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samedi 1 avril 2023

Commission Schellenberger n°42, 39, 21 : paroles de ministres écolos : Delphine Batho, Dominique Voynet, Corinne Lepage

Commission Schellenberger n°42, 39, 21 : paroles de ministres écolos : Delphine Batho, Dominique Voynet, Corinne Lepage

Delphine Batho (42): raide dans ses bottes antinucléaires. 50% on ne conteste pas une décision souveraine du peuple français. Il faut diversifier…

« La situation énergétique actuelle de la France était prévisible. À la question : « Qui aurait pu prédire ? », je répondrai : « Tout le monde ». Il n’y a pas d’imprévu dans les principales données qui sous-tendent le choc énergétique ; les gouvernements successifs pouvaient les anticiper »

« Prévisible, enfin, le fait que la trop grande dépendance de la France à l’égard d’une source de production électrique – à savoir le nucléaire – constituait une vulnérabilité. Le risque d’une mise à l’arrêt d’une partie importante du parc nucléaire pour raison de sûreté, à cause d’un défaut générique, avait été énoncé clairement et fortement depuis longtemps. M. Pierre-Franck Chevet, président de l’Autorité de sûreté nucléaire – dont j’avais proposé la nomination –, avait lancé l’alerte à ce propos en 2013, dans le cadre du débat national sur la transition énergétique que je présidais, et cet élément avait été pris en compte dans la synthèse »

« Je sais que vous interrogez l’objectif de 50 %. Il est curieux, au regard de l’article 3 de la Constitution, qu’une réflexion portant sur la souveraineté énergétique commence par contester une décision souveraine du peuple français, en l’occurrence celle de changer de politique énergétique par le mandat confié à ses représentants. L’objectif résultait du programme présidentiel, lui-même issu d’un accord entre le Parti socialiste et les Verts. Depuis quand faut-il s’excuser de vouloir mettre en œuvre le programme sur lequel on a été élu ?

Sur le fond, cet objectif est dans l’intérêt de la nation, car la trop grande dépendance de la France à l’égard du nucléaire pour sa production d’électricité est une vulnérabilité, comme les faits viennent de le démontrer. La diversification des moyens de production électrique est dans l’intérêt de la France. »

« Les études que j’avais demandées aux services montraient qu’il était réaliste d’envisager l’atteinte de l’objectif de 50 % entre 2028 et 2030, mais qu’il n’était pas souhaitable de retenir la date de 2025 – même si c’était possible –, car cela obligerait à recourir aux énergies fossiles pour remplacer le nucléaire. »

« Avec M. Henri Proglio, nous entretenions des relations franches. Nous ne partagions pas du tout la même vision de l’avenir de la politique énergétique, ce qui ne signifie pas que nous n’étions pas capables de nous comprendre sur un certain nombre de sujets, en particulier la trajectoire tarifaire d’EDF. Je ne me suis pas cachée, toutefois, de souhaiter son remplacement, que je n’ai pas obtenu. »

« J’avais présenté devant une commission d’enquête sénatoriale la gestion de crise, au sens général du terme, en matière de risque industriel. Je n’ai toutefois pas eu à constater, comme Mme Dominique Voynet, de problème de sûreté nucléaire, c’est-à-dire d’incident qui entraîne des conséquences en termes de radioprotection. »


Dominique Voynet : le premier but est bien de se passer du nucléaire !

Se passer du nucléaire, de Superphénix et des EPR

« Je répondrai à vos questions en ayant deux préoccupations à l’esprit. La première est la dévalorisation du politique par rapport à la technique, laquelle est rarement contestée dans ses fondements, comme si les choix techniques n’étaient pas dictés par des considérations politiques. Pour ma part, je me positionne comme une politique.

La deuxième a trait aux préventions manifestées contre les antinucléaires, forcément suspects de peur irrationnelle, d’ignorance, d’inconséquence, voire de pulsions antipatriotiques, alors que l’enthousiasme pronucléaire, les relations incestueuses entre les entreprises du secteur et les services de l’État, les moyens et méthodes des lobbyistes ne sont jamais questionnés. »

« J’espère qu’à terme on pourra se passer du nucléaire – on le doit – compte tenu de son coût et des risques économiques, sanitaires, environnementaux, de prolifération, de terrorisme. C’est devenu extraordinairement difficile. On avait beaucoup de marge il y a vingt-cinq ans. Le fait de n’avoir rien fait pendant un quart de siècle pour desserrer la contrainte rend les choses bien plus compliquées… Je crains que l’on ne puisse pas réaliser des investissements aussi indispensables que les investissements énergétiques si on continue la fuite en avant dans le nucléaire. »

« M. Antoine Armand, rapporteur. Dans un entretien en 2018, votre conseiller au ministère, M. Bernard Laponche, estimait comme « assez faibles » l’influence des Verts dans le gouvernement et votre propre influence sur ses décisions, en particulier en matière nucléaire – la semaine dernière, le Premier ministre Lionel Jospin a qualifié celle-ci de « très faible, voire nulle ».

M. Bernard Laponche mentionne toutefois que vous avez eu une influence décisive dans le respect de l’accord politique sur deux points : la fermeture de Superphénix et la construction d’un nouvel EPR. Il émet l’idée que vous ayez pu dire au Premier ministre qu’étant opposée à cette construction, vous quitteriez le gouvernement si une telle décision était prise. Pouvez-vous confirmer ce propos et le contexte politique ?

Mme Dominique Voynet. Je peux et je ne peux pas… Je me souviens qu’un ministre, sans doute M. Dominique Strauss-Kahn, avait annoncé qu’EDF recommençait à parler d’EPR. J’ai alors dit : « Vous prendrez votre décision mais ce sera sans moi ». C’était sur le ton de conversation, non de la menace ou du chantage 

Mme Dominique Voynet. Lorsque nous avons pris la décision d’arrêter Superphénix, les « députés nucléaires » – issus des circonscriptions abritant une centrale ou proches, par leur métier, des préoccupations du secteur – traînaient des pieds. Or, je souhaitais que l’on rende impossible tout retour en arrière.

Retour sur l’épisode européen et le sabotage du nucléaire contraire aux ordres du gouvernement

Dans une vidéo issue d’un documentaire de 2003, la ministre de l’Environnement de Lionel Jospin s’amuse d’avoir trahi le mandat qui lui avait été donné. La séquence, largement décontextualisée, a suscité la colère des défenseurs du nucléaire.

« Dans ce passage, déjà cité par Pierre Bacher, ancien du Commissariat à l’énergie atomique et directeur technique responsable des projets à EDF, dans son livre le Credo antinucléaire (Odile Jacob, 2012), Dominique Voynet raconte, sourire aux lèvres : «Au moment où nous définissions pour la première fois les technologies qui pourraient être utilisées dans le cadre des mécanismes du développement propre, j’avais reçu mandat de tout faire pour que le nucléaire ne soit pas exclu de cette liste. J’étais donc partie à Bruxelles en traînant un peu les pieds et je rencontre mon homologue anglais qui me dit avoir le même mandat. Le tour de table commence et on était les deux seuls Etats à ne pas pouvoir se rallier à une position fermement antinucléaire. Suspension de séance… Nous avons convenu d’appeler nos gouvernements à Londres et à Paris. J’appelle Paris et j’explique à Matignon que je suis désolée mais que le Britannique est en train de lâcher et que je vais me retrouver isolée, ce que déteste la France : être isolée en Europe, c’est impossible… On est revenus hilares l’un et l’autre, avec un grand soulagement, car nous avons eu la consigne de tout faire pour ne pas être isolés et nous avons pu annoncer que finalement nous pouvions nous rallier à la position commune. Je suis rentrée à Paris très contente que le nucléaire ne fasse pas partie des technologies retenues au titre des mécanismes du développement propre. Et le Premier ministre ne m’a pas fait de compliments particuliers sur ce coup-là, c’est sûr.»

Interrogée sur ce sujet, Mme Voynet parle de «  en cause de manière très agressive » à partir d’un extrait tronqué d’un documentaire d’Arte » consacré aux négociations internationales sur le climat. Elle confirme les faits, mais rappelle que la réunion bruxelloise à laquelle il est fait allusion ne concernait ni les choix énergétiques de l’Union européenne, ni la taxonomie des énergies, …ni leur financement, mais la liste des technologies qui pourraient être utilisées dans le cadre du mécanisme de développement propre. Donc une simple « diplomatie d’influence » sans incidence sur le nucléaire français, ni européen. On pourra donc retenir que Mme Voynet a sabordé joyeusement une partie de la « diplomatie d’influence » française sur le nucléaire.

Sur le Somport et le réseau européen

« EDF est arrivée avec un projet : construire une ligne à très haute tension à travers la vallée du Somport, pour exporter de l’électricité vers l’Espagne. Je déteste que l’on me mette le couteau sous la gorge sans m’apporter des éléments de choix objectifs. On a demandé pour quel usage, d’où venait l’électricité – de Golfech, je crois – et selon quelles conditions économiques – l’accord politique sur lequel je m’étais engagée prévoyait que la transparence devait être faite sur les contrats.

Je n’ai pas reçu de réponse. C’était quand même un peu fort : en France, on supporte la construction des centrales, leur démantèlement, le traitement ad vitam aeternam des déchets nucléaires, la construction de lignes à très haute tension qui saccagent des vallées, pour exporter des kilowattheures excédentaires dans des conditions économiques non précisées. Le diable est dans les détails. La question n’est pas de savoir s’il est intéressant d’exporter de l’électricité vers l’Espagne »

Corinne Lepage : « Je possédais des compétences d’un bon niveau »

Nucléaire et ENR : « nous ne parviendrons pas à concilier nucléaire et renouvelable »

« Je défends la massification du renouvelable, car tous les scénarios prévoient entre 60 et 100 % d’énergies renouvelables. »

« Enfin, ma position concernant notre souveraineté nationale vous paraîtra peut-être simpliste, mais je pense que l’eau, le vent et le soleil constituent notre véritable indépendance. Le projet qui s’esquisse prévoit des EPR2 en 2040. Qu’allons-nous faire d’ici là ? Le coût des énergies renouvelables diminue, comme le montrent les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie sur les différentes sources de production énergétique »

« Les questions méritent d’être posées. Ainsi, il convient de s’interroger sur les coûts relatifs du renouvelable et du nucléaire, quand l’un s’établit à 4 centimes et l’autre à 12 centimes et que l’on s’engage pour soixante ans. Il ne s’agit pas d’une lutte religieuse. Les analyses rationnelles amènent à une situation ou à une autre. »

« …a priori, il n’existe pas de raison d’opposer énergies renouvelables et nucléaires. Cependant, en réalité, l’état du parc renouvelable français atteste de notre incapacité à les faire coexister.

Le marché de la consommation électrique français stagne, malgré l’exportation. En augmentant la part du renouvelable de manière trop significative, l’énergie nucléaire devient encore plus difficile à vendre sur le marché européen, qui est organisé pour favoriser les énergies renouvelables. Il nous est même arrivé de vendre notre électricité nucléaire à perte sur le marché européen.

Ces problèmes me sont apparus concrètement dans le cadre de l’opposition aux éoliennes. J’ai écrit deux livres sur le sujet et je pense que nous ne parviendrons pas à concilier nucléaire et renouvelable, car, financièrement, il est impossible d’atteindre un objectif de 40 ou 50 % de renouvelable tout en développant le programme nucléaire et le Grand Carénage, avec la question des déchets et la dette actuelle d’EDF. Je ne pense pas que nous possédions le montant nécessaire. »

NB : visiblement, Corinne Lepage, malgré sa grande compétence, n’a toujours pas compris qu’il fallait comparer les coûts d’un système complet, pas les coûts de production et ne comprend tpujours pas la différence entre électricité de base et électricité variable intermittente

Fermeture de centrales nucléaire et Superphenix : c’est qd même culotté de nommer une avocate anti-nucléaire en charge de ces dossiers !

M. le président Raphaël Schellen.berger. Quels étaient la nature et le niveau de votre connaissance du dossier Superphénix, à votre arrivée en tant que ministre ?

Mme Corinne Lepage. Ma connaissance de ce dossier était livresque, comme celle que je possédais concernant de nombreuses autres centrales et installations classées sur lesquelles j’ai travaillé. Encore une fois, je n’y avais strictement plus aucun intérêt personnel. Je possédais des compétences d’un bon niveau, plutôt un atout qu’un inconvénient en arrivant dans un ministère, me semble-t-il.

M. Antoine Armand, rapporteur. En tant qu’avocate, vous avez plaidé des dossiers nucléaires, en particulier pour la fermeture de centrales nucléaires.

Mme Corinne Lepage. Je ne plaidais pas pour leur fermeture, mais contre leur construction.

M. Antoine Armand, rapporteur. Quel est le nombre de ces dossiers ? En outre, il me semble que vous avez plaidé pour la fermeture de Superphénix en 1989, 1991 et 1993.

Mme Corinne Lepage. J’ai plaidé pour l’annulation du décret et j’ai gagné…

M. Antoine Armand, rapporteur. Pouvez-vous nous donner un ordre de grandeur du nombre de dossiers que vous avez plaidés ?...

Mme Corinne Lepage. Je l’ignore. J’ai plaidé pour Flamanville1 et Belleville. Mon client était Arnaud de Vogüe, maire d’une commune à côté de Belleville. Le sujet suscitait une très forte opposition de certaines personnalités sur le sujet.

J’ai également plaidé le dossier Golfech, pour Évelyne Baylet, ainsi que Cruas et Cattenom. Ces dossiers sont très médiatiques, mais leur nombre ne dépassait sans doute pas 10, sur mes 500 ou 600 dossiers de l’époque…

M. Antoine Armand, rapporteur. J’en viens à mon dernier point sur Superphénix et ne voyez pas de malice de ma part dans cette question probablement naïve d’un jeune député, mais en 1989, 1991 et 1993, vous avez combattu ardemment et avec beaucoup de passion pour que Superphénix soit un lointain souvenir puis vous devenez notamment en charge de la sûreté nucléaire et, par loyauté et par devoir, vous mettez votre énergie au service du fonctionnement de Superphénix.

Mme Corinne Lepage. Un avocat défend la cause de son client…

Lors de l’annulation en 1997 par le Conseil d’État, je me suis opposée au redémarrage de la centrale non dirigée vers la recherche, en accord avec les préconisations de la commission Castaing et les choix qu’avait faits mon gouvernement.

M. Antoine Armand, rapporteur. En février 1997, le Conseil d’État annule ce décret au motif du décalage net qui existe entre la production électrique et la recherche. Pouvez-vous me décrire les événements qui se déroulent par la suite dans le cadre du trio que vous formez avec le ministre en charge de l’industrie et le Premier ministre ?

Mme Corinne Lepage. Ma demande n’était pas de fermer Creys-Malville, mais de mener une enquête publique. J’ai intégré au dossier que je vais vous remettre, des coupures de presse du Monde. Dans mon interview, vous constaterez que je demande une enquête, car sans cela, le redémarrage n’était pas celui d’un outil de recherche, mais bien d’un outil dont la fonction première était la production d’électricité. Je n’ai pas débattu avec le ministre de l’industrie, mais j’ai débattu avec Alain Juppé qui aurait souhaité court-circuiter l’enquête publique. Il voulait que je signe le décret sans enquête publique et j’ai refusé.

Surcapacités ou pas surcapacités ?

M. Antoine Armand, rapporteur. Vous avez évoqué le terme de « surcapacité », largement utilisé par les interlocuteurs qui étaient en fonction chez EDF ou à d’autres responsabilités durant la même période que vous et parfois un peu après. Plusieurs de nos interlocuteurs nous ont expliqué qu’ils ne l’utiliseraient pas, d’une part car l’énergie s’exporte et s’importe, y compris sur le continent européen et d’autre part, en raison du débat des prévisions.

Ma question vise à comprendre l’état d’esprit de l’époque. Vous étiez à la pointe du combat écologiste politique et vous aviez pour ambition de faire baisser les émissions de gaz à effet de serre.

Mme Corinne Lepage. Ce sujet faisait partie de mes compétences…

M. Antoine Armand, rapporteur. Vous plaidiez pour un pays, un continent et un monde plus électrifiés.

Mme Corinne Lepage. Oui, c’est vrai.

M. Antoine Armand, rapporteur. Je ne comprends pas comment la surcapacité peut être utilisée comme argument pour fermer, ne pas rouvrir ou ne pas installer des centrales…

Mme Corinne Lepage. Votre question présente un problème d’échelle de temps. Lorsque j’étais au gouvernement, il n’était pas question de fermer des centrales nucléaires. La question ne se posait pas…

Uranium de retraitement : l’entêtement dogmatique !

« M. Antoine Armand, rapporteur. Merci, madame la ministre, pour vos premières réponses. D’abord, je souhaite vous demander de revenir sur un point qui me paraît erroné…Vous avez indiqué que la France envoyait des déchets nucléaires en Sibérie. Vous faites sans doute référence à l’uranium de retraitement qui est envoyé à la Russie via un contrat avec Rosatom. Or, le Haut Comité à la transparence sur la sûreté nucléaire a clairement précisé que les allégations émises par Greenpeace étaient parfaitement erronées.

Comme vous le savez, la loi française et l’ensemble de la communauté internationale considèrent que l’uranium de retraitement n’est pas un déchet nucléaire. Ainsi, j’imagine que vous vouliez dire que ce que vous considérez à titre personnel comme des déchets est envoyé en Russie.

Mme Corinne Lepage. La qualification des déchets fait l’objet d’un débat juridique. Lorsque j’étais au Parlement européen où j’ai vice-présidé la commission environnement, nous avons débattu sur la nature d’un déchet, car les conséquences juridiques et économiques sont extrêmement importantes : le système des provisions n’est pas du tout le même si le produit susceptible est réutilisable. Ainsi, il existe un débat juridique pour déterminer si ces produits peuvent être qualifiés de déchets.

M. le président Raphaël Schellenberger. J’entends votre position, mais il existe actuellement une situation du droit, même si un débat prospectif a lieu.

Mme Corinne Lepage. Le débat reste tout à fait ouvert, du moins au niveau européen.


samedi 9 octobre 2021

Bretagne et centrales nucléaires : Plogoff et l’autre Plogoff : le Carnet

Je suis un peu las pour rester poli de tous ces discours qui somment les Bretons d’accepter des parcs éoliens off-shore et de  défigurer leurs plus beaux paysages marins, leur littoral, de sacrifier leurs pêcheurs parce que l’autonomie énergétique de la Bretagne bla bla bla, et parce que les Bretons ont refusé Plogoff, le tout sur fond de culpabilisation malsaine d’un péché originel qu’il leur faudrait expier

Par exemple, communication officielle de la Région Bretagne : « Après le débat public organisé fin 2020, un appel d’offre avait, en effet, été lancé au printemps 2021 et l’État vient d’annoncer les 10 candidats pré-qualifiés pour sa réalisation. C’est une nouvelle étape pour ce projet vital dans une région de faible autonomie énergétique comme la Bretagne ». Il s‘agit de 60 gigantesques éoliennes  offshore entre Groix et Belle-Ile..

Voir par exemple sur ce blog https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/12/eoliennes-geantes-de-bretagne-sud-groix.html, https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/01/eoliennes-geantes-de-bretagne-sud-groix.html, https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/05/questions-aux-tetes-de-liste-elections.html



Ben non, et on peut rappeler ce que disait Edmond Hervé, ancien maire socialiste de Rennes, ancien Ministre de l’Energie : En clair, on ne peut pas parler de suffisance ou d’autosuffisance ou d’insuffisance énergétique en Bretagne en estimant par exemple que la région de Bretagne doit se suffire énergétiquement. Ceci me semble une approche totalement fausse. »

En effet, et l’on ne parle pas trop de la dépendance énergétique de la région parisienne ( ni de sa dépendance en pâté Henaff )

Retour sur Plogoff – le péché originel

https://fresques.ina.fr/ouest-en-memoire/fiche-media/Region00874/les-centrales-nucleaires-en-bretagne.html

En 1975, un accord de principe est pris entre les conseils généraux et le Conseil économique et social pour la construction d'une centrale nucléaire en Bretagne (4 unités de production de 1 300 MW chacune, soit une puissance totale de 5 200 MW). Cinq  sites sont proposés: Beg an Fry en Guimaëc, Ploumoguer, Plogoff (près de la pointe du Raz), Saint-Vio à Tréguennec et Erdeven. En 1978, après de fortes mobilisations contre ces projets dans tous les lieux envisagés, le site de Plogoff est retenu par le Conseil économique et social de Bretagne et le conseil général du Finistère. De 1978 à 1981, les oppositions à Plogoff ne cessent de se manifester et l’enquête publique se déroule dans des conditions difficiles : occupations de terrains, registres brulés, camionnettes faisant office de « mairies annexes » (protégées par des gendarmes).

On trouvera dans Plogoff, l’apprentissage de la mobilisation sociale, un récit très complet écrit par des militants antinucléaires qui donne une idée du climat de pression sur les responsables politiques

« Finalement, en novembre 1980, comme à l’automne 1979, une crise éclatait à Plogoff quand le comité de défense apprenait que deux conseillers municipaux s’apprêtaient à répondre à l’invitation d’EDF pour un voyage d’études à Clamart. Les deux conseillers municipaux s’étaient même déjà rendus à Fréjus à un congrès de l’Union nationale des élus du littoral sur le thème de l’énergie, où les élus régionaux favorables au projet de centrale avaient rencontré des membres du gouvernement. Pour le comité de défense, la situation était claire : la municipalité envoyait de petits signes, comme autant de ballons d’essai destinés à tester les réactions des habitants. Selon le comité, elle était en train de basculer dans le camp des promoteurs de l’atome. Alors qu’un conseil municipal extraordinaire se réunissait à la mairie pour examiner l’invitation d’EDF, des membres du comité de défense investissaient la réunion. Le conseil municipal se prononçait finalement contre ce voyage. Mais les invitations d’EDF étant personnalisées, chaque conseiller municipal restait libre de son propre choix. Les membres du comité de défense s’érigeaient alors en une sorte de « tribunal populaire » et demandaient des comptes aux deux conseillers municipaux en question, et aussi aux autres élus. Le ton montait rapidement. Chaque camp niait la représentativité de l’autre. Le comité de défense demandait aux élus concernés de démissionner parce qu’ils avaient trahi la mouvance antinucléaire, majoritaire dans la commune. Pour les opposants les plus acharnés, il existait une contradiction entre le fait d’afficher une position antinucléaire et le fait de répondre aux invitations d’EDF. Les élus contestaient cette position et précisaient que c’étaient eux qui représentaient officiellement la commune et non le comité de défense. »

« En passant du côté des promoteurs de l’atome, les militants sud-Finistériens du PCF avaient déstabilisé la mobilisation. Dans le Cap-Sizun, la section PCF de Plogoff avait donné son assentiment au projet, suscitant de nombreuses ruptures. Originaire d’Agen, institutrice à Audierne, la secrétaire de la section PCF de Plogoff était accusée d’avoir « trahi » …et concentrait donc sur elle la rage des opposants. Elle était accusée de « vendre Plogoff », d’approuver la centrale alors qu’elle n’avait « pas une goutte de sang capiste dans les veines… Au soir du 6 février 1981, au retour d’une occupation de la mairie de Plouhinec (Cap-Sizun), un groupe d’une centaine d’opposants avait manifesté devant le domicile de la secrétaire de section communiste de Plogoff. Ce charivari politique avait été appuyé. Il semble que la secrétaire de section et son mari aient reçu des coups »

De fait, le Parti Communiste soutient le projet de Centrale nucléaire à Plogoff avec un courage certin jusqu’en mai 1981. Les aficionados trouveront facilement des archives où George Marchais, devant 6000 militants à Rennes en janvier 81se fait applaudir frénétiquement  en martelant : « Il faut une centrale nucléaire de grande puissance en Bretagne ! A Plogoff ! »

https://fresques.ina.fr/ouest-en-memoire/fiche-media/Region00218/georges-marchais-en-meeting-a-rennes.html

C’est Mitterrand qui, tenant compte des barons socialistes locaux, enterre Plogoff  lors d’un meeting à Brest, le 9 avril 1981, en déclarant que Plogoff  ne figure ni ne figurera dans le plan nucléaire qu'il mettrait en place s'il était élu. Cette promesse sera tenue le 3 juin 1981, malgré la résistance du Secrétaire d’Etat à l’Energie, M. Lemoine, qui annonce d’abord un simple gel du projet. Lors des élections législatives, la droite et le PC reculent fortement au profit du PS.

Notons la réaction après coup de l’élu breton et Ministre de l’Intérieur de M. Giscard D’Estaing , le très rude Raymond Marcellin : « Si on avait été capable à cette époque-là de maintenir l’ordre public, comme on aurait dû le faire d’ailleurs, on aurait pu prendre ce site probablement. Mais dans la mesure même où le Conseil Municipal n’en voulait pas, pourquoi imposer à un Conseil Municipal et à un Maire une centrale nucléaire dont ils ne veulent pas ? »

Plogoff, proche du site emblématique et superbe de la pointe du Raz (à l’extrémité ouest de la Commune), à l'extrémité sud-ouest du Cap Sizun dans des paysages magnifiques était au fond vraiment mal né, et l’action contre le projet de centrale a largement mobilisé au-delà de toutes les frontières politiques,  même M. Marcellin en a finalement convenu.

Il y a beaucoup moins d’excuses pour l’abandon de l’autre Plogoff, souvent ignoré, Le Carnet

L’autre Plogoff victime de la démagogie socialiste et de la majorité plurielle, Le Carnet

 Le Carnet n’est pas exactement en Bretagne, mais sur la rive gauche de l'estuaire de la Loire, en aval de Nantes, à 7 kilomètres en aval de la centrale thermique de Cordemais, mais sur l’autre rive. Ce projet rencontre d’emblée l'hostilité des écologistes, mais  reçoit un accueil plutôt favorable des conseils municipaux de Frossay et de Saint-Viaud, ainsi que du conseil général de la Loire-Atlantique, et même d'une bonne partie de la population : ainsi, le 6 juin 1982, les habitants de Paimbœuf — où se trouve l'usine CEZUS spécialisée dans la fabrication de tubes en alliage de zirconium — se prononcent à 80 % en faveur du projet.

En janvier 1983, un dossier d'enquête publique concernant le projet du Carnet est déposé par EDF, et la première pierre de la centrale est posée symboliquement par la CGT le 18 février 1983. Cependant, cette volonté n'est suivie d'aucun lancement de travaux. En 1986, la cohabitation freine le projet, alors que le contre-choc pétrolier rend l'électricité atomique moins compétitive, poussant ainsi EDF à ralentir son programme nucléaire. Néanmoins, mars 1988, Jacques Chirac signe une déclaration d'utilité publique, après une enquête publique  qui a très peu mobilisé  (320 avis, 60 favorables et 260 défavorables).

À partir de 1988, EDF achèter les terrains en vue de la construction de la centrale, Le 3 mars 1993, le premier ministre Pierre Bérégovoy proroge le décret de 1988 autorisant les expropriations. Du 18 juin au 18 juillet 1996, une enquête publique pour « le remblaiement des zones humides [51 hectares], pour la construction d'une centrale électrique, sur le site du Carnet » est ouverte. Officiellement, il ne s'agit plus d'implanter une centrale nucléaire, mais seulement de remblayer les terrains humides (qui appartiennent à EDF) en vue de construire ultérieurement une centrale, sans qu'il soit précisé si elle sera thermique à flamme ou nucléaire.

Le scénario Plogoff bis alors se met en place avec  la campagne pour les élections législatives de 1997 : face à une équipe de droite ayant favorisé le projet d'implantation, la gauche (en l'occurrence le futur premier ministre Lionel Jospin et sa majorité plurielle) se positionne contre le projet de centrale. La mobilisation antinucléaire est soutenue par les maires socialistes de Nantes, de Saint-Nazaire et du Mans, respectivement Jean-Marc Ayrault, Joël-Guy Batteux et Robert Jarry… et par la propre ministre de l’environnement de Chirac Juppé,  Corinne Lepage.

Le 17 septembre 1997, le nouveau  premier ministre Lionel Jospin annonce que le « ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie a demandé à EDF de renoncer » à son projet d'aménagement, à la satisfaction notamment de Dominique Voynet, ministre de l'environnement »

Ecolos contre écolos :

La suite est assez drôle : EDF possède toujours les terrains qui constituent un enjeu stratégique d'aménagement, face à la forte croissance de Nantes et au renouveau de Saint-Nazaire. Au début des années 2000, il est évoqué d'y implanter une ferme photovoltaïque ou une unité de test pour des hydroliennes, ou encore une ferme éolienne comportant des prototypes de très grande taille. Au début des années 2010, le site sert pour l'assemblage du prototype Haliade 150  d'éolienne qui servira au futur parc éolien au large de Saint-Nazaire et de la presqu'île guérandaise.

L’association  Sortir du Nucléaire se réjouit alors : « Après avoir repoussé un projet de centrale nucléaire : » Le Carnet s’invente un avenir écolo ». Moui.

En fait, l’Haliade 150 (mat 100m, pales : 75 m, 6mW) a été vite dépassée (en France, seule Saint Nazaire en sera équipé avec 80 machines de 6 MW, ce qui fera de Saint-Nazaire un parc déjà dépassé avant même son inauguration !). Elle est remplacée par l’Haliade X ( hauteur totale 248m , pales : 100m, puissance 13 MW).

Au Carnet,  raccordée au réseau électrique, l’Haliade a fourni de l’énergie pendant plusieurs années, …mais sa production s’est arrêtée suite à l’occupation du Carnet par des zadistes à l’été 2020 pour dénoncer  un projet du port de Nantes-Nazaire qui voulait transformer la zone en parc industriel. Compte tenu des risques en matière de sécurité, on explique chez GE avoir stoppé la machine qui, de toute façon, avait vocation à être arrêtée et déconstruite à plus ou moins brève échéance.

Les époques changent,  la CGT défendait une centrale nucléaire au Carnet, dans les années 1970, il semble maintenant que d’anciens militants soutiennent aujourd’hui, sur le même site, les opposants à un parc dédié aux énergies renouvelables. Ce n’est pas la même chose que de soutenir une centrale nucléaire des projets pharaoniques ultra subventionnés, inutiles pour assurer la sécurité énergétique et pour la décarbonation de l’électricité et catastrophiques pour l’environnement. Rappelons cet ordre de grandeur :


Il faut une centrale nucléaire de grande puissance à l’Ouest : Au Carnet !

Quelles leçons ? Avec les décisions d’abandon du Carnet, celui de Superphenix, la fermeture de Fessenheim, la stratégie de gauche plurielle, c’est-à-dire en gros l’alignement des socialistes sur les positions des écologistes bigots de EELV a été une catastrophe pour la France…et pour le parti socialiste lui-même : à lui de voir s’il veut et peut se ressaisir, certains de ses dirigeants historiques doivent être  assez malade de cette situation. A droite aussi, la démagogie écolo n’a pas été sans effets  (Corinne Lepage ministre de l’environnement et fixant la politique énergétique française) et a été aussi mortifères.

Eh oui, Il faut une centrale nucléaire de grande puissance à l’Ouest : Pourquoi pas au Carnet ! Les terrains sont prêts.

mercredi 3 octobre 2012

Etude OGM/NK603 : Les doutes de la communauté scientifique

Etude OGM/NK603 : Les doutes de la communauté scientifique

Sérieux Doutes

Qui n’a pas été choqué par les photos en gros plans de rats rendus difformes par de gigantesques tumeurs ? Pourtant l’image ne prouve rien et l’étude portant sur la toxicité du maïs MK603 (maïs transgénique résistant au round-up – glyphosate) réalisée par le Pr Séralini suscite de nombreux doutes. Tout d’abord, elle est en contradiction avec le savoir acquis. Depuis plus de quinze ans, des millions d’animaux de par le monde ont été nourris par des produits OGM, sans qu’ aucune maladie ou même signe clinique particulier n’ait été signalé, même chez des reproducteurs âgés. Si les études réglementaires sont menées sur 90 jours, des études avec des OGM sur des durées supérieures ont été réalisées (plus de 24, selon un article du Monde du 26 septembre de Stéphane Foucart), dont deux études avec le maïs résistant au round-up de plus de cent semaines, l’une sur la souris, l’autre sur le rat, sans effets secondaires significatifs.
L’étude du Pr Séralini n’était donc pas sans précédents, et la contradiction avec l’ensemble des connaissances existantes (ainsi qu’avec l’absence de toxicité du glyphosate, principe actif du round-up, l’un des herbicides les plus sûrs, spécifique d’une enzyme végétale et aux produits de dégradation bien connus) aurait dû imposer une élémentaire prudence.
D’autant plus que les experts ont déjà pointé une, voire deux  erreurs méthodologiques majeures ; la souche de rat utilisée pour l’expérience, Sprague-Dawley, n’est jamais utilisée pour des études de cancérogenèse parce que cette souche fragile présente des apparitions spontanées de tumeurs pouvant aller jusqu’à 45%. Sa durée de vie et d’environ deux ans – la durée de l’étude-, ce qui fait qu’il est quasiment impossible d’obtenir des effets significatifs avec les effectifs utilisés dans cette étude ; les normes en vigueur imposent l’emploi de groupes d’au moins cinquante animaux, cinq fois plus que ceux utilisés dans l’étude (soit un millier de rongeurs au lieu de deux cents pour la totalité de l’étude. Enfin, il est nécessaire de vérifier soigneusement l’absence de contamination de la nourriture par des dérivés de types aflatoxines.
Le plus probable est que cette étude représente une contribution … à la biologie du Sprague-Dawley agé ; et que les photos publiées, pour spectaculaires qu’elles soient, ne prouvent rien. Les experts des instances officielles françaises et européennes trancheront.


Et malaise !

L’équipe du Pr Séralini n’en est pas, si l’on peut dire, à son coup d’essai. En 2008, elle avait publié une étude sur la toxicité cellulaire du glyphosate qui avait été sévèrement critiquée par l’AFFSSA, dont les experts ont mis en évidence trois erreurs méthodologiques majeures : l'utilisation de lignées de cellules cancéreuses ou transformées pour les essais, peu représentatives d'une cellule normale, des cellules soumises à un pH 5,8 sans solution tampon pendant 24h, « ce qui permet non pas d'observer l'effet du glyphosate, mais plus vraisemblablement l'effet d'une solution acide et hypotonique sur des cellules », et une extrapolation totalement abusive de toxicité cellulaire à l’organisme entier.
A cela s’ajoute une véritable stratégie de communication, plus exactement de manipulation de l’opinion publique. Avant publication, l’étude a été divulguée lors d’une conférence de presse sur invitation, à des journalistes ayant signé un « embargo », donc ne pouvant en discuter préalablement et contradictoirement avec des experts scientifiques – et ceci alors que deux livres et un film écrits par des auteurs ou commanditaires de l’enquête paraissaient la même semaine.
Ce n‘est pas tout.  Certains media – Le Nouvel Obs- se sont prêtés à ce qu’il faut bien qualifier d’exploitation éhontée de la peur ; mais lorsque des journalistes comme Stéphane Foucart, du Monde se sont efforcés de faire leur métier, on a cherché à les discréditer.  Corinne Lepage (qui représente la Crigen) lui a rappelé lors d’un débat sur France-Inter que « Le Monde faisait campagne en faveur des gaz de schistes » ?!. Les experts qui émettent la moindre réserve se font systématiquement suspecter de malhonnêteté, de parti-pris en faveur des lobbies industriels et agricoles. Ce n’est pas admissible.
Un point mineur, mais significatifs : Mme Lepage et le Crif dénigrent souvent les études « payées par les fabricants d’ OGM » ; ils font semblant d’ignorer que ces études sont réalisées par des prestataires de service indépendants, dans des conditions reconnues dites bonnes pratiques de laboratoire et étroitement contrôlés, et dont la qualité et l’intégrité conditionnent la survie.
Après s’être engagés à publier toutes les données de l’étude, le Pr Séralini et Mme Lepage ont fait marche arrière. Mme Lepage ne veut plus les communiquer à des experts qui ont travaillé pour les fabricants d’OGM  ; ou bien, ils ne seront communiqués que si sont aussi rendues publiques  les données de toutes les études réalisées sur ce sujet. Pourquoi pas ?, mais il existe deux moyens de cacher une information, ne pas la divulguer, ou la noyer dans un bruit de fonds.
Ce qui serait plus intéressant, c’est de rendre public les débats des experts, ainsi bien sûr que les conclusions, éventuellement contradictoires. Et il est à peu près sûr que cela ne sera pas favorable au Crigen, à Mme Lepage et au Pr Séralini. Dèjà, dans Marianne (29sept2012), des chercheurs réputés du monde entier ont publié une tribune dénonçant « une démarche, qui n’est pas une démarche scientifique éthiquement correcte ». Et ils rappelaient une conclusion de Sylvestre Huet, de Libération : « cette opération est un désastre pour le débat public, sa qualité, sa capacité à générer de la décision politique et démocratique »