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samedi 13 janvier 2024

L'illusion hydrogène : les opérateurs allemands de stockage de gaz mettent en garde contre les plans exagérés des réseaux d’hydrogène / Transition énergétique : le gros coup de blues de l’hydrogène verte

 Note de Reuters : https://www.reuters.com/business/energy/german-gas-storage-operators-warn-overblown-plans-hydrogen-grids-2024-01-04/

Résume : Les opérateurs allemands de stockage de gaz mettent en garde contre les plans exagérés des réseaux d’hydrogène

Le groupe de stockage INES présente une étude d’Aurora Energy qui affirme que les prévisions de réseaux d’hydrogène allemands prévus pourraient être trop coûteux et surdimensionnés

Les hypothèses de demande et  les besoins d’importation sont jugés trop élevés

Il y a une grande marge de manœuvre géographique pour le stockage à l’intérieur de l’Allemagne

- La demande future d’hydrogène de l’Allemagne pourrait être bien en deçà du niveau de référence que le pays suppose dans ses plans d’extension de son réseau gazier pour transporter le carburant, selon une étude commandée jeudi par un groupe d’opérateurs de stockage.

Le rapport, qui préconise de stocker plus d’hydrogène à domicile, intervient alors que la plus grande économie d’Europe est sur le point de décider comment placer des milliards d’euros pour développer l’hydrogène vert pour la décarbonisation dans les décennies à venir. L’une des pierres angulaires de la stratégie de Berlin en matière d’hydrogène est un réseau central d’hydrogène de 20 milliards d’euros et de 9 700 km (6 000 miles) décrit dans les plans du caucus des opérateurs de gazoducs FNB Gas en novembre dernier, qui envisageaient une utilisation de l’hydrogène de 279 térawattheures (TWh) par an d’ici 2032.

Mais une étude présentée jeudi par le groupe de stockage INES et préparée par le cabinet de conseil en énergie Aurora prévoit que la demande d’hydrogène ne se situerait qu’entre 73 et 123 TWh jusqu’en 2030. Des points d’échange frontaliers de moins de 10 gigawattheures par heure (GWh/h) d’importations pourraient suffire à répondre à cette demande, selon l’étude d’Aurora, par rapport aux 59 GWh/h envisagés dans le cadre du plan FNB.

Un très gros risque d'actifs échoués 

« La brève analyse d’Aurora illustre à quel point les incertitudes dans la planification du réseau sont encore importantes et à quel point il est grand que des surcapacités puissent être développées qui ne seraient jamais utilisées », a déclaré Sebastian Heinermann, directeur de l’INES.

Le plan de la FNB s’appuie sur la conversion de 60 % des gazoducs existants.

Alors que la montée en puissance du marché de l’hydrogène n’en est qu’à ses débuts, un examen du potentiel géologique prometteur pour le stockage domestique de l’hydrogène offrirait un potentiel d’économies d’investissement, a recommandé Aurora. 

(Parmi les membres de l’INES figurent la société Astora au sein du groupe SEFE, VNG Gasspeicher, Uniper (UN0k.DE) et RWE (RWEG.DE).

 


Sur le même sujet, remarquable article de La Tribune : Transition énergétique : le gros coup de blues de l’hydrogène vert
https://www.latribune.fr/climat/energie-environnement/transition-energetique-le-gros-coup-de-blues-de-l-hydrogene-vert-987956.html

Extraits : 

"On ne va pas pas se mentir, il y  eu une phase de communication trés importante qui a permis d’installer l’hydrogène dans les têtes. Désormais, on entre dans la réalité qui, elle, est plus complexe" ( Philippe Boucly, France hydrogène)

Faiblesse de la demande ...et de la production : "Plusieurs éléments expliquent ce coup de frein. La qualité des électrolyseurs qui ne semble pas être au rendez-vous est souvent évoquée. Mais le grand blocage réside surtout du côté de la demande... ou plutôt de l’absence de demande.... De fait, les industriels restent très frileux à s’engager dans la durée sur des volumes conséquents d’hydrogène vert, dont le prix reste 2 à 3 fois supérieur à l’hydrogène gris, fabriqué à partir d’énergies fossiles.

Marche arrière sur les bus et trains à hydrogène : "Cette faiblesse de la demande se matérialise aussi dans la les promesses de cette minuscule molécule pour décarboner la mobilité lourde terrestre. En France, les villes de Pau et de Montpellier  pour les bus et, en Allemagne,  la Basse-Saxe, qui avait pourtant été la première au monde à lancer une ligne commerciale de train à hydrogène, tournent aussi le dos à ce gaz pour lui préférer la propulsion à batterie"
"De plus en plus de régions en France s’intéressent aux trains à batterie. Sur l’hydrogène, on freine avant même d’avoir démarré car cela ne tient pas la route"... "Je ne vois pas l’hydrogène se développer de manière significative dans la mobilité terrestre. Et dans l’industrie, l’hydrogène va être utilisé comme matière première ou comme agent de procédé, beaucoup moins comme vecteur énergétique "( Cédric Philibert, IFRI)

"Malgré les difficultés du marché de l'hydrogène et  les doutes qui planent sur certains de ses débouchés, plusieurs observateurs s’accordent sur un point : son utilisation pour la production d’ammoniac, dont les procédés reposent déjà sur de l’hydrogène gris, apparaît comme viable à court terme." OK

"L’hydrogène demeure également pertinent pour le transport aérien et maritime, justement sous forme d’ammoniac ou de kérosène de synthèse. Dans un horizon plus lointain, l’hydrogène devrait être utilisé comme outil de flexibilité pour le réseau électrique afin de répondre aux pointes de consommations sans recourir à des combustible fossiles" 

Et voilà, décidément l'hydrogène fait délirer : car enfin le rendement de la transfomation électricité- hydrogène- électricité est tout simplement catastrophique., ce serait comme brûler des sacs Louis Vuitton pour se chauffer ( Samuele Furfari)Pour avis à @Bruno Le Maire

On rappelle cette conclusion de l'Académie des technologies  : 

« L’utilisation massive d’hydrogène comme stockage intermédiaire d’énergie électrique intermittente (éolien et solaire) dans la chaîne Power-to-Gas-to-Power se heurte à des obstacles rédhibitoires tenant aux volumes considérables des stockages d’hydrogène requis et au faible facteur de charge des électrolyseurs et piles à combustible de la chaîne « conversion-stockage-conversion » qui obère considérablement les coûts… »

« Dans tous les cas, le stockage d’une électricité renouvelable variable sous forme d’hydrogène entraine des pertes de conversion de 70 %, à terme peut-être seulement 40 ou 50 %. Dans un environnement disposant de larges réseaux de gaz ou d’électricité les perspectives de rentabilité pour ces solutions semblent très lointaines, à des niveaux de coût carbone bien supérieurs à ce qu’ils sont actuellement. "

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/07/comite-de-prospective-de-la-cre-le.html

3ème article -:  Le rêve de l’Allemagne de construire un parc de centrales à hydrogène s’éloigne...et la solution sera le charbon !

https://www.euractiv.com/section/electricity/news/germanys-dream-of-building-a-fleet-of-hydrogen-fired-power-plants-is-faltering/

Extraits 

"Les projets de construction d’une flotte de centrales électriques à hydrogène pour compléter les éoliennes et les panneaux solaires sont menacés , dans un contexte de compressions budgétaires et d’exigences de réduction des coûts de la part de l’industrie"

"Début août 2023, le gouvernement allemand a annoncé triomphalement que la Commission européenne avait essentiellement donné son feu vert à son projet de centrales électriques de secours subventionnées.

Cela signifiait 8,8 GW de centrales électriques dédiées à l'hydrogène, ainsi que 15 GW de centrales alimentées au gaz naturel, qui devraient passer à l'hydrogène d'ici 2035 au plus tard, ce qui représente au total environ un tiers de la demande électrique de pointe allemande de 2023. 

Étant donné que ces centrales ne produiraient probablement de l’électricité que pendant les périodes de faible vent et d’ensoleillement – ​​connues sous le nom de « kalte Dunkelflaute » – il est peu probable qu’elles réalisent des bénéfices sans le soutien de l’État.

Et surtout, les 7 milliards d'euros annuels prévus à cet effet se sont « évaporés » à la suite d'une décision du plus haut tribunal allemand, qui a restreint l'utilisation par le gouvernement des lignes de crédit approuvées pendant la crise du COVID-19.

En l’absence de centrales à hydrogène disponibles en secours, l’énergie au charbon sera probablement nécessaire pour combler le vide, a prévenu le chef du BDI (NB les electrointensifs allemands)

« Tant que la perspective de nouvelles centrales électriques de secours basées sur l’hydrogène ne se concrétisera pas […] la solution en Allemagne sera la poursuite de l’exploitation des centrales électriques au charbon », a déclaré Russwurm à la presse mardi 16 janvier. .

Commencer tôt était crucial pour lancer la construction, mais avec des modèles économiques et des financements « totalement flous », les centrales électriques à hydrogène ne verront tout simplement pas le jour, a ajouté le chef du BDI."

"Les groupes industriels exhortent désormais le gouvernement à agir. « Le gouvernement fédéral doit maintenant se ressaisir : nous avons besoin d'une stratégie en matière de centrales électriques avec des conditions-cadres claires », a déclaré le 11 janvier l'association du secteur de l'énergie BDEW.

"Au moins 15 gigawatts (GW) de nouvelle capacité de production sécurisée seront nécessaires en Allemagne d'ici 2030", a ajouté l'association. 

Oubliez l’hydrogène, concentrez-vous sur le gaz ou hydrogen ready pas la peine !

Compte tenu des contraintes budgétaires, les deux associations industrielles exhortent le gouvernement à faire des économies et à abandonner les projets de centrales électriques alimentées à l’hydrogène.

« Pour réduire considérablement la complexité et les coûts », le BDEW souligne la nécessité de « réévaluer » le rôle accordé aux centrales de pointe à hydrogène et aux centrales électriques hybrides, en raison de leurs composants coûteux et de leurs impacts limités sur la sécurité d’approvisionnement.

Les centrales électriques existantes ne peuvent pas fonctionner avec de l'hydrogène « pur », car « les brûleurs fondraient tout simplement », a-t-il expliqué. Pour résoudre ce problème, il faudrait équiper les usines de céramiques, ce qui les ferait ressembler au nez d'un vaisseau spatial replié vers l'intérieur – un processus qui peut être réalisé mais qui est coûteux, a déclaré le chef du BDI.  

« Si ces centrales sont censées fonctionner uniquement lorsque le soleil ne brille pas et que le vent ne souffle pas, elles seront extrêmement coûteuses », a-t-il ajouté.

"Je ne parle même pas du coût de l'hydrogène, que nous n'avons pas, mais seulement des coûts d'investissement de ces nouvelles turbines à gaz et de leurs nouveaux périphériques."

En fin de compte, cela signifie que le projet allemand d’abandonner complètement l’énergie au charbon d’ici 2030 semble peu susceptible de se concrétiser. Et  l’Allemagne devra continuer à s’appuyer sur des centrales électriques au gaz pour répondre à la demande croissante d’électricité.

Sur l'hydrogène, voire également sur ce blogN


https://vivrelarecherche.blogspot.com/2023/03/securite-du-developpement-de-la-filiere.html
https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/09/les-enjeux-de-lhydrogene-le-rapport-de.html
https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/09/les-enjeux-de-lhydrogene-le-rapport-de_9.html

mardi 15 août 2023

Les plans fous que l’Allemagne veut imposer à l’Europe pour l’hydrogène !

 1) l’Allemagne manipule l’Europe avec son plan hydrogène

Remarquable article de Michel Gay : https://www.contrepoints.org/2023/08/09/461428-lallemagne-manipule-leurope-avec-son-plan-hydrogene

Extraits : L’Allemagne annonce la construction de presque 24 gigawatts (GW) de centrales « à hydrogène » qu’elle veut faire subventionner par l’Union européenne.

Après avoir supprimé environ 20 gigawatts (GW) de nucléaire bas carbone (17 réacteurs), l’Allemagne comptait sur les énergies renouvelables intermittentes (EnRI) pour les remplacer. Mais les productions fatales de ces dernières étant insuffisantes, ce pays a conservé son parc pilotable au gaz et au charbon qui reste indispensable en soutien 

« Pour masquer l’échec de sa transition énergétique (Energiewende) et obtenir en plus des subventions de l’Union européenne, l’Allemagne a donc imaginé ce projet ubuesque de 24 GW de centrales électriques, dites « à hydrogène ».

En réalité, ce sont des centrales à gaz capables de brûler aussi de l’hydrogène, mais qui doivent être subventionnées, car leur fonctionnement intermittent en complément des productions elles-mêmes intermittentes des EnRI, va limiter leur rentabilité. »

NB : là-dessus, ne pas hésiter à aller sur le compte parodique RACG @charbongaz   (il faut bien préciser parodique parce qu’ils ont eu des problèmes) qui traite très bien de cette problématique

 

« Dans cet objectif, l’Allemagne prévoit, dès 2024, de  lancer des appels d’offres pour près de 9 GW de nouvelles centrales à gaz censées fonctionner dès le départ à l’hydrogène. »

Et quand bien même ces centrales hydrogen ready fonctionneraient à l’hydrogène, la question à plusieurs milliards reste :

« Et d’où viendrait l’hydrogène consommé dans ces centrales « à gaz » ?

Selon l’Allemagne, l’électricité requise serait majoritairement produite par des éoliennes en mer…

McKinsey estime à 30 GW au moins le manque de moyens pilotables en Allemagne à l’horizon de 2030. Ce cabinet d’experts doute que les conditions pour la construction des nouvelles centrales soient remplies en temps voulu. Notamment, la bascule vers un hydrogène « vert » à un prix raisonnable reste incertaine, voire illusoire.

 

La capacité nationale de production d’énergies éolienne et solaire (estimée à environ 100 TWh en 2030) ne suffira pas à couvrir le besoin d’électricité pour la production d’hydrogène dont les importations seront indispensables, comme les importations de gaz méthane aujourd’hui.


Ben c’est pas grave et c’est là que c’est rusé ; parce qu’en attendant Godot  hydrogène vert, ces centrales hydrogène ready pourront très bien fonctionner… et même se rentabiliser  au gaz classique…tout en étant financée au nom de la transition écologique et par des crédits verts. Rusé !

D’où le titre de l’article de Michel Gay : « l’Allemagne manipule l’Europe avec son plan hydrogène » : 

« Si les subventions pour ces centrales à gaz « dites à hydrogène » sont attribuées par l’Europe, il s’agira de la deuxième arnaque du siècle réussie par l’Allemagne, après avoir fait croire que les énergies éolienne et solaire pouvaient assurer son avenir énergétique !

Pendant ce temps, la France bataille pour que l’Union européenne l’aide financièrement à prolonger ses centrales nucléaires (émettant moins de carbone (4 g CO2/kWh) que l’éolien ou le solaire), et à en construire de nouvelles. »

 

Pas mieux !

 

Quasi-simultanément, Jean-Marc Jancovici publie un post linked dans lequel il critique un rapport de Deloitte, très proche de la vision allemande :  L’hydrogène vert : un accélérateur de transition vers la neutralité carbone Analyse mondiale du marché de l’hydrogène vert à horizon 2050.

 

2) Le rapport de Deloitte : L’hydrogène vert : Analyse mondiale du marché de l’hydrogène vert à horizon 2050

 

Extraits

 

« La demande européenne en hydrogène décarboné pourrait atteindre jusque 95 millions de tonnes en 2050. A cet horizon, l’Europe serait le quatrième marché régional de l’hydrogène en valeur, générant presque 200 milliards de dollar de revenus par an. »

 

« L’Europe pourra s’appuyer sur ses propres ressources pour produire des volumes conséquents d’hydrogène décarboné, en particulier pour les usages en hydrogène pur, plus difficile à transporter sur de longues distances. Deloitte estime que la production européenne pourrait atteindre 55 millions de tonnes par an d’ici à 2050. Du fait de ses caractéristiques géographiques, il lui sera cependant difficile de satisfaire l’intégralité de sa demande à un coût abordable. L’Europe pourrait ainsi s’appuyer sur des partenaires nord-africains, du Moyen-Orient, d’Afrique sub-saharienne, ou nord-américains pour fournir jusqu’à 40 % de sa demande globale. »

 

« D'ici à 2050, les principaux exportateurs devraient être l'Afrique du Nord (110 milliards de dollars par an), l'Amérique du Nord (63 milliards de dollars), l'Australie (39 milliards de dollars) et le Moyen-Orient (20 milliards de dollars). »



https://www2.deloitte.com/fr/fr/pages/sustainability-services/articles/hydrogene-vert-accelerateur-de-transition-vers-neutralite-carbone.html

 

3) La réponse de Jancovici : il manque le principal : faire quelques règles de trois


https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7095161561777848320/

 

Extraits : « Deloitte publie un rapport sur "l'hydrogène vert, qui est repris par Les Echos avec un titre très emphatique. Exit le pétrole, voici l'hydrogène vert !... »

 

« Le travail de Deloitte évoque une production de 600 millions de tonnes d'H2 vert en 2050. Le contenu énergétique de l'hydrogène est de 33 kWh par kg. 600 millions de tonnes d'H2 ont donc un contenu énergétique de 20.000 TWh (1 TWh = 1.000.000.000 kWh). C'est le contenu énergétique de 40% de la production mondiale actuelle de pétrole, ou 50% de celle de gaz. Là ca semble déjà plus impressionnant ! »

 

Le rendement de l'électrolyse est d'environ 70%. Pour produire ces 600 millions de tonnes d'H2 il faut donc environ 28.000 TWh d'électricité, soit... la totalité de la production électrique mondiale actuelle, ou environ 3,5 fois la production ENR actuelle en incluant l'hydro (et bien évidemment si on prend cette électricité pour faire de l'hydrogène, elle n'est plus disponible pour ses usages actuels). »

 

« Parlons argent : le rapport évoque un marché de 280 milliards de dollars pour les exportateurs de cet hydrogène vert. Au vu du contenu énergétique évoqué ci-dessus… ca semble peu. Accessoirement se risquer à évoquer un prix à la tonne dans 27 ans me paraît un poil osé…


Si l'on se limite à parler coût de revient, il faut alors "prévoir" le coût futur des dispositifs solaires et éoliens qui seront mobilisés. Or, les coûts actuels de production de ces dispositifs sont obtenus dans un monde où l'industrie est extraordinairement productive grâce aux combustibles et les transports très faciles grâce au pétrole.

Que restera-t-il de cette "productivité" dans un monde dépourvu de combustibles fossiles, ce qui est l'hypothèse implicite légitimant de produire de l'hydrogène “vert” ? »

 

« Autre question : pourquoi les pays d'Afrique du Nord ou d'Amérique du Sud affecteraient en priorité leurs ENR à fournir en H2 des européens ou des asiatiques ne souhaitant pas devenir sobres, plutôt qu'à leur propre décarbonation ? » (cf ci -après l'écocolonialisme)

 

« Deloitte évoque 3 points de vigilance pour les pouvoirs publics. Il me semble qu'il manque le principal : faire quelques règles de trois et se poser quelques questions avant de prendre nos paris ! La production électrique a certes un peu plus que doublé sur les 27 dernières années. Mais.... cela s'est surtout fait avec du charbon et du gaz ! »

 

Sur ce point de l’hydrogène et de sa bulle éventuelle, un auteur est particulièrement intéressant à suivre : Samuele Furfari

, cf. par exemple

 

4)S. Furfari :  Hydrogène vert, un siècle et toujours du vent. L’écocolonialisme.

 

https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/hydrogene-vert-un-siecle-et-toujours-du-vent-950641.html

https://www.science-climat-energie.be/2021/11/07/lecocolonialisme-au-pays-du-surrealisme/

 

Extraits

 

« Les sympathiques idées de John Haldane le sont toujours après un siècle, de sorte que l'hydrogène restera toujours l'énergie du futur. L'hydrogène est indispensable à la vie d'une société moderne. Il n'est pas du tout nécessaire pour la politique énergétique. Il restera l'éternelle utopie. » ( JBS Haldane, généticien et biologiste britannique qui s’est risqué en 1923 dans un discours à Cambridge à prédire une socitété basée sur l’hydrogène renouvelable) »

  

« Parler de l’hydrogène est la dernière trouvaille des politiques pour faire croire qu’ils maîtrisent la technique en promouvant un produit propre « dont la combustion ne produit que de l’eau » suivant le slogan d’un constructeur automobile ; cette référence est particulièrement déplacée, dans la mesure où le rendement énergétique d’une voiture électrique à batterie est trois fois supérieur à celui d’une voiture à hydrogène. »

 

«  On aimerait connaître le prix de l’hydrogène produit en Namibie ; dans plusieurs publications récentes, avec mon collègue italien Alessandro Clerici, nous montrons dans un article publié par Science-climat-énergie que la production d’hydrogène dit vert est une aberration économique, car le coût de production est exorbitant. Même à partir de solaire dans les Émirats arabes unis le coût de production en 2030 serait de 2 €/kg avec un très haut rendement d’électrolyse de 69 %, un discounted rate de 8 % et un CAPEX de 450 €/kW. »

 

On aimerait savoir quel est le coût de l’hydrogène rendu au port d’Anvers, le pôle pétrochimique qui a bien besoin de cette molécule noble. …transporter de l’hydrogène ce n’est pas comme transporter du gaz naturel. C’est bien plus compliqué à cause de la nature chimique de la molécule.

 

Cette question du transport de l’hydrogène en mer a déjà été étudiée sur toutes ses facettes par les fonctionnaires européens dans les recherches mentionnées ci-dessus. Par exemple, afin d’importer dans l’UE de l’hydrogène qui aurait dû être produit par l’abondante hydroélectricité du Québec, un protocole d’accord entre le ministère des Ressources naturelles de la province canadienne et la Commission européenne a été signé en 1988. Les calculs ont montré que les solutions envisagées étaient impraticables : 54 % de perte d’énergie à cause de la transformation chimique du toluène en méthylcyclohexane dans le sens Canada UE, et inversement. De plus, transporter à vide 92 kg de toluène pour transporter 2 kg d’hydrogène est bien évidemment une aberration.

 

« La ministre explique que la moitié de l’hydrogène restera sur place en Namibie. Si c’est pour l’utiliser à la production d’engrais pour donner à manger à la population on peut s’en réjouir, puisque c’est là un usage incontournable de l’hydrogène. Mais ils pourraient très bien aussi le produire à moindre coût à partir de gaz naturel… »

 

« Lorsque les chercheurs du Centre commun de recherche de la Commission Européenne ont travaillé sur l’hydrogène, c’était pour le faire à partir de l’électricité nucléaire, la bête noire de la ministre belge. Mes calculs avec Alessandro Clerici publiés par Science-climat-énergie ont montré que la seule façon de limiter les coûts de la production d’hydrogène – mais toujours plus cher qu’à partir du gaz naturel  – est avec l’électricité produite par les centrales nucléaires existantes »

 

« Dernier point, gardé pour la fin, car il est le plus honteux. En 2019 d’après la Banque mondiale 55 % de la population de la Namibie est connectée au réseau électrique. Et comme partout en Afrique, le système électrique est très instable ce qui occasionne des coupures d’alimentation récurrentes (la principale source pour la production d’électricité pour les personnes nanties en Afrique est le diesel qui alimente les groupes électrogènes domestiques). »

 

 « Comment peut-on seulement penser à aller produire de l’hydrogène pour un souci de pays surréaliste, en l’occurrence la Belgique, dans un pays pauvre ? Cela est aussi indigne que l’idée saugrenue allemande du projet Desertec pour produire de l’électricité dans le Sahara à transporter en Allemagne. L’échec éthique et économique de ce projet n’a pas suffi à l’Allemagne qui envisage à présent de produire de l’hydrogène au Maroc. Est-ce parce que la Namibie est son ancienne colonie que l’Allemagne laisse la place à la Belgique ? « 

 

« La Commission européenne ― toujours prête à copier l’Allemagne ― dans sa stratégie hydrogène du 7 juillet 2020 a osé proposer l’écocolonialisme par l’hydrogène en Afrique, mais heureusement le Conseil européen du 11 décembre 2020 a refusé d’entériner cette faute éthique. »

 

« Si l’on veut que l’Afrique se développe, une chose est à faire en premier : doter le continent d’une production d’énergie abondante et bon marché. Un article du 5 novembre 2021 qui me cite lors du colloque «Le paradoxe africain», tenu le 10 juin dernier à l’École militaire de Paris, rappelle fort opportunément que « nous autres Européens consommons 6 100 kWh/an par personne, et les Africains 530 kWh/an par personne, soit 12 fois moins. De plus, nous savons que si la population africaine va augmenter de façon importante dans les prochaines années, elle aura besoin d’encore plus d’énergie ».


"La Belgique surréaliste préférerait ainsi capturer l’électricité des Africains en situation de pauvreté énergétique. . L’écocolonialisme est-il le nouveau colonialisme à la belge? »



vendredi 10 juin 2022

Acte délégué de la Commission Européenne sur l’hydrogène renouvelable : La priorité n’est pas l’hydrogène renouvelable, mais l’hydrogène bas carbone !

Contexte :  La Commission a en préparation un acte délégué sur l’hydrogène renouvelable, qui est actuellement en consultation jusqu’au 17 juin minuit !

https://ec.europa.eu/info/law/better-regulation/have-your-say/initiatives/7046068-Production-de-carburants-renouvelables-pour-le-transport-part-delectricite-dorigine-renouvelable-exigences-_fr

« Afin de considérer l’hydrogène comme entièrement renouvelable, la production d’hydrogène renouvelable devrait donc encourager le déploiement de nouvelles capacités de production d’électricité renouvelable ».

En fait cet acte délégué sur l’hydrogène est essentiellement un acte délégué pour la promotion des énergies dites renouvelables, ce qui constitue une grave erreur de nature à entraver le développement nécessaire d’une production industrielle massive d’hydrogène bas-carbone.

Extraits :

RÈGLEMENT DÉLÉGUÉ (UE) .../... DE LA COMMISSION XXX complétant la directive (UE) 2018/2001 du Parlement européen et du Conseil par l’établissement d’une méthodologie de l’Union établissant des règles détaillées pour la production de carburants liquides et gazeux renouvelables destinés au transport d’origine non biologique.

1) « Les carburants liquides et gazeux renouvelables destinés aux transports d’origine non biologique sont importants pour accroître la part des énergies renouvelables dans les secteurs qui devraient dépendre des combustibles gazeux et liquides à long terme »

2) « Le contenu énergétique de presque tous les carburants liquides et gazeux renouvelables d’origine non biologique est basé sur l’hydrogène renouvelable produit par électrolyse. L’intensité d’émission de l’hydrogène produit à partir d’électricité fossile est considérablement plus élevée que l’intensité d’émission de l’hydrogène produit à partir du gaz naturel dans les procédés conventionnels. L’utilisation d’hydrogène renouvelable ne conduira donc à des réductions des émissions de gaz à effet de serre que si les incitations à une augmentation de la production d’électricité fossile sont empêchées par une augmentation de la production d’électricité renouvelable. Compte tenu de l’énorme quantité de production supplémentaire d’électricité renouvelable nécessaire pour progresser dans la décarbonisation de la production actuelle d’électricité fossile, cela ne peut être assuré qu’en incluant des critères stricts d’additionnalité dans cette méthodologie. »

3) « Afin de considérer l’hydrogène comme entièrement renouvelable, la production d’hydrogène renouvelable devrait donc encourager le déploiement de nouvelles capacités de production d’électricité renouvelable (principe d’additionnalité) ou avoir lieu à des moments où les électrolyseurs soutiennent l’intégration de la production d’énergie renouvelable dans le système électrique ou dans des zones de dépôt des offres où l’électricité renouvelable représente déjà la part dominante et l’ajout de capacités supplémentaires de production d’électricité renouvelable ne permettrait pas  être nécessaire ou possible

8) Si l’installation produisant de l’électricité renouvelable et l’installation produisant de l’hydrogène sont non seulement directement connectées, mais sont également connectées au réseau, il convient de fournir la preuve que l’électricité utilisée pour produire de l’hydrogène est fournie par le raccordement direct. L’installation fournissant de l’électricité pour la production d’hydrogène par le biais d’une connexion directe devrait toujours fournir de l’électricité renouvelable. S’il fournit de l’électricité non renouvelable, par exemple obtenue à partir du réseau, l’hydrogène résultant ne sera pas considéré comme renouvelable. »

9) « En ce qui concerne l’hydrogène renouvelable produit à partir d’électricité provenant du réseau, sa production devrait encourager, par le biais d’un contrat d’achat d’électricité, le déploiement de nouvelles capacités de production d’électricité renouvelable qui ne bénéficient pas déjà d’un soutien financier »

10) « Afin de garantir que l’hydrogène renouvelable est produit à partir d’électricité renouvelable, la production d’électricité renouvelable devrait avoir lieu en même temps que la consommation d’électricité pour la production d’hydrogène renouvelable et il ne devrait pas y avoir de congestion du réseau électrique entre l’électrolyseur produisant de l’hydrogène renouvelable et l’installation produisant de l’électricité renouvelable. »

(11) « Afin de démontrer que la production d’électricité produite à partir de sources renouvelables a lieu en même temps que la consommation d’électricité, les producteurs d’hydrogène devraient démontrer que la production d’hydrogène renouvelable a lieu à la même heure civile que la production d’électricité renouvelable ou que l’électricité renouvelable qui a été stockée localement pendant ces périodes est utilisée. »

Commentaire sur l’additionnalité

« L’additionnalité signifie que la nouvelle production d’énergie renouvelable est construite pour les nouveaux projets d’hydrogène. L’acte délégué prévoit une période d’introduction progressive de règles plus strictes jusqu’en 2026. Seuls les nouveaux parcs éoliens et solaires non subventionnés pourront être utilisés pour produire de l’hydrogène renouvelable.

À partir du 1er janvier 2027, la production d’hydrogène devra également avoir lieu dans la même heure que la production d’électricité, précise la Commission. Avant cette date, il faut une correspondance mensuelle entre la production d’électricité et la production d’hydrogène »

Réaction de RWE :

« Markus Krebber, PDG de RWE, déclare :

“Les règles détaillées concernant les critères relatifs à l’hydrogène […] freineront les investissements nécessaires dans les années à venir…

Le lien temporel signifiera également que les électrolyseurs resteront inactifs pendant les périodes de faible production d’énergie. Des secteurs tels que la mobilité électrique n’ont pas de telles exigences. De plus, le marché des émissions de l’Union européenne plafonne les émissions de carbone du secteur de l’électricité.

Le groupe industriel Hydrogen Europe et ses membres du secteur des services publics font depuis longtemps pression en faveur d’un assouplissement des règles d’additionnalité. L’entreprise déclare qu’il ne sera pas possible de développer la technologie si les exigences sont trop strictes 

Commentaire : c’est parfaitement vrai, la production d’hydrogène à partir d’énergies intermittentes est une aberration technique et économique, les électrolyseurs doivent être utilisés 24h/24.

Proposition de réaction

Il existe un large consensus sur le fait que l’hydrogène est appelé à jouer un rôle crucial dans la transition énergétique, notamment dans la décarbonation des procédés industriels, certains transports lourds, la chimie, les piles à combustibles et que les besoins en hydrogène vont augmenter de manière très important. Actuellement, l’hydrogène est produit très majoritairement (95% dans l’UE) par craquage d’hydrocarbure, un procédé très émetteur de gaz à effets de serre  (typiquement 12 tonnes CO2 par tonnes d’hydrogène). Une solution industrielle alternative permettant une production massive d’hydrogène existe, il s’agit de l’électrolyse de l’eau ; elle sera bas-carbone si l’électricité utilisée est elle-même bas carbone.

En confondant une fois de plus un moyen particulier (les énergies renouvelables) avec le but  recherché (l’utilisation d’une électricité bas-carbone), la Commission fait fausse route et commet une grave erreur de nature à entraver le développement nécessaire d’une production industrielle massive d’hydrogène bas-carbone. Et ceci pour plusieurs raisons, qui ont notamment été indiquées dans un rapport de l’Académie des Technologies (Rôle de l’hydrogène dans une économie décarbonée, juillet 2020)

1) « Le coût d’investissement des électrolyseurs est élevé et ils ne peuvent se contenter de fonctionner exclusivement dans les périodes de surplus d’électricité ; la rentabilité de la production d’énergie intermittente implique qu’elle soit vendue en moyenne à un prix égal à son coût de production actualisé ». La production d’hydrogène décarboné exclusivement à partir d’énergies intermittentes ne peut se faire qu’à coût prohibitif.

2) Il y a aussi un problème d’ordre de grandeur : « produire la moitié de l’hydrogène actuellement consommé en France (922 kt) par électrolyse nécessiterait près de 50 TWh d’électricité ; si l’hydrogène est utilisé pour décarboner certaines industries ou pour produire du gaz et des carburants de synthèse. Il faudrait au moins prévoir pour la France près de 300 TWh d’électricité, ce qui dépasse de très loin les excédents d’électricité intermittente d’un mix 100 % renouvelable. Avec l’exigence d’additionnalité, c’est un nombre considérable et même inenvisageable d’éoliennes supplémentaires qu’il faudrait mettre en service (en 2020, la production éolienne française était de 14.5 Tw.h)

L ‘hydrogène  renouvelable ainsi que défini par le projet d’acte délégué ne peut donc ni techniquement, ni économiquement répondre aux besoins en hydrogène bas-carbone que nécessite une transition climatique réussie. Pour produire de l’hydrogéne bas- carbone, il existe deux solutions

- En Europe, un  recours massif à la source d’électricité de base décarbonée et pilotable  qu’est le nucléaire, et donc une politique d‘investissements majeurs  dans la prolongation du nucléaire existant et  dans le nouveau nucléaire. La production d’hydrogène pourrait ainsi s’appuyer sur une électricité très décarbonée fournie par le réseau ou sur une production nucléaire dédiée. Il existe notamment des projets de SMR fonctionnant à haute température qui permettraient d’utiliser à la fois l’électricité et la chaleur produites pour obtenir un processus d’électrolyse à haute température qui augmenterait  de 10 points ( jusqu’à85%) le rendement de l’électrolyse

- Certains pays envisagent d’importer massivement l’hydrogène de pays hors de l’Union Européenne bien dotés en énergie renouvelable à l’instar de leurs importations actuelles de gaz naturel. Cette stratégie nous exposerait une fois de plus à une dépendance énergétique majeure à une production extra-européenne.  Le bilan carbone et le bilan environnemental de l’hydrogène ainsi produit et transporté, calculé de la source au point d’utilisation, sont bien inférieurs à celui d’une production nucléaire locale ;  le bilan économique et en termes d’emplois dans l’Union Européenne aussi . Sur un plan plus politique, de tels projets ont été qualifiés par le Dr Samuele Furfari, ancien haut fonctionnaire à la direction générale de l’énergie de la Commission européenne, « d’écolonialisme au pays du surréalisme ».

Au terme de plusieurs années de discussion, nous en sommes aujourd’hui à une catégorisation de l’hydrogène en au moins cinq « couleurs » : gris ( cracking d’hydrocarbure),  vert ( renouvelable), bleu ( gaz décarbonné), rose ( nucléaire), jaune ( mix électrique bas-carbone ). En matière d’hydrogène comme dans les autres domaines une  stratégie de décarbonation réussie implique d’arrêter les délires métaphysiques et de rompre avec le dogmatisme anti-nucléaire ; elle ne peut se baser sur l’ignorance des réalités physiques les plus élémentaires et doit suivre, en ce qui concerne les sources d’énergie, le principe de neutralité technologique à efficacité climatique.

Par conséquent, il nous semble opportun d’annuler cet acte délégué qui ne répond en aucune façon à la problématique et compromet le but même dans lequel il est proposé. Suivant l’avis de l’Académie Française des technologies, nous demandons 1) que la classification des différents types d’hydrogène soit exclusivement basée sur une analyse CO2 émis pendant le cycle de vie et jusqu’au point de distribution et que 2) comme le proposait l’acte délégué présenté le 23 avril 2021 par la Commission soit défini comme bas-carbone et éligible à la taxonomie la production qui dégage moins de 3 kg de CO2 par kg d’hydrogène.

Draft answer to the Commission consultation:

There is a large consensus that hydrogen is expected to play a crucial role in the energy transition, particularly in the decarbonisation of industrial processes, heavy transports, chemicals, fuel cells and that hydrogen needs will increase very significantly. Currently, hydrogen is produced overwhelmingly (95% in the EU) by cracking hydrocarbons, a process that emits a lot of greenhouse gases (typically 12 tonnes CO2 per tonne of hydrogen). An alternative solution allowing an industrial  massive production of hydrogen exists, which is the electrolysis of water : this process  is low-carbon if the electricity used is itself low-carbon.

By confusing once again a particular means (renewable energies) with the desired goal (the use of low-carbon electricity), the Commission is on the wrong track and is making a serious mistake that will hinder the necessary development of industrial production of low-carbon hydrogen. This for several reasons, which were notably indicated in a report by the Academy of Technologies (Role of hydrogen in a decarbonized economy, July 2020). Main two ones are :

1) "The investment cost of electrolysers is high and they cannot be satisfied with operating exclusively in periods of surplus electricity; the profitability of intermittent energy production implies that it is sold on average at a price equal to its discounted cost of production". The production of carbon-free hydrogen exclusively from intermittent energies can only be done at prohibitive cost.

2) There is also a problem of order of magnitude: "Producing half of the hydrogen currently consumed in France (922 kt) by electrolysis would require nearly 50 TWh of electricity; whether hydrogen is used to decarbonise certain industries or to produce gas and synthetic fuels, it would be necessary to at least provide nearly 300 TWh of electricity, which far exceeds the intermittent electricity surpluses of a 100% renewable mix”. With the requirement of additionality, it is a considerable and even inconceivable number of additional wind turbines that would have to be commissioned (in 2020, french wind production was 14.5 Tw.h)

Renewable hydrogen, as defined in the draft delegated act, can therefore neither technically nor economically meet the low-carbon hydrogen needs required for a successful climate transition. To produce low-carbon hydrogen, there are two solutions :

1) In Europe, a massive use of the carbon-free and controllable source of baseload electricity that is nuclear, and therefore a policy of major investments in the extension of existing nuclear power plants  and in new nuclear power. Hydrogen production could thus rely on highly carbon-free electricity supplied by the grid or on dedicated nuclear production. In particular, there are projects for high-temperature SMRs that would make it possible to use both the electricity and heat produced to obtain a high-temperature electrolysis process that would increase the efficiency of electrolysis by 10 points (up to 85%)

- Some countries are considering massive imports of hydrogen from countries outside the European Union that are well endowed with renewable energy, similar to their current natural gas imports. This strategy would once again expose us to a major energy dependence on non-European production.  The carbon footprint and environmental balance of the hydrogen thus produced and transported, calculated from source to point of use, are much less favourable than that of local nuclear production.  This is also true for the economic balance and in terms of jobs in the European Union. On a more political level, such projects have been described by Dr Samuele Furfari, a former senior official in the European Commission's Directorate-General for Energy, as "ecolonialism in the land of surrealism".

After several years of discussion, we are now at a categorization of hydrogen into at least five "colors": gray (hydrocarbon cracking), green (renewable), blue ( gas with carbon capture), pink (nuclear), yellow (low-carbon electricity mix). In hydrogen as in other areas, a successful decarbonization strategy involves stopping metaphysical delusions and breaking with anti-nuclear dogmatism; it cannot be based on ignorance of the most basic physical realities and must follow, as regards energy sources, the principle of technological neutrality with climate efficiency.

Therefore, it seems appropriate to cancel this delegated act, which in no way addresses the problem of hydrogen production and undermines the very purpose for which it is proposed. Following the opinion of the French Academy of Technologies, we ask 1) that the classification of the different types of hydrogen be based exclusively on a CO2 analysis emitted during the life cycle and up to the point of distribution and that 2) as proposed in the delegated act presented on 23 April 2021 by the Commission, define as low-carbon and eligible for the taxonomy an hydrogen  production that emits less than 3 kg of CO2 per kg of hydrogen.