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dimanche 20 août 2017

Taine _ La Révolution- Le Gouvernement révolutionnaire_99_ Les Représentants en mission sous la Terreur

Barère : le « harangueur à brevet », le décret du 7 prairial, Les Représentants en mission ; dans sa circonscription il est pacha ; l’épuration des autorités locales ; Sous peine de mort, le représentant en mission est terroriste

Barère : le « harangueur à brevet », le décret du 7 prairial

Autre est le ton de l’autre rapporteur, Barère, le « harangueur à brevet », agréable Gascon, alerte et « dégagé », qui plaisante même au Comité de Salut public , se trouve à l’aise parmi les assassinats, et, jusqu’à la fin, parlera de la Terreur « comme de la chose la plus simple, la plus innocente   ». Il n’y eut jamais d’homme moins gêné par sa conscience ; en effet, il en a plusieurs, celle de l’avant-veille, celle de la veille, celle du jour, celle du lendemain, celle du surlendemain, d’autres encore et autant qu’on en veut, toutes pliantes et maniables, au service du plus fort contre le plus faible, prêtes à virer sur l’heure au premier changement de vent, mais raccordées entre elles et ramenées à une direction constante par l’instinct physique, seul persistant dans la créature immorale, adroite et légère qui circule allègrement à travers les choses, sans autre but que de se conserver et de s’amuser…
Quand Bonaparte, qui emploie tout le monde, même Fouché, voudra employer Barère, il n’en pourra rien tirer, faute de fond, sauf un gazetier de bas étage, un espion ordinaire, un agent provocateur à l’endroit des Jacobins survivants, plus tard un écouteur aux portes, un ramasseur à la semaine des bruits publics ; encore est-il incapable de ce service infime et se fait-il bientôt casser aux gages ; Napoléon, qui n’a pas de temps à perdre, coupe court à son verbiage de radoteur. – C’est ce verbiage qui, autorisé par le Comité de Salut public, est maintenant la parole de la France ; c’est ce fabricant de phrases à la douzaine, ce futur mouchard et mouton de l’Empire, cet inventeur badin de la conspiration des perruques blondes, que le gouvernement dépêche à la tribune pour y être l’annonciateur des victoires, le clairon sonnant de l’héroïsme militaire et le proclamateur de la guerre à mort.
Le 7 prairial  , au nom du Comité, Barère propose le retour au droit sauvage : « Il ne sera plus fait aucun prisonnier anglais ni hanovrien » ; le décret est endossé par Carnot, et, à l’unanimité de la Convention, il passe. S’il eût été exécuté, en représailles, et d’après la proportion des prisonniers, il y aurait eu, pour un Anglais fusillé, trois Français pendus : l’honneur et l’humanité disparaissaient des camps ; les hostilités entre chrétiens devenaient des exterminations comme entre nègres. Par bonheur, les soldats français sentent la noblesse de leur métier ; au commandement de fusiller les prisonniers, un brave sergent répond : « Nous ne les fusillerons pas ; envoyez-les à la Convention ; si les représentants trouvent du plaisir à tuer un prisonnier, ils peuvent bien le tuer eux-mêmes, et le manger aussi, comme des sauvages qu’ils sont. » Ce sergent, homme inculte, n’était pas la hauteur du Comité ni de Barère ; et pourtant Barère a fait de son mieux, un réquisitoire de vingt-sept pages, à grand orchestre, avec toutes les ritournelles en vogue, mensonges flagrants et niaiseries d’apparat, expliquant que « le léopard britannique » a soudoyé l’assassinat des représentants ; que le cabinet de Londres vient d’armer la petite Cécile Renault, « nouvelle Corday », contre Robespierre ; que l’Anglais, naturellement barbare, « ne peut démentir son origine ; qu’il descend des Carthaginois et des Phéniciens ; que jadis il vendait des peaux de bêtes et des esclaves ; qu’il n’a pas changé son commerce ; que jadis César, débarquant dans le pays, n’y trouva qu’une peuplade féroce, se disputant les forêts avec les loups et menaçant de brûler tous les bâtiments qui tentaient d’y aborder ; qu’elle est toujours la même. » Une conférence d’opérateur forain qui, avec de grands mots, recommande les amputations larges, un prospectus de foire si grossier qu’un pauvre sergent n’en est pas dupe, tel est l’exposé des motifs sur lesquels ce gouvernement appuie un décret qu’on dirait rendu chez les Peaux-Rouges ; à l’énormité des actes il ajoute la dégradation du langage, et ne trouve que des inepties pour justifier des atrocités…

Les Représentants en mission ; dans sa circonscription il est pacha.

Le représentant arrive en poste au chef-lieu, présente ses pouvoirs, à l’instant, toutes les autorités s’inclinent jusqu’à terre ; le soir, avec son sabre et son panache, il harangue à la société populaire, attise et fait flamber le foyer du jacobinisme. Puis, d’après ses connaissances personnelles s’il est du pays, d’après les notes du Comité de Sûreté générale s’il est nouveau venu, il choisit les cinq ou six « plus chauds sans-culottes » de l’endroit, les forme en comité révolutionnaire, et les installe en permanence à côté de lui, parfois dans la même maison, dans une chambre voisine de la sienne  , et, sur les listes ou renseignements oraux qu’ils lui fournissent, sans désemparer, d’arrache-pied, il opère.
D’abord, épuration de toutes les autorités locales. Elles doivent toujours se souvenir « qu’il n’est rien d’exagéré pour la cause du peuple ; celui qui n’est pas pénétré de ce principe, celui qui ne l’a pas mis en pratique, ne peut rester au poste avancé »   ; en conséquence, à la société populaire, au département, au district, à la municipalité, tous les hommes douteux sont exclus, cassés, incarcérés ; si quelques faibles sont maintenus provisoirement et par grâce, on les tance rudement, et on leur enseigne leur devoir d’un ton de maître : « Ils tâcheront, par un patriotisme plus attentif et plus énergique, de réparer le mal qu’ils ont fait en ne faisant pas tout le bien qu’ils pouvaient faire. » – Quelquefois, par un changement à vue, le personnel administratif tout entier, emporté d’un coup de pied, fait place à un personnel non moins complet que le même coup de pied fait sortir de terre. Considérant que « tout languit » dans le Vaucluse, « et qu’un affreux modérantisme paralyse les mesures les plus révolutionnaires », Maignet, d’un seul arrêté  , nomme les administrateurs et le secrétaire du département, l’agent national, les administrateurs et le conseil général du district, les administrateurs, le conseil général et l’agent national d’Avignon, le président, l’accusateur public et le greffier du tribunal criminel, le président, les juges, le commissaire national et le greffier du tribunal civil, les membres du tribunal de commerce, les juges de paix, le receveur du district, le directeur de la poste aux lettres, le chef d’escadron de la gendarmerie. Et soyez sûr que les nouveaux fonctionnaires fonctionneront à l’instant, chacun à sa place. Le procédé sommaire, qui a brusquement balayé la première rangée de pantins, va non moins brusquement installer la seconde…
Obéissance universelle et passive des administrateurs et des administrés : il n’y a plus de fonctionnaires élus et indépendants ; confirmées ou créées par le représentant, toutes les autorités sont dans sa main ; aucune d’elles ne subsiste ou ne surgit que par sa grâce ; aucune d’elles n’agit que de son consentement ou par son ordre. Directement ou par leur entremise, il réquisitionne, séquestre ou confisque ce que bon lui semble, taxe, emprisonne, déporte ou décapite qui bon lui semble, et dans sa circonscription il est pacha.

Sous peine de mort, le représentant en mission est terroriste

Mais c’est un pacha à la chaîne, et tenu de court. – À partir de décembre 1793, il lui est prescrit « de se conformer aux arrêtés du Comité de Salut public et de correspondre avec lui tous les dix jours   ». La circonscription dans laquelle il commande est « rigoureusement limitée »..
En même temps, d’en haut et du centre, on le presse et on le dirige ; on lui choisit ses conseillers locaux et ses directeurs de conscience   ; on le tance sur le choix de ses agents ou de son logement   ; on lui impose des destitutions, des nominations, des arrestations, des exécutions ; on l’aiguillonne dans la voie de la terreur et des supplices. Autour de lui, des émissaires payés   et des surveillants gratuits écrivent incessamment aux Comités de Salut public et de Sûreté générale, souvent pour le dénoncer, toujours pour rendre compte de sa conduite, pour juger les mesures qu’il prend, pour provoquer les mesures qu’il ne prend pas  .
Quoi qu’il ait fait et quoi qu’il fasse, il ne peut tourner les yeux vers Paris sans y voir le danger, un danger mortel, qui, dans les Comités, à la Convention, aux Jacobins, s’amasse ou va s’amasser contre lui, comme un orage. – Briez, qui dans Valenciennes assiégée a montré du courage, que la Convention vient d’acclamer et d’adjoindre au Comité de Salut public, s’entend reprocher d’être encore vivant. « Celui qui était à Valenciennes, quand l’ennemi y est entré, ne répondra jamais à cette question : Êtes-vous mort   ? » Il n’a plus qu’à se reconnaître incapable, à refuser l’honneur que la Convention lui a conféré par mégarde, à rentrer sous terre. – Dubois de Crancé a pris Lyon, et, pour salaire de ce service immense, il est rayé des Jacobins ; parce qu’il n’a pas pris la ville assez vite, on l’accuse de trahison ; deux jours avant la capitulation, le Comité de Salut public lui a retiré ses pouvoirs ; trois jours après la capitulation, le Comité de Salut public le fait arrêter et ramener à Paris sous escorte  . – Si de tels hommes, après de tels actes, sont ainsi traités, qu’adviendra-t-il des autres ? Après la mission du jeune Jullien, Carrier à Nantes, Ysabeau et Tallien à Bordeaux sentent leurs têtes branler sur leurs épaules. Après la mission de Robespierre le jeune dans l’Est et le Midi, Barras, Fréron, Bernard de Saintes se croient perdus  .
 Perdus aussi Fouché, Rovère, Javogues, et combien d’autres, compromis par la faction dont ils sont ou dont ils ont été, Hébertistes, Dantonistes, sûrs de périr si leurs patrons du Comité succombent, incertains de vivre si leurs patrons du Comité se maintiennent, ne sachant pas si leurs têtes ne seront pas livrées en échange d’autres têtes, astreints à la plus étroite, à la plus rigoureuse, à la plus constante orthodoxie, coupables et condamnés si leur orthodoxie du jour devient l’hérésie du lendemain, tous menacés, d’abord les cent quatre-vingts autocrates qui, avant la concentration du gouvernement révolutionnaire, ont, pendant huit mois, régné sans contrôle en province, ensuite et surtout les cinquante Montagnards à poigne, fanatiques sans scrupules ou viveurs autoritaires, qui, en ce moment, piétinent sur place la matière humaine et s’espacent dans l’arbitraire comme un sanglier dans sa forêt, ou se vautrent dans le scandale comme un porc dans son bourbier.
Nul refuge pour eux, sinon provisoire, et nul refuge, même provisoire, sinon dans l’obéissance et le zèle prouvés comme le Comité veut qu’on les prouve, c’est-à-dire par la rigueur. — « Les Comités l’ont voulu, dira plus tard Maignet, l’incendiaire de Bédouin ; les Comités ont tout fait... Les circonstances me dominaient.... Les agents patriotes me conjuraient de ne pas mollir.... Je restais au-dessous du mandat le plus impératif  . » - Pareillement, le grand exterminateur de Nantes, Carrier, pressé d’épargner les rebelles qui venaient se livrer d’eux-mêmes : « Voulez-vous que je me fasse guillotiner ? Il n’est pas en mon pouvoir de sauver ces gens-là  . » Et, une autre fois : « J’ai des ordres, il faut que je les suive, je ne veux pas me faire couper la tête. »

Sous peine de mort, le représentant en mission est terroriste, comme ses collègues de la Convention et du Comité de Salut public, mais avec un bien plus profond ébranlement de sa machine nerveuse et morale ; car il n’opère pas, comme eux, sur le papier, à distance, contre des catégories d’êtres abstraits..

Taine _ La Révolution- Le Gouvernement révolutionnaire_98_ Le Comité de Salut Public sous la Terreur

La Comité de Salut Public sous la Terreur ; Les hommes spéciaux : Robert Lindet, Jeanbon-Saint-André, Prieur de la Côte-d’Or, Carnot ; Les politiques : Billaud, Robespierre, Collot, Barère ; La Terreur à l’intérieur du Comité de Salut Public : « Ceux-là parmi vous seront des conspirateurs et des contre-révolutionnaires qui ne voudront pas être des bourreaux. »

Les hommes spéciaux : Robert Lindet, Jeanbon-Saint-André, Prieur de la Côte-d’Or, Carnot,

Quand un homme devient esclave, disait le vieil Homère, les dieux lui ôtent la moitié de son âme ; la même chose arrive quand un homme devient tyran. Dans le pavillon de Flore, à côté et au-dessus de la Convention tombée en servitude, les douze rois qu’elle s’est donnés siègent deux fois par jour, et lui commandent ainsi qu’à la France  . Bien entendu, pour occuper cette place, ils ont donné des gages ; il n’en est pas un qui ne soit révolutionnaire d’ancienne date, régicide impénitent, fanatique par essence et despote par principes ; mais le vin fumeux de la toute-puissance ne les a pas tous enivrés au même degré. – Trois ou quatre, Robert Lindet, Jeanbon-Saint-André, Prieur de la Côte-d’Or et Carnot, se cantonnent chacun dans un office utile et secondaire ; cela suffit pour les préserver à demi. Hommes spéciaux et chargés d’un service nécessaire, ils veulent d’abord que ce service soit accompli ; c’est pourquoi ils subordonnent le reste, même les exigences de la théorie et les cris des clubs. Avant tout, il s’agit, pour Lindet, de nourrir les départements qui n’ont pas de blé et les villes qui vont manquer le pain ; pour Prieur, de fabriquer et convoyer des biscuits, de l’eau-de-vie, des habits, des souliers, de la poudre et des armes ; pour Jeanbon, d’équiper des vaisseaux et de discipliner des équipages ; pour Carnot, de dresser des plans de campagne et de diriger des mouvements d’armées : tant de sacs de grains à fournir pour la quinzaine suivante à telle ville et à ramasser dans tels districts ; tant de rations à confectionner dans la semaine et à faire transporter dans le mois à tel endroit de la frontière ; tant de pêcheurs à transformer en artilleurs ou en gabiers et tant de vaisseaux à mettre à flot dans les trois mois ; tant de cavalerie, infanterie, artillerie à faire marcher par tels chemins pour arriver tel jour à tel gué ou à tel col, voilà des combinaisons précises qui purgent l’esprit des phrases dogmatiques, qui rejettent sur l’arrière-plan le jargon révolutionnaire, qui maintiennent un homme dans le bon sens et dans la raison pratique ; d’autant plus que trois d’entre eux, Jeanbon, ancien capitaine de navire marchand, Prieur et Carnot, officiers du génie, sont des gens du métier, et vont sur place pour mettre eux-mêmes la main à l’ouvrage. Jeanbon, toujours en mission sur les côtes, monte un vaisseau dans la flotte qui sort de Brest pour sauver le grand convoi d’Amérique   ; Carnot, à Watignies, impose à Jourdan la manœuvre décisive, et, le fusil à la main, marche avec les colonnes d’assaut  . – Naturellement, ils n’ont point de loisirs pour venir bavarder aux Jacobins ou intriguer dans la Convention : Carnot vit au Comité et dans ses bureaux, ne prend pas le temps d’aller manger avec sa femme, dîne d’un petit pain et d’un carafon de limonade, et travaille seize, dix-huit heures par jour   ; Lindet, surchargé plus que personne, parce que la faim n’attend pas, lit de ses yeux tous les rapports et « y passe les jours et les nuits   » ; Jeanbon, en sabots et carmagnole de laine  , avec un morceau de gros pain et un verre de mauvaise bière, écrit et dicte, jusqu’à ce que, les forces lui manquant, il se jette, pour dormir, sur un matelas étalé par terre. – Naturellement encore, quand on les dérange et qu’on leur casse en main leurs outils, ils ne sont pas contents ; ils savent trop bien le prix d’un bon outil, et, pour le service tels qu’ils le comprennent, il faut des outils efficaces, des employés compétents et laborieux, assidus au bureau, non au club…Cambon  , qui dans son comité des finances est, lui aussi, une sorte de souverain, garde à la trésorerie cinq ou six cents employés qui n’ont pu obtenir leur certificat de civisme et que les Jacobins dénoncent incessamment pour avoir leurs places. Carnot sauve et emploie des ingénieurs éminents, MM. d’Arçon, de Montalembert, d’Obenheim, tous nobles, plusieurs antijacobins, sans compter nombre d’officiers accusés qu’il justifie, replace ou maintient…
Les politiques : Billaud, Robespierre, Collot, Barère

Carnot finit par aveugler son honneur et sa conscience ; intact du reste et bien plus que ses collègues, il subit aussi sa mutilation morale et mentale ; sous la contrainte de son emploi et sous le prestige de sa doctrine, il a réussi à décapiter en lui les deux meilleures facultés humaines, la plus utile, qui est le sens commun, et la plus haute, qui est le sens moral.
Si tel est le ravage dans une âme droite, ferme et saine, quelle sera la dévastation intérieure dans les cœurs gâtés ou faibles, en qui prédominent déjà les mauvais instincts ! – Et notez qu’ils n’ont pas le préservatif de Carnot et des hommes d’affaires, la poursuite d’un objet restreint et manifestement utile. On les appelle « hommes de gouvernement », « révolutionnaires » proprement dits, « gens de la haute main »   : effectivement, ce sont eux qui, avec la conception de l’ensemble, ont la direction de l’ensemble. L’invention, l’organisation et l’application de la terreur leur appartiennent en propre ; ils sont les constructeurs, les régulateurs et les conducteurs de la machine  , les chefs reconnus du parti, de la secte et du gouvernement, surtout Billaud et Robespierre, qui ne vont jamais en mission   et ne lâchent pas un instant la poignée du moteur central ; le premier, politique actif, chargé, avec Collot, de faire marcher les autorités constituées, les districts, les municipalités, les agents nationaux, les comités révolutionnaires et les représentants en mission dans l’intérieur   ; le second, théologien, moraliste, docteur et prédicateur en titre, chargé de régenter la Convention et d’inculquer aux Jacobins les vrais principes ; derrière lui, Couthon, son lieutenant, Saint-Just, son disciple et son exécuteur des hautes œuvres ; au milieu d’eux, Barère, porte-voix du Comité, simple instrument, mais indispensable, commode à la main et toujours prêt à improviser la fanfare que l’on voudra, sur le thème que l’on voudra, en l’honneur du parti qui l’embouche ; au-dessous d’eux, le Comité de Sûreté générale, Vadier, Amar, Voulland, Guffroy, Panis, David, Jagot, et le reste, entrepreneurs, rapporteurs et agents de la proscription universelle. – Leur office a laissé sur eux son empreinte ; on les reconnaît « à leur teint flétri, à leurs yeux caves, ensanglantés » ; l’habitude de l’omnipotence a mis « sur leur front et dans leurs manières je ne sais quoi d’altier et de dédaigneux. Ceux du Comité de Sûreté générale ont quelque chose des anciens lieutenants de police, et ceux du Comité de Salut public, quelque chose des anciens ministres d’État ». – A la Convention, « on brigue l’honneur de leur conversation, l’avantage de leur toucher la main ; on croit lire son devoir sur leurs fronts ». Les jours où quelqu’un de leurs arrêtés doit être converti en décret, « les membres du Comité, le rapporteur, se font attendre, comme les chefs de l’État et les représentants du pouvoir souverain ; lorsqu’ils s’acheminent vers la salle des séances, ils sont précédés d’une poignée de courtisans qui semblent annoncer les maîtres du monde   ». – Effectivement, ils règnent ; mais regardez à quelles conditions.

La Terreur à l’intérieur du Comité de Salut Public : « Ceux-là parmi vous seront des conspirateurs et des contre-révolutionnaires qui ne voudront pas être des bourreaux. »

« Ne réclame pas », disait Barère  , à l’auteur d’un opéra dont la représentation venait d’être suspendue ; « par le temps qui court, il ne faut pas attirer sur soi l’attention publique. Ne sommes-nous pas tous au pied de la guillotine, tous, à commencer par moi ? » Et, vingt ans plus tard, dans une conversation particulière, comme on l’interrogeait sur le but véritable, sur la pensée intime du Comité de Salut public : « Nous n’avions qu’un sentiment, mon cher monsieur, celui de notre conservation, qu’un désir, celui de conserver notre existence, que chacun de nous croyait menacée. On faisait guillotiner son voisin pour que le voisin ne vous fît pas guillotiner vous-même  . » – Même appréhension dans les âmes fermes, quoiqu’elles aient, avec la crainte, des motifs moins bas que la crainte. « Que de fois, dit Carnot, nous entreprenions une œuvre de longue haleine, avec la persuasion qu’il ne nous serait pas permis de l’achever !...
Hérault de Séchelles y était encore (NB dans le Comité de Salut Public), maintenu en place et avec honneur par l’approbation récente de la Convention  , l’un des douze en titre et en fonctions, lorsqu’un arrêté des onze autres l’a pris subitement et livré au tribunal révolutionnaire, pour être remis à l’exécuteur. – A qui le tour maintenant parmi les onze ? Enlevé à l’improviste, aux applaudissements unanimes de la Convention docile, après trois jours de comédie judiciaire, la charrette le mènera sur la place de la Révolution, Samson le liera, les claqueurs à vingt-quatre sous battront des mains, et, le lendemain, tout le peuple politique se félicitera de voir, sur le bulletin des guillotinés, le nom d’un grand traître. À cet effet, pour que tel ou tel, parmi les rois du jour, passe ainsi de l’Almanach national sur la liste mortuaire, il suffit d’une entente entre ses collègues, et peut-être l’entente est faite. Entre qui et contre qui ? – Certainement, à cette pensée, les onze, assis autour de leur table, s’interrogent des yeux, avec un frémissement ; ils calculent les chances, et se souviennent ; des mots qu’on n’oublie pas ont éclaté. Plusieurs fois Carnot a dit à Saint-Just : « Toi et Robespierre, vous visez à la dictature  . » Robespierre a dit à Carnot : « Je t’attends à la première défaite   ». Un autre jour, Robespierre en fureur a crié que « le Comité conspirait contre lui » ; et, se tournant vers Billaud : « Je te connais maintenant. » Billaud a répondu : « Et moi aussi, je te connais comme un contre-révolutionnaire  . » Contre-révolutionnaires et conspirateurs, il y en a donc dans le Comité lui-même ; comment faire pour éviter ce nom qui est une sentence de mort ? – Silencieusement, la figure fatale qui trône au milieu d’eux, l’Êrynnie, par laquelle ils règnent, a rendu son oracle, et tous les cœurs l’entendent : « Ceux-là parmi vous seront des conspirateurs et des contre-révolutionnaires qui ne voudront pas être des bourreaux. »

Ils marchent ainsi pendant douze mois, poussés par la théorie et par la peur comme par deux fourches, à travers la mare rouge qu’ils font et qui de jour en jour devient plus profonde, tous ensemble et solidaires, nul n’osant s’écarter du groupe, chacun éclaboussé par le sang que les pieds des autres lui font sauter au visage. Très promptement leur vue se trouble ; ils ne se dirigent plus, et la dégradation de leur parole montre la stupeur de leur pensée…

samedi 19 août 2017

Taine _ La Révolution- Le Gouvernement révolutionnaire_86_ Le Comité de Salut Public

La fin de la Gironde, l’épuration finale de la Convention, cent quarante députés éliminés sur 180 Girondins. Mort de Pétion, Barbaroux, Condorcet, M. et Mme Roland, Clavière. Le centralisme démocratique défini par Sait-Just et Couthon : théorie du gouvernement extraordinaire : c’est de la centralité que doivent partir toutes les impulsions. Les trois pôles du gouvernement montagnard : Comité de Salut Public, Comité de Sûreté générale, Tribunal révolutionnaire.

N.B. : les bons livres sur la Révolution, tels les Contes et Récit de mon enfance faisaient pleurer sur le sort de Pétion, Buzot, Barbaroux, le couple Roland..En a-t-on encore envie après avoir lu Taine  ?( relire les épisodes précédents !)

La fin de la Gironde : cent quarante députés éliminés sur 180

Ce n’est pas pour épargner à Paris les chefs de l’insurrection ou du parti, députés, généraux ou ministres ; au contraire, il importe d’achever l’assujettissement de la Convention, d’étouffer les murmures du côté droit, d’imposer silence à Ducos, à Boyer-Fonfrède, à Vernier, à Couhey, qui parlent et protestent encore  . C’est pourquoi, chaque semaine, des décrets d’arrestation ou de mort lancés du haut de la Montagne, frappent dans la majorité, comme des coups de fusil tirés sur une foule. Décrets d’arrestation, le 15 juin, contre Duchâtel, le 17 contre Barbaroux, le 23 contre Brissot, le 8 juillet contre Devérité et Condorcet, le 14 contre Lauze-Deperret et Fauchet, le 30 contre Duprat jeune, Vallée et Mainvielle, le 2 août contre Rouyer, Brunel et Carra ; Carra, Lauze-Deperret et Fauchet, présents aux séances, sont empoignés sur place ; c’est un avertissement sensible et physique : il n’en est point de plus efficace pour mater les insoumis. – Décrets d’accusation, le 18 juillet, contre Coustard, le 28 juillet contre Gensonné, La Source, Vergniaud, Mollevaut, Gardien, Grangeneuve, Fauchet, Boilleau, Valazé, Cussy, Meillan ; et chacun sait que le tribunal devant lequel ils doivent comparaître est la salle d’attente de la guillotine. – Décrets de condamnation, le 12 juillet, contre Birotteau, le 28 juillet contre Buzot, Barbaroux, Gorsas, Lanjuinais, Salle, Louvet, Bergoeing, Pétion, Guadet, Chasset, Chambon, Lidon, Valady, Defermon, Kervelegan, Larivière, Rabaut-Saint-Étienne et Lesage ; déclarés traîtres et mis hors la loi, on les mènera sans jugement à l’échafaud.
Enfin, le 3 octobre, un grand coup de filet saisit sur leurs bancs, dans l’Assemblée même, tous ceux qui paraissent encore capables de quelque indépendance : au préalable, le rapporteur du Comité de sûreté générale, Amar, a fait fermer les portes de la salle   ; puis, après un factum déclamatoire et calomnieux qui dure deux heures, il lit deux listes de proscription : quarante-cinq députés plus ou moins marquants de la Gironde seront traduits sur-le-champ au Tribunal révolutionnaire ; soixante-treize autres, qui ont signé des protestations secrètes contre le 31 mai et le 2 juin, seront enfermés dans des maisons d’arrêt. Nulle discussion ; la majorité n’ose pas même opiner. Quelques-uns des proscrits essayent de se disculper ; mais on refuse de les entendre. Seuls les Montagnards ont la parole, et ils ne s’en servent que pour ajouter aux listes, chacun selon ses inimitiés personnelles : Levasseur y fait adjoindre Viger ; Du Roy y fait adjoindre Richou. Sur l’appel de leurs noms, tous les malheureux présents viennent docilement « se parquer dans l’enceinte de la barre, comme des agneaux destinés à la boucherie » ; et là, on les divise en deux troupes, d’un côté les soixante-treize, de l’autre côté les dix ou douze qui, avec les Girondins déjà gardés sous les verrous, fourniront le nombre sacramentel et populaire, les vingt-deux traîtres   dont le supplice est un besoin pour l’imagination jacobine ; à gauche, la fournée de la prison ; à droite, la fournée de l’échafaud.
Pour quiconque serait tenté de les imiter ou de les défendre, la façon dont on les traite est une leçon suffisante…

Mort de Roland, Mme Roland, Barbaroux, Pétion, Condorcet, Clavière, Rébecqui…

« Braves b... qui composez le tribunal, écrit Hébert, ne vous amusez donc pas à la moutarde. Faut-il donc tant de cérémonies pour raccourcir des scélérats que le peuple a déjà jugés ? » Surtout, on se garde bien de leur donner la parole ; la logique de Guadet, l’éloquence de Vergniaud pourraient tout déranger au dernier moment ; c’est pourquoi un décret subit permet au tribunal de clore les débats, quand les jurés se trouveront suffisamment éclairés. Ceux-ci le sont dès la septième audience, et l’arrêt de mort tombe à l’improviste sur les accusés, qui n’ont pu se défendre. L’un d’eux, Valazé, se poignarde, séance tenante, et le lendemain, en trente-huit minutes, le couperet national abat les vingt têtes qui restent. – Plus expéditive encore est la procédure contre les accusés qui se sont dérobés au jugement : Gorsas, saisi à Paris le 8 octobre, y est guillotiné le même jour ; Birotteau, saisi à Bordeaux le 24 octobre, monte à l’échafaud dans les vingt-quatre heures. Les autres, traqués comme des loups, errent en nomades, sous des déguisements, de cachette en cachette, et la plupart, arrêtés tour à tour, n’ont que le choix entre divers genres de mort. Chambon est tué en se défendant ; Lidon, après s’être défendu, se fait sauter la cervelle ; Condorcet s’empoisonne dans le corps de garde de Bourg-la-Reine ; Roland se perce de son épée sur une grande route ; Clavière se poignarde dans sa prison ; on trouve Rébecqui noyé dans le port de Marseille, Pétion et Buzot demi-mangés par les loups dans une lande de Saint-Émilion ; Valady est exécuté à Périgueux, Dechézeau à Rochefort, Grangeneuve, Guadet, Salle et Barbaroux à Bordeaux, Coustard, Cussy, Rabaut-Saint-Étienne, Bernard, Masuyer et Lebrun à Paris. Ceux-là mêmes qui ont donné leur démission depuis le mois de janvier 1793, Kersaint et Manuel, payent de leur vie le crime d’avoir siégé au côté droit, et, bien entendu, Mme Roland, qui passe pour le chef du parti, est guillotinée l’une des premières  .
– Des cent quatre-vingts Girondins qui conduisaient la Convention, cent quarante ont péri, ou sont en prison, ou ont fui sous un arrêt de mort. Après un tel retranchement et un pareil exemple, le demeurant des députés ne peut manquer d’être docile   ; ni dans les pouvoirs locaux, ni dans le pouvoir central, la Montagne ne rencontrera de résistance ; son despotisme est établi dans la pratique : il ne lui reste plus qu’à le proclamer dans la loi…

Le centralisme démocratique : c’est de la centralité que doivent partir toutes les impulsions

Cela s’entend, et de reste  . Le régime dont Saint-Just apporte le projet est celui par lequel une oligarchie d’envahisseurs s’installe et se maintient dans une nation subjuguée. Par ce régime, en Grèce, 10 000 Spartiates, après l’invasion dorienne, ont maîtrisé 300 000 Ilotes et Périœques. Par ce régime, en Angleterre, 60 000 Normands, après la bataille d’Hastings, ont maîtrisé deux millions de Saxons. Par ce régime, en Irlande, après la bataille de la Boyne, 200 000 Anglais protestants ont maîtrisé un million d’Irlandais catholiques. Par ce régime, les 300 000 Jacobins de France pourront maîtriser les six ou sept millions de Girondins, Feuillants, royalistes ou indifférents…
Il est très simple, et consiste à maintenir la population sujette dans l’extrême faiblesse et dans l’extrême terreur. À cet effet, on la désarme , on la tient en surveillance, on lui interdit toute action commune, on lui montre la hache toujours levée et la prison toujours ouverte, on la ruine et on la décime. — Depuis six mois, toutes ces rigueurs sont décrétées et pratiquées, désarmement des suspects, taxes sur les riches, maximum contre les commerçants, réquisitions sur les propriétaires, arrestations en masse, jugements expéditifs, arrêts de mort arbitraires, supplices étalés et multipliés.
Depuis six mois, tous les instruments d’exécution sont fabriqués et opèrent, Comité de Salut public, Comité de Sûreté générale, proconsuls ambulants munis de pouvoirs illimités, comités locaux autorisés à taxer et emprisonner qui bon leur semble, armée révolutionnaire, tribunal révolutionnaire. Mais, faute d’accord interne et d’impulsion centrale, la machine ne fonctionne qu’à demi, et son action n’est ni assez directe, ni assez universelle, ni assez forte. — « Vous êtes trop loin de tous les attentats, dit Saint-Just   ; il faut que le glaive de la loi se promène partout avec rapidité, et que votre bras soit partout présent pour arrêter le crime... Les ministres avouent qu’ils ne trouvent qu’inertie et insouciance au delà de leurs premiers et de leurs seconds subordonnés. » — « Chez tous les agents du gouvernement, ajoute Billaud-Varennes  , l’apathie est égale... « Dans le gouvernement ordinaire, dit enfin Couthon  , au peuple appartient le droit d’élire ; vous ne pouvez l’en priver. Dans le gouvernement extraordinaire, c’est de la centralité que doivent partir toutes les impulsions, c’est de la Convention que doivent venir les élections... Vous nuiriez au peuple en lui confiant le droit d’élire les fonctionnaires publics, parce que vous l’exposeriez à nommer des hommes qui le trahiraient. » — En conséquence, les maximes constitutionnelles de 1789 font place aux maximes contraires ; au lieu de soumettre le gouvernement au peuple, on soumet le peuple au gouvernement. Sous des noms révolutionnaires, la hiérarchie de l’ancien régime est rétablie, et désormais les pouvoirs, bien plus redoutables que ceux de l’ancien régime, cessent d’être délégués de bas en haut, pour être délégués de haut en bas.

Le pouvoir Montagnard : Comité de Salut Public, Comité de Sûreté générale, Tribunal révolutionnaire

Au sommet, un comité de douze membres, semblable à l’ancien Conseil du Roi, exerce la royauté collective. De nom, l’autorité est également répartie entre les douze ; de fait, elle se concentre en quelques mains. Plusieurs n’ont qu’un office subalterne, entre autres Barère, harangueur ou rédacteur toujours prêt, secrétaire ou porte-parole officiel ; d’autres, hommes spéciaux, Jeanbon-Saint-André, Lindet, surtout Prieur de la Côte-d’Or et Carnot, se cantonnent chacun dans son département spécial, marine, guerre, approvisionnements, avec un blanc-seing, en échange duquel ils livrent leur signature aux meneurs politiques. Ceux-ci, qu’on appelle « les hommes d’État », Robespierre, Couthon, Saint-Just, Billaud-Varennes, Collot d’Herbois, sont les vrais souverains et donnent la direction d’ensemble. À la vérité, leur mandat doit être renouvelé chaque mois ; mais il ne peut manquer de l’être : en l’état où est la Convention, son vote, acquis d’avance, est une formalité presque vaine. Plus soumise que le Parlement de Louis XIV, elle adopte sans discussion les décrets que le Comité de Salut public lui apporte tout faits ; elle n’est qu’une chambre d’enregistrement, moins que cela : car elle a renoncé au droit de composer elle-même ses propres comités intérieurs ; elle a chargé de ce soin le Comité de Salut public, et vote en bloc les listes de noms qu’il lui fournit  . Naturellement, il n’y a mis que ses fidèles ou ses créatures ; ainsi tout le pouvoir législatif et parlementaire lui appartient…
– Ainsi, du second pouvoir de l’État ( les ministres), le comité s’est fait une escouade de domestiques, et du premier ( la Convention), un auditoire de claqueurs.
Pour les maintenir dans le devoir, il a deux mains. – L’une, la droite, qui saisit les gens au collet et à l’improviste, est le Comité de Sûreté générale, composé des montagnards outrés, Panis, Le Bas, Geoffroy, Amar, David, Vadier, Lebon, Ruhl, La Vicomterie, tous présentés, c’est-à-dire nommés par lui, ses affidés et ses subalternes. Ils sont ses lieutenants de police, et viennent, une fois par semaine, travailler avec lui, comme jadis les Sartine, les Lenoir avec le contrôleur général. Subitement empoigné, l’homme que le conciliabule a jugé suspect, quel qu’il soit, représentant, ministre, général, se trouve, le lendemain matin, sous les verrous d’une des dix nouvelles bastilles. – Là, l’autre main le prend à la gorge : c’est le Tribunal révolutionnaire, tribunal d’exception, semblable aux commissions extraordinaires de l’ancien régime, mais bien plus terrible. Assisté de ses policiers, le Comité de Salut public a choisi lui-même les seize juges, les soixante jurés  , et il les a choisis parmi les plus servilement, ou les plus brutalement, ou les plus furieusement fanatiques   : Fouquier-Tinville, Hermann, Dumas, Payan, Coffinhal, Fleuriot-Lescot, au-dessous d’eux, des prêtres apostats, des nobles renégats, des artistes ratés, des rapins affolés, des manœuvres qui savent à peine écrire, menuisiers, cordonniers, charpentiers, tailleurs, coiffeurs, anciens laquais, un idiot comme Ganney, un sourd comme Leroy-Dix-Août : leurs noms et leurs qualités en disent assez ; ce sont des meurtriers patentés et soldés ; aux jurés eux-mêmes, on alloue dix-huit francs par jour, pour qu’ils aient plus de cœur à leur besogne. Cette besogne consiste à condamner sans preuves, sans plaidoiries, presque sans interrogatoire, à la hâte, par fournées, tout ce que le Comité de Salut public leur expédie, même les Montagnards les plus avérés : Danton, l’inventeur du tribunal, s’en apercevra tout à l’heure.
— Par ces deux engins de gouvernement, le Comité de Salut public tient chaque tête sous son couperet, et chaque tête, pour ne pas tomber, se courbe  , en province comme à Paris.
C’est que, dans la province comme à Paris, par la mutilation de la hiérarchie locale et par l’introduction d’autorités nouvelles, sa volonté omnipotente est devenue partout et à chaque instant présente