Document de travail du FMI :
Reconstruire en mieux : Quelle est l’ampleur des multiplicateurs de dépenses
vertes ? (2021)
Il est bon de temps en temps de se retourner sur des
publications séminales, disons de référence. Ce papier d’experts du FMI est
assez technique, je n’en reprends ici que les principales conclusions. Il a
joué un rôle important dans le retournement de l’opinion publique américaine et
de l’administration Biden à propos du nucléaire
Et, avec des avertissements sérieux, il est tout de même
assez optimiste
Sourceshttps://world-nuclear-news.org/Articles/Nuclear-is-a-credible-cost-competitor-,-says-IMF-w, https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0921800921003645
Pour
répondre au défi climatique, doublement de l’investissement prévu dans les énergies décarbonées et la protection
des espaces naturels puits de carbone
La consommation d’énergie contribue environ aux trois quarts de toutes les émissions
anthropiques de gaz à effet de serre, et pour rester à moins de 2 degrés
Celsius, le monde doit doubler
l’investissement dans l’énergie propre auquel il s’est engagé. Dans le même temps, le
monde « dégrade rapidement » tous les puits de carbone, y compris les océans,
les forêts et les mangroves, et pour que l’Accord de Paris soit réalisable, il faudrait que 30% des écosystèmes mondiaux
doivent être préservés, avec un besoin de 7 à 10 fois plus de dépenses pour la
conservation.
Le
nucléaire doit être considéré comme une forme d’énergie propre e
L’uranium n’est pas renouvelable « à l’échelle du
temps humain », mais l’énergie nucléaire doit être considérée comme une forme d’énergie
propre. « En effet, l’énergie nucléaire se classe parmi les formes de
production d’énergie les plus faibles en carbone, compte tenu à la fois des
émissions directes et de ses impacts sur le cycle de vie, et est devenue un
concurrent crédible en matière de coûts des énergies renouvelables et non
écologiques non renouvelables » Les auteurs rappellent que les recherches
du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat et de
l’Agence internationale de l’énergie (AIE) incluent l’énergie nucléaire parmi
les technologies « capables et nécessaires » pour l’atténuation des émissions
de carbone.
Certains ont fait valoir que parce qu’elle
produit des déchets radioactifs, l’énergie nucléaire devrait être exclue de
tout concept de dépenses vertes. Cependant, les études antérieures du FMI sur
l’énergie verte, y compris le récent Moniteur budgétaire 2019, ont inclus
l’investissement dans l’énergie nucléaire parmi les sources d’énergie verte
car, comme ici, la définition de ce qui constitue une énergie
« verte » a été basée sur l’impact de l’investissement sur les
émissions de gaz
Les
potentialités limitées des ENR et de l’hydrogène
Les auteurs considèrent que produire de l’électricité exclusivement à
partir des formes actuelles de production d’énergie renouvelable implique des
« défis technologiques importants » car ils sont
« intermittents, variables et imprévisibles » et ont donc des
facteurs de capacité limités. Compte tenu de l’ampleur du développement de
l’énergie propre nécessaire, le stockage
de l’énergie renouvelable n’est pas non plus une option viable car la
technologie pour cela est coûteuse et encore en cours de développement. De
même, la production et la génération
d’énergie à partir de l’hydrogène généré à l’aide d’énergies renouvelables
ne constituent pas « pas une option envisageable dans un futur proche ».
Et figure un rappel bienvenu :
« Bien que l’idée d’un avenir radieux basé sur l’hydrogène propre
connaisse un élan politique et commercial sans précédent, l’hydrogène continue
d’être utilisé dans la production d’énergie en brûlant des combustibles
fossiles avec des émissions équivalentes aux émissions de CO2 du Royaume-Uni et
de l’Indonésie réunis. »
Un fossé d’investissement,
surtout dans le nucléaire
« Il existe actuellement un
grand fossé entre les dépenses vertes dans le domaine énergétique et ce que la science suggère comme objectif
d’émissions mondiales d’ici 2030 » Le scénario de référence Nouvelles perspectives
énergétiques 2019 de Bloomberg montre
que limiter l’augmentation des températures mondiales de ce siècle à 2 degrés
Celsius nécessiterait l’ajout brut de quelque 2 836 gigawatts de nouvelle capacité d’énergie renouvelable non
hydroélectrique d’ici 2030, soit le double de ce qui est envisagé dans les
objectifs actuels des secteurs public et privé - à un coût estimé à 3,1
billions de dollars sur la décennie.
Dans le même temps, les données de l’Agence internationale de l’énergie
montrent que la capacité nucléaire mondiale aurait diminué de 5 gigawatts nets
en 2019 recevant un investissement « de seulement » 15 milliards de
dollars contre un investissement d’environ 282 milliards de dollars pour les
énergies renouvelables au cours de la même année. »
Venons-en aux fameux
multiplicateurs :
les dépenses « vertes », c’est bon pour le climat … et
l’économie
Nous constatons que chaque dollar dépensé dans des activités clés neutres
en carbone ou en puits de carbone – des centrales électriques à zéro émission à
la protection de la faune et des écosystèmes – peut générer plus d’un dollar
d’activité économique. Les
multiplicateurs estimés associés aux dépenses vertes sont environ 2 à 7 fois
plus importants que ceux associés aux dépenses non écologiques, selon les
secteurs, les technologies et les horizons. L’analyse se concentre sur les
domaines d’activité économique que la science identifie comme ayant un impact
élevé sur la durabilité et où les dépenses consacrées à l’élimination
progressive des processus polluants et des pratiques non durables sont
considérablement inférieures aux objectifs: (i) réduire les émissions en augmentant l’utilisation d’énergie propre;
et (ii) soutenir les puits de carbone de
la nature en améliorant la qualité et la quantité de la conservation de la
biodiversité
Surtout si c’est dans le
nucléaire
Les investissements dans l’énergie nucléaire entrainent des retombées plus
persistantes que les investissements
dans les énergies fossiles car elles ont tendance à générer des emplois
considérables au niveau local. Le calcul
des multiplicateurs de dépenses cumulés indique que les dépenses dans l’énergie
nucléaire ont un effet de production important environ six fois plus
important que l’effet de production associé aux dépenses dans les énergies fossiles.
(le multiplicateurs perd sa signification statistique deux ans après les chocs
d’investissement).
L’investissement dans l’énergie nucléaire produit environ 25% plus d’emplois par unité d’électricité que
l’énergie éolienne. En outre, une
étude comparant les salaires de la main-d’œuvre directe du nucléaire, de
l’éolien et du solaire aux États-Unis en 2017 indique que les travailleurs du
nucléaire gagnent un tiers de plus que
leurs pairs dans les secteurs de l’énergie éolienne et photovoltaïque , et
plus du double de la moyenne des employés du secteur de l’énergie.
La publication montre les
multiplicateurs keyneisiens du nucléaire sont 2.5 et 3 fois plus élevés pour le
nucléaire que pour les renouvelables
Chaque dollar dépensé dans l’investissement nucléaire entraîne la création
de 1,04 $ US dans la communauté locale, de 1,18 $ US dans l’économie de l’État
et de 1,87 $ US dans l’économie américaine.
Conclusion : investir
dans le décarboné ( surtout le nucléaire) et la protection de la nature, c’est nécessaire pour le climat et bon pour
l’économie
« Nous constatons que les dépenses en énergie propre, comme l’énergie
solaire, éolienne ou nucléaire, ont un impact sur le PIB qui est environ 2 à 7
fois plus fort – selon la technologie et l’horizon envisagé – que les dépenses
en sources d’énergie non écologiques comme le pétrole, le gaz et le charbon. (
et tant pis pour le @RICG)
De même, nos résultats sur les dépenses
de conservation des écosystèmes montrent qu’elles peuvent rapporter jusqu’à
sept fois plus de ce montant sur une période de cinq ans. En revanche, les
dépenses destinées à soutenir les utilisations non durables des terres – dans
notre cas, l’agriculture industrielle des cultures et des animaux fortement
mécanisée et dépendante des intrants importés – rapportent moins que les
dépenses initiales.
La conclusion globale de cette étude est
que l’orientation des stimuli économiques post-COVID vers des investissements
qui favorisent la décarbonation et la capture du carbone grâce à des solutions
basées sur la nature n’est pas seulement bonne pour la planète: elle promet
également d’être le chemin le moins cher et le plus court vers une économie
mondiale prospère.
Et rappelons que protection de la nature
et énergie nucléaire, c’est en plus en synergie ; le nucléaire est
beaucoup moins gourmand en matériaux et en artificialisation dessoles que le
solaire ou l’éolien