Viv(r)e la recherche se propose de rassembler des témoignages, réflexions et propositions sur la recherche, le développement, l'innovation et la culture



Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est Debré. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Debré. Afficher tous les articles

jeudi 20 mars 2014

Debré et Even condamnés par le Conseil de l’Ordre


En attendant d’autres sanctions ?


En première instance, le Conseil de l’Ordre des Médecins (Conseil régional) a condamné Debré et Even à une « interdiction d’exercer la médecine pendant une durée d’un an, dont six mois avec sursis ». Les attendus mentionnent de «nombreux manquement à la déontologie » : Debré et Even ont  mis « gravement en cause la compétence et l’honnêteté de médecins, notamment allergologues et cardiologues », juge l’instance disciplinaire dans sa décision du 17 mars. Ils ont suscité chez les patients « un sentiment de défiance à l’égard de leur médecin traitant » et ont voulu donner à leur livre « un tour spectaculaire non dénué de visées commerciales ». (Le Quotidien du Médecin, 18 mars 2014)
 
Concernant des médecins retraités, la sanction n’est que symbolique, mais le symbole est tout de même important. Le problème est que le Conseil de l’Ordre ne se prononce ( mais  pouvait -il faire autrement ?) que sur la déontologie et le défaut de confraternité, et non réellement sur le manque de valeur scientifique de l’ouvrage et de ses auteurs et la mise en danger de patients interrompant leurs traitements sous l’influence de ces marchands de peur très intéressés ; ce qui peut laisser penser qu’après tout, c’est le manque de confraternité et non le mensonge intéressé qui est condamné, et que Debré et Even pouvaient avoir raison dans leurs dénonciations tous azimuth « des médecins irresponsables, des patients inconscients, des agences de surveillance incompétentes et de l'industrie pharmaceutique diabolique?" ‘(Elise Soli, Huffington Post). Cette condamnation de l’ordre devrait donc être suivi d’un rappel ferme des diverses sociétés savantes de l’ineptie et de la dangerosité de l’ouvrage ; et éventuellement de poursuites pénales pour mise en danger de la vie d’autrui.

 
La plupart des réactions s’exprimant sur le site du Quotidien du Médecin sont favorables à l’Ordre : « Quand on publie des absurdités pareilles, on peut douter sérieusement de la qualité professionnelle de ces deux confrères. Six mois d'interdiction est un minimum pour leur apprendre à réfléchir à la portée de leurs actes et aux heures que nous perdons grâce à eux à expliquer à nos patients coronaropathes la nécessité de ne pas interrompre leurs traitements ». « Leur brûlot largement médiatisé nous a obligé à essayer de reconvaincre nombre de patients sur l'utilité des traitements que nous mêmes ou nos confrères notamment cardiologues pour ne parler que des statines, prescrivons. Si ce n'est pas une attitude anti-déontologiques comment la qualifier ? » «  Les professeurs Even et Debré nous ont traité comme des apprentis sorciers ou encore comme des mauvais élèves alors que nous n'avons rien à apprendre d'eux en dehors peut être dans le domaine de leur spécialité » . « Il faudrait faire une enquête sur le nombre d'accidents cardio-vasculaires, voire de décès, survenus chez des malades ayant arrêté leur traitement de statines, paniqués par l'oeuvre, sans aucun doute rémunératrice, de ces deux messieurs ».  Plusieurs internautes appellent Even et Debré, s’ils ont encore un peu d’honnêteté et de conscience, à verser leurs royalties à  la recherche médicale.

La responsabilité des media
 

Reste qu’une part du problème vient aussi du traitement médiatique - un médecin mentionne que la plupart des patients n’ont pas lu le livre, mais que beaucoup en ont entendu parler dans les media.  Une parole prétendument iconoclaste et pamphlétaire, fut-elle absurde, mensongère et intéressée, est privilégiée face aux démonstrations argumentées et aux vérités nuancées d’experts reconnus et d’officiels. Il y a bien aussi une responsabilité et une déontologie médiatique qui doit interdire de donner le même poids au mensonge et à la diffamation, même s’il fait vendre, qu’à l’honnêteté et au savoir ;
 
 
Est-il pourtant si difficile, même à un journaliste non spécialiste, de  comprendre et d’expliquer que Debré et Even, et pour le diabète, et pour la contraception, et pour l’hypertension, et pour la dépression, et pour le cholestérol, et pour les antiinflammatoires, et pour les allergies ne peuvent avoir raison contre la communauté des spécialistes de chacune de ces aires thérapeutiques, eux qui ne sont spécialistes en rien, et, en tous cas, pas en ces domaines ?
 
 
Et pourquoi les journalistes ne rappellent-ils pas comment Even, dès 1985, déjà affamé de gloire médiatique, s’est ridiculisé et a compromis la recherche française en annonçant dans une conférence de presse la découverte d’un traitement du sida, après avoir administré de la ciclosporine ( un médicament diminuant les défenses immunitaires)  à deux patients, lesquels mourront rapidement, essai mené dans un contexte de compétition internationale pour découvrir un traitement du sida, et conduit sans respecter les règles :pas de consentement éclairé des patients, pas de consultation de la  Commission nationale d’éthique pour approuver le protocole de cet essai. (en fait, le nombre de lymphocytes  T4 des patients augmentait du fait qu'ils sont neutralisés par la ciclosporine, mais du fait même de cette neutralisation, cette augmentation n'était  d'aucun secours). Ou encore ses déclarations incendiaires contre les dangers du tabagisme passif, pourtant avérés ? Il suffit pourtant de consulter Wikipedia…et quelques experts qui ont de la mémoire.
 
 
 

mardi 19 février 2013

Debré-Even, suite et fin


Contraception

Entendu sur France-Inter ce matin (mardi 19 février) qu’on observait une augmentation des demandes d’IVG, conséquence d’un arrêt de prise de la pilule.
La pilule, de quelque génération qu’elle soit, présente moins de risque d’accident thrombo-emboliques que la grossesse (6 cas par an pour 10.000 femmes contre 3 à 4 sous pilule de troisième ou quatrième génération, 2 pour les générations plus anciennes).
Pour cette raison, le Président de l’Agence du médicament a, malgré le battage médiatique, conseillé aux femmes sous contraception de ne surtout pas abandonner leur contraception, quelle qu’elle soit, quitte à  prendre un rendez-vous avec leur gynécologue pour en discuter Les femmes qui arrêtent la pilule et se retrouvent enceintes, ont, si l’on peut dire, tout gagné. Merci Debré, merci Even !

Cholestérol

Lu dans le Monde daté mardi 19 février un placard signé des associations de spécialistes, de patients et de sociétés savantes en cardiologie un placard intitulé « cholestérol, attention danger ! » « exprimant leur plus vive inquiétude devant la réaction de patients qui, à la suite de deux livres récents, ont décidé d’interrompre leur traitement pour excès de cholestérol (statines) ou diabètes (gliptines et analogues) »
Là encore merci Debré, merci Even !
Ils défendent notamment en effet l’idée que « les risques d'un excès de cholestérol sont "fabriqués" par l'industrie pharmaceutique pour vendre les Statines (anticholesterolemiants), qui certes, ne sont pas dépourvues de danger »
Deux grandes méta-analyses ont été publiées sur les statines. L’une sur 34 272 patients ayant de multiples facteurs de risque cardiovasculaire montre une réduction de la mortalité, ainsi qu'une diminution des évènements cardiovasculaires majeurs (Taylor F, Ward K, Moore THM et Als. Statins for the primary prevention of cardiovascular disease, Cochrane Database of Systematic Reviews 2011, Issue1). L’autre, sur  42 848 patients tirés de la population générale – dont 80 % au moins n'avaient pas connaissance d'avoir une maladie cardiovasculaire - montre une diminution des évènements coronaires majeurs, des évènements cérébro-vasculaires et des revascularisations, mais pas de la mortalité générale (puissance statistique et/ou durée d’observation insuffisante) (Primary prevention of cardiovascular diseases with statin therapy, Paaladinesh Thavendiranathan,et al,  Arch Intern Med. 2006;166:2307-2313.)
Donc, dans un cas, un effet prouvé sur la morbidité et la mortalité (patients à risque multiples), dans l’autre un effet prouvé sur la morbidité et statistiquement non significatif sur la mortalité.

Suite et fin

Debré et Even, et pour le diabète, et pour la contraception, et pour l’hypertension, et pour la dépression, et pour le cholestérol, et pour les antiinflammatoires auraient raison contre la communauté des spécialistes de chacune de ces aires thérapeutiques, eux qui ne sont spécialistes en rien, et, en tous cas, pas en ces domaines ?
Il arrive certes que quelqu’un ait raison une fois  contre une communauté scientifique entière, mais enfin c’est très rare, et, désolé, c’est plus souvent un jeune chercheur qu’un mandarin aigri privé de poste honorifique.

Les media aussi ont leur part de responsabilité, car enfin, la moindre enquête montre à quel point les affirmations des duettistes sont fausses. Mais il est tellement plus vendeur -croient-ils- d’inviter le menteur iconoclaste que le terne spécialiste. Au moins devraient-il prendre soin – et l’élémentaire honnêteté - de leur opposer des contradicteurs compétents.
Ainsi en arrive-t-on à cette situation où les autorités légitimes, les spécialistes, les associations de patients ne sont plus entendus, et se trouvent contraint, dans l’intérêt des patients, de publier des placards publicitaires.

Pour Debré et Even, les épithètes de malfaisance et de malfaiteurs s’imposent. Je les laisse face à leurs responsabilités, éventuellement pénales (car enfin, les patients qui interrompent leur traitement et se verront confronter aux conséquences seront fondé à les attaquer), et ne m’exprimerai plus sur eux.

Voir aussi sur le Huffington post, un billet courageux d’Elise Soli : « Est-ce que nous nous acheminons vers un système de santé ou deux professeurs retraités peuvent lancer une fatwa contre les médecins irresponsables, les patients inconscients, les agences de surveillance incompétentes et l'industrie pharmaceutique diabolique?"

samedi 16 février 2013

Amères pilules_ Pour des Etats Généraux du Médicament


Pilules contraceptives, chiffres, bénéfices et risques


La révélation des dangers vasculaires liés à l’utilisation des pilules contraceptives les plus récentes a entraîné des polémiques et réactions parfois dangereuses et donné l’impression que le système sanitaire français trébuche de scandale en scandale. Cette polémique sur les pilules contraceptives debrait provoquer une réflexion approfondie sur le médicament en général.
En France, 55% des femmes de 15 à 49 ans (71% des moins de 35 ans) utilisent une pilule contraceptive. C’est le moyen le plus efficace de contraception. L’utilisation de la pilule entraîne un risque de trouble thromboembolique (thrombose veineuse, infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral…).
L’estimation de ce risque est actuellement la suivante :  deux cas par an pour dix mille femmes pour les pilules de premières et deuxièmes générations, de  3 ou 4 cas par an pour dix mille femmes  pour les pilules microdosées  de troisième ou quatrième génération. Il est de 0.5 à 1 cas pour dix mille par an pour des femmes non traitées, et de 6 cas pour dix mille en cas de grossesse. Donc, le risque vasculaire des pilules, même de troisième ou quatrième génération est très faible, moindre que celui de la grossesse, je répète, moindre que celui de la grossesse.
En France, depuis 1985, 13 cas de décès  ont été recensés : (1 cas pour la 1ère génération, 6 cas pour la 2ème génération, 4 cas pour la 3ème génération, 2 cas pour la 4ème génération). Sur les 244 accidents thromboemboliques veineux signalés à la pharmacovigilance, on compte 155 guérisons sans séquelles, 26 guérisons avec séquelles, 17 guérisons en cours, 46 sans information. Il existe une sous-déclaration probablement importante à la pharmacovigilance, mais qui ne devrait concerner que des accidents de moindre importance.
Les principaux facteurs de risques sont connus et bien indiqués dans les notices (tabac, obésité, antécédents familiaux thromboemboliques,hypertension artérielle, immobilisation prolongée, âge) de même que les signes précurseurs qui doivent entraîner un arrêt du traitement et une consultation ou un examen : douleur et/ou œdème inhabituel d'une jambe, douleur importante et brutale dans la poitrine, essoufflement soudain, toux de survenue brutale, céphalées inhabituelles, sévères, prolongées,cécité brutale, partielle ou totale… Ceci doit être particulièrement suivi dans la première année de traitement.
L’ensemble des données sur les pilules de troisième et quatrième génération (et leur coût ?) ont conduit les agences du médicament européennes américaines, canadienne, danoises à mener des études approfondies Toutes ont conclu a un rapport bénéfice/risque favorable. Favorable ! (Ce qui rappelle tout de même qu’il existe un risque)
Au risque (faible) de lasser, le risque d’une contraception par la pilule est moindre que celui d’une grossesse, (c’est clair, Even et Debré ?) Alors, derrière la campagne qui s’est déclenchée, comment ne pas entendre les remugles rétrogrades de ceux qui, au fond, n’ont jamais accepté la contraception, des mandarins amers, les Debré-Even, les contempteurs du progrès, et aussi, nouveauté, des avocats qui envient l’opulence de leurs confrères américains spécialisés dans les conflits liés à la santé.
On a même entendu des recommandations pour le moins étrange, comme l’utilisation du stérilet (une forme de contraception punitive, donc acceptable ?) : 3 à 9% d’infections pouvant conduire à une stérilité, choc septiques, perforations, dysménorrhées, hémorragies, pour une efficacité trois fois moindre que la pilule, donc une alternative acceptable en cas de risque avéré avec la pilule,et sûrement pas pour une première contraception)
Aussi ne faut-il pas s’étonner que la première réaction du Président de l’agence du médicament française a été de conseiller aux femmes…de ne pas arrêter leur contraception quelle qu’elle soit. Le déremboursement des pilules de troisième et quatrième génération, malgré (parce que ?) le fait que le remboursement en 2011 ait été obtenu après un combat long et pénible des associations féministes est clairement un geste d’économie, et non une question sanitaire. De même, l’arrêt de Diane 35, traitement contre l’acné, utilisé sans autorisation pour la contraception, dont les risques étaient connus, annoncés et exactement les mêmes que ceux des pilules de dernières générations, relève davantage d’un problème administratif que sanitaire.
Est-ce à dire que tout va bien ? non, car clairement, même faible, le risque de la pilule contraceptive, des médicaments en général, n’a sans doute pas assez rappelé, discuté, évalué avec les patients. Mais ce n’est pas la recherche de boucs émissaires  qui apportera la réponse. Ainsi :

La recherche vaine de boucs émissaires

Le matraquage des experts, compromis par leurs liens avec l’industrie pharmaceutique et forcément partiaux est à la mode : Le Monde (11 janvier 2003) s’y est essayé dans le cas des pilules de dernière génération, en mettant en cause un certain nombre de leader d’opinions – il est probable qu’il sera poursuivi.
Oui mais, ce sont bien les patientes et leurs médecins qui ont plébiscité ces pilules tant elles sont mieux tolérées, avec moins d’effets secondaires (prise de poids, tension mammaire, migraine, nausée). Elles ont apporté beaucoup à un très grand nombre de femmes qui attendaient ces progrès depuis plus de vingt ans, au prix d’un risque accru pour un très faible nombre de femmes (un risque, je répète, moindre que la grossesse)
Et encore, peut-on à la fois vouloir la valorisation de la recherche publique et des experts sans contacts avec les industries ? Dans de nombreux domaine, il ne peut y avoir d’experts compétents sans contact avec l’industrie, et c’est très bien ainsi - préfèrerait-on que celle-ci utilise les conseils de gens incompétents ? Cela n’empêche nullement la possibilité d’expertises honnêtes et de qualité, moyennant quelques conditions : la déclaration complète des travaux, liens industriels et intérêts, la traçabilité (publicité qui a dit quoi ?) des interventions, un débat contradictoire, un panel d’experts suffisamment varié, la participation de parties prenantes. La suspicion démagogique et systématique contre les experts, ça suffit !

L’industrie pharmaceutique, qui fait des profits sur le dos des patients ? Sauf que, dans tous les pays où l’industrie pharmaceutique était nationalisée, le progrès thérapeutique a été inexistant ; sauf que l’on devrait plutôt s’inquiéter du désengagement de l’industrie dans la recherche de nouveaux médicaments, activité jugée maintenant trop risquée et peu rentable.
Et lorsqu’une firme pharmaceutique s’aperçoit qu’un de ses médicaments est utilisé hors de son indication, la première réaction est généralement plutôt « Panique à bord » que « Hurrah » ; Après, évidemment, si tout se passe bien…

L’Agence du Médicament, qui ne fait pas son travail, notamment en matière d’information et de pharmacovigilance (signalement des effets indésirables des médicaments) ? Oui, mais encore faudrait-elle qu’elle sache comment les médicaments sont utilisés (voir ci-après), que les professionnels de santé signalent les problèmes (depuis 2011, il est à nouveau possible aux patients et aux associations de patients de déclarer eux-mêmes les effets indésirables, reste à voir si cela améliorera la pharmacovigilance sans provoquer une embolie du système par afflux d’informations non contrôlées et inexploitables), et que médecins et patients consultent l’information disponible. N.B. : ces dernières années, l’Agence Française, maintenant ANSM-Agence Nationale de Sécurité du Médicament) a fait de réels efforts pour rendre son site internet (ansm.sante.fr) plus clair, plus complet, plus accessible et sa consultation devrait devenir un réflexe pour toutes professions de santé et patients, parents…)

La Caisse Nationale d’Assurance Maladie, qui dispose d’une mine de données touchant à la Santé, dont elle garde jalousement le monopole, et qu’elle n’utilise que pour une régulation économique, et non pour améliorer les pratiques de santé ? Certes, et à ce point que c’est tout de même le Président d’honneur du Comité National d’Ethique, Didier Sicard, qui a cosigné, avec Jean de Kervasdoué, une tribune intitulée « Plus grave que le débat sur la pilule, l’affaires des données de santé publique ». (Le Monde, 15 janvier 2013), s’indignant que ces données ne puissent utilisées pour détecter surprescriptions, sous-prescriptions et prescriptions inadaptées.

Les médecins, qui n’informent pas suffisamment les patients, et qui font des prescriptions hors indication ? Pourquoi pas, mais encore faudrait-il qu’une gestion pathologique du numerus clausus (ou bien encore l’idée qu’en diminuant le nombre de médecins on diminuerait les dépenses de santé) n’ait pas entraîné un manque de médecins, et singulièrement dans des disciplines comme la gynécologie.
Quant aux prescriptions hors indications, rappelons que la prescription d’un antiépileptique, le baclophene, est réclamée par de nombreux alcooliques pour les aider à se débarrasser enfin de leur addiction…

Les urgences ? Pourquoi pas ? Je connais au moins un cas où, face à un AVC chez une jeune personne due à un traitement contraceptif, les urgentistes ont tardé à administrer le traitement adéquat parce qu’ils pensaient impossible la survenue d’un AVC chez une personne aussi jeune, sans facteur de risque.

Pour des Etats Généraux du Médicament

Le système actuel, en matière de médicament, n’est certes pas complètement satisfaisant , mais la quête de boucs émissaires ne mènera nulle part. Un médicament efficace n’est jamais dépourvu de danger. Comment avoir de meilleures expertises, tout le long de la vie du médicament ? Comment communiquer sur son intérêt et sur ses risques ? Comment améliorer la pharmacovigilance ? Comment améliorer la connaissance des médecins et des patients ? Quels rôles et responsabilités pour le pharmacien – c’est lui qui est censé le mieux connaître le médicament? Comment continuer à encourager l’innovation thérapeutique ? Assurer le bon emploi des médicaments ?
Et la question du risque ? Qui doit en décider, le patient, le médecin, l’Etat ? Comment ? Un risque dont la perception est nulle pour ceux qui bénéficient pleinement  des améliorations thérapeutiques, et de cent pour cent pour les victimes. Avec cette difficulté supplémentaire d’une autre asymétrie fondamentale : le risque associé à la mise sur le marché d’un nouveau médicament est beaucoup plus visible que le perte de chance de ceux qui n’ont pu bénéficier d’un traitement qu’on n’ pas voulu prendre le risque d’autoriser…
Les crises réelles ou contestables ne peuvent continuer à se succéder, ni les doutes perdurer. La question du médicament est complexe, elle mérite une réflexion poussée de toutes les parties prenantes – c’est-à-dire l‘ensemble de la société !- qui pourrait avoir lieu sous la forme d’Etats Généraux du Médicament.
Ne faudrait-il pas arriver, comme cela a été cas pour les activités hospitalières, à la reconnaissance d’un risque sans faute, et donc à un système d’assurance et d’indemnisation de l’ aléa médicamenteux, comme on l’ a fait pour l’aléa thérapeutique ?

 

samedi 1 décembre 2012

Expertise et démocratie _ les règles du débat

La démocratie ne peut plus vivre sans devenir participative, sans instaurer un trialogue continu entre l’opinion publique, les experts et les gouvernants, trialogue qui suppose un débat de qualité. Entre expertise et démocratie, le lien n’est pas simple ; du moins quelques affaires récentes permettent, si l’on en tire les leçons, d’éviter des erreurs dommageables à la démocratie et à la société.

Abeilles ; la faillite de l’évaluation des pesticides

C’est sous ce titre que Le Monde du 10 juillet 2012 publie un article analysant la raison pour laquelle des insecticides comme le Gaucho, le Régent, le Cruiser- les néonicotinoïdes- ont pu être utilisés pendant vingt ans. Pendant vingt ans, les apiculteurs ont vu dépérir massivement leurs ruches, ils ont très vite mis en cause ces insecticides, et pendant vingt ans ils n’ont pu se faire entendre des industriels et des agences publiques.
Il est apparu que les protocoles pour évaluer la toxicité de ces insecticides n’étaient pas pertinents, qu’ils ne prenaient pas en compte l’effet d’exposition prolongées, comme c’est le cas avec les semences enrobées, ou les expositions sublètales ( on peut tuer une abeille en lui faisant perdre le sens de l’orientation sans que cela se manifeste par une toxicité immédiate), ou encore des effets de synergie. Les choses ont commencé à changer lorsque des apiculteurs membres de la Coordination apicole européenne se sont rendu à Bucarest en 2008 à une réunion de la commission internationale chargée de la standardisation des tests d’évaluation. Ils n’ont pas été mal accueilli, mais se sont aperçu que les discussions ne prenaient pas du tout en compte leur problème ; ainsi, un produit pouvait être considéré à bas risque s’il ne tuait que 50% des abeilles ! (« Nous étions dans une ambiance très cordiale, avec des gens très avenants, qui proposaient des choses tout à fait inacceptables »). En dehors même du fait que les experts étaient tous subventionnés par l’industrie phytosanitaire, ils ne se rendaient simplement pas compte de ce qu’ils entérinaient !
D’où une première leçon : l’expertise et le débat ne peuvent se faire entre experts, en  l’absence des parties prenantes.

Le Mediator

Interview intéressante d’Irène Frachon, la cardiologue qui s’est battue avec acharnement  pour faire reconnaître la responsabilité du Mediator dans les valvulopathies apparues chez les patients traités par ce produit. Alors que les attaques contre les experts, notamment de l’ex agence du médicament, se sont multipliées, au point de créer un climat nauséabond et des refus en série de médecins d’assurer des taches d’expertise, Mme Frachon rappelle qu’il est impossible de trouver des experts indépendants et compétents, et que d’ailleurs, ce n’est pas parce qu’un expert a vu son laboratoire financé pour effectuer une étude qu’il sera malhonnête – et il vaut d’ailleurs mieux qu’il ait effectué de nombreuses études pour des partenaires divers.
Aucun débat ne peut s’instaurer avec la suspicion générale à l’encontre des experts. Il n’existe pas d’experts indépendants, mais il peut et doit exister une évaluation indépendante, car totalement transparente. Chaque expert doit faire connaître en totalité ses collaborations et conflits potentiels d’intérêt. Chacune des interventions doit être tracée dans un document synthétique et consultable.

L’affaire Seralini et les «cinquante pour cent de médicaments inutiles » des Pr Debré et Even

Par deux fois, le professeur Seralini a annoncé à grand renfort de publicité des résultats  prétendant prouver la toxicité des OGM, en utilisant des protocoles expérimentaux dont les experts ont unanimement réfuté la validité, d’abord sur des cellules placées en état de stress, puis sur des rats Sprague Dawley pendant deux ans. La dernière étude s’est accompagnée d’une véritable manipulation de l’opinion publique, à grand renfort d’images de tumeurs spectaculaires,  avec embargo sur les résultats pour éviter que des experts puissent être consultés avant publication, et sortie simultanée d’un livre et d’un film. La publication d’un véritable pamphlet anti-médicament par deux professeurs retraités, Debré et Even, qui affirme l’inutilité de 50% des médicaments, et a été dénoncé, chapitre par chapitre, par spécialistes et médecins traitants désespérés de voir des patients tentés d’arrêter leurs traitements est tout aussi inadmissible. Ces attitudes ne sont pas des contributions utiles, bien au contraire, à quelque débat que ce soit. Lorsqu’une vérité scientifique positive peut être énoncée, l’entretien du doute est une stratégie de mauvaise foi qui dissimule bien souvent des intérêts particuliers et doit être dénoncée par les instances compétentes (Académies, société savantes…). Si une bonne science n’est pas forcément éthique, aucune éthique ne peut prétendre reposer sur une mauvaise science.

Le débat sur l’énergie

La France commence en novembre 2012 un débat indispensable sur la politique énergétique. Ce débat devra notamment faire connaître à l’opinion les ordres de grandeurs physiques, qui fixeront ce qui est possible ou pas, préciser les coûts et conséquences des différents scenarios envisagés etc. Deux associations, Greenpeace et les Amis de la Terre ont refusé la présence dans le Comité de Pilotage d’un ancien patron du Commissariat à l’énergie atomique, M. Pascal Colombani, désigné par Mme la Ministre de l’Environnement. Cette récusation d’experts utiles est inacceptable ; on n’attend pas d’un expert qu’il soit neutre entre la vérité et le mensonge, on attend qu’il donne sa vérité, appuyée sur son savoir et son expérience, en toute transparence, et qu’il accepte d’en débattre. De plus, malgré la démission de M. Colombani, ces deux associations continuent à boycotter le débat.
Aucun débat n’est possible avec ceux qui manient ainsi l’exclusive, le soupçon systématique, la disqualification, voire l’insulte et la diffamation de leurs contradicteurs. Ils refusent l’échange et la discussion d’arguments rationnels, préférant l’affirmation de prétendues valeurs. Ils ignorent le débat, la démocratie doit les ignorer ; non pas les réprimer, mais cesser leur donner une parole qu’ils veulent proférer sans la soumettre à la critique.


lundi 19 novembre 2012

Debré, Even, cent pour cent inutiles et dangereux

Les professeurs Debré (urologue) et Even (pneumologue) viennent à grand bruit médiatique de publier un livre dans lequel ils affirment l’inutilité ou la dangerosité d’un médicament sur deux. C’est en fait leur pamphlet qui est 100% inutile et dangereux.
Une certaine responsabilité médiatique est aussi en cause. Compte tenu de ce qu’est l’invention puis l’évaluation d’un médicament, du nombre d’experts différents qu’elles requièrent, qui peut croire un seul instant qu’un duo de praticiens retraités puisse avoir un avis pertinent sur 4000 médicaments, en dehors de leur domaine de compétence, en opposition avec les spécialistes concernés, en opposition avec les agences de sécurité sanitaire du monde entier ?
Le Pr Even est surtout connu pour une conférence de presse dans laquelle il prétendit avoir mis en évidence l’efficacité de la cyclosporine dans le Sida, et pour ses dénégations des dégâts du tabagisme passif. Tout le monde peut se tromper, mais persevere diabolicum ! –
Le Pr Debré, s’il se passionne pour l’évaluation médicale, devrait s’intéresser à la manière dont les urologues usent et abusent de l’opération souvent invalidante de la prostate- et parfois même de manière criminelle, cf. le procès des urologues de Toulouse accusés d’avoir faussé des examens pour augmenter le chiffre d’affaire de leur clinique.

Reprenons point par point :

Debré et Even sont-ils diabétologues ? Ils affirment l’inefficacité et la dangerosité des traitements nouveaux( glitazones, gliptines, glinide) pour recommander les médicaments des années 50, sulfamides et la metformine – certes efficaces puisque les sulfamides peuvent induire des comas hypoglycémiques !, mais dangereux et dont l’efficacité décroît au cours du temps, conduisant à une impasse thérapeutique. Pour le diabète de type I, ils prônent un traitement immunosuppressif , dont il est démontré depuis plus de trente ans qu’il n’a que des effets transitoires. Pour le Pr Marre, président de l’association française du diabète, « ce livre est scandaleux et dangereux. Il risque de provoquer des morts et repose sur des affirmations dénuées de preuves…des erreurs de raisonnement, l’ignorance de connaissances élémentaires ».

Debré et Even sont-ils cardiologues ?

En ce qui concerne le cholestérol, ils affirment que les statines «ne servent à rien chez 90 % de ceux à qui on les donne» et remettent même en cause le cholestérol comme facteur de risque. Réponse du Pr. Eric Bruckert (La Pitié-Salpétrière) : « la lecture du chapitre sur le cholestérol montre une impressionnante méconnaissance de ce qu’est un facteur de risque. Les auteurs sortent de leur chapeau une valeur normale bien à eux, qu’ils estiment être dangereuse. Il n’y a aucune justification scientifique à cette norme ». Pour le Pr Helft (La Pitié-Salpétrière) les statines sont des  médicaments importants qui permettent de diminuer significativement la survenue des maladies cardio-vasculaires, la mortalité coronaire et la mortalité totale…Des méta-analyses ayant colligé le résultat de plusieurs dizaines d'études portant au total sur près de 200 000 patients donnent des résultats non contestables).

En ce qui concerne l’hypertension, Debré et Even jugent justifié à partir d'une pression systolique supérieure à 16, dénoncent le gtand nombre de médicaments équivalents (mee-too), affiremnt que toutes les molécules se valent, prônent l’utilisation des médicaments les plus anciens, diurétiques et bêtabloquants et souhaitent le retrait des 39 spécialités associant plusieurs antihypertenseurs dans une même pilule. ? « Aujourd'hui, à partir d'une pression de 14, une prise en charge se justifie. 16, c'est quand j'étais étudiant, relève le Pr Danchin (George Pompidou). De plus, les diurétiques et les bêtabloquants ne sont pas les médicaments les mieux tolérés ». Tous les cardiologues savent bien que les patients ne répondent pas de la même façon à un même médicament, ou que les effets secondaires n’en sont pas les mêmes-ce qui est important pour des traitements à long cours comme celui de l’hypertension. Certains, par exemple, ne supportent pas les inhibiteurs de l’enzyme de conversion qui peut déclencher des crises de toux insupportables – heureusement que l’industrie  développé des antagonistes de l’angiotensine. Les associations se justifient par leur efficacité et pour faciliter l’observance du traitement. L’hypertension, c’est le « tueur silencieux » dénoncé par les cardiologues, car elle peut n’entraîner aucune manifestation jusqu’au jour où se produit un accident vasculaire cérébral. Là encore, le message du duo Debré Even est néfaste et leurs préconisations dangereuses

Debré et Even sont-ils allergologues ? Certes non, car là c’est toute une profession qu’ils dénoncent en  traitant ceux qui utilisent la désensibilisation de “gourous, charlatans, marchands d'illusion”. Réponse du Pr Daniel Vervloet (Marseille) : « En ce qui concerne la désensibilisation en cas d'asthme, même s'il existe des querelles d'experts parfaitement légitimes, toutes les méta-analyses mettent en évidence un effet thérapeutique favorable, même si tous les patients n'en tirent pas bénéfice. Aujourd'hui, les allergologues sauvent des vies chaque année en mettant en œuvre des stratégies de désensibilisation aux venins de guêpes et d'abeilles. Pour ce qui est des allergies alimentaires et en particulier de l'allergie à l'œuf, une grande étude dans le New England Journal of Medicine vient de montrer que la désensibilisation par voie orale, permettait de guérir une telle allergie, de manière à ce que la réintroduction alimentaire ne soit suivie d'aucune réaction. On peut se demander si les propos inexacts tenus dans le livre tiennent au manque de connaissance ou à la mauvaise foi». La fédération française d'allergologie  a décidé de porter plainte devant le Conseil de l'ordre.

Debré et Even sont-ils gynécologues ? Ils jugent que les pilules de troisième et quatrième génération, plus faiblement dosées en oestrogènes ne servent à rien. Eh bien, ce n’est pas l’avis de la majorité des jeunes femmes qui les demandent et des gynécologues qui les prescrivent. Ce n’est pas non plus  l’avis du Pr Maraninchi, directeur général de l'agence de Sécurité Sanitaire estime que « l'existence d'un grand nombre de pilules constitue un bien pour de nombreuses femmes. Il est important qu'elles aient accès à la diversité…certaines associations hormonales ne conviennent pas à certaines femmes ».

Debré et Even  sont-il cancérologues ? Ils affirment que l'avastin, un nouveau médicament qui bloque la formation de vaisseaux sanguins dans les tumeurs, est « inutile et potentiellement dangereux » ; « Dans les cancers colorectaux, ce traitement a apporté des progrès importants, et sa toxicité reste relativement modeste par rapport à d'autres molécules », souligne François Chast (Hotel-Dieu)

On pourrait continuer la liste.
Ainsi, impunément, « deux professeurs retraités peuvent lancer une fatwa contre les médecins irresponsables, les patients inconscients, les agences de surveillance incompétentes et l'industrie pharmaceutique diabolique? » (Elise Soli). Pour la Fédération française d’allergologie,  «non contents d’être diffamatoires, ils sont irresponsables car ils jettent la suspicion sur toute une profession (praticiens, chercheurs, enseignants) et méprisants à l’égard des malades sans considération aucune pour leur santé ». L’UNOF (Union nationale des omnipraticiens français) dénonce les « dangereux raccourcis scientifiques » de ce « pamphlet anti-médicament ». « Votre intervention n’a fait que semer le trouble dans l’esprit de ceux que vous voudriez protéger et que nous devons à nouveau convaincre de l’utilité de leur traitement ». Pour le Pr Maraninchi, directeur de l’agence de Sécurité sanitaire  française, «Ce qui est dangereux dans ce livre, c'est de faire peur à certains malades qui prennent des médicaments qui leur sont utiles ».
Et il a fallu que Mme la Ministre de la Santé  rappelle que les médicaments soignent. S’il doit y avoir une utilité à ce débat, ce serait de rappeler que les médicaments soignent en effet, que c’est parce qu’ils sont actifs qu’ils peuvent être parfois dangereux, et que certains traitements doivent être suivi par les spécialistes concernés, même lorsqu’on se croit guéri.
N’empêche que le mal causé par deux professeurs retraités, qui n’ont guère marqué leur époque, en mal de notoriété, est considérable ;  leur oeuvre leur rapportera beaucoup d’argent, mais causera beaucoup de problèmes aux médecins et à leurs patients.

Les Académies et Sociétés savantes doivent jouer leur rôle et condamner fermement le livre et ses auteurs et leur ôter tout crédit scientifique.