Le projet EOS (EOliennes flottanteS en Méditerranée)
consiste en la réalisation, pour une durée de 25 à 30 ans, de deux parcs
éoliens flottants commerciaux de 250 MW chacun et de leurs extensions, de 500
MW chacune. Les premiers parcs comporteraient chacun une vingtaine d’éoliennes
flottantes, leurs systèmes d’ancrage, un poste électrique en mer et le
raccordement au réseau. Avec des éoliennes probablement plus puissantes, leur
extension représentera une trentaine d’éoliennes supplémentaires, soit une
cinquantaine pour chaque parc (extension attribuée à partir de 2024)
Situations des zones éoliennes et des
zones de pêche
Bon déjà on voit un gros problème et les pêcheurs ont été
les premiers à réagir par un cahier d’acteur déposé par la Sa.Tho.An qui regroupe environ 100 navires de pêche sur une trentaine de
ports en Méditerranée française et représente 350 marins embarqués et un CA de
30 millions d’euros par an,
https://sathoan.fr/wp-content/uploads/2021/08/CAHIER-DACTEURS-VF-OP-SATHOAN.pdf
Les points
principaux :
- Une implantation
hors des macro-zones B et C et au-delà de la limite des 20 milles nautiques,
étant donné le caractère indispensable de ces zones dans l'économie de la
pêche. Ces zones représentent des secteurs de forte dépendance pour les
pêcheurs de la Sa.Tho.An. Une implantation dans un de ces secteurs de forte
dépendance serait donc très préjudiciable pour eux.
- Aucune
suppression de zones de pêche sans récupération équivalente dans un autre
secteur ;
- L'élaboration d'un retour d'expérience complet des
fermes pilotes avant le lancement d'un projet de plus grande envergure dans un
milieu fragile ;
Remarque :
c’est la sagesse même : il s’agit du projet Eoliennes flottantes du golfe
du Lion (EFGL : 3 éoliennes de 10 MW chacune à 16 km au large de Leucate
et du Barcarès)
- la nomination d'un garant de la concertation par la
CNDP qui soit au fait autant de tous les enjeux induits par le vaste jeu
d'acteurs dont le golfe du Lion est le terrain que des enjeux particuliers de
la pêche
- la constitution
d'un GIS pour mesurer les impacts cumulatifs environnementaux et
socio-économiques du projet avec le contexte du golfe du Lion…
En passant, une autre partie de la zone est incluse dans un Parc Naturel
Marin…sans que ça fasse trop réagir les associations écologistes.
Et les pêcheurs ont raison de
s’inquiéter !
Voire notamment le colloque qui a eu lieu au Parlement européen le 22
janvier 2020 « Les pêcheries et
l’éolien en mer peuvent-ils coexister ? » et ce qui s’en est ensuivi, le projet de rapport sur les effets des parcs
éoliens en mer et des autres systèmes d’énergie renouvelable sur le secteur de
la pêche. Parlement
Européen, Commission Pêche, Rapporteur : Peter van Dalen
Cf sur ce blog https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/11/eolien-en-mer-les-pecheurs-se-battent.html; https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/05/parlement-europeen-commission-peche.html; https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/PECH-PR-681090_FR.pdf
Extraits :
-
on ne sait pas grand chose des effets de gigantesques parc éoliens sur la pêche
et sur l’environnement végétal et animal ; les premiers retours des
pêcheurs sont catastrophiques.
La Commission :
- S’inquiète de l’impact
négatif à long terme des éoliennes en mer sur les écosystèmes, les stocks de
poissons et la biodiversité, et par conséquent sur l’ensemble des
pêcheries, et ce tout au long du cycle de vie des éoliennes, de leur
construction jusqu’à leur déclassement, en passant par leur exploitation;
- Souligne que le
déploiement à grande échelle de parcs éoliens en mer risque de nuire au
fonctionnement physique des bassins maritimes, en particulier des courants
marins et aériens, ce qui pourrait contribuer au mélange des couches de la
colonne d’eau, et, par conséquent, influer sur le cycle des nutriments, la génération
des vagues,
- Insiste sur le fait
que toute restriction d’accès aux zones de pêche traditionnelles a des
répercussions directes sur les moyens de subsistance des pêcheurs de l’Union et
les emplois connexes à terre, et que l’approvisionnement responsable
et durable en denrées alimentaires et la sécurité alimentaire s’en trouvent
compromis;
- Met en exergue que l’analyse
des chevauchements entre les énergies renouvelables en mer et les pêcheries
laisse présager une forte hausse des conflits spécifiques potentiels dans
les eaux européennes dans les années à venir;
Et
les mensonges habituels des maîtres d’œuvres ! la synthèse du dossier de
la maîtrise d’ouvrage de EOS :
Qqs
extraits
« Ces projets de parcs éoliens flottants commerciaux
seraient parmi les premiers au monde, en dehors des fermes pilotes ou des
démonstrateurs. »
Remarque :
justement alors, pourquoi ne pas
attendre les résultats et l’expérience du projet pilote Eoliennes flottantes du
golfe du Lion (EFGL 3 éoliennes de 10 MW chacune à 16 km au large de
Leucate et du Barcarès ? Voilà qui serait logique et intelligent.
« Ainsi les éoliennes reçoivent des vents à la fois
plus forts et plus réguliers, ce qui améliore leur capacité de production.
Remarque :
laquelle reste intermittente 30%-35% au
mieux, exige donc toujours une autre source et si comme souvent, cette autre source c’est du
gaz, eh ben, ça ne la fait pas du tout. L’éolien
off shore, c’est de 24 g/kWh à 47 g CO2/kWh. C’est déjà
beaucoup plus que le nucléaire (6gCO2/kw.h), jour et nuit, hiver et été. Alors,
si, comme souvent, on supplémente l’intermittence par du gaz (420g/CO2/kw.h), ça nous fait à la louche du 350gCO2/Kw.h.
le moins qu'on puisse dire, pour la
décarbonation, ça le fait plus du tout !
Par ailleurs, même avec une capacité de production
améliorée…l’éolien off shore constitue
toujours le moyen le plus cher de produire de l’électricité (170
€ -360 € /MWh -éolien flottant)
« Pour répondre à une ambition française de
diminution des émissions de gaz à effet de serre et de diversification du
bouquet énergétique pour le rendre plus robuste, l’implantation de deux parcs
éoliens flottants et de leurs extensions est étudié… nécessaires pour limiter le réchauffement
climatique en dessous de 2°C d’ici à 2050…
crucial pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre »
Remarque : je ne vois pas en quoi l’énergie variable
intermittente de l’éolien rend plus robuste notre bouquet énergétique. Quant à
l’argument mille fois entendu de la diversification, Jancovici lui a fait un sort :
Si on coupe une de mes jambes pour la remplacer par une jambe de bois, j’ai
diversifié mes appuis mais je ne suis pas sûr que ma situation globale soit
améliorée.
Ces
projets éoliens offshore ne contribuent pas à la réduction des émissions de gaz
à effet de serre en France ; ils ne serviront pas non plus à lutter contre
le réchauffement climatique. »
« Les deux parcs de 250 MW produiront un total
cumulé d’environ 2,2 TWh d’électricité, l’équivalent de la consommation annuelle
de 950 000 habitants, ce qui représente plus de la population de Toulouse,
Montpellier et Nîmes réunies. Avec les extensions de 500 MW, l’ensemble du
projet pourra fournir près de 6,6 TWh d’électricité, ce qui représente la
consommation annuelle de près de 2,9 millions d’habitants, soit environ 50 % de
la population de la région Occitanie ou 60 % de la population de
Provence-Alpes-Côte d’Azur. »
Remarque :
Assez fatigant d’entendre cette propagande éhontée, toujours la même. Les deux parcs ne fourniront
aux habitants de l’électricité que 30% du temps, et pas du tout nécessairement
quand ils en ont besoin, mais quand le vent voudra bien.
Dites, la CNPD, ça serait bien quand même que vous réagissuez un peu lorsque la présentation de la ma^trise 'ouvrage est aussi caricaturale !
« Le projet ouvrirait la possibilité de développer
et moderniser des ports comme celui de Port-La-Nouvelle, ou celui du Grand port
maritime de Marseille-Fos, mais aussi de créer localement des emplois au sein
de la porteuse filière de production d’énergies renouvelables. »
Remarque : Ah,
le coup de l’emploi, bien rebattu lui aussi. On n’a jamais vu les 600
000 emplois entre 2009 et 2020» promis par le Grenelle de l'environnement. Et
pour le fun, ces déclarations de Naval Group à deux mois d’intervalle.
Quand Naval Group candidatait pour l’éolien offshore de
la zone Bretagne ouest : Naval
Energies ambitionne de devenir un acteur industriel de référence au niveau
mondial de l’éolien flottant. Le dynamisme du marché français permet à Naval
Energies de se projeter ambitieusement sur les marchés export (Japon,
Royaume-Uni, Corée, etc.)…Les perspectives de développement de cette filière
sont immenses… ».
Deux mois plus tard, début février 2021, Naval
Group met fin à sa diversification dans le secteur des énergies marines
renouvelables : « le marché des
énergies marines renouvelables est immature…L'éolien flottant représente des
investissements considérables pour une rentabilité incertaine, voire
inatteignable »…
« Les enjeux en présence dans la zone d’étude du
projet : en phase de construction, les principaux effets potentiels sont
liés aux bruits sous-marins et à la modification d’habitat pour certains
animaux marins »
Remarque : en effet. A Saint-Brieuc, Sea Shepherd a enregistré le bruit des travaux sous-marins (ne pas
oublier que le propagation du son dans l’eau est beaucoup plus importante que
dans l’air) C’est terrifiant !
« Durant l’exploitation,
les principaux effets potentiels en mer sont la modification d’habitat, le
changement de nature des fonds marins ou l’effet récif artificiel »
Remarque : l’effet récif est fortement contesté ! Par
contre ce qui est certain, c’est que la zone totale occupée par les éoliennes
et les raccordements devient inaccessibles aux pêcheurs. D’ores et déjà, les
pêcheurs se sont mobilisés et ont fait savoir que leurs principales zones de
pêche se trouvaient dans les zones impactées et que, sauf à voir disparaitre
leur activité, l’implantation ne pouvait se faire qu’au delà de 20 milles
nautiques (voir cahier d’acteur Sa.Tho.An ci-dessus)
Par contre, l’effet chaine lui est de plus en plus mis
en évidence. Pour les
perturbations, ce n’est pas du tout la même chose d’avoir une éolienne isolée
ou d’immenses parcs à proximité les uns des autres. Les turbulences importantes
produites par les éoliennes entraînent des changements de vent provoquant des
modifications dans la vitesse et la direction des vagues, les colonnes d’eau,
le brassage des sédiments..)
« Les enjeux de la consultation selon RTE et
l’Etat : Identifier l’ensemble des enjeux de la zone d’étude du projet
à terre comme en mer, à partir des données aujourd’hui disponibles et de l’expertise
citoyenne. L’objectif est notamment d’améliorer
le potentiel de réalisation du projet ; déterminer un minimum de trois
zones préférentielles pour l’installation de deux parcs éoliens flottants et
leurs extensions, dont au moins une en région Occitanie et au moins une en région
Provence-Alpes-Côte d’Azur ; Affiner les aires d’études à terre et en mer
pour les raccordements au réseau public de transport d’électricité, mutualisés
pour chacun des premiers parcs et de leur extension, afin d’engager
ultérieurement la concertation sur cette base «
Remarque :
Autrement dit, selon RTE, l’Etat et leur léger forcing, le projet est plié, ne
reste qu’à discuter certaines modalités.
Heureusement la Commission Nationale du Débat Public ne
l’entends pas ainsi et l’a à plusieurs reprises rappelé :
Sont donc soumis à consultation :
- L’opportunité, les objectifs
et les caractéristiques principales du projet ;
- Les enjeux socio-économiques ;
- Les impacts significatifs sur l’environnement et l’aménagement du
territoire ;
- Les éventuelles solutions
alternatives, y compris l’absence de mise en œuvre ;
- La localisation des zones potentielles d’implantation des parcs et de
leur raccordement
A bon entendeur !
Et on rajoutera cet incipit du rapport de la CNDP en Normandie :
« La mer n’est pas vide et contrairement à l’apparence, elle n’est pas
libre »
Là encore, à bon entendeur !