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samedi 27 octobre 2018

Raisons de détester l’Eurokom-14 : L’Europe de la connaissance a fait plouf !


Europe et Eurokom

Dans un de mes précédents blogs, je m’enflammais sur les propos de Macron à Epinal sur « l’Europe qui nous a donné la Paix ». Face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations et l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne.

L’agenda de Lisbonne . Plouf ! Echec complet !

De tous les sujets traités dans cette série de blogs, c’est peut(être celui qui me touche de plus prêt, et ce sera la plus simple à écrire et le plus rapide tant l’échec est patent. Souvenons-nous ! En mars 2000 était organisé un Conseil européen à Lisbonne, au cours duquel était affirmé l’ « agenda de Lisbonne », soit  l'objectif de « faire de l'économie de l'Union européenne  l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d'ici à 2010, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale »

Une priorité des priorités était fixée, devant  permettre d’atteindre ces objectifs : celle de consacrer 3% du PIB à la recherche et au développement (R&D). Un objectif indispensable critique, qui n’avait rien de trop ambitieux ; il laisse cependant l'UE loin derrière le Japon (3,8 %) et les USA, par exemple.
Parmi les initiatives phares de l’agenda de Lisbonne figurait  l'Union de l'innovation. Présentée en octobre 2010 par la Commission, elle devait concentrer les efforts de l’Europe (et sa coopération avec les pays tiers) sur des défis tels que le changement climatique, la sécurité énergétique et alimentaire, la santé et le vieillissement de la population. Elle devait permettre  au secteur public d’intervenir pour stimuler le secteur privé et pour lever les obstacles qui empêchent les idées d'accéder au marché (manque de financement, morcellement des systèmes de recherche et du marché, sous-utilisation des marchés publics pour l’innovation…)

Ah, et aussi, pour rempli le défi de l’Europe de la connaissance, il était affirmé que l’Europe  avait  besoin d’un million de chercheurs supplémentaires…

Et aussi ceci : Le financement de la R&D par le secteur privé devra passer de 56%, valeur enregistrée en 2002, à 66% de l’investissement total dans la R&D

Où en sommes-nous ?

La Suède (3,25% du PIB) et l'Autriche (3,09% du PIB) sont les deux seuls pays parmi les 22 qui ont atteint les objectifs de Lisbonne ( lesquels, rappelons-le devaient être atteint en 2010 !!). Elles sont suivies de l'Allemagne (2,94% du PIB). A l'inverse, la Lettonie (0,44%), la Roumanie (0,48%), et Chypre (0,50%) se placent en bas de tableau. Pour la France, Eurostat indique que les dépenses ont représenté 2,22% du PIB selon des données pour 2015 ( ce qui fait que, en France, les dépenses en R&D n’ont pas augmenté depuis 1996 ( 20 ans de perdus pour la mirifique Europe de la Connaissance !) La moyenne européenne se situe à 2,03%- bien, bien loin des 3% !

Nous avons perdu vingt ans ; Pendant ce temps, quel que soit leur président les USA ont continué à nous surpasser (2.80%), le Corée et le Japon nous écrasent (respectivement 4.23% et 3.29% du PIB) et la Chine nous a dépassé (2.07%). Vous avez pas remarqué la disparition de Nokia, remplacé par Samsung et maintenant HuaWei ?

Le financement de la R&D par le secteur privé en France (et ce n‘est pas le pire !- ni le meilleur) est….toujours de 59 %, soit une augmentation d’un poil de iota en 18 ans. Et attention : il y a là dedans (et heureusement ) 5.2 milliards d’euros de crédit impot recherche (donc avancés par l’Etat)- sur 46.4 milliards de dépenses totales de recherche développement.

Autre exemple : l’agenda de Lisbonne devait permettre au secteur public d’intervenir pour stimuler le secteur privé. Fruit d’un rapport présenté en 2004 par M. Jean-Louis Beffa, la France avait mis en place une  Agence de l’innovation industrielle (AII), qui devait susciter, identifier et sélectionner des programmes susceptible de conduire à des innovations de rupture (programmes mobilisateurs pour l’innovation industrielle,PMII), pour lesquels les financements publics et privés sont défaillant,  participer à leur financement et procéder au contrôle et à l'évaluation périodique de ces programmes. C’était un pas dans la bonne voie, et que croyez-vous qu’il arriva ? Au nom de la concurrence libre et non faussée, et des « distorsions de concurrence » que ce programme pouvait, selon elle, entrainer, la Commission européenne, et tout particulièrement la Commissaire à la concurrence n’a cessé d’entraver le fonctionnement de l’AII qui a jeté l’éponge au bout de deux ans pour revenir à la vielle habitude inoffensive du saupoudrage type Oseo.

Et il n’y a aucun signe que cela va changer.

Un fonctionnement bureaucratique… Quand une présidente du Conseil Européen de la Recherche pète les plombs…

« Le travail de l'agence de financement scientifique de l'Europe a été marqué par les tensions actuelles avec la Commission et des règles bureaucratiques "stupides", ont affirmé des représentants de l'agence aux eurodéputés. Helga Nowotny, qui a été nommée présidente du Conseil européen de la recherche (CER) le mois dernier, souhaite que l'organisation naissante devienne une installation autonome et permanente dans le paysage scientifique complexe de l'UE. Elle a affirmé que le travail de l'agence avait été entravé par la bureaucratie bruxelloise. S'adressant à la commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie du Parlement cette semaine (7 avril), elle a affirmé que la structure du CER était défectueuse à la base. Selon ses propos, cela a conduit à une relation compliquée entre les parties scientifique et administrative de l'agence et a créé des problèmes entre le CER et la Direction Générale recherche de la Commission européenne. Elle a décrit la transition du CER en tant qu'agence exécutive de plutôt douloureuse et a blâmé l'esprit bureaucratique de la Commission européenne…

Yves Mény, auteur d‘un rapport sur le CER, parle d’ une bureaucratie fondée sur la méfiance, et a mis l'accent sur les frustrations dues aux règles "stupides" de la bureaucratie imposées aux chercheurs et aux rédacteurs. Les efforts effectués pour que le CER entre en concurrence avec le National Science Foundation (NSF) américain vont échouer à moins que le problème de la bureaucratie ne soit combattu. Si l'agence exécutive a juste pour rôle de servir une bureaucratie encore plus large, ce n'est même plus la peine d'y penser – l'agence ne deviendra pas une organisation de recherche reconnue, a-t-il prévenu.

Depuis ces critiques de 2012, il ne semble pas que le Conseil Européen de la recherche se soit, en quoi que ce soit, hissé au niveau de la NSF….

Les financements par projets- inefficace et bureaucratique

La secte libérale a depuis les années 80 progressivement imposé son idéologie et sa méthode, la nouvelle gestion publique (new public management) qui nie, ou en tous cas minimise, toute différence de nature entre gestion publique et gestion privée. Dans le domaine de la recherche, où il est particulièrement peu adapté, cela se traduit par la suppression quasi-totale des financements récurrents et le recours quasi-exclusif au financement par projets.

Alors s’enclenche une catastrophe bureaucratique  : la réduction des budgets récurrents des unités de recherche pousse de plus en plus les équipes à monter des projets ; les volumes financiers ne suivant pas – ou étant même en réduction – le taux moyen de réussite s’effondre ; un temps considérable est investi par les équipes pour monter des projets qui ont très peu de chances d’aboutir ; le mécanisme de sélection est très lourd ; le montant moyen des projets financés est en baisse. L’efficience globale s’effondre. Bien plus, le formatage des projets de recherche amène à privilégier la faisabilité opérationnelle à l’intérêt scientifique.

On oblige du coup de plus en plus de chercheurs à monter des projets institutionnellement complexes pour répondre à des appels concurrentiels pour des recherches ne nécessitant pas forcément de monter de tels projets ; et ensuite on ne donne pas à ces mécanismes de financement sur projet les moyens cohérents avec leurs ambitions. C’est un mécanisme inefficace  il a été estimé que plus de 35% des ressources sont dépensées en gestion bureaucratique avant même le début du projet…). Dès lors que l’équilibre entre financement structurel et financement par appel à projets est déséquilibré, que le rapport entre projets déposés et projets retenus est déraisonnable, que les volumes unitaires de chaque projet sont faibles et ne permettent pas de « rentabiliser » le coût de sélection sur un volume financier suffisant, c’est la recette pour l’enlisement, le gâchis  et la démotivation.

Et c’est aussi pour cela que l’Europe de la recherche s’est ensablée ! Et ce n’est pas un hasard si l’un des rares succès en matière d’Europe de la recherche, l EMBL (laboratoire européen de biologie moléculaire), a été créé en 1974 sur des principes totalement différents, voire opposés….

Une logorrhée insupportable

L’Europe de la recherche, l’Europe de la connaissance, à l’aune même des objectifs qu’elle s’était fixée à Lisbonne est un échec complet. Cela n’empêche pas les institutions européennes de produire une vérité diarrhée textuelle, une logorrhée verbale et écrite, qui devient de plus en plus insupportable tant elle s’éloigne de toute réalité. Extraits :

« Le programme Horizon 2020, doté de 80 milliards d'euros pour la période 2014-2020, s'axe par ailleurs autour de trois grands piliers : l'excellence scientifique, qui doit permettre de renforcer la position de l'UE dans le domaine scientifique, la primauté industrielle, afin de renforcer l'innovation industrielle et les défis de société. »

« L'Espace européen de la recherche définit la voie européenne vers l'excellence dans la recherche et est un moteur essentiel de la compétitivité européenne à l'ère de la mondialisation. »

« Afin d'atteindre les objectifs fixés par l'Union européenne en matière d'excellence scientifique et d'innovation, plusieurs organes ont été créés : le centre commun de recherche (JRC), le Conseil européen de la recherche, l'Agence exécutive pour la recherche, l'agence exécutive pour les PME, l'agence exécutive "Innovation et réseaux" et enfin l'Institut européen d'innovation et de technologie »

(Ah, oui, en matière de créations de machins bureaucratiques, l’ Union Européenne doit être championne du monde)

Il serait peut-être intéressant de se pencher sur ce que fait la Chine, qui nous dépasse n. Le Conseil des affaires d’Etat, principal organe administratif et politique de Chine,  qui définit la politique nationale et étrangère, prépare le plan et le budget de l’Etat et joue un rôle central dans la définition de la stratégie nationale de recherche. Au plus haut niveau. Eux croient à la recherche !

Il faut sortir de cette Europe là.


dimanche 13 mai 2018

Raisons de détester l’Eurokom 4 : Petits problèmes avec la démocratie


Europe et Eurokom

Dans un de mes précédents blogs, je m’enflammais sur les propos de Macron à Epinal sur « l’Europe qui nous a donné la Paix ». Face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations et l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne.

Le vers était dans la graine- l’histoire mouvementée des traités européens

Traité de Maastricht en 1992 : Pour trois pays, la population vote directement - Eh bien sur les trois, deux se prononcent de justesse,  l’Irlande et la France – bon, on va pas chipoter mais qui pourra nier ce que ce oui timide doit à la prostate de Mitterrand, l’annonce de sa maladie venant briser la dynamique du non en voie de l’emporter ? Et un, le Danemark s’y oppose ! c’est non ! Alors ce traité gravé dans le marbre, qu’on ne peut pas toucher sans tout détruire, eh bien, on va accorder au Danemark des conditions tout à fait particulières : l’accord d’Édimbourg de 1992 octroie au Danemark des options de retrait concernant la monnaie unique, la politique de sécurité et de défense commune, la coopération judiciaire et policière, et la citoyenneté européenne.

Et pourquoi seulement au Danemark ?

Le traité de Nice, en 2001, a été rejeté par les Irlandais, le premier peuple à voter ! Les dirigeants de l’Union européenne, craignant la contagion à d’autres pays, déclarent que toute renégociation du Traité de Nice est exclue et que le calendrier des adhésions de nouveaux membres est maintenu – Tout se fit alors par voie parlementaire et l’on évita soigneusement les referendums. . La faible participation irlandaise a alors servi de prétexte à la tenue d’un nouveau référendum, qui a donné une majorité en faveur du traité - pour aider à ce résultat, les dirigeant européens, avec la déclaration du Conseil européen de Séville (21 juin), garantissent la neutralité de l’Irlande alors que l’Union commence à élaborer une Politique étrangère.

Et ça s’améliore pas avec  les traités de Rome en 2004 puis de Lisbonne en 2007 : le premier ayant été refusé par référendum par les Néerlandais et les Français, le traité de Lisbonne, assez similaire, a été directement ratifié par les parlements (sauf en Irlande, où il y eut un referendum).

 Pour la France, de nombreux observateurs considèrent que cet événement provoqua une  crise ouverte de la démocratie en France, avec des élites politiques coupées des peuples, poursuivant obstinément des projets qui ne sont plus approuvés par ceux-ci, et des partis que le système de vote rends ultra majoritaires ne pouvant plus prétendre représenter les électeurs sur des sujets primordiaux.
La notion de la démocratie professée par les principaux responsables européens parait assez problématique, cf. M. Jean-Claude Juncker à la suite du rejet du traité de Rome : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » Et M. Junker est un multirécidiviste sur ce point !

L’action de la Troïka en Grèce

L’intervention de la Troïka (es experts représentant la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international) a été marquée par des relations de conditionnalité entre États et par un fonctionnement empreint d’opacité.
Critique de Joseph Stiglitz ( Le Monde03.07.2015) : « L’euro fonctionne sur la base de règles contraires à la démocratie… Ce que l'on voit aujourd'hui, 16 ans après que l'eurozone a institutionnalisé les relations entre ses membres, est l'antithèse de la démocratie : de nombreux leaders européens veulent voir la fin du gouvernement de gauche mené par Aléxis Tsípras ».  Dans un article dans La Tribune, le journaliste Romaric Godin affirme que la BCE « sort de son rôle purement monétaire et devient un acteur politique de l'affaire grecque. Elle tente de maintenir la Grèce dans la zone euro en se débarrassant du gouvernement Tsípras » en ayant gelé le plafond de l'accès des banques grecques à la liquidité d'urgence (le programme ELA), ce qui a conduit à la mise en place d'un contrôle des capitaux et à la fermeture des banques, de manière à peser sur le scrutin en faveur du « oui »,

Raté : les Grecs ont voté très majoritairement : Non !  (61%). Mais ça n’a servi à rien. Le lendemain du résultat, le ministre des finances grec,Yánis Varoufákis, héros de la campagne du non, qui insupportait les dirigeants de l’Union Européenne démissionnait et le gouvernement Tsipras se trouvait contraint en fait de suivre la politique qu’il avait refusé par referendum.

 Le Parlement européen et les assistants parlementaires eurosceptiques

En 2014, le Parlement Européen, sur dénonciation anonyme, lance une enquête de l’Office antifraude sur l’utilisation du financement des assistants parlementaires par le Front National, qui n’auraient pas vraiment travaillés pour l’Europe, ou pas beaucoup, ou pas seulement - 20 des 24 assistants parlementaires des députés européens FN figuraient dans l'organigramme du parti.  En attendant un éventuel procès, le Front National  se voit forcé de rembourser des sommes importantes.
A cela,  le Front national avait beau jeu de répondre que, mandatés par ses électeurs, ses élus ne sont pas censés travailler pour les institutions européennes, mais assez généralement contre elles ! Il y avait évidemment là comme un parfum de règlement de compte politique, car enfin, le Parlement Européen n’avait ciblé que deux partis eurosceptiques, l’UKIP et le Front National. On ne pouvait qu’être assez confondu par ces attaques extrêmement ciblées contre des partis hostiles à l’‘Europe institutionnelle actuelle (rien, nada, nichts, niente…  d’équivalent à reprocher à aucun autre parti, dans aucun autre pays ??).

Nous n’avons pas tardé à avoir la réponse : le Front National, mauvais joueur,  s’est livré à une dénonciation assez efficace et argumentée du Modem, qui avait à peu près les mêmes pratiques, dénonciation vite confirmée par les enquêtes des media. Premier résultat : la  position impossible des ministres Modem dans le gouvernement français et démission générale en particulier de M. Bayrou et de Mme de Sarnez !

En fait, il est clair que les Institutions Européennes ont un vrai problème de démocratie, et qu’elles ont visiblement du mal à comprendre que des députés élus par des électeurs qui contestent ces institutions remplissent leur mandat conformément au vœu de leurs électeurs. Il y a quelque paradoxe à reprocher aux élus Front national de ne pas se comporter en partisans de l’Eurocom !

Catalogne – des élections avec les principaux dirigeants d’un des partis en prison ou en exil !

Et pour finir, un spectacle inouï que l’on croyait impossible dans notre grande Europe démocratique : des élections « libres » avec les principaux dirigeants d’un des partis en prison ou en exil ! C’est en Catalogne où les élections régionales menées sous l’impulsion de Madrid qui a pris le contrôle des institutions gouvernementales catalanes se sont déroulés en 2018 avec huit ex-ministres régionaux, dont l’ancien vice-président Oriol Junqueras, en prison, et 5 ex-ministres, dont l’ancien président Carles Puigdemont en exil.

Depuis le temps que l’Eurokom, la grande Europe démocratique, ne  cesse de vouloir affaiblir les Etats en encourageant les grandes régions à davantage d’autonomie, en finançant des représentations, des organisations culturelles et politiques autonomistes,  des ambassades des régions, on se serait attendu à des réactions de condamnation. Mais voilà, les indépendantistes catalans ne sont décidément plus en odeur de sainteté depuis que Madrid obéit très bien aux injonctions européennes.
Alors, la communauté Européenne annonce qu’ une Catalogne indépendante - même si sa séparation d'avec l'Espagne était reconnue, ce qui est loin d'être le cas - serait automatiquement exclue de l'UE.  Et palme de l’humour gris, M. Junker, représentant du Luxembourg (400.00 habitants) prend position contre l’indépendance de la Catalogne au motif que « l’Union européenne deviendrait trop complexe pour gouverner si elle était pleine de petits pays. » Il semble d’ailleurs que des fonds de l’Union Européenne aient été utilisés pour financer plus ou moins directement Ciudadamos, le parti indépendantiste, via  le Fonds Européen de développement régional !!! (http://gentiumlaw.com/news/jean-claude-juncker-et-la-crise-catalane/)

Il faut sortir de cet Eurokom là !



dimanche 10 décembre 2017

Politique de recherche : zéro, c'est la politique à Macron (2) !


Voir mon blog précédent pour la politique du gouvernement ( zéro création de postes dans la recherche publique et la lettre d'Alain Fuchs !)
Et en support ces graphiques issus des statistiques de la Banque mondiale, montrant où la France en est et son évolution récente en matière de dépenses de recherche_ le décrochage !
Les graphiques parlent d'eux-mêmes !

 Dépenses de recherches en fonction du PIB- 1996-2015. La France décroche :



















Recherche Zéro, la politique à Macron

Recherche publique : Zéro, Zéros, Zéros création d’emplois
Zéro, Zéros, Zéros création d’emplois stables dans les laboratoires de la recherche publique, tels sont les chiffres du bleu budgétaire pour le programme 2018 du gouvernement Macron. Un tableau qu’apparemment peu de députés auront eu le courage de lire, vu le manque de réactions.
Détaillons donc. Zéro création d’emplois pour l’ IRD- Institut de recherche pour le développement (tiens l’Afrique ne sera la zone en expansion économique du XXIème siècle..) ; Zéro emplois créés pour l’INRIA (institut de recherche en informatique et automatique ( pas une priorité pour le développement économique- mais c’est vrai que Las Vegas, c’est plus drpole que Nnacy) ; Zéros emplois pour l’INED (Institut National d’Etudes Démographiques - évidemment une thématique mineure pour nos sociétés, d’immigration en baisse de la natalité) ; Zéro, et même baisse pour l‘INRA ( une baisse… de 9 997 à 9 989 On admire la précision…) sans doute sont-ils punis pour douter de la toxicité du glyphosate et de l’existence d’alternatives pour le remplacer). Et bien entendu, Zéro création d’emplois pour ce navire amiral et ce symbole même de la recherche publique française, le CNRS ( là aussi, punition ?– baisse des effectifs de chercheurs, ingénieurs et techniciens de 28 618 à 28 597 !!) (Précision étonnante !). Seule l’ANR (Agence Nationale de la Recherche) passe à 254 emplois à plein temps stables contre 228. Curieusement, cette ANR est qualifiée d’opérateur de recherche alors que cette Agence n’en réalise strictement aucune, et qu’elle n’est en fait qu’un mécanisme beaucoup plus lourd et bureaucratique de distribution des financements de programme que ce qui existait auparavant,  atteint de la folie des évaluations en cascade.
C’est une méconnaissance et un mépris total de la recherche dans son ensemble. Souvenons-nous tout de même que l’agenda du Traité de Lisbonne, proposait de créer l’économie de la connaissance la plus compétitive au monde, avec 3% du PIB en moyenne, plus pour la France, consacré à la recherche. Nous en sommes  à 2.2%, loin derrière les pays nordiques et l’Allemagne (2,7), et cela a encore diminué ces dernières années. Pendant ce temps, la Chine, en vingt ans, la Chine est passée de 0.5% à 2% et n’est nullement en passe de freiner.
Mépris et incompréhension  des enjeux globaux, mépris total des personnels, en particulier des précaires, dont les laboratoires, face à l’absence de création de postes) ont pourtant bien besoin pour tourner. Ces jeunes techniciens, ingénieurs ou chercheurs sont  jetés des labos et de tout emploi dans la recherche publique en raison de l’application bête et méchante de la loi Sauvadet, après parfois une thèse  et des années en CDD - dispositif pour le moins stupide lorsqu’il s’agit de techniciens indispensables au fonctionnement d’équipements de pointe. Dans une réunion récente, le cabinet de la ministre de la Recherche, Mme Vidal ( tiens qui connait son nom ?, la recherche est vraiment une priorité pour ce gouvernement) a répondu : «on n’est pas mûrs sur ce sujet et on a rien à proposer pour l’instant » !!!
CNRS-La lettre d’Alain Fuchs- une recherche sacrifié
La lettre de fin de mandat d’Alain Fuchs, président du CNRS de 2010 à 2017 aurait du au moins alerter les politiques et l’opinion publique ( mais il est vrai que la rédiger en langage inclusif, que je n’ai pas repris dans les citations ne facilite guère la lecture …).
Extraits : « : «Les années 2010-2017 ont été continuellement difficiles pour la recherche sur le plan budgétaire et l a fallu mettre en place des modalités de gestion très strictes…Le niveau d’emploi du CNRS a donc baissé au cours de ses années et j’ai choisi de faire porter l’effort sur le volant de CDD recrutés sur les subventions de l’Etat, ce qui a permis de maintenir un recrutement convenable de jeunes chercheurs et techniciens. C’était ma priorité absolue…Encore une fois, le niveau d’emploi global au CNRS a baissé de quelques 10% en 10 ans et c’est à la chute vertigineuse du budget de l’ANR doublée d’une politique  d’appel à projets contestables qu’il faut d’abord attribuer les difficultés budgétaires des laboratoires. On ne peut pas s’arrêter de recruter ne serait-ce qu’une seule année au risque d’envoyer un signal désastreux au jeunes qui se destinent à une carrière scientifique. Le niveau exceptionnel et très international du recrutement au CNRS est un atout dont notre pays ne peut se passer. C’est le message fort que j’envoie à la puissance publique. »
Au-delà de la colère
Cette lettre de départ  traduit au ton tout à fait inhabituel reflète l’exaspération du directeur d’un grand organisme de recherche publique, en fait du navire amiral de la recherche publique en France qui a vu constamment les moyens de la recherche publique diminuer alors même que la recherche ne cessait d’être revendiquée comme une priorité politique ; la colère d’un citoyen engagé qui voit la France décrocher de l’Europe en matière de recherche, et l’Europe décrocher par rapport au Monde, et des objectifs nécessaires de l’Europe de la Connaissance ; l’indignation d’un dirigeant responsable devant la manière indigne dont sont traités particulièrement  les jeunes chercheurs ( pas d’emploi stable, pas de revenus dignes avant quoi une thèse et trois post doc -29- 30 ans ?). Qu’on ne s’étonne pas si les meilleurs de nos étudiants se détournent des carrières de recherche – « un signal désastreux au jeunes qui se destinent à une carrière scientifique ».
Comme dans beaucoup d’autres domaines, il semble que la politique du gouvernement actuel et de cette présidence soit le pire et de la droite et de la gauche, doublé d’un cynisme électoraliste implacable : il est peu probable que les chercheurs votent en masse pour Marine Le Pen.

Face à cette régression sans précédent, la ministre Mme Vidal ( l’inconnue), ne peut plus rester la grande muette ; et il est une autre voix dont on ne comprendrait pas qu’elle ne  se manifeste pas , M. Cedric Villani.
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dimanche 3 juillet 2016

La recherche en France – un décrochage inquiétant : rapport du CESE

Le financement de la Recherche est insuffisant

Le Conseil économique, social et environnemental élaborer un rapport annuel sur l’état de la France. Le rapport 2015 montre ce que les rapporteurs eux-mêmes qualifient de décrochage inquiétant.
- Avec un taux de 2,26 % du PIB en 2014 consacré à la Recherche développement, la France se situe en deçà de l’objectif de 3 % de la Stratégie de Lisbonne de 2002 ; ce taux  situe la France loin du groupe des pays européens « leaders » dont l’effort de recherche avoisine ou dépasse l’objectif des 3 % du PIB (Allemagne, Autriche, Danemark, Finlande, Suède niveau dépassé régulièrement par l’Allemagne, l’Autriche et les pays scandinaves.
Ce retard qui dure depuis des années et a même tendance à s’aggraver a des conséquences qui commencent à se faire sentir : la baisse de la part de notre pays dans les publications scientifiques (-15,1% entre 1999 et 2013) et la  chute dans les demandes de brevets européens (8,3 % en 1994 pour 6,4 % en 2012) sont autant de signes d’un décrochage certain.
- Ce décrochage se vérifie également dans le secteur privé  : les investissements de R&D des entreprises françaises figurant dans le classement«  Global innovation 1000  » (rapport 2015 de l’étude «  global innovation 1000  » de PwC Strategy) n’ont crû que de 28 % depuis 2005 contre 66 % pour l’ensemble des entreprises européennes.
A noter que  cet indicateur d’effort de recherche ne prend pas en compte les données relevant du ministère de la Défense et que l’activité de recherche des enseignants-chercheurs des universités et des professeurs des centres hospitalo-universitaires est difficile à quantifier. Enfin et surtout  cet indicateur ne rend pas compte de l’effort financier consenti au titre des aides fiscales, à l’instar du crédit d’impôt recherche.
 L’effort financier consenti au titre des aides fiscales, à l’instar du Crédit d’Impôt Recherche (CIR), constitue un important levier d’incitation à l’innovation (6,2 milliards d’€ en 2014). La question d’un meilleur fléchage en relation notamment avec les emplois créés dans la recherche et d’un réel contrôle de ce dispositif mérite d’être posée pour en accroître l’effectivité et s’assurer qu’il bénéficie à l’ensemble des entreprises, notamment aux PME et ETI. La stratégie de certains groupes internationaux en France soulève des questions légitimes en rapport avec des pratiques d’optimisation fiscale, alors que l’Allemagne parvient à atteindre l’objectif de3  % sans recourir à un dispositif de ce type, une des explications possibles étant que les écosystèmes diffèrent selon les pays. La discussion au sein de la commission sénatoriale sur le budget de la mission interministérielle Recherche et Enseignement supérieur (MIRES) dans le cadre du projet de loi de finances pour 2016 témoigne de la nécessité d’une évaluation que le CESE a lui-même appelé de ses vœux dans son avis sur La compétitivité : enjeu d’un nouveau modèle de développement (rapporteure : Isabelle de Kerviler, 2011,)

Commentaire : La faiblesse du financement de la rechercher française devient problématique, et c’est le grand mérité de ce rapport du CESE que de le signaler de manière non ambigüe. Et c’est le moment que le gouvernement a choisi pour annuler 256 millions de crédit sur la mission recherche et enseignement supérieur. Après une tribune de sept prix Nobel et une médaille Fields, une partie de la somme a été épargnée, soit 134 millions d’euros. Mais, un mois plus tard, c’est sur le front de l’Agence Nationale de la Recherche que la technocratie de Bercy s’est abattue, au point que le comité d’évaluation en mathématiques et informatique a démissionné en bloc, dénonçant « une chute gravissime du nombre de projets financés ». Dans un domaine en pleine explosion avec la révolution du big data ! La priorité à la recherche est bien oubliée, ce n’est pas ainsi que l’on prépare l’avenir !
En ce qui concerne le Crédit Impôt Recherche, il faut éviter de le modifier substantiellement en permanence – la complexité et le manque de stabilité et de prévisibilité de l’administration fiscale sans doute plus que le niveau absolu des prélèvements constituent un repoussoir pour les entreprises et un réel inconvénient pour leurs stratégies. Sur les dernières années, on ne peut pas lui reprocher d’avoir eu peu d’effets sur l’accroissement de l’emploi scientifique privé tant il est certain qu’il a eu un effet massif sur la protection de l’emploi existant durant la crise !
Il joue aussi un rôle important dans l’attractivité du territoire français pour les centres étrangers, avec l’excellence de certaines formations scientifiques. Il répond aussi particulièrement bien au besoin spécifiquement français d’investir dans la recherche et le développement privés, dramatiquement insuffisants, par sa souplesse qui permet aux entreprises d’accompagner au mieux leur stratégie, mieux que les systèmes allemands, belges etc. reposant sur des subventions publiques. S’il existe des dévoiements, ils peuvent être supprimés par des contrôles qui existent ; mais lorsqu’on parle du crédit impôt recherche des grandes entreprises, il faut savoir qu’assez souvent, ils favorisent en fait la sous-traitance de travaux de recherche par des start-up françaises ou européennes (au fait, on voudrait bien voir une certaine réciprocité à cette extension imposée par la Commission Européenne) et donc constituent un excellent moyen de favoriser à moindre risques l’innovation.

La question de l’emploi scientifique : manque d’attractivité des carrières

« Une nécessaire prise en compte des réalités de terrain : au-delà de l’approche quantitative, la qualité de la recherche dépend des conditions dans lesquelles celle-ci est menée. Une attention particulière doit être portée aux perspectives de carrière offertes aux chercheurs et aux futurs docteurs (en termes de stabilité, de reconnaissance de leurs qualifications et de conditions de rémunération). Ceux-ci font également face à une dégradation de leurs conditions de travail sous l’effet de contraintes financières, organisationnelles et temporelles accrues. Ils sont confrontés à un alourdissement de leurs tâches administratives (temps consacré aux évaluations multiples, à la recherche de financements dans le montage de projets, sans certitude aucune d’être éligible, affaiblissement des fonctions supports).
Ce contexte contribue à la perte d’attractivité des métiers de la recherche auprès des jeunes, à la fuite des talents à l’étranger ou vers d’autres horizons professionnels. Le CESE avait déjà souligné l’importance de cet enjeu dans son avis sur la compétitivité (cf.supra), alors que la question du renouvellement des générations de chercheurs proches de la retraite - et de la transmission de leur savoir - se pose aujourd’hui avec une acuité particulière. Cette réflexion doit être étendue aux perspectives de carrière offertes aux doctorants et post-doctorants au sein du secteur privé.
En outre, le système de recherche public est l’objet de transformations qui menacent son efficacité. Ainsi faut-il craindre les complications issues du processus de regroupement des universités, la réduction des crédits de base des laboratoires et le fléchage des crédits de l’Agence nationale de recherche vers les projets de court terme ou étroitement finalisés, au détriment du soutien à la recherche fondamentale. L’un des risques est l’apparition d’un système à plusieurs vitesses laissant de nombreuses équipes de haut niveau à l’écart de tout financement significatif, comme l’Académie des sciences l’a récemment souligné (Le financement de la recherche : un chantier urgent, communiqué du 16 juin 2015). Outre les emplois de recherche, la valorisation des doctorants et post-doctorants doit être améliorée au sein du secteur privé afin notamment de constituer des compétences sur l’anticipation et la prospective. »

Commentaire : Enfin ! Enfin un rapport qui aborde franchement le problème qui risque d’entraver le plus gravement la recherche française dans les années qui viennent : le manque d’attractivité des carrières de recherche. Dans le public : le brillant résultat d’années de gestion catastrophiques de la recherche, avec la folie des évaluations en cascade par des tutelles multiples, la folie de la recherche ciblée qui oblige responsables de laboratoires et d’équipes à se transformer en chercheurs effrénés de subvention à des guichets innombrables, aux procédures opaques et lourdes et  aux chances de succès à peu près égales à celles du Loto, puis reprendre et rédiger encore d’imposants dossiers pour coller à la dernières mode imposée par les agences. Alors que tous ceux, dans les générations précédentes, qui ont illustré la science française disent que, malgré la modicité  (pour ne pas dire plus) relative à l’échelle internationale des salaires français, ce qui a fait leur succès, c’est la liberté de recherche qu’on pouvait trouver dans les grands organismes de recherche. Et évidemment, le nombre de postes qui fait qu’il est illusoire d’espérer un poste fixe, un salaire modeste mais fixe, une sécurité élémentaire qui permette de fonder une famille avant une thèse, un post doc, un autre post doc,  un temps d’attente à assurer quelques travaux d’encadrement en fac etc. ; bref avant 28, 29, 30 ans, voire plus, selon les domaines. Alors que naguère, les attachés de recherche du CNRS étaient recrutés au début de leur thèse ! Inacceptable et indécent, alors comment s’étonner que tant d’étudiants, malgré l’intérêt scientifique, en particulier dans les grandes écoles, refusent de faire des thèses, voire s’arrêtent, écœurés (ou conscients des réalités…),  en cours de route ! Et même avouons-le, à quelques exceptions près, ce ne sont plus les étudiants les plus brillants qui se lancent dans la recherche…Et dans le privé, ou même dans la fonction publique hors recherche,  la thèse n’est pas reconnue dans les conventions collectives, les salaires d’embauche ont baissé, et de plus, le temps où la recherche dans les grandes entreprises était sanctuarisée n’est plus et les plans sociaux ou les transferts forcés se multiplient ; sans compter que globalement l’emploi dans les grandes entreprises diminue et la recherche est externalisée dans des sociétés de service ou des start-ups, qui peuvent être motivantes, mais avec des avantages sociaux réduits et surtout une précarité croissante.

Une rupture franche s’impose, sans quoi une nouvelle génération sera sacrifiée pour la recherche, et la recherche française elle-même sera sacrifiée. Oui, comme le constate le CESE, c’est un décrochage très inquiétant. Et sa recommandation n°1 est la suivante : 1. Investir massivement dans la préparation de l’avenir Intensifier l’effort de recherche. La France n’investit pas assez dans la préparation de l’avenir, L’effort de recherche doit atteindre 3 % du PIB en progressant à la fois dans la recherche publique, et en recherche et développement dans les entreprises.