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mercredi 16 novembre 2022

L’Estonie se prépare à entrer dans le club nucléaire 3) Les USA à la manœuvre géopolitique

Suite de https://vivrelarecherche.blogspot.com/2022/11/lestonie-se-prepare-entrer-dans-le-club_14.html et de https://vivrelarecherche.blogspot.com/2022/11/lestonie-se-prepare-entrer-dans-le-club.html

Soit le rapport d’un think tank géostratégique estonien International Centre for Defence and Security très favorable aux USA

Rapport : Developing Nuclear Energy in Estonia september 2022 An Amplifier of Strategic Partnership with the United States?,

Un choix géostratégique…qui devrait favoriser les USA

« L’énergie nucléaire est de plus en plus considérée comme l’un des ingrédients essentiels d’une transition réussie vers un système énergétique neutre pour le climat et comme un élément viable du futur bouquet énergétique décarboné. Par conséquent, l’Estonie envisage officiellement la possibilité d’adopter l’énergie nucléaire produite par de nouveaux petits réacteurs modulaires (PRM).

Ce choix n’est cependant pas purement environnemental, économique ou technique, mais a également des implications géopolitiques. Il créerait de nouvelles interdépendances à long terme avec des partenaires étrangers, ce qui pourrait représenter de nouvelles possibilités de coopération plus étroite dans le domaine de la sécurité et de la politique étrangère, mais pourrait également créer de nouveaux risques politiques, de réputation et de sécurité nationale. Cette dimension géopolitique revêt une importance particulière pour des pays comme l’Estonie qui cherchent à impliquer davantage des alliés clés tels que les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne dans la région nordique-baltique pour contrer la pression géopolitique de la Russie et, de plus en plus, de la Chine..

Le rapport suppose que l’Estonie pourrait éventuellement opter pour l’énergie nucléaire et choisirait les États-Unis comme fournisseur de technologie SMR. »

Facteurs favorables et défavorables

- le consensus politique bipartite aux États-Unis sur l’énergie nucléaire dans la politique climatique et énergétique et la pression américaine pour le développement de la technologie des SMR axée sur l’exportation qui sous-tend ses efforts pour regagner l’avantage concurrentiel érodé de la technologie de l’énergie nucléaire civile sur la Chine et la Russie.  Cette décision donnerait corps et orientation à la coopération en matière de sécurité énergétique qui irait au-delà de l’accent actuel (temporaire) mis sur l’approvisionnement en GNL et s’alignerait sur les objectifs géopolitiques et géo-économiques de l’Initiative des Trois Mers (3SI)

Le rapport examine  comment certains problèmes structurels des politiques énergétiques nationales et les perspectives géopolitiques divergentes de l’Allemagne, de la France et de la Pologne – ainsi que certaines caractéristiques persistantes des relations intra-européennes qui se manifestent par les politiques communes de l’UE – peuvent nuire ou faciliter les aspirations nucléaires estoniennes.

Bien que le rapport constate que la position pro-nucléaire de la France, les aspirations nucléaires de la Pologne et le pragmatisme émergent de la Commission européenne sur l’énergie nucléaire sont des facteurs favorables, il identifie également plusieurs risques parmi lesquels:

- l a position antinucléaire de l’Allemagne fondée sur l’idéologie « uniquement renouvelable » et les intérêts géo-économiques connexes fondés sur les principes de l’Energiewende (c’est-à-dire maximiser les exportations de technologies renouvelables), ainsi qu’un instinct persistant de contrebalancer le rôle de sécurité des États-Unis en Europe par des politiques énergétiques et économiques ;

- le point de vue des Français en termes de perspective géopolitique , qui reste sceptique quant au rôle des États-Unis en Europe, et la pression qui en découle pour une plus grande souveraineté technologique et énergétique européenne,  avec les efforts de coopération européenne en matière de SMR  menés par les Français et le modèle français de SMR

- la possibilité que la Pologne capte de façon ultra dominante  les intérêts et l’attention politique des États-Unis en matière d’énergie nucléaire en raison de l’ampleur de son programme national et du rôle central de la Pologne dans l’Initiative des Trois Mers .

- L’ambivalence persistante de l’UE concernant le rôle de l’énergie nucléaire dans le futur bouquet énergétique neutre en carbone et la vulnérabilité de son consensus intergouvernemental et interinstitutionnel au lobbying idéologiquement motivé par des considérations idéologiques antinucléaires / « renouvelables uniquement ».

Les recommandations

-Exploiter pleinement les possibilités offertes par le traité de collaboration États-Unis-Euratom pour développer un partenariat bilatéral dans le domaine de l’énergie nucléaire ainsi que le programme FIRST pour créer et mettre en place des capacités crédibles en matière de gouvernance compétente de l’énergie nucléaire.

NB : FIRST Foundational Infrastructure for the Responsible Use of Small Modular Reactor (SMR) Technology (cf note fin de document)

- Travailler à l’institutionnalisation et au développement de la coopération multilatérale en matière d’énergie nucléaire dans le cadre de l’Initiative des Trois Mers (3SI)

- Engager un dialogue continu avec l’Allemagne (et d’autres pays nucléaro-sceptiques ) sur le rôle de l’énergie nucléaire dans le futur bouquet énergétique dominé par les énergies renouvelables, tout en restant vigilant et en étant prêt à contrer le lobbying antinucléaire au sein des structures de l’UE qui pourrait progressivement éroder le consensus sur l’inclusion de l’énergie nucléaire dans la « taxonomie de la finance verte ».

La décision d‘inclure le nucléaire dans  la « taxonomie verte » signifie que les États membres qui ont choisi d’étendre ou d’utiliser la technologie nucléaire se verront épargnés d’avoir à s’engager dans des confrontations vives et potentiellement dommageables avec et à Bruxelles sur cette question...Cependant, les restrictions obtenues par les lobbies des énergies renouvelables et des entreprises vertes sont une indication des intentions d’empiler progressivement des contraintes paralysantes sur l’énergie nucléaire au fil du temps.

- Développer une stratégie claire pour aborder à la fois les fondements géopolitiques et commerciaux de l’agenda Français, si Paris soulève des objections à l’implication expansive des États-Unis dans le programme d’énergie nucléaire estonien

Pourquoi un programme national estonien et lequel ?

Théoriquement, l’Estonie pourrait, au lieu de développer sa propre énergie nucléaire, participer en tant qu’investisseur et participant à un projet plus vaste (par exemple en Pologne). Cependant, les délais d’exécution de ces projets sont souvent trop longs et  comportent divers risques, comme l’illustre le projet Hanhikivi-1 récemment annulé en Finlande. L’Estonie a également une expérience très négative de la débâcle de la centrale nucléaire lituanienne de Visaginas qui a conduit la Lituanie à ne pas lancer un projet régional de centrale nucléaire convenu avec les autres États baltes et Hitachi du Japon en 2011-12..

Les développeurs estoniens penchent vers une solution nationale, tout en restant ouverts et même en courtisant activement les participants des pays voisins en tant qu’investisseurs, ce qui en fait un projet régional. La Lettonie fait partie des priorités et montre un intérêt évident, comme en témoignent les discussions entre Fermi Energia et la société publique d’énergie Latvenergo (dans ce cas, si Latvenergo rejoignait le projet, l’Estonie déploierait quatre unités SMR au lieu de deux)

Le SMR de NuScale qui est considéré par la Pologne et la Roumanie est livré en 6 packs modulaires par unité de réacteur qui générerait 500 MW de puissance; les exigences des GRT estoniens sont qu’une seule unité ne dépasse pas 400 MW.

Les développeurs de projets estoniens considèrent fortement BWRX-300 de GE Hitachi, une coentreprise américano-japonaise, comme premier choix et ont même signé un accord de coopération à cet effet.  Jusqu’à présent, il semble que le BWRX-300 sera le seul type de réacteur qui pourrait être entièrement autorisé – par le Canada – et pourrait obtenir une licence en Estonie d’ici 2030.

Cependant, les développeurs de projets estoniens restent non engagés ou « technologiquement neutres », et le choix final serait fait en 2023. Ils continuent d’explorer d’autres possibilités – en particulier un SMR conçu par Rolls-Royce (RR) au Royaume-Uni – au cas où le processus d’octroi de licences du SMR GE Hitachi au Canada, où le premier déploiement est prévu, connaîtrait des retards importants ou d’autres difficultés.

Le fait que l’Estonie soit actuellement « nucléaire  naïve» ne semble pas décourager les investisseurs potentiels ; Cependant, c’est le sentiment politique et les considérations géostratégiques aux États-Unis et dans l’UE – tant dans les institutions de l’UE que parmi les principaux États membres – qui seront d’une importance primordiale si l’Estonie va de l’avant avec l’énergie nucléaire et choisit une solution de PRM d’origine américaine.

Traitement des déchets : implication de la France souhaitée

Les membres d’Euratom ont le consentement préalable des États-Unis pour retraiter les matières nucléaires traitées dans des équipements d’origine américaine si les matières sont envoyées à une installation relevant de la juridiction d’Euratom, à savoir les installations d’Orano à La Hague et de Marcoule en France. Les membres d’Euratom peuvent également retransférer du matériel à la plupart des principaux partenaires commerciaux des États-Unis et de l’UE. Cela signifie que le cadre juridique bilatéral permettant à l’Estonie d’expédier du combustible usé vers la France pour le retraitement afin de réduire les déchets est déjà en place. En outre, la participation des Français au retraitement du combustible usé d’un réacteur construit aux États-Unis en Estonie pourrait apaiser la pression exercée par la France pour que l’Estonie poursuive l’une de ses conceptions en tant que partenaire de l’UE.

Financement : les firmes étatiques gènent les Américains …

Les fournisseurs nucléaires américains sont des entreprises privées dont les coûts d’investissement pour la construction de réacteurs sont généralement financés par des capitaux privés dans un mélange de dette et de capitaux propres. En revanche, la plupart des autres fournisseurs de réacteurs nucléaires appartiennent à des semi-publics, y compris Électricité de France (EdF) (85%) et KEPCO en Corée du Sud (51%), ou entièrement publics, y compris Rosatom en Russie et China General Nuclear Power Group (CGN). Avec le soutien de leurs gouvernements, ces fournisseurs nucléaires peuvent offrir des conditions de financement plus généreuses que leurs concurrents américains. Rosatom, en particulier, a poursuivi un modèle « Build-Own-Operate » (BOO) pour ses exportations nucléaires dans lequel Rosatom assume toutes les participations dans le projet et exploite la centrale une fois qu’elle est construite, recevant des paiements pour la fourniture d’énergie aux consommateurs du pays hôte..

Pour des raisons géopolitiques évidentes, la concurrence de Rosatom n’est pas à considérer dans le contexte estonien. Alors que la capacité du gouvernement américain à soutenir le financement de la construction de réacteurs nucléaires est limitée, les États-Unis maintiennent une série de programmes de renforcement des capacités pour fournir aux États une formation et des ressources liées à la gouvernance de l’énergie nucléaire.

Commentaire sur la situation allemande

Il est raisonnable de s’attendre à ce que la posture de Berlin soit plus modérée dans l’avenir immédiat à l’égard d’une telle politique qu’elle ne l’aurait été avant le 24 février 2022, lorsque la Russie a envahi l’Ukraine... La coalition actuelle au pouvoir a fait une rupture significative avec les positions obstinément russes des années Merkel. Il n’y a plus d’illusion sur la possibilité que la Russie soit un « fournisseur fiable »... Le Parti vert allemand a défendu et diffusé à l’échelle internationale la vision du « vert » comme étant uniquement renouvelable qui exclut l’énergie nucléaire.

Commentaire sur la situation française : peu de probablilité d’abandon d’un très intégré dans les réalités économiques et politiques françaises

La France a développé son secteur nucléaire extrêmement rapidement, dans un scénario qui fait écho à la situation actuelle en Europe. L’impulsion immédiate a été l’embargo pétrolier arabo-OPEP de 1973, à un moment où le pays produisait la majeure partie de son électricité à partir du pétrole. .

Le fait est aujourd’hui que, pour la France, l’énergie nucléaire est synonyme de sécurité énergétique, et qu’elle ne s’accompagne d’aucun coût de réseau, de stockage ou de synchronisation majeur ni de maux de tête, ou d’une dépendance excessive vis-à-vis de régimes instables ou antagonistes à l’étranger. Par conséquent, il est hautement improbable que la France abandonne un jour sa dépendance fondamentale à l’énergie nucléaire. Elle a flirté avec une sortie progressive du nucléaire au cours de la dernière décennie, mais le président centriste Emmanuel Macron et son adversaire d’extrême droite battue à l’élection présidentielle de 2022, Marine Le Pen, ont fait de la modernisation et de l’expansion nucléaires des promesses de campagne clés. En France, les énergies renouvelables auront un rôle important, mais approprié et modéré.

Il y a deux aspects de la politique nucléaire française qui montrent sa profonde intégration dans les réalités économiques et politiques/géopolitiques de la France que tout autre État membre intéressé par l’expansion ou le lancement de l’énergie nucléaire devrait comprendre. Premièrement, c’est le rôle commercial du secteur; deuxièmement, il s’agit de  la politique européenne de la Fran et de considérations géopolitiques plus larges.

L’énergie nucléaire a longtemps rendu l’électricité bon marché en France et suffisamment abondante pour l’exportation, renforçant ainsi l’importance régionale française. En fait, la France est normalement le premier exportateur mondial d’électricité, gagnant environ 3 milliards d’euros par an...

Pour la France, l’énergie nucléaire est synonyme de sécurité énergétique, et elle ne s’accompagne d’aucuns coûts de réseau, de stockage ou de synchronisation majeurs, ni d’une dépendance excessive vis-à-vis de régimes instables ou ennemis à l’étranger…En réponse au défi climatique et à l’agression russe, la France souhaite à nouveau développer ses activités internationales, en utilisant les derniers réacteurs dotés de conceptions de sécurité passive améliorées. Elle commence également à développer de nouveaux SRM polyvalents, basés sur les conceptions utilisées dans ses sous-marins à propulsion nucléaire..

Une influence importante pour la France dans le redémarrage de l’industrie nucléaire

Son expertise et sa position établie dans les secteurs de l’énergie nucléaire de l’UE et du monde sont des facteurs importants pour tout nouveau programme d’énergie nucléaire... Dans le même temps, il est également devenu évident qu’ EDF n’a pas investi adéquatement dans l’entretien de ses anciennes usines nationales, de sorte qu’en avril 2022, y compris les usines fermées pour entretien programmé, la moitié des réacteurs ont  été mis à l’arrêt, dont un certain nombre en raison de la corrosion de composants non nucléaires

C’est un point crucial :  la France reste la principale force poussant l’UE à poursuivre le développement de l’énergie nucléaire. Elle  jouera un rôle clé pour contrebalancer le camp populiste antinucléaire et «tout renouvelable » dirigé par l’Allemagne, avec  d’autres partisans importants. Cela revêt un intérêt crucial pour toute décision relative au programme nucléaire en Estonie et dans les États dotés d’une capacité nucléaire tout au long du Trimarium.

Le réengagement français en faveur de l’énergie nucléaire signifie que l’énergie et la technologie nucléaires ne seront pas seulement une question d’Europe centrale et orientale et qu’il sera donc plus difficile d’isoler, de caractériser ou de stigmatiser par les forces antinucléaires à Bruxelles et ailleurs..

“En conséquence, l’Estonie et les Etats des Trois mers devront courtiser politiquement la France et veiller à l’inclure dans leur stratégie commerciale et industrielle »

Ce que prévoit l’Estonie pour la France en cas de choix américain

Les efforts Français pour rallier les autres États membres de l’UE à la poursuite de la prétendue « autonomie stratégique européenne « – bien qu’ils soient parfois considérés comme une protection potentiellement utile contre les conséquences du regain d’isolationnisme américain et de l’abandon de l’Europe – suscitent souvent le soupçon dans les États baltes que Paris cherche simplement un moyen de réduire l’implication américaine en Europe. En outre, la France a, de longue date, « courtisé » la Russie – un partenaire supposé indispensable, selon Paris, du dialogue et de la coopération dans l’architecture de sécurité européenne au sens large – ce qui a suscité de nombreuses critiques de la part de diverses capitales du Trimarium, conscientes de la  grave menace posée par le régime du Kremlin, et a sapé leur confiance dans le jugement des gouvernants français en matière de  géopolitique.

En ce qui concerne la France, l’Estonie, en cas de choix de la technologie américaine pour sa production nucléaire, devra naviguer entre la position politique pro-nucléaire de la France, son opposition instinctive à l’influence américaine en Europe, les visions de souveraineté de l’UE émanant de Paris et une tendance russophile profondément enracinée dans son establishment diplomatique et militaire. Bien que la France défende l’énergie nucléaire à Bruxelles, le choix d’un petit Etat membre de l’UE de se porter sur une technologie américaine serait certainement source de frictions..

Pour les éviter et  garder de bonnes relations avec  Paris, l’Estonie pourrait théoriquement choisir, si elle poursuit son programme d’énergie nucléaire, de s’associer à la France plutôt qu’aux États-Unis ou au Royaume-Uni pour un déploiement des SMR , agissant ainsi dans l’esprit de la solidarité et de la souveraineté de l’UE.

Mais il semble  que l’implication de l’industrie nucléaire française dans le cycle du combustible nucléaire pour un SMR basé sur la technologie américaine pourrait constituer exactement une solution « macronesque » géopolitiquement équilibrée qu’un centriste Français pourrait apprécier..

L’Estonie devrait s’attendre à ce que la France plaide constamment en faveur d’une coopération sur le SMR européen et souligne que le cadre de l’UE prévoit déjà une gamme suffisante d’instruments de coopération en matière de sécurité pour faire face aux risques associés à l’adoption de l’énergie nucléaire. Une partie de l’opposition politique potentielle de la France peut être désamorcée en intégrant sa base industrielle nucléaire dans les chaînes d’approvisionnement du programme d’énergie nucléaire estonien, même après le choix d’un SMR américain, mais cela ne sera guère suffisant pour éviter l’accusation que l’Estonie ne soutient pas le renforcement des aspirations de souveraineté de l’UE dans la pratique. L’Estonie devra être prête à faire valoir auprès de Paris que sa dépendance vis-à-vis des États-Unis – que ce soit dans le domaine de la technologie énergétique ou de la technologie militaire n’est pas contraire aux intérêts de l’Europe, mais plutôt renforceraient la cohésion et la force collective de l’Occident.

Note ) Sur le programme FIRST : Foundational Infrastructure for the Responsible Use of Small Modular Reactor (SMR) Technology

Le texte de la déclaration ci-après a été publié par les Gouvernements des États-Unis d’Amérique et de l’Estonie, du Ghana, du Japon, du Kazakhstan, de la Lettonie, des Philippines, de la République de Corée, de la Roumanie, de l’Ukraine et du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord à l’occasion de la Conférence d’examen du TNP de 2022.

1. Nos pays partagent un engagement ferme à réaliser les avantages de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, conformément au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Nous réaffirmons le droit inaliénable des États parties au TNP d’utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, sans discrimination et conformément aux articles Ier, II, III et IV du TNP. ..

Nos pays participent à de nouveaux projets de renforcement des capacités dans le cadre du programme FIRST (Foundation Infrastructure for the Responsible Use of Small Modular Reactor (SMR). Les partenaires de ce projet travaillent en collaboration pour faciliter l’utilisation sûre et sécuritaire des réacteurs nucléaires civils, en particulier des PRM. Le programme FIRST fournit aux pays partenaires la base pour tirer parti des technologies nucléaires avancées et des innovations à venir dans la conception des réacteurs afin d’atteindre leurs objectifs en matière de sécurité énergétique et de climat, et de le faire conformément aux normes internationales les plus élevées et aux orientations en matière de sécurité.

 

vendredi 3 mai 2019

Politique et stratégie de l’aluminium


Comme souvent, signalons ici l’excellente  Lettre Géopolitique de l'Electricité (www.geopolitique-electricite.fr/) de M. Lionel Taccoen qui dans son numéro d’Avril 2019 publie un dossier complet et passionant sur l’aluminium. Pourquoi l’aluminium et l’électricité ? Et bien, c’est que compte tenu de son mode de production, on a pu écrire que « l'aluminium, c'est de l'électricité solide ».

Aluminium : Une industrie stratégique de plus en disparition en Europe. Vers la grande dépendance !

C’est le chimiste français Sainte-Claire Deville qui présente en 1854 à l'Académie des sciences le premier lingot d'aluminium obtenu, à l'état fondu, par voie chimique (réduction de la bauxite par le sodium). Napoléon III se fait faire un service de table en aluminium, qui vauit alors davantage que sa vaisselle d’or. La découverte, en 1886, de la production de l'aluminium par électrolyse permet de développer son utilisation et sa remarquable légèreté, sa résistance à la corrosion, sa malléabilité permettant des mises en forme variées  en font un matériau très utilisé dans l'industrie et l'artisanat malgré la technicité de sa mise en œuvre. C'est un produit industriel important, sous forme pure ou alliée, notamment dans l'aéronautique, les transports et la construction. Sa nature réactive en fait également un catalyseur et un additif dans l'industrie chimique. Dans cette histoire de l’aluminium, la France a joué un rôle important avec Pechiney, dont on sait par quelle stupidité de la politique européenne de la concurrence a entrainé sa prise de contrôle par Alcan, alors que c’est le contraire qui aurait dû se produire (cf https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/01/raison-de-detester-leurokom-22-la-mort.html)

L’aluminium est aussi un métal du XXIème siècle ! Vingt-cinq millions de tonnes produits en 2000, soixante-cinq en 2018, cent huit prévus en 2050. La croissance la plus rapide est attendue en Asie, mais l’Europe restera encore longtemps le second marché mondial. Il est de plus en plus indispensable dans les transports. Dans l’automobile : en 1990, chaque voiture en comportait 40 à 80 kg. Aujourd’hui ce chiffre est passé à 150 kg. En 2025, ce sera 250kg. L’aviation n’existerait pas sans aluminium. Il est largement présent dans le bâtiment et les travaux publics. Il est omniprésent dans les emballages et sa  légèreté le fait employer dans bien d’autres branches. Cette production, en forte hausse, dénommée « aluminium primaire » s’ajoute au recyclage du métal utilisé pour des objets dont l’utilisation est terminée. Le taux de recyclage est important : près de la moitié en France.

Les importations dans l’Union européenne de produits en aluminium ont augmenté de 28% entre 2013 et 2017, passant de 7,1 millions de tonnes à 9,1 millions de tonnes… Dans l’Union, sur les 26 fonderies en activité en 2008, 16 sont encore opérationnelles et un certain nombre d’entre elles sont menacées de fermeture …Il semble que les Etats membres de l'UE ont jeté l'éponge. Désormais près des trois quarts de leurs besoins en aluminium primaire, pourtant de plus en plus nécessaire à une économie moderne,  sont importés. La Fédération des Consommateurs Européens de l’Aluminium (FACE) écrit sous le titre « Empêcher la faillite de l’industrie européenne de l’aluminium « Depuis vingt ans, nous avertissons que la politique actuelle conduit au déclin inexorable d’un secteur correspondant à un million d’emplois indirects

Le Vice Président de la Commission Européenne a averti récemment que, en ce qui concerne l’aluminium, l'Union Européenne courrait le risque de nouvelles dépendances de l'extérieur aussi lourdes que celles relatives au pétrole et au gaz. 

Et c’est en fait déjà le cas. Le russe Rusal, longtemps premier producteur mondial, fournit aujourd’hui environ 30% des importations européennes. L’inconvénient est que l’Union européenne déjà notablement dépendante de la Russie pour son gaz, ajoute l’aluminium. Un autre est la proximité de cette grande entreprise avec le pouvoir politique russe, qui provoqua début 2018 des sanctions américaines contre Rusal et, aussi contre ses clients européens. Autrement dit, nous dépendons, pour 30% de notre aluminium, soit de la Russie, soit des Etats-Unis et de leur humeur de confrontation avec la Russie -via les sanctions qu’ils imposent aux clients d’entreprises proches du Kremlin.

Et une autre menace arrive, celle de la Chine. En quelques années, la Chine est devenue, et de loin, le premier producteur mondial d’aluminium primaire, avec plus de la moitié du total de la planète. Elle commence à exporter, beaucoup, et comme d’habitude à des prix plus ou moins subventionnés qui vont lui permettre de balayer ce qu’il reste de tous ses concurrents.

Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Une politique aberrante de l’électricité !

« Il ne faut pas s’étonner que les entreprises de fabrication d’aluminium primaire quittent le continent en masse, délocalisant leurs fonderies dans les pays où l’énergie est bon marché, la main d’œuvre peu coûteuse et l’accès à l’Union européenne aisé… . Le premier coupable sont les coûts sur le long terme de l’électricité qui font de la production d’aluminium dans l’Union Européenne la plus chère au monde… Le comble a été atteint avec les prix de l’électricité dus à la taxe carbone et à la politique climatique. »
En fait explique Lionel Taccoen, « le marché de l’électricité est déboussolé par la coexistence d’une composante libérale avec concurrence pour les productions non renouvelables et d’une composante d’économie administrée avec subventions, essentiellement pour le solaire et l’éolien. Une conséquence est qu’il est devenu impossible d’investir dans de nouvelles centrales ou dans des installations de stockage d’électricité sans subventions…La transition énergétique a affaibli financièrement les compagnies d’électricité en subventionnant les renouvelables dont l’électricité est prioritaire sur le réseau »

Ou plus exactement une politique absurde de transition énergétique en ce qui concerne l’électricité, qui consiste à diminuer la part du nucléaire et de forcer EDF à subventionner des concurrents producteurs…qui ne produisent pas grand chose et réalisent leurs bénéfices en revendant le courant ( nucléaire) qu’EDF est  contraint de leur céder à bas prix. C’est d’autant plus absurde que l’électricité en France, grâce au nucléaire, est hautement décarbonée et que les principales, et de loin, causes d’émission de gaz à effet de serres sont les transports et le chauffage.

A contrario, le succès de la fonderie de Dunkerque démontre que seule l’électricité abondante, peu couteuse et décarbonnée que fournit le nucléaire peut sauver l’industrie de l’aluminium. Alors que l’Espagne ferme ses dernières fonderies d’aluminium, l’usine française de Dunkerque, alimentée par la centrale nucléaire de Gravelines et reprise au début de 2019 par un nouveau propriétaire (Liberty Aluminium) est assurée de son avenir. Elle est devenue la plus importante fonderie d’aluminium de l’Union européenne, en produisant à elle seule en 2018, 13,5% de l’aluminium de l’Union (284 000 tonnes). La production d’un kWh nucléaire français n’émet que de 5 à 6 grammes de CO2, ce qui en fait l’une des électricités mondiales la plus respectueuse du climat . La centrale nucléaire de Gravelines comprend six réacteurs de 900 MWe chacun, qui ont servi de modèle de départ à une grande partie du programme nucléaire chinois. Les installations de Liberty Aluminium Dunkerque ont à leur disposition une puissance de 450 MWe, soit la moitié d’un réacteur. Elles sont situées à Loon-Plage à moins de dix kilomètres de la centrale nucléaire.

L’aluminium,  cas emblématique : l’Europe dindon de la farce de la guerre commerciale de Trump avec la Chine

Les droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium étaient censés punir la Chine. Raté, ils lui profitent au contraire. Et nuisent bien davantage à l’industrie européenne
Donald Trump a ouvert les hostilités en annonçant le 31 mai 2018, via son secrétaire au Commerce Wilbur Ross, que l’Union européenne (UE), dans un premier temps exemptée, serait finalement elle aussi soumise à des droits de douane de 25% sur l’acier et de 10% sur l’aluminium. S’ils concernent aussi la Chine, ces droits de douane n’entravent pourtant par la production d’aluminium de l’Empire du Milieu. Un paradoxe ? A première vue seulement.
De la part d’un pays dans lequel toute la production industrielle est contrôlée par un Etat centralisé et collectiviste, et dans lequel les normes d’emploi et de coût d’énergie généralement observées ailleurs ne s’appliquent pas, la production effrénée d’acier et d’ aluminium n’a rien d’étonnant. Mais au-delà de la question du subventionnement, c’est le système de sanctions mis en place par les Etats-Unis qui interroge, en se révélant, par des effets pervers, favorable à Pékin.
Les taxes douanières qui existent ne sont pas des règles absolues, mais sont assujetties à une procédure de demande d’exceptions. Une entreprise américaine spécialisée dans l’acier ou l’aluminium peut en effet présenter une demande d’exemption tarifaire au département du Commerce des États-Unis, en démontrant que le produit dont elle a besoin n’est pas disponible à l’achat sur le territoire américain. A Washington D.C., le bureau de l’Industrie et de la Sécurité (BIS) du ministère du Commerce se consacre à l’étude de telles exemptions et objections.

Et il se trouve que les Etats-Unis accordent de très nombreuses exceptions à des producteurs chinois, par l’intermédiaire de leurs filiales américaines. En octobre dernier, les exceptions concernant des entreprises de capitaux chinois représentaient ainsi 27 % des exceptions totales accordées par l’administration américaine. 94 % des demandes d’exceptions provenant de ces entreprises chinoises implantées sur le sol américain avaient été approuvées !

Une chose est en tout cas certaine : si les sanctions américaines sont délétères pour nombre de pays, voire pour un certain nombre de producteurs américains, elles le sont beaucoup moins pour d’autres. L’industrie de l’aluminium, en berne au Canada ou en Europe, connaît ainsi ses plus belles heures en Chine. Selon les données du département des douanes de la Chine, les producteurs chinois ont envoyé 552 000 tonnes métriques de produits d’aluminium à l’étranger en janvier, dépassant ainsi le total révisé de 520 000 tonnes métriques de décembre et dépassant le précédent record de 542 700 tonnes métriques, daté de décembre 2014.

Et l’Europe trinque. La Chine surproduit à des coûts défiant toute concurrence, inondant notamment le Vieux continent de ses produits d’aluminium bon marché. Non sans dommages. Les importations massives d’aluminium chinois en Europe ont des répercussions dramatiques sur la filière de l’aluminium européenne. Comme en Espagne, où la fonderie Alcoa menace de fermer ses portes. Si tel était le cas, le pays ne compterait plus aucune fonderie d’aluminium primaire.

Sauver l’aluminium à Gardanne !

L’ »aluminium c’est la bauxite, et la bauxite, cela vient des baux de Provence ! Et à côté des Baux de Provence, il y a l’usine Alteo de Gardanne, ultime avatar de ce site historique de l’aluminium. Alteo, c’est en 2017 un chiffre d’affaires de 220 millions d’euros, dont à 70 % à l’international et… des ventes en Chine multipliées par trois, C’est aussi plus de 300 embauches en cinq ans  et 450 salariés.

Alteo non seulement ne s’est pas effondré, mais a progressé en faisant le choix de la qualité. Ainsil le centre de Gardanne a inauguré une  nouvelle unité de production  d’alumine "haute pureté" qui lui permet d'asseoir son leadership mondial dans les alumines de spécialité ; 1,5 millions d'euros ont été investi dans cette installation qui permet d'obtenir des alumines premium, parfaitement isolante, et de viser de nombreux marchés dans la micro-électronique.

Alteo a également investi 7 millions d'euros dans un nouveau procédé de traitement des eaux qui utilise un procédé innovant : du gaz carbonique propulsé dans l'eau traitée pour piéger les  derniers résidus de métaux lourds. 99,98% des métaux lourds sont ainsi absents des rejets de l'usine en Méditerranée. Cet effort a été reconnu par Didier Réault, président du Parc national des Calanques, qui constate que les rejets sont enfin aux normes européennes.

Nous avons besoin de production d’aluminium, et de préférence d’aluminium à haute valeur ajoutée dans des conditions environnementales qui sont innovantes et exemplaires, uniques au monde. C’est ainsi que l’on progresse. Mais cela ne suffira pas, aucun effort ne suffira jamais aux écologistes fanatiques et anti-humanistes qui rejoignent bizarrement un certain patronat ultra libéral et finaciarisé dans son cauchemar d’une France sans usines.

Alteo doit rester sur son site oh combien historique de Gardanne !

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