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mercredi 6 mars 2024

Eolien en Mer et coût du réseau : l’avertissement de la CRE à RTE !

 Le dernier atelier du débat façades maritimes de la CNDP portait sur l’atterrage et sur les réseaux, avec des présentations quelques peu biaisées de RTE qui, en l’occurrence, n’est pas un représentant impartial de l’Etat et de l’intérêt général mais un maître d’ouvrage comme les autres Alors PIEBÎEM rappelle l‘avertissement récent de la CRE (Commission de Régulation de l’Electricité) spécifiquement sur l’éolien en mer

« Les dépenses prévisionnelles pour 2024 pour le développement du réseau en mer s’élèvent à 258,3 M€, en baisse de 22 % par rapport au programme révisé de l’année 2023. Cette baisse s’explique par l’achèvement prochain des projets de l’AO 1 (parcs de Fécamp, Courseulles-sur-Mer, Saint-Brieuc et Saint-Nazaire), dont les raccordements ont été mis à disposition des clients. Près de 70 % des dépenses de l’année 2024 sont portées par les projets de l’AO 2 (parcs de Yeu-Noirmoutier et Dieppe – Le Tréport).

Le poste comprend également les études pour les projets des AO 3 à 8. RTE est en cours de passation des commandes pour les matériels des raccordements des AO 4 à 8 (postes et câbles).

Les résultats de ces appels d’offres ne sont pas encore connus, mais RTE constate de fortes tensions sur l’approvisionnement de ces composants, notamment pour les matériels à courant continu. Des tensions sur ces marchés spécialisés avaient notamment déjà été notées pour les passations des commandes des projets d’interconnexion Celtic et Golfe de Gascogne en 2023 et pourraient encore s’accentuer en raison de l’accroissement de la demande internationale.

 Plusieurs gestionnaires de réseau de transport européens ont fait état d’un besoin de sécurisation des approvisionnements pour ce type de matériels. Dans ces conditions, les coûts prévisionnels des raccordements des parcs éoliens en mer devraient être supérieurs aux niveaux anticipés.

RTE prépare actuellement la stratégie de contractualisation pour le raccordement des parcs éoliens en mer qui pourraient être décidés pour la prochaine décennie, en cohérence avec les objectifs affichés par le gouvernement au sein du Pacte éolien en mer (18 GW en service d’ici 2035). La CRE estime pertinent que RTE prépare de manière anticipée cette stratégie de contractualisation, en tirant le retour d’expérience des commandes en cours. La CRE considère également important que la programmation du futur programme éolien en mer, en particulier son cadencement par zones, intègre les contraintes liées au raccordement.

Rappelons enfin que Agnès Pannier-Runacher avait expliqué que  « les 100 milliards d’investissement dans le réseau ne sont pas pour le nucléaire, mais pour connecter les dizaines de milliers d’installations renouvelables que nous déployons »

Source : https://www.vie-publique.fr/discours/290546-bruno-le-maire-agnes-pannier-runacher-12072023-reacteurs-nucleaires

NB En fait, c’est 100 milliards pour RTE et 100 milliards pour Enedis !

Document de la CRE téléchargeable cf PIEBÏEM https://piebiem.webnode.fr/l/eolien-en-mer-et-cout-du-reseau-%3a-l%e2%80%99avertissement-de-la-cre-a-rte-%21/





jeudi 27 avril 2023

KPMG, L’énergie éolienne en France- Avril 2023

 Le constat : La France possède la deuxième plus grande ressource éolienne en mer d‘Europe. Cette technologie a connu des progrès importants, à partir de décembre 2020, avec la construction de trois grands parcs éoliens : Saint-Nazaire, Fécamp et Saint-Brieuc, de capacités respectives de 480 MW, 498 MW et 496 MW. Néanmoins le rythme de déploiement devrait être accéléré pour atteindre la trajectoire désignée par la France pour remplir ses objectifs climatiques : une capacité éolienne en mer installée de 40 GW d’ici 2050.

Malgré ses grandes ressources éoliennes en mer, la France est en retard vis-à-vis des états européens leaders dans l’éolien : à fin 2022, seul le projet de Saint-Nazaire est opérationnel.

https://kpmg.com/fr/fr/home/insights/2023/04/energie-eolienne-mer-france.html


Les raisons (selon KPMG)

1)  procédures réglementaires et de délivrances des permis allongée_ durée excessive d’achèvement 10-12 ans et maintenant 7 ans contre 4 au RU

2) Opposition des acteurs locaux

3) Insuffisance du réseau électrique

4) Accroissement des besoins d’investissements

Remarque 1 : C’est assez culotté A aucun moment KPMG ne mentionne la difficulté des côtes françaises (rocheuses et pentues) par rapport à celles d’Europe du nord (sablonneuses et plates) qui permettent de faire de l’éolien posé loin des côtes. Ainsi, en Europe, la moyenne de la distance à la côte des parcs est supérieure à 41km, en France, pour les parcs en projets, elle est inférieure à 20 km. Il en résulte une augmentation des coûts ( reconnue par la Communauté Européenne qui du coup accorde des tarifs plus élevées) et bien sûr une moindre acceptation, compte-tenu de l’empreinte visuelle et des interférences très fortes avec nombre d’activités traditionnelles et économiquement importantes ( pêche, tourisme, nautisme…) ainsi que les atteintes au cadre de vie, à la biodiversité et à une culture maritime traditionnelle

Les perspectives

Comparé aux 480 MW en production et aux 4 GW déjà autorisés d‘ici 2027, le président de la République a annoncé en 2022 un objectif volontariste et ambitieux de 40 GW de capacité installée pour 2050 (soit une attribution annuelle de plus d‘1 GW par an en moyenne). L‘énergie éolienne offshore apparaît comme une technologie essentielle pour la France pour renforcer l‘atteinte de ses engagements en matière de transition énergétique

La France ambitionne de développer une filière industrielle nationale solide pour le secteur. En développant des liens en amont et en aval, l‘idée de créer une filière industrielle française de l‘énergie éolienne offshore a déjà donné des résultats remarquables. Par exemple, le projet de Saint-Nazaire et les autres. appels d’offres ont permis la construction de plateformes logistiques près des ports, l‘installation de centres d‘assemblage et de maintenance, ainsi que la construction de trois usines de General Electric Renewable Energy (GERE - 750 employés) au Havre et l’usine de Siemens Gamesa à Cherbourg (750 employés). Un écosystème local est apparu, où les sous-traitants français de GERE ont créé 1 200 emplois et font affaire avec quelque 1 600 entreprises du secteur. Ces activités facilitent et accélèrent non seulement le déploiement de projets mais créent également une dynamique dans les économies locales.


La France dispose de nombreux atouts pour développer l’éolien offshore, tels que des frontières maritimes étendues, la structure portuaire, son expertise industrielle, énergétique et maritime. Les éoliennes flottantes et les technologies de pointe sont innovantes, matures et prometteuses

Remarques : deux affirmations, deux mensonges. Les côtes françaises ne sont pas favorables au développement de l’éolien, la technologie de l’éolien flottant, qui permettrait de s’éloigner des côtes n’est pas mature.

 

Les projets en cours

Les tarifs accordés

Prédictions LCOE


Eolien posé

Eolien flottant

Remarques les tarifs Dunkerque et Normandie ( Centre Manche) II, deux parcs EDF ne sont tout simplement pas crédibles d’autant que tous les acteurs de l’éolien off shore signalent une augmentation de leurs coûts qui les mets en péril. En particulier, sur Centre Manche II, voir le critiques de la CRE et d’un certain nombre de concurrents, cf. sur ce blog.

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2023/03/parc-eolien-off-shore-centre-manche-1.html

Les problèmes pointés par KPMG

les activistes locaux, les pêcheurs et les résidents ont montré une forte résistance contre le développement des éoliennes, compte tenu de leurs appréhensions quant à l’impact négatif sur le paysage et l’environnement, qui peut diminuer la valeur de leurs maisons et nuire à leur santé. » ??

« D’importants investissements seront nécessaires pour le raccordement de projets d’énergie éolienne offshore. On estime que la numérisation des réseaux nécessitera un investissement d’environ 2 milliards d’euros par an entre 2021 et 2025, dont environ 500 millions d’euros pour le raccordement de nouvelles installations éoliennes en mer. »

 « L’énergie éolienne offshore fait face à une concurrence important de la part d’autres sources renouvelables. Avec le taux d’adoption élevé (en 2021, la France comptait 56 réacteurs nucléaires opérationnels produisant plus de 70 % de son électricité – le deuxième plus élevé au monde), l’énergie nucléaire reste une alternative forte à l’énergie éolienne offshore. • En outre, représentant près de 12 % (en 2021) de la production totale d’électricité du pays, l’hydroélectricité est en train de devenir la principale source d’électricité renouvelable dans le pays. Ces technologies de substitution plus matures que l’éolien offshore offrent une meilleure rentabilité. De plus, l’infrastructure déjà développée pour ces technologies n(‘entraine que des défis de déploiement limités. » 

Le projet Bretagne Sud

Le projet est prévu pour créer 350 emplois lors des opérations de création et la maintenance devrait générer au moins une douzaine d’emplois. ( Ce n’est pas ce que semble espérer et ce que « vend » le maire de Lorient !)

vendredi 3 décembre 2021

Cour des Comptes 2021 : Les choix de production électrique : anticiper et maîtriser les risques technologiques, techniques et financiers

 1) le contexte général : des décisions à présent urgentes

La production électrique française repose aujourd’hui à environ 70 %, sur le parc de réacteurs nucléaires. EDF envisage de porter la durée de vie d’au moins une partie de ses centrales nucléaires à 60 ans. Ce parc aura toutefois en grande partie cessé de produire avant 2050, ce qui nécessitera le renouvellement d’une part importante de la capacité de production d’électricité et représentera un investissement considérable.

Afin de respecter les engagements climatiques de la France, seuls des moyens dit « décarbonés » (nucléaire, hydraulique, nouvelles énergies renouvelables) sont désormais envisagés. La construction de ces nouveaux moyens de production nécessite aujourd’hui un délai important. Elle appelle donc des décisions à présent urgentes pour garantir notre approvisionnement à l’horizon de la décennie 2040… et ce d’autant que le développement des usages de l’électricité (mobilité, industrie chauffage…) pourrait augmenter sensiblement la consommation d’électricité malgré les efforts, nécessaires, d’efficacité énergétique et de sobriété….

Le renouvellement du parc de production électrique français constitue un défi technologique, technique et industriel. Les différentes composantes d’un futur par détermineront également des besoins nouveaux notamment en termes de réseau et de stockage, devant eux aussi être anticipés. Enfin, les répercussions en terme d’emplois et d’aménagement du territoire rejoignent des enjeux de compétitivité pour notre pays. Les choix à venir auront ainsi des conséquences sur plusieurs décennies…

2) Chiffres clés. Falaise du nucléaire et prolongation des réacteurs existants

• La production d’électricité est aujourd’hui assurée à près de 70 % par les réacteurs nucléaires.

• Les deux tiers des réacteurs nucléaires en fonctionnement auront atteint 60 ans dans le courant de la décennie 2040.

• Les durées de construction des nouveaux moyens de production varient entre 8 et 15 ans selon les technologies, éolienne terrestre, éolienne maritime ou nucléaire.

• La consommation d’électricité pourrait passer d’environ 475 TWh à 650 TWh en 2050 du fait de l’électrification des usages.

Le parc nucléaire en fonctionnement dont la durée de vie est actuellement envisagée jusqu’à 60 ans devrait en grande partie être mis à l’arrêt d’ici 2050. Notre outil de production électrique devra donc, de façon substantielle, être renouvelé en une vingtaine d’années et pour plusieurs décennies.

À ce jour, la prolongation des réacteurs à chacun des réacteurs à 50 puis 60 ans ne peut d’ailleurs être tenue pour acquise, comme le souligne régulièrement l’Autorité de sûreté nucléaire. Elle dépend de la validation par cette dernière des visites décennales de chacun des réacteurs au bout de 40 puis50 ans d’exploitation. Aujourd’hui, seule la prolongation à 50 ans des réacteurs de type REP 900 est engagée (cf. décision de l’ASN du 23 février 2021).

Une exploitation au-delà de 60 ans n’est aujourd’hui pas prévue. RTE retient toutefois l’hypothèse, dans l’un des six scénarios de son rapport Futurs énergétiques 2050 publié le 25 octobre 2021, d’une prolongation de certains réacteurs au-delà de 60 ans tant qu’ils respecteront les normes de sûreté, tout en soulignant que cela repose sur un pari technologique lourd. Aux États-Unis, la commission de sûreté nucléaire (NRC) a accepté la prolongation à 80 ans de quatre réacteurs, Turkey Point 3 et 4, et Surry 1 et 2.


3) De longs délais de construction des moyens de production…quel qu’ils soient

Le passé récent montre que la construction de nouveaux moyens de production électrique nécessite dans notre pays un délai important….quelle que soit la technologie utilisée : plus de 15 ans pour l’EPR, entre 7 et 9 ans pour les parcs éoliens terrestres, un minimum de 11 années pour les premiers parcs éoliens en mer. Ces délais, dont on peut espérer la réduction à l’avenir, sont également significatifs pour les infrastructures qui y sont associées : 5 à 10 ans pour les lignes haute tension, 4 à 7 ans pour les postes électriques, etc.

Les modes de production de l’électricité au-delà de 2040 et la trajectoire pour y parvenir constituent donc un enjeu majeur pour les prochaines années. Il s’agit de décisions à présent urgentes pour garantir notre approvisionnement à cette échéance.

4) Un renouvellement du parc dont le dimensionnement est incertain

La stratégie nationale bas-carbone reflète  une anticipation de l’électrification des usages en tablant sur une demande électrique à l’horizon 2050 s’élevant à 650 TWh….Si « une efficacité et une sobriété énergétiques fortement accrues réduiraient sensiblement ce besoin additionnel. Dans tous les cas, une forte augmentation de la part de l’électricité dans le mix énergétique est anticipée.

Ce dimensionnement dépend, par ailleurs, de la volonté et de la possibilité de maintenir ou non un solde exportateur de l’ordre de 50 à 70 TWh par an, comme cela a été le cas tout au long de ces dernières années. Un solde ramené à l’équilibre compenserait une partie d’un éventuel surplus de consommation.

Remarque : bon, ben il vaudrait quand même mieux garder une capacité d’export…D’autant que, comme l’a souligné France Stratégie, comme tous les pays européens diminuent de façon non coordonnées leurs sources pilotables…et comptent chacun sur les exportations de ses voisins pour y parvenir…ça va finir par poser un grave problème au réseau européen…

 Cf. sur ce blog : Note de France Stratégie : Quelle sécurité d’approvisionnement électrique en Europe à horizon 2030 ?

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/02/note-de-france-strategie-quelle.html

 5) Des choix pour un avenir de long terme

En dépit des incertitudes sur nos besoins d’électricité, il conviendra sur la période 2022-27 de faire et d’assumer des choix structurels au moins pour la période 2040-2070, et potentiellement pour 2040-2100. En effet, le parc de production électrique renouvelé engagerait notre pays pour plusieurs dizaines d’années, de l’ordre de 60 ans en cas de nouveaux réacteurs nucléaires, de 25 à 30 ans pour les modes de production à partir d’énergies renouvelables.

Ces choix à brève échéance seront donc structurants à long terme, comme l’ont été ceux des années 1960 et 1970 s’agissant du parc nucléaire actuel…Au regard de la contrainte de délai pour la construction d’un nouveau parc, ces aléas technologiques et de dimensionnement ne permettent toutefois pas de différer les choix.

Remarque : c’est la capacité de notre démocratie et de ces dirigeants à s’engager dans un programme de long terme et à s’ y tenir  qui est ici mise au défi ; ou  ce défi est relevé, ou ce sera l’effondrement, la misère et de toute façon  la dictature …

6) Un challenge pour le nucléaire

Le lancement de six EPR2, nouveau modèle qui n’a pas encore été validé par l’ASN, mais que le Gouvernement a demandé à EDF de préparer, a été soumis à l’entrée en service effective de Flamanville, qui n’interviendra pas avant 2023. Si la décision était prise, ces six EPR2, dont le coût de construction estimé par EDF s’élève à 46 Md€, entreraient en service de façon échelonnée entre 2035 et le début des années 2040…

Or, le maintien d’une part nucléaire de 50 % dans la production d’électricité projetée par la stratégie nationale bas-carbone au-delà de 2050 supposerait de disposer à terme non pas de sept EPR ou EPR2, mais de 25 à 30 dans l’hypothèse où les réacteurs actuellement en fonctionnement seraient presque tous arrêtés à cet horizon. Construire un tel nombre d’EPR2 en une trentaine d’années nécessiterait, au-delà des mesures déjà prises récemment (cf. plan Excell d’EDF présenté en décembre 2019), une mobilisation et un effort de redressement accélérés de notre industrie nucléaire. La question du nombre de sites disponibles pourrait en outre se poser, le changement climatique pouvant rendre plus compliquée l’installation de sites en bord de fleuves.

Dans son rapport Futurs énergétiques 2050, RTE envisage néanmoins, dans l’un de ses six scénarios, l’hypothèse du développement de SMR pour une puissance cumulée de 4 000 MW, à la place de plusieurs EPR2.

Remarque : 25 à 30 EPR2, c’est une projection pessimiste avec aucune ou peu de prolongation du nucléaire existant. Le scenario RTE NO3 (50% de nucléaire en 2050 avec prolongation autant que faire se peut du nucléaire existant suppose 14 EPR2. Pour rester à 70% une vingtaine, ça devrait le faire . Mais le pint intéressant est que la Cour des Comptes considère que 30 EPR2, c’est un défi, mais pas infaisable..

7) Mais un challenge aussi pour les renouvelables !

« Les défis à relever paraissent tout aussi importants pour les nouvelles énergies renouvelables. I l n’existe certes pas d’incertitude technologique pour les outils de production en eux-mêmes, qui au

contraire progressent d’année en année, la puissance moyenne des éoliennes terrestres ou maritimes augmentant par exemple régulièrement, de même que le rendement des panneaux solaires photovoltaïques. Toutefois, un développement de très grande ampleur, dans un scénario 100 % renouvelable, ou ne comportant qu’une faible part de nucléaire ou d’autres moyens pilotables, nécessiterait de surmonter les difficultés découlant de la variabilité de leur production en définissant des modalités de stockage à un coût abordable, comme l’a souligné le rapport d’étape RTE-AIE sur un scénario 100 % renouvelable en 2050.

Ce scénario risquerait également de se heurter à des difficultés d’implantation du fait de contraintes géographiques ou règlementaires, voire de difficultés d’acceptabilité sociale, tant pour l’éolien terrestre que pour les parcs offshore au large des côtes françaises, et, dans une moindre mesure, de conflits d’usage avec le secteur agricole pour de très grandes centrales solaires au sol. »

Et, on le sait, un scenario à fort pourcentage d’ENR, nécessite beaucoup de gaz : là c’est pas gagné non plus !

« Pour ce qui concerne le remplacement du gaz fossile par du gaz vert comme moyen de production d’électricité, la question du coût et des limites des moyens de production de biogaz serait posée, de même que serait interrogée la pertinence de son utilisation pour produire de l’électricité plutôt que l’injection dans le réseau de gaz ou l’approvisionnement des flottes de bus ou de camions assurant des dessertes locales. Enfin, l’utilisation d’hydrogène comme moyen de production et de stockage, qui n’est envisageable que s’il est produit par un processus lui-même décarboné, nécessite quant à elle des moyens accrus de production d’électricité. »

Et il faudra aussi un développement important du réseau, et c’est pas gagné non plus !

« le réseau des lignes très haute tension (THT) devra, le cas échéant, être adapté pour raccorder de nouveaux lieux de production, en particulier les parcs éoliens en mer, voire des réacteurs nucléaires qui seraient construits sur de nouveaux sites, ainsi que pour s’adapter aux arrêts concomitants (un délai d’anticipation supérieur à 10 ans est nécessaire).

L’ampleur des besoins en interconnexions supplémentaires, au-delà de celles déjà programmées (cf. carte suivante) pourrait également varier sensiblement en fonction de la part de mix « pilotable ». Une très grande part d’énergies renouvelables au sein de la faut en premier lieu souligner production d’électricité rendrait nécessaire, en que le réseau des lignes très haute tension complément de modalités de stockage, une (THT) devra, le cas échéant, être adapté pour capacité d’échanges accrue avec nos voisins. »

Remarque :  Et ça non plus, c’est pas du tout gagné, voire les exploits allemands de l’Energiewende

Et on est déjà bien en retard !

« Au regard de l’actuelle PPE, la progression des EnR a déjà pris du retard, et la séquence précise de fermeture de réacteurs pour atteindre 50 % en 2035 n’est pas officiellement arrêtée. Comme RTE l’a récemment souligné dans son dernier bilan prévisionnel de l’équilibre offre-demande d’électricité, la sécurité d’approvisionnement est actuellement sous vigilance et la simple tenue des objectifs d’EnR nécessiterait une accélération très sensible du rythme annuel de mise en service de ces nouveaux moyens de production. C’est tout particulièrement le cas pour les filières éoliennes en mer ou solaire photovoltaïque, comme l’illustre le graphique suivant pour cette dernière. »

Remarque : voilà ce que donnerait l’évolution pour la filière photovoltaïque : c’est pas gagné non plus ! 


La question des emplois ! : les emplois créés ne seront pas là, ou très partiellement mais les emplois perdus le seront.

« La filière nucléaire représente 200 000 emplois en France , répartis entre plus de 2 000 entreprises, constituant la troisième filière industrielle française derrière l’aéronautique et l’automobile. Par ailleurs, la présence d’une filière nucléaire civile n’est pas sans incidence pour nos moyens militaires.

Les nouvelles énergies renouvelables correspondent à une dizaine de filières industrielles différentes, pour un total d’environ 60 000 emplois hors hydraulique. Toutefois, le développement de l’éolien terrestre et du solaire photovoltaïque dans notre pays ne s’est que très partiellement traduit par une croissance des emplois de fabrication de ces équipements, même si l’évolution des emplois au titre des énergies renouvelables au cours de la dernière décennie a été essentiellement portée par les nouvelles énergies renouvelables électriques. Les parcs éoliens maritimes ont par contre entraîné la création d’usines à Saint-Nazaire, au Havre et à Cherbourg…

Remarque 1) Intrinsèquement, rien, absolument rien ne soutient que les ENR créeront plus d’emplois que le nucléaire !


Remarque 2 ) : ben c’est aussi ce qui a été observé en Allemagne…ou l’industrie photovoltaîque s’est effondrée en quelques années et les subventions ont créé… énormément d’emplois en Chine

( L’ex-Allemagne de l’Est était censée se transformer en  nouveau paradis du photovoltaïque, en « Temple du Soleil », grâce à une multitude d’emplois high-tech. ,En quelques petites années, les cellules photovoltaïques à bas prix importées de Chine ont inondé les marchés et les prix se sont écroulés à vive allure. Quelques mois plus tard, le Temple du Soleil n’était plus qu’un champ de ruines. »)

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/01/petits-problemes-avec-leolien-10-gros.html

Remarque 3) Cette question des emplois mérite un plus grand développement.

En France,  les professionnels de la filière photovoltaïque, par exemple, promettaient 100.000 emplois d’ici 2020. Il y a eu moins de 4.000., les autres sont en Chine.  230.000 jobs promis en 2007 au moment du Grenelle de l’environnement: il y en a eu 10 fois moins »

Dans son rapport sur les ENR de 2018, la Cour des Comptes taclait sévèrement l’Ademe  qui estimait à 79 000 le nombre d’emplois directs liés aux marchés des EnR hors biocarburants sur le territoire national en 2016. le problème : seuls 15 % (12 000) relèvent toutefois de la fabrication d’équipements et de l’assemblage et peuvent ainsi être considérés comme des emplois industriels. Le reste relève essentiellement de la maintenance-exploitation (35 à 45 %) et de l’installation (25 à 30 %)”, précise de son côté la Cour des Comptes. Elle ajoute que “les projections du nombre d’emplois attendus du développement des énergies renouvelables sont très variables”. En fait, une bonne partie des emplois que ventent les margoulins de l’éolien sont aussi intermittents que les éoliennes eux-mêmes, car liés aux phases de construction, d’installation des systèmes, qui par définition, ne vont pas durer.

Et surtout, il faut aussi faire la part des destructions : l’arrêt prématuré de la centrale de Fessenheim da détruit  2 200 emplois locaux, directs, indirects et induits ; supprimer  16 GW de nucléaire, comme le propose l’actuelle PPE, ce sont près de 18 000 emplois locaux pérennes (directs, indirects et induits) qui seraient ainsi supprimées, dont plus des 2/3 à haute qualification et haute contribution économique. Les filières éoliennes et photovoltaïques de remplacement créeraient numériquement moins d’emplois, et surtout moins pérennes et moins qualifiés.

En bref les mirifiques promesses de création d’emplois des ENR ne se sont jamais concrétisées, ni en France, ni ailleurs  (sauf en Chine…) et la leçon est celle-ci : les emplois créés ne seront pas là, ou très partiellement mais les emplois perdus le seront.

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/01/petits-problemes-avec-leolien-10-gros.html

8) Données supplémentaires sur les coûts :

Prolongation du nucléaire existant : Compte-tenu des prévisions actuelles par EDF des coûts d’investissement associés au Grand carénage, le coût de prolongation du parc existant atteindrait ainsi plus de 35 €2015/MWh. pour l’ensemble du parc, au moins 38 €2015/MWh pour le seul palier 900 et 30,5 €2015/MWh pour le palier 1300. Ces niveaux de coûts sont supérieurs à ceux recensés à l’international par l’AIE et l’AEN. Dans leur dernier rapport conjoint, ces agences placent les coûts de prolongation de 10 ans des réacteurs dans différents pays au sein d’une fourchette allant de 31,3 à 36,0 US$/MWh (soit 26,3 à 30,2 €/MWh104) pour un taux d’actualisation réel de 7% et pour un facteur de charge de 85%..

L’écart par rapport à l’estimation faite sur la base des données d’EDF provient, pour l’essentiel, à la fois du facteur de charge plus élevé retenu par l’AIE-AEN et d’une temporalité différente des investissements.

Nouveau nucléaire : Le coût très élevé de la construction de FLA 3 est en partie imputable à un certain nombre de facteurs spécifiques que la Cour a analysé dans son rapport particulier sur La filière EPR. La construction d’un nouveau modèle d’EPR, l’EPR 2, dont le dossier de sûreté est en cours d’instruction par l’ASN, devrait permettre d’abaisser notablement le coût de construction des réacteurs de troisième génération, dans l’hypothèse où le Gouvernement déciderait de lancer un nouveau programme de construction.

Pour l’heure, les éléments de coûts qui ont été transmis par les services de l’Etat à RTE dans le cadre de la préparation du bilan prévisionnel de long terme 2050, et rendus publics par RTE105, se fondent sur un coût moyen de construction, pour 3 paires de réacteurs, compris entre 4 165 et 5 100 €/kW. Sur la base des hypothèses également fournies pour les coûts de développement du programme et pour les charges prévisionnelles d’exploitation, la Cour a calculé le LCOE du programme, pour une durée de vie des réacteurs de 60 ans, un facteur de charge de 85% et à un taux de financement identique à celui utilisé dans les calculs du coût de production du nucléaire existant. Elle aboutit à une fourchette de coût comprise entre 85 et 100 €/MWh. Comme l’indique RTE dans son document soumis à consultation publique, ces éléments de coûts sont des données provisoires. Les travaux se poursuivent pour conforter l’analyse des coûts d’un éventuel programme EPR.

Ceci dit, dans sa recommandation 2, la Cour appelle comme RTE à calculer le coût complet d’un système électrique : « Calculer le coût complet de chaque scénario de mix électrique, en ayant recours à des variantes de coûts et de taux d’actualisation, en fonction des risques associés au développement de chaque filière de production. »

C’est d’ailleurs bien la conclusion finale de la COUR : « Prendre en compte les analyses présentées par RTE dans son rapport « Futurs énergétiques 2050 » dans l’étude d’impact de la loi de programmation sur l’énergie et le climat prévue à l’article L.100-1 A du code de l’énergie. »

mercredi 19 mai 2021

Un système 100% ENR et la fin de l’électricité nucléaire bon marché, vraiment ?

 Le Monde du 7 janvier 2021 a publié une tribune libre intitulée de MM. Quentin Perrier, Philippe Quirion et Behrang Shirizadeh intitulée « La fin de l’électricité nucléaire bon marché »

(https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/04/energie-un-mix-electrique-majoritairement-nucleaire-n-est-pas-la-meilleure-option-economique_6065113_3232.html).

Cette publication est critiquable sur la forme comme sur le fond, et de nature à égarer les lecteurs du Monde. Elle n’aurait jamais dû être acceptée telle que, du moins en l’absence de tout point de vue contradictoire.

 1) Sur la forme, une absence de transparence dommageable

 Les auteurs  sont  des spécialistes de l’énergie et présentés  Philippe Quirion, comme Directeur de recherche au CNRS, M. Quentin Perrier comme chercheur en économie de la transition bas carbone et Behrang Shirizadeh comme chercheur en économie de l’énergie au Cired. A aucun moment n’est mentionné que  l’auteur principal M. Quirion est Président du très antinucléaire  Réseau action climat et membre de NegaWatt ; que Behrang Shirizadeh travaille pour Total.

Du coup, les lecteurs du Monde ne comprendront pas que leur argumentation et leur conclusion  (« il semble difficile d’affirmer qu’un mix électrique majoritairement nucléaire est aujourd’hui la meilleure option du point de vue économique »)  sont loin de faire consensus chez  les chercheurs et ingénieur en ce domaine. Et pour tout lecteur un peu habitué du sujet, il est très clair que les choix idéologiques et les préjugés antinucléaires des auteurs colorent fortement leurs hypothèses de travail et mènent tout droit à la conclusion qu’ils veulent imposer

 Sur la forme, tout cela est très très limite, et il serait souhaitable que Le Monde publie un correctif  du type :

« Le journal le Monde regrette profondément que les auteurs de la tribune Energie : « Un mix électrique majoritairement nucléaire n’est pas la meilleure option économique » (Le Monde /4 janvier 2021) n’aient pas mentionné leurs liens avec les associations antinucléaires NegaWatt et Réseau Action Climat, ainsi qu’avec Total. Ces informations auraient dû être portées à la connaissance des lecteurs. De fait, ceux-ci ont pu penser que les résultats présentés sont le résultat du modèle du CNRS ou du modèle du CIRED, alors qu’ils font l’objet de vives discussions et contradictions au sein de la communauté scientifique et de ces institutions mêmes, et  sont en désaccord complet avec nombre d’autres études »

D’autres modèles donnent des résultats radicalement différents

Quatre modèles développés par différentes équipes de chercheurs (au DIW de Berlin, à l'OCDE, au MIT et à l'Université Dauphine) arrivent à des conclusions radicalement différentes : le nouveau nucléaire ( type EPR), même à un coût de 4 000 €/kW et un prix de revient de 75-80 €/MWh, domine le mix électrique à l'horizon 2050 : de 70 à 75 % dans le modèle de Dauphine ; 60 à 65 % dans le modèle de l'OCDE et celui du MIT quand la part des ENR est de 10 %. Quant au modèle du DIW, qui étudie particulièrement les épisodes de prix négatifs, il montre qu’à partir de 30% de pénétration, la valeur de l’électricité générée par l‘éolien peut être divisée par deux.

Un résumé très pédagogique de ces études, ainsi que les liens vers les études complètes peut être trouvé dans une tribune libre de Dominique Finon et  François Lévêque (Mines- Paris Tech)  (La Tribune, 09/04/2019)

https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/pour-une-juste-estimation-du-cout-du-tout-renouvelable-813679.html

Pourquoi en est-il ainsi ? C’est que l’électricité est un  bien de flux qui doit en permanence s’ajuster à la demande et qu’il faut tenir compte de sa valeur au moment où elle délivrée sur le réseau. « Dit autrement, les ENR que sont le vent et le soleil ne parviennent pas à évincer le nouveau nucléaire, même cher, car la valeur économique de l'énergie et des services qu'elles produisent ne supporte pas la compétition avec celle de centrales pilotables qui peuvent produire à pleine puissance toute l'année… il ne faut pas confondre prix de revient et prix de marché. Le prix de revient des ENR peut être bas, et même de plus en plus bas à l'avenir, sans qu'elles soient pour autant rentables, leur déploiement massif se soldant par des prix de marché de plus en plus faibles. » expliquent D. Finon et F. Lévêque

Vous pouvez peut-être avec le soleil ou l‘éolien terrestre avoir un coût de production égal ou même légèrement inférieur au nucléaire, si l’électricité ne vaut rien, voire a un prix négatif (vous devez payer pour que vos voisins acceptent de la prendre) parce qu’elle est générée à un moment où personne n’en a besoin, cela affecte grandement la rentabilité de vos installations. A l’inverse, le nucléaire qui produit de manière égale toute l’année, permet de fournir une électricité abondante, sûre et de haute valeur par anticyclone hivernal ou canicule estivale…

Compte-tenu du fait de sa géographie, il n’y a ni foisonnement solaire, ni foisonnement éolien en Europe, et les productions des ENR dans les différents pays sont fortement corrélées. Le phénomène de perte de valeur de l’électricité générée existe déjà fortement (cf. les épisodes de prix négatifs de l‘éolien allemand) et, plus le taux de pénétration des ENR augmente, plus il est massif et destructeur. Ainsi s’explique le résultat trouvé par les  quatre modèles mentionnés ci-dessus : sans dispositifs d'appui et d'aide assurés par l'État et garantissant les revenus des investisseurs, financés par une taxe sur les consommations d'électricité, les ENR  restent confinées à une part de production modeste, de l'ordre de 10 %. En effet, à partir de ce niveau, la rémunération des ENR à apports variables retirée des marchés électriques ne permet plus de couvrir les coûts d'investissement.

Et le problème s’aggrave fortement avec le taux de pénétration des ENR, comme cela a été bien établi dans  le rapport 2020 conjoint de l’AIE et de la NEA et le  Rapport au Parlement Néerlandais sur l’avenir du nucléaire (voir ci-après). Donc, à rajouter aux coûts de production :

La classique LCOE (Levelized Cost of Energy, coût projeté de l’énergie)  est souvent utilisée à tort et à travers car elle ne tient pas compte de ces facteurs et favorise indument les ENR. (Elle a été conçue à l‘origine aussi de comparer la productivité de deux champs de pétrole et l’étendre à la comparaison de deux énergies pilotables, c’est déjà difficile, alors entre énergies pilotables et intermittentes, c’est complètement inadapté). Les auteurs en sont conscients et proposent une approche assez alambiquée. Il existe pourtant une méthodologie reconnue élaborée par l’AIE  afin de permettre une comparaison des coûts plus spécifique au système électrique, la LCOE ajustée en valeur (VALCOE).

Le rapport 2020 conjoint de l’AIE et de la NEA (The 2020 edition of the Projected Costs of Generating Electricity (https://www.oecd-nea.org/jcms/pl_51126/low-carbon-generation-is-becoming-cost-competitive-nea-and-iea-say-in-new-report) ainsi que le recent Rapport au Parlement Néerlandais sur l’avenir du nucléaire  (Possible role of nuclear in the dutch energy mix in the future /1st september 2020) utilisent cette méthodologie, et leur conclusion est complètement contraire à celle de MM. Quirion et Perrier :

«la nouvelle énergie nucléaire restera la technologie pilotable non intermittente à faibles émissions de carbone avec les coûts prévus les plus bas en 2025 La prolongation de l’exploitation des centrales nucléaires existantes, connue sous le nom d’exploitation à long terme (LTO), est la source la plus rentable d’électricité à faible teneur en carbone. »

 Et si on parlait du réseau !

Et nous ne parlons là que des coûts d’utilisation et des coûts de marché. Il faudrait y ajouter les coûts des services systèmes que n’assurent pas les ENR, telles la stabilisation de la fréquence (un effondrement du système européen a été évité de justesse le 9 janvier 2021).

Et surtout les coûts d’adaptation du réseau (ce n’est pas la même chose d’avoir une production d’énergie très concentré et pilotable et une très dispersée et fatale). Allemagne et France convergent maintenant vers 100 milliards d'euros  - il y a encore 2 ans, les petits génies de l'Energiewende annonçaient 52 milliards …).

Et c’est encore sans compter l’acceptabilité sociale  d'une telle extension du réseau. En Allemagne, sur 3600 km de réseau supplémentaire prévus pour 2015, seuls 17% étaient réalisés en 2019 et  l’Energiewende complète exigerait 11.000 km ! 

En réponse, la loi a été modifiée pour limiter les recours des riverains, comme on le fait en France pour les éoliennes.

Ça s’annoncent pas cool du tout, la société 100% ENR. D’ailleurs, il suffit de lire les scenario de Negawatt !

 Sur le fond, une modélisation ignorant les réalités physiques

 Les critiques d’Henri Prévot (Sauvons le Climat) sur le modèle Quirion- Perrier

 Henri Prévot, un des experts de l’association Sauvons Le Climat a émis les critiques suivantes : Ce scenario  ne serait possible que si 6 conditions (au moins) étaient réunies (cf. http://www.hprevot.fr/six-si.html)

1) - une très faible consommation d'électricité, donc de très grosses dépenses d'économie d'énergie

La consommation de fioul, de gaz et de carburant fossiles est aujourd’hui de 1100 TWh. L’objectif est de la ramener presque à zéro pour atteindre la « neutralité carbone ». Pour pouvoir diminuer aussi la consommation d’électricité, il faudrait des économies d’énergie qui coûteraient très, très cher. Il est admirable qu’une étude sur l’économie de l’électricité ne dise pas un mot des dépenses à faire pour économiser l’électricité – 20 à 30 milliards d’euros par an sans effet sur le CO2.

De fait,  si l’on veut décarboner efficacement l’ensemble de la consommation énergétique, la production d’électricité décarbonée doit augmenter de manière considérable. En France, la stratégie Stratégie nationale bas-carbone (SNBC)  prévoit une montée de la part de l’électricité dans le total de l’énergie utilisée en France des 25% actuels à 50% pour 2050. Même avec beaucoup d’efficacité énergétique, cela implique une augmentation de la production d’électricité contrairement aux hypothèses posées par Quirion et al. : ainsi RTE prévoit 650TW.h contre 435 pour Quirion et al (NB consommation  2019 ; 440TW.h

2)  la stabilité du réseau sans l'apport d'inertie de masses tournantes de moyens de production

Qu’on imagine le système électronique de « contrôle et commande » d’un ensemble de centaines de milliers ou millions de points de production d’électricité répartis sur tout le territoire pour équilibrer à chaque instant production et consommation sans l’aide apportée par l’inertie de la masse des turbines et alternateurs. Les auteurs de l’étude, pour affirmer qu’il n’y aura pas de problème, se réfèrent à quelques réalisations qui sont très loin d’avoir l’ampleur de ce qui serait nécessaire à l’échelle française, balayant ainsi toute objection : une forme de détachement du réel assez sympathique car elle permet de rêver

3)- des dizaines de milliers d'éoliennes et des milliers de kilomètres carré de photovoltaïque

Sont acceptés 30 000 éoliennes (Il y en a 8000 actuellement) et 3000 kilomètres carré de photovoltaïque. Mentionnons qu’en plus les hypothèses sur de coût et de productivité  de l'éolien et du photovoltaïque sont - comment dire ? - héroïques.

4)- être indifférent à notre autonomie sur les matériaux (cuivre, acier, terres rares) et sur la technique

Pour une même production utile, l’éolien consomme dix fois plus de fer et de cuivre que le nucléaire et aussi d’autres matières critiques importées obtenues par des procédés très polluants. Dans   le dernier rapport de l’Ademe : Les réseaux électriques choix technologiques, enjeux matières et opportunités industrielles, Ademe 2020, pointe des vulnérabilités très fortes sur le cuivre et l’aluminium :

« Le cuivre et l ‘aluminium sont fortement mobilisés par la transition bas carbone dans son ensemble… le risque existe que l’offre correspondant à des standards environnementaux et sociaux élevés ne soit pas suffisantes. Pour l’aluminium, le rapport constate que les vulnérabilités en terme d’approvisionnement sont très fortes.

Voici l’évolution de la demande de cuivre ; ça ne parait pas effectivement pas très durable !

5)- ne pas se préoccuper d'une faiblesse du vent et du soleil plusieurs jours durant

Le scenario suppose que pour le vent et le soleil,  il n’y aura jamais de situations pires qu’entre 2010 et 2017. Là encore, c’est un peu héroïque !  En hiver, la production journalière par le soleil peut être vingt fois moindre qu’en été (comme en janvier 2013). Et le vent peut ne produire que quelques pourcents de sa capacité nominale plusieurs jours de suite. Si la consommation d’électricité est très basse (voir le premier « si »), les capacités de stockage de l’étude du CIRED sont suffisantes à condition qu’il n’existe pas de situations plus défavorables que sur la période de 2000 à 2017. Sinon les besoins de stockage seront tels que les batteries de véhicules électriques ne suffiraient pas. Il faudra produire de l’électricité avec un gaz de synthèse….Vive le CO2

 6)- ne pas s'inquiéter de l'insécurité d'une gestion tributaire du numérique.

Tout système de communication numérique, électronique ou informatique est vulnérable à des agressions y compris venant de pouvoirs étatiques, voire de phénomènes naturels (éruptions solaires)

Et septième si, du point de vue économique : coûts éoliens et photovoltaïques

L’éolien flottant, aujourd’hui 350 €/MWh, sera à 40 €/MWh, le solaire à 27 €/MWh Il faudra d’énormes capacités de production (en gigawatts) et il faudra aussi dépenser davantage pour transporter et distribuer cette électricité produite un peu partout et fluctuante. Qu’à cela ne tienne ! Il suffit de faire des hypothèses de coût de production éolien et photovoltaïque assez basses pour que « sans nucléaire » coûte moins qu’avec du nucléaire…

 En reprenant des hypothèses de consommation à la hausse pour l'électrification d'une partie des usages (celles de RTE, 650TWh contre 435 pour Quirion et al, pour 440 TWH en 2019) le calcul donne un système 70%Nuc/30%ENR 21milliards  d'€ par an moins cher que le 100%ENR.(à supposer que celui-ci soit techniquement possible)