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vendredi 23 décembre 2022

Le mythe bien écorné de El Hierro : un territoire a-t-il essayé de se doter d'une production électrique 100% renouvelables ?

 2 tweets remarquables de @XXC Benard @vbenard et un dossier de 2016 très complet de Sauvons Le climat (Hubert Flocard). Le texte ci-dessus est entièrement basé sur celui C Benard

https://twitter.com/vbenard/status/1605832512076333056?t=CdPQruEbHhkwDzpjcMcWvA&s=09

https://twitter.com/vbenard/status/1604744608574906368

https://www.sauvonsleclimat.org/images/articles/pdf_files/etudes/160129_GDV_SixMois_VF.pdf

Et bien oui. L'île de El Hierro (archipel des Canaries), a tenté de le faire. La presse mondiale a célébré cette tentative au démarrage du projet. En fait, c'est un échec abyssal.

Sur le papier, l'île a tout pour être un prototype idéal de la transition énergétique

Moins de 300 km2 et de 11 000 habitants, isolée (pas de câble d'alimentation électrique venant d'ailleurs), mais un régime de vent favorable et un relief escarpé.. sommet à 1500m) permettant d'installer une STEP (Station de Transfert d'Énergie par Pompage) à 700m d'altitude à moindre coût, en utilisant un cratère de volcan inactif, dont avec peu de génie civil. Une STEP est supposée être le moyen le plus efficace de stocker les surplus d'énergie éolienne: le surplus est utilisé pour pomper de l'eau vers le réservoir haut, agissant comme un lac de barrage, relâchant l'eau vers une usine hydroélectrique en cas de besoin. La possibilité d'installer une STEP à "moindre coût", en l'absence d'autre alternative de stockage digne de ce nom (le stockage batterie ou hydrogène relève pour l'heure du fantasme technologique très loin de la faisabilité concrète, pour une autre fois), ... laissait espérer que les générateurs diesel de la centrale existante, qui ont été conservés par prudence, ne fonctionneraient que lors de périodes de creux de vent tout à fait exceptionnelles.

Les conditions de vent laissaient espérer un facteur de charge des éoliennes de 50%, très loin au dessus de ce qu'on observe généralement dans l'éolien continental (France ≈14%, Allemagne Idem). Et l'ensemble du projet, subventionné par l'Union Européenne, a été conçu sur des bases techniques conformes aux meilleurs standards du moment. Notamment, les éoliennes Enercon (allemandes) sont conçues pour "lisser" les à-coups du vent, limitant théoriquement leurs impacts sur la stabilité de la grille. (un point qui va s’avérer important)

Une étude technique de 2012 concluait d’ailleurs que la turbine hydraulique de la STEP serait un bien meilleur stabilisateur de réseau que les backups diesel.

Bref, le projet naissait sous les meilleurs auspices, et lors du lancement du projet en 2015, la presse du monde entier a chanté les louanges d'El Hierro, "première île autonome grâce aux énergies renouvelables". Exemple de lyrisme de l’époque par un journal habituellement plus sérieux.

« Avec FUTURE, décollez pour les Canaries à la découverte de l'île d'El Hierro, classée "réserve de la biosphère" par l'Unesco. C'est un paradis perdu de 11.000 habitants mais aussi une des îles les plus innovantes au monde : grâce à une incroyable centrale hydro-éolienne, elle a atteint l'indépendance énergétique. Etre autonome grâce aux énergies renouvelables, ce sera bientôt l'objectif de toutes les îles de la planète ! Décollez pour les Canaries avec FUTURE. »

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/green-business/el-hierro-ile-100-autonome-grace-aux-energies-renouvelables-491880.html

Un coût faramineux pour un projet survendu dès le départ et des résultats très loin des attentes

L'investissement a tout de même coûté la bagatelle de 82 M €, pour 5 éoliennes, 16,5 M€ par turbine. Et ce sans compter l'usine diesel, pré-existante, juste améliorée pour l'occasion. Par comparaison, en France, on estime le coût d'installation d'éoliennes de 2 à 3 MW avec simple raccordement à la grille (sans STEP ni aucun autre dispositif de lissage) entre 2 et 4M€.

La STEP, malgré des conditions favorables, car le réservoir supérieur est situé dans un ancien cratère volcanique, donc n'a pas nécessité de lourd génie civil, a tout de même représenté les 2/3 du  coût. Bref, toutes les chances étaient du côté du projet, qui a été mis en service en 2015.

Pourtant, les résultats ont été, c'est le moins qu'on puisse dire, très loin des attentes.

Tout d'abord, des ingénieurs ont noté que le réservoir de la STEP avait été très fortement sous-dimensionné, le cratère existant n'étant pas extensible. S'il avait fallu construire une STEP plus importante, en supposant qu'un autre site ait été possible, cette STEP aurait évidemment coûté beaucoup plus cher. Or, le système complet turbines + STEP "à l'économie", on l'a vu, a quand même multiplié par ≈5 le prix moyen par éolienne installée. On n'ose imaginer ce qu'aurait coûté une STEP correctement dimensionnée...



Bien que les promoteurs du projet savaient cela, le projet avait été vendu comme "net zéro" pour toucher les subventions, mais la taille du réservoir rendait inévitable l'entrée en marche plus fréquente que prévu des diesels de secours. Mais ce point, pour important qu'il soit, n'explique pas l'ensemble des défaillances du système global.

En effet, les turbines étaient supposées être capable de produire 40% d'électricité de plus que la demande total de l'île (50 GWh contre 35), et l'on espérait que malgré le réservoir trop petit, la somme de l'électricité "vent+stockage" fournie à l'île soit supérieure à 65%.

Dès les premières années, ce résultat n'a pas été atteint, l'électricité décarbonée ne représentant que 40% du total entre 2015 et 2017. Et comme l'électricité ne représente que 23% de la consommation d'énergie primaire de l'île, l'installation décarbonée n'a représenté que moins de 10% de la consommation énergétique de l'île. Très loin de l'autonomie chantée par la presse, donc.

En 2020, la situation s'est à nouveau détériorée, puisque d'après le site de l'exploitant, l'usine diesel (Llanos Blancos) représente toujours 58% de l'électricité produite dans l'île.

L'exploitant, GdV, essaie de publier les chiffres sous un jour flatteur en "nb d'heures 100% renouvelables" : 2300 en 2018, 1293 en 2020.. Sauf que cela ne représente que 26 et 14,7% du temps. Le reste: mix Diesel et vent, et souvent 100% diesel.

Et vous noterez à quel point cette performance déjà médiocre une "bonne" année est erratique du fait de la variabilité du vent d'une année sur l'autre. L'ingénieur Allemand Benjamin Jargstorf a réalisé un examen détaillé des 2 premières années de fonctionnement du système.

http://euanmearns.com/an-independent-evaluation-of-the-el-hierro-wind-pumped-hydro-system/

Ses conclusions sont surprenantes:

Les 5 éoliennes ont rarement fonctionné à leur capacité maximale. Leur production a fréquemment dûe être réduite de 11,5 à 7 ou 8 Mw de puissance pour des problèmes de stabilité du réseau. De fait, le facteur de charge réel des éoliennes se situe nettement sous 40%.

Pire, une partie des problèmes d'instabilité proviennent de la STEP. Les "temps de réaction" des turbines de la STEP sont trop élevés par rapport aux variations parfois quasi instantanées de la production liée au vent, malgré les capacités de lissage des turbines Enercon. Résultat, alors que les promoteurs du projet espéraient pouvoir "éteindre" complètement les diesels, ils ont dû se résoudre à les laisser tourner le plus souvent au ralenti, comme dans un backup classique éolien-gaz, de façon à ce que l'énergie cinétique des turbines permette des redémarrages quasi instantanés en cas de variation de charge rapide de l'éolien  sur le réseau.

L'étude de 2012 (citéee plus haut) qui soutenait que la STEP ferait un meilleur job que le diesel s'est donc lourdement plantée.

Pire, l'usine hydroélecrique n'a produit que 4% de l'électricité fournie au réseau (en 2016) au point que Jargstorf estime qu'un fonctionnement purement "diesel-vent" serait plus efficace en terme de réduction totale de la consommation de fuel. Le site "Energy Matters" tient à jour un portail qui listait et commentait les rapports de performance d'El Hierro jusqu'en 2019 (le site a cessé de publier depuis).

Parmi d'autres voici un exemple de diagramme de production d'électricité sur l'île du 16 au 19 juin 2017.

On voit clairement: que malgré le surplus de vent le 16, le diesel n'est jamais arrêté, que l'hydraulique ne pourvoit qu'à une fraction du déficit de vent les 17 et 18, et que c'est le diesel qui "tient la baraque" du 17 au 19.

La période de fonctionnement la plus favorable du système semble avoir eu lieu de Juillet à septembre 2018 : Visiblement, la STEP, malgré son coût, n'absorbe que de très courtes périodes sans vent. Dès que le calme se prolonge, le diesel reste absolument indispensable.

Les éoliennes n'ont pas été capables d'assurer le remplissage du réservoir (bien que trop petit) en permanence, du fait de leur incapacité de produire au max de leur capacité lorsqu'il y avait assez de vent, et de périodes sans suffisamment de vent plus longues que prévu.

En 2018, les 18 employés de l'usine de backup diesel de Llanos Blancos ont fait grève, le nombre d'opérations nécessaires pour assurer le maintien du fonctionnement de la grille de l'île ayant été multiplié par 4 depuis la mise en service du système combiné vent+STEP – Apparemment, le maintien de la stabilité de la grille demande bien plus de travail aux salariés de l'opérateur qu'une grille classique.

Bref, pour une demande instantanée moyenne de 4,6 GW,  l'île dispose d'éoliennes de 11,5 MW, d'une centrale hydroélectrique de 11,32 MW (cf twitt n°6), et d'un backup diesel de 11,2MW. Trois installations redondantes qui n'ont décarboné que 40% de l'électricité de l'île. Trois installations pour le   d'une !

Il faut bien payer pour toute cette redondance. Le prix de revient du KWh sur l'île est estimé à 80 Cts d'€ (d'autres estimations parlent de 1,38€ du Kwh) : 4 fois plus que la moyenne européenne, 7 fois plus qu'aux USA.

Ce prix est très subventionné par le gouvernement espagnol et l'UE. L'habitant ne paie que le tarif national, 25 cts. Le conseil de l'île, qui possède les 2/3 de GdV, a négocié une subvention de 12M€ basée sur la capacité installée et non sur les résultats réels !

Résultat, le conseil de l'île réalise un excédent de 14 M€ sur une centrale qui ne contribue qu'à réduire de 10% la part totale d'énergie primaire carbonée consommée par une île de 10 000 habitants.

GdV indique une économie de Fuel de ≈6000t en 2020, et 7600 en 2018. Soit entre 15500 et 18200 t de CO2 économisées. Une subvention de 12M€ correspond donc à un prix de la tonne de CO2 entre 659 et 774€.

Sur les marchés des crédits carbone, la tonne vaut 87 euros en europe (et en valait moins de 30 en 2020). Elle vaut moins de 30 USD en Californie. De là à parler de hold up ?

Jargstorf relaie l'hypothèse parfois émise que les politiciens de l'île et les promoteurs ont délibérément grugé les subventionneurs en leur faisant miroiter un faux Net Zéro qu'ils étaient certains de ne pas accomplir.

Bref, malgré des conditions de vent hyper favorables au départ, et un relief permettant d'installer une STEP, ce projet peut être qualifié de désastre technologique et économique, alors qu'il était supposé montrer la faisabilité d'une grille 100% renouvelables... Même si les habitants et élus de l'île continuent de chanter ses louages et clamer qu'il s'agit d'un succès, ce qui, de leur point de vue (€€€), est exact..

Quelles leçons tirer de ce projet ?

1) Les STEP ne sont pas, en l'état actuel de la technologie, une solution miracle pour lisser l'intermittence de l'éolien. Bien qu'elles soient malgré tout moins chères que des batteries ou qu'une chaîne logistique à hydrogène, (...) Elles multiplient par un lourd facteur le prix unitaire des éoliennes et ne remplissent pas correctement leur rôle d'amortisseur d'intermittence et d'à-coups de grille. Et le prix d'une STEP correctement dimensionnée serait encore plus élevé que dans le projet espagnol

Et de toute façon, le nombre d'endroits où on peut en installer n'est pas illimité, un relief important est indispensable. En France, le potentiel de production par STEP est de 6 à 7 TWh par an au plus, soit moins de 5 jours de consommation d'électricité au rythme actuel, et bien moins si on prétend électrifier un grand nombre d'opérations actuellement assurées par des "processus flamme"

2 ) À partir d'un certain pourcentage d'éolien dans une grille, en l'état actuel des meilleures technologies de turbines, la stabilité du réseau devient problématique et nécessite de faire opérer les éoliennes très en dessous de leur capacité nominale. (...)

Sachant que seules les centrales fossiles semblent avoir la réactivité nécessaire pour amortir les à-coups des parcs éoliens, et que peu de sites présentent une géographie de vent aussi favorable que El Hierro, on peut donc dire que l'électricité éolienne est une électricité fossile, légèrement décarbonée par un peu de vent. C'est particulièrement évident en Allemagne, où depuis mi-Novembre, les back-ups charbon et gaz tournent à plein régime pour compenser une longue période sans vent ni soleil

3) Les promesses "sur le papier"3 des projets d'énergies renouvelables ont une valeur inversement proportionnelle aux subventions qu'ils peuvent rapporter. Aveuglés par le hype écolo-correct, les gouvernements perdent tout discernement... avec l'argent du contribuable

En fait, à El Hierro, un site particulier bien venté, un projet éolien classique sans STEP aurait pu être rentable voire peut-être très rentable sans subventions, à défaut d'être médiatique ou "net zéro". Mais le projet avec STEP a été délibérément conçu pour maximiser son rapport subventions/investissements au profit de ses parties prenantes, pas son bénéfice environnemental.

Extraits de l’étude étude (de 2016 d'Hubert Flocard, physicien CNRS, de Sauvons Le Climat

https://www.sauvonsleclimat.org/images/articles/pdf_files/etudes/160129_GDV_SixMois_VF.pdf

El Hierro, une île à l’électricité 100%renouvelable ? Hubert Flocard

Résumé :  Cet été, les médias ont fait abondamment état de ce que l’île d’El Hierro, dans les Canaries, bénéficiait désormais d’un mix électrique 100% renouvelable. En fait cette annonce ne s’appuyait, en tout et pour tout, que sur deux heures de fonctionnement de l’installation Gorona del Viento (GdV). Le 9 Aout, une brève démonstration conforme à l’objectif annoncé dans le document projet a été réalisée. Enthousiaste, au nom du Syndicat des Energies Renouvelables, Ségolène Royal, la ministre de l’environnement et de l’énergie français, récompensait aussitôt le projet. Quel est le constat global aujourd’hui, pour cette installation inaugurée en Juin 2014 ? Un investissement financier considérable, s’appuyant à 43 % sur des subventions publiques espagnoles et européennes et conduisant à un système complexe avec plus de 34 MW de puissance installée (diésel, éoliennes et station de transfert d’énergie par pompage pour un tiers chacun) sur une île dont le besoin électrique maximal n’est que de 7.6 MW, soit quatre fois moins. GdV qui n’a quasiment rien produit pendant toute une année s’est réveillé à la fin Juin 2015. La réalité des performances après six mois d’une exploitation véritable sur la seconde partie de 2015 est la suivante: pour les trois mois les plus favorables, car les plus ventés de fin juin à fin septembre, la contribution renouvelable a été inférieure à 42 %. Sur une demi année, le résultat est encore plus décevant avec seulement 30 % de couverture renouvelable. Pendant 13 % du temps, la consommation électrique a dû être intégralement assurée par la centrale diesel. En fait, compte tenu de la production éolienne et de la consommation électrique, même si tous les efforts avaient été tentés pour atteindre la meilleure couverture renouvelable possible, celle-ci n’aurait pas pu dépasser 46,3 %

On peut montrer que compte tenu de la production de la ferme éolienne pendant les six derniers mois de 2015, la fraction renouvelable n’aurait pas pu dépasser 46,3 %. Si on suppose que pour des raisons de stabilité du réseau, une fraction de l’ordre de 25 % de la consommation devait être couverte en permanence par des systèmes disposant des capacités inertielles des turbines diesel ou hydroélectrique, la fraction renouvelable maximale aurait nécessairement été inférieure à 45 %. · Comme ces résultats optimaux ne sont obtenus que si toute la puissance éolienne est utilisée pour produire de l’énergie, soit en étant directement injectée dans le réseau, soit en y revenant après être passée par les pompes et les turbines, ces valeurs optimales ne seront pas atteintes s’il est décidé qu’une fraction de l’énergie éolienne envoyée à GdV soit utilisée pour pomper de l’eau pour des besoins comme l’irrigation.

· Selon des publications récentes, GdV devrait toucher un revenu de ~7 M€ pour son activité 2015. Ceci place le coût du kWh électrique produit par GdV à 800 €/MWh en 2015 et met le coût de la tonne de CO2 évitée à plus de 1050 €.

· Le contrat que le consortium a signé avec le gouvernement espagnol ne récompense pas beaucoup financièrement GdV pour sa production électrique et donc ne l’encourage pas à atteindre la fraction renouvelable maximale. Il décourage même la production par les turbines hydrauliques puisque celles-ci sont au moins autant payées quand elles sont à l’arrêt que quand elles fonctionnent

· Tous ces résultats sont bien sûr connus des ingénieurs travaillant à GdV. En fait, ils avaient été prédits avec une bonne précision et annoncés publiquement avant même l’inauguration de GdV par des ingénieurs ayant travaillé à la réalisation de ce projet.S. Gonzales et J. Falcon. Dans ce texte, les deux ingénieurs s’insurgent de ce qu’ils appellent les phrases grandiloquentes concernant GdV. Ils insistent sur le fait que dans les meilleures conditions possibles, GdV ne peut atteindre qu’une fraction renouvelable de 55 % (en Sect. VII au moyen des données éoliennes et de consommation de la seconde partie de 2015, nous trouvons 46,3 %) et que 25 % sera probablement plus près de la réalité (en Sect. VI nous avons vu que sur ces mêmes six mois on a observé 30.2 %). Bien qu’ils ne discutent pas les termes du contrat signé avec l’état espagnol, ils prédisent que GdV va conduire à une augmentation du prix de la production du MWh électrique sur El-Hierro. Ils ajoutent que rien dans ce projet ne peut être considéré comme technologiquement innovant. Avec le recul, ce document présente les qualités de lucidité, de précision et d’honnêteté qui manquent singulièrement à l’immense majorité des publications qui ont été consacrées à Gorona del Viento depuis son inauguration.

NB : puisqu'une étude (Jargstorf) dit qu'on pourrait obtenir la même réduction d'émissions sans faire la STEP, un projet classique de décarbonation de l'antique centrale fioul par des éoliennes, sans STEP, n'aurait il pas été rentable, vu la qualité du site niveau vent ?" Le coût moyen du Kwh produit par la centrale diesel d'El Hierro était en 2011 de... 0,242€ du kWh / 242€ du MWh. (H. Flocard dit 200). C'est pourri. Et indique pour cette station des émissions CO2 de 1152g/kWh, autant qu'une centrale charbon allemande. Donc, à partir de ces performances peu enviables…réponse oui !

jeudi 10 novembre 2022

Contribution au Debat CNDP sur Penly : Il est urgent de relancer un programme nucléaire important

 Nous sommes aujourd’hui dans une crise énergétique grave, qui touche particulièrement, mais pas exclusivement, l’électricité. Des industriels électro-intensifs (verre, aluminium) arrêtent leur production- temporairement, pour l’instant, des PME n’arrivent plus à se fournir en électricité . Cette crise a des causes conjoncturelles (la guerre en Ukraine), mais aussi des causes structurelles qui la rendaient assez prévisible.

La cause la plus grave, la plus fondamentale  et la plus prévisible de la crise que nous connaissons est tout simplement physique, c’est le manque de sources d’électricité pilotable et décarbonée. Décarbonée, parce que nous ne pouvons ignorer la menace existentielle que le réchauffement climatique fait peser sur l’humanité. Pilotable, parce que notre économie, notre société et nos vies ne peuvent dépendre d’énergies variables intermittentes générant une électricité décorrélée de nos besoins.

La pénurie énergétique était prévisible : nous avons fermé  depuis 2007 20 GW de pilotable sur 140 GW fossile au prétexte qu’on a installé 30 GW d’énergies dites renouvelables. Or les uns ne remplacent pas les autres.  Ce n’est pas qu’une tendance française, c’est une tendance européenne contre laquelle prévenait France Stratégie dans une note de janvier 2021 ([1]) : « D’ici à 2030-2035… ce seront plus de 110 GW de puissance pilotable qui seront retirés du réseau européen...

Nous n’avons pas pris assez de marge sur la production nucléaire, comme l’ont mis en évidence les arrêts supplémentaires de réacteurs en raison des phénomènes de corrosion sur un circuit de refroidissement de sécurité. Là encore, il y a déjà  quinze ans, le président de l’ASN (A. Lacoste) avertissait : «  Il importe donc que le renouvellement des moyens de production électrique, quel que soit le mode de production, soit convenablement préparé afin d’éviter l’apparition d’une situation où les impératifs de sûreté nucléaire et d’approvisionnement énergétique seraient en concurrence. »

La seule solution à moyen long terme pour éviter l’effondrement de nos sociétés, c’est un investissement rapide et massif dans le nucléaire de façon à éviter l’effet falaise qui résulterait immanquablement de l’arrêt des centrales historique et à répondre à l’augmentation de la demande électrique qu’implique la décarbonation de l’ensemble de nos activités pour répondre au défi climatique.

Enfin, Il est anormal que dans le cadre de ce débat, la CNDP  n’ait pas pas considéré des scénario qui permettent de rester à 75-80% de nucléaire dans la production électrique. Pour citer au moins trois exemples  ceux du Cérémé ( Cercle  d’Etude réalité écologique et Mix énergétique) qui supposer la prolongation des centrales existantes à jusqu'à 70 ans et  la construction de 24 nouveaux réacteurs de type EPR 2 d'ici 2050, pour obtenir 900 TWh  ( et très peu d’éolien)

ou Negatep ( de Sauvons Le Climat) : 690 TWh avec des Les nouvelles tranches EPR de 1650 MW se substituant aux tranches actuelles  et un rythme de construction de 2 EPR par an à partir de 2030.

Ou encore le  Scenario Terrawater ( Les Voix du nucléaire) qui préconise un développement  raisonnable du nucléaire (22 EPR2 d’ici 2050) et en même temps un développement massif de l’hydroélectricité, qui est la 1ère source d’énergie renouvelable dans le monde (multiplication par 9 des capacités de STEP),

Ces scénarios permettraient de disposer d’une énergie nucléaire décarbonée, abondante, pilotable, présente jour et nuit qu’il pleuve ou vente ou vente pas,  bon marché , économique, qui permettent la réindustrialisation. De plus et surtout , ils sont  construit sur des technologies éprouvées et maîtrisées aujourd’hui , contrairement aux scénarios à forte proportion d’ENR proposés par des adversaires dogmatiques du nucléaire 

Il est dommage que la CPDP n’ait pas considéré ces scénarios et  invité les ONG qui les défendent, cela jette une suspicion de partialité et d’information baisée sur le débat et c’est très regrettable

Lien vers le débat 

https://participer-debat-penly.cndp.fr/projects



[1]) Quelle sécurité d’approvisionnement électrique en Europe à horizon 2030 ?, France Stratégie, 15 janvier 2021

mardi 8 novembre 2022

Consultation CNDP- Penly : Un débat réservé aux ONG anti-nucléaires, les ONG pronucléaires exclues

CNDP Débat Penly 8 novembre à Paris et par vidéo : Avons-nous besoin d'un nouveau programme nucléaire ?

Scénarios de Réseau Transport d’Electricité (RTE) , Scénarios de l’Agence de la transition Ecologique (ADEME) , Scénarios de l’association NégaWatt :

Pour un point sur les scenarios exclus de la discussion par la CNDP et qui permettent de préserver 70 à 80% de nucléaire de base, décarboné, pilotable, économique, 24h/24h, 7 jours/7, par tous temps  

Scenario CEREME

Pour commencer, un petit problème : la sous-estimation par RTE de l’augmentation des besoins électriques au vu des estimations des sociétés savantes et de nos voisins

Le scenario CEREME – Roland Berger 

Il est basé sur  l'hypothèse de la mise en oeuvre d'un programme électronucléaire français permettant d'atteindre 98,6 GW de capacité nucléaire installée en 2050 et reposant sur deux hypothèses fortes :

 - la prolongation du parc nucléaire historique jusqu'à 70 ans ; soit 59 GW, avec une hypothèse de disponibilité de 75 %,

- la construction de 24 nouveaux réacteurs de type EPR 2 d'ici 2050, soit 39,6 GW d’ici à 2050 (avec un taux de disponibilité de 85 %). Ces nouveaux réacteurs seraient construits sur un rythme de deux par an à compter de 2028, « à mettre en relation avec le rythme de mise en service du parc historique, de quatre à six réacteurs par an, dans les années soixante-dix et quatre-vingts »

Ces moyens nucléaires sont complétés par les moyens hydrauliques existants et projetés par RTE dans son rapport Futurs Energétiques 2050 ainsi que par une part plus faible d'EnRi (49,6 GW).

Ce mix fait l'hypothèse de l'arrêt du développement et du non-renouvellement des capacités renouvelables centralisées. En 2050, le parc EnRi est alors constitué principalement de capacités solaires diffuses (48,7 GW) en autoconsommation dont le développement dépend plus marginalement des pouvoirs publics. Les capacités éoliennes sont progressivement retirées du fait de leur vieillissement (durée de vie estimée à 20 ans pour l'éolien offshore, 25 ans pour l'onshore).

Commentaires et précisions

 La dimension du parc à construire dépendra donc du choix qui sera fait pour la DDV du parc existant. Il faudra construire 40 GW, si on retient 80 ans, 45 si on retient 70 ans, 86 si l’on limite à 60 ans. 40 GW représentent la puissance de 24 réacteurs EPR2, 45 GW la puissance de 27 EPR2 et 55 GW (dans une hypothèse de fermeture étalée entre 60 et 70 ans) 30 EPR2.

Dans cette hypothèse et en supposant que le processus d’approbation conduise à la mise en construction du 1er réacteur en 2027 et une durée de construction moyenne de 7 ans, il faudra construire 30 EPR2 en quinze ans, soit deux par an. C’est un enjeu industriel considérable mais bien sûr atteignable. Rappelons que dans les années 80 la France a mis en service 40 GW en dix ans, avec un pic de 6 réacteurs la même année. Cela implique un engagement politique et industriel clairement affiché et comme dans les années 70-80, des contrats de programme qui permettent aux industriels d’investir sur le long terme dans les outils de fabrication et dans la formation.

Il existe un autre critère essentiel pour le dimensionnement du mix de production qui est la puissance mobilisable (GW) à la pointe de consommation. Ce critère très rarement évoqué résulte de ce que l’électricité n’est que marginalement stockable et qu’il faut donc fournir à chaque instant la puissance demandée. Aujourd’hui, la puissance « pilotable » mobilisable à la pointe compte au maximum 57 GW de nucléaire, 15 GW d’hydraulique, 12 GW de gaz, environ 6 GW de charbon, fuel et bio énergie, pas de solaire (éventuellement 1GW d’éolien). Au total, 91 GW qui devraient tomber à 86 si les centrales à charbon et au fuel sont fermées en 2021 comme il est prévu. Rappelons que lors des épisodes de pointe que la France a connus, la puissance demandée a dépassé 90 GW (102GW en février 2012). La conséquence est que, au-delà des 15 GW d’hydraulique qui n’augmenteront que d’un ou deux GW d’ici 2050, ce sont exclusivement le nucléaire de puissance et le gaz (le charbon et le lignite en Allemagne) qui permettront de répondre à la demande de pointe. Le choix est donc simple : plus de nucléaire et moins de gaz ou plus de gaz et moins de nucléaire.

Le développement industriel des nouvelles technologies que sont le stockage de masse, l’hydrogène, les « gaz verts » et même les SMR, reste hautement hypothétique, ou totalement antiéconomique, à l’échéance de 2050, et sans doute encore après, en tout cas pour leur usage dans la production d’électricité. Si l’on suppose que la pointe évolue proportionnellement à la consommation c’est-à-dire d’environ 50% d’ici 2050, il faudra environ 135 GW (90x1,5) de puissance installée et, par conséquent, 120 GW du mix nucléaire plus gaz.

La France bénéficie de la technologie, d’une base industrielle, d’une opinion publique favorable et surtout du plus grand parc homogène en exploitation, il faut donc limiter à son minimum la production d’électricité au gaz, en augmentant la part du nucléaire. Jusqu’aux années 2010, le nucléaire a représenté jusqu’à 80% de la production. Le bénéfice pour les Français a été considérable : prix constamment décroissants, indépendance nationale, bénéfices d’exportation élevés. Le développement de la production au gaz conduira nécessairement à une aggravation de la dépendance énergétique vis-à-vis de l’Algérie, de la Russie et de l’Allemagne, à une aggravation importante de la balance commerciale et plus certainement encore à une augmentation et une instabilité des prix de l’électricité (la situation actuelle le préfigure). Pour réduire notre dépendance stratégique et économique à une source d’énergie exogène et assurer une production d’électricité à un prix stable sur la longue durée, l’intérêt national est de réduire autant que possible la part du gaz et de la limiter, en complément de l’hydraulique, à la modulation de la production.

C’est donc d’un parc nucléaire d’environ 100 GW dont la France aura besoin en 2050. Avec l’hypothèse réaliste d’une disponibilité du parc de 82%, comme cela a été le cas pendant de nombreuses années, le nucléaire représentera alors 80% du mix de production, revenant ainsi à un niveau historique (100GW x 8760h x 0,82 = 718 320 GWh soit environ 720 TWh = 80% de 900 TWh). Cette hypothèse qui permet de limiter à quelques GW l’augmentation de la puissance au gaz rend totalement inutiles les ruineux investissements dans les énergies renouvelables éoliennes et solaires.

Scenario Terrawater ( Les Voix du nucléaire)

 Il préconise un fort développement du nucléaire (22 EPR2 d’ici 2050) et en même temps un développement massif de l’hydroélectricité, qui est la 1ère source d’énergie renouvelable dans le monde (multiplication par 9 des capacités de STEP),

De plus, le type de capacité hydraulique que ce scénario veut développer massivement, ce sont des STEP  (Station de Transfert d’Energie par Pompage), qui sont le 1er moyen de stockage de l’électricité. TerraWatter préconise de passer de 5.000 MW de STEP actuellement, à 47.000 MW, et ce principalement en modernisant des installations déjà existantes. Cette puissance de STEP permet, à un prix extrêmement compétitif, sans besoin en matériaux précieux et importés, avec une technologie éprouvée, de résoudre le problème de l’intermittence des énergies renouvelables solaire et éoliennes.

 Il est construit sur des technologies éprouvées et maîtrisées aujourd’hui : Les rédacteurs ont choisi d’ôter tout risque sur la capacité de production industrielle et tout doute technologique. Par exemple, il n’est plus question de technologies non encore matures en 2022, comme le stockage de l’électricité via des batteries à grande échelle, le V2G (vehicle to grid)

A la place des principes simples : une faisabilité technique et industrielle déjà éprouvée en 2022, un minimum de complexification du réseau pour plus de robustesse.

Il est basé sur une grande capacité de production : Il préconise une production d’électricité totalement décarbonée et abondante afin de ne pas dépendre des importations, et permettant d’encaisser une augmentation massive de la consommation qu’entrainera l’électrification de l’industrie et des transports.

Scenario Negatep (Sauvons Le Climat)

Compromis entre le souhaitable et le possible, NégaTep conduit progressivement, à l’horizon 2050-2060, à une réduction par un facteur supérieur à 4 des émissions de gaz à effet de serre dans notre pays, sans imposer de décroissance. Cette décarbonation concerne tous les secteurs de l’activité économique (hors agriculture) et s’accompagne d’un recours massif au vecteur électricité. La production électrique serait très majoritairement nucléaire complétée par une importante contribution de renouvelables et un reliquat de fossiles (gaz) voué à la disparition.

Le scénario Negatep prévoit 725 TWh. Cette forte augmentation de 275 TWh s’explique essentiellement par le rôle prédominant que prend l’électricité dans les transports en remplacement partiel du pétrole. L’énergie issue du nucléaire passe de 400 TWh à 565 TWh (exemple 50 tranches EPR)

Cet accroissement de 275 TWh sur la consommation actuelle, est la conséquence de deux effets de sens contraires : Une stabilisation au niveau actuel, voire une légère baisse, des usages traditionnels de l’électricité,  l’apparition de besoins nouveaux d’électricité soit :

- le développement de l’électricité en direct pour les transports : + 105 TWh

- la production de biocarburants : + 115 TWh

- l’évolution des besoins de chaleur dans les usages fixes + 33 TWh

-  l’évolution des usages spécifiques de l’électricité + 33 TWh La production se répartit entre les sources non émettrices de CO2 pour et celles émettrices de CO2 :

D’où finalement Sources non émettrices de CO2 685 TWh répartis :

- Nucléaire 565 TWh

-  Hydraulique 70 TWh

- Bois et déchets 20 TWh

- Eolien 20 TWh

- Divers renouvelables 10 TWhe.

- Sources émettrices de CO2 : Gaz naturel 40 TWh

Pour répondre à ces besoins de production accrus de 57 % (passage de 437 à 688 TWh), les nouvelles tranches dites de IIIème génération se substitueront aux tranches actuelles, au fur et à mesure des fins de vie de ces dernières.

Les nouvelles tranches EPR de 1650 MW se substitueraient aux tranches actuelles (de 900 à 1450 MW) dont la puissance moyenne est de 1070 MW. Elles sont conçues pour être capables de produire près de 13 TWh par an, mais on peut penser que certaines d’entre elles seraient utilisées en semi-base, pour limiter le nombre de centrales à gaz de secours de l’éolien et répondre au pic de consommation d’hiver. Avec une production moyenne de 11 TWh/an (facteur de charge 76 %), il faudrait environ 64 EPR (soit un nombre proche des 58 tranches existantes, et donc un rythme de construction de 2 EPR par an à partir de 2030.

Quel que soit le niveau final de puissance retenu (simple remplacement à puissance totale identique ou plus comme il sera vu ci après), pour ne pas avoir l’« effet falaise » et retrouver un tythme de construction calé sur celui des années fin 70 (plus de 4 tranches par an certaines années) les arrêts définitifs seront programmés entre 50 et 60 ans. Cela donne un besoin de tranches nouvelles en remplacement à partir de 2027 et une fin de remplacement en 2060, donc étalé sur 33 ans, comme le montre la figure 8.

En 2050, il y aurait encore environ 16 GW de centrales de II° génération en service et Négatep considère qu’il faut aller au delà de la limite des 63 GWe fixée par la loi sur la transition énergétique de 2014, et donc de prévoir comme indiqué figure 7 le développement d’ unités de III° génération, au delà du simple remplacement



Commentaire et comparaison avec Négawatt :

Le scénario Negatep prévoit 50 Mtep de renouvelables (x 3 par rapport à 2000) Les renouvelables couvriraient ainsi 37 % des besoins

Cet écart de 27 Mtep avec Negawatt  dans les prévisions d’appel aux renouvelables, vient essentiellement

- d’une grande différence sur  l’éolien : 140 TWh pour Negawatt  (soit 32%) et 20 TWh pour Negatep (soit 3%)

-  le photovoltaïque : 65 TWh pour Negawatt et qui reste marginal pour Negatep

- la biomasse chaleur : 27 Mtep pour Negawatt et 19 Mtep pour Negatep

-  la biomasse pour les biocarburants : 10 Mtep pour Negawatt et 5 Mtep pour Negatep

Dans le scénario Negatep, les différentes voies retenues peuvent toutes être développées avec les technologies existantes ou sur le point de l’être, à l’exception de la production de biocarburants à partir de produits ligno-cellulosiques.

La situation est différente dans le scénario Negawatt, car on ne sait pas aujourd’hui stocker de grandes quantités d’électricité, condition indispensable à la production de plus de 200 TWh d’électricité intermittente. C’est probablement la raison pour laquelle le scénario Negawatt prévoit, à titre transitoire, une augmentation massive de la production d’électricité à partir de gaz naturel (40 % en 2040). En fait, en l’absence de stockage de l’électricité, la production intermittente pourrait difficilement dépasser 10 %.


samedi 21 août 2021

Les ENR (solaire, éolien), le foisonnement et la demande

RTE et la magie du foisonnement : Cela permet d’avoir un approvisionnement constant et lisse d’électricité renouvelable...

Dans une série de vidéos de vulgarisation ( « les Gros Mots de l’électricité) et plusieurs textes, RTE explique que les ENR ne posent pas de problèmes particuliers quant à la continuité et à la sécurité d’approvisionnement grâce au foisonnement.

Extraits : «  l’éolien, au même titre que le photovoltaïque, est une énergie variable dont la production dépend des conditions météorologiques et peut donc évoluer avec le temps. La gestion de la variabilité est fondamentale dans la gestion d’un système électrique qui doit assurer l’équilibre entre production et consommation. Cependant, à l’échelle nationale ou régionale, les sites de production sont suffisamment éloignés les uns des autres pour que les conditions météorologiques soient différentes à un instant donné… Cette mutualisation est appelée foisonnement. Ce terme décrit la capacité de la production d’une zone climatique à compenser un excès ou un déficit de production dans une autre zone climatique. Cette approche peut également s’appliquer au territoire européen dans son ensemble en développant les interconnexions de réseaux entre des pays soumis à des régimes de vent différents. »

Les données publiques de production fournies par RTE montrent que, si la variabilité de production à l’échelle d’une éolienne est forte, cette variabilité est lissée à l’échelle régionale et, d’autant plus, à l’échelle nationale, du fait des trois régimes de vent indépendants présents sur le territoire français : océanique (Bretagne Centre-Val de Loire et Pays de la Loire), continentale (Alsace Champagne-Ardenne  Lorraine) et méditerranéen (Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées).

Et, cerise sur le gâteau, il y a même  « complémentarité avec le photovoltaïque : « Le lissage de production électrique renouvelable sur le territoire peut également se faire au travers de la complémentarité entre plusieurs énergies, comme c’est le cas entre l’éolien et le photovoltaïque…. En effet, l’énergie photovoltaïque produit davantage au printemps et en été tandis que les pics de production d’électricité éolienne ont lieu en automne et en hiver. Cela permet d’avoir un approvisionnement constant et lisse d’électricité renouvelable, tout au long de l’année. »

Les contes de fée de RTE ont suscité des réactions qui les ont quelques peu mis à mal .

1) François-Marie Bréon : les ENR, fâcheux manque de corrélation avec la demande !

https://twitter.com/fmbreon/status/1287620968098209793?s=19

C’est bellement simple et simplement beau.  Dans une série de graphiques tirés des propres données de RTE  (pour l’année 2019. consommation, production et import/export sont données au pas semi-horaire, puis ramenées au pas journalier), FM Bréon montre :

1) La production nucléaire est corrélée à la demande et fait face à la plus grabde partie de la consommation ( qui a varié entre un peu moins de 1 TWh (en Aout) et presque 2 TWh (en hiver)

Et c’est encore mieux si on considère le nucléaire et l’hydraulique (Cependant, pour les + fortes consommations, leur somme est inférieure à la demande, et il a fallu faire appel aux imports et fossiles)

Et l’éolien ? Ben, deux remarques : absolu manque de corrélation avec la demande et une très grande variabilité avec une production qui a varié  entre 11 et 283 GWh (facteur 25).  Commentaire de FM Bréon : «  Vous le voyez le “foisonnement” “qui permet de lisser la production à l’échelle de la France, avec ses 3 régimes de vent” ?  Moi pas. »

On peut quand même se demander si, par hasard, l’éolien ne  permet pas de faire face aux cas critiques, lorsque nucléaire et hydro ne couvrent pas la demande. Et Ben non, c’est pas mieux ! Les cas les plus critiques (le besoin est le plus important) correspondent très, très rarement à des cas de forte production éolienne.


Et pour le solaire photovoltaïque , qui, selon RTE,  compléterait si bien l’éolien dans un espèce de foisonnement trans-technique.. La production varie entre 5,6 GWh et 62 GWh (facteur 11)….et est inversement corrélée à  la demande :  le solaire produit beaucoup lorsque la demande est faible, et ne produit presque rien lorsque la demande est forte.

Et c’est encore bien pire si l’on regarde la demande non couverte par le nucléaire et l’hydraulique ! En fait, le solaire produit beaucoup en été, quand la demande est plus faible et bien couverte, et peu en hiver, quand elle est forte.



Etude Cereme (2020) : le foisonnement, une croyance « avérée » et…pourtant fausse

https://cereme.fr/wp-content/uploads/2021/06/Cereme_fiche-pedagogique-3_eolien-et-foisonnement.pdf

« Le Réseau de Transport de l’Electricité (RTE) dans sa volonté de communiquer sur les enjeux du réseau électrique présente l’intermittence comme un problème réel mais résolu grâce au foisonnement, c’est-à-dire la présence permanente de production solaire et éolienne en France et en Europe auxquelles la solidarité du réseau français et les importations nous donneraient accès dès que le besoin s’en ferait sentir. Cette conclusion reprise également par le Ministère de la transition écologique et ses agences a été tellement relayée médiatiquement que l’existence d’un foisonnement en Europe est devenue  une croyance avérée, à laquelle il est désormais difficile d’échapper. Cette croyance est pourtant fausse. Elle aura aussi des conséquences dramatiques si RTE et le Ministère de la transition écologique assoient leurs scénarios et décisions sur ce phénomène…Les Français et l’ensemble des services et équipements sur lesquels ils s’appuient (transports publics, hôpitaux, circuits d’eau et d’alimentation, canaux de communication) pourraient alors être privés arbitrairement d’électricité, notamment lors de situations pénalisantes - soirée froide et anticyclonique - relativement courantes en hiver »

Etude  sur le territoire européen : Le Cérémé a étudié la répartition des vents sur  8 endroits différents, en Allemagne, au Danemark, en France et en Espagne, sur l’ensemble de l’année 2020, à partir des données statistiques fournies par https://www.historique-meteo.net/europe/.

56% des jours de l’année 2020 ont connu partout un régime de vent « faible à modéré », particulièrement au printemps, en été et en novembre, avec parfois une exception au Danemark ou en Bretagne. Soit 207 jours pendant lesquels l’énergie éolienne n’a pas été, ou quasi pas, disponible, simultanément, à ces 8 points pourtant ventés (un peu moins pour Chatillon-sur-Seine, plus continental) et pourtant éloignés les uns des autres. Exemple concret : le 20 mai 2020 il y a eu peu de vent à Hanovre (6 km/h), mais il n’y en a eu guère plus à Ejsberg (12 km/h), à Rostock (13 km/h), à St Quentin (11 km/h), St Pol de Léon (11 km/h), Santander, ou dans le Parc naturel régional du Haut Languedoc. Cette situation s’est reproduite le lendemain 21 mai. A l’autre extrême, 9% des jours de l’année 2020 ont connu partout un régime de vent « assez fort à fort », avec parfois une exception en Espagne, ainsi qu’en Languedoc où s’applique le régime d’exception du cévenol.


Conclusion : Les 2/3 du temps il n’existe aucun foisonnement en Europe. Il y a à peine 30 à 40 jours (10%) où trois, voire quatre, régions pourraient compenser significativement les autres.

Etude sur le territoire français :  38% des jours de l’année 2020 ont connu partout un régime de vent « faible à modéré », soit 139 jours pendant lesquels l’énergie éolienne n’a pas été ou quasi pas disponible, simultanément, aux  quatre points étudiés. Ce taux plus faible que dans l’approche européenne élargie résulte de deux poids relatifs élevés, à fortes variations, dans la statistique : la pointe de Bretagne et le régime cévenol. Il démontre cependant lui aussi combien il n’est pas réaliste de compter sur un foisonnement de l’éolien :



Conclusion : pour palier l’intermittence de l’éolien et du solaire, s’opère en réalité une transition énergétique caractérisée par la construction de nouvelles centrales à gaz, très émettrices de C02 (centrale de Landivisau en Bretagne), et par l’importation d’électricité produite par les centrales au charbon ou au gaz de l’Allemagne. Cette transition énergétique nous emmène loin des objectifs de la transition écologique.

Etude Sauvons le Climat (Hubert Flocard et Jean-Pierre Pervès)

https://participons.debatpublic.fr/uploads/decidim/attachment/file/425/Contribution2-MichelGay.pdf

Cette étude datant de 2018  a analysé la réalité d’une production éolienne en France et en Europe de l’ouest (7 pays) pendant 7 mois (de septembre 2010 à mars 2011).

1) La variabilité de l’éolien crée des problèmes redoutables

Septembre 2010- Mars 2011 en France

Les extrêmes suivants sont observés:

- Puissance minimale : 180 MW soit 3,3 % de la puissance installée (Pn) ; des puissances inférieures à 10 % de Pn sont observées 7 fois.

- Puissance garantie, (celle sur laquelle le gestionnaire du réseau peut compter en permanence), inférieure à 5% de Pn.

- Puissance maximale : 3875 MW, soit 71 % de Pn, avec 7 épisodes dépassant 60% de Pn ou 112 MW.

- La plus importante variation a été de 380 MW par heure, soit de 7% de la Pn en une heure. Il y a aussi eu des variations de 2900 MW (soit 50% de Pn) en 24 h.

La période de novembre 2010, qui a vu une seconde quinzaine caractérisée par de grands froids,confirme une tendance de l’éolien : le manque de vent lors de grand épisodes anticycloniques (c’est le cas environ 4 fois sur 5).

Conclusion : c’est pas gérable !

Passons en 2030 en reprenant les conditions météos  de 2011 mais avec une puissance éolienne presque 10 fois supérieure (53.000 MW au lieu de 5650 MW). La puissance éolienne installée, bien que considérable, est encore quasiment absente pendant les 15 jours de grands froids à partir de mi-novembre.


La puissance éolienne installée, bien que considérable, est encore quasiment absente pendant les 15 jours de grands froids à partir de mi-novembre. Sur la période de 15 jours entre le 15 et le 30 novembre 2030 (336ème à 720ème heure),  la consommation d’énergie serait de 27.000 GWh par jour et l’éolien ne pourrait fournir que 3.000 GWh, soit 11% du besoin. Pourtant, la puissance installée des éoliennes serait du même niveau que la puissance nucléaire !

 Conclusion : c’est encore moins gérable !

L’éolien, c’est pas très productif…Pour un même GW de puissance installée….

Non seulement la variabilité de l’éolien est brutale et ingérable, mais en moyenne la productivité est catastrophique. C’est ce que montre la courbe suivante :  

Fig. 6 : Période du 23/01 au 19/02 2012. Toutes les courbes indiquent, pour un moyen de production donné, la puissance qu’il a livrée au réseau (en MW) par GW de puissance installée (1GW=1000MW) en France ou en Allemagne. La courbe bleue correspond au Nucléaire France, la courbe verte à l’éolien France et la courbe rouge au solaire PV Allemagne. Données françaises : eCO2mix/RTE. Données allemandes : transparency.ee

 Pour un même GW de puissance installée :

- Les centrales nucléaires fournissent une puissance de 0,95 GW, quelques réacteurs sur les 58 étant en arrêt pour rechargement ou visite décennale, et les autres fonctionnant à 100% de leur capacité.

- Les 3500 éoliennes fournissent en moyenne 0,2 GW par GW installé, sauf lors de trois épisodes courts de vents forts (1 à 2 jours) ou elles atteignent des pics de 0,55 à 0,61 GW.

Dans une hypothèse 2030 avec 50 GW de puissance éolienne installée, le réseau aurait eu à supporter le 2 février, en moins de 24 heures, une augmentation de puissance d’environ 20 GW, puis 2 jours après une baisse de même amplitude…

- la productivité du solaire en Allemagne aux mêmes dates : elle n’est que de 4% en moyenne, soit 0,04 GW par GW installé, malgré parfois un temps plutôt ensoleillé…

Et le foisonnement ? Il va falloir que RTE arrête sa propagande !

Les productions éoliennes horaires de l’hiver 2010/2011 de 7 pays, qui représentent un bon échantillonnage de l’Europe de l’ouest, ont été enregistrées heure par heure.


La variabilité reste très forte, ça foisonne pas beaucoup !

Passons à une simulation en 2030 avec pour une puissance éolienne totale triple de l’actuelle (187500 MW au lieu de 65000).


Ben, c’est pas mieux : les puissances minimales et maximales correspondent respectivement à 4% et 60% de la puissance totale installée (Pn). La puissance moyenne s’élève à 21% de la puissance installée avec des minima et des maxima importants, un peu moins marqués que pour la seule courbe française

Mais, les auteurs notent : «  Il est préoccupant de constater des épisodes globaux de pénurie de puissance éolienne (moins de 15% de Pn) apparaissant par grands froids durant une à deux semaines. L’ensemble de l’Europe de l’Ouest peut être affecté par un anticyclone pendant des durées de plusieurs semaines, conduisant à des productions faibles, de l’ordre de 15% de la puissance totale pendant une dizaine de jours, voire même inférieure à 10% pendant deux jours. Bien que particulièrement longs, ces épisodes se reproduisent tous les deux ou trois ans alors que des périodes sans vent de quelques jours s’observent plus fréquemment. »

Conclusion : si on a que l’éolien, ça va cailler !  

Conclusion Globale :

La puissance « garantie » de l’éolien, qui  est la puissance sur laquelle le gestionnaire de réseau peut compter, est limitée à environ 5% de la puissance nominale. Une puissance de secours très importante est donc requise, sans espoir qu’elle puisse provenir du solaire, particulièrement en hiver.

Le foisonnement reste limité pour la France malgré trois régimes de vent. C’est également le cas pour toute l’Europe de l’Ouest : les puissances maximales et minimales européennes (63 % et 4,1 % de Pn) sont à peine plus favorables que celles constatées en France (71 % et 3,3 % de Pn).

De plus, les périodes d’appel maximal de puissance, en hiver comme en été, sont généralement anticycloniques et l’éolien devient inefficace dans ces situations (4 fois sur 5 environ) sur de longues durées (une à deux semaines).

Alors, il faudrait que RTE arrête de diffuser des fake news digne des bisounours qur les EPR et de faire la propagande des ENR (dont on comprend qu’il les aime beaucoup, vu qu’elle nécessites beaucoup de nouvelles lignes)

Les besoins de stockage d’un système 100% ENR en Allemagne : 61 jours de consommation !

L’importance de la variabilité de l’éolien et le manque de foisonnement ont été confirmés par une étude allemande, qui en étudie les conséquences en matière de besoin de stockage, constate que ceux-ci ont été grandement sous-évalués et arrive…à une valeur qui devrait effrayer tous les partisans de l’Energiewende, cf.,

https://twitter.com/QvistStaffan/status/1427625800925388814?s=09

Extraits : Qu’est-ce qui détermine les besoins de stockage dans un système 100% renouvelable  (principalement PV + éolien), et quelle quantité est vraiment nécessaire? J’ ai essayé de déterminer cela dans une nouvelle étude en utilisant 35 ans de données météorologiques horaires (ré-analyse) pour l’Allemagne

« Un système allemand à 100%-RE optimal en termes de coûts (92 GW PV, 94+98 GW on+off. éolien) nécessite un stockage efficace de 36 TWh (~ 24 jours de charge!). Pourquoi autant ? Les discussions dans les médias et de nombreuses études sur  les « pots au noir »se concentrent généralement sur des événements allant de quelques jours à 2 semaines de faible rendement continu d’ENR ( Ou EVI énergie variables intermittentes). Notre analyse montre que la période déterminant le stockage requis  est beaucoup plus longue - pour l’Allemagne, c’est environ 61 jours (9 semaines)!



« Pourquoi une période aussi (étonnamment) longue ? En fait, il ne faut pas considérer seulement les évènements pour lesquels la production ENR est continuellement faible, mais des périodes plus longues qui peuvent contenir de courts événement de production ENR élevée… et ces séquences, sur de longues périodes, nécessitent un traitement spécifique des donnés. La valeur élevé de stockage que nous obtenons s’explique parce que 1) Nous avons examiné  35 ans de données horaires plutôt que seulement 1-2 ans, et avons identifié donc des périodes réellement problématiques. 2) Nous n’avons pas autorisé de back up avec des énergies fossiles (100%ENR, c’est 100% ENR) 3. L’Allemagne a été traitée comme traitée comme un système isolé, et nous n’avons pas considéré importations (et exportations) »

« Un commentaire sur ce dernier point : un lissage sur une zone géographique plus importante réduirait sûrement l’ampleur du défi et les coûts liés à la variabilité des ENR.  Mais, durant les évènements hivernaux les plus graves (comme l’hiver 96-97), les pays avoisinant ont aussi souffert de déficits énergétiques importants, et aucune capacité d’import n’était disponible. Même le  réservoir hydroélectrique SE plus NO d’énergie pilotable a connu en cette période son pire déficit énergétique historique. »

En fait, durant cette période, toutes les ressources renouvelables de tous les pays reliés à l’Allemagne étaient  bien en-dessous de leur productivité normale. L’existence d’un potentiel d’importation de renouvelables donc très improbable…L’idée que lorsqu’une contrée ou région soufre d’un déficit énergétique, une région proche se trouve en surplus et peut exporter se trouve rarement vérifiée…

(NB et voilà pour le foisonnement !)


La flexibilité de la demande, qui signifie un report de consommation dans le temps pour éviter des prix élevés ou être rémunéré pour aider le système électrique, peut constituer une aide raisonnable durant 24h. Nous parlons ici de déficit énergétique de deux mois, la flexibilité devient alors un rationnement.  

(NB et voilà pour la flexibilité,  tarte à la crème de RTE et des écolos bigots !)