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vendredi 20 décembre 2019

Même avec Tchernobyl, le nucléaire est la plus sûre des énergies (1)


Le nucléaire est la plus sûre des énergies
 Oui , et pour commencer direct, ceci :



L'expérience acquise depuis plus d'un demi-siècle permet d'évaluer la probabilité d'accident mortel par kWh et de la comparer à celles des autres énergies : même en prenant en compte les évaluations les plus pessimistes sur les morts liées à Tchernobyl et Fukushima ainsi qu'aux mines d'uranium :

La mortalité due à l'électricité nucléaire est de 90 décès par billion (= mille milliards) de kWh
100 000 pour le charbon (toujours par billion de KWH.),
36 000 pour le pétrole,
4.000 pour le gaz naturel,
1 400 pour l'hydroélectricité,
440 décès pour le solaire photovoltaïque
150 décès pour l'éolien

Commentaire : Eh oui, si les déchets nucléaires, on peut les stocker dans des piscines en attendant le recyclage dans Astrid et l’enfouissement géologique profond avec Cigeo, les déchets du charbon, du gaz et du pétrole, ils finissent dans vos poumons…où ils ne font pas de bien, mais alors pas du tout. Quant à l’hydraulique, il a été marqué par des catastrophes majeures ( Morvi ; 15.000 morts ; Banquiao : 170.000 morts ; en France, Malpasset, 423 morts)

Ce chiffrage a fait l’objet d’une discussion et d’une confirmation poussées dans un thread de Kopecz https://twitter.com/Kopecz93/status/1168100595607199744?s=19 .

Les chiffres du charbon, du pétrole, du gaz naturel ne souffrent pas de contestations. Pour l’hydraulique, on pourrait choisir ppourquoi pas d’enlever les évènements extrêmes de Banqiao. (Chine 1975...) mais situé autour de 170000. Si on s'intéresse à une gestion plus... sérieuse de l'hydroélectricité, on obtient tout de suite beaucoup moins: 5 morts pour 1000 TWh produits (soit environ 2 ans de consommation électrique française) en ce qui concerne l'hydroélectricité US. Mais, à ce moment là, on pourrait aussi enlever Tchernobyl du nucléaire, et ne s’intéresser qu’ à une gestion…plus sérieuse du nucléaire ; ainsi, pour les USA seuls, donc sans Tchernobyl: 0.1 morts pour 1000 TWh.

On reste largement en dessous de toutes les autres énergies, et cela s‘explique par le dénominateur, la quantité énorme d’énergie générée par le nucléaire. Ainsi, comment le solaire et l'éolien peuvent atteindre plusieurs centaines de morts pour 1000 TWh, soit 2 à 4 fois plus que le nucléaire ( et  plusieurs milliers de fois plus que le nucléaire sans Tchernobyl !) ?

Hé bien c'est très simple: le solaire et éolien tuent très peu aussi... Mais produisent aussi beaucoup, beaucoup moins que le nucléaire ! Prenons le solaire par exemple: 440 morts pour 1000 TWh. On arrive donne donc à 440*0.1 = 44 morts minimum. La production solaire est tellement faible que même 1 seul mort aurait conduit à 10 morts pour 1000 TWh,
Bien entendu on peut faire pareil avec l'éolien. On est autour de 425 TWh au 1er janvier 2012. Soit, à raison de 150 morts/1000TWh, 64 victimes. Un montant qui s'atteint rapidement. Ah oui, car les margoulins de l’éolien maltraitent autant leurs employés qu’’ils mentent sur leurs activités. Un exemple ecossais, où l’on voit que les immigrés du sud de l’Europe, mal formés à ce métier et exercent des tâches hors de leurs qualification paient un lourd tribut.

Windfarm worker plunges to his death from turbine near Glasgow just weeks after tragedy at Ayrshire facility. The Spaniard's death at the windfarm in East Renfrewshire comes just two weeks after a Portuguese man was killed at a turbine in Ayrshire.

Et on va essayer d’un peu expliquer … encore une fois….Tellement de gens qui ne veulent pas comprendre, que ça dérange dans leurs opinions et leur fake science, tellement de mensonges, par intérêt ( gaziers, pétroliers) ou par idéologie (écolos bigots). En se focalisant sur Tchernobyl.


J’ai déjà abordé ce problèmes sur mon blog, cf. par exemple :

On pourra aussi utilement se reporte aux très remarquables videos du Réveilleur :
Hiroshima, Tchernobyl, Fukushima... Les morts du nucléaire - Énergie#9, https://www.youtube.com/watch?v=utyT8Z4qEaA
[Résumé] Hiroshima, Tchernobyl, Fukushima... Les morts du nucléaire - Énergie#9

Et aux rapports des agences spécialisées des Nations Unies (UNSCEAR, OMS), notamment :
Rapport de synthèse du Forum de Tchernobyl.

Ainsi qu’à ce thread twitter de Kopecz : https://twitter.com/Kopecz93/status/1168100595607199744?s=19

La radiotoxicité est un phénomène très bien connu !

L'unité utilisée pour mesurer l'activité d'une source radioactive est le Becquerel, qui mesure le nombre de désintégrations radioactives par seconde. Pour donner un exemple : le corps humain a une activité d’environ 8000 Bq. L’eau tritiée dénoncée par les écolos bigots idiots de l’Acro cet été 2019 était à 10 Bq/L…Une banane, chère à tous ceux qui l’utilise comme unité de rayonnement pour fixer les idées, c’est bananes atteint 130 becquerels par kg

Le Gray est l’unité de la dose de rayonnement absorbé par unité de masse : il représente l’énergie transmisse à un bloc de matière par une source de rayonnements ionisants (1 joule d’énergie absorbée par 1 kilogramme de matière)

Et pour en arriver à la toxicité, il faut encore une conversion en facteur de dose pour en arriver au Sievert. C’est l’unité qui permet d’évaluer l’impact du rayonnement sur la matière vivante. Ainsi peut-on comparer l’effet d’une même dose délivrée par des rayonnements de nature différente à l'organisme entier, des organes ou des tissus qui n’ont pas la même sensibilité aux rayonnements.
De 0 à 100 mSv, aucun effet sur la santé n’est observable. De 100 à 800 mSV on observe des effets dit stochastiques (augmentation de la probabilité d’occurrence d’un cancer qui croit de manière proportionnelle à la dose) ;
De 800 à 8000 mSv on observe des effets déterministes (c'est-à-dire,certains) commençant par des nausées et étant mortel à 8000 mSV (la DL50, dose à laquelle 50% de la population exposée meurt est de 4500 mSv). Les effets des irradiations aigues sont bien connus : Les tissus les plus radiosensibles sont les cellules de l’appareil digestif, des organes reproducteurs, de la moelle osseuse (formation des cellules sanguines ), le cristallin, la peau. Une irradiation cutanée localisée peut entraîner par exemple, selon les doses, un érythème, une ulcération ou une nécrose.
En cas d’irradiation globale du corps humain, le pronostic vital est lié à l’importance de l’atteinte des tissus (moelle osseuse, tube digestif, système nerveux central).

Quelques ordres de grandeur annuelles pour fixer les idées  :

Dose reçue en dormant à côté d’un être humain pendant 8 heures chaque nuit : 0.20 mSv
Dose reçue des rayonnements cosmiques au niveau de la mer: 0.24 mSv
Dose moyenne en France d’exposition naturelle au radon : 1.4 mSv
Exposition médicale moyenne en France : 1.6 mSv
Radioactivité des zones granitiques de Bretagne : 5 mSv
Personnel des vols New York-Tokyo: 9 mSv
Dose limite d’exposition pour les travailleurs du nucléaire : 20 mSv
Radioactivité naturelle au Kerala en Inde : 70 mSv
Dose en fumant 20 cigarettes par jour: 50 mSv

Au fait, ça va sans dire, mais encore mieux en le disant : radioactivité naturelle ou radioactivité artificielle, kif,kif : c’est seulement la dose qui fait le poison

Irradiation et cancers :

Une irradiation de 200 mSv entraine un risque supplémentaire de 1% de mortalité par cancer.
Egalement pour fixer les idées, parmi les 86 500 survivants de Hiroshima et Nagasaki, médicalement suivi depuis 40 ans, 7827 sont morts de cancer. Pour une population témoin de 86 500 japonais non soumise à radiation on attend statistiquement environ 7400 morts par cancer. L’excès est ici significatif mais ne représente que 421 cas supplémentaires sur 40 ans sur 86.000. Ce donc n’est pas l’hécatombe que la plupart imagine….

Aucun effet héréditaire radio-induit n’est observé parmi les descendant des populations survivantes d’ Hiroshima et Nagasaki, ni sur les liquidateursde Tchernobyl.

Pour terminer sur ces données fondamentales, cette remarque de l’Unscear : Après 100 ans d’études, les scientifiques en savent plus sur les effets sanitaires de la radioactivité que de la plupart des agents physiques et chimiques utilisés dans l’industrie ou l’agriculture !

Tchernobyl hors Tchernobyl : France et Finlande

Commençons par le plus facile : non le nuage de Tchernobyl ne s’est pas arrêté à la frontière, ainsi que ne l’a jamais dit le Pr Pellerin, mais ce qu’il a dit exactement était et reste vrai : « l’augmentation de radioactivité est enregistrée sur l’ensemble du territoire sans aucun danger pour la santé. »
De fait, il y a eu des retombées parfaitement mesurables compte tenue de la sensibilité des moyens de détection ;  es activités surfaciques de quelques 100 à 10 000 Becquerels par m2 conduisent à des irradiation négligeables pour la population française ; les concentrations de 137Cs dans l'air ont atteint environ 1 Bq/m3 dans l'Est de la France ; L'enfant le plus exposé à l'Iode 131 aurait reçu une dose à lathyroïde inferieure à 16 mSv (<< 100 mSv)

En conséquence, huit pays européens , dont la France, la ont avancé recommandation explicite de ne prendre aucune mesure. En particulier, aucune étude, aucune enquête épidémiologique n’a mis en évidence, en France, des cancers de la thyroïde ou autres pathologies thyroïdiennes qui pourraient être attribués au nuage de Tchernobyl. Que ce soir sur le territoire métropolitain ou en Corse !

Ces estimations sont corroborées par l’étude finlandaise de A. Kurittio et al. (2006) portant sur 1 300 000 jeunes Finlandais âgés de 0 à 20 ans au moment de l’accident. Cette enquête, très approfondie, ne montre aucune augmentation des cancers de la thyroïde chez les individus les plus exposés au nuage par rapport aux individus les moins exposés. La conclusion, évidente, est que la contamination due à l’accident de Tchernobyl n’a pas eu de conséquence sur la santé de la population finlandaise. Ce constat est particulièrement significatif lorsqu’on sait que la Finlande a eu son territoire nettement plus atteint que la France par les retombées de l’accident.


Augmentation des cancers de la thyroïde une réalité…autre. Pour être complet, il est bien constaté une augmentation des cancers thyroïdiens depuis le début des années 1970, soit plus de 10 ans avant Tchernobyl, et sans accélération depuis. Cette augmentation est à l’œuvre partout dans le monde, dans les pays industrialisés, y compris ceux qui n’ont pas été touchés par le nuage de Tchernobyl, comme le Canada, les Etats-Unis, l’Australie. Elle affecte les adultes et non pas les enfants (ceux qui avaient entre 0 et 15 ans au moment de l’accident). C’est exactement le contraire que l’on constaterait si Tchernobyl était en cause, car la thyroïde des enfants est beaucoup plus sensible à la radioactivité que celle des adultes. Elle n’est pas plus marquée dans l’est de la France, région la plus touchée par les retombées de Tchernobyl que dans le reste du pays.  En fait l’augmentation statistique des cancers de la thyroïde constatée en France participe d’un phénomène mondial qui tient de toute évidence aux progrès du dépistage et notamment à l’essor de l’échographie Doppler. D’une manière plus générale, les spécialistes estiment que l’évolution des pratiques de diagnostic et de traitement des maladies de la thyroïde conduisent à mettre à jour des cancers que l’on ne décelait pas auparavant, d’où une assez spectaculaire augmentation statistique.
De tous les pays d’Europe occidentale, il n’y a qu’en France que se rencontre cette tendance quasi obsessionnelle d’attribuer à Tchernobyl tout cancer de la thyroïde apparu après le 30 avril 1986 !



Tchernobyl autour de Tchernobyl

L’accident qui s'est produit le 26 avril 1986 à la centrale nucléaire de Tchernobyl est l'accident le plus grave que l'industrie nucléaire ait jamais connu ( cf  Three Miles Island (1979) : 0 victimes, Fukushima (2011) : 1 mort d’épuisement). Il est le seul qui, face à une suite d’erreurs opératoires et surtout avec un design vraiment peu satisfaisant de la centrale ait conduit à une explosion avec forte émission de matières radioactives.
L'accident de Tchernobyl a causé presque instantanément de graves irradiations. Sur les 600 travailleurs présents sur le site le matin du 26 avril 1986, 134 ont reçu de fortes doses (de 0,8 à 16 Gy) et été atteints du syndrome d'irradiation aiguë. Parmi eux, 28 sont décédés les trois premiers mois, et 19 autres sont décédés entre 1987 et 2004 de causes multiples qui n'étaient pas nécessairement liées à la radioexposition. En outre, selon le rapport de l'UNSCEAR pour 2008, la majorité des 530 000 personnes enregistrées qui ont participé aux opérations d'assainissement ont reçu des doses comprises entre 0,02 Gy et 0,5 Gy entre 1986 et 1990.
Les 87  patients qui ont survécu au syndrome d'irradiation aiguë ont mis des années pour se rétablir complètement. Nombre d'entre eux ont développé des cataractes radio-induites au cours des premières années suivant l'accident.
Les doses efficaces moyennes reçues par les personnes les plus exposées ont été évaluées à environ 120 mSv pour les 530 000 liquidateurs, 30 mSv pour les 115 000 personnes évacuées et 9 mSv pour les résidents des zones contaminées pendant les 20 premières années suivant l'accident. (À titre de comparaison, la dose reçue lors d'un examen tomodensitométrique est en moyenne de 9 mSv et la dose annuelle de rayonnement naturel est de 2,4 mSv).

Une étude menée sur les liquidateurs de Thernobyl (10.000 Baltes, 40.000 Belarus, 51.000 Russes) n’a mise en évidence que 115 cas de cancers de la thyroide. En ce qui concerne les personnes les plus exposées (>150mgy), le groupe d’experts mentionne un doublement de leucémies ; pour le liquidateur russes suivis, cela représente 35 cas)

Contaminations environnementales : Pendant les vingt ans qui ont suivi Tchernobyl, l’accent a été mis sur la recherche de liens entre l'exposition aux radionucléides libérés par l'accident et d'éventuels effets différés, en particulier les cancers de la thyroïde chez les enfants. Les doses reçues les premiers mois qui ont suivi l'accident ont été élevées chez les enfants et les adolescents qui vivaient au Bélarus, en Ukraine et dans les régions de Russie les plus affectées, et ont bu du lait présentant de fortes concentrations d'iode radioactif. Jusqu'en 2005, on a recensé plus de 6 000 cas de cancer de la thyroïde dans ce groupe. Comme maintenant bien établi par de multiples exemples en tous pays,  les campagnes de détection des cancers de la thyroïde multiplient environ par 3 son incidence ; concernant néanmoins des cancers chez des enfants jeunes, le taux basal est est très faible. Le nombre de cas de cancers de la thyroïde dus à Tcahrnobyl se situe donc entre 2000 et 6000. Ces cancers se soignent heureusement bien et la mortalité n’est que de 1%, donc entre 20 et 60 morts. Par ailleurs, les études menées ont mis en évidence l’effet bénéfique dans ce cas de la prise d’iode (antistrumine en Russie, médicament développé pour lutter contre le goître), qui diminue de 70% le risque de cancer.

Mis à part cette augmentation, il n'existait, 20 ans après l'accident, aucune preuve d'un impact majeur d'une exposition aux rayonnements sur la santé publique. Il n'existe aucune preuve scientifique d'une augmentation de l'incidence globale des cancers ou des taux de mortalité, ni des troubles bénins associés à une radioexposition. L'incidence des leucémies dans la population, l'une des principales sources de préoccupation en raison du temps de latence plus court que pour les cancers solides, ne semble pas avoir augmenté. Il n'existe pas non plus de preuve d'autres troubles bénins associés à une radioexposition Si les personnes les plus exposées ont aussi un risque plus élevé de souffrir des effets induits par l'irradiation, la grande majorité de la population ne devrait pas craindre de conséquences graves pour sa santé. Ceci est cohérent avec le niveau des irradiations relevées ; selon le groupe d’experts, dans les populations les plus exposées (hors liquidateurs), le maximum d’effets attendus sur la morbidité serait une augmentation de 1 à 1.5 % indétectable sur le bruit de fonds.

Le bilan constaté de Tchernobyl se monte donc à moins de  150 morts. Les prévisions finales de l’OMS sont de 4.000 à 5.000 morts en 2050. Les tendances actuellement constatées sont bien en-dessous. Cela s’explique par le choix par l’OMS d’un modèle surestimant largement les probabilités, dit linéaire sans seuil alors que, en particulier pour les faibles doses, il n’est pas du tout adapté t l’on sait maintenant que des modèles avec seuil, ou quadratiques sont mieux adaptés. A faible irradiation, il existe même un effet bénéfique prouvé (homéosis)

(N.B.Appliquer la Relation Linéaire Sans Seuil (RLSS) en dessous de 100 mSv, c'est un peu comme affirmer que si un individu boit 10 litres de vin et meurt, alors si 100 individus boivent 10 cl, l'un d'entre eux va mourir.)



Contrairement à ce que l’on croit généralement, le bilan de Tchernobyl a fait l’objet d’études nationales et internationales nombreuses et précises et des cohortes impressionnantes de personnes concernées ont été suivies. Les estimations finales sont cohérentes avec les irradiations subies et la très bonne connaissance de la radio toxicité. Les estimations supérieures ne s’appuient sur aucune donnée validée, sur aucune connaissance scientifique sérieuse, sur aucun précédent, en particulier celui beaucoup plus violent, d’Hiroshima.

Dernier point : lorsqu’on parle de radiotoxicité et de Tchernobyl, Fukushima ou autres, il serait bon  dans les media, il serait bon d’inviter des médecins spécialistes ( il n’en manque pas) plutôt que des militants anti nucléaires

jeudi 7 novembre 2019

Tchernobyl et Fukushima ; quand les Fake news peuvent tuer…


Le mythe du nuage de Tchernobyl : Bravo au Parisien et au Point !

Entre autres. Car l’accident industriel de Lumizol à Rouen a pour une fois été l’occasion pour une certaine partie de la presse de revenir sur ce mythe dangereux et manipulé à souhait par les écolos rétrogrades du nuage de Tchernobyl. Et de fait, certains journaux ont repris sans critique cette fake news : ainsi le Midi Libre qui évoque «  le nuage de Tchernobyl qui avait assombri toute l’Europe et s’était arrêté à nos frontières, comme pour mieux protéger nos salades de pleine terre » ou l’Union, qui rappelle « l’histoire du nuage de Tchernobyl qui s’était arrêté pile à la douane ».
Tentative d‘humour mal placée de journalistes propagateurs de Fake news et de Fake science, et  qui mettent en fait en exergue leur ignorance ou leur mauvaise foi. Et titres et articles courageux du Point (Géraldine Woessner, L'increvable mythe du « nuage de Tchernobyl »et du Parisien ( Le nuage s’arrête à la frontière, de Tchernobyl à Rouen, itinéraire d’un mensonge qui n’en était pas un !), qui pour l’occasion, c’est à souligner, fait une belle et honnête autocritique de ses titres alarmistes de l’époque.


Résumé : 1) aucun scientifique, aucun ministre, aucun journaliste n’a jamais déclaré que le nuage de Tchernobyl s’était arrêté à la frontière ou n’avait pas survolé la France !

2) le seul élément en ce sens peut être trouvé dans un bulletin météo devenu célèbre dans lequel  une présentatrice explique qu'un anticyclone protège la France des vents en provenance de l'est jusqu'au 2 mai, le tout agrémenté d’un panneau stop du plus bel effet (c’était parfaitement exact au moment où elle parlait et elle précisait la date de validité de la prévision météo) ;

3) le Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI) est prévenu le 28 avril (l’accident a eu lieu le 26 avril 1986). Le  29 avril, le professeur Pellerin, patron du SCPRI, indique les valeurs mesurées en becquerels en Suède (de l'ordre de 10 Bq/m³, c'est-à-dire très proches de la radioactivité naturelle), et rassure logiquement : « C'est une activité notable, mesurable, mais qui ne présente aucun inconvénient sur le plan de la santé publique. (…) Je voudrais bien dire clairement que, même pour les Scandinaves, la santé n'est pas menacée. » Dès le 30 avril, un communiqué du SCPRI envoyé à la presse confirme l'arrivée du nuage radioactif et  signale « une légère hausse de la radioactivité atmosphérique sur certaines stations du Sud-Est, non significative pour la santé publique ». Autre communiqué, le 1er mai : « tendance pour l'ensemble des stations du territoire à un alignement de la radioactivité atmosphérique sur le niveau relevé le 30 avril dans le Sud-Est. Il est rappelé que ce niveau est sans aucune incidence sur l'hygiène publique. »Puis la radioactivité s'accroît dans l'Est. Dans le Nord-Est, région la plus touchée, l'activité atteindra 25 Bq/m3. C'est effectivement rassurant : dans certaines maisons, l'exposition naturelle au radon peut atteindre 1 000 Bq/m3 !

4) On sait aujourd'hui que, malgré la présence de plusieurs éléments radioactifs dans le nuage, seul le césium 137 a conduit à une contamination durable en France et que la contamination de surface n'a pas dépassé 1 000 Bq/m2 sur la majeure partie du territoire. Mais certaines zones ont été beaucoup plus touchées : sur les reliefs au sud des Alpes, en Franche-Comté, en Corse, les pluies ont amené des dépôts dont l'activité a dépassé 20 000, voire très localement 40 000 Bq/m2. Aucun effet sur la santé n'a jamais été mis en évidence, mais les polémiques, nourries par des études contradictoires, n'ont jamais cessé.

5) Donc le SCPRI et le Pr Pellerin n’ont jamais dit que le nuage de Tchernobyl s’est arrêté à la frontière et ont justement relativisé les risques. Aucun cancer, aucun effet biologique n’a pu être  en France attribué au fameux nuage. Le Pr Pellerin a gagné tous ses procès y compris celui que lui avait intenté la CRIIrad de Michèle Rivasi,  fondée pour l’occasion et qui depuis plus de trente ans prospère sur la culture industrielle des Fake news et l’exploitation des peurs (cf. encore cet été 2018 la grosse farce des contaminations au tritium)

Mais fake news et peurs ont eu de terribles conséquences à Fukushima. Ils ont tué !

Fukushima : ce n‘est pas l’accident nucléaire, c’est l’évacuation qui a tué !

Le vendredi 11 mars 2011 à 5 h 46 min 23 s UTC, soit 14 h 46 min 23 s heure locale, a lieu le plus important séisme mesuré au Japon. Son épicentre se situe à 130 km à l'est de Sendai, chef-lieu de la préfecture de Miyagi, dans la région de Tōhoku, situé à environ 300 km au nord-est de Tokyo. Cinquante-et-une minutes plus tard10, un tsunami provoqué par le tremblement de terre aborde la côte orientale. La vague atteint une hauteur estimée à plus de 30 m par endroits, parcourant jusqu'à 10 km12 à l'intérieur des terres, ravageant près de 600 km de côtes et détruisant partiellement ou totalement de nombreuses villes et zones portuaires. Bilan : 15 689 morts

Quatre centrales nucléaires se situent sur la côte nord orientale et se sont arrêtées automatiquement à la suite des premières secousses : les centrales de Fukushima Daiichi, de Fukushima Daini, d’Onagawa et de Tokai. Les seules conséquences graves se sont produites à Fukushima où les diesels de secours n’étaient pas placés suffisamment en hauteur, le réacteur n’étant plus refroidi et ne pouvant être arrêté, cela même à la fusion des cœurs des réacteurs 1 à 3 avec le corium perçant les cuves des réacteurs pour au moins en partie s’épandre sur le socle en béton . (NB : pas possible avec un EPR grâce au récupérateur de Corium). Entre le 12 et le 15 mars, l’accumulation d’hydrogène mène à l’explosion des rois réacteurs. C’est l’accident nucléaire le plus grave depuis Tchernobyl.)

Cependant, les émissions de radioactivité restent relativement faibles. Au-delà d'une dizaine de kilomètres de la centrale, le niveau de radiation moyen n'a pas dépassé 100 µGy h−1, débit de dose en dessous duquel aucune pathologie n'est plus observée en laboratoire même pour des expositions chroniques. D'après l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les conséquences sanitaires anticipées des doses d'irradiations reçues par les populations sont minimes en 2013. Pour l'UNSCEAR (Comité scientifique des Nations unies pour l'étude des effets des rayonnements ionisants), les doses reçues par la population auront finalement été trop faibles pour entraîner un risque significatif de cancer ou un impact sanitaire quelconque, y compris pour les populations non évacuées qui n'auront été exposées qu'à quelques milli-sieverts.

Bilan final : 2 morts ( 2 ouvriers de la Centrale,  un d’épuisement sur le chantier , un autre d’un cancer probablement du à son exposition). Comme prévisible d’après les mesures de radioactivité, zéro cancer induit dans la population.

Par contre, l'épuisement mental et physique liée à l'évacuation forcée à la suite de l'évacuation de Fukushima a été la cause principale de la mort immédiate de 34 morts, principalement des personnes âgées troublées par la perturbation apportée à leur condition de vie ; sur les 300 000 personnes de la préfecture de Fukushima qui ont évacué la zone, jusqu'en août 2013, d'après les chiffres de la Croix-rouge, approximativement 1600 morts seraient liées aux conditions d'évacuation, comme l'hébergement en abris d'urgence ou en logement temporaire, l'épuisement dû aux déplacements, l'aggravation de maladies existantes consécutives à la fermeture d'hôpitaux, les suicides, etc. Bilan de l’évacuation : 1600 morts.

Or, la grande majorité de ces évacuations étaient inutiles, compte-tenu de la radioactivité dégagée ! Seule l’évacuation initiale du 11 mars dans un rayon de 2 km était justifiée, compte-tenu des incertitudes à ce moment là. Injustifiées et mortelles les évacuations du 12 mars (rayon de 10 km à 5 h 44 puis à 20 km à 18 h 25) ! Et encore plus injustifié et mortelle, le 11 avril, l’ évacuation volontaire allant au-delà des 30 km est instituée.
1600 morts contre 2 morts pour l’accident nucléaire ! Voilà l’effet des rumeurs et des Fake news sur le nucléaire, voilà l’oeuvre des marchands de peur ! 

Soma : « Ce démon était l'anxiété causée par la peur des radiations. »

Il faut lire le témoignage poignant, de maire de Soma, une petite ville de 37.000 habitants, à 45 km de Fukushima.  Dans cette communauté soudée, au mode de vie traditionnel, complètement dévastée par le tsunami,  la question de l’évacuation a été posée. Et grâce au sang-froid des édiles, qui ont réclamé des  moyens d’évaluer eux-mêmes  la radioactivité, décidé rationnellement et refusé de céder à la panique, aucun mort supplémentaire n’a été à déplorer.

« Mais nous ne nous rendions pas compte que nous serions assaillis par un deuxième « démon », cette fois du comté lointain de Futaba, à 45 km de là. Ce démon était l'anxiété causée par la peur des radiations. Alors que la catastrophe nucléaire s'intensifiait sans relâche, les reportages frénétiques qui ont duré toute la journée ont suscité la terreur, non seulement chez les personnes vivant près de la centrale, mais dans tout le pays. À partir du moment où le gouvernement national a ordonné aux habitants dans un rayon de 20 km autour de la centrale d'évacuer, les citoyens de Soma ont commencé à vouloir s'enfuir loin, et ce sentiment a commencé à se répandre…Pour ce qui est de la question nucléaire, nos concitoyens éprouvent maintenant beaucoup d'anxiété à cet égard, et j'aimerais l'envisager en fonction de deux objectifs distincts. L'une consiste à veiller à ce que nos concitoyens ne subissent aucun dommage à leur santé en raison des radiations de la centrale; l'autre est de s'assurer qu'ils ne finissent pas par changer la façon dont ils vivent leur vie quotidienne en raison de l'anxiété au sujet des radiations…C'est la voie que Soma suit. Le problème nucléaire ne change rien à cela. Nous continuerons à planter un pied fermement devant l'autre pour suivre le parcours que nous avons choisi »

(Dealing with Disasters of Unprecedented Magnitude: The Local Government’s Tribulations and the Road to Reconstruction, https://link.springer.com/chapter/10.1007/978-4-431-55558-2_1)
(Excess mortality due to indirect health effects of the 2011 triple disaster in Fukushima, Japan: a retrospective observational study BMJ,https://jech.bmj.com/content/71/10/974) ; Mass evacuation and increases in long-term care benefits: Lessons from the Fukushima nuclear disaster, https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0218835)

Précision sur les cancers de la thyroïde : certains militants antinucléaires prétendent que plus de 100 diagnostics de cancer de la thyroïde ont été trouvés chez les enfants de Fukushima. Fake Science ; Fake news ! Le rayonnement ne peut pas être la cause, puisque la maladie prend quatre ou cinq ans à se développer après l'exposition. En fait, il a été démontré que les cas de thyroïde étaient le résultat du dépistage massif des enfants dans la préfecture à l'aide d'équipements ultrasensibles, détectant même de faibles anomalies sans significations cliniques Les taux de détection à Fukushima étaient similaires à ceux trouvés en utilisant le même équipement dans d'autres préfectures japonaises non irradiées. Comme en France après Tchernobyl, les irradiations constatées sont trop basses pour provoquer quelque cancer que ce soit, même de la fragile thyroïde, et c’est bien confirmé.



mardi 2 avril 2019

Le glyphosate et les procès de sorcières (2)


Glyphosate- études divergentes à qui faire confiance ?

En décembre 2017, la Commission Européenne a mis fin à deux ans de tergiversations chez les législateurs européens en autorisant l’utilisation du glyphosate pour 5 ans. L’autorité Européenne de sécurité des aliments (EFSA)  a estimé qu’elle ne disposait d’aucune preuve d’un éventuel caractère cancérogène. Pour davantage de sureté, la Commission Européenne a également demandé l’avis de l’Agence Européenne des produits chimiques (ECHA) , qui a également conclu à l’absence de preuve de danger du glyphosate. En mai 2016, un panel d'experts de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture et de l'Organisation mondiale de la santé a tranché de la même façon. L'Office fédéral suisse de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires et l'Office fédéral de l'agriculture ont observé le 30 juillet 2015 que « le CIRC ne disposait pas de nouvelles études reconnues au plan international pour sa décision de reclassifier le glyphosate comme carcinogène », et réitèré qu'ils « considèrent que les résidus de glyphosate provenant de l'utilisation de ce produit comme produit phytosanitaire sont inoffensifs pour la population ». Même position pour les agences canadiennes, australiennes, Etats-Uniennes…

Bref, la quasi totalité des agences de régulation dans le monde considèrent qu’il n’y a aucune preuve de toxicité ou de caractère cancérogène du glyphosate.

Une seule agence notable liée à l’ONU fait exception, le CIRC. En 2015, le CIRC a considéré le glyphosate comme « cancérigène probable, catégorie 2A)

La classification CIRC  - curieuse ?

Le CIRC a tout de même une curieuse méthode de classification. Le glyphosate se retrouve ainsi dans le même groupe  que le bromure de vinyle et les N methyl et ethyl nitrosourées, que tout chimiste classerait sans hésiter dans les cancérogènes certains. C’est que le CIRC estime ( et je trouve cela en l’espèce vraiment contestable) un risque global tenant compte de la cancérogénicité « intrinséque » et de l’exposition au produit de la population : ainsi s’explique que des produits fortement cancérigènes mais très peu utilisés se retrouvent dans la même catégorie qu’un produit extrêmement utilisé mais dont la cancérogénicité intrinsèque est non démontrée- comme le glyphosate.

Dans cette classification du CIRC, le glyphosate se retrouve finalement assez logiquement dans la même catégorie que la consommation de viande rouge  et le travail de nuit. Va-t-on pour autant interdire le travail de nuit ? Bien sûr que non ; simplement, on serait bien inspiré de mettre en place un meilleur suivi sanitaire des travailleurs de nuit.

Eh ben, pareil pour le glyphosate !

Une autre différence importante est que les agences de régulation telles l’EFSA se fonde sur les études réglementaires effectuées par les industriels que les agences exigent avant la mise sur le marché d’un phytosanitaire. Au contraire, le CIRC n’utilise que les publications universitaires.

Quelles études, pour faire quoi ?

Maintenant, à quoi faites-vous davantage confiance ? Aux tests réalisés par les industriels conformément aux exigences réglementaires ou aux tests décrit dans les publications universitaires et effectués par des chercheurs libres de tout conflit d’intérêt ?
Eh bien, choc des chocs, scandales des scandales,  abomination et pic et pic et colegram. Evidemment aux tests réglementaires pratiqués par les industriels ! Ils sont standardisés, calibrés, parfaitement reproductibles, leur interprétation est immédiate, leur pertinence quant aux effets biologiques certaine et universellement reconnue.
Les chercheurs eux testent des protocoles, nouveaux, originaux, que seuls de petites équipes maitrisent. Leur pertinence quant aux effets toxiques chez l’homme est incertaine, pas encore reconnue…. Ce n‘est pas un vain mot : les instances universitaires se trouvent confrontées à une très sérieuse crise de la reproductibilité.

Ainsi, précisément dans le domaine de la biologie du cancer, des chercheurs de Bayer et d’Amgen ont passé un an à tenter de reproduire des expériences critiques : pour les premiers, 21% seulement  de ces expériences ont pu être entièrement reproduites et 11% partiellement ; pour les seconds, seulement 11 expériences sur 53. Dans cette crise de la reproductibilité, il y a là une part intrinsèque à l’activité de recherche (surtout lorsqu‘elle utilise des matériaux biologiques de plus en plus complexes et artificiels), il y a aussi malheureusement une part due au publish or perish - la pression pour publier très vite très souvent-. Et enfin une part liée aux biais de publication, à la politique éditoriale : un article mettant en cause Monsanto trouvera plus facilement preneur qu’un article confirmant les résultats de ses chercheurs…

Il est donc quand même assez étrange que le CIRC ne prenne pas en compte les tests les plus validés  et les plus pertinents…

Est-ce à dire que les tests réglementaires auxquels sont soumis les industriels sont suffisants et que la recherche est inutile ? Bien sûr que non ! Ils fixent l’état des connaissances certaines à un instant donné. Les résultats de la recherche, lorsqu’ils seront certains, suffisamment reproductibles pour donner lieu à des protocoles précis et que leur pertinence biologique sera reconnue par consensus de la communauté des experts ont vocation à améliorer, compléter ou remplacer les tests existants.

Dans le cas des études de toxicité, en tout état de cause, l’affaire du glyphosate appelle certainement à des améliorations des process actuels, notamment en ce qui concerne la publication de toutes les études de toxicité et d’écotoxicité menées par les industriels, soit dans des publications scientifique, soit par dépôt  obligatoire auprès des agences réglementaires des données et d’un résumé.

Il faudrait aussi imposer des études sur les formes effectivement commercialisées et utilisées et non simplement sur les principes actifs purs, et tenir compte aussi des conditions réelles d’utilisation : le produit et le mode d’utilisation par un professionnel ne sont pas les mêmes que pour un jardinier amateur. Il vaut mieux éviter de confier une grue à un automobiliste lambda…

Reste aussi que pour le glyphosate, utilisé maintenant depuis plus de 40 ans,, nous pouvons disposer d’études épidémiologiques, avec, compte-tenu de sa popularité, des populations conséquentes d’utilisateurs et des durés suffisantes pour voir apparaitre d’éventuels cancers, même tardifs.

Les études épidémiologiques 

Débutée dans les années 90, l'Agricultural Health Study a suivi plus de 50.000 agriculteurs et épandeurs américains en Iowa et en Caroline du Nord et dont 80% utilisaient du glyphosate. Près de 6.000 cas de cancer ont été observés au cours de ce suivi. Verdict de l'analyse : le glyphosate n'est pas significativement associé à une augmentation du risque de cancer, quelle que soit sa localisation. Toutefois, parmi les épandeurs qui ont été le plus exposés au glyphosate, les chercheurs constatent un risque accru de leucémie aiguë myéloïde par rapport aux autres utilisateurs, qui augmente avec la durée d'exposition et devient statistiquement significatif au-delà de 20 ans.
En 2005 déjà, les premiers résultats issus de l'étude prospective Agricultural Health Study, incluant des hommes et des femmes suivis sur plusieurs années, ne montraient déjà pas d'association statistiquement significative entre l'utilisation du glyphosate et le risque de cancer à l'exception d'un risqué augmenté mais non significatif de myélome multiple.

En 2019, une meta analyse reprenant l’étude de l’AHS (Zhang et al. 2019, Mutation Research) a  sélectionné le groupe de participants avec une exposition la plus haute (niveaux et durées d’exposition importants, temps de latence important). Dans ces conditions, apparait une association statistique entre une exposition cumulée élevée aux formulations à base de glyphosate et un risque accru de +41% de lymphomes non-hodgkiniens (LNH). Il ne s’agit pas de faits nouveaux mais d’une réanalyse soutenue par le seul Dr Zhang, et non les autres  auteurs de l’article original qui ont travaillé sur les mêmes données. Sur la signification exacte et l’incertitude des chiffres obtenues après une telle sélection drastique dans l’étude originale (856 études exclues sur 866 !), alors là, c’est vraiment une discussion de spécialistes. (cf par exemple https://quoidansmonassiette.fr/analyse-critique-meta-analyse-zhang-2019-glyphosate-risque-lymphomes-non-hodgkiniens/

Le 18 mars 2019 paraissait dans l’International Journal of Epidemiology une étude menée sur des cohortes d’agriculteurs de France (cohorte AGRICAN), de Norvège et des États-Unis  montrant un risque accru de 36 % du lymphome non hodgkinien le plus fréquent, à savoir le lymphome diffus à grandes cellules B –il n’était pas significatif dans AGRICAN. Les chercheurs ont procédé à un effort de synthèse inédit, en exploitant les informations de trois grandes cohortes constituées en France, en Norvège et aux Etats-Unis, rassemblant ainsi les données de plus de 315 000 agriculteurs suivis en moyenne pendant plus de dix ans. Ils ont évalué l’exposition des fermiers à 33 pesticides différents selon une classification binaire. Trois substances sont pointées: deux insecticides, le terbuphos et la deltamethrine, et un herbicide, le glyphosate.

Les antiglyphosates ont relayé triomphalement ces études. En ce qui concerne la méta-étude du Dr Zhang, elle ne convainc pas grand monde parmi les spécialistes, et notamment n’a pas convaincu le CIRC de changer la classification du glyphosate en cancérigène certain. Les promoteurs de la seconde étude se sont eux-mêmes montré très prudents : comme ils n'ont pas évalué le degré d'exposition des agriculteurs, classant ces derniers en seulement deux catégories : «utilisateurs» et «non utilisateurs» ; ils indiquent en conséquence qu'il « est nécessaire de disposer de «données plus précises» sur cette question, avant de formuler des conclusions ».

En effet, plusieurs études ont montré avec certitude une augmentation des lymphomes non hodgkinien chez les agriculteurs (19% dans l’Agricultural Health Study (57000 agriculteurs, Iowa et Caroline du Nord entre 1993 et 1997). Elles ont abouti à un résultat : le lymphome non hodgkinien a été ajouté en juin 2015 à la liste des maladies professionnelles. L’implication de plusieurs pesticides a été clairement démontrée : lindane, insecticides carbamates, insecticides organo-phosphorés – ces derniers maintenant interdits en France et aux USA notamment. Prouver un effet propre du glyphosate suppose d’éliminer avec certitude l’exposition à ces molécules connues depuis longtemps comme toxiques…Pas facile dans des études rétrospectives…

Une certitude : il est temps enfin de suivre correctement l’état de santé des agriculteurs, et plus généralement, des salariés – et cela ne va pas dans le sens du démantèlement progressif de la médecine du travail sous les coups de boutoir continus des idéologues ultra-libéraux et des dernières décisions gouvernementales

Enfin le glyphosate serait impliqué dans l’explosion de maladies rénales chroniques observées dans les rizières, particulièrement au Sri Lanka vers 2015. Le nom donné à cette maladie (maladie rénale chronique d'étiologie incertaine, chronic kidney disease of uncertain etiology) montre le degré d’incertitude et jusqu’à présent rien ne permet d’y impliquer le glyphosate. La présence en forte concentration dans l’eau des rizières de métaux tels que le plomb, l'arsenic et surtout au cadmium fournissent des coupables potentiels bien plus convaincants, surtout que jusqu’à présent aucune étude n’a laissé entrevoir un lien entre glyphosate et pathologie rénale. Peut-être aurait-il pu jouer un rôle adjuvant en complexant ces métaux ?

En tout état de cause, cette maladie rénale chronique d'étiologie incertaine a été signalée à de multiples endroits au cours du siècle dernier, beaucoup de cas étant antérieurs à la découverte et à l'utilisation du glyphosate (1974).

Après l‘avoir interdit, le gouvernement Sri Lankais a réautorisé le glyphosate en 2019.

Les « pisseurs involontaires ». Du glyphosate dans les urines ?

Depuis la très contestable émission d’Elise Lucet sur le glyphosate, où un certain nombre de personnalités s’étaient fait tester pour la présence de glyphosate dans leurs urines et montraient leur affolement devant un résultat qui ne donnait ni valeurs, ni incertitudes,  (pauvre Julie Gayet, c’est honteux de la paniquer comme ça !), le mode des pisseurs involontaires de glyphosates s’est étendue et du glyphosate, on en trouve partout et chez tout le monde à des taux ahurissants !

Bah c’est quand même très très très très  étrange. Le glyphosate est un produit phosphaté très simple qui se dégrade rapidement en AMPA, un phosphate omniprésent dans la nature… et qui provient aussi des phosphates utilisés dans les lessives. Certains esprits critiques en ont conclu un peu rapidement que « les pisseurs de glyphosates étaient en fait des pisseurs de lessive ».

Oui, mais non. C’était peut-être le cas avec les tests plus anciens mesurant indifféremment  la présence de glyphosate et d’AMPA dans l’eau, et montrant une forte corrélation avec l’introduction de certaines lessives, mais les tests urinaires utilisent des anticorps anti glyphosate et ne sont pas sensibles à l’AMPA. Les sites de Counterchecking se sont fait une joie de le faire remarquer, traitant les douteurs de suppôts de Monsanto. Mais ce qu’ils n’ont pas dit, c’est que ces tests ont été validés pour mesurer le glyphosate dans l’eau, et pas dans l’urine, où des molécules phosphatées naturelles variées  sont présentes en quantité importantes et peuvent peut-être interférer avec le test.

C’est aussi étrange compte-tenu de la faible rémanence du glyphosate, qui ne fait vraiment un produit miraculeux : le glyphosate fut un des premiers herbicides permettant de semer directement après usage et sans effet sur la culture suivante ; l'effet désherbant apparaît uniquement en cas de pulvérisation sur les feuilles de la plante. La possibilité de planter vite juste après un désherbage efficace était une vraie rupture à l'époque de sa mise sur le marché.

Devant des résultats aussi étonnants, il convient certainement de mettre d’abord en cause le test. Lorsque dans un appareil d’optique vous voyez un ciel gris alors qu’en le regardant vous le voyez d’un bleu superbe, il faut peut-être revoir les réglages…

Les décisions judicaires : inadmissibles procès de sorcières

Le groupe de produits phytosanitaires Bayer-Monsanto a perdu mercredi son deuxième procès lié au Roundup aux Etats-Unis. La justice américaine a donné raison au retraité Edwin Hardeman, estimant que Monsanto avait mis sur le marché un produit présentant « un défaut de conception ». Le point sur les nombreuses procédures en cours ou à venir. En août dernier, un premier procès a conclu que les herbicides de Monsanto avaient causé le lymphome non hodgkinien du jardinier Dewayne Johnson et n’avait pas suffisamment averti des risques. Le groupe de produits phyto a été d’abord condamné à verser 289 millions de dollars, une peine réduite ensuite à 78 millions.
Au terme du procès Hardeman, la condamnation s’élève à près de 81 millions de dollars. « Le verdict rendu dans ce procès n’a aucune conséquence sur les futurs procès et affaires, étant donné que chaque procès repose sur des faits et des circonstances légales qui lui sont propres », a réagi jeudi le groupe dans un communiqué. Dans les deux cas, Bayer a fait appel de la décision.
Dans son dernier rapport annuel, Bayer disait faire face, au 28 janvier dernier, à des procédures lancées par « approximativement 11 200 plaignants » exposés à des produits Monsanto à base de glyphosate aux Etats-Unis. Le groupe s’attend à faire face à d’autres procédures.

Compte-tenu de ce qui précède, je crois que la conclusion s’impose. Qu’est-ce qui permet aux juges d’aller au-delà des préconisations des agences de régulation ? Qu’est-ce qui leur permet d’affirmer la responsabilité du glyphosate dans les cancers des malheureux plaignants ? D’où tiennent-ils la compétence scientifique de trancher des débats à le place des experts ?
Oui ou non Monsanto s’est-il soumis aux législations en vigueur ? A-t-il (comme certains constructeurs automobiles…) triché sur ces tests ?
Non !
Disposait-il de données reconnues irréfutables pouvant impliquer le glyphosate dans des cancers ? Les a-t-il dissimilées ? Non !

La vérité est que Monsanto est victime d’un véritable procès de sorcières obscurantistes et rétrogrades qui lui reprochent moins le glyphosate (de nombreux pesticides dont la toxicité est bien prouvée ne suscitent pas autant de réactions…) que les cultures OGM (génétiquement modifiées)  résistantes au glyphosate, et d’avoir été un véritable précurseur dans un nouveau mode d’agriculture  qui risque fort d’être le seul à permettre de nourrir une population en augmentation. Et que certains juges, par ignorance, compassion ou lâcheté s’en sont fait les complices.

Aucune bonne justice ne peut être rendue contre les connaissances scientifiques, en l’état où elles sont. Que l’on y prenne garde ! Demain, le procès de sorcière contre Monsanto pourra s’étendre aux vaccins, aux médicaments, aux ondes électromagnétiques des linky par exemple….