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mardi 1 août 2017

Taine _ L’ancien Régime_5_Seigneurs qui ne résident pas/ Effet de leur éloignement. — Apathie dans les provinces.

Ou comment la centralisation de l Ancien Régime et la destruction du régime féodal conduisent à la Révolution. Taine, peintre des abominations centralisatrices, vaut mieux que Tocqueville !- qu’il cite (cf. Onfray, décoloniser les provinces!)

Ce n’est pas impunément qu’on retranche à un arbre ses racines

Un grand seigneur ecclésiastique ou laïque est, de fait, une sorte de prince dans son district, il ressemble trop à l’ancien souverain pour avoir le droit de vivre en particulier ordinaire,  ses avantages privés lui imposent un caractère public, son titre supérieur et ses profits énormes l’obligent à des services proportionnés, et, même sous la domination de l’intendant, il doit à ses vassaux, à ses tenanciers, à ses censitaires, le secours de son intervention, de son patronage et de ses bienfaits.
Pour cela il faudrait résider, et le plus souvent il est absent. Depuis cent cinquante ans, une sorte d’attraction toute-puissante retire les grands de la province, les pousse vers la capitale, et le mouvement est irrésistible, car il est l’effet des deux forces les plus grandes et les plus universelles qui puissent agir sur les hommes, l’une qui est la situation sociale, l’autre qui est le caractère national. Ce n’est pas impunément qu’on retranche à un arbre ses racines. Instituée pour gouverner, une aristocratie se détache du sol lorsqu’elle ne gouverne plus, et elle a cessé de gouverner depuis que, par un empiètement croissant et continu, presque toute la justice, toute l’administration, toute la police, chaque détail du gouvernement local ou général, toute initiative, collaboration ou contrôle en matière d’impôts, d’élections, de routes, de travaux et de charités, a passé dans les mains de l’intendant et du subdélégué, sous la direction suprême du contrôleur général et du Conseil du roi  . Des commis, des gens « de plume et de robe », des roturiers sans consistance font la besogne ; nul moyen de la leur disputer. Même avec la délégation du roi, un gouverneur de province, fût-il héréditaire et prince du sang comme les Condés en Bourgogne, doit s’effacer devant l’intendant ; il n’a pas d’office effectif ; ses emplois publics consistent à faire figure et à recevoir. Du reste, il remplirait mal les autres : la machine administrative, avec ses milliers de rouages durs, grinçants et sales, telle que Richelieu et Louis XIV l’ont faite, ne peut fonctionner qu’aux mains d’ouvriers congédiables à volonté, sans scrupules et prompts à tout plier sous la raison d’État ; impossible de se commettre avec ces drôles. Il s’abstient, leur abandonne les affaires. Désœuvré, amoindri, que ferait-il maintenant sur son domaine où il ne règne plus et où il s’ennuie ? Il vient à la ville, surtout à la cour. — D’ailleurs il n’y a plus de carrière que par cette issue : pour parvenir, on est tenu d’être courtisan. Le roi le veut, il faut que vous soyez de son salon pour obtenir ses grâces ; sinon, à la première demande, il répondra : « Qui est-ce ? C’est un homme que je ne vois pas ». L’absence, à ses yeux, n’a pas d’excuse, même quand elle a pour cause une conversion, et pour motif la pénitence ; on lui a préféré Dieu, c’est une désertion. Les ministres écrivent aux intendants pour savoir si les gentilshommes de leur province « aiment à rester chez eux » et s’ils « refusent de venir rendre leurs devoirs au roi ». Songez à la grandeur d’un pareil attrait : gouvernements, commandements, évêchés, bénéfices, charges de cour, survivances, pensions, crédits, faveurs de toute espèce et tout degré pour soi et pour les siens, tout ce qu’un État de vingt et vingt-cinq millions d’hommes peut offrir de désirable à l’ambition, à la vanité et à l’intérêt se trouve rassemblé là comme en un réservoir. On y accourt, et l’on y puise. – D’autant plus que l’endroit est agréable, disposé à souhait et de parti pris pour convenir aux aptitudes sociables du caractère français […]
« Sire, disait M. de Vardes à Louis XIV, quand on est loin de Votre Majesté, non seulement on est malheureux, mais encore on est ridicule. » Il ne reste en province que la noblesse pauvre et rustique ; pour y vivre, il faut être arriéré, dégoûté ou exilé. Quand le roi renvoie un seigneur dans ses terres, c’est la pire disgrâce ; à l’humiliation de la déchéance s’ajoute le poids insupportable de l’ennui. Le plus beau château dans un site agréable est un affreux « désert » ; on n’y peut voir personne, sauf des grotesques de petite ville ou des rustres de village  . « L’exil seul, dit Arthur Young, force la noblesse de France à faire ce que les Anglais font par préférence : résider sur leurs domaines pour les embellir […]

Un pays où le cœur cesse de pousser le sang dans les veines

Sombre aspect que celui d’un pays où le cœur cesse de pousser le sang dans les veines. Arthur Young, qui parcourut la France de 1787 à 1789, s’étonne d’y trouver à la fois un centre aussi vivant et des extrémités aussi mortes. Entre Paris et Versailles, la double file de voitures qui vont et reviennent   se prolonge pendant cinq lieues et sans interruption depuis le matin jusqu’au soir. Le contraste est grand sur les autres chemins. « Sortis de Paris par la route d’Orléans, dit Arthur Young, pendant dix milles nous n’avons pas rencontré une diligence, rien que des messageries et des chaises de poste en petit nombre, pas la dixième partie de ce que nous aurions trouvé près de Londres en une heure. » […]
À Château-Thierry, le 4 juillet 1789 , pas un café où l’on puisse trouver un journal ; il n’y en a qu’un à Dijon ; à Moulins, le 7 août, « dans le meilleur café de la ville, où il y a au moins vingt tables, on m’aurait aussi tôt donné un éléphant qu’un journal ». Entre Strasbourg et Besançon, pas une gazette ; « à Besançon, il n’y a que la Gazette de France, pour laquelle un homme qui a le sens commun ne donnerait pas un sou dans le moment actuel, et le Courrier militaire, vieux de quinze jours ; des gens bien mis parlent des choses qui sont arrivées il y a deux ou trois semaines, et leurs discours démontrent qu’ils ne savent rien de ce qui se passe aujourd’hui ». À Clermont, « je dînai ou soupai cinq fois à table d’hôte avec vingt ou trente négociants, marchands, officiers, etc. ; à peine un mot de politique dans un moment où tous les cœurs devraient battre de sensations politiques ; l’ignorance ou la stupidité de ces gens-là est incroyable. Il ne se passe pas de semaine ou leur pays ne produise une multitude d’événements   qui sont analysés et discutés même par les charpentiers et les serruriers de l’Angleterre ».

Une mare stagnante qui peut se déverser tout d’un coup

La cause de cette inertie est manifeste ; interrogés sur leur opinion, tous répondent : « Nous sommes de la province, il nous faut attendre pour savoir ce que l’on fait à Paris ». N’ayant jamais agi, ils ne savent pas agir ; mais, grâce à leur inertie, ils se laisseront pousser. La province est une mare immense, stagnante, qui, par une inondation terrible, peut se déverser toute d’un côté et tout d’un coup ; c’est la faute de ses ingénieurs qui n’y ont fait ni digues ni conduites.
Telle et la langueur ou plutôt l’anéantissement où tombe la vie locale lorsque les chefs locaux lui dérobent leur présence, leur action ou leur sympathie […]
Notre Anglais, témoin oculaire et compétent, écrit encore : « Un grand seigneur eût-il des millions de revenu, vous êtes sûr de trouver ses terres en friches. Celles du prince de Soubise et celles du duc de Bouillon sont les plus grandes de France, et tous les signes que j’ai aperçus de leur grandeur sont des bruyères, des landes, des déserts, des fougeraies. Visitez leur résidence où qu’elle soit, et vous les verrez au milieu des forêts très peuplées de cerfs, de sangliers et de loups ». – « Les grands propriétaires, dit un autre contemporain  , attirés et retenus dans nos villes par les jouissances du luxe, ne connaissent rien de leurs terres », sauf « leurs fermiers qu’ils foulent pour fournir à un faste ruineux. Comment attendre des améliorations de ceux qui se refusent même à l’entretien et aux réparations les plus indispensables ?[…]
Ne faisant rien pour la terre, comment feraient-ils quelque chose pour les hommes ? — Sans doute, de temps en temps, surtout quand les fermages ne rentrent pas, le régisseur écrit, allègue la misère du fermier. Sans doute aussi, et notamment depuis trente années, ils veulent être humains ; ils dissertent entre eux sur les droits de l’homme ; ils souffriraient de voir la face pâle d’un paysan qui a faim. Mais ils ne la voient pas, songeront-ils à la deviner sous la phrase maladroite et complimenteuse de leur homme d’affaires ? D’ailleurs, savent-ils ce que c’est que la faim ? Lequel d’entre eux a l’expérience de la campagne ? Et comment pourraient-ils se représenter la misère du misérable ? Ils sont trop loin de lui pour cela, trop étrangers à sa vie. Le portrait qu’ils s’en font est imaginaire ; jamais on ne s’est représenté plus faussement le paysan ; aussi le réveil sera-t-il terrible. C’est le bon villageois, doux, humble, reconnaissant, simple de cœur et droit d’esprit, facile à conduire, conçu d’après Rousseau et les idylles qui se jouent en ce moment même sur tous les théâtres de société  . Faute de le connaître, ils l’oublient ; ils lisent la lettre de leur régisseur, puis aussitôt le tourbillon du beau monde les ressaisit, et, après un soupir donné à la détresse des pauvres, ils songent que cette année ils ne toucheront pas leurs rentes […]

ces droits, censives, lods et ventes, dîmes et le reste, sont entre les mains d’un régisseur, et un bon régisseur est celui qui fait rentrer beaucoup d’argent. Il n’a pas le droit d’être généreux aux dépens de son maître, et il est tenté d’exploiter à son profit les sujets de son maître. En vain la molle main seigneuriale voudrait être légère ou paternelle, la dure main du mandataire pèse sur les paysans de tout son poids, et les ménagements d’un chef font place aux exactions d’un commis. — Qu’est-ce donc lorsque, sur le domaine, au lieu d’un commis, on trouve un fermier, un adjudicataire qui, moyennant une somme annuelle, a acheté du seigneur l’exploitation de ses droits ? Dans l’élection de Mayenne  , et certainement aussi dans beaucoup d’autres, les principaux domaines sont affermés de la sorte. D’ailleurs il y a nombre de droits, comme les péages, la taxe des marchés, le droit du troupeau à part, le monopole du four et du moulin banal, qui ne peuvent guère être exercés autrement ; il faut au seigneur un adjudicataire qui lui épargne les débats et les embarras de la perception  . En ce cas si fréquent, toute l’exigence et toute la rapacité de l’entrepreneur, décidé à gagner ou tout au moins à ne pas perdre, s’abattent sur les paysans : « C’est un loup ravissant, dit Renauldon, que l’on lâche sur la terre, qui en tire jusqu’aux derniers sous, accable les sujets, les réduit à la mendicité, fait déserter les cultivateurs, rend odieux le maître qui se trouve forcé de tolérer ses exactions, pour le faire jouir. » Imaginez, si vous pouvez, le mal que peut faire un usurier de campagne armé contre eux de droits si pesants ; c’est la seigneurie féodale aux mains d’Harpagon ou plutôt du père Grandet. En effet, lorsqu’un droit devient insupportable, on voit, par les doléances locales, que presque toujours c’est un fermier qui l’exerce   : c’est un fermier de chanoines qui revendique l’héritage paternel de Jeanne Mermet, sous prétexte qu’elle a passé chez son mari la première nuit de ses noces. On trouverait à peine des exactions égales dans l’Irlande de 1830.


jeudi 1 juin 2017

Theresa May is paying for the libyan mess-fair enough !


A English mea culpa, and we, we and BHL? Manchester attack and Libya

It must have been a landslide victory for Theresa May, who wanted to profit from the general concern related to the Brexit to increase her majority. However, in recent days, polls, which certainly have to be considered cautiously in England even more than elsewhere, seemed  to announce a comeback of the Labour Party, yet taken by the disputed (by the labor establishment) Jeremy Corbyn. One of the reasons: the Manchester bombing highlighted even more the huge mistake that was the British and French intervention in Libya. Indeed, the terrorist was torn between Manchester and Libya, where his father had enlisted him at sixteen in his Islamist anti-Gaddafi fight. In fact, a part of the Libyans in Manchester played a significant role in the civil war of 2011 in Libya. At that time, the (conservative) British authorities facilitated sending Islamists from Manchester in Libya, as the father of the terrorist, thinking they constitute a more credible alternative to Gaddafi that laics (according to Le Monde, May 30, 2017). Brilliant idea, brilliant policy which we today see the results

It must be said that in England, unlike France, Libyan politics had been already heavily criticized, in 2016, by a parliamentary report lambasting British military intervention in Libya "based on incorrect assumptions" and ill-prepared. "We were trained by french enthusiasm", explains a parliamentarian. British policy in Libya before and since the intervention of March 2011 was based on "erroneous assumptions and an incomplete understanding of the country and the situation." According to the report, the British and the French "were blind about the significant part of the Islamists in the rebellion, and did not anticipate that they would benefit. Parliamentarians described the "disastrous record of intervention, designed to change a regime without providing alternatives, which resulted in the transformation of Libya in 'failed - state' . '" "The result is a political and economic collapse, a civil  and tribal war, a humanitarian crisis and migrations, a widespread violation of the human rights, the spread of weapons of gadhafi in the region and the emergence of the Islamic State in Libya", write unvarnished parliamentarians in their summary.

In addition, the report says: "the evidence we have gathered, the threat to civilians from Benghazi has been widely exaggerated"!

Brilliant idea, brilliant policy ! People in charge have to be made accountable from

A mistake, a crime, an imbecility, a policy change - Corbyn's right!

Remember that September 15, 2011, the president of the Republic french Nicolas Sarkozy and the British Prime Minister David Cameron, followed as their shadows by the philosopher Bernard Henri Levy landed Benghazi cheered by a jubilant crowd. The English, in good parliamentary Democrats were keen to make their mea culpa. And we? Will we hear yet BHL lessons of geostrategy? A little regret? Well, finally, with Macron, we should be rid of the brilliant philosopher and his influence.

It's really a pure scandal and an unspeakable mess. Because finally, for the first time, there was an agreement of the United Nation General Council, Russians and Chinese included, for an operation limited to Benghazi to protect people against an imminent assault and impose mediation to Gadhafi. French and English themselves were deliberately perjuries and continued the war to provoke the fall of Kadhafi. With the result that we know! And much worse; understandably, Russians and Chinese well vowed that they would never do it again, and opposed any intervention in Syria. Bravo! The Libyan shit is also responsible for the Syrian mess and its millions of deaths. In history, this intervention in Libya will appear as a fault and a crime, and a worse than 1956 Suez imbecility.

Another forgotten, for which some should perhaps be accountable: the death of a french secret agent, Pierre Marziali, murdered the May 12, 2011 in Benghazi. Having rightly understood that the rebels supported by Bernard Henri Lévy and Nicolas Sarkozy consisted of battalions of hard-core jihadists, Marziali wanted to prevent Claude Gueant and, above all, Nicolas Sarkozy, a friend of the Qatar,Emirate, which supported then financially and militarily the rebels Libyans. Alain July, former Director of the DGSE intelligence questioned by the authors of "dead for Françafrique", by far the most credible scenario book. Excerpt: 'the katiba from 17 February claimed the death of Marziali, however it was supported by the Qataris. That a malicious person has a message to the guys at the katiba or the Qataris a French was there and spying them, it is possible! Dulas and Marziali had written a note to warn against the Islamists. Less than a month later, Marziali is killed. In this job I'm too old to believe in coincidences. If someone wanted to be clever by dropping the name of Marziali to Islamists, it is already very serious. "But if this leak was organized, that the info has been transmitted in good conscience to the katiba or its Qatari protectors, it is even worse: it would be treason." At the very least, Marziali took high risks to know who really were the anti-Gaddafi and let know to the French authorities, and he lost his life for nothing. But in France, no mea culpa!

Yet our political brilliant did not understand a few simple truths, for example that a secular dictatorship is better than a religious dictatorship, much better than a complete collapse. That military interventions in the Middle East have been disastrous. It is stupid enough to be surprised and indignant because more we're bombing the Arab Muslims, more we destroy their societies, more they commit attacks at home. (well in cases where intervention protects a country and its legitimate authorities against the collapse in the face of an Islamist attack, as in Mali, it is obviously a duty to lead). That's what Jeremy Corbyn says, presneting himself as a man of peace therefore, and he may be damned right.

And in France? Apart from Michel Onfray, not many people . Since there seems to be a renewal in Politics there is, it would be good that there is also a renewal of ideas. And a more important role for those who are opposed to the wars of Iraq and intervention in Libya at the expense of those who supported them.

mercredi 31 mai 2017

Theresa May paie le merdier libyen

Un mea culpa anglais, et nous, et nous, et BHL ?

Ce devait être une victoire écrasante pour Theresa May, qui voulait profiter de l’état d’inquiétude lié au Brexit pour renforcer sa majorité; or, depuis quelques jours, les sondages, dont certes il faut se méfier en Angleterre encore plus qu’ailleurs annoncent une remontée en flèche des travaillistes, pourtant emmenés par le contesté (par l’establishment travailliste) Jeremy Corbyn. Unes des raisons : l’attentat de Manchester a mis encore plus en évidence l’immense erreur qu’a été l’intervention britannique et française en Lybie. Le terroriste était en effet tiraillé entre Manchester et la Lybie, où son père l’avait enrôlé à seize ans dans son combat islamiste anti-Kadhafi. De fait, une partie des Libyens de Manchester  a joué un rôle non négligeable dans la guerre civile de 2011 en Libye. A cette époque, les autorités (conservateurs) britanniques ont facilité l’envoi en Libye d’islamistes de Manchester, comme le père du terroriste, estimant qu’ils constituaient une alternative plus crédible à Kadhafi que les laïcs ! (dixit Le Monde, 30 mai 2017). Brillante idée, politique géniale dont on voit aujourd’hui les résultats
Il faut dire qu’en Angleterre, contrairement à la France, la politique libyenne avait été déjà étrillée, en 2016,  par un rapport parlementaire fustigeant une intervention militaire britannique en Libye «fondée sur des postulats erronés» et mal préparée. «Nous avons été entraîné par l'enthousiasme français», explique un parlementaire. La politique britannique en Libye avant et depuis l'intervention de mars 2011 a été basée sur « des suppositions erronées et une compréhension incomplète du pays et de la situation.» Selon le rapport, les Britanniques et les Français « ont été aveugles quant à la part non négligeable des islamistes dans la rébellion, et n'ont pas su prévoir que ceux-ci en tireraient profit ». Les parlementaires décrivent le « bilan désastreux d'une intervention, destinée à changer un régime sans prévoir de solution de rechange, qui a abouti à la transformation de la Libye en «failed-state» («État défaillant»). «Le résultat est un effondrement politique et économique, une guerre civile et tribale, une crise humanitaire et migratoire, une violation généralisée des droits de l'homme, la dispersion des armes de Kadhafi dans toute la région et l'apparition de l'État islamique en Libye», écrivent sans fard les parlementaires dans leur résumé.
En plus, le rapport affirme :« d'après les indices que nous avons rassemblés, la menace envers les civils de Benghazi a été largement exagérée» !

Une faute, un crime, une imbécillité, une politique à changer – Corbyn a raison !

Rappelons que 15 septembre 2011, le président de la République français Nicolas Sarkozy et le premier ministre britannique David Cameron, suivis comme leurs ombres par le philosophe Bernard Henri Levy débarquaient à Benghazi acclamés par une foule en liesse. Les Anglais, en bons démocrates parlementaires ont tenu à faire leur mea culpa. Et nous ? Entendra-t-on encore BHL donner des leçons de géostratégie ? Un petit regret ? Bon, enfin, avec Macron, on devrait être débarrassé du brillant philosophe et de son influence élyséenne.
C’est vraiment un pur scandale et un gâchis innommable. Car enfin, pour la première fois, il y avait un accord du Conseil Général de Sécurité, Russes et Chinois compris, pour une opération limitée à Bengazi afin de protéger les populations contre un assaut imminent et imposer une médiation à Kadhafi. Français et Anglais se sont délibérément parjurés et ont poursuivi la guerre pour provoquer militairement la chute de Kadhafi. Avec le résultat que l’on sait ! Et bien pire ; du coup, Russes et Chinois se sont bien promis qu’on ne les y reprendrait pas, et se sont opposés à toute intervention en Syrie. Bravo ! Le merdier libyen est aussi responsable du merdier syrien et de ses millions de morts. Dans l’histoire, cette intervention en Libye apparaîtra comme une faute et un crime, et une imbécillité pire que l’expédition de Suez.
Autre fait oublié, pour lesquels certains devraient peut-être rendre des comptes : la mort d’un agent secret français, Pierre Marziali, assassiné le 12 mai 2011 à Benghazi. Ayant compris à juste titre que les rebelles soutenus par Bernard Henri Lévy et Nicolas Sarkozy se composaient de bataillons de djihadistes purs et durs, Marziali voulut prévenir Claude Guéant et, surtout, Nicolas Sarkozy, l’ami du Qatar, l’émirat qui soutenait alors financièrement et militairement les rebelles libyens. Alain Juillet, ancien directeur du Renseignement de la DGSE interrogé par les auteurs de « Mort pour la Françafrique », livre de loin le scénario le plus crédible. Extrait : «La katiba du 17 Février a revendiqué la mort de Marziali, or elle était soutenue par les Qataris. Qu’une personne malintentionnée ait fait passer le message aux gars de la katiba ou aux Qataris qu’un Français était chez eux et les espionnait, ça, c’est possible ! Dulas et Marziali avaient rédigé une note pour mettre en garde contre les islamistes. Moins d’un mois plus tard, Marziali est tué. Je suis trop vieux dans ce métier pour croire aux coïncidences. Si quelqu’un a voulu faire le malin en lâchant le nom de Marziali aux islamistes, c’est déjà très grave. Mais si cette fuite a été organisée, que l’info a été transmise en toute conscience à la katiba ou à ses protecteurs qataris, là, c’est encore plus grave : ce serait de la trahison.»  A tout le moins, Marziali a pris des risques insensés pour savoir qui étaitent vraiment les anti-Kadhafi et le faire savoir  aux autorités françaises, et il a perdu la vie pour rien. Mais en France, pas de mea culpa !

Pourtant, nos brillants politiques n’ont pas compris quelques vérités simples, par exemple qu’une dictature laïque vaut mieux qu’une dictature religieuse, et bien mieux qu’un effondrement complet. Que les interventions militaires au Moyen-Orient ont été désastreuses. Qu’il est assez stupide de s’étonner et de s’indigner parce que plus nous bombardons les musulmans arabes, plus nous détruisons leurs sociétés, plus ils commettent d’attentats chez nous.(après, dans des cas où une intervention protège un pays et ses autorités légitimes de l’effondrement face à une agression islamiste, comme au Mali, c’est évidemment un devoir de la mener). C’est ce que Jeremy Corbyn explique, et il se présente en homme de paix conséquent, et ceci explique une partie de sa remontée.

Et en France ? à part Michel Onfray, pas grand monde. Puisque renouvellement de la classe politique il y a, il serait bon qu’il y ait aussi renouvellement des idées. Et qu’un rôle plus important soit confié à ceux qui se sont opposés aux guerres  d’Irak et à l’intervention en Libye au détriment de ceux qui les ont soutenues.


dimanche 7 mai 2017

Michel Onfray pour le nucléaire – roboratif

Certains textes parlent d’eux-mêmes et se passent de tout commentaire…. On ne peut qu'essayer de les rendre au mieux en invitant les lecteurs à se rendre à l'original

Nucléaire, démocratie, jacobinisme. M. Onfray contre les idées reçues

Michel Onfray : « je n’ai jamais eu l’esprit moutonnier et n’ai jamais participé aux combats antinucléaires qui se tenaient à l’université de Caen quand j’étais étudiant – entre 1976 et 1984 ». L’énergie nucléaire était alors le reflet de « la puissance d’un siècle qui ne rechignait pas à la puissance car elle en avait les moyens ». Cette énergie symbolise le « feu nucléaire qui peut être arrimé à la pulsion de vie (l’énergie civile) ou à la pulsion de mort (l’énergie militaire) ».
Contrairement à ce que prétendent certains anti-nucléaires, Michel Onfray considére que le nucléaire ne s’oppose pas à la décentralisation  ( le combat contre le jacobinisme centralisateur a toujours été important pour lui ) ; le nucléaire, symbole « de l’hyper-technophilie » du siècle passé et de ses grands programmes centralisés, aux côtés du TGV et du Concorde, ne s’oppose pas à la délocalisation « Décoloniser les provinces : contribution aux présidentielles ». « La région de Flamanville fait la démonstration que les retombées en matière d’emplois, de taxes professionnelles, d’infrastructure sont considérables ».

La pollution des paysages par les éoliennes

Le nucléaire, fruit de la société dans laquelle il s’inscrit, est une « réponse aux besoins créés par une société de consommation qui a multiplié les appareils électriques auxquels la plupart sont attachés comme à des doudous ». Dès lors, Michel Onfray juge avec sévérité l’écologie politique de gauche « qui campe sur une position d’opposition bien que la démonstration soit faite que l’énergie renouvelable ne répond pas aux besoins d’une société de consommation ». Il rappelle ainsi que ceux qui critiquent le nucléaire « sont rarement ceux qui optent pour une désaffiliation d’avec ces objets de la servitude volontaire ». Michel Onfray s’étonne d’ailleurs des contradictions de ce mouvement. « La pollution des paysages par les éoliennes et par les milliers de tonnes de ciment des dalles sur lesquelles elles reposent, en même temps que la disparition de ces terres pour un usage agricole au profit du bétonnage échappent bizarrement à la critique écologiste ». Dans ces conditions, il estime que seuls les décroissants apportent une critique cohérente du nucléaire.

Plus généralement, Michel Onfray considère que le nucléaire a fait les frais des postures politiciennes : « La gauche et la droite invitent chacune à ne pas   penser et à se soumettre à leurs catéchismes et à leurs slogans. La première est contre le nucléaire ; la seconde est pour ; l’une et l’autre le sont presque par atavisme, par héritage. Le nucléaire a été décidé par un gouvernement de droite, c’est donc une mauvaise chose pour la gauche. Mais quand Mitterrand arrive au pouvoir, il n’est pas contre. Que dit alors la gauche ? Qu’elle n’est plus contre… »

A ceux qui pointent le manque de démocratie du nucléaire, Michel Onfray répond : « les valeurs républicaines n’excluent pas une part de discrétion ou de secret et l’idée d’une transparence totale en la matière ne me semble pas une garantie de démocratie mais sûrement un gage de démagogie ». Et de souligner : « Que le nucléaire civil soit en relation avec le nucléaire militaire ne fait aucun doute et que le militaire soit un domaine réservé du chef de l’Etat ne me choque pas. Nos chefs de l’Etat sont démocratiquement élus… »
Michel Onfray souligne également que « le manque de démocratie se manifeste quand le syndicalisme est interdit dans une entreprise ». Et d’ajouter : « les syndicats sont présents à tous les niveaux dans les centrales ».


Sur la question du « risque nucléaire », il précise : « je persiste à croire que Tchernobyl est une catastrophe à mettre au compte de l’impéritie de la bureaucratie soviétique et Fukushima sur celui d’un tsunami contre lequel on ne peut pas grand-chose. » Le philosophe le dit sans ambages : « je ne suis pas de ceux qui sont pour le nucléaire mais le voudraient chez les voisins – idem avec les camps de migrants, les prisons ou les salles de shoot ». Et de conclure, « la centrale est certes un camp menaçant dans le sublime paysage du Cotentin, mais la vie n’est pas faite qu’avec des parcs d’attraction du genre Disneyland. »