les préoccupations de la société dépendent des moyens propres à chaque pays pour gérer les débats politiques autour des choix technologiques et de leurs impacts environnementaux », conclut le rapport du GIEC.

Nucléaire et Climat : la lettre des scientifiques aux chefs d’Etat.

Un groupe international d'experts du climat et de l'énergie a écrit aux principaux chefs d’Etat, le premier dans la liste étant Macron, en raison des accords de Paris et parce que la France apparait comme un modèle en matière de décarbonation de l’énergie, en raison de l’importance du secteur nucléaire.
A Monsieur le Président de la République Emmanuel Macron
Monsieur le Président,

Nous vous écrivons en tant qu'environnementalistes, écologistes et climatologues pour vous féliciter de votre victoire dans l'élection présidentielle et pour applaudir votre politique en faveur d'une taxe carbone. Personne n'a autant fait que la France pour diffuser une énergie propre sur un réseau électrique. Sachant cela, nous vous écrivons également pour vous faire part de notre inquiétude devant votre décision d'éloigner la France d'une production nucléaire propre.

Peu de pays ont fait plus que la France pour démontrer les bénéfices humanitaires et environnementaux obtenus par la création d'une société fortement dotée d'électricité nucléaire. Non seulement la France a été l'hôte de conférences sur le climat des Nations Unies, elle est aussi un des pays développés dont les émissions de dioxyde de carbone par habitant sont les plus faibles.

Toute réduction de la production nucléaire en France aura pour effet d'augmenter la production d'électricité par des combustibles fossiles, donc la pollution, au vu des faibles facteurs de charge et de l'intermittence du solaire et de l'éolien. L'Allemagne en est l'illustration parfaite. Ses émissions n'ont pratiquement pas changé depuis 2009 et ont, en fait, augmenté tant en 2015 qu'en 2016, à cause des fermetures de centrales nucléaires. En dépit d'une augmentation de la puissance installée solaire de 4%, et de celle de l'éolien de 11%, la production de ces deux sources a baissé de 3 et 2% respectivement du fait qu'il y a eu moins de soleil et de vent en 2016 qu'en 2015.

Et là où la France a une électricité parmi les moins chères et les plus propres d'Europe, celle de l'Allemagne est une des plus chères et plus sales. L' Allemagne a dépensé près de 24 milliards € de plus que le prix de marché en 2016 pour ses seuls prix garantis d'achat des renouvelables mais ses émissions ont stagné. Il est à prévoir que l'Allemagne n'atteindra pas ses objectifs de réduction d'émissions de 2020, et de loin. Malgré des investissements énormes dans les renouvelables, seulement 46% de l'électricité allemande sont issus de sources d'énergie propre, à comparer aux 93% de la France.

Le solaire et l'éolien peuvent jouer un rôle important en France. Cependant, si la France devait investir dans le solaire et l'éolien de façon comparable à l'Allemagne, il faudrait s'assurer que ces investissements augmentent la part d'énergie propre de la France et ne la diminuent pas malencontreusement. Les renouvelables peuvent contribuer à une électrification plus poussée des transports, celle-ci étant déjà bien entamée avec le réseau ferré mais pouvant être poursuivie avec les véhicules individuels.

Un remplacement du nucléaire par des combustibles fossiles et des renouvelables nuirait considérablement à l'économie française de trois façons : augmentation des prix de l'électricité pour les ménages et l'industrie, la fin des exportations lucratives d'électricité et - peut-être le plus important - la destruction de la filière nucléaire française à l'export. Si le parc nucléaire français est contraint de fonctionner avec un facteur de charge réduit, la filière nucléaire française en sera paralysée par une augmentation de ses coûts et une réduction de ses revenus. A terme, cela conduira à des niveaux de sûreté inférieurs et à une réduction des possibilités de financement de la recherche, du développement, ainsi que des efforts pour l'exportation des technologies nucléaires françaises. Les pays qui cherchent à construire de nouvelles centrales nucléaires veulent, avec raison, savoir que le produit que la France leur vend est un produit dont la France elle-même profite.

Le programme nucléaire français a, par le passé, été l'objet d'admiration dans le monde. La France a fait la preuve, dans les années 1970 et 1980 qu'il est de fait possible pour un pays industrialisé de décarboner son secteur électrique. Pour la France, la prochaine étape, nécessaire afin de contribuer à la lutte contre le changement climatique et pour l'amélioration de la qualité de l'air, est d'augmenter sa production d'électricité propre à partir de toutes les sources non-fossiles et de réduire massivement l'utilisation des combustibles fossiles dans les secteurs du chauffage et des transports. L'électricité nucléaire devra y jouer un rôle central.

Exemples de signataires: James Hansen, Climate Science, Awareness, and Solutions Program, Columbia University, Earth Institute, Columbia University, Kerry Emanuel, Professor of Atmospheric , Science, Massachusetts Institute of Technology, Steven Pinker, Harvard University, author of Better Angels of Our Nature, Richard Rhodes, Pulitzer Prize recipient, author of Nuclear Renewal and The Making of the Atomic Bomb, Erle C. Ellis, Ph.D, Professor, Geography & Environmental Systems, University of Maryland, Joe Lassiter, Professor, Harvard Business School…

Fermeture de Fessenheim : une erreur industrielle, une hérésie climatique, une gabegie économique

Suite à l’action en justice de la CFE-CGC, le décret de Ségolène Royal actant la fermeture de Fessenheim a été annulé. Une action remarquable et une déclaration tout aussi remarquable et courageuse de la part d’un syndicat qui n’est pas connu comme spécialement revendicatif ( mails il semble que cela change avec leur nouveau président François Hommeril.

Le Conseil d’État fait une leçon de droit public à Ségolène ROYAL et la CFE Énergies obtient l’annulation du décret abrogeant l’autorisation d’exploitation

Fruit d’un caprice politique, le décret de Ségolène ROYAL actant la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim a été annulé par le Conseil d’État. La CFE Énergies avait en effet saisi le Conseil d’État en mai 2017 pour faire annuler ce décret où l’État s’était arrogé des droits que la loi ne lui conférait pas, c’est-à-dire de décider à la place de EDF uniquement dans un but politique à quelques jours des élections.

Le 9 avril 2017, Ségolène Royal avait publié en urgence un décret portant abrogation de l’autorisation d’exploiter la centrale nucléaire de Fessenheim, n’hésitant pas à cumuler passage en force, déni de gouvernance et précipitation. La CFE Énergies avait alors dénoncé un décret aussi illégal que précipité. Aucune urgence ne justifiait la précipitation avec laquelle ce décret a été publié, hormis de sombres considérations de tactique politicienne ou d’agitation médiatique en pleine campagne électorale.
La CFE Énergies a contesté cet excès de pouvoir pour non-respect du cadre juridique de la demande d’abrogation qui ne peut qu’émaner de l’exploitant EDF, et non de l’administration. Elle avait donc déposé auprès du Conseil d’État un recours en annulation d’un décret illégal. Suivant l’avis du rapporteur public, le Conseil d’État vient d’annuler le décret contesté par la CFE Énergies, en se rangeant à nos arguments.

Pour la CFE Énergies et les salariés qui persistent à considérer que la fermeture de la centrale
nucléaire de Fessenheim est une erreur industrielle, une hérésie climatique, une gabegie économique et une énorme injustice pour les salariés d’EDF et de la filière nucléaire française, c’est une victoire à la fois juridique mais aussi politique. En matière énergétique, ce sont le pragmatisme, la raison et l’esprit de responsabilité qui doivent plus que jamais prévaloir au moment où le GIEC tire la sonnette d’alarme climatique.

Si la CFE Énergies fait aujourd’hui de l’accompagnement des salariés sa priorité pour qu’ils ne paient pas les pots cassés d’une décision politique irresponsable, elle considère que la décision du Conseil d’État doit conduire chacun à mettre l’intérêt général, l’urgence climatique, l’impératif industriel et la souveraineté énergétique au cœur des décisions.

A l’heure où il rend ses derniers arbitrages sur la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie, le Gouvernement doit tirer les conséquences de cette décision du Conseil d’État pour faire les bons choix, de manière rationnelle, pragmatique et responsable. Cela vaut à la fois pour l’avenir du parc nucléaire français, celui des centrales charbon ou l’indispensable évolution de la régulation du système électrique français avec l’objectif de favoriser les investissements industriels de long terme nécessaires à la décarbonation de l’économie.

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Raisons de détester l’Eurokom-14 : L’Europe de la connaissance a fait plouf !


Europe et Eurokom

Dans un de mes précédents blogs, je m’enflammais sur les propos de Macron à Epinal sur « l’Europe qui nous a donné la Paix ». Face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations et l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne.

L’agenda de Lisbonne . Plouf ! Echec complet !

De tous les sujets traités dans cette série de blogs, c’est peut(être celui qui me touche de plus prêt, et ce sera la plus simple à écrire et le plus rapide tant l’échec est patent. Souvenons-nous ! En mars 2000 était organisé un Conseil européen à Lisbonne, au cours duquel était affirmé l’ « agenda de Lisbonne », soit  l'objectif de « faire de l'économie de l'Union européenne  l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d'ici à 2010, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale »

Une priorité des priorités était fixée, devant  permettre d’atteindre ces objectifs : celle de consacrer 3% du PIB à la recherche et au développement (R&D). Un objectif indispensable critique, qui n’avait rien de trop ambitieux ; il laisse cependant l'UE loin derrière le Japon (3,8 %) et les USA, par exemple.
Parmi les initiatives phares de l’agenda de Lisbonne figurait  l'Union de l'innovation. Présentée en octobre 2010 par la Commission, elle devait concentrer les efforts de l’Europe (et sa coopération avec les pays tiers) sur des défis tels que le changement climatique, la sécurité énergétique et alimentaire, la santé et le vieillissement de la population. Elle devait permettre  au secteur public d’intervenir pour stimuler le secteur privé et pour lever les obstacles qui empêchent les idées d'accéder au marché (manque de financement, morcellement des systèmes de recherche et du marché, sous-utilisation des marchés publics pour l’innovation…)

Ah, et aussi, pour rempli le défi de l’Europe de la connaissance, il était affirmé que l’Europe  avait  besoin d’un million de chercheurs supplémentaires…

Et aussi ceci : Le financement de la R&D par le secteur privé devra passer de 56%, valeur enregistrée en 2002, à 66% de l’investissement total dans la R&D

Où en sommes-nous ?

La Suède (3,25% du PIB) et l'Autriche (3,09% du PIB) sont les deux seuls pays parmi les 22 qui ont atteint les objectifs de Lisbonne ( lesquels, rappelons-le devaient être atteint en 2010 !!). Elles sont suivies de l'Allemagne (2,94% du PIB). A l'inverse, la Lettonie (0,44%), la Roumanie (0,48%), et Chypre (0,50%) se placent en bas de tableau. Pour la France, Eurostat indique que les dépenses ont représenté 2,22% du PIB selon des données pour 2015 ( ce qui fait que, en France, les dépenses en R&D n’ont pas augmenté depuis 1996 ( 20 ans de perdus pour la mirifique Europe de la Connaissance !) La moyenne européenne se situe à 2,03%- bien, bien loin des 3% !

Nous avons perdu vingt ans ; Pendant ce temps, quel que soit leur président les USA ont continué à nous surpasser (2.80%), le Corée et le Japon nous écrasent (respectivement 4.23% et 3.29% du PIB) et la Chine nous a dépassé (2.07%). Vous avez pas remarqué la disparition de Nokia, remplacé par Samsung et maintenant HuaWei ?

Le financement de la R&D par le secteur privé en France (et ce n‘est pas le pire !- ni le meilleur) est….toujours de 59 %, soit une augmentation d’un poil de iota en 18 ans. Et attention : il y a là dedans (et heureusement ) 5.2 milliards d’euros de crédit impot recherche (donc avancés par l’Etat)- sur 46.4 milliards de dépenses totales de recherche développement.

Autre exemple : l’agenda de Lisbonne devait permettre au secteur public d’intervenir pour stimuler le secteur privé. Fruit d’un rapport présenté en 2004 par M. Jean-Louis Beffa, la France avait mis en place une  Agence de l’innovation industrielle (AII), qui devait susciter, identifier et sélectionner des programmes susceptible de conduire à des innovations de rupture (programmes mobilisateurs pour l’innovation industrielle,PMII), pour lesquels les financements publics et privés sont défaillant,  participer à leur financement et procéder au contrôle et à l'évaluation périodique de ces programmes. C’était un pas dans la bonne voie, et que croyez-vous qu’il arriva ? Au nom de la concurrence libre et non faussée, et des « distorsions de concurrence » que ce programme pouvait, selon elle, entrainer, la Commission européenne, et tout particulièrement la Commissaire à la concurrence n’a cessé d’entraver le fonctionnement de l’AII qui a jeté l’éponge au bout de deux ans pour revenir à la vielle habitude inoffensive du saupoudrage type Oseo.

Et il n’y a aucun signe que cela va changer.

Un fonctionnement bureaucratique… Quand une présidente du Conseil Européen de la Recherche pète les plombs…

« Le travail de l'agence de financement scientifique de l'Europe a été marqué par les tensions actuelles avec la Commission et des règles bureaucratiques "stupides", ont affirmé des représentants de l'agence aux eurodéputés. Helga Nowotny, qui a été nommée présidente du Conseil européen de la recherche (CER) le mois dernier, souhaite que l'organisation naissante devienne une installation autonome et permanente dans le paysage scientifique complexe de l'UE. Elle a affirmé que le travail de l'agence avait été entravé par la bureaucratie bruxelloise. S'adressant à la commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie du Parlement cette semaine (7 avril), elle a affirmé que la structure du CER était défectueuse à la base. Selon ses propos, cela a conduit à une relation compliquée entre les parties scientifique et administrative de l'agence et a créé des problèmes entre le CER et la Direction Générale recherche de la Commission européenne. Elle a décrit la transition du CER en tant qu'agence exécutive de plutôt douloureuse et a blâmé l'esprit bureaucratique de la Commission européenne…

Yves Mény, auteur d‘un rapport sur le CER, parle d’ une bureaucratie fondée sur la méfiance, et a mis l'accent sur les frustrations dues aux règles "stupides" de la bureaucratie imposées aux chercheurs et aux rédacteurs. Les efforts effectués pour que le CER entre en concurrence avec le National Science Foundation (NSF) américain vont échouer à moins que le problème de la bureaucratie ne soit combattu. Si l'agence exécutive a juste pour rôle de servir une bureaucratie encore plus large, ce n'est même plus la peine d'y penser – l'agence ne deviendra pas une organisation de recherche reconnue, a-t-il prévenu.

Depuis ces critiques de 2012, il ne semble pas que le Conseil Européen de la recherche se soit, en quoi que ce soit, hissé au niveau de la NSF….

Les financements par projets- inefficace et bureaucratique

La secte libérale a depuis les années 80 progressivement imposé son idéologie et sa méthode, la nouvelle gestion publique (new public management) qui nie, ou en tous cas minimise, toute différence de nature entre gestion publique et gestion privée. Dans le domaine de la recherche, où il est particulièrement peu adapté, cela se traduit par la suppression quasi-totale des financements récurrents et le recours quasi-exclusif au financement par projets.

Alors s’enclenche une catastrophe bureaucratique  : la réduction des budgets récurrents des unités de recherche pousse de plus en plus les équipes à monter des projets ; les volumes financiers ne suivant pas – ou étant même en réduction – le taux moyen de réussite s’effondre ; un temps considérable est investi par les équipes pour monter des projets qui ont très peu de chances d’aboutir ; le mécanisme de sélection est très lourd ; le montant moyen des projets financés est en baisse. L’efficience globale s’effondre. Bien plus, le formatage des projets de recherche amène à privilégier la faisabilité opérationnelle à l’intérêt scientifique.

On oblige du coup de plus en plus de chercheurs à monter des projets institutionnellement complexes pour répondre à des appels concurrentiels pour des recherches ne nécessitant pas forcément de monter de tels projets ; et ensuite on ne donne pas à ces mécanismes de financement sur projet les moyens cohérents avec leurs ambitions. C’est un mécanisme inefficace  il a été estimé que plus de 35% des ressources sont dépensées en gestion bureaucratique avant même le début du projet…). Dès lors que l’équilibre entre financement structurel et financement par appel à projets est déséquilibré, que le rapport entre projets déposés et projets retenus est déraisonnable, que les volumes unitaires de chaque projet sont faibles et ne permettent pas de « rentabiliser » le coût de sélection sur un volume financier suffisant, c’est la recette pour l’enlisement, le gâchis  et la démotivation.

Et c’est aussi pour cela que l’Europe de la recherche s’est ensablée ! Et ce n’est pas un hasard si l’un des rares succès en matière d’Europe de la recherche, l EMBL (laboratoire européen de biologie moléculaire), a été créé en 1974 sur des principes totalement différents, voire opposés….

Une logorrhée insupportable

L’Europe de la recherche, l’Europe de la connaissance, à l’aune même des objectifs qu’elle s’était fixée à Lisbonne est un échec complet. Cela n’empêche pas les institutions européennes de produire une vérité diarrhée textuelle, une logorrhée verbale et écrite, qui devient de plus en plus insupportable tant elle s’éloigne de toute réalité. Extraits :

« Le programme Horizon 2020, doté de 80 milliards d'euros pour la période 2014-2020, s'axe par ailleurs autour de trois grands piliers : l'excellence scientifique, qui doit permettre de renforcer la position de l'UE dans le domaine scientifique, la primauté industrielle, afin de renforcer l'innovation industrielle et les défis de société. »

« L'Espace européen de la recherche définit la voie européenne vers l'excellence dans la recherche et est un moteur essentiel de la compétitivité européenne à l'ère de la mondialisation. »

« Afin d'atteindre les objectifs fixés par l'Union européenne en matière d'excellence scientifique et d'innovation, plusieurs organes ont été créés : le centre commun de recherche (JRC), le Conseil européen de la recherche, l'Agence exécutive pour la recherche, l'agence exécutive pour les PME, l'agence exécutive "Innovation et réseaux" et enfin l'Institut européen d'innovation et de technologie »

(Ah, oui, en matière de créations de machins bureaucratiques, l’ Union Européenne doit être championne du monde)

Il serait peut-être intéressant de se pencher sur ce que fait la Chine, qui nous dépasse n. Le Conseil des affaires d’Etat, principal organe administratif et politique de Chine,  qui définit la politique nationale et étrangère, prépare le plan et le budget de l’Etat et joue un rôle central dans la définition de la stratégie nationale de recherche. Au plus haut niveau. Eux croient à la recherche !

Il faut sortir de cette Europe là.


Raisons de détester l’Eurokom-13 : la politique de recherche, l’exemple d’Ariane


Europe et Eurokom

Dans un de mes précédents blogs, je m’enflammais sur les propos de Macron à Epinal sur « l’Europe qui nous a donné la Paix ». Face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations et l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne

Ariane : 300, 301…..

Le mardi 25 septembre à 19 h 38 en heure locale de Guyane, soit le mercredi  26 à 0 h 38 en Métropole, le vol VA243 a pris le chemin de l'espace, avec deux satellites à bord, destinés à l'orbite géostationnaire et représentant 10,8 tonnes. Le lanceur lourd a envoyé Horizon 3e sur son orbite de transfert 28 minutes plus tard et largué le second, Azerspace-2/Intelsat 38, 42 minutes après le décollage.

Cette mission qui s’est superbement déroulé présentait un caractère particulier : elle était la centième mission pour Ariane 5 et, en même temps, la 300ème pour l’ensemble de la famille Ariane, qui se compose du lanceur lourd Ariane 5, du lanceur moyen Soyouz et du lanceur léger Vega.
Tiens, à propos pas un commissaire européen, ni un sous-commissaire, ni un représentant du Parlement Européen (ni d’ailleurs un président de la République, ni un ministre, pas même un ministricule) envoyé à Kourou pour féliciter les équipes d’Ariane Space).

Soit, un anniversaire raté : mais il était encore possible de se rattraper avec le 3O1 ème tir d’Ariane, dans la nuit du 19 au 20 octobre 2018, premier acte réussi d’une mission mixte européenne et japonaise prévue pour durer sept ans, l’exploration de la planète Mercure par la sonde BepiColombo. Eh ben, non, toujours personne !

Ah mais il y a peut-être une explication ? C’est que ce succès du programme Ariane qui donne à l’Europe un accès autonome à l’espace (alors que les Américains ne peuvent plus accéder à la station spatiale internationale depuis l’arrêt des navettes !)  ne doit pratiquement rien à l’Europe

Les autres pays d’Europe n’ont pas de politique spatiale !

En même temps que ce 101ème tir, l’excellent périodique La Tribune publiait une interview de l'ancien président du CNES Yannick d’Escatha, qui redressa le CNES en 2003, après l’échec du premier vol de qualification d’Ariane 5. Extraits :

« Il y avait alors au CNES une vraie crise morale profonde, qui était liée à la fois à l'échec du premier vol de qualification d'Ariane 5 ECA en décembre 2002, à une sur-programmation (le CNES avait lancé plus de programmes que ses finances ne le lui permettaient), et au contexte interne (fronde contre Alain Bensoussan, le précédent président »

« Quand j'ai pris la présidence du CNES, il y avait beaucoup d'interrogations en France et en Europe : est-ce qu'on peut continuer la filière lanceurs ? Est-ce qu'on en est capable techniquement et industriellement ? Est-ce qu'on est capable de la financer ? Les autres Etats européens seront-ils d'accord pour nous aider, sachant que la France ne pouvait pas supporter toute seule la filière. Les Etats membres de l'ESA (Agence Spatiale Européenne), tous autant qu'ils étaient, étaient ébranlés et s'interrogeaient sur la continuité de cette filière ».

« J'étais là pour l'Etat français. C'est l'Etat qui m'avait demandé de prendre en charge ce dossier dans toutes ses dimensions, stratégiques, de souveraineté, économiques, industrielles, scientifiques et technologiques. Je n'étais pas un spécialiste du spatial, je ne connaissais pas les lanceurs, mais j'ai eu très vite une conviction : le seul pays d'Europe qui avait une vraie politique spatiale complète, qui avait la volonté de maîtriser l'espace de bout en bout, depuis l'accès à l'espace jusqu'aux nombreuses applications, était la France, et, juste derrière, il y avait l'Italie. Et c'est à peu près tout. Les autres pays d'Europe ont des politiques industrielles, des stratégies d'utilisation et de business de l'espace qui sont très honorables et très sérieuses - ce n'est pas un jugement de valeur - mais ça ne fait pas une politique spatiale »

Conclusion : ce magnifique succès qu’est Ariane, sans laquelle l’Europe n’aurait pas d’accès autonome à l’ Espace ne doit rien aux Institutions européennes, rien à l’Eurokom. Il doit tout à un programme industriel gaullien, typiquement français, plus quelques alliés tels l’Italie qui joua un rôle important.

Il doit y avoir une politique spatiale européenne ! Ariane 6 doit continuer Ariane 5

En décembre 2014, l'Europe spatiale a décidé à Luxembourg de se doter d'un nouveau lanceur beaucoup moins coûteux que l'actuelle Ariane 5. L'objectif est de réduire les coûts de 50%, alors que l'Europe spatiale est sous la pression de la concurrence internationale dans le domaine des lanceurs, notamment celle du groupe américain SpaceX. (Le lanceur réutilisable SpaceX d’Elon Musk a mis beaucoup plus de temps à décoller que prévu, il vient seulement de faire son premier vol avec un étage réutilisé, et iln’est pas du tout sûrt que cette stratégie du lanceur réutilisable soit le meilleure – cf. l’échec final de la pourtant superbe navette US !)

Ariane Group a donc mis au point Ariane 6 et un programme conséquent est déjà prévu : 14 lanceurs ; premier tir en 2020,  cinq en 2021 et huit en 2022. Cette échéance de 2020, nécessaire au programme commercial d’Ariane et à la continuité du programme, sera-t-elle tenue ?

Comme d’habitude, avec l’Europe, c’est dans la crise permanente et l’incertitude, au dernier moment, que se prennent les décisions. En juin 2018,  les 22 Etats membres de l'Agence spatiale européenne ont donné leur accord au financement du programme de transition qui permettra, entre 2020 et 2022,de basculer progressivement d'Ariane 5 à Ariane 6 et se sont engagés sur une nouvelle étape de financements de 300 millions d'euros pour cette transition mais, aussi, pour le nouveau moteur à propergol solide P120C commun aux premiers étages des fusées Vega et Ariane 6.

Il est déjà difficile de réussir un programme avec une telle gestion, mais il y a plus grave. Pour pouvoir commander la fusée Ariane 6 par lots, afin de baisser le coût de fabrication, Ariane Group doit pouvoir compter sur un engagement de commandes d’environ cinq tirs par an. Or cela a été refusé et  Il semble qu'Arianespace devra prendre son bâton de pèlerin pour négocier les contrats un à un, sans garantie des Etats..

La fusée Ariane va donc devoir se débrouiller avec des aides bien inférieures à celles dont bénéficie son concurrent américain SpaceX. Pour comparaison, un récent rapport de la Nasa s'est ému des montants à SpaceX, qui  avait bénéficié de 8,1 milliards de dollars de contrats publics. Les lancements institutionnels, véritables mannes à subvention représentent 57% de tous les lancements aux Etats-Unis, 79% en Russie et 89% en Chine, contre 27% seulement en Europe. Et les lancements militaires, Elon Musk les  facture au prix fort (quatre fois celui des lancements commerciaux. Si c’est pas de la subvention déguisée !

L’Europe doit à Ariane, entre autre, le système d'observation de la Terre Copernicus et le système mondial de communications mobiles (norme GSM) et le système de radionavigation par satellite GALILEO,

Or pourtant, ainsi que le montre le manque de tirs garantis pour Ariane 6, comme le dénonçait M. D’ d’Escatha, l’Europe n’a pas de politique spatiale, contrairement aux USA, à la Chine, à la Russie, au Japon, à l’Inde. Elle est possiblement en train de faire échouer Ariane 6 et de disparaître complètement de l’Espace. Si la France devait se retrouver trop seule, Bruno Le Maire a indiqué qu’il  pourrait imposer la fin du programme.

L’Europe n’a pas de politique spatiale, Pas plus d’ailleurs qu’elle n’a de politique de recherche et de développement (cf. blog suivant).



lundi 22 octobre 2018

Raisons de détester l’Eurokom-12 : la politique énergétique


Europe et Eurokom

Dans un de mes précédents blogs, je m’enflammais sur les propos de Macron à Epinal sur « l’Europe qui nous a donné la Paix ». Face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations et l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne

L’Europe met le paquet vers toujours plus de libéralisation

La commission européenne a livré en 2018 son 4ème paquet (le Winter Package !) de recommandations et directives  intitulé « une énergie propre pour tous les européens ». Ces textes ont vocation à devenir – après vote du parlement européen, puis du conseil, des règlements d’application immédiate dans tous les secteurs concernés ou des directives à transposer en droit français avant mise en œuvre.
L’Europe de l’Energie (après celle de la métallurgie et du charbon !) s’est mise en route au début des années 1990. Le premier paquet concerna la libéralisation du marché de l’énergie ; le deuxième paquet (2003 ) a organisé un accès régulé des tiers au marché et la libéralisation pour tous les particuliers. Le troisième paquet (2009) a imposé l’indépendance des GRT (réseaux de transport) et un réseau européen de  gestionnaires de réseaux de transport, l’ENTSOs. 

Donc l’Europe ne s’est soucié jusqu’à présent  que d’une seule chose :la dérégulation du secteur de l’énergie, démanteler le service public, piller le patrimoine des citoyens des différents états au service de firmes privées.  

Ce quatrième paquet énergie,  aussi l’occasion de montrer comme l’Europe (l’Eurokom) dysfonctionne. Ce sont 5000 pages porteuses d’éléments à forts impacts pour l’avenir des salariés, des entreprises, des clients, qui vont encore plus dans le sens de la libéralisation du marché de l’énergie et de la dérèglementation, au point de mettre en péril l’accès égal de tous à l’énergie, et d’ailleurs l’accès à l’énergie tout court.   Or  parmi les rapporteurs des textes au parlement européen, il n’y a aucun parlementaire français, et  selon la pratique européenne, Il ne faut pas compter sur des marges de manœuvre possibles lors de la déclinaison !!! au parlement français – il sera alors trop tard. Et le calendrier politique en France ne facilite pas l’implication des hommes politiques français- à l’exception notable des Sénateurs de l »’Ancien Monde » ( c’est-à-dire pas des beni oui oui du libéralisme d’En Marche) qui à travers un rapport sénatorial très fourni ont publié une très sévère et inquiète mise en garde : cf. Rapport n°435 de la Commission des Affaires économiques, 22 février 2017, L. Poniatowski, J. Bizet et M. Delebarre)

Les points principaux mis en avant dans ce quatrième paquet par la Commission sébatoriales sont les suivant :

La suppression des tarifs régulés, tel que les tarifs réglementés de vente (TRV) de l’électricité

Les textes demandent un arrêt immédiat des tarifs particulier réglementés de l’électricité et du gaz. Outre les pertes de part de marché attendues pour les entreprises et l’impact sur les emplois commerciaux du segment particulier, la mesure est sans justification dès lors que ces tarifs sont contestables par les fournisseurs alternatifs. Leur suppression expose le consommateur d’autant plus   que d’autre mesures rendent obligatoires de proposer au consommateur une tarification dynamique (indexée sur le prix marché) et qu’une autre prévoit le déplafonnement total des prix de gros de l’électricité et l’interdiction d’un prix plancher…
Une tarification dynamique qu’es aco ? une étude de la CRE (Commission de régulation de l’énergie) montre qu’un pic extrême aboutirait à multiplier par 1000 la valeur du prix horaire, soit en une heure l’équivalent d’une semaine ou un mois de consommation. C’est lorsque vous aurez vraiment besoin de chauffage que vous le paierez très très cher !!!!

Les Mécanismes de capacité remis en cause et les contrat long terme non confortés… Vers le black out 
!
Les mécanismes de capacité (ils sont indispensables pour assurer la sécurité d’approvisionnement électrique aux périodes de pointe de consommation), dans un contexte durablement marqué par l’essor de la production d’électricité intermittente  devraient se trouver confortés. Pourtant il n’en est rien : conditionnés à la réalisation d’une étude à l’échelle européenne, révisés annuellement  et qui plus est sans  cadre de réciprocité entre états membres, comment pourraient-ils conforter les investissements et mener une politique de long terme ?
De manière assez étrange, les mécanismes de capacité allemands reposant sur des centrales à charbon !!!! se trouvent confortés tandis que ceux d’EDF seraient invalidés. Comme quoi le lobbying européen est important et certains le pratiquent mieux que d‘autres.

Droit des « communautés d’énergies renouvelables » de produire, consommer, stocker et vendre de l’énergie… mais aucune étude sur la stabilité du réseau et la fin de l’égalité tarifaire (péréquation géographique)

Avec le développement des ENR et leurs intégrations  le droit des « communautés d’énergies renouvelables » de produire, consommer, stocker et vendre de l’énergie est affirmé (ainsi que le  droit à l’autoconsommation d’ENR individuelle et collective et à la vente des surplus d’électricité). L’encadrement de ces nouveaux modèles énergétiques plus décentralisés est absolument nécessaire pour préserver la solidarité entre les territoires et la péréquation tarifaire. Aucune des conséquences possibles et gravissimes sur l’optimisation des réseaux et la sécurité même de l’approvisionnement ne sont envisagées, non plus que sur la robustesse du mode de financement des réseaux. Fort légitimement, le Sénat s’est intéressé aux effets néfastes attendus sur l’égalité entre les territoires et la péréquation et a publié un rapport très critique sur la quatrième paquet.

Tout cela s’ajoute au lourd bilan des paquets précédents.

Le lourd bilan des paquets précédents : la loi Nome !

La mécanique (made in Bruxelles) infernale de la loi Nome (la libéralisation) est implacable : Lorsque les coûts de production d’EDF sont supérieurs à ceux d’un marché surcapacitaire, EDF n’a pas le droit de vendre à perte à ses clients, mais doit produire à perte pour ses « compétiteurs » qui, eux, feront des bénéfices, en revendant à un coût supérieur auquel EDF les livre.  Et lorsque les coûts de production d’EDF sont inférieurs à ceux du marché, EDF est obligé de vendre une partie de son électricité à ses compétiteurs.

Exemple tiré de La France dans le Noir (remarquable ouvrage de M. Hervé Machenaud  ( Les Belles Lettres)  « C’est ainsi qu’avec les premiers froids de l’hiver 2016 et l’indisponibilité d’un certain nombre de centrales nucléaires, les prix ont beaucoup monté en Europe , en particulier sous l(effet des importations réalisées par EDF. . Les concurrents d’EDF se précipitent sur son électricité nucléaire titre Le Figaro du premier décembre. Pourquoi se gêneraient-ils ? Acheter 42 euros un MWh qu’ils vont revendre (éventuellement à EDF) 70 euros n’est-il pas tentant ?... Un monde de fous ! « Obliger EDF à vendre à ses concurrents à 42 euros le MWh risque de peser sur sa rentabilité  déclare Paul Marty, analyste chez Moody’s.

Exemple par l’absurde : le premier janvier 2018, il faisait relativement bon, il y avait du vent. Production très importante éolienne en France et en Europe, sauf qu’il n’ y avait aucun besoin industriel et peu de vesoin domestique. Résultat sur le marché  l’électricité était achetée à 82 euros le MW par EDF (prix garantis Cochet oblige) et vendue à -15 euros ! le MW, ce qui coûte aux Français 97 euros le Mw ! Le lobby des margoulins de l’éolien remercie bien l’Europe et les Verts !

Le lourd bilan des paquets précédents :  la privatisation des barrages hydroélectriques.

Donc la Commission Européenne  a décidé d’imposer la concurrence sur l’énergie hydroélectrique. Pourtant, il s’agit d’un marché naturellement limité et concernant des ressources publiques – 1) on ne peut pas construire autant de barrages que l’on veut. 2) C’est une industrie où la sécurité est primordiale et le profit ne peut être le seul moteur – les barrages ont tué plus que le nucléaires. 3) C’est un secteur qui a été relativement négligé ces dernières années et qui nécessite de gros investissements.
Eh bien, rien n’ y fait, et la très redoutable et rigide  Commissaire à la Concurrence, Margareth Vestager a expédié en novembre 2015 un véritable missile : « La Commission considère que les mesures par lesquelles les autorités françaises ont attribué à EDF et maintenu à son bénéfice l’essentiel des concessions hydroélectriques en France sont incompatibles avec l’article 106 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne ». A l’inverse de ce pays socialo-bolchevik, qu’est la Suisse, qui défend et investit généreusement dans son service public d’Etat de l’électricité hydraulique, l’Europe nous impose un bradage et une dégradation de l’hydroélectrique. Inquiets, révoltés, déboussolés, les hydrauliciens  d’EDF ont fait, coup sur coup, deux grèves très suivies, dans une indifférence  assez générale (plus de 60% de grévistes)
L’énergie est trop sérieuse pour être abandonnée au marché, surtout si l’on veut respecter les objectifs de la COP21. EDF doit pouvoir rester un champion de l’hydraulique en France et à l’étranger

La folie de la secte libérale de l’Eurokom

C’est donc une concurrence non pas normale, mais de nature parasitaire, qu’a mis en place la folle  politique européenne de libéralisation de l’énergie. C’est une recette infaillible vers la catastrophe économique et sociale. Il suffisait de savoir comment a tourné la déréglementation de l’électricité en Californie en 1990 ; en moins de dix ans, elle a provoqué une catastrophe nécessitant la fin de l’expérience, avec de nombreuses pannes, des prix en hausse et un parc de production fortement dégradé. Pourquoi ? Les producteurs privés n’ont eu aucun intérêt à des investissements lourds pour maintenir ou améliorer la production et la distribution de l’électricité… puisqu’il leur suffisait de vendre de plus en plus cher une électricité de moins en moins abondante !

Toutes les caractéristiques, toutes, absolument toutes, du « marché » de l’électricité : produit non stockable, besoin d’adaptation immédiate à la demande, lourds investissements et grande intensité capitalistique, garantie d’approvisionnement, garantie absolue de sécurité, égalité des clients et des territoires, besoin essentiel de l’industrie et des particuliers pointent vers ceci : le marché de l’électricité n’est pas un marché comme les autres, il ne  peut pas, quant à son cœur de métier, être libéralisé.

Mais la secte libérale de l’Eurokom ne veut rien entendre et met le paquet vers toujours plus de libéralisation. Il faut les arrêter, et sortir de cette Europe-là.

Quelques commentaires du rapport sénatorial (Rapport n°435 de la Commission des Affaires économiques- très instructif sur le mode de gouvernement de l’Eurokom.

« Le dogme selon lequel le marché pur serait gage d’harmonie absolue pour tous les consommateurs, les producteurs et les territoires inspire largement les textes. Le passage de compétences en principe partagées entre l’état et l’UE à une compétence européenne quasi exclusive se fait sentir sur un certain nombre de points. L’utilisation excessive des normes et règlements au détriment d’une ambition politique est évidente. »

« On regrettera cependant qu’un tel volume (5000 pages), en partie justifié par la technicité des sujets abordés, rende malgré tout difficile son appropriation par les citoyens. J’ajoute que cela fait déjà presque trois mois que les textes ont été présentés et que de nombreux volets ne sont pour autant toujours pas traduits en français !
L’électricité est un bien de première nécessité, ce que la Commission européenne semble oublier… »

« En matière de compétence européenne sur l’énergie, nous sommes passés d’une compétence partagée à une compétence imposée ! »

« Toute évaluation de la politique européenne, et en particulier, un bilan indépendant de la Commission des étapes précédentes de la politique de libéralisation de l’énergie s’avère impossible à obtenir : « Mon intention était que la Commission européenne nous fournisse un rapport avec des chiffres sur longue période, couvrant l’ensemble de l’Europe, pour comparer les objectifs initiaux et les résultats de la construction du marché intérieur de l’électricité. »
Ce dernier texte était une proposition d’amendement de M.  Montaugé, sénateur socialiste. Refusé car impossible : la Commission ne fournit aucune évaluation de ses politiques

Il y a comme un petit problème, non ?????