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mardi 16 avril 2019

Privatisation d’Aéroports de Paris : enfin, ça réagit au Parlement !


Un aéroport n’est pas un centre commercial, c’est un aéroport !

Discussion avec un collègue : mais enfin, pourquoi tu es contre la privatisation d’ADP . Un aéroport c’est juste un centre commercial ! J’avoue, j’en suis resté un peu quoi ! Manque d’habitude sans doute, manque d’intérêt, manque de foi certainement dans le discours libéral dans sa plus grande finesse !

Pourtant, je n’aurais pas dû être surpris tant, mais j’avais du mal à le croire, l‘argument figure comme l’élément de langage préférentiel répété en boucle par les macronistes qui ont décidé la privatisation d’ADP : « gérer un centre commercial n’entre pas dans les missions de l’Etat.

Cet aveuglement libéral est assez révélateur, qui consiste à confondre mission et rendement, ce qui doit être fait et ce qui rapporte, intérêt social et intérêt financier et au fond, à nier la notion même de service public ou d’activité stratégique.

Donc, un aéroport ça sert d’abord à faire décoller et atterrir des avions ! Punkt ! C’est son objet social si l’on veut, sa mission.

Les Chinois, lorsqu’à travers le programme des Nouvelles Routes de la Soie (One Belt, one Road, OBOR), ils prennent le contrôle de ports, d’aéroports, de voies ferrés… ce ne sont pas des centres commerciaux qu’ils achètent. Pas très libéraux, ils ont eux encore une pensée stratégique, géostratégique, industrielle. Une stratégie, un plan ! Pas simplement le maximum de bénéfices dans le plus court laps de temps…

Pour mémoire, Aéroports de Paris, ce sont  les plus gros aéroports français : Roissy-Charles-de-Gaulle (72,2 millions de passagers), Orly (33,1 millions de passagers), Le Bourget et une dizaine d’aérodromes ;

C’est le premier propriétaire foncier d’Ile-de-France, grâce aux 6 686 hectares des aéroports, dont 411 hectares sont disponibles. Il détient aussi plus d’un million de mètres carrés de bâtiments, hangars, hôtels, bureaux, etc. ;

C’est encore une filiale dans la téléphonie (Hub One) ; des participations dans le capital de nombreux aéroports internationaux, soit directement (Zagreb, Santiago, Amman, Maurice, etc.), soit par le groupe TAV Airport (Istanbul Atatürk, Antalya, Izmir, etc.) 

 C’est surtout la voie d’entrée majeure sur le territoire français : les aéroports de Paris reçoivent un peu plus de 100 millions de touristes par an - le deuxième aéroport, Nice, est très loin derrière avec 14 millions. C’est la frontière la plus fréquentée de France, avec ce que cela entraine en termes d’enjeux de sécurité, de terrorisme, de surveillance douanière et des trafics (drogues, humains..), d’immigration.

C’est enfin le hub central de la compagnie nationale Air France, qui risque de voir menacés les avantages en termes de créneaux, de coûts, de services et autres  dont elle bénéficie…

Et enfin, ce sont aussi des centres commerciaux importants, avec 386 boutiques et services, qui ont rapporté, à eux seuls, 1 milliard d’euros en 2018. Cette activité est déjà largement privée- les magasins de ces centres commerciaux ne sont pas des boutiques d’Etat proposant la production des sovkhozes de la Brie.  Soulignons d’ailleurs que cette activité mise en avant par les partisans de la privatisation n’est même pas économiquement l’activité dominante puisque  ADP génère un chiffre d’affaires de près de 4,5 milliards d’euros – la plus grande part provenant des activités aéronautiques en France (1,89 milliard). Par ailleurs, le fait de rapporter de l’argent à l’Etat fait partie des missions de l’Agence des participations de l’Etat : avec des bénéfices de plusieurs centaines de millions d’euros par an (610 en 2018), ADP répond à l’objectif de « la valorisation dans la durée du patrimoine des Français ».

Alors pourquoi  privatiser ADP ? L’escroquerie à l’innovation !

Ben, à part l’idéologie ou le besoin de faire plaisir à des amis (Il va falloir dédommager Vinci pour l‘abandon de Notre Dame des Landes), ou la politique à très courte vue, on ne voit pas bien.
Surtout que le prétexte affiché, récupérer de l’argent pour créer un fonds de 10 milliards d’euros afin de financer l’innovation, ne tient pas un seul instant.  « Ce fonds doit notamment permettre à la France de se muscler dans l’intelligence artificielle et de « garder sa souveraineté technologique » face aux Chinois et aux Américains, souligne le ministre de l’Économie Bruno Le Maire ». Innovation, Intelligence artificielle, les mots magiques…

Sauf que ça ne tient pas debout et que la manip était déjà dénoncée dans le rapport de la mission parlementaire d’information sur Alstom et la stratégie industrielle du pays (Mission Bourquin, octobre 2018). Citations :

« Le Président de la République a annoncé la création prochaine d’un fonds pour l’industrie et l’innovation qui serait doté de 10 Md€, constitué grâce à la cession de participations de l’État dont les caractéristiques restent à déterminer précisément (Aéroports de Paris, Française des Jeux, Engie, etc.) et dont la gestion serait assurée par Bpifrance. Or, les objectifs de ce fonds et ses modalités de fonctionnement sont encore flous. Quand le Gouvernement a annoncé sa création, on a d’abord pu croire qu’il s’agissait de céder 10 Md€ de titres et d’investir cette somme considérable dans l’innovation. Puis, il a finalement été expliqué que cette somme ne serait pas investie dans l’innovation mais placée. Au final, seuls les revenus générés par ce placement seraient donc effectivement investis dans l’innovation, soit environ 200 M€ par an.

Votre mission est dubitative face au montage proposé. Si elle est extrêmement favorable à une initiative forte pour financer l’innovation de rupture, elle ne comprend pas l’intérêt financier de céder des titres dont le rendement est de 3,5 % l’an, voire 4,1 % (si l’on considère le portefeuille de l’État, hors énergie) pour les placer à un taux de 2 à 3 %. Il serait plus judicieux financièrement, et plus simple en pratique, d’affecter directement une partie des dividendes générés par le portefeuille de l’État au financement de l’innovation.

Les montants en jeu interrogent également. S’il s’agit effectivement de financer l’innovation de rupture, ce ne sont pas les 200 M€ annuels issus du nouveau fonds qui vont permettre de changer d’échelle. La mission a également du mal à saisir ce qu’apportera réellement ce nouveau fonds dans le paysage institutionnel morcelé du soutien public à l’innovation.

Alors quoi, pourquoi ? C’est sans doute ce que commencent à se demander un certain nombre de parlementiares, de toutes les oppositions ( Républicains, Socialistes, et, cas unique France Insoumise et Rassemblemet National !) : Deux cent dix-huit parlementaires ont signé un texte contre la privatisation du Groupe ADP, anciennement Aéroports de Paris, première étape pour l’organisation d’un référendum d’initiative partagée, mardi 9 avril.

Gageons que cela ne fera que mettre en évidence l’extrême difficulté à organiser les Referendum d’Initiative Partagée (demande signée par un cinquième des parlementaires et 10% du corps électoral (soit 4,5 millions de citoyens). Le recueil des soutiens est réalisé pendant neuf mois par le Ministère de l’intérieur via le site referendum.interieur.gouv.fr.) 

Et que la seule solution, c’est la mise en place d’un Referendum d’Initiative Citoyenne.

Tiens, et puis, ça serait pas mal qu’il se passe la même réaction à propos de ce scandale et ce danger que constitue ma privatisation des barrages hydrauliques.


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dimanche 10 décembre 2017

Politique de recherche : zéro, c'est la politique à Macron (2) !


Voir mon blog précédent pour la politique du gouvernement ( zéro création de postes dans la recherche publique et la lettre d'Alain Fuchs !)
Et en support ces graphiques issus des statistiques de la Banque mondiale, montrant où la France en est et son évolution récente en matière de dépenses de recherche_ le décrochage !
Les graphiques parlent d'eux-mêmes !

 Dépenses de recherches en fonction du PIB- 1996-2015. La France décroche :



















mercredi 7 juin 2017

C’est avec les vieilles recettes qu’on fait de vieux gouvernements

Le Drian, il le faut, il a fait preuve de sa compétence à la Défense. Ah oui, mais un tel ministre, dans un tel domaine, ça peut faire de l’ombre au président. Mettons-le aux affaires étrangères et européennes où il est incompétent

Sylvie Goulard : aux affaires européennes, elle est compétente. Ça peut être gênant. Hop, A la Défense, où elle est strictement incompétente !

François Bayrou à la justice. C’est parfait, la justice, pour un mis en examen ( pour diffamation) ! En plus, pas un de ces politiciens que les Français ont assez vu, pas le genre à négocier des postes contre un ralliement

Pour le renouvellement, Marielle de Sarnez, vielle apparatchik du Modem dont même les militants Modem ne veulent pas dans leur circonscription

Pour une nouvelle façon de faire de la politique, Richard Ferrand, qui renouvelle si bien le clientèlisme et la connivence – voire ce qu’en dit le leader des bonnets rouges,  Christian Troadec

Pour la laïcité, Marlène Schiappa, « féministe qui refuse que la République mène le combat contre l’ obligation faite aux femmes, sous des prétextes religieux un tenue discriminatoire et signataire d’un appel lancé par les organisations islamiste « Je ne suis pas Charlie qui n’est rien d’autre qu’un crachat sur les martyrs de la liberté d’expression » ( Guy Konopnicki, Marianne, 26 mai 2017)

Contre les combines politiques, l’ouverture, des ministres de droite. ça c’est du jamais vu. Bienheureux les futurs Soisson et Stasi !

A l’Intérieur, si important par ces temps peu sympathiques,  pas du tout la récompense d’un très vieux fidèle qui a bien servi et ne s’est jamais intéressé à la Sécurité, , non un jeune ministre dynamique qui a montré un réel intérêt pour les questions de sécurité.. .Gérard Colomb !

Et où est le grand ministre de l’Industrie, de la si nécessaire réindustrialisation, de l’innovation, des industries nouvelles, de la recherche, de la politique industrielle, oui, un ministre de l’industrie et de la recherche, de la compétitivité par la rupture technologique, ? Et il est où ? Et il est où ?


Et toute une presse béate de s’extasier !!!!

lundi 3 avril 2017

Un progrès majeur pour les diabétiques : les capteurs de glucose en continu

Le laboratoire Abbott  a inventé des capteurs de glucose en continu. Composés d’une pastille jetable de la taille d’une pièce de 2 euros qui se fiche sur le haut du bras, ils contiennent une puce permettant de lire le taux de glucose dans le sang à l’aide d’un scanner de poche équipé d’un petit écran. Gérard Raymond, le président de l'Association française des diabétiques (AFD) explique  : « C'est une innovation capitale, car on n'a plus besoin de se piquer quatre ou cinq fois par jour le bout du doigt pour contrôler sa glycémie. La surveillance est permanente, non invasive, et vous pouvez véritablement devenir acteur de votre santé, souligne-t-il. Plus besoin de piqûres et de bandelettes. Mieux encore que de  de faciliter la vie des diabétiques, ce nouveau dispositif améliore leur santé en permettant la mesure en continu du glucose : les femmes enceintes et les enfants, dont le diabète est souvent difficile à équilibrer, sont les premiers à pouvoir profiter de cette méthode. Plusieurs études indiquent que les fluctuations glycémiques dans l’enfance, qu’elles soient dans le sens d’hyper- ou d’hypoglycémies, entraînent des modifications cérébrales. Il existe 20000 enfants diabétiques en France, dont la moitié sont déjà équipés de pompe. Permettant de visualiser la concentration à un instant donné, mais aussi sur toute une période, ces capteurs donnent par exemple, au réveil, la courbe des 8 dernières heures et renseigne sur les hypoglycémies et hyperglycémies nocturnes.

Mais des progrès refusés aux diabétiques français

Ces nouveaux  dispositifs sont déjà remboursés aux Pays-Bas, en Suède, en Slovénie, en Italie. Et en France ?  une demande de prise en charge en procédure accélérée !!! a été déposée,
… en 2010, au titre du forfait innovation. I semble qu(elle se soit perdue dans les méandres administratifs et les demandes d’études complémentaires sans fin", reprochent les associations- En fait l’Assurance Maladie traine des pieds pour éviter le remboursement.   Les industriels demandent aujourd’hui une inscription au remboursement par le circuit traditionnel, en espérant que la procédure sera plus rapide.
De fait, la plupart des services de diabétologie utilisent déjà ces capteurs, sur leurs fonds propres. Ils en équipent leurs patients pendant quelques semaines, dans un but pédagogique, pour leur apprendre à réguler le débit de leur pompe, ou diagnostique, pour repérer la survenue d’hypoglycémies. Il semble que 25.000 patients aient adopté le glucomètre et paient de leur poche les consommables (les puces). Mais quelque 300.000 Français qui ne peuvent se le permettre continuent à mesurer leur taux de sucre en se piquant le doigt et en déposant la goutte de sang sur une bandelette-traitement plus pénible, moins fiable, moins précis – mais remboursé
Cette situation s’éternise, au désespoir des patients, en raison d’un bras de fer entre l‘industriel et l’assurance-maladie. Abbott commercialise déjà en France son produit à 1.500 euros par an, quand le payeur public demande pas loin de 650 euros par an, c'est-à-dire le tarif des dispositifs dominants aujourd'hui- ce qui signifie tout simplement que l’innovation thérapeutique ne serait pas récompensée. Mes associations de malades estiment cependant que même au prix demandé par Abbott, le système de santé français serait encore largement  bénéficiaire si l’on prend en compte les interventions du Samu, les journées d’hospitalisation et les arrêts de travail évités.
Certains ne se privent pas de dénoncer les « abus » des laboratoires pharmaceutiques, mais c’est ignorer les faramineuses dépenses en recherche pour trouver de nouveaux traitements contre le diabète, depuis des dizaines d’années, en vain. Alors, si l’innovation thérapeutique n’est pas récompensée à juste prix, elle s’arrêtera tout simplement- déjà les dépenses de recherche des big pharma diminuent et celles-ci les externalisent. Après il existe sans doute des  marges de négociations qui doivent prendre en compte des accords prix-volumes ( plus le traitement est prescrit, plus son coût diminue) et des négociations groupées entre pays européens comparables seraient sans doute utiles ; il faut aussi tenir compte que la concurrence et l’apparition d’autres acteurs feront à terme baisser les prix, ce qui implique qu’il est normal que le premier inventeur bénéficie d’une juste rétribution de son invention.

Mais de plus en plus la France se distingue par des retards et des entraves à la mise à disposition des produits innovants, à la colère justifiée des patients. C’est la conséquence logique d’une absence de politique du médicament et pharmaceutique en général , voire, au contraire, d’une politique qui les sacrifie systématiquement en priorité dans le financement de la santé. C’est dommage, car un médicament ou un dispositif médical efficace, c’est beaucoup moins cher que des hospitalisations. Combien ces traitements anti-ulcères  ont-ils fait gagner, en confort de vie aux patients, et à l ‘assurance maladie en opérations évités ?

vendredi 8 janvier 2016

Les X et la politique industrielle française


La revue des Anciens élèves de Polytechnique, la Jaune et la Rouge publie (décembre 2015) un numéro axé sur l’insdutrie en France. Le mois qu’on puisse dire, c’est que les point de vues sont variés.
Le retour de la politique industrielle ?

Pour Bernard Esambert (X54), ancien conseiller industriel et scientifique de Georges Pompidou, , « le concept de politique industrielle est de nouveau à la mode » et  « la politique industrielle de Georges Pompidou peut nous éclairer sur les voies à suivre ». Quels sont les grands axes de cette politique ? C’est d’abord une consolidation du tissu industriel, avec de nombreuses fusions qui permettent la constitution des groupes puissants comme Saint-Gobain-Pont-à- Mousson, Thomson, CGE, Rhône- Poulenc, ATO, Creusot-Loire, Babcok- Five, SNIAS, Le Nickel. Une bonne parte des actuels membres du CAC 40 sont nés à cette époque. Parallèlement, la petite et la moyenne industries, source de créativité et de dynamisme et vivier de la grande, ne sont pas négligées avec la création de l’Institut du développement industriel, la nomination, pour la première fois, d’un secrétaire d’État à la Petite et à la Moyenne Industrie.
Le Président lui-même s’implique dans la politique industrielle, et encourage les exportations. Ainsi, pour la première fois, une quinzaine de grands industriels l’accompagnent à Moscou à l’occasion d’un de ses déplacements en Union soviétique. Le politique industrielle pompidolienne, ce sont aussi des  volonté de rattrapage dans les domaines où la France est en retard ( les télécommunications, notamment les commutateurs).  C’est la volonté d’indépendance dans des domaines identifiés comme critiques, et des programmes ambitieux et de  très beaux succès dont nous bénéficions encore aujourd’hui : le nucléaire, pour s’extraie de la dépendance pétrolière, avec Framatome, qui appuyé par EDF, se libère de sa dépendance technique vis-à-vis des licences américaines ;  l’aéronautique, où ,  après bien des ratés, les industries française et allemande s’associent pour donner un successeur au Boeing 727, à la Caravelle et au Trident, et c’est le décollage d’l’Airbus ; C’est enfin le spatial, où, après l’échec de la fusée Europa II en 1972, les Européens se retrouvent sans perspectives et sans lanceurs , et ce sera l’envol d’Ariane.
Au crédit également de la politique pompidolienne, M. Esambert place la création d’un secrétaire d’État à la Petite et à la Moyenne Industrie et aussi le  premier ministère de l’environnement ; l’ordonnance de 1967 sur l’intéressement des salariés ; et surtout, un effort ambitieux de recherche, à la fois public et privé, qui mène le budget global de recherche français à près de 3 % du PIB, objectif encore proposé récemment par  l’agenda de Lisbonne pour l’Europe de la connaissance, et dont nous nous éloignons années après années, renoncement après renoncement.

Bref, pour M. Esambert, la politique industrielle de George Pompidou reste un modèle à méditer
La fin de la politique industrielle ?
Jean Peyrelevade (X58) se montre beaucoup plus négatif sur le rôle de l’Etat dans la politique industrielle : « La France est, dans sa tête, encore colbertiste. Mieux vaudrait que, sans tarder, elle échappe à l’emprise du passé. L’État ne peut plus être un acteur direct du monde industrie. L’Etat peut-il encore, comme acteur direct, participer à la construction d’une économie industrielle ? Autrefois joué par intermittence, ce rôle est devenu impossible. L’État n’a plus aujourd’hui la capacité d’être un acteur direct de l’industrialisation. Cela pour plusieurs raisons.
La première, à elle seule décisive, est qu’il n’a plus d’argent. Que peut-il alors apporter ? Son imperium, sa puissance politique ? Ces arguments, quoi qu’il en coûte aux représentants du souverainisme, n’ont plus de poids… nous n’avons pas besoin d’un État industriel. »

Pour M. Peyrelevade, l’Etat peut et doit assumer trois fonctions. Premièrement, la formation : - il mentionne notamment que malgré nos grandes écoles, les salariés français sont en moyenne moins qualifiés que leurs homologues de la plupart des pays européens développés -  c’est le grand échec de l’enseignement technique. Deuxièmement, encourager l’innovation, la recherche et développement – il considère que le crédit impôt recherche remplit bien cette fonction. Troisièmement : faire en sorte que les entreprises qui investissent trouvent aussi aisément que possible le capital dont elles ont besoin. Il considère que le risque d’investir dans des sociétés jeunes et innovantes est en France mal récompensé : « Les prélèvements sociaux sur les revenus du capital sont supérieurs à ceux sur les revenus du travail, les revenus du capital sont désormais fiscalisés de manière progressive, comme ceux du travail à un taux marginal proche de 70 %, cas singulier »
Bref, que l’Etat traite fiscalement  bien les investisseurs, et tout ira bien. M. Peyrelevade regrette tout de même que l’Eta ne « pense plus le futur » : « L’État a négligé depuis longtemps sa fonction de stratège du futur. Le commissariat au Plan n’a jamais été vraiment remplacé. Il n’existe plus de lieu organisé où les savants, les scientifiques, les représentants de l’appareil productif, les syndicalistes se réunissent pour réfléchir à l’évolution du monde et à l’organisation de la société future »
Franck LIRZIN (03) constate que la politique européenne produit des divergences insoutenables : « l’Europe se trouve dans la situation surprenante d’avoir une balance commerciale à l’équilibre, voire légèrement positive, et des déséquilibres commerciaux internes très importants : par exemple en 2007 + 129 Md€ pour l’Allemagne et – 48 Md€ pour l’Espagne. Pour faire face à cette hétérogénéité, les règles ne devraient pas être les mêmes pour tous les pays. Or, c’est précisément à l’inverse que s’emploient toutes les nouvelles procédures budgétaires et économiques de la zone euro. »

Refaire l’Agence pour l’Innovation Industrielle ?
Bref, non seulement l’évolution internationale rendrait presque inenvisageable toute politique industrielle, mais en plus la politique proprement européenne, purement financière, est anti-industrielle. Pourtant, même ceux qui, comme M. Peyrelevade, veulent réduire l’Etat à un rôle minimal regrette qu’il ait « négligé depuis longtemps son rôle de stratège du futur ».
Si l’on reconnaît à l’Etat a pour rôle de penser le futur de la politique industrielle, il peut tout de même peut-être agir. Une expérience intéressante a été menée avec l’Agence pour l’Innovation industrielle. L’AII n’a existé que deux ans, entre 2005 et 200, pour de tristes raisons de règlement de compte entre sarkozystes et chiraquiens, et parce qu’elle se heurtait à des tracasseries bruxelloises pénibles et incertaines. Néanmoins, elle avait pu initier un certain nombre de grands projets (imagerie médicale, bioraffinerie, filière hydrogène…). D’autre part, Bruxelles exigeait qu’il existe une défaillance de marché, et j‘ai l’impression que l’idée que les marchés puissent être défaillants a quelque peu progressé ces dernières années. Ensuite, si les pays européens remettent à l’honneur la politique industrielle, l’idée finira bien par arriver jusqu’à la Commission Européenne. L’AII a été partiellement intégrée à la BPI, mais l’esprit unique d’innovation industrielle, de prospective, d’initiative, de mobilisation des industriels qui l’animait a, en grande partie disparu, digérée par la culture à prédominance financière de la BPI. L’heure est peut-être venue de recréer une Agence pour l’Innovation Industrielle, avec éventuellement une coordination européenne entre les différents pays.
 

lundi 16 novembre 2015

La recherche en France et en Europe- état des lieux


Panorama intéressant de la recherche mondiale  (Innovation’s New World Order) publié par  PWC strategy . Chiffres clés :
- Les dix premiers groupes en terme de dépense de recherche sont Volkswagen (mais sur quoi ?), Samsung, Intel, Microsoft, Roche, Google, Amazon, Toyota, Novartis, Johnson and Johnson (de 15.5 à 8 milliards de dollars par an) 
- Le premier français est  Sanofi, à la seizième position (6.4 milliards de dollars). A noter que la petite Suisse place 2 firmes dans le top ten, deux firmes pharmaceutiques Roche et Novartis. En Suisse, l’industrie pharmaceutique rapporte plus que la finance… Elle peut donc être un atout considérable pour un pays, et non une charge. Pour la recherche pharmaceutique, l’initiative européenne IMI (Innovative Medecine Initiative) et l’existence d’un système de santé assez intégré et homogène ( vu de l’étranger…) est considéré comme un atout
- Le shift vers l’Asie- et même l’Asie en  première place est spectaculaire ; la recherche scientifique en Asie compte maintenant pour 35% de la recherche mondiale, contre 33% pour l’Amérique du nord et 28 % pour l’Europe.
- Entre 2007 et 2015, les dépenses de recherche en Chine ont augmenté de 120%. La Chine dépasse maintenant les USA et le Japon ; grâce, pour une large partie, à des efforts de recherche implantés par les firmes étrangères en Chine. L’Inde suit de très près, avec des dépenses en augmentation de 115%, avec une spécialisation très forte dans le domaine informatique ; pas loin, également, la Corée du Sud avec 98% d’augmentation… Il va falloir s’habituer aux prix Nobel chinois !
- La France est clairement à la traine, et cela devient inquiétant. La recherche en France a diminué de 1.5% en 2015 ; et depuis 2005 (dix ans) les dépenses de recherche en France n’ont augmenté que de 28%, alors que la moyenne européenne est de 66%.  Si l’on compare par rapport aux USA, en huit ans, l’effort de recherche français a diminué de 41%, les Anglais de 29%, l’Allemagne de 14%, pendant que la Chine a augmenté de 64%, l’Inde de 61%, la Corée du Sud de 48% et Israel de 26% (voir graphique ci-joint). L’Europe est nettement à la traine, et en Europe, la France encore nettement plus. C’est presque un effondrement, qui inaugure mal du redressement industriel.

- Lorsque de grands groupes mondiaux envisagent d’externaliser un centre de recherche, les principaux facteurs qu’ils prennent en compte sont la formation des chercheurs, ingénieurs et techniciens, la proximité des clients finaux, les parts de marché, les coûts d’opération., les infrastructures. Sur plusieurs de ces plans, la France est bien placée, et l’incitation fiscale que constitue le  crédit d’impôt recherche  est connu et apprécié. Un gros point noir : l’interventionnisme, la lourdeur, la complexité des administrations.

Succès du Crédit Impôt recherche, échec du CICE

Si le crédit d’impôt recherche est un atout apprécié, qui a d’abord évité une dégradation beaucoup plus importante de la recherche en France, et est de plus en plus copié ailleurs,  c’est le CICE (crédit d’impôt compétitivité Emploi, 20 milliards d’euros tout de même contre 5 milliards pour le Crédit impôt recherche) qui manque clairement sa cible. Dixit Henri Lachmann ( Schneider Electric, et un grand industriel) : « Les premiers bénéficiaires du CICE sont la Poste, puis Carrefour. Il favorise des entreprises  qui n’ont aucun risque de délocalisation et qui emploient beau coup de salariés peu qualifiés ( la plafond est à 2.6 SMIC)… Les premiers bénéficiaires des baisses de charge sont l’hôtellerie et la Restauration, les services administratifs ou encore la construction » (Marianne, 30 octobre 2015)). Louis Gallois voulait en faire un outil pour la reconstruction industrielle, c’est complètement raté, et il fait volontiers savoir son écœurement, la responsabilité de ce gâchis revenant conjointement au gouvernement et au Medef, qui n’ont pas su résiter aux pressions de certains secteurs pourvoyeurs d’électeurs, mais qui ne subissent en rien la concurrence internationale, et dont le contenu en innovation est pour le moins assez faible.  Par ailleurs, il constitue une trappe à bas salaires…et,  l’on ne voit pas en quoi il favorise la compétitivité des entreprises, l’innovation et la réindustrialisation. Louis Gallois a été complètement trahi.
 
 

mardi 7 juillet 2015

Six défis collectifs pour la biomédecine du XXIème siècle


C’est le titre d’une intéressante tribune libre dans Le Monde des sciences du 1er juillet du Directeur de l’Inserm, Yves Levy :. L’article s’ouvre par ce rappel : le séquençage du premier génome humain a nécessité dix ans et couté 2.15 milliards d’euros ; aujourd’hui, le séquençage de la partie codante d’un génome ne nécessite plus que quelques heures et coûte moins de 1,000 euros. D’autre part, les techniques d’édition du génome (remplacement d’un gêne défectueux par un autre de façon précise ont aussi extraordinairement progressé, grâce en particulier à la méthode Crispr/Cas9. Ces nouvelles méthodes, si nous voulons profiter de ce qu’elles peuvent apporter, proposent des défis nouveaux au système de santé. Résumé et commentaires
Renforcer le lien entre recherche fondamentale et translationnelle ( la preuve du concept chez l’homme). « Cette nouvelle donne pose la question de la prise de risque nécessaire dans le financement de cette recherche ».
Commentaire : En effet, une part importante de la recherche fondamentale est assurée par l’industrie pharmaceutique. On ne peut pas à la fois sans cesse vouloir baisser le prix des médicaments et investi davantage dans une recherche thérapeutique de plus en plus complexe, risquée et personnalisée. Par ailleurs l’industrie pharmaceutique est une industrie, et ce qu’elle sait faire , c’est produire de façon industrielle, standardisée, des médicaments et des dispositifs médicaux. Quid de méthodes de traitements consistant à prendre les cellules d’un patient, à les modifier et à les remettre en place ? Comment financer ces nouvelles méthodes si elles se développent ?
Développer les infrastructures d’analyse de données (big data) ?  … « des données privées issues de multiples capteurs de bien être utilisés par une population de plus en plus connectée et attentive à sa santé ».
Commentaire : Oui, mais en protégeant les patients et leurs médecins d’utilisations non souhaitées par le patient de ces données. Or, pour l’instant, ceux qui utilisent le plus le big data, c’est la CNAM pour contrôler les pratiques médicales, avec notamment en ce moment  une offensive sur les arrêts maladies, à coups de normes générales ignorant les situations particulières (par exemple, pas d’arrêt pour un lumbago chez une personne occupant un poste assis- même si elle est clouée au lit). 
Permettre l’amélioration de la chaine d’innovation : « plutôt que de tirer au maximum la recherche vers son volet finalisé, il faut surtout financer une bonne recherche en créant les conditions opportunes d’innovation et de valorisation. A mélanger les deux, nous risquons de sacrifier des recherches de rupture à plus long terme sans pour autant créer les vrais leviers pour innover à court terme. »
Commentaire : en effet, il est préférable que les Organismes de recherche et les Universités fassent de la bonne recherche fondamentale plutôt que de la recherche appliquée non applicable…
Inventer un nouveau modèle économique et partenarial aux interfaces public-privé : « un tissu industriel solide est indispensable à la maturation de l’invention puis à sa mise sur le marché »
Commentaire : oui, merci. Je n’ai pourtant pas vu l’industrie pharmaceutique, bouc émissaire habituel des dépenses de santé, ni la recherche thérapeutique bien placées dans les investissements d’avenir…
Repenser les mécanismes d’évaluation et  d’estimation du prix de l’innovation en santé : « on va traiter des sous-types de pathologie et des sous-familles de malades, avec des bénéfices restreints sur des populations restreintes.  Comment assure-t-on les coûts de l’innovation ? » En effet.
Garantir le passage de la recherche vers la clinique puis l’égalité d’accès à l’innovation. « Les approches thérapeutiques les plus prometteuses devront être testées dans des essais pilotes…Il convient de repenser la mise sur le marché des médicaments innovants, peut-être en conditionnant  leur mise à disposition et leur remboursement à l’accumulation des données »
Commentaire : oui, mais qui finance cette accumulation des données ? Avons-nous encore la volonté de progresser dans le traitement des maladies, des douleurs ? A noter que dans certains cas de traitements très couteux et très spécifiques, les firmes pharmaceutiques ont accepté que le prix du traitement soit conditionné par sa réussite.
En tous cas des débats qu’il faudra avoir, de nouvelles solutions à imaginer pour de nouveaux défis, si nous voulons que le progrès thérapeutique continue, que les promesses des nouvelles biotechnologies se concrétisent et qu’elles profitent à tous.
 

mardi 24 mars 2015

Monopoly is virtuous, efficient, good for innovation


The purpose of this article is to discuss the prevailing view that the priorities accorded to the preservation of free and undistorted competition and sanctions against monopolies, even dismantling, and  priority to  low prices for consumers are innovation-friendly policies. It seems even that it endangers the durability and the existence of ecosystems fostering innovation. On the contrary, we regard a policy to allow monopolies operate freely and enjoy benefits that they have been able to conquer legitimately as advantageous for innovation and sustainability, and for consumers themselves as a last resort.

(1) There is a well established link  between monopoly and innovation, and this link has been universally recognized ;  it is the very principle of the patent. It would certainly be interesting to look at the historical controversies, for example between James Watt, favourable to patent system, and Rumford, who was against, but the mass is said, now universal: the monopoly granted by a patent is considered to be the most effective and legitimate way to reward and encourage innovation.
(2) Schumpeter considered that  monopoly rent seeking is one of the most powerful reasons to start a company ;  logics applying even in economy, it follows that one of the best ways to discourage innovation is no doubt dismantling or sanction monopolies that were built on research, daring and ventured funding of research and development, on an innovative vision of our needs and the evolution of our societies.
(3) the most consistent economic liberals, such as the followers of Hayek show themselves logically very suspicious towards any intervention of states and even more of super-etatic structures to dismantle monopolies. From their point of view, if a monopoly survives, there are reasons for this. When monopoly position is based on a breaking invention which results of years of research (scientific barrier), the mastery of a unique technology and the investment it took to develop it (technological barrier), the futuristic vision of a leader or leadership group, it is probably fair that those who participated in this adventure derive significant benefits. Either a monopoly effectively meets some needs, or it will disappear.
4) Schumpeter has described two schemes for innovation ; we usually consider  creative destruction” , but he had also theorized  creative accumulation”. For Schumpeter, the "entrepreneurial" regime is characterized by 'fluid' industries, with low barriers to entry; the process of creative destruction here plays an important role; creative accumulation is characterized by barriers to the entry of competitors and the cumulative knowledge generated in a "routine" process within the departments of R & D by large firms.
In a presentation somewhat analogous and newer, the Economist and Nobel Prize winner 2014 Jean Tirole (cf theory of industrial organization, Economica, 1993) opposed the effect of replacement to the effect of efficiency; in this second case, when a firm invests, it still faces competition and profit lower than those of a monopoly. Innovation is less profitable for the firm in a strong competitive environment.
(5) The monopoly is the only structure to allow sufficient profits to continue to be able to finance fundamental research and innovations of rupture.
(6) Everywhere, at all times and in all places, the opening up to competition has meant less money for research; and when it exists, incremental innovations are favored over brekthrouh innovations. There are now thousands of examples to suggest that practically every time, the opening to competition means that money is taken from research budgets to go to communications agencies and advertising.
7)  Comparing what were Bell Labs with the discovery of cosmological noise by future Nobel Penzias and Wilson, and also the discovery of the transistor, of the UNIX language, of CCD cameras with their successors. Bell Labs were sacrificed on the altar of the cult of free and non-distorted competition, dismembered in several Baby Bells that have not marked and likely will not mark the history of science and technology.
In IBM laboratories have been notably invented the Fortran language, the RISC architecture, relational databases... Gerd Binnig and Heinrich Rohrer in 1981, invented the scanning tunnelling microscope, with huge applications from  electronics to biology, for which they received the Nobel Prize. In 1986, Johannes Bednorz and Karl Müller have discovered a new type of superconductivity at a temperature of 35 K: two other Nobel Prize for IBM. I do not have the impression that the anti-trust actions against IBM and the intensification of competition will maintain this research level.
In the field of the pharmaceutical industry, where basic research was widely supported by the industry, increased competition, including by the introduction of generics, supported by the states - and which is a kind of disregard for the patent system - has led to a collapse of therapeutic innovation, to disengagement from research that it more and more outsourced, and finally the end of the machine to invent drugs that the Pharma have been  for more than fifty years.
In fact, the dismantling of monopolies has, in many cases, favored the emergence of firms who, with respect to innovation, lived in a parasitic way at the expense of the monopolies.
(8) The monopoly does not have to worry too much about  investors, it is less prone to short trem stock market strategies, it is less subject to competition by price, therefor, the monopoly can grant to its employees, in particular researchers, better wages and working conditions – always better to work with happy people. More specifically for research, it may conduct basic research programs, look for breaking through innovations and attract the best researchers, giving them means and time required.
(9) This is quite understandable. The main concern has the leader of a monopoly, each morning, arriving at his work is the following: What  appeared yesterday in the vast world which could threaten my monopoly? For this same reason, the monopoly doesn't neglect, contrary to what is sometimes claimed, its customers, and will devote time to understand and anticipate needs, developments, alternative strategies that might threaten its monopoly. If it does not, there is little chance that it will remain a monopoly.
An often heard argument is that if monopoly has the motivation and the means to conduct an intense technology watch and identify the breaking innovations that might threaten it, it is not necessarily very motivated to put them into practice and could delay innovations. By doing so, it would take a great risk ;  and patent system include sanctions for penalizing obstruction tactics, which can go to compulsory licenses. They could be used more often; it is easy to remedy disadvantages of this type.
As a summary, the priority given, in particular by the European Union, to the the fight against monopolies seems to endanger sustainability and the existence of ecosystems fostering innovation. This policy is neither fair, nor efficient, nor to ensure the sustainable progress that we need, as much as in the past. One tragic example was the french aluminium industry collapse, when the European Commission stopped the Pechiney/Alcan merge.
  The school of Economics of Toulouse : I had the opportunity to discuss twice this subject with prominent members of the Toulouse School of economics. Once, I was told that creative accumulation of Schumpeter was a period where he was going through a severe depression...A second time, that of course, if innovation is represented according to the intensity of competition, it got an inverted U-shaped curve..., but that almost always, one was on the side where the competition had a beneficial effect on innovation (?, without any indication on the parameters characterizing the position of maximum ?); but more recently, Paul Seabright (e.g.Le Monde 28/01/2013) noticed a slowdown in innovation, particularly for the pharmaceutical industry. The revelation in the cassoulet?
 

 

dimanche 22 mars 2015

Le Monopole est vertueux, efficace, bon pour l’innovation


L’objet de cet article est de discuter l’opinion dominante selon laquelle les priorités accordées à la préservation de la concurrence libre et non faussée et aux sanctions contre les monopoles, voire à leur démantèlement,  à la politique des prix les plus bas pour les consommateurs  est une politique favorable à l’innovation. Il nous semble même qu’elle met en péril la durabilité et l’existence même d’écosystèmes favorisant l’innovation. Au contraire, une politique consistant à laisser les monopoles fonctionner librement et profiter d’avantages qu’ils ont su conquérir légitimement nous parait avantageuse en matière d’innovation et de durabilité, et aux consommateurs eux-mêmes en dernier ressort.

1)  Il existe un lien bien établi entre monopole et innovation, et ce lien a été universellement reconnu ; c’est le principe même du brevet. Il serait certainement intéressant de se pencher sur les controverses historiques, par exemple entre James Watt, favorable au brevet, et Rumford, qui était contre, mais la messe est dite, maintenant universelle : le monopole accordé par un brevet est considéré comme le moyen le plus efficace et légitime de récompenser et d’encourager l’innovation.
2) Schumpeter considérait que la recherche d’une rente de monopole constitue l’un des motifs les plus puissants pour entreprendre ; la logique s’appliquant même en économie, on peut donc en considérer la contraposée, c’est-à-dire qu’un des meilleurs moyens de décourager l’innovation est sans doute de démanteler ou sanctionner des monopoles qui se sont construits sur la recherche, sur le financement audacieux et aventuré de la recherche et du développement, sur une vision novatrice de nos besoins et de l’évolution de nos sociétés.
3) Les libéraux les plus conséquents, tels les disciples d’Hayek se montrent en toute logique très méfiant envers toute intervention étatique, et plus encore super-étatique, pour démanteler des monopoles. De leur point de vue, si un monopole s’établit, s’impose, survit, c’est qu’il y a des raisons pour cela. Lorsque la position de monopole repose sur une invention de rupture résultat d’années de recherche (barrière scientifique), par la maîtrise d’une technologie unique et les investissements conséquents qu’il a fallu pour la développer (barrière technologique), par la vision futuriste d’un dirigeant ou groupe dirigeant, il est sans doute juste que ceux qui ont participé à cette aventure en retirent des bénéfices importants. Soit un monopole répond efficacement à certains besoins, soit il disparaîtra.
4) Schumpeter a décrit deux régimes favorables à l’innovation ; on ne parle habituellement que la « destruction créatrice », mais il avait aussi théorisé l’ « accumulation créatrice ». Pour Schumpeter, le régime dit « entrepreneurial » se caractérise par des industries « fluides », avec des barrières à l’entrée peu élevées ; le processus de destruction créatrice joue ici un rôle important ; l’accumulation créatrice se caractérise par des barrières à l’entrée des compétiteurs et des connaissances cumulatives générées dans un processus « routinier » au sein des départements de R et D des grandes entreprises.
Dans une présentation  assez analogue et plus récente, l’économiste  et Prix Nobel 2014 Jean Tirole (cf notamment, Théorie de l’organisation industrielle, Economica, 1993) oppose l’effet de remplacement à l’effet  d’efficience ; dans ce second cas, lorsqu’une  firme en concurrence investit, elle reste confrontée à la concurrence et réalise des profits inférieurs à ceux qu’auraient réalisé un monopole. L’innovation est alors moins rémunératrice pour la firme en concurrence.
5) le monopole est le seul à permettre des bénéfices suffisants pour continuer à pouvoir financer une recherche fondamentale et des innovations de rupture.
6) Partout, en tous temps et en tous lieux, l’ouverture à la concurrence a signifié moins d’argent pour la recherche ; et lorsque celle-ci subsiste, ce sont les innovations incrémentales qui sont favorisées par rapport aux innovations de rupture. Il existe maintenant des milliers d’exemples permettant d’affirmer que pratiquement à chaque fois, l’ouverture à la concurrence signifie que l’on prend l’argent des budgets de recherche pour l’affecter aux agences de communication et à la publicité.
7) Que l’on compare ce que furent les laboratoires de Bell téléphone, avec la découverte du bruit de fonds cosmologique par les futurs Prix Nobel Penzias, et encore la découverte du transistor, celle du langage UNIX, du laser à CO2, les caméras CCD ave leur successeurs. Les laboratoires Bell ont été sacrifiés sur l’autel du culte de la concurrence libre et non-faussée, démembrés en plusieurs Baby Bells qui  n’ont pas marqué et vraisemblablement, ne marqueront pas, l’histoire des sciences et des techniques.
Dans les laboratoires d’IBM ont été notamment inventé le langage Fortran, l’architecture RISC, les bases de données relationnelles... Gerd Binnig et Heinrich Rohrer, en 1981, ont inventé le microscope à effet tunnel, instrument de recherche fondamental aux immenses applications, de l’électronique à la biologie, pour lequel ils ont reçu le Prix Nobel. En 1986, Johannes Bednorz et Karl Müller ont découvert un nouveau type de supraconductivité à une température de 35 K : deux autres Prix Nobel pour IBM. Je n’ai pas l’impression que les actions anti-trust menées contre IBM et l’intensification de la concurrence permettront de maintenir une recherche de ce niveau.
Dans le domaine de l’industrie pharmaceutique, où la recherche fondamentale était largement prise en charge par l’industrie, la concurrence accrue, notamment par l’introduction des génériques, soutenue par les Etats, - et qui constitue au fonds un mépris du système des brevets- a eu pour effet un effondrement de l’innovation thérapeutique, son désengagement de la recherche qu’elle sous-traite de plus en plus, et finalement la disparition de la machine à inventer des médicaments qu’a été l’industrie pharmaceutique pendant plus de cinquante ans.
En fait, le démantèlement des monopoles a, dans de nombreux cas, favorisé l’apparition de firmes qui, pour ce qui est de l’innovation, ont vécu de façon parasitaire au détriment des monopoles.
8) Le monopole n’a pas à se préoccuper outre-mesure de ses investisseurs, il n’est pas soumis aux stratégies court-termistes de la Bourse, il est moins soumis à une concurrence par les prix, et peut accorder à ses salariés, en particulier chercheurs, de meilleures conditions de salaire et de travail. En ce qui concerne plus spécifiquement la recherche, il peut mener des programmes de recherche fondamentale, rechercher des innovations de rupture et attirer les meilleurs chercheurs, en leur accordant les moyens et le temps nécessaires.
9) Cela est assez compréhensible. Le principal souci qu’a le dirigeant d’un monopole, chaque matin, en arrivant à son travail est le suivant : qu’est-il apparu hier dans le vaste monde qui puisse menacer mon monopole ? Pour cette même raison, le monopole ne néglige pas, contrairement à ce qui est parfois affirmé, ses clients, et veillera à comprendre et anticiper les besoins, les évolutions, les stratégies alternatives qui pourraient menacer son monopole. S’il ne le fait pas, il y a peu de chances qu’il reste monopole.
Un argument souvent entendu est que si le monopole a la motivation et les moyens de mener une veille technologique intense et à identifier les innovations de rupture qui pourraient le menacer, il n’est pas forcément très motivé à les mettre en pratique et pourrait retarder des innovations. Il prendrait un grand risque, et dans le droit des brevets figurent des dispositions qui pénalisent les tactiques d’obstructions, qui peuvent aller jusqu’à des licences obligatoires. Elles pourraient être utilisées plus souvent ; il est assez facile de remédier aux inconvénients de ce type.
En bref, la priorité accordée, en particulier par l’Union Européenne, à la lutte contre les monopoles nous semble mettre en péril la durabilité et l’existence même d’écosystèmes favorisant l’innovation. Cette politique n’est ni juste, ni efficace, ni de nature à assurer un progrès durable dont nous avons besoin, autant que par le passé. Les tragiques conséquences pour l’industrie de l’aluminium européenne de l’interdiction par la Commission Européenne de fusion Péchiney/Alcan sont là pour le prouver.
L’Ecole d’Economie de Toulouse ; j’ai eu l’occasion de discuter deux fois de ce sujet avec des membres éminents de l‘Ecole d’Economie de Toulouse. Une première fois, il m’a été affirmé que l’accumulation créatrice de Schumpeter datait d’une période où il traversait une sévère dépression…Une seconde fois, que bien sûr, si l’on représentait l’innovation en fonction de l’intensité de la concurrence, on obtenait une courbe en U inverse … , mais que quasiment toujours, l’on était du côté où la concurrence exerçait un effet bénéfique sur l’innovation (??,  sans aucune indication sur les paramètres caractérisant la position du maximum) ; mais, plus récemment, Paul Seabright ( par ex Le Monde  28/01/2013) remarquait un ralentissement de l’innovation, en particulier pour l’industrie pharmaceutique. La révélation dans le cassoulet ? 
Eric Sartori