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jeudi 8 février 2024

L’éolien offshore et la sécurité en mer

Le 23 janvier s’est tenu à  l'Ecole-Militaire à Paris un colloque organisé par le Centre d'Etudes stratégiques de la Marine, intitulé Indépendance énergétique, comment assurer la sécurité des parcs éoliens en mer. Les interventions video devraient être bientôt disponibles sur le site des Energies de la Mer. En attendant, une revue de presse rapide sur ce colloque important : et une antienne qui revient , celle de la pêche: « C’est ici la question de la cohabitation des usages qui est soulevée, notamment car les parcs se trouvent souvent dans des zones de pêche, ce qui constitue une exception française. »

Lien:  https://www.energiesdelamer.eu/2023/11/20/colloque-independance-energetique-comment-assurer-la-securite-des-parcs-eoliens-en-mer/

Le Marin, 23/01/2024 : Pour l’Etat, l’expansion de l’Eolien en mer impose d’anticiper sécurité et sûreté dans les parcs

Lien https://lemarin.ouest-france.fr/energie/energies-marines/pour-letat-lexpansion-de-leolien-en-mer-impose-danticiper-securite-et-surete-dans-les-parcs-90baf3ce-ba1f-11ee-afe8-d81ceac7fa4c

Extraits : « Mis à part un navire de commerce d’une centaine de mètres qui est entré dans le parc de Saint-Brieuc, car il n’avait pas ses cartes à jours, et une embarcation de pêche qui a heurté une éolienne dans le parc de Fécamp, il n’ y a pas eu d’autres éléments graves » en France. « Seulement  huit constats d’infraction ont été dressés par les services de l’Etat dans le seul parc en exploitation, celui de Saint-Nazaire »

« Les sujets listés ont été nombreux. Parmi eux, le risque de collision, l’intégrité des câbles, l’assistance aux personnes, les incendies, les perturbations des radars côtiers.. Il ne faut pas croire qu’il n’y aura pas des actes malveillants, les champs peuvent devenir des opportunités pour le narcotrafic, il y a aussi la menaces cyber »

Deux radars de compensation ont été mis en place dans le parc de Saint-Nazaire, mais EDF renouvelable s’est posé « la question de la pertinence de multiplier ces équipements alors qu’une cinquantaine de parcs doivent être construit pour atteindre les 45 GW »

La Marine réclame des moyens supplémentaires « Ce défi croissant de l’éolien en mer porte des défis capacitaires nouveaux » et sa part de la taxe éolienne

Merveille Energie, 20 janvier 2024 : Amiral Oudot de Dainville, des périls de plus en plus nombreux

Lien : https://www.energiesdelamer.eu/2024/01/20/merveille-energie-12-securite-de-leolien-en-mer/

Extraits : « L’essor des parcs éoliens devrait contribuer à de nouveaux points de risque. Des hackeurs peuvent entrer dans le système de navigation d’un bateau et le faire échouer sur la côte. D’autres navires échappent à la surveillance en manipulant leur transpondeur AIS »

« Avec un simple bateau semi-rigide de type Zodiac, il est possible de s’en prendre à un parc éolien et d’y causer des dégâts… En définitive, il est plus facile d’assurer la sécurité d’une centrale nucléaire que d’un parc éolien, son équivalent à mer »

« Pour le moment, ces parcs éoliens sont installés dans la ZEE, sous souveraineté nationale…On peut donc les surveiller étroitement et en limiter l’accès…Il faut donc trouver un statut juridique adapté, quitte à faire évoluer la réglementation. Mais plus ces parcs éoliens sont éloignés des côtes, plus il devient difficile d’en limiter l’accès. Cela pose donc un problème de sécurité supplémentaire pour l’éolien flottant »

« Pour assurer la sécurité des parcs éoliens, il faut les doter de moyens de surveillance, à la fois sous la mer (avec des drones, des capteurs) et sur l’eau (avec des radars, des drones, des capteurs..). Il faudra aussi prévoir des unités de protection basées à proximité, et capables d’intervenir rapidement en cas de problèmes. Bref, c’est toute une organisation de surveillance et de sécurité qu’il convient de mettre en place. Même si cela va augmenter le coût de l’électricité produite »

« Les opérateurs par exemple pourraient mettre en place des bateaux pour se protéger de la piraterie, avec des marins ou des gardes armés. La question de la création de milices de protection va donc se poser »




Le Télégramme, 31 janvier 2024 :  À quelles menaces les parcs éoliens en mer sont-ils exposés ?

Extraits : « Intrusion, collision, trafic de drogues, attaque cyber… Les parcs éoliens en mer, ces nouveaux piliers de la transition énergétique, s’exposent à des risques et menaces. Il s’agit de les prévenir »

« Dans les appels d’offres, on inclut, par exemple, un réseau de vidéosurveillance, deux radars au minimum, et une analyse de sûreté. Il faut être en mesure de détecter et contrôler toute intrusion illicite Ces intrusions, ce sont celles de pêcheurs, un temps en colère, dans la zone du parc éolien de la baie de Saint-Brieuc. « Des actions violentes et dangereuses, il faut s’en prémunir. Les parcs sont des infrastructures stratégiques à protéger », insiste Stéphane-Alain Riou, d’Iberdrola.

Donc, on a bien compris que pour Iberdrola, le grand problème, ce sont les pêcheurs. Merci de cet aveu !  qui corrobore ce que dit la Cour européenne des Comptes : « le conflit entre ces deux secteurs ( l’éolien et la pêche) reste sans issue"

Avis similaire pour EDF Renouvelable :  Du côté du parc éolien en mer de Saint-Nazaire (44), « les autorités compétentes ont fait huit constats d’infraction l’été. Sur une période donnée, nous en avons noté l’équivalent de 800 », relate Jean-Philippe Pagot, d’EDF Renouvelables. C’est ici la question de la cohabitation des usages qui est soulevée, notamment car les parcs se trouvent souvent dans des zones de pêche, ce qui constitue une exception française. »


samedi 23 décembre 2023

Le projet fou Ker'Oman commence à faire des vagues dans la presse nationale

 "Participer à la création d'un port de pêche industriel au sultanat d'Oman, en importer des tonnes de produits de la mer par avion-cargo ou par bateau, et ainsi alimenter la criée de Lorient, dans le Morbihan… L'initiative de la société d'économie mixte (SEM) Keroman, détenue à près de 60 % par Lorient Agglomération et à 4 % par la ville de Lorient, commence à faire des vagues, à l'heure où le président Emmanuel Macron annonce vouloir consacrer 700 millions d'euros à la transition énergétique de la pêche française. "

Le Monde du 23 décembre 2023 dénonce à juste titre ce projet fou que PIEBËM ne cesse de combattre (cf. notre communiqué de presse du 28 octobre 23)

Lien vers l'article du Monde

Mais ce que ne dit pas l'article du Monde, c'est que les écologistes ne sont pas les seuls à s'opposer à ce projet fou ! Les pêcheurs, très mal représentés par les Comités des Pêches qui les trahissent sont aussi vent debout et justement inquiets pour leur avenir. Et c'est à vrai dire tous les ceux qui s'intéressent à la mer et à son avenir qui doivent s'inquiéter et protester !

Et ce que l'article  cache soigneusement,  c'est que la pêche côtière traditionnelle, la plus respectueuse de la ressource et durable est menacée de disparition par le développement de l'éolien en mer, pourtant sans intérêt climatique, dangereux pour la sécurité d'alimentation, économiquement et socialement insoutenable et ravageur de nos littoraux et de leur biodiversité... C'est de 90 Saint-Nazaire-Guérande le long des côtes françaises dont une soixantaine le long des côtes bretonnes qu'il s'agit. La vie marine côtière et la pêche n' y survivront pas  ! 

Un programme éolien que certains "écologistes" soutiennent ; mais enfin, Dieu se rit de ceux qui déplorent les conséquences de ce dont ils chérissent les causes

Car enfin le plan est bien celui-ci ;  Remplacer les pêcheurs bretons que les zones industrielles éoliennes comme Bretagne Sud auront chassées de la mer par des pêcheurs d'Oman !


Merci de nous soutenir 

https://piebiem.webnode.fr/piebiem/

 https://www.facebook.com/groups/pebiem 


NB : L'article du Monde met en cause, à juste titre, la représentativité des Comités des Pêches, qui représentent très mal les véritables intérêts des pêcheurs :


Olivier Le Nézet, président de la SEM Keroman  : "L’homme est censé parler au nom des pêcheurs français, puisqu’il préside aussi le comité national des pêches et de l’aquaculture, le comité régional des pêches de Bretagne, ainsi que le comité départemental du Morbihan. Deux autres actionnaires, privés, sont présents à ses côtés : l’ancien vice-président de l’agglomération chargé de l’économie, Freddie Follezou, qui a démissionné de ses fonctions électives en janvier 2023, puis est entré au capital de la SAS Ker-Oman ; ainsi que Maurice Benoish, qui a présidé la SEM Keroman pendant vingt-deux ans. Tout comme Olivier Le Nézet, il n’a pas répondu aux sollicitations du Monde."








jeudi 30 novembre 2023

La presse espagnole sur l'éolien en mer...

 Hier, nous alignions Ouest-France pour un article de propagande éhontée sur l'éolien en mer, à propos de l'anniversaire de la mise en route du parc éolien de Saint-Nazaire. Aujourd'hui, nous leur proposons un exemple qui devrait inspirer la presse française, fourni par nos voisins espagnols. Extraits

"Le géant danois Orsted enregistre des pertes de plusieurs millions de dollars et remet en question l'avenir de l'éolien offshore à l'international." 

" Le principal installateur de parcs éoliens offshore dans le monde connaît de sérieux problèmes et laisse entendre que cette technologie n'est pas aussi rentable que certains l'espéraient"  

"Les problèmes liés à la chaîne d'approvisionnement et la hausse des taux d'intérêt ont gonflé les coûts de 30 % par rapport aux niveaux de 2019... Un autre facteur qui contribue aux pertes économiques de plusieurs millions de dollars d'Orsted et d'autres entreprises du secteur sont les problèmes techniques et de maintenance, car les éoliennes offshore sont exposées à des conditions environnementales extrêmes telles que des vents forts, la salinité et la corrosion," 

" Pour les milliers de familles qui dépendent de l'activité de pêche traditionnelle dans la zone Cantabrique, en Méditerranée, en Andalousie ou aux îles Canaries, la lutte contre l'éolien offshore est, quant à elle, une bataille de survie"

https://www.rebeldes.info/2023/10/el-gigante-danes-orsted-registra-perdidas-historicas-y-pone-en-cuestion-el-futuro-de-la-eolica-marina-a-nivel-internacional.html?m=1 

https://piebiem.webnode.fr/piebiem/


mercredi 29 novembre 2023

Rapport sur le soutien public aux parcs éoliens terrestres et maritimes, Cour des Comptes_ Oct 2023

 Résumé : Le rapport de la Cour des comptes d’octobre 2023 sur le soutien public aux parcs éoliens terrestres et maritimes suit celui de 2018, qui avait eu un certain retentissement et provoqué la Commission Parlementaire d'enquête sur les ENR (Commission Aubert) et ses révélations. Le cru 2023 met toujours en exergue un fort décalage entre les ambitions affichées et les politiques suivies, ainsi qu’un certain nombre d’aberrations, voire de scandales.


Extraits et commentaires de PIEBÏEM (Préserver l’Identité Environnementale de la Bretagne sud et des Îles contre l’Eolien en Mer) :

1. Fixation des objectifs ENR : de l’art de se tirer une balle dans le pied ! 2. Aucun contrôle des comptes des parcs éoliens depuis 2013. Et quelques magouilles 3. Des éoliennes à moins de 500mètres des habitations : pas de problèmes pour la Cour des Comptes (surtout en Bretagne) ! 4. Eolien en Mer : une bonne nouvelle : l’organisation actuelle ne saurait répondre au défi de développement des 50 parcs d’ici à 2050 5. La renégociation des tarifs de l’éolien en mer : « le bilan financier de la négociation ne peut toutefois être établi. » Sic ! 6. Eolien en mer et législation : toujours plus de facilités pour les promoteurs mais des actions restent possibles 7. Compensation des externalités négatives pour l’éolien en mer : le problème de la pêche 8. Fonds de développement territorial : avertissement de la Cour des Comptes 9. Quand la Cour des comptes appelle à renoncer à la compétitivité… 10. Eolien en mer : le soutien au raccordement au réseau : des charges croissantes à venir 11. Avertissement de le Cour des Comptes à propos de l’éolien flottant : l’éolien flottant ne constitue pas encore une technologie mature 12. Eolien en mer : attention aux niveaux de soutien et aux types de contrats.

Dans un rapport corrosif, la Cour des Comptes s'alarme du décalage entre les politiques mises en oeuvre et les ambitions affichées par le gouvernement. Elle passe au crible le résultat des politiques engagées depuis 2017 pour éliminer les freins au développement de l'énergie éolienne terrestre et maritime. Et elle s'inquiète de politiques publiques qui ne permettront pas, en l'état, de répondre aux objectifs que le gouvernement s'est lui-même fixés – soit parce qu'elles restent engluées dans un écheveau administratif « incompréhensible », soit par défaut de pilotage.

Commentaire : prendre du retard dans le développement de l’éolien, qui est climatiquement nul, inutile pour la production électrique, dangereux pour la stabilité du réseau, ravageur de nos paysages, de nos littoraux et de leur biodiversité, économiquement et socialement insoutenable, c’est prendre de l’avance dans la décarbonation efficace de nos sociétés. On ne peut que s’en réjouir !

Malgré son tropisme pro ENR, la Cour des comptes livre quelques aspects étonnants, réjouissants ou scandaleux de la politique énergétique pro-ENR

Extraits

1) Fixation des objectifs ENR : de l’art de se tirer une balle dans le pied !

« La France n’a pas atteint la cible fixée par la directive 2009/28/CE : la consommation finale d’énergies renouvelables (électriques et chaleur) s’est élevée en 2020 à 307 TWh. Sa part de 19,1 %

dans le total, en hausse de 10 % par rapport à 2005, se situe en dessous de l’objectif de 23 %. Il faut noter que la France avait accepté des objectifs d’implantation des ENR plus ambitieux que ceux de la plupart des autres pays, alors même que son mix électrique est fortement décarboné et que le retard dans l’atteinte de ses objectifs n’est pas imputable au seul mix électrique, et notamment pas au seul secteur éolien, mais aussi à la trop faible baisse de la consommation globale d’énergie, chauffage et transports inclus »

« À la fin de 2022, les capacités éoliennes développées en France représentaient au total 20,9 GW, soit environ 80 % de l’objectif visé pour 2023 dans la PPE, et avaient assuré 8,3 % de la production électrique nationale. Seul pays européen à ne pas avoir atteint les objectifs de la directive de 2018, la France doit acheter des « droits statistiques » pour des sommes importantes et encourt en outre des sanctions financières »

Commentaire : Il est temps d’en finir avec les objectifs en ENR (et surtout de surjouer les bons élèves de la classe européenne) pour s’en tenir à des objectifs de décarbonation, qui sont les seuls sensés pour répondre au défi climatique. Les objectifs ENR, c’est le résultat du travail des lobbys ENR !

2) Aucun contrôle des comptes des parcs éoliens depuis 2013… Et quelques magouilles

« Malgré les recommandations des rapports précédents de la Cour, l’économie des parcs éoliens reste mal connue : depuis l’étude réalisée par la CRE en 2014, ni cette dernière, ni la DGEC, ni EDF OA, ni l’Ademe n’ont conduit d’analyses sur des données réelles et comptables provenant d’un échantillon suffisant de parcs…. « Le dispositif de dépôt des comptes des installations n’a pas été mis en place ; depuis l’étude de la CRE, donc depuis 2013, ni la DGEC, ni EDF OA n’ont demandé une seule fois ses comptes à un parc éolien en exploitation » !

D’où la recommandation ferme de la Cour des Comptes : organiser un contrôle annuel des coûts et de la rentabilité des parcs !

Commentaire : on croit rêver ! Et évidemment sur cette absence de contrôle et les trous de la législation prospèrent les magouilles des margoulins de l’éolien. Ainsi :

« Certains parcs ont pu échapper à l’obligation de reverser le produit des ventes réalisé au-delà du tarif de soutien. D’une part, des résiliations de contrat anticipées ont permis à certains parcs de profiter de prix de marchés supérieurs au tarif garanti. D’autre part, une clause de plafonnement des avoirs a pu limiter le volume des compléments de rémunération négatifs à verser à l’État. Des modifications de la réglementation ont mis fin à ces effets d’aubaine en 2022 et 2023. Pour autant, le manque à gagner pour l’Etat qui en a résulté s’élèverait à 767 M€ pour le seul 1er trimestre 2022. »

« La délibération de la CRE du 13 juillet 2022 relative aux charges de service public pour 2023 relève : « sur la base des données remontées par des acheteurs obligés, il apparaît que certains producteurs ont choisi de résilier leur contrat d’achat ou de complément de rémunération avant sa date d’échéance pour bénéficier des hauts niveaux de prix de gros de l’électricité ». La délibération du 3 novembre 2022 estime le volume des installations concernées, , qui appartiennent principalement aux filières éoliennes et hydrauliques, à 3,7 GW. Dans la délibération précitée, la CRE a estimé le manque à gagner potentiel pour l’Etat, et donc l’effet d’aubaine pour les producteurs, entre 6 Mds€ et 7 Mds€. La CRE a dénoncé cet effet d’aubaine, alors que les installations concernées n’ont pu être développées que grâce à la garantie et au soutien financier de l’Etat »

Commentaire : La CRE a fait les gros yeux mais n’a pris aucune sanction. Elle n’avait apparemment aucun texte sur lequel s’appuyer pour le faire, c’est ballot !

3) Des éoliennes à moins de 500 mètres des habitations : pas de problèmes pour la Cour des Comptes !

« Jusqu’à la loi Grenelle II qui a soumis l’éolien terrestre au régime des installations classées et à l’obligation de respecter un éloignement de 500 mètres avec les habitations, les parcs éoliens terrestres n’étaient pas régis par une règle de distanciation particulière avec les habitations. Dans une région comme la Bretagne, la règle des 500 mètres constitue un défi pour le renouvellement des premiers parcs mis en service entre 2000 et 2011. Dans le département du Finistère, par exemple, 83 % des éoliennes sont en deçà de 500 mètres des habitations et 55 % dans l’ensemble de la région Bretagne. Cette situation n’étant pas la seule en France, d’autres régions sont exposées à un risque de diminution brutale de la capacité installée lors de l’arrivée en fin de vie des parcs actuels. En cohérence avec les objectifs de la politique énergétique, la réglementation devrait prévoir la possibilité, pour les seules installations déjà existantes avant 2011 et situées à une distance raisonnable des habitations, de déroger à la règle des 500 mètres, sous réserve d’une limitation de la dimension des équipements réimplantés »

« Recommandation : Pour le renouvellement des parcs éoliens installés avant 2011, permettre de déroger à la règle de 500 mètres des habitations »

Commentaire : Pour l’éolien terrestre comme pour l’éolien en mer, la Région Bretagne veut jouer aux bons élèves. Pas sûr que les Bretons apprécient. Une mesure tout simplement scandaleuse !

4) Eolien en Mer : une bonne nouvelle : l’organisation actuelle ne saurait répondre au défi de développement des 50 parcs d’ici à 2050

« La définition par l’État des espaces destinés à l’éolien maritime est soumise à des délais excessifs qui pèsent sur la capacité de l’administration à engager le processus des appels d’offres à un rythme compatible avec les objectifs ambitieux de la politique énergétique »

« Les documents stratégiques de façade (DSF) définissent des zones de vocation très larges reposant sur une logique de répartition des usages de la mer (pêche, tourisme, énergie) sans zonages géographique fins. Ces « macrozones » ont un périmètre si large qu’il est difficile d’en déduire des volumes d’une part et des localisations d’autre part. En outre, ces documents ne traitent pas de la planification des raccordements des parcs éoliens en mer alors qu’il s’agit d’une donnée majeure à articuler avec l’identification des zones et des capacités à installer »

« Le discours de Belfort de février 2022 ayant fixé un objectif de 40 GW d’ici 2050, l’État s’est engagé, dans le pacte éolien passé en mars 2022 avec la filière, à viser un volume minimal d’attribution d’appels d’offres de 2 GW/an dès 2025. Ce volume doit lui permettre d’atteindre 20 GW attribués en 2030, 18 GW en service en 2035 et 40 GW en 2050…Ces objectifs paraissent difficiles à atteindre. Le cumul des projets déjà attribués et ceux des projets en cours non attribués reste inférieur à 8 GW. »


Au regard de ce qui précède, l’organisation actuelle ne saurait répondre au défi de développement des 50 parcs d’ici à 2050 »

Commentaire : eh ben voilà une bonne nouvelle, pour une technologie de production aléatoire, à forte variabilité, à coût exorbitant, avec une menace majeure sur la biodiversité côtière et qui annihile cent ans d’effort de protection de nos littoraux et supprimerait une bonne partie de la pêche côtière artisanale, la plus respectueuse des ressources naturelles.

Les Documents Stratégiques de Façades révèlent un manque de connaissance détaillée des fonds marins, pourtant indispensable. . « À quoi rime, dans ce cas, le lancement prématuré d'appels d'offres, annoncés en grande pompe, alors qu'aucun répondant ne peut estimer, faute de cartographie détaillée, le coût réel de son projet ni celui de son raccordement au réseau ? » (https://www.lepoint.fr/politique/developpement-de-l-eolien-la-cour-des-comptes-decrit-un-paquebot-sans-pilote-17-10-2023-2539678_20.php)

5) La renégociation des tarifs de l’éolien en mer : « le bilan financier de la négociation ne peut toutefois être établi. » Sic !

« La renégociation des tarifs des six parcs éoliens en mer attribués en 2012 et 2014, qui s’est déroulée en 2018, a donné lieu de part et d’autre à des concessions dont, au profit des exploitants, la gratuité de l’implantation sur le domaine public et la prise en charge par la collectivité des coûts de raccordement au réseau de transport. Il reste que l’importance de l’enjeu financier nécessite une surveillance de l’économie de ces parcs organisée dans la durée. A cet égard, les appels d’offre pour l’éolien en mer devraient dans tous les cas prévoir un tarif de référence au-delà duquel les recettes reviennent à l’Etat. »

« Les nouveaux tarifs issus de la négociation s’étagent entre 131 € et 155 €, soit une baisse comprise entre 28,3 € et 65 € selon les parcs, s’élevant en moyenne à 45,55 €. Elle a eu pour contrepartie des concessions au profit des exploitants, dont les principales sont :

- La renonciation de l’Etat à percevoir des redevances d’occupation du domaine public ;

- La suppression de la part fixe dans la formule d’indexation du tarif, qui fait passer de 60 % à 100 % la part qui est indexée ;

- La prise en charge des coûts de raccordement par RTE ;

- La suppression dans les contrats de la clause de prévention d’une rentabilité excessive. »

« Il n’est pas possible d’apprécier si leur effet sur le LCOE est inférieur ou supérieur à la baisse du tarif, autrement dit si les producteurs ont réellement fait des concessions, et notamment répercuté sur le tarif la baisse des coûts de construction, celle des taux d’intérêts ou d’autres facteurs d’amélioration de la rentabilité. La question se pose notamment pour le transfert du coût du raccordement, qui représente une part de l’investissement total d’environ 10 % et se traduit pour RTE par une dépense nouvelle qui, pour les 6 parcs concernés, s’élève à 1 734 M€ .

Deux concessions sont de nature à déséquilibrer dans le temps le résultat de cette négociation. D’une part, l’indexation à 100 % du tarif, alors que plus de la moitié du LCOE résulte de l’investissement initial, lequel n’est plus exposé à l’inflation une fois le parc construit, pourrait entraîner des rentabilités élevées, à proportion de l’intensité et de la durée de la hausse des prix114, et en fonction de l’évolution, sous l’effet de l’inflation, ces coût de maintenance ; d’autre part, la suppression de la clause de prévention des surrentabilités (dites surcompensation) va être un obstacle à leur récupération par l’État.

Au total, la renégociation a fait passer la moyenne du tarif par MWh des six parcs de 185,55 € à 140 €. Cette baisse de 45,55 € a fait diminuer de 500 M€ par an, soit 10 Mds€ sur 20 ans le coût des soutiens publics. Le coût des concessions faites en contrepartie ne pouvant être déterminé par avance, le bilan financier de la négociation ne peut toutefois être établi…

Les tarifs issus de la négociation sont très supérieurs à ceux qu’on observait à la même époque dans d’autres pays européens. Par exemple, dès septembre 2017, une étude de l’Ademe faisait état de résultats d’appels d’offres à 72€/MWh et 64€/MWh aux Pays-Bas (Borssele) et au Danemark (Vesterhav) »

Commentaire : Il ressort des commentaires prudents de la Cour des Comptes que cette renégociation des tarifs initiaux de l’éolien en mer, présentée comme une grande victoire par le gouvernement de l’époque ( on allait voir ce qu’on allait voir, on ne va quand même pas se laisser voler par les promoteurs éoliens »….) était en fait un marché de dupes, et même pire ! Déjà dans l’immédiat, et de plus en plus au cours du temps ? Margoulins de l’éolien bat France par KO !

6) Eolien en mer et législation : toujours plus de facilités pour les promoteurs mais des actions restent possibles

Priorité d’installation en zone économique exclusive plutôt que dans le domaine public maritime : » Les projets éoliens en mer ne sont pas soumis au régime des ICPE. Ils sont situés dans le domaine public maritime ou en zone économique exclusive (ZEE). La loi AER (article 56) prévoit que désormais, les projets éoliens offshore doivent s’établir prioritairement dans la ZEE. »

Commentaire : c’est une simple recommandation, pas une obligation. Qui ne concerne pas les parcs en discussion, mais non débutés.

L’autorisation environnementale : encore plus d’accélération : « Il en résulte une simplification du régime des autorisations pour l’éolien maritime situé en ZEE et dans le domaine public maritime qui sera donc soumis au dispositif de l’autorisation environnementale qui, en outre, inclut dans son périmètre l’arrêté approuvant la convention d’occupation du domaine public. Outre la simplification de procédure qui résulte de ces nouvelles dispositions, le nouveau régime devrait permettre de réduire le nombre de contentieux relatifs à un même parc. Actuellement, les recours concernent, pour chaque parc, à la fois l’autorisation environnementale et la convention d’occupation du domaine public. »

« Jusqu’à la loi du 10 août 2018 pour un État au service d’une société de confiance dite loi ESSOC, le titulaire d’une autorisation pour un parc éolien en mer (DPM et ZEE) devait déposer une nouvelle autorisation dès lors que son procédé technologique avait changé entre le moment où il avait été
désigné et celui où il engageait les travaux. Désormais, les diverses autorisations fixent et tiennent compte des caractéristiques variables dans lesquelles les projets pourront évoluer.
Recommandations de la Cour : « Dans le cadre de l’instruction des demandes d’autorisation environnementale sur les projets éoliens, supprimer le caractère suspensif des demandes complémentaires d’informations dans la computation des délais réglementaires applicables. »

Mais des actions toujours possibles :

« La question de l’insertion paysagère des projets cristallise les oppositions locales et motive près de 70 % des recours. La loi AER du 10 mars 2023 (article 2) introduit la notion d’effets de saturation visuelle parmi les éléments dont l’autorisation environnement doit tenir compte. La notion de paysage donne lieu à une appréhension floue, souvent subjective car non définie de façon précise dans le code de l’environnement »

Commentaire : il n’y a pas que ça. L’arrêt Combray/ Proust du Conseil d’Etat (4 octobre 2023) autorise la prise en compte du patrimoine immatériel dans les autorisations de parcs éoliens. Cette décision devrait pouvoir s’appliquer à des vues immortalisés par certains peintres, comme les aiguilles de Port Coton de Belle-Île, immortalisées par Manet, un paysage marin qui serait complètement saccagé par la zone industrielle éolienne Bretagne Sud.

« Si des espèces protégées ou des espèces d’intérêt patrimonial sont identifiées dans la zone d’étude et si l’atteinte aux espèces protégées est suffisamment caractérisée, les porteurs de projet doivent obtenir une dérogation à l’interdiction d’atteinte aux espèces protégées. Selon les informations données par la DGPR, un nombre croissant d’autorisations sont attaquées sur la dérogation des espèces protégées et sont in fine annulées.

Selon la direction générale de l'aménagement, du logement et de la nature (DGALN) environ 20 % des parcs autorisés sur la période 2016/2018 ont fait l’objet d’une dérogation « espèces protégées ».

Elle ajoute qu’il est vraisemblable qu’au vu du renforcement de la jurisprudence, et du fait que le développement éolien concerne désormais davantage de sites à enjeux de biodiversité, ce pourcentage « augmente très sensiblement ».

Commentaire : cela concerne au plus haut point la ceinture les parcs éoliens en Mer Bretagne Sud et la trentaine de zones industrielles éoliennes prévues le long des côtes bretonnes, situées dans un couloir majeur de migrations transcontinentales pour les oiseaux et les cétacés.

7) Compensation des externalités négatives pour l’éolien en mer : le problème de la pêche

« Les pêcheurs en mer voient leurs zones de pêche potentiellement perturbées par l’implantation de parcs éoliens maritimes. La compensation de cette externalité négative peut contribuer à l’acceptabilité des projets et donc à la réalisation des objectifs de la PPE. Elle prend la forme de contributions significatives des parcs aux organisations professionnelles de la pêche. Néanmoins, elle se heurte en général à la difficulté de chiffrer les externalités et d’identifier les ayants droits »

Commentaire : très timide progrès, ce chapitre n’était jamais abordé auparavant. La Cour des Comptes Européennes dans son dernier rapport a été plus directe : « Nous avons constaté que le conflit entre ces deux secteurs (les Energies Marines renouvelables et la Pêche) restait sans issue… Il existe un risque de perte d’emplois dans le secteur de la pêche en raison de la croissance de celui des EMR.. À notre connaissance, la Commission n’a encore jamais quantifié les principaux effets économiques qu’aurait le développement des Energies Marines Renouvelables sur la pêche »

Remarque très pertinente de la Cour des Comptes françaises : les « compensations » jusqu’à présent vont à des organismes professionnels pas toujours représentatifs et non pas vers ceux qui en auraient le plus besoin. Et cela entretient une très forte colère chez les pêcheurs concernés.

8) Fonds de développement territorial : avertissement de la Cour des Comptes

Des fonds dont une gestion et des critères rigoureux conditionnent l’efficacité : « Le cahier des charges de l’appel d’offres en mer « AO4 » (Centre-Manche) oblige les candidats à allouer 10 M€ à un « fonds de développement territorial » destiné à financer des « mesures de développement territorial ». Il s’agit en fait d’aides financières qui doivent bénéficier à des activités situées dans la région Normandie. Pour parer le risque de requalification en aide d’État, elles doivent être inférieures aux seuils « de minimis » ou viser des activités bénéficiant d’exemptions : éducation, recherche, culture, sport et même « plateformes d’information et de réseau visant à résoudre directement les problèmes de chômage et les conflits sociaux au sein de la région Normandie ». Ce fonds aux critères étendus coexiste avec un « fonds biodiversité » d’un montant plus important.

Il apparaît, au vu de ces exemples, qu’une vigilance doit accompagner la mise en oeuvre de tels dispositifs : d’une part, leur exécution doit respecter les règles qui régissent les dépenses publiques ; d’autre part, des objectifs et un ciblage pertinents conditionnent leur efficacité. Dans le cas des fonds décrits ci-dessus, l’aire géographique est vaste et les champs thématiques paraissent trop peu précis. Le MTECT souligne qu’il s’agit de projets « strictement liés au parc éolien en mer ». Le respect de ce critère ainsi que des stratégies de développement territorial bien structurées seront nécessaires pour prévenir le risque d’un impact faible ou mal ciblé. »

Commentaire : il s’agit de « bonnes oeuvres » (en fait du financement de la propagande) des promoteurs éoliens pour se concilier la société civile et le silence de ceux qui pourraient s’opposer à leurs projets : scientifiques, éducateurs, activités nautiques, sociétés de protection de la nature. La Cour rappelle qu’il y a des règles…

9) Quand la Cour des comptes appelle à renoncer à la compétitivité…

« Des clauses de compétitivité à l’utilité contestable. Dans le cadre des procédures de mise en concurrence, les pouvoirs publics doivent arbitrer entre obtenir le volume de puissance le plus important possible pour satisfaire les objectifs de développement des EnR et limiter les impacts sur les dépenses publiques en éliminant les offres les moins compétitives.

Les choix retenus révèlent des stratégies variables selon les périodes. À deux reprises au cours de l’appel d’offres CRE4, le ministre a privilégié le volume en ajoutant des lauréats supplémentaires à la liste proposée par la CRE, malgré l’impact de ce choix sur le tarif moyen pondéré (68,7 €/MWh au lieu de 66,9 €/MWh pour la deuxième période et 62,9 €/MWh au lieu de 62,2 €/MWh pour la cinquième période).

La logique des clauses de compétitivité introduites à partir de la quatrième période de l’appel d’offres CRE4 est inverse puisqu’elle privilégie l’élimination des offres les moins compétitives au détriment le cas échéant du volume attribué. Ces clauses sont actionnées de façon automatique lorsque la puissance cumulée des offres conformes représente moins que la puissance appelée. Elles conduisent à l’élimination des offres les moins bien notées dans la limite de 20 % de la puissance cumulée des offres conformes.

Par ailleurs, les critères de déclenchement de la règle de compétitivité apparaissent discutables dans un contexte de sous-souscription : l’application des clauses de compétitivité a un effet couperet conduisant à éliminer des offres proposant des prix proches des offres retenues. La Cour relève du reste que la CRE a renoncé à mettre en oeuvre la clause de compétitivité lors du dernier appel d’offres pour ne pas dégrader encore le faible volume de puissance attribuée (54 MW / 925 MW appelés). »
Commentaire : mais quel aveu ! Les producteurs éoliens (même en mentant sur les coûts réels) sont incapables de proposer suffisamment de projets compétitifs pour répondre aux appels d’offre. Alors, on renonce à la compétitivité, open bar pour les promoteurs, le contribuable et les consommateurs paieront pour cette folie idéologique !

10) Eolien en mer : le soutien au raccordement au réseau : des charges croissantes à venir

« Les dépenses de raccordement des parcs éoliens en mer ont été jusqu’à présent assez limitées du fait des délais de mise en service. Elles ont atteint 28,6 M€ en 2019 et 170,4 M€ en 2020 et 244 M€ en 2021. Elles devraient augmenter de façon importante dans les prochaines années. L’estimation totale des coûts de raccordement pour les projets en cours et futurs est située dans une fourchette de 7,7 Md€ à 10,1 Md€. Ils varient sensiblement d’un projet à l’autre selon de multiples facteurs liés à l’éloignement des côtes, la profondeur et la nature des fonds marins. »

Commentaire : un avertissement de la Cour à prendre très au sérieux ! Rappelons que justement, depuis la mirifique renégociation de 2018, le coût du raccordement en mer n’est plus à la charge des promoteurs éoliens, mais à celui de l’Etat. C’est ballot !

11) Avertissement de la Cour des Comptes à propos de l’éolien flottant : l’ éolien flottant ne constitue pas encore une technologie mature

« L’éolien flottant ne constitue pas encore une technologie mature et n’a pas été encore déployé de façon industrielle bien qu’il existe à ce jour deux fermes commerciales flottantes, en Ecosse (30 MW) et en Norvège (56 MW). Des expérimentations ont donc été jugées nécessaires. »

« Les fermes pilotes bénéficient à ce titre d’aides à l’investissement dans le Programme d’investissements d’avenir à hauteur de 300 M€ dont une partie sous forme d’avances remboursables et d’une aide au fonctionnement sous la forme d’un tarif d’achat garanti de l’électricité pendant 20 ans.

Le tarif a été fixé par l’arrêté du 9 avril 2020 à 240 €/MWh. L’article 4 de l’arrêté de 2020 prévoit que les conditions du tarif d’achat font l’objet d’un réexamen au bout de dix ans pouvant conduire, dans l’hypothèse d’un TRI projet supérieur à 8,5 % à un partage des bénéfices avec l’État. Ce dispositif de soutien est potentiellement très coûteux pour l’État. La CRE a estimé à 1,6 Md€ les charges de service public liées aux fermes éoliennes pilotes (100 MW), soit le triple des charges prévues pour le parc de Dunkerque de 600 MW (542 M€). »

« Parallèlement à la mise en place de ces fermes pilotes dont la mise en service est prévue en 2023, l’État a lancé deux dialogues concurrentiels pour des éoliennes flottantes en sud Bretagne (2021) et en Méditerranée (2022). À la différence des fermes expérimentales, ces procédures concernent des projets commerciaux. Le niveau de soutien ne sera pas fixé par arrêté ministériel mais, comme pour les autres parcs commerciaux depuis Dunkerque, par la procédure d’appel d’offres et sous forme de complément de rémunération »

Commentaire : l’éolien flottant n’est pas mature, les fermes pilotes coûteront bonbon… mais on se lance dans des projets industriels… ) Grégoire de Saivre, responsable du département éolien offshore de Total Energies devant l’OPECST ( 2 février 2023) , Estimer les coûts de construction d’une filière qui n’est pas mature sur une période de 8 à dix ans ; impossible c’est une boule de cristal.

12) Eolien en mer : attention aux niveaux de soutien et aux types de contrats

« Des niveaux de soutien en forte baisse pour l’éolien posé : Depuis les appels d’offres de 2011/2012, deux nouveaux parcs ont été attribués : celui de Dunkerque (AO3) pour 500 MW et celui de Centre-Manche 1 (AO4) pour 1000 MW. Les procédures se sont caractérisées par un niveau accru de concurrence (11 candidats recevables pour Dunkerque, six pour Centre-Manche et une baisse significative des niveaux de soutien. En effet, les offres retenues s’élèvent respectivement à 44 €/MWh (tarif de référence) pour Dunkerque (soit 53 €2022/MWh) et 44,9 €/MWh pour Centre-Manche 1, bien en deçà des tarifs plafond (respectivement 90 €/MWh et 75 €/MWh). S’agissant de Centre-Manche , la CRE a jugé qu’en dépit des risques de dégradation de la rentabilité pesant sur le projet, le tarif proposé par le lauréat n’était pas manifestement sous-évalué »

Commentaire : Quelle lucidité de la Cour des Comptes ( c’est ironique )! Celle-ci (le rapport a-t-il été rédigé avant) n’a visiblement pas vu venir les défaillances en série des industriels éoliens en Europe ( Siemens, Oersted, Vestas, GE), ni, spécifiquement pour l’éolien marin, la longue litanie des demandes de réévaluation des tarifs, des annulations de projets, des appels d’offres infructueux (USA, UK…). Donc, tout faux !

« Aux Pays-Bas, les appels d’offres imposent l’absence de soutien et ne prévoient que des critères qualitatifs pour départager les candidats. Les entreprises qui font ces offres espèrent profiter pleinement de la hausse des prix de l’électricité sur le marché européen. Ces contrats ne sont donc avantageux pour la collectivité que s’il existe un risque réel de voir les prix de marché redevenir durablement inférieurs au prix d’équilibre des installations. Dans tous les autres cas, il existe un risque d’accorder un droit d’exploiter une rente sur le domaine public. La Cour appelle donc à rester vigilent sur ce type de contrat et à privilégier le mécanisme du complément de rémunération qui permet à la collectivité de profiter aussi de la hausse des prix de marché »

Commentaire : là encore, quel aveu ! L’éolien marin ne sera rentable qu’en cas de très forte hausse des prix de l’électricité. Et la Cour appelle à se défier de mécanismes sans fonds de soutien réclamés par certains promoteurs éoliens mais veut que la collectivité profite aussi de l’élévation des coûts de l’électricité ! C’est qui la collectivité ? Visiblement pas les consommateurs d’électricité, ni les artisans, ni les industriels…

Pour un résumé

Florilège du rapport sur le soutien public aux parcs éoliens terrestres et maritimes de la Cour des Comptes



Eric Sartori pour PIEBÎEM

https://piebiem.webnode.fr/contact/

mercredi 15 novembre 2023

Les pêcheurs portugais menacent d’arrêter la pêche et veulent intenter une action en justice contre le développement massif de parcs éoliens offshore ; l’éolien flottant particulièrement mis en cause !

 

Les propriétaires de bateaux de pêche du nord du Portugal  menacent d’arrêter la pêche et de déposer plainte auprès de la Cour de Justice Européenne  contre le projet de création d’un ensemble massif de parcs éoliens offshore, qui, selon eux, transformeraient de riches zones de pêche en déserts

 

La situation est la suivante : six nouveaux parcs éoliens sont prévus dans des zones au large de Sines, Ericeira, Figueira da Foz, Leixões et Viana do Castelo où fonctionne depuis 2020 un petit parc éolien offshore, avec trois turbines qui ont déjà produit de l’énergie « propre », mais qui ont également montré aux pêcheurs comment les poissons ont effectivement « disparu » des eaux.

NB : Ce parc éolien au large de Viana do castello de trois turbines d’où les poissons ont disparu est justement le seul parc éolien flottant du Portugal, celui de Windfloat. « On ne saurait trop insister sur le fait que « toute la faune » a « disparu » des eaux autour du projet Windfloat Atlantic, le « premier parc éolien flottant d’Europe continentale »… » (F.Portela Rosa)

Il est composé de trois plates-formes flottantes qui supportent des turbines d’une capacité installée de 25 mégawatts (MW), connectées à un câble de 18 kilomètres est  installé à 100 mètres de profondeur dans les fonds marins, et posséde une puissance nominale de  200 MW. Lorsqu’il a été construit pour il a surtout suscité de l’admiration devant l’exploit technologique.

 «Pour les pêcheurs cependant, le poisson a tout simplement disparu. Selon le responsable de VianaPescas (450adhérents  , les pêcheurs ont vu que la faune a disparu à environ un mile du parc éolien », A cela s’ajoute le fait que la pêche est interdite sur un tronçon de 17 km où le câble sous-marin relie les plates-formes au réseau à terre.

Une indemnisation a été décidée (en 2019) : 500 000 € pour 28 navires de pêche locaux touchés par l’interdiction, mais les projets actuellement en discussion publique vont faire passer la situation à un tout autre niveau.

Ce sera le certificat de mort pour la pêche à travers le pays », déclare Francisco Portela Rosa.


Le Plan d’Allocation pour l’Exploitation des Energies Renouvelables Offshore (PAER), une menace mortelle pour la pêche portugaise


Figueira da Foz est proposé pour la plus grande zone d’installation de parcs éoliens, avec 1 237 km2 et un potentiel de jusqu’à quatre gigawatts (GW) de capacité, suivi de Viana do Castelo (663 km2 et 2GW), Sines (499 km2 et 1,5 GW), Leixões (463,36 km2 et également 1,5 GW) et Ericeira et Sintra/Cascais (300 km2 et 1 GW).

 


Plus tôt cette année, 15 associations ont averti publiquement que si deux parcs éoliens au large de Viana do Castelo (comme c’est le cas) étaient acceptés, les autorités pourraient également délivrer « un certificat de décès pour les pêcheurs » ;   des centaines de bateaux/familles et entreprises locales –disparaîtront.

 

Durant l’été, les pressions autour de l’implantation d’un parc éolien au large de Matosinhos (Leixões) ont donné lieu à un accord pour emmener les turbines encore 35 km « au large » (c’est-à-dire vers l’ouest). Cela pourrait être une solution pour la communauté de pêcheurs de Viana.

 

Manuel Marques, président de l’association des pêcheurs du Nord, a déclaré aux journalistes que « cette guerre se poursuivra aussi loin qu’il le faudra. Si nous devons nous arrêter, nous le ferons – avant même que les éoliennes ne soient installées. ..Il a expliqué que le Plan d’Allocation pour l’Exploitation des Energies Renouvelables Offshore (PAER), en consultation publique jusqu’à la mi-décembre, pourrait mettre en péril plus de 6.000 navires.

 

Marques a également déclaré que si les parcs éoliens occupaient les 5 % de la ZEE (zone économique exclusive) réservés à la pêche, cela signifierait « une superficie plus grande que les Açores et Madère réunies », l’équivalent de « 300 000 terrains de football ».

 

Francisco Portela Rosa, représentant VianaPesca  explique que l’opposition de « toutes les associations de pêcheurs du nord est totale » à ce projet dans sa forme actuelle : « Il y a une seule solution, bloquer le projet, s’adresser à la Cour européenne et déposer une injonction. » 

https://vivreleportugal.com/actualite/les-pecheurs-menacent-d-arreter-la-peche-et-dintenter-une-action-en-justice-contre-le-blocus-massif-de-parcs-eoliens-offshore/

https://vivreleportugal.com/portugal/les-pecheurs-trahis-a-cause-des-parcs-eoliens-demandent-une-reunion-parlementaire-urgente/

https://vivreleportugal.com/actualite/nous-avons-ete-ignores-des-pecheurs-contre-le-parc-marin-de-lalgarve/


samedi 23 septembre 2023

Quand la Cour européenne des Comptes tacle les Énergies marines renouvelables dans l’UE : « des plans de croissance ambitieux, mais une durabilité difficile à garantir »

 Rapport de la Cour Européenne des Comptes septembre  2023

« La mer n'est pas vide, et contrairement aux apparences, elle n'est pas libre ». (CNDP rapport sur l’éolien en Normandie)

1) Des  objectifs ambitieux qui pourraient être difficiles à atteindre. À cela s’ajoute le fait que la durabilité sociale et environnementale du développement des énergies marines renouvelables est loin d’être garantie.

1a) Des objectifs élevés qui  requerront un espace maritime très vaste dans une mer du Nord déjà encombrée

« La stratégie de l’Union sur les énergies renouvelables en mer fixe des objectifs élevés, à savoir 61 GW de capacité installée à l’horizon 2030 et 340 GW à l’horizon 2050. »

Trois des quatre États membres audités  (Allemagne, Pays-Bas, France) envisageaient un déploiement des énergies marines renouvelables sur une grande échelle, l’Espagne  non !

En juillet 2022, l’Allemagne a très nettement revu à la hausse ses objectifs en matière d’EMR et les a portés à 30 GW pour 2030, à 40 GW pour 2035 et à 70 GW pour 2045. La réalisation de ces objectifs requerra d’utiliser un espace maritime beaucoup plus vaste.

Idem pour les Pays-Bas qui déploient l’éolien en mer du Nord depuis 2007. Avec 3,2 GW , il sont au second rang de l’UE.  Le dernier objectif en date est d’atteindre une capacité installée de 21 GW en 2030; comme en Allemagne, le réaliser requerra un espace maritime très vaste dans une mer du Nord déjà encombrée »

Objectifs élevés : sauf en Espagne, « L’Espagne n’envisage pas plus 3 GW d’éolien en mer et  estime que sa contribution à l’objectif de l’UE en matière d’énergies renouvelables puisera dans les secteurs de l’éolien terrestre et du photovoltaïque »

« Le déploiement commercial des énergies océaniques ne devrait pas se généraliser avant 2030 et, d’ici là, leur contribution à la réalisation des objectifs en matière d’énergies renouvelables sera très probablement marginale »

 



1b) Des objectifs compromis par les dépendances en métaux et matériaux critiques

« Il faudra cependant accélérer nettement le rythme annuel de déploiement, et la récente flambée de l’inflation pourrait ralentir le développement de l’éolien en mer. Le rythme de développement peut également dépendre de la disponibilité des matières premières nécessaires au déploiement des technologies en mer, pour lesquelles l’UE est très dépendante de pays tiers, en particulier de la Chine. 

Le développement des technologies liées aux EMR nécessite des matières premières critiques, en particulier des terres rares. Celles-ci entrent actuellement dans la fabrication des aimants permanents qui équipent les générateurs des éoliennes et la demande pour ces ressources limitées est en constante augmentation

Actuellement, les matières premières critiques sont presque entièrement fournies par la Chine, qui joue également un rôle déterminant dans la fabrication d’aimants permanents pour les générateurs d’éoliennes et couvre près de 90 % des besoins.

La dépendance de l’UE à l’égard des matières premières peut créer des goulets d’étranglement et suscite des inquiétudes quant à la sécurité de l’approvisionnement dans le contexte actuel de tensions géopolitiques. »

Remarque 1) Pas d’effet significatifs avant 2030. Compte-tenu du suréquipement des pays nordiques, plus favorisés, et des épisodes de surproduction (prix négatifs) de plus en plus fréquents, aurons- nous réellement besoin en France d’éolien le long de nos côtes ? de 40 GW ?

Remarque 2) Saluons la reconnaissance des verrous en matière de disposition de métaux et matériaux stratégiques (cf notre dossier les limites physiques de l’éolien en mer). Il n’y a pas que pour les terres rares et les aimants que la Chine est ultradominante, c’est aussi vrai pour les nacelles, les pâles, en particulier pour les grandes éoliennes. (>70%. Et les fabricants d’éoliennes chinoises sont en pleine forme et maintenant les plus importants au niveau mondial ! 

Remarque 3)  Ce sont logiquement les côtes les plus favorables qui sont pour l’instant  mises à contribution. L’Espagne, similaire à la France en ce qui concerne sa côte atlantique (fonds rocheux et pentus) ne prévoit pas un grand développement de l’éolien en mer. L’éolien en mer en Europe a « mangé son pain blanc) », le reste sera moins favorable, plus compliqué, plus coûteux ! 

2) Des financements opaques pour quelle rentabilité ? 

« Les données sur les projets financés par l’UE dans le domaine des énergies marines renouvelables ne sont pas aisément accessibles, car elles sont réparties entre différentes bases de données. Nous avons répertorié des projets liés aux EMR financés par le budget de l’UE pour un montant de 2,3 milliards d’euros entre 2007 et 2022 » 

« La Banque européenne d’investissement (BEI) joue un rôle de premier plan dans la levée et l’apport des fonds nécessaires pour atteindre les objectifs de l’UE en matière d’énergie et de climat. En soutien au développement des EMR et en combinant des mandats de l’UE et ses ressources propres, elle a accordé des prêts et des investissements en fonds propres pour un montant de 14,4 milliards d’euros depuis 2007 «  

Remarque 4) Donc données très incomplètes. Pour fixer les idées deux chiffres : l’aide d’Etat française  autorisée par la Commission Européenne pour la vingtaine d’éolienne de la tranche AO5 de Bretagne sud est de 2 milliards d’euros.

Pour quelles performances ? En pleine canicule, le 10 septembre 2023, le facteur de charge du parc éolien allemand, qui comprend de nombreuses éoliennes en mer, était de…0. 21 %. Soit pour une puissance installée un peu supérieure au parc nucléaire français, l’éolien allemand ne produisait qu'un dixième de la production d'un seul réacteur nucléaire


3)Un optimisme technologique étrange : l’éolien flottant, les éoliennes de grande taille 

3a) Eolien flottant ; en contradiction avec les évaluations parlementaires

« L’éolien flottant est une technologie en mer intéressante pour les bassins maritimes dont les eaux sont profondes, car elle permet de déployer des installations flottantes là où il y a plus de 50 mètres de fond. Cette technologie est compatible avec le milieu caractéristique des États membres riverains de l’océan Atlantique, de la mer Méditerranée et, potentiellement, de la mer Noire. »

« Fin 2021, l’UE avait déployé 27 MW de capacité d’éolien en mer flottant. Selon une étude du Centre commun de recherche datée de 2022, les projets en réserve aboutiront à l’installation de 247 MW de capacité d’éolien en mer flottant dans les États membres de l’UE à l’horizon 2025. En outre, selon cette étude, les coûts de l’éolien flottant devraient nettement diminuer d’ici la fin de la décennie pour devenir comparables à ceux de l’éolien en mer posé. »

« Parmi les quatre États membres audités, la France et l’Espagne développent cette technologie, sur laquelle repose principalement l’objectif que l’Espagne s’est fixé à l’horizon 2030 pour les énergies en mer. Cette technologie en est encore au stade de la précommercialisation, mais grâce au transfert de connaissances provenant des industries en mer établies et au nombre croissant de projets déployés dans l’éolien flottant, elle se développe rapidement et pourrait devenir une source importante d’énergie marine » 

Remarque 5) Cet optimisme technologique sur l’éolien flottant est en complète contradiction avec ce qui ressortait notamment d'une  audition publique de l'OPECST (Office Parlementaire d 'Evaluation des Choix Scientifiques et Techniques) sur l'éolien flottant et qui pointait sur une absence de maturité technique (choix du socle non résolu, pas de postes flottants -qui permettraient effectivement de s'éloigner des côtes- avant 2030, problèmes de vibration, forte dépendance en matériaux stratégiques  et coûts « à deviner dans une boule de crystal ») 

3b) Augmentation de la taille des éoliennes : en contradiction avec les faits 

« Le rapport présente un encart sur les potentialistés de l’augmentation de taille des éoliennes  et mentionne le projet INNWind  (20 millions d’euros) dans le septième programme-cadre pour la recherche, qui aurait permis de démontrer que le passage d’une éolienne en mer conventionnelle de 5 MW à un modèle de 10 à 20 MW entraînerait une réduction des coûts de 30 %, rapprochant ainsi l’éolien en mer du marché. ( ???) »


Remarque 6)  Cet optimisme  est également très  étrange,  la course mal maîtrisée au gigantisme ayant été identifiée comme la principale source des problèmes actuels des fabricants et exploitants, Siemens au premier plan !, mais aussi Orsted, General Electric  avec la multiplication des pannes précoces sur les grandes éoliennes,, les problèmes mal maitrisés    et des assureurs de parcs éoliens qui menacent de jeter l'éponge ( voir nos dossiers Eoliennes enmer, une rentabilité très très compromise et 2023, l’été meurtrier pour l’éolien en mer)

4) Le déploiement des énergies marines renouvelables se heurte à des obstacles pratiques, sociaux et environnementaux qui n’ont pas encore fait l’objet d’une réflexion suffisante*

4a) de nombreux conflits d’usage : « La mer n'est pas vide, et contrairement aux apparences, elle n'est pas libre». (CNDP rapport sur l’éolien en Normandie) 

Le rapport rappelle « que les mers européennes sont largement utilisées pour le transport maritime, la pêche, la production d’énergie, les loisirs et le tourisme. Le processus national de planification de l’espace maritime devrait aider les autorités nationales à affecter ce dernier à différents usages, tout en évitant les conflits et en protégeant l’environnement » 

« La directive PEM impose aux États membres d’établir des plans nationaux d’aménagement de l’espace maritime en vue de recenser les usages existants et futurs de leurs eaux marines, parmi lesquels figurent les installations liées aux énergies renouvelables. »

« La stratégie de l’Union sur les énergies renouvelables en mer indique que les EMR peuvent et doivent coexister avec de nombreuses autres activités, dont la pêche, l’aquaculture ainsi que la préservation et la restauration de la nature. Nous avons constaté que le principe de coexistence était intégré dans les quatre plans nationaux que nous avons examinés, mais qu’il existait peu de projets de co-utilisation commercialement viable dans les parcs éoliens. Par exemple, les autorités néerlandaises ont accordé à une entreprise l’autorisation de tester de nouvelles méthodes de mytiliculture en mer dans le parc éolien Borssele. »

Remarque 7) : le fameux effet récif n’a été en effet démontré… que pour les moules. Sinon, il risque surtout de favoriser des espèces invasives sans intérêt, voire très dommageables (cf notre document sur l’autosaisine du CNPN sur l’éolien en mer). A voir aussi la comestibilité des moules élevées dans une zone industrielle générant de nombreux contaminants (antifouling, anodes sacrificielles, huiles, résidus polymériques de pales…)

4b) Le problème spécifique de la pêche : le conflit entre ces deux secteurs reste sans issue

« Selon les études disponibles, les conflits concernent l’exclusion des pêcheurs de la zone utilisée pour les parcs éoliens en mer. Pour des raisons de sécurité (par exemple le risque de collision accidentelle), les navires de pêche ne sont autorisés à pénétrer dans les zones où sont implantées des installations d’EMR que sous certaines conditions (par exemple, zone tampon de 500 mètres autour des installations), mais ils n’en sont pas exclus en théorie. »

Remarque 8) La théorie peut-être, mais la réalité est aussi que les assureurs refusent de les assurer

« La révision à la hausse des objectifs de l’UE en matière d’EMR conduira nécessairement au développement des installations en mer. L’accès aux zones de pêche pourrait donc progressivement se réduire, ce qui ferait probablement baisser les revenus de la pêche et exacerberait la concurrence entre les pêcheurs. Par contre, s’il n’est pas certain que la ressource halieutique croîtra à plus grande échelle, une augmentation de la densité de poissons dans des zones d’implantation d’EMR a été observée. »

Nous avons constaté que le conflit entre ces deux secteurs restait sans issue et que les États membres sélectionnés l’abordaient de manières différentes. Par exemple, en Espagne et aux Pays-Bas, les zones affectées aux EMR ont été redessinées afin de réduire autant que possible toute interaction avec la pêche de fond. En France, le porteur de projets éoliens en mer est tenu d’indemniser les pêcheurs pour les pertes financières. En Espagne et en France, deux pays où le secteur de la pêche est puissant, la consultation sur les futures zones affectées aux EMR n’a pas encore dissipé les inquiétudes des pêcheurs, et l’opposition aux EMR pourrait réapparaître à mesure que les différents projets seront évalués »

Remarque 9): En France, la colère des pêcheurs  est d'autant plus grande qu'ils se sentent très mal défendus par la manière dont leurs organismes professionnels (eg Comités des Pêches) les défendent  et gèrent les aides qui n’iraient pas forcément aux plus touchés.

4c) Les implications sociales du développement des énergies marines renouvelables n’ont pas encore été pleinement prises en compte

« Le développement des EMR aura des implications sociales majeures sur les plans de l’emploi, des infrastructures et des services. Le secteur est en pleine expansion: en 2020, l’éolien en mer représentait 77 000 emplois directs et indirects, contre moins de 400 en 2009. L’Allemagne concentre le plus d’emplois; elle est suivie du Danemark, des Pays-Bas et de la Belgique » 

« Toutefois, il existe un risque de perte d’emplois dans le secteur de la pêche en raison de la croissance de celui des EMR. Les pêcheurs s’inquiètent de l’absence d’autres possibilités d’emploi et du peu d’offres de reconversion professionnelle. À notre connaissance, la Commission n’a encore jamais quantifié les principaux effets économiques qu’aurait le développement des EMR sur la pêche. »

« L’acceptation sociale des EMR est un facteur important qui peut avoir une incidence sur la durée du processus nécessaire à l’établissement d’une installation de ce type .»

Remarque 10) : Il y a pourtant eu un rapport de la Commission Pêche du Parlement européen dont la conclusion était assez nette : « Toute restriction d’accès aux zones de pêche traditionnelles a des répercussions directes sur les moyens de subsistance des pêcheurs de l’Union et les emplois connexes à terre, et l’approvisionnement responsable et durable en denrées alimentaires et la sécurité alimentaire s’en trouvent compromises »

« La Commission pêche du Parlement européen fait remarquer que les études empiriques récentes ne comportent pas d’évaluations des effets économiques et socioculturels des énergies renouvelables en mer sur la pêche, et, en l’absence de données fiables, appelle au principe de précaution quant à la construction de parc éoliens offshore. »

Remarque 11) : Promesse d’emplois : les chiffres sont connus pour l’Ecosse : en 2013, l’Ecosse prétendait  devenir l’ »Arabie Saoudite des Energies renouvelables” avec 28 000 emplois rien que dans l’éolien offshore. 10 ans après, l’éolien offshore n’a fourni qu’un dixième des emplois (2800 !)

 5) Environnement « La recherche, l’analyse ou le traitement de l’impact des installations en mer sur le milieu marin ne sont pas satisfaisants »


Les auteurs d’une étude réalisée en 2022 ont tenté de cartographier et d’analyser l’impact potentiel des EMR sur l’environnement. Cette analyse montre que certains facteurs de stress causés par la production d’énergie en mer peuvent avoir un large rayon d’impact, bien que les effets cumulatifs les plus importants se produisent à proximité immédiate des installations. (NB Galparsoro et al., 2022, Mapping potential environmental impacts of offshore renewable energy. parle d’effet d’évitement s’étendant jusqu’à  à 15 km autour des parcs)

« L’étude souligne également que, si la stratégie de l’Union sur les énergies renouvelables en mer part du principe que moins de 3 % de l’espace maritime européen seraient nécessaires à la réalisation des objectifs climatiques à l’horizon 2030, elle ne tient pas compte du fait que le déploiement des EMR pourrait avoir une incidence sur une part beaucoup plus importante de certains types d’habitats et sur leur biodiversité »

« Lors des entretiens que nous avons eus avec des représentants d’ONG, l’une des inquiétudes exprimées était l’incertitude entourant les effets cumulés sur l’environnement. Le déficit de connaissances, qui rend l’incidence des futures installations en mer sur l’environnement difficile à prévoir, fait aussi partie des questions soulevées »

Le rapport mentionne ensuite l’exemple de Saint-Brieuc, dont on semble comprendre à demi-mot que la Commission considère, comme le Ministre de la Mer, que ce n’est ni fait, ni à refaire :

« Saint-Brieuc, un exemple de parc éolien en mer source d’inquiétudes pour l’environnement

La baie de Saint-Brieuc, située sur le couloir de migration Manche-Atlantique, est une zone particulièrement sensible sur le plan de la biodiversité. Elle abrite de nombreuses espèces d’oiseaux, y compris des espèces protégées ou gravement menacées d’extinction.

Le parc éolien se situe à proximité immédiate de sept zones Natura 2000. Les autorités françaises ont considéré que les études environnementales avaient globalement démontré l’absence d’impact négatif important sur l’écosystème marin local…

Au total, 59 dérogations à l’interdiction de destruction d’espèces protégées (cinq espèces de mammifères marins et 54 espèces d’oiseaux) ont été accordées pour permettre la construction de ce parc éolien. En 2021, le Conseil national français de la protection de la nature (CNPN) a rendu un avis affirmant que la protection de la biodiversité n’avait pas été suffisamment prise en compte par les autorités lors du choix de l’emplacement du parc éolien. »

Conclusion générale : « Nous avons constaté que la Commission n’avait pas estimé l’incidence possible sur l’environnement de l’extension des EMR proposée dans sa stratégie. Cela l’aurait pourtant aidée à évaluer les effets de la réalisation des objectifs de sa stratégie sur l’environnement, ainsi qu’à mieux neutraliser et atténuer les incidences potentiellement négatives »

Les évaluations sont limitées à la zone relevant de la juridiction des différents États membres et ne tiennent pas compte des effets cumulatifs sur l’environnement à l’échelle du bassin maritime.

Le rapport cite un exemple où des bonnes pratiques ont été mises en œuvre pour limiter les effets d’un parc sur l’environnement – lesquelles peuvent laisser dubitatif :

« Les autorités néerlandaises ont ajouté la protection de l’environnement comme critère supplémentaire non tarifaire lors de l’évaluation des dossiers de candidature pour le parc éolien en mer «Hollandse Kust West VI». L’objectif était de construire un parc éolien en mer qui aurait le moins d’impact possible sur la nature et la biodiversité marine. La conception du parc éolien qui a remporté le marché est «respectueuse de la nature»: par exemple, des structures de récifs seront érigées sur le fond marin, ou une section du parc sera équipée d’éoliennes très espacées afin de permettre aux oiseaux de voler entre elles en toute sécurité.

Source: Rijksdienst voor Ondernemend (Agence néerlandaise pour les entreprises). »

« Toutefois, lors de notre analyse bibliographique, nous avons constaté que de nombreux aspects environnementaux liés au déploiement prévu des EMR demandent encore à être mieux cernés. Les données empiriques sont insuffisantes, de même que les connaissances sur les espèces et les milieux marins non septentrionaux étant donné que la plupart des études existantes ont été réalisées sur des installations en mer du Nord. »

« Nous estimons que, compte tenu des activités humaines existantes en mer et de l’ampleur du déploiement prévu des EMR, qui porterait la capacité installée actuelle de 16 GW à 61 GW en 2030 et au-delà, l’empreinte environnementale sur la vie marine pourrait être considérable et n’a pas été suffisamment prise en compte par la Commission et les États membres »

Pour un langage de comptable habituellement assez modéré, c’est clair !

Eric Sartori pour PIEBÎEM

https://piebiem.webnode.fr/piebiem/