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mardi 2 février 2021

Fukushima 10 ans après : bilan et leçons

 Le plus important séisme jamais subi au Japon

 Le vendredi 11 mars 2011 à 14 h 46 min 23 s heure locale, a eu lieu le plus important séisme mesuré au Japon. Son épicentre se situe à 130 km à l'est de Sendai, chef-lieu de la préfecture de Miyagi, à environ 300 km au nord-est de Tokyo. Cinquante-et-une minutes plus tard, un tsunami provoqué par le tremblement de terre aborde la côte orientale. La vague atteint une hauteur estimée à plus de 30 m par endroits, parcourant jusqu'à 10 km  l'intérieur des terres, ravageant près de 600 km de côtes et détruisant partiellement ou totalement de nombreuses villes et zones portuaires. Ce tsunami d’une ampleur inédite a été directement responsable de près de 19.000 morts.




La centrale nucléaire de Fukushima Daiichi est située à 145 km de l’épicentre. L'installation, ayant été bâtie pour résister à un séisme de magnitude 8 et à un tsunami de 5,7 mètres de haut, est entièrement inondée. Le tsunami a eu pour conséquences une dégradation des prises d’eau en mer conduisant à la perte de la source froide, puis à la perte des Diesels de secours des réacteurs 1 à 4. Ceux-ci, à la suite de la perte d’autres systèmes de sécurités ne sont plus refroidis et les cœurs des réacteurs 1,2 et 3 fondent et le « corium » formé perce la cuve et s’épand sur le socle en bêton (non, il ne traverse pas la terre comme dans le syndrome chinois !).

 Entre le 11 et le 15 mars, les toits des réacteurs 1,2 et 3 explosent  les uns après les autres, ces explosions sont provoquées par de l’hydrogène rejeté volontairement pour faire baisser la pression malgré la charge du nuage engendré en radionucléides. Le 15 mars, les travailleurs du site sont évacués, seuls 50 restent sur place pour stabiliser la situation. En même temps, un ordre d’évacuation initialement de 2km, puis très rapidement de 20 km autour de la centrale est donné.

 A noter : A Fukushima même, les réacteurs 5 et 6, construits postérieurement aux quatre premiers réacteurs, sur une plate-forme située à une dizaine de mètres plus haut, n'ont pas été atteints. Une autre centrale nucléaire Onagawa, plus proche de l’épicentre que Fukushima (80 km) n’a subi aucun dommage.


A Fukushima : ce n‘est pas l’accident nucléaire, c’est le tsunami et l’évacuation qui a tué !

 Tiens, une fois n’est pas coutume, on va se baser sur un Check news de Libération !

(https://www.liberation.fr/checknews/2019/04/20/est-il-vrai-que-l-accident-nucleaire-de-fukushima-n-a-cause-aucun-mort_1720075)

 « En résumé pour les travailleurs dans la centrale : un mort et cinq malades ont été associés aux rayonnements, 10 morts ne sont pas associées aux rayonnements et 16 blessés en raison des explosions, selon les données officielles. »

«Dans la population générale, il n’y a pas de décès attribué à l’exposition aux rayonnements ionisants», explique Dominique Laurier, chef du service de recherche sur les effets biologiques et sanitaires des rayonnements ionisants de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. »

« Les fuites de la centrale ont très vite entraîné l’évacuation de 70 000 personnes provenant du premier cercle de 20 kilomètres autour de la centrale évacué dès le début de la catastrophe. Ensuite des nouvelles zones d’évacuation volontaire ou obligatoire ont été tracées entraînant un nouveau mouvement de population, dont l’estimation varie selon les sources. »

« Sur les trois premières années, un article de recherche estime à environ 1600 le nombre de décès attribuables à l’évacuation. En 2018, la chercheuse Cécile Asanuma-Brice parle de 2 211 le nombre de décès «en raison de la mauvaise gestion du refuge». L’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest, évoque en 2019 un bilan de «2 267 décès indirects dus à des suicides ou à une dégradation des conditions de santé suite à l’évacuation». En effet, le taux de suicide a augmenté tout de suite après l’accident chez les hommes évacués et trois ans après l’accident chez les femmes, selon un article de recherche de 2018.

La prise en compte de ces décès imputables aux déplacements de population (environ 2200, donc) est un des principaux arguments des opposants à la thèse selon laquelle l’accident nucléaire n’aurait fait aucun mort.

Donc, on est bien, ou à peu près, d’accord : Aucune mort des conséquences de l’accident nucléaire, et cela est parfaitement compatible avec les mesures de radioactivité effectuées pour l'UNSCEAR. 

(Comité scientifique des Nations unies pour l'étude des effets des rayonnements ionisants) : les doses reçues par la population étaient  trop faibles pour entraîner un risque significatif de cancer ou un impact sanitaire quelconque, y compris pour les populations non évacuées qui n'auront été exposées qu'à quelques milli-sieverts. Et en passant, aucun cancer de la thyroïde, aucun effet sur les malformations : pour les bilans thyroïdiens effectués sur 368 000 enfants, les résultats sont en tout point comparables à celles des autres régions du Japon non touchées par les retombées de l’accident. Concernant les femmes enceintes, les mêmes constats sont portés sur les fausses couches, les naissances prématurées et les malformations qui ne traduisent, dans la région étudiée, aucune recrudescence par rapport aux moyennes nationales. 

Donc : Tsunami : 18 079 morts, Accident nucléaire : 2 morts (2 ouvriers de la centrale, un d’un cancer peut-être dû à son irradiation, ) Evacuation : 1,600 à 2200 morts.

 Mais le pire est que les morts de l’évacuation ont été des morts inutiles qui auraient pu et dû être évitées.

Le 11 mars, la préfecture de Fukushima émet à 20 h 50 un ordre d'évacuation pour les personnes situées dans un rayon de 2 km autour du réacteur ; à  21 h 23 le premier ministre étend ce rayon à 3 km avec mise à l'abri jusqu'à 10 km. Le lendemain, 12 mars, il est étendu à 10 km à 5 h 44 puis à 20 km à 18 h 25, le confinement étant porté jusqu'à 30 km. De même il est demandé aux autorités locales de distribuer des comprimés d’iode lors de l'évacuation. Ainsi en deux jours, le rayon de la zone à évacuer a été porté de 2 à 20 km

 L’évacuation peut tuer plus que la catastrophe, c’est la leçon retenue par une équipe de chercheurs  anglais, qui s’interroge sur ce qu’il faudrait faire en cas d’accident nucléaire majeur à Hinkley Point.

 Cf. https://www.bristolpost.co.uk/news/bristol-news/people-near-nuclear-power-station-853901.amp

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0957582017300782 (J-value assessment of relocation measures following the nuclear power plant accidents at Chernobyl and Fukushima Daiichi)

 L’équipe dirigée par Philip Thomas, professeur de gestion des risques à l'Université de Bristol, a étudié les résultats à long terme pour les dizaines de milliers de personnes évacuées à la suite des catastrophes de Tchernobyl en Ukraine, et la catastrophe plus récente de Fukushima Daiichi, à la suite du tsunami au Japon en 2011. Et ils ont conclu que si les radiations auxquelles ils pourraient être exposés s'ils restaient sur place ne pourraient que réduire de quelques mois leur espérance de vie, il ne fallait pas entreprendre un vaste programme d'évacuation de masse. (Ce calcul statistique peut sembler un peu raide, mais il compare deux situations, avec et sans évacuation, et l'article propose aussi un seuil d'irradiation pour lequel l'évacuation est justifiée, mais c'est un peu plus complexe- moins de 555 kBq /mne justifient surement pas une évacuation).

 Concernant Fukushima, les auteurs rappellent que « aucun décès par rayonnement ne s’est produit pendant ou après l’accident, mais un certain nombre de décès ont été directement attribués à la réinstallation et à la réinstallation subséquente de la population de Fukushima. Hasegawa et coll. (2015) ont établi  qu’après l’accident, la mortalité chez les personnes âgées déplacées qui ont besoin de soins infirmiers a augmenté d’environ un facteur 3 au cours des trois premiers mois suivant la réinstallation et est demeurée environ 1·5 fois plus élevée qu’avant l’accident. Ainsi, après leur évacuation de l’hôpital de Futaba, cinquante patients étaient décédés au 31 mars 2011… En septembre 2012, il y avait eu 1121 décès parmi les personnes déplacées à Fukushima attribués à l’épuisement physique et mental causé par l’évacuation . Un rapport de Parungao suggère que le problème pourrait se poursuivre jusqu’à la 3ème année, donnant une estimation de 1656 décès prématurés dus au stress de déplacement enregistré dans les 3 premières années après l’accident de Fukushima Daiichi.

 Et leur conclusion est la suivante : « A Fukushima, où 111 000 personnes ont été déplacées, il était difficile de justifier  le déplacement d’une seule  personne vivant à proximité… Compte-tenu de la dose de sécurité de  20 mSv/an  du gouvernement japonais, nous constatons qu’aucune relocalisation n’était justifiée pour des raisons scientifiques ou économiques après l’accident de Fukushima Daiichi. Cette constatation est solide par rapport à l’heuristique de 95%. »

 La réalité des morts de l’évacuation n’est pas à discuter. Selon la Croix-Rouge, les principales causes en sont l'épuisement mental et physique liée à l'évacuation forcée  (cause principale de la mort immédiate de 34 morts, principalement des personnes âgées troublées par la perturbation apportée à leur condition de vie, hypothermie, déshydratation), les conditions d'évacuation elles-mêmes, celles d’hébergement en abris d'urgence ou en logement temporaire, l'épuisement dû aux déplacements, l'aggravation de maladies existantes consécutives à la fermeture d'hôpitaux et les suicides.

 A la limite, seule l’évacuation initiale du 11 mars dans un rayon de 2 km pouvait-être  justifiée, comme évacuation de précaution, compte-tenu des incertitudes de mesure de la radioactivité à ce moment, et elle n’aurait pas dû durer plus de deux semaines.  Injustifiées et mortelles les évacuations forcées du 12 mars (rayon de 10 km, puis à 20 km à 18 h 25) ! Et encore plus injustifié, le 11 avril, l’évacuation volontaire au-delà des 30 km !

 N.B. concernant Tchernobyl, les auteurs arrivent à la conclusion que l’évacuation était injustifiée pour 75% des 335,000 évacués. Et concernant  Hinkley Point   « Les habitants à proximité de la centrale nucléaire de Hinkley Point feraient  mieux de rester sur place que d’évacuer vers Bristol en cas de catastrophe nucléaire.  Evacuer à Bristol leur enlèverait statistiquement plusieurs mois d’espérance de vie, alors que rester sur place dans le cas d’une catastrophe de type Fukushima n’aurait aucune conséquence ». De fait, ne serait-ce que  les effets de la pollution de Bristol seraient très supérieurs à ceux qu’entraineraient une exposition radioactive faible, comme ce fut le cas pour la quasi-totalité des évacués de Fukushima !

 Alors que faut-il faire ? Mesure de la radioactivité, radioprotection, décontamination

 Les auteurs de l’étude avertissent : « Ces mesures d’évacuation et de relocalisation sont en train de devenir  le choix politique principal après un grand accident nucléaire. Cela ne devrait absolument pas être le cas. L'assainissement devrait être le mot ; »

Pour toutes les centrales modernes (cf. pas Tchernobyl), compte-tenu des niveaux de radioactivité susceptibles d‘être relâchés, l’évacuation n’est pas la bonne solution. Il suffit de recourir aux moyens classiques de radioprotection, de décontaminations et de mitigation des risques : prise de comprimés d’iode si justifié par l’émission d’iode radioactif, nettoyage des sols et des poussières, interdiction de de certains aliments, tels le lait etc., le tout basé sur une politique intensive de mesure de la radioactivité.

 Les résistants de Soma: « Ce démon était l'anxiété causée par la peur des radiations. »

 Il faut lire le témoignage poignant du maire de Soma, une petite ville de 37.000 habitants, à 45 km de Fukushima.  Dans cette communauté soudée, au mode de vie traditionnel, complètement dévastée par le tsunami,  la question de l’évacuation a été posée. Et grâce au sang-froid des édiles, qui ont réclamé des  moyens d’évaluer eux-mêmes  la radioactivité, décidé rationnellement et refusé de céder à la panique, aucun mort supplémentaire n’a été à déplorer.

 « Mais nous ne nous rendions pas compte que nous serions assaillis par un deuxième « démon », cette fois du comté lointain de Futaba, à 45 km de là. Ce démon était l'anxiété causée par la peur des radiations. Alors que la catastrophe nucléaire s'intensifiait sans relâche, les reportages frénétiques qui ont duré toute la journée ont suscité la terreur, non seulement chez les personnes vivant près de la centrale, mais dans tout le pays. À partir du moment où le gouvernement national a ordonné aux habitants dans un rayon de 20 km autour de la centrale d'évacuer, les citoyens de Soma ont commencé à vouloir s'enfuir loin, et ce sentiment a commencé à se répandre…Pour ce qui est de la question nucléaire, nos concitoyens éprouvent maintenant beaucoup d'anxiété à cet égard, et j'aimerais l'envisager en fonction de deux objectifs distincts. L'une consiste à veiller à ce que nos concitoyens ne subissent aucun dommage à leur santé en raison des radiations de la centrale; l'autre est de s'assurer qu'ils ne finissent pas par changer la façon dont ils vivent leur vie quotidienne en raison de l'anxiété au sujet des radiations…C'est la voie que Soma suit. Le problème nucléaire ne change rien à cela. Nous continuerons à planter un pied fermement devant l'autre pour suivre le parcours que nous avons choisi »

 L’évacuation de Fukushima a été une décision catastrophique qui a coûté la vie à des milliers de personnes fragiles (sans compter les dépressions) qui n’auraient subi aucun dommage si elles n‘avaient pas été évacuées.

 Les autorités de tous pays doivent en être maintenant conscientes. En cas de catastrophe nucléaire, l’évacuation ne doit être décidée qu’en cas de réel danger d’irradiation. Et la première chose à faire c’est d’écouter et de faire confiance aux autorités qui disposent des données de radioactivité , plutôt qu’aux marchands de peur qui sont aussi des donneurs de mort.

 Les morts de Fukushima ( ceux de l’évacuation, pas du séisme ou du tsunami) sont donc surtout des morts de la peur dont sont responsables  les marchands de peur, les créateurs de paniques, les exploiteurs de terreur et leurs organisations qui ne cessent de vivre et prospérer sur le mensonge et une nucléarophobie irrationnelle( Greenpeace et les écolos bigots)

 Notons aussi cette conclusion un peu désabusée des auteurs : « la compréhension du risque nucléaire par la plupart des cliniciens — et  par le grand public — n’a pas progressé de façon aussi approfondie ou aussi largement que l’adoption de la technologie nucléaire. » Et pourtant, les effets biologiques et toxicologiques  des rayonnements sont parmi les phénomènes les mieux étudiés et connus, et depuis très longtemps- beaucoup s’en faut que celle de la plupart des substances chimiques soit aussi bien connue !

 L’arrêt par précaution des réacteurs nucléaires japonais a tué plus que Fukushima !

 Avant l’accident de Fukushima, le pays comptait 54 réacteurs disponibles, tous ont d’abord été été arrêtés et très peu ont été remis en route.

 Cette décision  est responsable de beaucoup plus de morts que l’accident nucléaire et que l’évacuation elle-même.

Tout d’abord, cela a entraîné une hausse du prix de l’électricité et dans les années qui ont suivi, 4800 personnes seraient mortes de froid selon le NBER (Bureau National d'Etudes Economiques) en raison de l’accroissement de la précarité énergétique (https://atlantico.fr/article/decryptage/energie--l-arret-du-nucleaire-au-japon-responsable-de-beaucoup-plus-de-morts-que-la-catastrophe-de-fukushima-tristan-kamin)

L’électricité nucléaire (29% en 2010) a été remplacée, par le gaz (+17,2%), le charbon (+6%), le pétrole (+2,6%) et les renouvelables non hydrauliques (+2,2%). En conséquence,  les émissions de gaz à effets de serre ont augmenté : le Japon est avec l’Allemagne l’un des pays industrialisés les plus émetteurs de CO2, à 9 tonnes par habitant, soir le double de la France. Et l‘augmentation du charbon au lieu de sa diminution prévue a augmenté la pollution !

 La décision non justifiée d’arrêter l’ensemble des centrales a donc fait encore beaucoup plus de mort que l’incident nucléaire et l’évacuation, qui ne seront jamais comptabilisés. Il a été estimé que le charbon entraîne 23 000 morts prématurées en Europe chaque année, 3900 en Allemagne.- au  Japon, ce serait environ 6000 morts prématurées par ans-dont 360 directement dues à l’arrêt des centrales nucléaires (https://www.lemonde.fr/pollution/article/2016/07/05/le-charbon-entraine-23-000-morts-prematurees-en-europe-chaque-annee_4964092_1652666.html)

 Eh oui, le nucléaire est l’énergie qui fait le moins de victime par kW.h généré !

Addendum : note sur le système électrique japonais : (https://centreasia.eu/japon-bilan-de-lenergie-nucleaire-dix-ans-apres-fukushima/Florian Veslin)

Un réseau …baroque

Le réseau électrique japonais  est totalement isolé. L’Archipel n’a aucun lien avec ses voisins, même le plus proche, la Corée du Sud (les grandes villes de Fukuoka côté japonais et Busan côté coréen ne sont pourtant distantes que de 200 km environ). Cet isolement n’est pas dû à des difficultés techniques mais politiques. Le Japon ne pouvant se reposer sur des interconnexions pour palier une baisse de production ou une hausse de la demande, la génération d’électricité doit toujours être suffisamment forte et aisément pilotable pour éviter les black-out.

En addition, de graves problèmes structurels limitent les échanges électriques entre les différentes régions ; le Japon est coupé en deux pour ses fréquences : l’est est à 50Hz et l’ouest est à 60Hz, cas unique dans un pays industrialisé. Les différents réseaux agissent dans une relative indépendance, n’étant reliés que par trois convertisseurs de fréquences, et seulement entre les régions de Chūbu (centre, région de Nagoya) et du Kantō (aire urbaine de Tōkyō), d’une capacité de 1,2 GW (voir annexes pour les unités de l’énergie). Et même parmi les régions utilisant la même fréquence, les échanges peuvent être problématiques, comme entre Honshū et l’île septentrionale d’Hokkaidō : deux uniques lignes existent, d’une capacité de 0,9 GW. Enfin, Okinawa est totalement isolée du réseau principal.

De plus, l’ouverture à la concurrence a provoqué un affaiblissement des acteurs historiques. par exemple, Tokyo EPCO a été réorganisé en holding, contrôlant trois entités distinctes : génération (soumise à concurrence), distribution (monopole) et vente (soumise à concurrence). On peut se demander si une telle réforme est bien favorable et même compatible avec le nucléaire.

 Un programme ambitieux dans le nucléaire, mais une autorité de sûreté défaillante

 En 2010, 54 réacteurs nucléaires produisaient 47,4GWe d’électricité, soit environ 30% de la génération totale d’électricité dans le pays. Trois autres réacteurs étaient en construction (2,9GWe), et une douzaine d’autres (15,9GWe) étaient envisagés. Le plan stratégique énergétique du Japon de 2010 prévoyait qu’en 2030, les sources de production bas carbone (renouvelables et nucléaires) produiraient environ 70% de l’électricité du pays, dont 50% venant du nucléaire.

Tous les grands producteurs nippons avaient alors leur centrale nucléaire, excepté Okinawa EPCO et EPDC (ce dernier ayant néanmoins un réacteur en construction). Tokyo EPCO (TEPCO) possédait trois sites, dont  Kashiwazaki-Kariwa, la plus grande centrale du monde avec 7 réacteurs et 8.212 MW de puissance installée totale.

Le régulateur japonais de l’énergie atomique, instauré dès 1957, a connu plusieurs restructurations au fil des ans qui n’ont jamais permis de le rendre pleinement efficient. Etabli comme un comité administratif, son spectre d’actions trop réduit l’empêche de prévenir l’accident du Mutsu de 1974 (légère  fuite radioactive sans aucune exposition conséquente très mal gérée lors de la première sortie du premier navire japonais à propulsion atomique- aucune victime).   Refondé en 1978 sous l’autorité du Premier ministre, il est de nouveau défaillant lors de l’accident de criticité de JCO en 1999 qui cause la mort de deux personnes et entraine un rejet radioactif. Le régulateur est alors de nouveau refondé sous le nom de NISA (Nuclear and Industrial Safety Agency) et placé sous le contrôle du Ministère de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie (METI). Cette dépendance du régulateur à l’organe gouvernemental chargé de faire la promotion de l’énergie nucléaire a été sévèrement critiquée, pointant les risques évidents de conflits d’intérêts.

Par ailleurs, de graves problèmes de communication entre les agences étatiques empêchaient la NISA d’être correctement informée sur les recherches scientifiques récentes, notamment sur un rapport de décembre 2010 de la Japanese Nuclear Energy Safety Organization (JNES) sur les probabilités statistiques de tsunami sur les centrales nucléaire et leurs conséquences.

Ainsi, lors de la conception de la centrale, le risque de raz-de-marée avait été établi en fonction des données recueillies après le séisme du Chili de 1960, qui avait provoqué un tsunami de 3 mètres de hauteur sur la côte du Tōhoku. En conséquence, la centrale avait été construite 10 mètres au-dessus du niveau de la mer, et les mesures anti-tsunami étaient calibrées pour une vague n’excédant pas 5,7 mètres. A cette époque, la menace des groupes terroristes d’extrême-gauche au Japon (Armée Rouge Unifiée) avait poussé la direction de TEPCO à focaliser les défenses de la centrale contre une menace humaine, la catastrophe naturelle paraissant trop peu probable.

Pourtant, en 1993, de nouvelles recherches scientifiques avaient conclu à la possibilité que le site puisse être touché par une vague de 15,7 mètres. Toutefois, ni TEPCO, ni la NISA n’avaient engagé le renforcement des mesures de sécurité ou changé de place les générateurs de secours, installés dans le sous-bassement de la centrale et donc très vulnérables en cas d’inondation.

 https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/11/tchernobyl-et-fukushima-quand-les-fake.htmlhttps://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/12/le-nucleaire-est-la-plus-sure-des.htmlhttps://vivrelarecherche.blogspot.com/2018/07/fukushima-et-la-campagne-de-la-peur.html

samedi 21 décembre 2019

Le nucléaire est la plus sûre des énergies (3) : leçons d’Hiroshima et de Nagasaki


Le nucléaire est la plus sûre des énergies

Dans un blog précédent (cf. https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/12/meme-avec-tchernobyl-le-nucleaire-est.html), je reprenais le bilan de Tchernobyl et expliquai les données publiées sur Statitisca : Mortality rate worldwide in 2018, by energy source (in deaths per thousand terawatt hour) (https://www.statista.com/statistics/494425/death-rate-worldwide-by-energy-source/) montrant que le nucléaire est de loin la plus sûre des énergies. Pour mémoire :

La mortalité due à l'électricité nucléaire est de 90 décès par billion (= mille milliards) de kWh (Tchernobyl compris)
100 000 pour le charbon (toujours par billion de kWh),
36 000 pour le pétrole,
4.000 pour le gaz naturel,
1 400 pour l'hydroélectricité,
440 décès pour le solaire photovoltaïque
150 décès pour l'éolien



Le pire du pire du nucléaire, Hiroshima et Nagasaki

Après le bilan le Tchernobyl (https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/12/meme-avec-tchernobyl-le-nucleaire-est.html) , il est instructif de revenir au pire du pire du nucléaire, les explosions atomiques d’Hroshima et de Nagasaki. Wikipedia donne le commentaire suivant :

« Parmi les 86 500 survivants de Hiroshima et Nagasaki, médicalement suivi depuis 40 ans, 7827 sont morts de cancer. Pour une population témoin de 86 500 japonais non soumise à radiation on attend statistiquement environ 7400 morts par cancer. L’excès est ici significatif mais ne représente que 421 cas supplémentaires sur 40 ans sur 86.000. »Ce donc n’est pas l’hécatombe que la plupart imagine….

Ce bilan d’Hiroshima et de Nagasaki, sur lequel on a maintenant un certain recul a fait l’objet d’une publication récente en 2016 : B.R. Jordan The Hiroshima/Nagasaki survivor studies: discrepancies between results and general perception Genetics, 203 (August) (2016), pp. 1505-1512 https://www.genetics.org/content/203/4/1505.long

Extraits :

« L'explosion de bombes atomiques au-dessus des villes d'Hiroshima et de Nagasaki en août 1945 a fait un très grand  nombre de victimes, immédiates et retardées (NB : Hiroshima : 80.000-140.000, Nagasaki 60.000-80.000) mais a également laissé un grand nombre de survivants qui avaient été exposés aux radiations, à des niveaux qui pouvaient être assez précisément vérifiés. Un vaste suivi d'une importante cohorte de survivants (120 000) et de leur progéniture (77 000) a été entrepris en 1947 et se poursuit encore aujourd'hui. Essentiellement, les survivants ayant reçu une  irradiation de 1 Gy (1000 mSV) ont un taux significativement élevé de cancer (augmentation de 42 %), mais une diminution limitée de la longévité (1 an), tandis que leur progéniture ne montre aucune fréquence accrue d'anomalies et, jusqu'à présent, aucune élévation détectable du taux de mutation. Les niveaux d'exposition acceptables actuels pour la population générale et pour les travailleurs de l'industrie nucléaire ont été en grande partie dérivés de ces études, qui ont été rapportées dans plus de 100 publications. Pourtant, le grand public, et même la plupart des scientifiques, ne sont pas au courant de ces données ;  il est largement admis que les survivants irradiés ont souffert d'un nombre de cancers très élevés et d’une durée de vie considérablement raccourcie, et que leur progéniture a été affectée par des taux élevés de mutation et des anomalies fréquentes. Dans cet article, je résume les résultats et discute des raisons possibles de cet écart très frappant entre les faits et les croyances générales sur cette situation... »

« Tout au long de ce document, l'exposition aux radiations est exprimée à l'aide du Gray (irradiation entraînant l'absorption de 1 joule par kilogramme), qui est l'unité appropriée pour l'irradiation du corps entier; pour les faibles niveaux de rayonnement et en tenant compte de la nature du rayonnement et des tissus exposés, l'unité généralement utilisée est le sievert (mSv, millisievert). Pour l'exposition à l'ensemble du corps, principalement aux rayons gamma, les deux unités sont à peu près équivalentes, c'est-à-d.-à-d. 1 Gy 1 Sv soit 1000 mSv »

Commentaire . Pour rappel des ordres de grandeurs.

Dose reçue en dormant à côté d’un être humain pendant 8 heures chaque nuit : 0.20 mSv
Dose reçue des rayonnements cosmiques au niveau de la mer: 0.24 mSv
Dose moyenne en France d’exposition naturelle au radon : 1.4 mSv
Exposition médicale moyenne en France : 1.6 mSv
Radioactivité des zones granitiques de Bretagne : 5 mSv
Personnel des vols New York-Tokyo: 9 mSv
Dose limite d’exposition pour les travailleurs du nucléaire : 20 mSv
Radioactivité naturelle au Kerala en Inde : 70 mSv
Dose en fumant 20 cigarettes par jour: 50 mSv
Une irradiation de 200 mSv entraine un risque supplémentaire de 1% de mortalité par cancer.

Extraits

« Des études ouvertes ont été lancées en 1947, avec la création de la Atomic Bomb Casualty Commission (ABCC) par l'Académie nationale des sciences des États-Unis, rejointe un an plus tard par les Instituts nationaux japonais de la santé, et comprenant des généticiens bien connus tels que James Neel et William Schull. Des études approfondies sur la santé des survivants ont été lancées et l’ensemble a été réorganisé en 1975 pour former la Radiation Effects Research Foundation (RERF), une fondation japonaise financée par le Japon (ministère de la Santé) et les États-Unis (Ministère de l'Énergie). Les deux institutions ont été critiquées par le public japonais pour avoir observé les victimes mais pour ne pas leur avoir fourni d'assistance médicale. »

« Tous les cancers solides ont été regroupés, mais les cas sont décomposés en fonction de l'exposition aux radiations. Comme prévu, la fraction de l'excès de cancers augmente avec la dose de rayonnement, passant d'un presque négligeable 1,8% en dessous de 0,1 Gy à 61% à 2 Gy ou plus. Pour une exposition assez importante de 0,5 à 1 Gy, le chiffre est de 29,5 %, ce qui correspond à 206 cas de cancer solide excédentaire (tous types) dans un groupe de 3173 personnes. En d'autres termes, il y a un excès évident de cas de cancer chez les survivants fortement irradiés, mais cela implique moins de 10% du total...
Pour les leucémies, les perspectives sont à la fois pires et meilleures : pire, car la fraction des cas excédentaires est plus importante (63 % dans le groupe Gy 0,5 à 1), et mieux puisque, compte tenu de la rareté de la maladie, cela se traduit par un nombre beaucoup plus faible de cas excédentaires, 19 pour 3963 personnes. Les leucémies apparaissent également plus tôt que les cancers solides, dès 4 ou 5 ans après l'exposition; ainsi, certains d'entre eux ont peut-être été manqués dans cette comptabilité qui a commencé 5 ans après l'attentat. Au total, l'image qui se dégage est que, pour les survivants très fortement irradiés (par exemple, le groupe 0.5-1 Gy), il y a une augmentation importante des néoplasmes, en particulier la leucémie, mais aussi la plupart des cancers solides. Il serait faux, cependant, de supposer que tous les survivants sont touchés par cette maladie, puisque même dans ce groupe la fraction affectée est légèrement au-dessus de 20%, mais moins d'un tiers est attribuable à l'exposition aux radiations. »

« Bien sûr, le cancer n'est pas le seul effet néfaste possible de l'exposition aux radiations, qui pourrait avoir une influence sur les maladies cardiovasculaires, les syndromes auto-immuns, et d'autres maux. En raison de la taille de la cohorte LSS et de la qualité exceptionnelle et de la durée de son suivi, il est possible d'examiner le résultat final, c'est-à-dire la longévité des individus en fonction de la dose de rayonnement reçue...
La perte médiane de durée de vie pour une irradiation de 1 Gy est de 1,3 ans, et diminue à 0,12 ans à 0,1 Gy. Encore une fois, l'effet est mesurable, et suit la relation dose/effet attendue, mais son ampleur est assez limitée. À titre de comparaison, notez qu'en Russie, l'espérance de vie a diminué de 5 ans entre 1990 et 1994, essentiellement en raison des perturbations sociales qui ont une incidence sur les conditions de vie et les soins de santé (Notzon et al., 1998). Comme nous l'avons mentionné ci-dessus, les survivants ont peut-être été exposés à une irradiation supplémentaire (mais inconnue) due aux retombées des bombes ; cela conduirait à une surestimation des effets des rayonnements gamma et neutroniques. En d'autres termes, cela n'affecterait pas la conclusion majeure de cette section, à laquelle ces effets sont détectables mais relativement limités même pour les doses de rayonnement de l'ordre de 1 Gy. »

« Risque de décès dû au cancer ou à des maladies non cancéreuses chez la progéniture de survivants irradiés :  Une évaluation récente du risque de décès chez ces enfants (après 62 ans de suivi pour les membres les plus âgés de cette cohorte) (confirme ces résultats et ne montre aucun effet perceptible de la dose de rayonnement reçue par les parents sur le risque de décès, que ce soit par cancer ou par d'autres causes, c'est-à-dire qu'il n'y a aucune indication d'effets délétères notables sur la santé. Plus précisément, le risque de cancer ou de mortalité non cancéreuse n'est pas corrélé avec les expositions maternelles ou paternelles, et tous les ratios de risque sont dans la gamme de 0,9 à 1,1. Pour conclure cette section, les études sur la progéniture des survivants irradiés n'ont jusqu'à présent pas mis en évidence de mutations ou diminution de la forme physique dans ce groupe. »

« Par rapport aux catastrophes nucléaires qui ont suivi impliquant des centrales nucléaires (Tchernobyl et Fukushima), les bombardements d'Hiroshima/Nagasaki fournissent des données beaucoup plus claires et fiables... Les études RERF comprennent un échantillon de population important et représentatif, s'appuient sur une estimation assez précise d'une seule dose d'irradiation, avec un large éventail d'exposition au sein de la cohorte, et ont été en mesure de suivre en détail cette population (ainsi que sa progéniture) depuis plus d'un demi-siècle. Ils ont, en effet, été essentiels pour définir les limites légales de l'exposition aux radiations provenant des activités nucléaires, qui sont actuellement de 1 mSv/an pour le grand public et de 20 mSv/an pour les travailleurs de l'industrie nucléaire.

 L'image obtenue à partir de ces études approfondies et minutieuses est très différente des impressions qui prévalent dans le grand public et même parmi de nombreux scientifiques. La perception générale est que les survivants de ces villes ont été fortement touchés par divers types de cancer, et ont subi des vies beaucoup plus courtes en conséquence. S'il est vrai que le taux de cancer a été augmenté de près de 50% pour ceux qui avaient reçu 1 Gy de rayonnement, la plupart des survivants n'ont pas développé le cancer et leur durée de vie moyenne a été réduite de quelques mois, au plus 1 an. De même, on pense généralement que les naissances anormales, les malformations et les mutations étendues sont fréquentes chez les enfants de survivants irradiés, alors qu'en fait le suivi de 77 000 de ces enfants (à l'exclusion des enfants irradiés in utero) ne montre pas jusqu'à présent preuves d'effets délétères.

Ces études ne devraient évidemment pas conduire à la complaisance à l'égard des effets des accidents dans les centrales nucléaires, et encore moins à la perspective (encore possible) d'une guerre nucléaire, qui impliquerait d'énormes retombées et de très grandes populations exposées. Néanmoins, en ce qui concerne les bombardements d'Hiroshima/Nagasaki, il existe en effet un grand écart entre les résultats d'études minutieuses soutenues par plus de 100 publications savantes, et la perception de la situation telle qu'elle est perçue par le grand public et même certains scientifiques.

Pourquoi cette disparité ? Cette contradiction entre les effets perçus (imaginés) à long terme des bombes d'Hiroshima/Nagasaki sur la santé et les données réelles est extrêmement frappante. Une partie de cette distorsion doit provenir du fait que le rayonnement est un danger nouveau et inconnu dans l'histoire de l'humanité, un agent qui est invisible et non ressenti, dont la nature et le mode d'action sont mystérieux. Les dangers familiers sont plus facilement tolérés, comme le montre l'absence de préoccupation au sujet des décès dus à l'utilisation du charbon, qu'ils soient directs, en raison d'activités d'extraction (des dizaines de victimes chaque année aux États-Unis, des milliers en Chine) ou indirects, par la pollution atmosphérique (plusieurs centaines de milliers de décès prématurés par an selon l'Organisation mondiale de la santé)…

Sur un plan plus scientifique, l'extrême sensibilité des systèmes de détection de la radioactivité joue également un rôle. Selon le type de rayonnement, un simple compteur Geiger peut détecter des niveaux de radioactivité aussi bas que quelques becquerels (1 désintégration par seconde) qui correspondraient dans la plupart des circonstances à des niveaux d'irradiation très faibles, ordres de grandeur inférieurs à 1 mSv/jour. En d'autres termes, même les compteurs portatifs simples peuvent détecter des niveaux minuscules de radioactivité et provoquer une alarme, même s'ils ne présentent aucun danger réel. Si les systèmes de détection des polluants et des poisons étaient également sensibles, nous nous rendrions compte que ces molécules sont omniprésentes, bien qu'à de très faibles concentrations.

Une autre contribution à l'anxiété est due à l'incertitude quant à l'extrapolation des effets des rayonnements vers de très faibles doses : puisque ces effets ne sont mesurables que pour des niveaux d'irradiation assez élevés, ils doivent être estimés par extrapolation pour de faibles doses. Il y a eu des débats sur ce point, certains faisant valoir qu'il y a un seuil en dessous duquel aucun effet biologique ne se produit (les mécanismes de réparation de l'ADN ont amplement le temps de réparer les dommages)...

Enfin, la gestion des récents incidents nucléaires par les autorités a été particulièrement inepte et a fourni de solides motifs de méfiance du public. La catastrophe de Tchernobyl a été démentie pendant plusieurs jours par les autorités soviétiques alors qu'un panache fortement radioactif était balayé par les vents sur l'Europe de l'Est puis l'Europe occidentale; le gouvernement Français a affirmé à plusieurs reprises que ce panache ne s'étendait pas sur la France, alors qu'il déposait en fait des quantités importantes (mais relativement inoffensives) de radioactivité sur la végétation »

Commentaire : Il est regrettable de voir ce papier reprendre la légende du nuage de Tchernobyl quoi se serait arreté aux frontières. C'est faux : dès le départ, l'expert français Pr Pellerin et le gouvernement français ont déclaré : « l'augmentation de la radioactivité est enregistrée sur l'ensemble du territoire sans aucun danger pour la santé. L'histoire du panache qui ne s'est pas répandu sur la France a été forgée par des militants antinucléaires pour ridiculiser et jeter le doute sur les autorités françaises. . Il s'agit d'une attitude très irresponsable et d'un véritable scandale, car nous savons maintenant que l'évacuation et la relocation injustifiées peuvent tuer plus que l'irradiation ( Fukushima : 1 600 morts dus à l’évacuation)).


Extraits –Conclusion : « Une obligation de corriger les distorsions.  L'écart énorme entre la perception du public et les données réelles n'est malheureusement pas propre aux études de rayonnement. Il est facile d'énumérer un certain nombre de cas où les dangers sont grossièrement exagérés (p. ex., les aliments provenant d'organismes génétiquement modifiés étant censés nuire à la santé, sur la base de preuves scientifiques essentiellement nulles) ou, de l'autre côté, non reconnus dans malgré des preuves scientifiques solides et convergentes (changement climatique anthropique, au moins jusqu'à récemment). Parfois, comme dans le sujet de cet article, ces fausses déclarations sont également présentes au sein de la communauté scientifique. Ces distorsions peuvent être très dommageables car elles faussent d'importants débats publics, tels que le choix du meilleur mélange d'options de production d'énergie pour l'avenir; Je crois qu'il est important d'essayer d'éclaircir ces questions, et de diffuser largement les données scientifiques lorsqu’elles existent, afin de permettre un débat équilibré et des décisions plus rationnelles. »

Commentaire : Ben pas mieux et Bravo. Cette remarque de l’UNSCEAR (Comité scientifique des Nations unies pour l'étude des effets des rayonnements ionisants) pour terminer : « Après 100 ans d’études, les scientifiques en savent plus sur les effets sanitaires de la radioactivité que de la plupart des agents physiques et chimiques utilisés dans l’industrie ou l’agriculture ! »

Ceux qui ne savent pas sont désormais ceux qui, pour des motifs idéologiques ne veulent pas savoir. 

Le nucléaire est la plus sûre des énergies (2) Accidents nucléaires : Il faut savoir ne pas évacuer !


Le nucléaire est la plus sûre des énergies

Dans le blog précédent, je reprenais le bilan de Tchernobyl et expliquai les données publiées sur Statitisca : Mortality rate worldwide in 2018, by energy source (in deaths per thousand terawatt hour) (https://www.statista.com/statistics/494425/death-rate-worldwide-by-energy-source/) montrant que le nucléaire est de loin la plus sûre des énergies. Pour mémoire :

La mortalité due à l'électricité nucléaire est de 90 décès par billion (= mille milliards) de kWh
100 000 pour le charbon (toujours par billion de KWH.),
36 000 pour le pétrole,
4.000 pour le gaz naturel,
1 400 pour l'hydroélectricité,
440 décès pour le solaire photovoltaïque
150 décès pour l'éolien




A Fukushima, l’évacuation a plus tué que les radiations.

Dans un autre précédent, https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/11/tchernobyl-et-fukushima-quand-les-fake.html, je rappelais qu’à Fukushima : ce n‘est pas l’accident nucléaire, c’est l’évacuation qui a tué ! (après bien sûr le tsunami. 

Tsunami :  18 079 morts, Evacuation : 1,600 morts, Accident nucléaire : 2 morts par épuisement, non radiation).

Ce qui est assez logique : pour l'UNSCEAR (Comité scientifique des Nations unies pour l'étude des effets des rayonnements ionisants), les doses reçues par la population étaient  trop faibles pour entraîner un risque significatif de cancer ou un impact sanitaire quelconque, y compris pour les populations non évacuées qui n'auront été exposées qu'à quelques milli-sieverts.
Or, la grande majorité de ces évacuations étaient inutile. J’ai rappelé dans ce blog précédent la résistance remarquable du maire de Soma, qui a refusé toute évacuation « Mais nous ne nous rendions pas compte que nous serions assaillis par un deuxième « démon » Ce démon était l'anxiété causée par la peur des radiations. Alors que la catastrophe nucléaire s'intensifiait sans relâche, les reportages frénétiques qui ont duré toute la journée ont suscité la terreur » et ainsi sauvé la vie de nombre de ses administrés.
Même à Tchernobyl, l’évacuation a plus tué et plus créé de morbidité que les radiations.

Les Anglais en tirent la leçon : l’évacuation peut tuer plus que la catastrophe

C’est la leçon retenue par une équipe de chercheurs  anglais, qui s’interroge sur ce qu’il faudrait faire en cas d’accident nucléaire majeur à Hinkley Point . Traduction

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0957582017300782 (J-value assessment of relocation measures following the nuclear power plant accidents at Chernobyl and Fukushima Daiichi)

« Les habitants à proximité de la centrale nucléaire de Hinkley Point feraient  mieux de rester sur place que d’évacuer vers Bristol en cas de catastrophe nucléaire.  Evacuer à Bristol leur enlèverait statistiquement plusieurs mois d’espérance de vie, alors que rester sur place dans le cas d’une catastrophe de type Fukushima n’aurait aucune conséquence.
C'est la conclusion d'une recherche menée par un professeur de l'Université de Bristol, qui remet en question la politique d'évacuation de dizaines de milliers de résidents après une catastrophe dans une centrale nucléaire..
Les chercheurs ont étudié les résultats à long terme pour les dizaines de milliers de personnes évacuées à la suite des catastrophes de Tchernobyl en Ukraine, et la catastrophe plus récente de Fukushima Daiichi, à la suite du tsunami au Japon en 2011. Et ils ont conclu que si les radiations auxquelles ils pourraient être exposés s'ils restaient sur place ne pourraient que réduire de quelques mois leur espérance de vie, il ne fallait pas entreprendre un vaste programme d'évacuation de masse. (Ce calcul statistique peut sembler un peu raide, mais il compare deux situations, avec et sans évacuation, et l'article propose aussi un seuil d'irradiation pour lequel l'évacuation est justifiée, mais c'est un peu plus complexe- moins de 555 kBq /mne justifient surement pas une évacuation).



Les chercheurs, dirigés par Philip Thomas, professeur de gestion des risques à l'Université de Bristol, ont déclaré que les risques devraient être pesées contre le risque accru de problèmes de santé de simplement de respirer dans la pollution «régulière» dans une grande ville.

Leurs résultats suggèrent maintenant aux gouvernements nationaux que peu de gens, le cas échéant, devraient être invités à quitter leurs maisons après un grave accident nucléaire.  L'équipe du professeur Thomas a utilisé le « Jugement » ou la « valeur J » pour équilibrer le coût d'une mesure de sécurité par rapport à l'augmentation de l'espérance de vie qu'elle atteint. Cette « valeur J » est une nouvelle méthode mise au point par le professeur Thomas qui évalue le montant à dépenser pour protéger la vie humaine et l'environnement.
La recherche a conclu qu'à Fukushima, où 111 000 personnes ont été déplacées, il était « difficile de justifier  la relocalisation de toute personne qui vivait à proximité. Quatre ans et demi après l'accident de mars 2011, 85 000 personnes ne sont toujours pas rentrées chez elles.

La relocalisation massive est coûteuse et perturbatrice », a déclaré le professeur Thomas, du département de génie civil de l'université. Et le véritable danger est que ces mesures d’évacuation et de relocalisation sont en train de devenir  le choix politique principal après un grand accident nucléaire. Cela ne devrait absolument pas être le cas. L'assainissement devrait être le mot d'ordre du décideur, et non la relocalisation

Le professeur Thomas a déclaré que ses recherches ont montré que seulement quelques milliers de personnes auraient dû être évacuées de Tchernobyl, ceux qui risquaient en restant de perdre plus de  neuf mois d'espérance de vie  Quant à Fukushima ( comme discuté plus haut), l’évacuation a été tout simplement largement injustifiée

Les résultats de la méthode de la « valeur J » ont été mis à l'épreuve dans une série de tests de modèles informatiques effectués par d'autres universités. Les mathématiciens de l'Université de Manchester ont effectué une simulation informatique de centaines d'accidents possibles de grands réacteurs nucléaires à travers le monde. Ils ont trouvé que l’évacuation n'est pas une politique raisonnable dans aucun des scénarios qu'ils ont examinés.

Des spécialistes de l'énergie à l'Open University utilisant le logiciel de Public Health England ont étudié les effets probables sur le public d'un grave accident sur un réacteur nucléaire fictif situé sur South Downs en Angleterre. Même après avoir appliqué un principe de retour de sécurité assez strict, ils ont constaté que le nombre prévu de personnes devant être relogées de façon permanente n'était que de 620.

Des dizaines de milliers de personnes vivent à quelques kilomètres de Hinkley Point, principalement à Bridgwater et jusqu'à la côte du Somerset vers Bristol. Ce que montrent ces recherches c’est que les personnes qui vivent mêmes à quelques miles d’une  centrale nucléaire en cas d’accident majeur ne doivent pas être systématiquement évacuées. La probabilité statistique des effets éventuellement négatifs de rester sur place doit être pesée par rapport à d'autres facteurs qui déterminent l'espérance de vie. Les calculs d’espérancence de vie potentiellement perdues permettent une approximation  corrcet de la décision d’évacuation

Maintenant pourquoi Bristol ? Parce que c’est près de Hinkley Point et que la moitié des gens qui y vivent souffrent de problèmes de santé dus à la pollution atmosphérique. À titre de comparaison, le Londonien moyen perd quatre mois et demi en raison de la  pollution de l'air, tandis que le résident moyen de Manchester vit 3,3 ans de moins que son homologue à Harrow, au nord de Londres…  les garçons nés à Blackpool perdent en moyenne 8,6 ans de vie par rapport à ceux nés dans le quartier londonien de Kensington et Chelsea. »

Ces effets sont très très supérieurs à ceux qu’entraineraient une exposition radioactive faible, comme ce fut le cas pour la quasi-totalité des évacués de Fukushima !!! D’où le titre de l’article ; en cas d’accident de type Fukushima à Hinkley Point , ne surtout pas évacuer vers la plus proche grande ville, Bristol !

Marchands de peur, créateurs de paniques, donneurs de mort ( Greenpeace et les écolos bigots)

Rappelons le bilan ;  Tsunami :  18 079 morts, Evacuation : 1,600 mort, Accident nucléaire : 2 morts. L’évacuation de Fukushima a été une décision catastrophique qui a coûté la vie à des milliers de personnes fragiles ( sans compter les dépressions) qui n(auraient subi aucun dommage si elles (‘avaient pas été évacuées.

Conclusion de l’étude : L’évacuation était injustifiée pour 75% des 335,000 évacués de Tchernobyl ; L’évacuation était injustifiée et injustifiable pour la totalité des 160.000 évacués de Fukushima

Les autorités de tous pays doivent en être maintenant conscientes. En cas de catastrophe nucléaire, l’évacuation ne doit être décidée qu’en cas de danger d’irradiation relativement élevé. Et la première chose à faire c’est d’écouter et de faire confiance aux autorités qui disposent de ces données, plutôt qu’aux marchands de peur qui sont aussi des donneurs de mort.

(NB : A noter que la question de l’évacuation et de son coût humain largement sous estimé par rapport à d’autres mesures se pose aussi dans le cas de catastrophes non nucléaires, tel le cyclone Katrina à la Nouvelle  Orléans)