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samedi 16 novembre 2019

Tremblements de Terre et Centrales Nucléaires


On avait dit : no Fake news, No fake science… et ben c’est pas gagné !

Un séisme s’est produit le 11 novembre 2019 au Teil à environ 10 km à l’ouest de Montélimar. La secousse a duré plusieurs secondes à proximité de l’épicentre et a été ressentie par la population du sud-est de la France, notamment jusqu’à Saint-Etienne, Grenoble, Lyon, Montpellier et Marseille. L’IRSN a rapidement publié que ce séisme avait  magnitude locale comprise entre 5,1 et 5,4 (soit le plus fort historique de la région). Les centrales nucléaires EDF de Cruas et du Tricastin, comprenant chacune quatre réacteurs de 900 MWe, sont situées respectivement à 15 km et à 25 km de l’épicentre, situé sur la commune du Teil.

A partir de là, les touilleurs de peur, les organisateurs de paniques, les fana antinucléaires, les retrogrades ignares, les bigots écolos se sont mis à délirer, trop souvent repris par une presse écervelée ou complice.

Florilège.

« Le Dauphiné libéré rappelle cependant que le tremblement de terre de ce lundi était « plus puissant que le séisme majoré de sécurité de magnitude 5,2 qui a été retenu par l’Autorité de sûreté nucléaire », pour lequel les centrales du Tricastin et de Cruas ont été construites. » (Le Monde, 11 nov 2019)

Séisme : la peur d’un Fukushima à la centrale du Tricastin (Le Dauphiné Libéré et aussi Le progrès !)

« Dans un tweet, le réseau «Sortir du nucléaire» a souligné que la magnitude de ce séisme était supérieure au «séisme majoré de sécurité» de 5,2 pour lequel les centrales du Tricastin et Cruas ont été construites. Il est urgent d’arrêter ces centrales avant qu’un accident grave ne survienne», ajoute-t-il. » (Le Dauphiné Libéré, 11 nov 2019)

« Séisme : "J'ai cru que la centrale nucléaire de Cruas avait sauté, je me suis vue morte !" (Midi Libre)

« Fort #séisme en Rhone-Alpes: #EDF ne prend pas au sérieux le risque sismique dans le #nucleaire Le séisme d’hier de 5,4 était supérieur au séisme majoré de sécurité fixé à 5,2. L’industrie nucléaire fait peser un risque inacceptable sur la population en minimisant le danger. Stop! « (Michele Rivasi)

« Les centrales nucléaires en France ne sont pas correctement conçues pour résister à des séismes": le constat alarmant d'un expert (Nice Matin) (NB l'expert en question est un militant de la Criirad)

« La secousse a été ressentie dans la salle des machines de la centrale nucléaire de Cruas. A cette heure (14h45) aucune information n'a filtré sur les dégâts éventuels et la fragilisation des installations et matériels…Pourtant, quelques heures avant le séisme, à 23h51 le réacteur n°4 du Tricastin s'est mis en arrêt d'urgence, la puissance chutant de 950kWh à 0kwh . Concomitance d'évènements ou bien enchaînement annonciateur? » Coordination antinucléaire sud est)

Bon, j’arrête, parce que là, on s’approche de la sorcellerie…

Et maintenant la réalité :*

Grâce comme d’habitude aux tweets très informés de Tristan Kamin et Buchebuche (et bien d’autres, Boris Le Ngoc) ; Et surprise des surprises, peut-être que finalement, la campagne No Fake Science n’aura pas été inutile, le checknews de Libération qui a pris la peine de lire et  de rendre plus accessible la communication de l’IRSN (l’Institut de radioprotection de sûreté nucléaire (IRSN). Car communication, il y a eu) (https://www.liberation.fr/checknews/2019/11/12/apres-le-seisme-en-ardeche-doit-on-s-inquieter-de-l-etat-des-centrales-nucleaires-de-cruas-et-tricas_1762771

Donc : « Les deux centrales  de Cruas et de Tricastin. auraient été construites pour résister à un séisme de magnitude 5,2 alors que le tremblement de terre du Teil affiche une magnitude de 5,4 sur l’échelle de Richter. » 

Eh bien Fake, ultra Fake news

«Les normes de sécurité, pour chaque centrale, sont établies en fonction d’un "séisme de référence", c’est-à-dire le séisme le plus fort connu dans la région. C’est ce qu’on appelle le "Séisme maximal historique vraisemblable" (SMHV). En ce qui concerne la zone de Cruas et Tricastin, le séisme de référence a eu lieu en 1873, il était de magnitude 4,7. Ensuite, pour déterminer la résistance des centrales face aux tremblements de terre, on ajoute 0,5 point : on obtient alors le "séisme majoré de sécurité (SMS)".» Donc 5.2

« Tout d’abord, le SMS est déterminé dans l’hypothèse où l’épicentre du séisme est placé exactement sous la centrale. Ce qui n’était pas le cas lundi. »

Donc 5.2 au cul de la centrale, pas à dix ou 20km. Donc norme de sécurité pas dépassée !

Par ailleurs et surtout, il y a eu une confusion sur l’échelle de magnitude. «Il y a différentes échelles, poursuit Thierry Charles. Le séisme de lundi a été annoncé entre 5,1 et 5,4 en magnitude locale. Or, pour calculer le SMS, nous pensons en magnitude d’ondes de surface. Si on suit cette échelle, cela signifie que le séisme du Treil était d’une magnitude de 4,5 en son épicentre. Ce qui, on le voit, est inférieur au séisme de référence, à partir duquel ont été construites les centrales. Pour y arriver, il y a encore de la marge, donc.»

Ben oui, de la marge, il y en avait et pas qu’un peu ! Pour ceux qui veulent suivre un peu plus, le communiqué de l’IRSN est explicatif : « Un séisme peut être caractérisé par sa magnitude ainsi que sa profondeur. On distingueplusieurs échelles de magnitude : - la magnitude locale : magnitude estimée à partir de l’amplitude maximale des ondes de volume, - la magnitude de moment : magnitude estimée à partir de l’énergie contenue dans le signal sismologique, - la magnitude des ondes de surface : magnitude estimée à partir de l’amplitude maximale des ondes de surface.

Or ce sont ces ondes de surfaces qui sont à considérer pour les dégâts éventuels (il faut prendre en considération l’accélération du sol ressentie sur place, et pas la magnitude mesurée au niveau de l’épicentre !).  ; soit magnitude 4.5 à l’épicentrre, ; et pas au cul de la centrale.

Donc une très, très large marge ! Pour preuve, à Cruas un capteur a signalé une secousse cinq fois moins importante que le seuil de sûreté", a précisé à la presse le directeur adjoint de la production nucléaire d'EDF, Régis Clément. NB : Cruas est la seule centrale du parc français à disposer d'appuis parasismiques en élastomères, afin d'absorber de possibles secousses. "Aujourd'hui, clairement, aucun désordre n'a été observé sur les installations".

Dernier sujet de panique : le tsunami du Tricastin : Check new de Libération. « Enfin, certains commentateurs ont relevé une autre source d’inquiétude : celle-ci concerne une mise en garde réalisée par l’ASN au sujet de la centrale de Tricastin. Celle-ci avertissait, en 2017, de possibles dangers d’inondation en cas de séisme. En cause : le Rhône, situé juste à côté et une portion de digue fragilisée. D’où cette question : la centrale du Tricastin et sa digue étaient-elles équipées pour résister au séisme du Teil ?

Là encore, Thierry Charles, de l’IRSN, détaille : «En 2017, l’ASN a demandé l’arrêt des réacteurs à Tricastin, le temps qu’une portion de la digue le long du Rhône soit renforcée afin de résister au SMS, soit un séisme de magnitude de 5,2. Ce qui a été fait. Et puis, suite à l’incident nucléaire de Fukushima, il a été décidé de majorer encore davantage ce seuil de référence. C’est pourquoi une nouvelle demande de mise à jour a été formulée par l’ASN.» L’Autorité confirme, auprès de CheckNews : «L’idée sera de rendre les centrales résistantes à un séisme une fois et demie supérieure au SMS actuel. Au Tricastin, les travaux devront être effectués d’ici 2022.» Mais, à l’heure actuelle et après les contrôles de 2017 et les travaux qui ont suivi, il apparaît que la centrale du Tricastin, tout comme sa digue, étaient opérationnels pour résister à un séisme de 5,2 sur l’échelle de Richter.

Ben voilà, les journalistes, c’est pas si compliqué de bien faire son boulot. Ca implique seulement un peu de boulot et de renoncer  à des pratiques putassières et irresponsables.



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lundi 18 septembre 2017

Le salarié du futur

Les mauvais contrats de travail chassent les bons

 Ces gens de la secte libérale, de qui se moquent-ils ? Ils connaissent par cœur la loi de Gresham selon laquelle  « la mauvaise monnaie chasse la bonne » et ignoreraient sa transcription sociale : «  le mauvais contrat de ravail chasse le bon ». Alors vivent les CDD de cinq ans, vivent les CDI d’opération qui peuvent s’arrêter à tout moment, vivent les accords d’entreprise conclus sans syndicats pour supprimer les treizièmes mois et baisser les salaires au niveau conventionnel, vivent les indemnités minimales de licenciement…

Un article remarquable de Luc Peillon de Libération, ou les excellentes raisons de s’opposer aux ordonnances du docteur Macron : Le salarié du futur

Luc Peillon (http://www.liberation.fr/auteur/1973-luc-peillon)

Primes renégociées, CDI de chantier… «Libération imagine la trajectoire d’un employé une fois les ordonnances sur le code du travail appliquées.

CDD de cinq ans, CDI de chantier

Dominique est chanceux. A 28 ans, il vient de décrocher un CDD dans la PME située à deux pas de chez lui. Une boîte de fabrication de pièces pour automobiles où il peut exercer ses talents de fraiseur. Un CDD… de cinq ans, qu’il s’est empressé de signer. Fini, la durée maximale de 18 ou 24 mois pour les contrats à durée déterminée : la branche de la métallurgie a décidé de profiter à fond de la nouvelle loi réformant le code du travail, et de choisir la durée maximale autorisée par la jurisprudence européenne, dernier rempart, désormais, dans ce domaine.
Son patron a aussi indiqué à Dominique que son CDD pourrait éventuellement être renouvelé plusieurs fois, avec un délai de carence réduit au minimum. Et tant pis si la banque lui a refusé son prêt immobilier pour manque de visibilité sur son avenir professionnel. Deux ans plus tard, comme Dominique travaille bien, son employeur leconvainc de rompre d’un commun accord son CDD et d’accepter un CDI. Un CDI «d’opération». Car là aussi, la branche a utilisé pleinement la nouvelle législation en instaurant des CDI «de chantier ou d’opération», dont la rupture intervient avec la fin des tâches prédéfinies dans le contrat. Pour Dominique, il s’agit de la mise en place des trois nouveaux robots fraîchement arrivés d’Allemagne. Une fois ceux-ci installés, le CDI s’éteindra de plein droit. Dominique est un peu déçu mais la rémunération continue de le motiver : il touche une prime de vacances et un 13 mois - les partenaires sociaux de la branche de la métallurgie viennent de l’adopter.

Avec la nouvelle loi, plus besoin de syndicat dans les boîtes de moins de 50 salariés pour signer un accord

Sauf que les temps sont durs. Peugeot menace de faire une croix sur les commandes, et les comptes risquent de virer au rouge. Pas très difficile, dans ces conditions, de persuader les élus du personnel de signer un accord supprimant à la fois le 13 mois et la prime. Une pratique permise par le nouveau code du travail, qui a exclu du domaine de la branche la plupart des thématiques qu’elle pouvait traiter et imposer à toutes les entreprises de son champ, avant la réforme. Dont les primes (hors travaux dangereux) et le 13ème mois.
Dominique est quand même heureux. Son salaire, 1 400 euros net par mois, est bien au-dessus du smic. Son secteur industriel paie toujours mieux que le bâtiment ou les services. Sauf que cette fois, c’est presque sûr, l’a prévenu son patron, ses concurrents sont allés plus loin dans les souplesses accordées par la nouvelle législation : Peugeot est à deux doigts de rompre son contrat avec la PME, qui représente presque 30 % du chiffre d’affaires. Pas le choix, il faut s’aligner sur les autres, au risque, sinon, de perdre un des plus gros clients.

Fini les garanties de l’ancien monde qui prévoyaient notamment que le salaire ne pouvait pas baisser

Mais le chef d’entreprise se rassure vite : la nouvelle loi permet de négocier de nouveaux accords de compétitivité, où tout ou presque est permis. Fini les garanties de l’ancien monde qui prévoyaient notamment que le salaire ne pouvait pas baisser. Pour «répondre aux nécessités liées au fonctionnement de l’entreprise», ou (au choix) pour «préserver ou développer l’emploi», son patron a proposé aux salariés un accord qui réduira la rémunération de Dominique au niveau du minimum conventionnel, soit 230 euros de baisse mensuelle. Et qui l’oblige également à travailler en horaires décalés. L’accord a convaincu d’autant plus facilement les salariés que c’est Philippe, le délégué du personnel, proche du patron c’est vrai, qui a négocié. Les choses ont bien changé depuis le dernier accord, quand la CGT avait mandaté un salarié et suivi de près les négociations, comme l’imposait l’ancien code du travail. Avec la nouvelle loi, plus besoin de syndicat dans les entreprises de moins de 50 salariés pour négocier et signer un accord.
Dominique reste néanmoins (encore un peu) optimiste. Il a toujours son boulot. Et depuis huit mois qu’il bosse en CDI («d’opération»), il a déjà installé deux robots. Ne reste plus que le troisième à mettre en place. Sauf que… Dominique ne comprend pas, il vient de recevoir une lettre qui lui annonce la fin de son contrat. «Et le troisième robot ?» s’insurge-t-il. Il se plaint auprès de son collègue Antoine, dans les vestiaires : «C’est totalement injustifié !» Antoine est sympa et lui livre les dernières rumeurs qui circulent : le patron aimerait bien embaucher son petit-neveu. Et il a les compétences parfaites pour le poste… de Dominique. «Mais chut, tu ne dis rien», lui demande Antoine. Cette fois-ci, c’en est trop pour Dominique : «Un CDD de cinq ans puis un CDI d’opération, la prime de vacances et le 13 mois supprimés puis la baisse de salaire de 230 euros par mois. Et maintenant un licenciement injustifié ?» Comme Dominique n’est pas du genre à se laisser faire, il va saisir les prud’hommes. Sûr, il va arracher un beau pactole à son patron pour cette injustice.

Nouveau barème aux prud’hommes

Quelques mois plus tard, quand les juges des prud’hommes lui expliquent, il ne veut pas y croire : oui, ils savent que c’est le petit-neveu qui a été embauché. Et oui, ils auraient voulu sanctionner le patron. Mais Dominique ne pourra pas toucher plus de trois mois de salaire en compensation. C’est le nouveau barème qui veut cela : avec trente-deux mois de présence dans la boîte, et même si le licenciement est irrégulier, il ne peut pas toucher plus de trois mois de salaire brut d’indemnités. Quelques mois plus tard, Dominique n’est plus seul : le patron a licencié un tiers des salariés de la boîte. L’entreprise allait mal, paraît-il. «Même si elle faisait partie d’un groupe international qui pétait le feu ?» demande Dominique à Antoine, au chômage lui aussi. Antoine ne sait pas trop quoi répondre. Mais en allant aux prud’hommes, les juges leur disent qu’ils n’ont plus le pouvoir, avec la nouvelle loi, de juger des difficultés économiques au niveau du groupe. Seulement de la France. Dominique et Antoine attendent désormais avec impatience la réforme à venir de l’assurance chômage, prochain dossier social au menu du gouvernement.





jeudi 15 juin 2017

L’équipe Macron a des problèmes avec la démocratie

Et surtout, avec la démocratie sociale !

 Nous avions déjà ces considérations de Macron selon lesquelles les syndicats n’ont pas vocation à représenter l’intérêt général et, en surplus ceci   : « Je suis pour un changement profond de la répartition des rôles entre l’Etat et les partenaires sociaux, a martelé M. Macron, qui font beaucoup plus de politique que de dialogue  social. » ( Le Monde , 09/3/2017)

Nous avons maintenant les poursuites, par le Ministère du travail, contre Libération de recel pour avoir publié un document de travail du ministère qui préconisait- entre autres :
-       
-      - la possibilité pour les employeurs de négocier avec les syndicats, dans chaque entreprise, les causes préalables du licenciement. Un vieux rêve du Medef, qui pourrait conduire à ce que les salariés, par exemple, s’engagent, à l’avance, à produire une quantité précise et définie de travail. Au risque, sinon, d’être virés, sans possibilité de recours devant le juge, le fait de ne pas atteindre les objectifs constituant une «cause réelle et sérieuse» de licenciement.

-         -   permettre aux entreprises de négocier dans des domaines jusqu’ici dévolus aux branches : les minima salariaux, les classifications des métiers, la protection sociale complémentaire, la formation, la pénibilité et l’égalité professionnelle. (cf Libération, Code du travail : la folle entreprise du gouvernement, 13 juin 2017)

Donc Libération poursuivi pour recel, mais comme ç’est un peu risqué de s’en prendre aux journalistes surtout en période électorale, la plainte pour recel a été retirée ; par contre la plainte pour vol, qui vise l’informateur des journalistes est maintenue ; si l’on ne peut s’en prendre aux journalistes directement, il faut terroriser et « assécher » leurs sources.

Et encore tout chaud cet avertissement à la CGT :   le directeur de cabinet de la ministre du travail aurait indiqué, en préalable aux discussions, que le syndicat n'obtiendrait plus d'informations dans le cas où il les communiquerait à la presse. "Avant d'entrer dans le vif du sujet, le directeur de cabinet s'est fait insistant en nous précisant qu'il attendait de nous une totale confidentialité sur le contenu de ces discussions, expliquant que si la CGT communiquait avec la presse, les informations délivrées par le gouvernement se réduiraient au minimum", explique le document de la CGT. "Ce à quoi nous avons rétorqué que nous étions libres de communiquer et attachés à rendre compte à nos organisations et aux salariés", affirme le compte rendu.

Ça ne vous inquiète pas ? Et quand ils auront la majorité écrasante qu’on leur prédit à l’Assemblée Nationale


vendredi 16 septembre 2016

La laïcité positiviste, ou la laïcité pour les nuls

La laïcité comme libération : Dieu n’est plus d’ordre public

Les gazettes étant remplies des clameurs indignées de donneurs de leçons sur la laïcité au faux nez théologique assez apparent, l’un des derniers exemples en date étant Chantal Delsol (Le Figaro, 26/08/2016 : « la fameuse laïcité française n'est rien d'autre que l'obligation de taire sa religion…la fameuse tolérance française des Droits de l'homme, ne s'applique finalement qu'à ceux qui nous ressemblent en tous points… étrange tolérance! Personnellement je trouve insensé qu'on interdise à ces femmes de se baigner dans leur tenue traditionnelle (sic !) », il me semble utile de rappeler la conception positiviste de la laïcité – c’est un courant de pensée qui a tout de même joué un rôle non négligeable dans l’instauration de la séparation des Eglises et de l’Etat en France.
La laïcité repose sur le principe de la séparation des pouvoirs temporels et spirituels, critère positiviste antitotalitaire puisque la confusion des deux ne peut que mener à une dictature « où il n’y pas d’alternative entre la soumission la plus abjecte et la révolte directe » (Auguste Comte). En pratique, elle a été résumée par le slogan suivant de Pierre Laffitte : « Dieu n’est plus d’ordre public ». D’autre part, aucune société, pensait Comte, ne peut vivre sans une « doctrine sociale commune » : « Dans une population où le concours indispensable des individus à l’ordre public ne peut plus être déterminé par l’assentiment volontaire et moral accordé par chacun à une doctrine sociale commune, il ne reste d’autre expédient, pour maintenir une harmonie quelconque, que la triste alternative de la force ou de la corruption ». Enfin, la laïcité s’inscrit dans le grand mouvement d’émancipation théologique de l’Humanité, dans un programme d’abord empiriquement suivi au cours de l’évolution intellectuelle de l’humanité,  puis clairement revendiqué par les Lumières françaises : après avoir été chassé de l’astronomie (l’Antiquité Grecque), de la Physique (de Galilée à Laplace), de la Chimie (de Lavoisier à Pasteur), de la Biologie (Darwin), Dieu est maintenant privé de tout rôle dans l’organisation des sociétés (la sociologie d’Auguste Comte).

La laïcité n’est pas la neutralité

 La laïcité n’est pas la neutralité.  L’Etat laïc ne peut pas être neutre lorsque les religions, en dehors de leurs temples, églises, mosquées, veulent, ouvertement ou non, reprendre  le contrôle de l’espace public et se placent en contradiction avec la doctrine sociale commune de nos sociétés. Ainsi, une religion a parfaitement le droit d’enseigner dans ses temples que l’apostasie conduit à la mort (de l’âme ?) ; mais, dans l’espace public, il doit être clair et clairement proclamé qu’abandonner sa religion est un droit absolu. Ainsi, nous avons considéré que le fait qu’un prêtre, un rabbin, un iman, un lama se promène en costume de son office ne constitue pas en soi une offense à la laïcité (un accommodement raisonnable qui n’est pas allé de soi, témoin les prêtres en soutane longtemps accompagnés de « croa » - mais enfin un laïc assez conséquent pourrait même remarquer que c’est une bonne idée qui permet de savoir d’emblée à qui on a affaire). Par conséquent, il n’existe aucune raison d’empêcher une bonne sœur en tenue de se plonger les pieds dans l’eau sur une plage ; mais par contre, l’état laïc doit intervenir de manière appropriée contre le port d’un voile masquant la figure ou d’un burqini sur une plage, car ils témoignent d’une volonté d’imposer dans l’espace public des préceptes religieux dévalorisant les femmes, en complète contradiction avec notre doctrine sociale commune qui proclame l’égalité des hommes et des femmes  et s’efforce de la rendre de plus en plus réelle (et il y a encore à faire, raison de plus pour ne pas tolérer les tentatives rétrogrades !) De même, si notre doctrine sociale commune considérait la souffrance animale lors de l’abattage dit halal comme insupportable (et il existe une directive européenne en ce sens) et imposait l’étourdissement avant égorgement, eh bien les religions devraient s’y adapter ; ainsi, les représentants musulmans danois ont-ils simplement décrété que les animaux étourdis avant d’être abattus étaient halal.
C’est pourtant pas compliqué, la laïcité, quand on veut vraiment la défendre.

N.B Le nouveau  maire de Londres, Sadiq Khan s’est permis de critiquer les lois françaises sur le port du voile ; mais il fait censurer à Londres les photos de modèle trop dénudées et trop retouchées. Etrangetés réciproques

Eric Sartori

Le Socialisme d'Auguste Comte, aimer, penser, agir au XXIème siècle, l'Harmattan 2012