Viv(r)e la recherche se propose de rassembler des témoignages, réflexions et propositions sur la recherche, le développement, l'innovation et la culture



Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est environnement. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est environnement. Afficher tous les articles

mercredi 4 octobre 2023

L’Espagne et l’éolien en mer

 L’Espagne, qui a le même problème vis-à-vis de l’éolien en mer que la France (des côtes pentues et rocheuses ) a beaucoup mieux négocié avec la Commission Européenne que la France puisqu’elle n’envisage pas plus  de  3 GW d’éolien en mer  soit 7,5 %  de ce que prévoit la France (40 GW)  

N’empéche que les Espagnols se battent contre leurs 3 GW  et que cela fait quelque bruit

1) Des scientifiques de l’Université de Girona  considèrent que la préservation des aires protégées et de leurs zones tampons est incompatible avec le développement de projets éoliens offshore

« Les scientifiques sont  arrivé à des conclusions et des recommandations importantes pour les gestionnaires et les planificateurs maritimes. La première est qu’il est essentiel d’appliquer le principe de précaution jusqu’à ce que des informations solides sur l’impact de l’éolien offshore flottant soient disponibles. Pour cette raison, ils considèrent que cette technologie et ses essais pilotes ne devraient pas être développés dans des zones de grande valeur pour la biodiversité. C’est-à-dire que l’éolien offshore doit être exclu des zones protégées et de leurs zones tampons »

 

« Les aires marines protégées doivent être considérées comme des solutions fondées sur la nature pour atténuer les effets du changement climatique », c’est pourquoi « l’équilibre entre les bénéfices (réduction du dioxyde de carbone) et les risques pour la biodiversité doit être bien analysé » avant de prendre des décisions sur l’éolien offshore..

https://www.rebeldes.info/2023/10/cientificos-de-la-universitat-de-girona-consideran-incompatible-la-preservacion-de-las-areas-protegidas-y-sus-zonas-de-amortiguacion-con-la-eolica-marina.html?m=1&s=09

2) La Fondation Cousteau met en garde contre l’éolien offshore en raison de son impact négatif sur la biodiversité et de son équilibre difficile avec le tourisme durable et la pêche artisanal

« l’énergie éolienne marine n’est pas exempte d’impacts négatifs sur l’environnement » . Avec l’augmentation de ce type de projets depuis les années 90 en Europe du Nord , on ne peut plus ignorer que les études d’impact environnemental sur ces macrostructures font ressortir , entre autres problèmes, des  pertes possibles de biodiversité,  la destruction des habitats, l’émission de polluants et la prolifération d’espèces envahissantes pendant les phases de construction, d’exploitation et de démantèlement des parcs éoliens offshore. »

« De plus, le bruit associé à la construction, au déclassement et à l’exploitation des éoliennes peut dépasser 200 dB et affecter considérablement pratiquement toutes les espèces marines à distance de marche de la source de perturbation. Ainsi, la communication, le choix des routes migratoires et des habitats et le stress physique et physiologique peuvent être sérieusement impactés par la pollution sonore chez d’innombrables organismes de faune marine présents de façon permanente ou saisonnière, outre les cétacés, les poissons et les tortues marines courent le risque d’entrer en collision avec les navires en charge des opérations de construction et de maintenance de ces projets. »

https://contrainformacion.es/la-fundacion-cousteau-alerta-sobre-la-eolica-marina-por-su-impacto-negativo-sobre-la-biodiversidad-y-su-dificil-equilibrio-con-el-turismo-sostenible-y-la-pesca-artesanal/

3) WWF, Greenpeace, Amis de la Terre :  un exercice d’écoblanchiment sans précédent ! 


https://www.rebeldes.info/2023/09/seo-birdlife-y-wwf-sobrepasan-todas-las-lineas-rojas-del-ecol

"Le dernier rapport des auditeurs de la Cour des comptes de l'UE estime que "les effets environnementaux et socio-économiques de l'expansion rapide prévue" de cette technologie "n'ont pas été évalués de manière adéquate" et craint que l'expansion de l'éolien en mer en Europe "soit préjudiciable à l'environnement marin, tant au-dessous qu'au-dessus du niveau de la mer".

"La réaction des employeurs du secteur de l'énergie éolienne ne s'est pas fait attendre et a pris la forme d'un exercice d'écoblanchiment sans précédent par le biais du groupe appelé "Offshore Coalition for Energy and Nature-Mediterranean Sea (Med OCEaN)", dans lequel 15 organisations ont signé un accord visant à promouvoir le développement "durable" de l'éolien offshore en Méditerranée et dans l'Atlantique et à faire connaître leur engagement à "préserver la santé des écosystèmes marins et à prévenir la perte de la biodiversité".

"Ainsi, aux côtés de l'Asociación Empresarial Eólica (AEE) et d'entreprises comme Bluefloat Energy, promoteur du controversé Parc Tramuntana, des organisations environnementales comme SEO/Birdlife et WWF, qui ont vu il y a quelques mois leurs conseils d'administration dénoncés publiquement par plus de 200 groupes environnementauxs  de toute l'Espagne pour leur manque d'implication dans les abus commis par les grandes entreprises dans ce type de projet.

Ces groupes ont rappelé aux dirigeants de ces ONG et d'autres grandes ONG telles que Greenpeace, Ecologists in Action et les Amis de la Terre que "la crise de la biodiversité est une menace aussi importante que le changement climatique et que l'on ne peut atténuer l'une en exacerbant l'autre »

https://www.rebeldes.info/2023/09/seo-birdlife-y-wwf-sobrepasan-todas-las-lineas-rojas-del-ecologismo-y-se-alian-con-la-patronal-para-promocionar-la-eolica-marina.html?m=1&s=09

Eric Sartori pour PiEBîEM

samedi 23 septembre 2023

Quand la Cour européenne des Comptes tacle les Énergies marines renouvelables dans l’UE : « des plans de croissance ambitieux, mais une durabilité difficile à garantir »

 Rapport de la Cour Européenne des Comptes septembre  2023

« La mer n'est pas vide, et contrairement aux apparences, elle n'est pas libre ». (CNDP rapport sur l’éolien en Normandie)

1) Des  objectifs ambitieux qui pourraient être difficiles à atteindre. À cela s’ajoute le fait que la durabilité sociale et environnementale du développement des énergies marines renouvelables est loin d’être garantie.

1a) Des objectifs élevés qui  requerront un espace maritime très vaste dans une mer du Nord déjà encombrée

« La stratégie de l’Union sur les énergies renouvelables en mer fixe des objectifs élevés, à savoir 61 GW de capacité installée à l’horizon 2030 et 340 GW à l’horizon 2050. »

Trois des quatre États membres audités  (Allemagne, Pays-Bas, France) envisageaient un déploiement des énergies marines renouvelables sur une grande échelle, l’Espagne  non !

En juillet 2022, l’Allemagne a très nettement revu à la hausse ses objectifs en matière d’EMR et les a portés à 30 GW pour 2030, à 40 GW pour 2035 et à 70 GW pour 2045. La réalisation de ces objectifs requerra d’utiliser un espace maritime beaucoup plus vaste.

Idem pour les Pays-Bas qui déploient l’éolien en mer du Nord depuis 2007. Avec 3,2 GW , il sont au second rang de l’UE.  Le dernier objectif en date est d’atteindre une capacité installée de 21 GW en 2030; comme en Allemagne, le réaliser requerra un espace maritime très vaste dans une mer du Nord déjà encombrée »

Objectifs élevés : sauf en Espagne, « L’Espagne n’envisage pas plus 3 GW d’éolien en mer et  estime que sa contribution à l’objectif de l’UE en matière d’énergies renouvelables puisera dans les secteurs de l’éolien terrestre et du photovoltaïque »

« Le déploiement commercial des énergies océaniques ne devrait pas se généraliser avant 2030 et, d’ici là, leur contribution à la réalisation des objectifs en matière d’énergies renouvelables sera très probablement marginale »

 



1b) Des objectifs compromis par les dépendances en métaux et matériaux critiques

« Il faudra cependant accélérer nettement le rythme annuel de déploiement, et la récente flambée de l’inflation pourrait ralentir le développement de l’éolien en mer. Le rythme de développement peut également dépendre de la disponibilité des matières premières nécessaires au déploiement des technologies en mer, pour lesquelles l’UE est très dépendante de pays tiers, en particulier de la Chine. 

Le développement des technologies liées aux EMR nécessite des matières premières critiques, en particulier des terres rares. Celles-ci entrent actuellement dans la fabrication des aimants permanents qui équipent les générateurs des éoliennes et la demande pour ces ressources limitées est en constante augmentation

Actuellement, les matières premières critiques sont presque entièrement fournies par la Chine, qui joue également un rôle déterminant dans la fabrication d’aimants permanents pour les générateurs d’éoliennes et couvre près de 90 % des besoins.

La dépendance de l’UE à l’égard des matières premières peut créer des goulets d’étranglement et suscite des inquiétudes quant à la sécurité de l’approvisionnement dans le contexte actuel de tensions géopolitiques. »

Remarque 1) Pas d’effet significatifs avant 2030. Compte-tenu du suréquipement des pays nordiques, plus favorisés, et des épisodes de surproduction (prix négatifs) de plus en plus fréquents, aurons- nous réellement besoin en France d’éolien le long de nos côtes ? de 40 GW ?

Remarque 2) Saluons la reconnaissance des verrous en matière de disposition de métaux et matériaux stratégiques (cf notre dossier les limites physiques de l’éolien en mer). Il n’y a pas que pour les terres rares et les aimants que la Chine est ultradominante, c’est aussi vrai pour les nacelles, les pâles, en particulier pour les grandes éoliennes. (>70%. Et les fabricants d’éoliennes chinoises sont en pleine forme et maintenant les plus importants au niveau mondial ! 

Remarque 3)  Ce sont logiquement les côtes les plus favorables qui sont pour l’instant  mises à contribution. L’Espagne, similaire à la France en ce qui concerne sa côte atlantique (fonds rocheux et pentus) ne prévoit pas un grand développement de l’éolien en mer. L’éolien en mer en Europe a « mangé son pain blanc) », le reste sera moins favorable, plus compliqué, plus coûteux ! 

2) Des financements opaques pour quelle rentabilité ? 

« Les données sur les projets financés par l’UE dans le domaine des énergies marines renouvelables ne sont pas aisément accessibles, car elles sont réparties entre différentes bases de données. Nous avons répertorié des projets liés aux EMR financés par le budget de l’UE pour un montant de 2,3 milliards d’euros entre 2007 et 2022 » 

« La Banque européenne d’investissement (BEI) joue un rôle de premier plan dans la levée et l’apport des fonds nécessaires pour atteindre les objectifs de l’UE en matière d’énergie et de climat. En soutien au développement des EMR et en combinant des mandats de l’UE et ses ressources propres, elle a accordé des prêts et des investissements en fonds propres pour un montant de 14,4 milliards d’euros depuis 2007 «  

Remarque 4) Donc données très incomplètes. Pour fixer les idées deux chiffres : l’aide d’Etat française  autorisée par la Commission Européenne pour la vingtaine d’éolienne de la tranche AO5 de Bretagne sud est de 2 milliards d’euros.

Pour quelles performances ? En pleine canicule, le 10 septembre 2023, le facteur de charge du parc éolien allemand, qui comprend de nombreuses éoliennes en mer, était de…0. 21 %. Soit pour une puissance installée un peu supérieure au parc nucléaire français, l’éolien allemand ne produisait qu'un dixième de la production d'un seul réacteur nucléaire


3)Un optimisme technologique étrange : l’éolien flottant, les éoliennes de grande taille 

3a) Eolien flottant ; en contradiction avec les évaluations parlementaires

« L’éolien flottant est une technologie en mer intéressante pour les bassins maritimes dont les eaux sont profondes, car elle permet de déployer des installations flottantes là où il y a plus de 50 mètres de fond. Cette technologie est compatible avec le milieu caractéristique des États membres riverains de l’océan Atlantique, de la mer Méditerranée et, potentiellement, de la mer Noire. »

« Fin 2021, l’UE avait déployé 27 MW de capacité d’éolien en mer flottant. Selon une étude du Centre commun de recherche datée de 2022, les projets en réserve aboutiront à l’installation de 247 MW de capacité d’éolien en mer flottant dans les États membres de l’UE à l’horizon 2025. En outre, selon cette étude, les coûts de l’éolien flottant devraient nettement diminuer d’ici la fin de la décennie pour devenir comparables à ceux de l’éolien en mer posé. »

« Parmi les quatre États membres audités, la France et l’Espagne développent cette technologie, sur laquelle repose principalement l’objectif que l’Espagne s’est fixé à l’horizon 2030 pour les énergies en mer. Cette technologie en est encore au stade de la précommercialisation, mais grâce au transfert de connaissances provenant des industries en mer établies et au nombre croissant de projets déployés dans l’éolien flottant, elle se développe rapidement et pourrait devenir une source importante d’énergie marine » 

Remarque 5) Cet optimisme technologique sur l’éolien flottant est en complète contradiction avec ce qui ressortait notamment d'une  audition publique de l'OPECST (Office Parlementaire d 'Evaluation des Choix Scientifiques et Techniques) sur l'éolien flottant et qui pointait sur une absence de maturité technique (choix du socle non résolu, pas de postes flottants -qui permettraient effectivement de s'éloigner des côtes- avant 2030, problèmes de vibration, forte dépendance en matériaux stratégiques  et coûts « à deviner dans une boule de crystal ») 

3b) Augmentation de la taille des éoliennes : en contradiction avec les faits 

« Le rapport présente un encart sur les potentialistés de l’augmentation de taille des éoliennes  et mentionne le projet INNWind  (20 millions d’euros) dans le septième programme-cadre pour la recherche, qui aurait permis de démontrer que le passage d’une éolienne en mer conventionnelle de 5 MW à un modèle de 10 à 20 MW entraînerait une réduction des coûts de 30 %, rapprochant ainsi l’éolien en mer du marché. ( ???) »


Remarque 6)  Cet optimisme  est également très  étrange,  la course mal maîtrisée au gigantisme ayant été identifiée comme la principale source des problèmes actuels des fabricants et exploitants, Siemens au premier plan !, mais aussi Orsted, General Electric  avec la multiplication des pannes précoces sur les grandes éoliennes,, les problèmes mal maitrisés    et des assureurs de parcs éoliens qui menacent de jeter l'éponge ( voir nos dossiers Eoliennes enmer, une rentabilité très très compromise et 2023, l’été meurtrier pour l’éolien en mer)

4) Le déploiement des énergies marines renouvelables se heurte à des obstacles pratiques, sociaux et environnementaux qui n’ont pas encore fait l’objet d’une réflexion suffisante*

4a) de nombreux conflits d’usage : « La mer n'est pas vide, et contrairement aux apparences, elle n'est pas libre». (CNDP rapport sur l’éolien en Normandie) 

Le rapport rappelle « que les mers européennes sont largement utilisées pour le transport maritime, la pêche, la production d’énergie, les loisirs et le tourisme. Le processus national de planification de l’espace maritime devrait aider les autorités nationales à affecter ce dernier à différents usages, tout en évitant les conflits et en protégeant l’environnement » 

« La directive PEM impose aux États membres d’établir des plans nationaux d’aménagement de l’espace maritime en vue de recenser les usages existants et futurs de leurs eaux marines, parmi lesquels figurent les installations liées aux énergies renouvelables. »

« La stratégie de l’Union sur les énergies renouvelables en mer indique que les EMR peuvent et doivent coexister avec de nombreuses autres activités, dont la pêche, l’aquaculture ainsi que la préservation et la restauration de la nature. Nous avons constaté que le principe de coexistence était intégré dans les quatre plans nationaux que nous avons examinés, mais qu’il existait peu de projets de co-utilisation commercialement viable dans les parcs éoliens. Par exemple, les autorités néerlandaises ont accordé à une entreprise l’autorisation de tester de nouvelles méthodes de mytiliculture en mer dans le parc éolien Borssele. »

Remarque 7) : le fameux effet récif n’a été en effet démontré… que pour les moules. Sinon, il risque surtout de favoriser des espèces invasives sans intérêt, voire très dommageables (cf notre document sur l’autosaisine du CNPN sur l’éolien en mer). A voir aussi la comestibilité des moules élevées dans une zone industrielle générant de nombreux contaminants (antifouling, anodes sacrificielles, huiles, résidus polymériques de pales…)

4b) Le problème spécifique de la pêche : le conflit entre ces deux secteurs reste sans issue

« Selon les études disponibles, les conflits concernent l’exclusion des pêcheurs de la zone utilisée pour les parcs éoliens en mer. Pour des raisons de sécurité (par exemple le risque de collision accidentelle), les navires de pêche ne sont autorisés à pénétrer dans les zones où sont implantées des installations d’EMR que sous certaines conditions (par exemple, zone tampon de 500 mètres autour des installations), mais ils n’en sont pas exclus en théorie. »

Remarque 8) La théorie peut-être, mais la réalité est aussi que les assureurs refusent de les assurer

« La révision à la hausse des objectifs de l’UE en matière d’EMR conduira nécessairement au développement des installations en mer. L’accès aux zones de pêche pourrait donc progressivement se réduire, ce qui ferait probablement baisser les revenus de la pêche et exacerberait la concurrence entre les pêcheurs. Par contre, s’il n’est pas certain que la ressource halieutique croîtra à plus grande échelle, une augmentation de la densité de poissons dans des zones d’implantation d’EMR a été observée. »

Nous avons constaté que le conflit entre ces deux secteurs restait sans issue et que les États membres sélectionnés l’abordaient de manières différentes. Par exemple, en Espagne et aux Pays-Bas, les zones affectées aux EMR ont été redessinées afin de réduire autant que possible toute interaction avec la pêche de fond. En France, le porteur de projets éoliens en mer est tenu d’indemniser les pêcheurs pour les pertes financières. En Espagne et en France, deux pays où le secteur de la pêche est puissant, la consultation sur les futures zones affectées aux EMR n’a pas encore dissipé les inquiétudes des pêcheurs, et l’opposition aux EMR pourrait réapparaître à mesure que les différents projets seront évalués »

Remarque 9): En France, la colère des pêcheurs  est d'autant plus grande qu'ils se sentent très mal défendus par la manière dont leurs organismes professionnels (eg Comités des Pêches) les défendent  et gèrent les aides qui n’iraient pas forcément aux plus touchés.

4c) Les implications sociales du développement des énergies marines renouvelables n’ont pas encore été pleinement prises en compte

« Le développement des EMR aura des implications sociales majeures sur les plans de l’emploi, des infrastructures et des services. Le secteur est en pleine expansion: en 2020, l’éolien en mer représentait 77 000 emplois directs et indirects, contre moins de 400 en 2009. L’Allemagne concentre le plus d’emplois; elle est suivie du Danemark, des Pays-Bas et de la Belgique » 

« Toutefois, il existe un risque de perte d’emplois dans le secteur de la pêche en raison de la croissance de celui des EMR. Les pêcheurs s’inquiètent de l’absence d’autres possibilités d’emploi et du peu d’offres de reconversion professionnelle. À notre connaissance, la Commission n’a encore jamais quantifié les principaux effets économiques qu’aurait le développement des EMR sur la pêche. »

« L’acceptation sociale des EMR est un facteur important qui peut avoir une incidence sur la durée du processus nécessaire à l’établissement d’une installation de ce type .»

Remarque 10) : Il y a pourtant eu un rapport de la Commission Pêche du Parlement européen dont la conclusion était assez nette : « Toute restriction d’accès aux zones de pêche traditionnelles a des répercussions directes sur les moyens de subsistance des pêcheurs de l’Union et les emplois connexes à terre, et l’approvisionnement responsable et durable en denrées alimentaires et la sécurité alimentaire s’en trouvent compromises »

« La Commission pêche du Parlement européen fait remarquer que les études empiriques récentes ne comportent pas d’évaluations des effets économiques et socioculturels des énergies renouvelables en mer sur la pêche, et, en l’absence de données fiables, appelle au principe de précaution quant à la construction de parc éoliens offshore. »

Remarque 11) : Promesse d’emplois : les chiffres sont connus pour l’Ecosse : en 2013, l’Ecosse prétendait  devenir l’ »Arabie Saoudite des Energies renouvelables” avec 28 000 emplois rien que dans l’éolien offshore. 10 ans après, l’éolien offshore n’a fourni qu’un dixième des emplois (2800 !)

 5) Environnement « La recherche, l’analyse ou le traitement de l’impact des installations en mer sur le milieu marin ne sont pas satisfaisants »


Les auteurs d’une étude réalisée en 2022 ont tenté de cartographier et d’analyser l’impact potentiel des EMR sur l’environnement. Cette analyse montre que certains facteurs de stress causés par la production d’énergie en mer peuvent avoir un large rayon d’impact, bien que les effets cumulatifs les plus importants se produisent à proximité immédiate des installations. (NB Galparsoro et al., 2022, Mapping potential environmental impacts of offshore renewable energy. parle d’effet d’évitement s’étendant jusqu’à  à 15 km autour des parcs)

« L’étude souligne également que, si la stratégie de l’Union sur les énergies renouvelables en mer part du principe que moins de 3 % de l’espace maritime européen seraient nécessaires à la réalisation des objectifs climatiques à l’horizon 2030, elle ne tient pas compte du fait que le déploiement des EMR pourrait avoir une incidence sur une part beaucoup plus importante de certains types d’habitats et sur leur biodiversité »

« Lors des entretiens que nous avons eus avec des représentants d’ONG, l’une des inquiétudes exprimées était l’incertitude entourant les effets cumulés sur l’environnement. Le déficit de connaissances, qui rend l’incidence des futures installations en mer sur l’environnement difficile à prévoir, fait aussi partie des questions soulevées »

Le rapport mentionne ensuite l’exemple de Saint-Brieuc, dont on semble comprendre à demi-mot que la Commission considère, comme le Ministre de la Mer, que ce n’est ni fait, ni à refaire :

« Saint-Brieuc, un exemple de parc éolien en mer source d’inquiétudes pour l’environnement

La baie de Saint-Brieuc, située sur le couloir de migration Manche-Atlantique, est une zone particulièrement sensible sur le plan de la biodiversité. Elle abrite de nombreuses espèces d’oiseaux, y compris des espèces protégées ou gravement menacées d’extinction.

Le parc éolien se situe à proximité immédiate de sept zones Natura 2000. Les autorités françaises ont considéré que les études environnementales avaient globalement démontré l’absence d’impact négatif important sur l’écosystème marin local…

Au total, 59 dérogations à l’interdiction de destruction d’espèces protégées (cinq espèces de mammifères marins et 54 espèces d’oiseaux) ont été accordées pour permettre la construction de ce parc éolien. En 2021, le Conseil national français de la protection de la nature (CNPN) a rendu un avis affirmant que la protection de la biodiversité n’avait pas été suffisamment prise en compte par les autorités lors du choix de l’emplacement du parc éolien. »

Conclusion générale : « Nous avons constaté que la Commission n’avait pas estimé l’incidence possible sur l’environnement de l’extension des EMR proposée dans sa stratégie. Cela l’aurait pourtant aidée à évaluer les effets de la réalisation des objectifs de sa stratégie sur l’environnement, ainsi qu’à mieux neutraliser et atténuer les incidences potentiellement négatives »

Les évaluations sont limitées à la zone relevant de la juridiction des différents États membres et ne tiennent pas compte des effets cumulatifs sur l’environnement à l’échelle du bassin maritime.

Le rapport cite un exemple où des bonnes pratiques ont été mises en œuvre pour limiter les effets d’un parc sur l’environnement – lesquelles peuvent laisser dubitatif :

« Les autorités néerlandaises ont ajouté la protection de l’environnement comme critère supplémentaire non tarifaire lors de l’évaluation des dossiers de candidature pour le parc éolien en mer «Hollandse Kust West VI». L’objectif était de construire un parc éolien en mer qui aurait le moins d’impact possible sur la nature et la biodiversité marine. La conception du parc éolien qui a remporté le marché est «respectueuse de la nature»: par exemple, des structures de récifs seront érigées sur le fond marin, ou une section du parc sera équipée d’éoliennes très espacées afin de permettre aux oiseaux de voler entre elles en toute sécurité.

Source: Rijksdienst voor Ondernemend (Agence néerlandaise pour les entreprises). »

« Toutefois, lors de notre analyse bibliographique, nous avons constaté que de nombreux aspects environnementaux liés au déploiement prévu des EMR demandent encore à être mieux cernés. Les données empiriques sont insuffisantes, de même que les connaissances sur les espèces et les milieux marins non septentrionaux étant donné que la plupart des études existantes ont été réalisées sur des installations en mer du Nord. »

« Nous estimons que, compte tenu des activités humaines existantes en mer et de l’ampleur du déploiement prévu des EMR, qui porterait la capacité installée actuelle de 16 GW à 61 GW en 2030 et au-delà, l’empreinte environnementale sur la vie marine pourrait être considérable et n’a pas été suffisamment prise en compte par la Commission et les États membres »

Pour un langage de comptable habituellement assez modéré, c’est clair !

Eric Sartori pour PIEBÎEM

https://piebiem.webnode.fr/piebiem/

vendredi 12 mai 2023

Autres conséquences environnementales des éoliennes off shore

 1) le Balsa et la déforestation en Amazonie

Certaines éoliennes, particulièrement off shore utilisent massivement du balsa Les trois pales de 81 mètres de long des éoliennes offshore de Siemens Gamesa contiennent au total près de 6 tonnes de balsa (approx. 40 m³). Cela correspond pour l’éolienne entière à environ 40 arbres !  D’autres constructeurs d’éoliennes utilisent également le balsa, mais en quantités moindres : environ 9  m³ pour Nordex et 2.5 m³ pour Vestas en 2021).

Et ça se voit : Le plus gros consommateur mondial de balsa est l’entreprise Siemens Gamesa. Le groupe éolien germano-espagnol a consommé près de 26 000 tonnes de balsa en 2021 (soit environ 150.000 arbres). Cette consommation massive de Bals par l’éolien s’accompagne d’exploitation sauvage et de déforestion en Amazonie

Pour aller plus loin,

https://www.sauvonslaforet.org/petitions/1255/vos-eoliennes-contiennent-elles-du-balsa-damazonie#

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2022/10/du-balsa-dans-les-eoliennes-oui-et-pas.html


3) Eoliennes géantes, SF6 et réchauffement climatique

En marin, on recourt désormais aux turbines de type 4, dont la puissance atteint 10 MW, en attendant des turbines de 20 MW. Ces nouvelles turbines, généralement constituées d’un moteur synchrone à aimant permanent, sont très faciles à connecter au réseau, notamment parce qu’elles sont autonomes en énergie.

Pour gagner de la place, on recourt à des tableaux électriques appelés GIS (Gas Insulated Switchgear), dans lesquels un gaz spécial, le SF6 (hexafluorure de soufre, au fort pouvoir isolant) permet de raccourcir fortement ces distances. Or, le SF6 est le plus puissant gaz à effet de serre et son utilisation, après un premier moratoire obtenu par l’industrie éoleinne allemande, devrait  être interdit à partir de 2030.

Les mesures de l'air au-dessus de l'Allemagne ont déjà identifié le pays comme le pire contrevenant en Europe en ce qui concerne le SF6. Avec les 30.000 éoliennes allemandes, l´effet du SF6 qui s´en échappe est plus important que celui du trafic aérien intérieur de l´Allemagne.

Pour aller plus loin

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2022/11/les-eoliennes-vertes-voir-2-le-sf6.html

 


3) Eoliennes off shore et métaux rares

Les nouvelles turbines de forte puissance pour l’éolien off shore utilisent des aimants permanents et nécessitent donc des métaux rares. L’éolien off shore est de loin la technique de production d’électricité présentant la plus grande fragilité vis-à-vis de matériaux et métaux stratégiques, avec des dépendances stratégiques fortes pour le cuivre, le cobalt, certains métaux ( terres) rares (néodyme, dysprosium…) (Métaux pour une énergie propre: voies pour relever le défi des matières premières en Europe-KU Leuwen University, 2022). Christian Buch, PDG de Siemens Renouvelable affirmait en novembre 22 «N’oubliez jamais que les énergies renouvelables comme l’éolien ont besoin, en gros, de 10 fois plus de matériaux par rapport à ce dont les technologies conventionnelles ( dont le nucléaire)  ont besoin »

Cette frénésie de métaux pose de réelles questions sur la viabilité et la durabilité d’un développement massif de  l’éolien offshore, qui se verra confronter à de sérieux goulots d’étranglement physiques et économiques. Et aussi, bien sûr, l’explosion nécessaire des extractions minières dans des pays où la protection de l’environnement est pour le moins laxiste pose de sérieux problèmes écologiques

Guillaume Pitron : La guerre des métaux rares: La face cachée de la transition énergétique

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2023/05/rapport-rapport-rystad-energy-pour-wind.html

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2022/06/metaux-pour-une-energie-propre-voies.html

mardi 17 août 2021

Rapport de l’UNECE sur le nucléaire (UNECE Technological brief : Nuclear power)

 Cf. https://twitter.com/laydgeur/status/1425816691003600898?s=09, https://unece.org/sites/default/files/2021-08/Nuclear%20power%20brief_EN_0.pdf

UNECE : Commission économique pour l'Europe des Nations unies, établie en 1947 pour encourager la coopération économique ; C'est l'une des cinq commissions régionales du Conseil économique et social de l’ONU. Elle comporte 56 pays membres en Europe, Amérique du Nord et Asie. 70 organisations professionnelles internationales et organisations non gouvernementales participent à ses travaux.


1) Les Recommandations clés

1) Établir des règles du jeu équitables pour toutes les technologies à faibles émissions de carbone : la décarbonation de l’énergie est une entreprise importante qui nécessitera le déploiement de toutes les technologies à faibles émissions de carbone disponibles, y compris l’énergie nucléaire

2) Fournir des signaux stratégiques positifs à long terme pour un nouveau développement nucléaire Des politiques cohérentes et des cadres de marché clairs permettront d’investir dans de nouveaux projets d’énergie nucléaire et de soutenir des chaînes d’approvisionnement stables.

3) Accélérer le développement et le déploiement des SMR (Small Modular Reactors) et des technologies de réacteurs avancés. Le soutien technique, financier et réglementaire est essentiel pour le déploiement et la commercialisation de nouvelles technologies nucléaires.

4) L’harmonisation internationale des cadres d’octroi de licences devrait être encouragée.

5) Sécuriser l’exploitation à long terme des centrales nucléaires existantes. L’exploitation à long terme des centrales nucléaires existantes permettra d’éviter des émissions de CO2 inutiles et de réduire les coûts de la transition énergétique. Cela doit respecter les paramètres de sécurité et économiques.

6) Évaluer les mérites d’un financement à faible coût des projets d’énergie nucléaire. Les classifications de la finance verte devraient être basées sur des méthodologies scientifiques et technologiquement neutres. Les banques multilatérales et les institutions financières internationales devraient envisager les projets nucléaires dans le cadre de leurs activités de prêt durables.

Quelques données et arguments

2) Un rôle majeur dans la prévention des émissions de CO2

"L’énergie nucléaire est une source d’énergie à faible émission de carbone qui a joué un rôle majeur dans la prévention des émissions de CO2. Au cours des 50 dernières années, l’utilisation de l’énergie nucléaire a réduit les émissions mondiales de CO2 d’environ 74Gt, soit près de deux ans d’émissions mondiales totales liées à l’énergie. Seule l’hydroélectricité a joué un rôle plus important dans la réduction des émissions historiques. Aujourd’hui, l’énergie nucléaire fournit 20 % de l’électricité produite dans la région de la CEE (figure 3) et 43 % de la production à faible émission de carbone."




3) Le nucléaire et le GIEC

Le rapport 1,5°C du GIEC publié fin 2018 présente 89 scénarios d’atténuation dans lesquels la production nucléaire croît en moyenne 2,5 fois par rapport au niveau d’aujourd’hui d’ici 2050. En outre, le scénario illustratif « au milieu de la route » – dans lequel les tendances sociales, économiques et technologiques suivent les modèles actuels et il n’y a pas de changements majeurs dans l’alimentation et les habitudes de voyage – voit la demande de production nucléaire multipliée par six d’ici 2050, la technologie fournissant 25 % de l’électricité mondiale. L’énergie nucléaire est une source d’électricité éprouvée et un outil vital pour aider le monde à atténuer avec succès les impacts du changement climatique. Les pays qui choisissent de le poursuivre devront donc accélérer considérablement le déploiement des réacteurs dans les années à venir pour aider à prévenir une augmentation de la température supérieure à 2 °C.

4) Innover sur le cycle du combustible. Retraitement et surgénérateurs (RNR)

Une caractéristique unique de la technologie nucléaire est que le combustible irradié peut être retraité pour récupérer les matières et fournir du combustible aux centrales nucléaires existantes et futures. Dans la CEE, la France et la Russie possèdent toutes deux des installations de retraitement industriel et offrent ces services de recyclage à l’échelle internationale, tandis que le Royaume-Uni possède des capacités de retraitement car il exploite des installations depuis plusieurs décennies. Il n’est actuellement possible de recycler que partiellement le combustible à l’échelle industrielle, ce qui se traduit par un gain énergétique d’environ 25 % par rapport à l’uranium extrait d’origine. Les réacteurs à neutrons rapides pourraient augmenter l’énergie produite à partir de l’uranium extrait jusqu’à 6 000 %, augmentant le courant au-delà de 4 000 ans.

La commercialisation et la disponibilité à grande échelle de réacteurs rapides auraient de profondes implications à la fois pour les besoins en matière d’extraction d’uranium et pour la gestion des déchets radioactifs. Plusieurs pays de la région de la CEE s’intéressent actuellement à des réacteurs rapides. La Russie a mis en service deux réacteurs à neutrons rapides refroidis au sodium et prévoit également de développer un réacteur refroidi au sodium de 1 200 MW (BN-1200) ainsi qu’un réacteur refroidi au plomb de 300 MW (BREST-300). Il y a également un nouveau développement de réacteurs rapides aux États-Unis, où le financement public de TerraPower et du réacteur rapide Natrium refroidi au sodium de GE Hitachi a récemment été annoncé. D’autres pays ont également construit et exploité des réacteurs rapides dans le passé.

5) De nouveaux réacteurs pour de nouveaux usages

Les centrales nucléaires produisent à la fois de l’électricité et de la chaleur à faible émission de carbone, ce qui ouvre, au-delà de l’électricité, des possibilités de décarbonisation de secteurs pour lesquels il n’existait pas de solutions. Les utilisations non électriques potentielles du nucléaire comprennent la production d’hydrogène, la chaleur industrielle, le chauffage urbain, le dessalement de l’eau de mer, la production de combustibles synthétiques et de produits chimiques, le refroidissement et la réfrigération, ainsi que les applications de cogénération… Les SMR en particulier possèdent des propriétés  (possibilité de fonctionner à températures élevées, souplesse, co-implantation avec des installations industrielles) qui permettraient d’ouvrir véritablement ouvrir ces marchés).

C’est notamment le cas pour la production d’hydrogène selon différentes techniques : électrolyse à basse température de l’eau, électrolyse à haute température, utilisant la chaleur et l’électricité des réacteurs nucléaires (à 600 °C),  production thermochimique à haute température (800-1000°C).

Dans le domaine industriel, la production nucléaire trouverait son utilité dans  des industries à forte intensité énergétique telles que la chimie, la fabrication de pâtes et papiers, la sidérurgie.

De nombreux pays envisagent les SMR pour le chauffage urbain. La Russie, plusieurs pays d’Europe de l’Est, la Suisse et la Suède ont tous des projets plus ou moins avancés de  systèmes de chauffage urbain nucléaires. En 2020, la Chine a débuté un premier projet commercial de chauffage urbain qui fournira de la chaleur à 700 000 mètres carrés de logements. (Réacteur Linglong One, 125 MWe, dans le Hainan) 





5)L’importance du coût du financement. La LCOE seule ne permet pas de comparer le nucléaire et les autres sources d’électricité, en particulier intermittentes !

Les coûts de financement (souvent représentés par les taux d’actualisation ou le coût du capital) sont influencés par les taux d’intérêt, la répartition des risques pendant la construction, la présence de garanties, le taux de croissance de l’économie, la structure sous-jacente du marché, la présence de tout accord d’achat d’électricité et d’autres facteurs. Ces facteurs relèvent principalement de la sphère d’influence du gouvernement. Lorsque les coûts de financement sont élevés, ils ajoutent considérablement au LCOE de l’énergie nucléaire. L’accès à un financement à faible coût est donc essentiel à la viabilité du projet. Dans de nombreuses régions du monde, l’énergie nucléaire est l’une des options les plus compétitives en termes de coûts pour la production d’électricité.


Mais attention à la LCOE !

6) Les coûts totaux de l’énergie : Le LCOE compare tous les coûts au niveau de la production  mais ne tient pas compte de la valeur de l’électricité générée, ni  des coûts indirects pour l’ensemble du système et il ne permet pas de comparer des technologies qui fonctionnent différemment comme  les énergies renouvelables variables et les énergies pilotables. Les coûts des sources d’énergie renouvelables variables (ERV) diminuent rapidement, mais ces technologies imposent également des coûts de système supplémentaires qui augmentent considérablement avec le taux de pénétration  des ENR. Et évidemment, ces coûts supplémentaires du système augmentent le coût global de l’électricité. 


L’ajout au système énergétique d’une production de base pilotable à faible émission de carbone – comme les centrales nucléaires, l’hydroélectricité et les centrales fossiles avec CSC – réduit les coûts globaux de la décarbonisation tout en maximisant les chances d’une transition réussie. Pour de nombreux pays, il est clair que l’énergie nucléaire fera partie d’une voie de décarbonisation optimisée, la plus rapide, la moins coûteuse et la moins risquée.

Enfin, les centrales nucléaires donnent également lieu à d’importantes externalités positives qui ne sont pas prises en compte par les marchés. Ils offrent une résilience accrue contre les chocs graves qui affectent périodiquement le système énergétique, tels que les phénomènes météorologiques extrêmes. Par exemple, lors des récentes pannes d’électricité hivernales au Texas (février 2021), les centrales nucléaires ont été la forme de production la moins touchée.

7) Recettes pour faire baisser le coût du nouveau nucléaire

Les pays qui ont maintenu un programme cohérent de construction nucléaire, comme la Chine, le Japon, la Corée du Sud et la Fédération de Russie, ont réussi à faire baisser le coût des nouvelles constructions nucléaires.  Par conséquent, il existe un potentiel important de réduction des coûts de construction à court terme pour les projets dans d’autres pays.

En tirant parti des leçons tirées des récents projets de construction du monde entier, en accordant la priorité à la maturité de la conception et à la stabilité réglementaire, en mettant en œuvre un programme de réacteurs standardisé et en suivant les recommandations sur les meilleures pratiques, les pays peuvent s’attendre à réduire considérablement le coût des projets de centrales nucléaires au cours de la prochaine décennie. Combiné à l’accès à un financement à faible coût, cela réduira considérablement le LCOE de l’énergie nucléaire, ce qui contribuera à réduire les coûts globaux de la décarbonisation et de la transition énergétique à faible intensité de carbone.

Les SMR offrent des voies supplémentaires de réduction des coûts pour les technologies nucléaires. , des coûts d’investissement plus faibles, une construction plus courte  et modulaire.


NB : on trouvera un certain nombre de données proches dans le rapport ersion intégrale (Possible role of nuclear in the dutch energy mix in the future 1st September 2020)

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/11/role-possible-du-nucleaire-dans-le.html

 

8)Le nucléaire peut faire du suive de charge ( et c’est l’exemple de Golfech qui est pris)

Aujourd’hui, la plupart des centrales nucléaires dans le monde fonctionnent en mode « charge de base ». Les faibles coûts variables de l’énergie nucléaire, associés à des structures de marché qui ne paient que pour chaque unité d’électricité produite, incitent les opérateurs à maximiser leur production. Les centrales nucléaires les plus performantes atteignent régulièrement des facteurs de capacité annuels moyens supérieurs à 90 % - les centrales nucléaires existantes peuvent être utilisées comme une source précieuse de flexibilité du système, parallèlement au stockage de l’énergie, à la gestion de la demande et aux variations des ERV ( Energies renouvelables variables).

9) Nucléaire, santé et dommages environnementaux

L’un des défis sanitaires et environnementaux les plus importants auxquels le monde est confronté est la qualité de l’air. L’Organisation mondiale de la santé rapporte que la pollution de l’air ambiant est responsable de 4,2 millions de décès dans le monde chaque année et qu’une grande partie de cette pollution est associée à la production et à l’utilisation de l’énergie. La pollution domestique sous forme d’exposition à la fumée dans les feux de cuisson cause 3,8 millions de décès par an. Les centrales nucléaires ne contribuent pas à la pollution de l’air, et l’utilisation historique de cette technologie aurait contribué à sauver plus d’un million de vies. Les centrales nucléaires contribuent également sans équivoque à réduire les émissions de CO2 et d’autres gaz à effet de serre.

Le GIEC reconnaît que les émissions de gaz à effet de serre de l’énergie nucléaire tout au long du cycle de vie sont sur un pied d’égalité avec les sources d’énergie renouvelables. Une centrale nucléaire peut produire plusieurs gigawatts à partir d’un seul site concentré. En termes de matériaux structurels, une centrale nucléaire n’est principalement que de l’acier et du béton, mais elle en nécessite environ dix fois moins que les énergies renouvelables telles que l’éolien et l’hydroélectricité selon le département américain de l’Énergie.

Par conséquent, le nucléaire est aussi champion en terme de dommages évités à la santé et à l’environnement



Données supplémentaires sur le LCOE du nouveau nucléaire (NB auqul il faut ajouter les coûts systèmes)

lundi 5 juillet 2021

Taxonomie de la finance durable: Rapport des experts Euratom et du SHEER

Après l’expertise du JRC (Joint Research Committe de la Commission) sur les déchets et le caractère durable du nucléaire et favorable à l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie,  les deux autres comités d’experts requis par la Commission  ont publié leur avis.

Pour les éléments de contexte

Cf. https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/06/nouvelles-de-la-taxonomie-juillet-2011v2.html

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/04/dernieres-nouvelles-de-la-taxonomie.html

Rapport du JRC

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/04/taxonomie-europeenne-rapport-du-joint.html

Avis général : Communiqué de Foratom :

Alors que les experts de l’article 31 du traité Euratom confirment, dans l’ensemble, les conclusions du Centre commun de recherche (CCR, JRC), le comité scientifique de l’environnement sanitaire et des risques émergents (SHEER) a soulevé quelques questions. « Le groupe de l’article 31 étant composé d’experts indépendants en radioprotection et en santé publique, nous trouvons leurs conclusions très rassurantes », déclare Yves Desbazeille, directeur général du FORATOM. « Par exemple, selon eux, le cadre juridique européen existant offre une protection adéquate en termes de santé publique et d’environnement dans l’UE. Pour les activités en dehors de l’Europe, ils constatent que les normes internationales offrent un niveau de protection comparable. 

En outre, les experts confirment le point de vue du CCR (JRC) selon lequel les dépôts en formations géologiques profondes constituent une solution appropriée et sûre pour la gestion des déchets de haute activité, notant que la technologie est déjà disponible aujourd’hui. L’avis du CSRSEE (SHEER) est généralement en accord avec celles du JRC en ce qui concerne les impacts non radiologiques du nucléaire et le fait qu’il ne représente pas un  dommage inévitable ou irréparable « (unadvertable) » pour la santé humaine et l’environnement, bien qu’il note que certaines informations peuvent manquer.

 Le CSRSEE (SHEER) a soulevé la question de savoir si l’évaluation du nucléaire sur la base des critères existants dans le cadre de la taxonomie est suffisante pour démontrer qu’il ne cause pas de dommage significatif' » ajoute M. Desbazeille « Sans entrer dans les détails de cette requête, il est important de garder à l’esprit que le règlement de la  taxonomie appelle au maintien de la neutralité technologique. À ce titre, le CCR a évalué le nucléaire conformément aux critères taxonomique.  Si une évaluation plus approfondie est nécessaire, elle devrait s’appliquer à toutes les technologies relevant de la taxonomie, et pas seulement au nucléaire ».

 On notera également que  le SHEER commence par ne pas s’avouer très compétent sur les risques nucléaires, ce qui, après tout, pourrait conduire à s’arrêter là, et qu’il reconnait que le nucléaire remplit les critères d’inclusion dans la taxonomie.

 En ce qui concerne les informations ou études manquantes, on peut suggérer au SHEER de se rapprocher de  l’UNSCEAR (Comité scientifique des Nations unies pour l'étude des effets des rayonnements ionisants), l’équivalent en quelque sorte du GIEC pour l’étude des radiations ionisantes, établi depuis 1955. Et rappeler que la toxicité des rayonnements est un phénomène simple et bien connu depuis plus de 100 ans ( si on en savait autant sur la toxicité de la plupart des composés chimiques !)

 De façon plus précise

 Rapport des experts Euratom    (Article 31) : principales conclusions

https://ec.europa.eu/info/sites/default/files/business_economy_euro/banking_and_finance/documents/210630-nuclear-energy-jrc-review-article-31-report_en.pdf

 - Le cadre juridique européen prévoit un système adéquat de protection des travailleurs, des citoyens et de l’environnement, ainsi que pour la gestion de tout risque de manière à ce que le risque résiduel reste acceptable…

 -Les dispositions de la législation Euratom relatives à la protection des êtres humains contre les effets nocifs des rayonnements ionisants sont conformes aux recommandations et normes internationales pertinentes telles que celles de la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) et de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Le respect des dispositions de la législation Euratom, qui exigent également un contrôle réglementaire approprié pour assurer la mise en œuvre des exigences, donne une assurance suffisante que l’impact de la fin du cycle du combustible nucléaire sur l’homme reste acceptable.

 - Le groupe d’experts au titre de l’article 31 souscrit à la conclusion du rapport du JRC  selon laquelle les dépôts géologiques en profondeur (DGP) sont considérés, dans l’état actuel des connaissances, comme des moyens appropriés et sûrs d’isoler le combustible usé et les autres déchets de haute activité de la biosphère à très longue échelle et que les technologies nécessaires sont maintenant disponibles.

 - Le système actuel de radioprotection et les exigences en matière de sûreté nucléaire et de sûreté des déchets, tels qu’adoptés dans la législation Euratom pertinente, sont le résultat de décennies de coopération internationale continue en vue d’établir des critères et des mécanismes appropriés pour gérer de manière appropriée les incertitudes et les risques connexes. Les principes de base de la radioprotection, les principes généraux de sûreté nucléaire et de sûreté des déchets, tels qu’établis et spécifiés par des exigences plus détaillées de la législation Euratom pertinente, gèrent les incertitudes et les risques connexes d’une manière compatible avec le principe de précaution…

 - Les conclusions du rapport du  JRC sont fondées sur des résultats bien établis de la recherche scientifique, examinés en détail par des organisations et des comités internationalement reconnus…

 - Le rapport du JRC démontre que le taux de mortalité causé par des accidents graves est pour l’énergie nucléaire comparable, et pour les centrales nucléaires de génération III inférieur, à celui de toute autre technologie de production d’électricité et que les conséquences maximales d’un seul événement sont plutôt élevées mais toujours comparables à celles de certaines autres technologies de production d’électricité

 -Le groupe d’experts de l’article 31 note qu’en dehors du taux de mortalité et des conséquences maximales, l’évaluation d’autres impacts directs et indirects d’accidents très graves et rares n’entre pas dans le champ d’application du rapport du JRC, car ces impacts n’ont pas été évalués pour les activités économiques relevant du règlement taxonomique de l’UE. Le groupe d’experts de l’article 31 partage l’avis du rapport du JRC selon lequel de tels impacts pourraient être plus difficiles à évaluer, mais peuvent être importants pour comprendre les implications plus larges d’un accident sur la santé.

 A noter que la guerre est bel et bien déclarée puisque l’experte allemande (Claudia Engelhardt) a tenu à faire part d’un avis dissident. Celui-ci porte notamment sur le risque résiduel et les  conséquences autres que les pertes humaines d’un accident nucléaire.

 Avis dissident : Ceci dit le rapport a été voté par 28 voix pour, une contre et 3 abstentions !

 - le cadre juridique européen fournit un cadre adéquat pour la protection des travailleurs, des citoyens et de l’environnement. Néanmoins, il y aura toujours un risque résiduel qui ne pourra jamais être exclu. L’objectif du cadre juridique et de sa mise en œuvre est de gérer les risques de manière à garantir que le risque résiduel est aussi faible que possible. La décision de savoir si le risque restant est acceptable ou non est une décision souveraine de chaque État membre de l’UE. L’acceptation du risque résiduel ne signifie pas que la technologie correspondante peut être classée comme durable.

 -Les accidents graves ne jouent qu’un rôle mineur dans le rapport du JRC. Outre le nombre de décès, les autres impacts directs et indirects d’accidents graves ne sont pas évalués par le CCR. Toutefois, les accidents graves qui se sont produits ont montré que les conséquences radiologiques potentielles, par exemple de vastes zones contaminées, l’évacuation et la réinstallation à long terme de membres du public, les restrictions sur l’approvisionnement en nourriture et en eau potable, les restrictions à l’utilisation des terres pour l’agriculture et le logement, ainsi que les conséquences non radiologiques, par exemple les conséquences psychologiques, sociétales ou économiques néfastes, ont des effets néfastes sur les êtres humains et l’environnement pendant des décennies, voire des siècles. Ces conséquences affectent le pays hôte, mais aussi les pays voisins. Dans ce contexte, l’énergie nucléaire ne satisfait clairement pas au critère de l’absence de dommage significatif (DNSH) et la réponse à la question de savoir si l’énergie nucléaire est écologiquement durable est très clairement non.

 Bon, ben on rappelle ça

- Selon les connaissances actuelles, les dépôts géologiques en profondeur sont considérés comme appropriés et sûrs pour le dépôt de déchets hautement radioactifs pendant de très longues périodes. Cependant, les grandes périodes nécessaires laissent place à des incertitudes. Outre le manque d’expérience pratique, il existe des incertitudes, entre autres, en ce qui concerne les changements climatiques futurs, les développements sociétaux futurs (p. ex. intrusion humaine), le comportement social ainsi que la rétention à long terme de l’information et des connaissances….

Rapport des experts du SHEER (Scientific Committee on Health, Environmental and Emerging Risks). Principales conclusions

https://ec.europa.eu/info/sites/default/files/business_economy_euro/banking_and_finance/documents/210629-nuclear-energy-jrc-review-scheer-report_en.pdf

- Le SHEER  est d’avis que les conclusions et les recommandations du rapport du JRC concernant les impacts non radiologiques sont dans l’ensemble exhaustives. Toutefois, le SHEER  est d’avis qu’il y a plusieurs constatations pour lesquelles le rapport est incomplet et doit être amélioré par d’autres preuves. En ce qui concerne les critères de la DNSH, dans de nombreux cas, les résultats (comparant les centrales nucléaires à d’autres technologies de production d’énergie déjà en taxonomie) sont exprimés comme étant moins nocifs qu’au moins une des technologies de comparaison, ce qui, de l’avis du SHEER, est différent de « ne pas causer de dommage important ». Le SHEER est d’avis que l’approche comparative n’est pas suffisante pour garantir « l’absence de dommage important ».

Commentaire : un peu de mal à suivre cette casuistique. Le SHEER ne met pas en cause la conclusion du  JRC selon laquelle ses analyses n’ont révélé » aucune preuve scientifique que l’énergie nucléaire nuit davantage à la santé humaine ou à l’environnement que les autres technologies de production d’électricité déjà incluses dans la taxonomie » mais fait un distinguo avec le critère DNSH considéré dans l’absolu. Or comme l’a souligné Foratom, l’évaluation dot être technologiquement neutre et s’appliquer de la même manière à toutes les technologies

- Le rapport du JRC conclut que les activités d’exploitation des centrales nucléaires ne représentent pas des dommages irréfutables pour la santé humaine ou l’environnement, à condition que les activités industrielles associées satisfassent aux critères d’examen technique appropriés [[règlement (UE) 2020/8521 (ci-après le « règlement taxonomique »).) Le SHEER  est largement d’accord avec ces énoncés, mais est d’avis que la dépendance à l’égard d’un cadre réglementaire opérationnel n’est pas suffisante en soi pour atténuer ces impacts, par exemple dans l’exploitation minière et la concentration où le fardeau des impacts se fait sentir en dehors de l’Europe.

Commentaire : là encore, l’évaluation doit être technologiquement neutre. Disons pour le moins que le problème n’est pas spécifique au nucléaire. Alors si l’on veut comparer les conditions de travail et de sécurité  dans les mines d’uranium généralement contrôlées par des opérateurs internationaux responsables  et celle de l’extraction de métaux rares, ou même pas rares comme le cobalt, nécessaires aux ENR…allons-y…

- En ce qui concerne l’impact des rayonnements sur l’environnement, le concept exprimé est que « les normes de contrôle environnemental nécessaires pour protéger le grand public sont susceptibles d’être suffisantes pour garantir que d’autres espèces ne sont pas mises en péril ». Le SHEER est d’avis que cet énoncé est simpliste et ne permet pas d’estimer les risques potentiels pour l’environnement, sans une évaluation de l’exposition potentielle des différentes composantes des écosystèmes. En particulier, en ce qui concerne la protection de l’eau et des ressources marines ainsi que la biodiversité, l’idée que la pollution thermique de l’eau de mer est moins problématique en raison du « mélange pratiquement infini » n’est pas partagée par le CSRSEE, car les problèmes potentiels dans les zones côtières peu profondes et les écosystèmes vulnérables (par exemple les récifs coralliens) sont négligés..

Commentaire : Etrange :  l’échauffement des eaux rejetées par les centrales nucléaires est contrôlé et très règlementé. On a du mal à considérer qu’il pourrait affecter les coraux…En revanche, le réchauffement climatique, que le nucléaire permet de combattre efficacement, oui…

Par contre l’étude des effets climatiques des grands parcs éoliens on shore et off shore n’en est qu’à ses débuts, mais ceux-ci sont inquiétants. Le principe de précaution s’impose..cf https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/06/ils-nous-volerent-les-paysages-et-ils.html

Autres remarques : sur la question critique pour le TEG (Technical Expert Group) des déchets et de l’enfouissement, le SHEER reconnait : « Le SHEER n’est pas en mesure de répondre à cette question précise concernant la gestion ou le stockage des déchets »