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vendredi 8 décembre 2023

Relocaliser en décarbonant grâce à l'énergie nucléaire

 w.fondapol.org/etud/relocaliser-en-decarbonant-grace-a-lenergie-nucleaire/

Remarquable article de Valérie Faudon de la SFEN ( janvier 2021) :

Extraits

Le nucléaire est en France un outil de souveraineté permettant de résister aux chocs énergétiques, un facteur de compétitivité-coût favorisant l’attractivité internationale du pays pour les industriels et un vecteur de compétences, terreau d’une possible réindustrialisation au cœur des territoires. Finalement, la filière nucléaire française est un opérateur clé de la décarbonation en France et présente des atouts certains, non seulement parce que l’empreinte carbone des produits et services est amenée à devenir un nouveau facteur de compétitivité mais aussi parce qu’elle permet à notre pays de se placer dans la course au carburant vert (l’hydrogène) et de se positionner dans les secteurs de demain gros consommateurs d’électricité, tels celui des data centers.

Avec son électricité décarbonée nucléaire et renouvelable, la France dispose d’un avantage compétitif exceptionnel pour produire de l’hydrogène bas carbone moins cher sur son propre sol

Le nucléaire, en tant qu’énergie bas carbone et en tant que troisième secteur industriel français, est source d’avantages comparatifs clés sur lesquels le pays peut s’appuyer dans ses stratégies de relocalisation et de réindustrialisation.

1)Le nucléaire a permis de répondre au premier choc pétrolier


2)La France doit se préparer à de nouveaux chocs énergétiques


3) Le socle nucléaire français doit être sécurisé sur le long terme

Dans les années qui viennent, la sécurité d’approvisionnement française pourra être assurée par la rénovation et la prolongation des réacteurs nucléaires existants pour cinquante ou soixante ans d’exploitation… Au-delà, à l’horizon 2040, la France peut être confrontée à un important « effet-falaise » lié au calendrier historique extrêmement rapide de construction des réacteurs dans les années 1980.

Face aux enjeux et dans le contexte d’incertitude actuel, il est nécessaire d’anticiper le renouvellement du parc nucléaire en préparant la mise en service de nouveaux moyens de production nucléaires dès le début de la décennie 2030. Ne pas prendre la décision de renouveler le parc nucléaire en temps et en heure peut exposer notre pays à des risques très importants. Ainsi, en Belgique, début octobre 2020, le nouveau gouvernement a confirmé, dans un accord de coalition avec le parti écologiste, la fermeture de ses centrales nucléaires pour 2025, alors qu’elles représentent plus de la moitié de l’électricité du pays. Le gestionnaire du réseau a souligné le risque que le pays ne puisse alors s’approvisionner chez ses voisins, comme la France ou l’Allemagne, qui n’auront pas nécessairement la capacité excédentaire disponible au moment elle en aura besoin. Alors que les seuls moyens de remplacement susceptibles d’être construits rapidement ne pourront être que des centrales à gaz, très émettrices de CO2, on voit que la fermeture du parc nucléaire représenterait une régression à la fois en matière de sécurité d’approvisionnement et en matière climatique.

4)Un facteur de compétitivité

La production et la distribution d’électricité sont, d’une manière générale, l’une des infrastructures clés d’une économie. C’est un facteur différenciant pour attirer les investisseurs étrangers : une étude de 2017, réalisée dans 81 pays, a ainsi montré que la disponibilité de l’électricité était le premier facteur en termes d’impact pour attirer les investisseurs, devant la liberté économique.

Les principaux clients : il s’agit des plus gros sites industriels français regroupant la quasi- totalité des électro-intensifs des secteurs historiques (sidérurgie, métaux non ferreux, chimie lourde, papier, automobile ou encore transport ferroviaire)

5)La France est internationalement reconnue pour la qualité de son électricité

Aujourd’hui, grâce à son parc nucléaire, son parc hydroélectrique et son réseau de transport d’électricité, la France bénéficie d’une excellente réputation internationale. Selon le Choiseul Energy Index : « En termes de qualité, de disponibilité et d’accès à l’électricité, la France arrive en tête du classement, ex æquo avec la Corée du Sud. Cela s’explique notamment en raison d’un parc nucléaire important. » Par qualité de la fourniture d’électricité, on entend en général deux facteurs : la continuité de l’alimentation électrique et la qualité de l’onde de tension (absence de perturbations sur la tension et la fréquence)

6) Les prix de l’électricité industrielle en France sont parmi les plus bas

Malgré des progrès très importants en termes d’efficacité énergétique, les industriels restent de grands consommateurs d’électricité. Pour certains, la question du prix de l’électricité comme facteur de production est même un point clé de leur compétitivité, donc de leur décision d’investir, ou de rester en France. Aujourd’hui, la France fait partie des pays d’Europe où le prix de l’électricité industrielle est le plus bas, avec les pays scandinaves, la Finlande, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Slovénie.

Ces industries se sont développées en s’appuyant sur le parc hydroélectrique et nucléaire, qui garantissait une électricité avec des prix à la fois prédictibles et bon marché…Ainsi, le site Aluminium Dunkerque, implanté historiquement par le groupe Pechiney dans les Hauts-de-France, sur le site même de la centrale nucléaire de Gravelines, n’a jamais fait l’objet d’une délocalisation, et il est aujourd’hui le plus grand producteur européen d’aluminium primaire

7) Un vecteur de compétences : Avec le nucléaire, la France dispose d’une filière de haute technologie encore complète

La filière nucléaire est la troisième filière industrielle française, derrière l’aéronautique et l’automobile, avec plus de 3.000 entreprises, dont 63,8% de PME et 12,5% d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) ; elle représente 6,7% de l’emploi industriel en France avec plus de 220.000 emplois (directs et indirects) : Les activités du secteur nucléaire ont un effet d’entraînement important sur le reste de l’économie : une étude récente estime que, d’ici à 2050, en Europe, chaque euro issu des taxes payées par l’industrie nucléaire générera 2,50 euros de recettes publiques




8) Un opérateur clé de la décarbonation

Grâce au nucléaire et aux énergies renouvelables, la France dispose d’un mix décarboné à plus de 90%, soit une des électricités les moins carbonées du monde. Les émissions moyennes de CO2 en France sont inférieures à 50 g/kWh, bien en dessous de celles des pays voisins (environ 400 g/kWh pour l’Allemagne et 260 g/kWh pour l’Italie, par exemple) 54. Alors que la neutralité carbone devient un impératif pour les entreprises, la France dispose, avec son électricité décarbonée, d’un nouveau facteur d’attractivité essentiel.



Une étude de Deloitte pour l’Uniden  sur plusieurs secteurs (acier, aluminium, ciment, papier, PVC, sucre et verre plat) montre que le décrochage français de 1995 à 2015 dans ces industries s’est traduit non seulement par une perte de 13.000 emplois, mais aussi par une augmentation de 50% de l’empreinte carbone associées à ces productions substituées. L’Uniden parle d’un effet « double peine » et met en valeur que la localisation industrielle est à la fois une donnée économique et environnementale : ces deux dimensions ne sont plus autonomes. La même étude présente un scénario de reconquête industrielle dans ces secteurs, avec la création de 9.600 emplois et une baisse des émissions de 5 millions de tonnes de CO2 équivalent, avec une contribution positive de toutes les filières.

 9)Un atout pour le développement de l’industrie 4.0

La transformation numérique de l’industrie est reconnue comme l’un des leviers pour changer le modèle industriel et économique de nombreux secteurs. Dans l’industrie 4.0, les nouvelles technologies de l’information (robotique, impression 3D, big data…) permettront, selon Olivier Scalabre, directeur associé au bureau de Paris du Boston Consulting Group, le développement de « petites usines dites intelligentes, automatisées, capables d’une grande flexibilité dans la production et situées au plus près des clients ou consommateurs

10) Un avantage dans la course au nouveau carburant vert : l’hydrogène bas carbone

Aujourd’hui, de nombreuses institutions estiment que l’hydrogène bas carbone pourrait jouer un rôle important pour atteindre les objectifs de neutralité carbone. À court terme, il s’agira de décarboner l’hydrogène utilisé actuellement dans l’industrie, produit à base d’énergies fossiles très émettrices de CO2.

Surtout, il pourra être un vecteur de décarbonation pour d’autres usages existants, difficiles à décarboner par l’électricité, comme le transport lourd (de manière très complémentaire aux solutions électriques). À terme, certains voient le vecteur hydrogène contribuer à des solutions de stockage intersaisonnier dans des mix électriques comportant une part importante d’énergies renouvelables variable

Le fonctionnement en période d’excédent (prix bas de l’électricité) conduit à des facteurs de charge faibles pour les électrolyseurs et nécessite de déployer rapidement une très grande capacité d’électrolyseurs, au point de poser une question de faisabilité. Ce fonctionnement constitue donc un enjeu important pour l’aval de la chaîne qui doit trouver les solutions afin d’assurer la continuité de son approvisionnement en dehors des périodes de production (le stockage, par exemple).

La solution avec électricité en base permet d’atteindre des facteurs de charge significatifs pour les électrolyseurs (entre 3.000 et 6.000 heures/an). Elle permet ainsi de répartir les électrolyseurs près des lieux de consommation industrielle, Du fait de la disponibilité de l’électricité sur tout le territoire. Il est de cette façon possible d’économiser sur la chaîne logistique associée à l’hydrogène vaporeformé. Enfin, elle offre des possibilités de services systèmes (effacement) lors des périodes de tension.

jeudi 3 mars 2022

Compte rendu du débat EOS (Eoliennes Flottantes en Méditerranée)

 Commentaire de la présidente de la CNDP (Mme Chantal Jouanno) et Compte-rendu du débat public

https://eos.debatpublic.fr/wp-content/uploads/EOS-Bilan-CNDP-1.pdf, https://eos.debatpublic.fr/wp-content/uploads/EOS-CR-2021_bd.pdf

Le projet EOS, premier grand parc éolien en Méditerranée !

Il consiste en la réalisation, pour une durée de 25 à 30 ans, de deux parcs éoliens flottants commerciaux de 250 MW chacun et de leurs extensions, de 500 MW chacune. Les premiers parcs comporteraient chacun une vingtaine d’éoliennes flottantes, leurs systèmes d’ancrage, un poste électrique en mer et le raccordement au réseau. Avec l’évolution de la technologie, leur extension représenterait une trentaine d’éoliennes supplémentaires, soit une cinquantaine au total par parc.

Le public a été amené à se prononcer sur l’opportunité, les alternatives et les caractéristiques de ce projet sur quatre zones en mer, pré-identifiées par l’État, d’une surface totale de 3300 km2. Les deux parcs représenteraient environ 10 % de cette surface et pourraient se situer à une distance comprise entre 15 et 55 kilomètres des côtes.

« Installer des éoliennes importantes en nombre et en taille (de 250 à 270 m de haut) dans cette mer n’a encore jamais été fait : ce serait un tournant pour notre rapport à la mer, perçue « 

(NB l’Espagne a un très grand  projet au large de la baie de Rosas …qui pourrait d’ailleurs interférer avec l’une des zones proposées…)

En Méditerranée, autant et même plus qu’ailleurs, la mer n’est pas vide, et elle n’est pas libre !


Un calendrier bien positionné… pour éviter le problème du tourisme 

« Dès la saisine initiale fin juillet 2020, les Commissaires ont interrogé son calendrier. Compte tenu de l’impact potentiel des projets sur le tourisme, il était opportun que le débat se tienne une partie de l’été. La saisine était trop tardive pour que cela ait pu avoir lieu en 2020. Par ailleurs, le report des élections régionales en juin 2021 a conduit les responsables de projet à  demander en avril un report du lancement du débat après les élections. »  (Chantal Jouanno) 

Un débat accéléré …pour tenter de pousser la décision. Et toujours cette question : pourquoi ne pas attendre le retour d’expérience des fermes pilotes ?

« L’accélération du calendrier de déploiement des parcs éoliens en mer Méditerranée a questionné la fiabilité de la parole de l’État. Les projets de fermes pilotes –au large de Leucate, Gruissan et du Golfe de Fos – avaient tous été présentés par l’État comme les préalables nécessaires à l’éventuel déploiement de parcs industriels. Or, l’annonce des projets de grande ampleur n’a pas attendu le retour d’expérience de ces premiers parcs. Se sont ajoutées de nombreuses interrogations sur l’engagement réel de l’État à tenir compte des conclusions de ce nouveau débat public » (Chantal Jouanno)

Les trois projets pilotes sont prévus au large de Leucate, de Gruissan et du Golfe de Fos et composés chacun de trois éoliennes flottantes de 8 à 10 MW. L’accélération du calendrier dans le développement des projets commerciaux est rendue d’autant plus problématique qu’énormément de retard a été pris sur les fermes pilotes. Elles devaient sortir en2019, elles vont sortir peut-être en 2023

Et lorsque ce projet avait été présenté, il avait été affirmé ceci : « Le suivi des fermes pilotes et de leurs impacts, à la fois sur le milieu et les écosystèmes marins ainsi que sur les activités socio-économiques préexistantes à ces fermes, demeure la condition préalable au déploiement commercial. En effet, un suivi négatif de ces fermes pilotes pré-commerciales d’éoliennes flottantes ne pourrait permettre un agrandissement des parcs à une échelle industrielle » (Document de planification - Le développement de l’éolien en mer Méditerranée, Préfet maritime de la Méditerranée, Préfet de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur MARITIME, avril 2015).

En effet, pour reprendre la formule de Mme Jouanno : la fiabilité de la parole de l’Etat est vraiment questionnable !

Et le bilan carbone ?

L’éolien flottant, une énergie vraiment verte ? Le public du débat s’est interrogé sur l’analyse du cycle de vie de l’éolien flottant et son vrai coût environnemental. L’absence de consensus sur ce point, malgré les différents éclairages apportés par des experts, a conduit à la demande, par la CPDP, d’une expertise complémentaire sur le bilan carbone de l’éolien flottant en comparaison des autres énergies. Les résultats de cette expertise, commandée par la CNDP et réalisée par un expert indépendant, indiquent que le bilan carbone de l’éolien flottant commercial se situerait aux alentours de 19 g CO2/kwh. Un niveau légèrement supérieur au bilan carbone de l’éolien marin posé (entre 14 et 18 g CO2/kwh) ou de l’éolien terrestre (12,7 g CO2/kwh).

(NB pour le nucléaire en France c’est 6 g CO2/kwh ; donc, si on remplace du nucléaire par de l’éolien, surtout offshore, c’est plus carboné et beaucoup plus cher, voir ci après )

Facteur de charge, productivité, coût : des affirmations  très, très contestable 

Le facteur de charge, c’est à dire le pourcentage de production de l’éolienne par rapport à son maximum théorique à plein régime, qui est annoncé par le porteur de projet est de 50%. Or ce chiffre ne paraît pas réaliste à tous, l’opportunité du projet n’étant pas la même si ce facteur de charge est inférieur à celui annoncé par le porteur de projet ou s’il se rapproche de celui de l’éolien terrestre (25- 35%). L’État et RTE soutiennent la pertinence de ce chiffre de 50%, sans en avoir démontré le calcul, en s’appuyant sur les industriels qui semblent convaincus, au vu des expériences étrangères, qu’il sera, dans les faits, peut-être même supérieur… (Ben voyons)

NB : on pourra se reporter à ce petit communiqué Oersted : 

« Fin 2019, les cours du géant danois Oersted, pionnier de l’éolien offshore ont plongé en fin d’année en raison de la réévaluation de la production de son parc éolien en mer. Ce dernier aurait sous-évalué les pannes à répétition entraînées par les vents violents du large. Les marchés s’interrogent donc sur la viabilité de ce business model dont la robustesse financière reste encore à démontrer. Selon l’agence environnementale américaine, le coût actualisé de l’énergie éolien en mer reste 2,7 fois plus élevé que l’éolien conventionnel. 

Très confraternel, Orstedt  qu’il baissait son taux de rendement interne prévu pour plusieurs projets en Europe et à Taïwan. La question sous-jacente est une sous-estimation des effets de sillage et de blocage. Son porte-parole a  insisté sur le fait que le problème n’est pas propre à l’entreprise, mais plutôt à l’ensemble de l’industrie, ajoutant que ses prévisions sont généralement plus prudentes que celles de ses concurrents.

« Notre tâche principale est de nous assurer que nous ne prenons que des projets où nous créons effectivement de la valeur. Il n’est dans l’intérêt d’aucun actionnaire, ni de notre organisation d’opérer avec des prévisions de production gonflées et de gagner des projets sur cette base  

Derrière ce débat sur l’augmentation des coûts de l’énergie, pointe aussi le soupçon que les bénéfices économiques de ces opérations profitent à des grosses entreprises.  Les porteurs du projet et la filière industrielle annoncent chercher ensemble une réduction des prix, et espèrent une convergence des prix entre l’éolien flottant et l’éolien posé à terme.

Mais en attendant, la filière va être soutenue par l’usager au travers des finances publiques et du TURPE (Tarif d’Utilisation du Réseau Public d’Électricité qui représente 25 % de la facture de l’usager) à un tarif élevé (110€/MWh) pendant vingt années.

NB :  et ca parait plutôt optimiste. Il faut plutôt compter entre 230 et 150 €/MWh . Et il faut ajouter le côut du raccordement : typiquement  25% pour un poste en mer à  30 km. des côtes,   30% ou plus à 50 km.



NB : L'arrêté du 9 avril 2020 fixe les conditions de rachat de l'électricité produite par les quatre fermes pilotes éoliennes flottantes pour une durée de vingt ans. Le taux de rentabilité interne d'un projet ne devra pas excéder 8,5 % après impôts. Si cette rentabilité est supérieure, « les gains additionnels sont partagés à 50 % entre l'État et le producteur, en tenant compte de l'évolution des conditions économiques de fonctionnement de l'installation »

Si cet arrêté est appelé à faire école, 8.5% c’est pas mal comme garantie… 

Un parc et après : « Apocalypse Eoliennes ! A terme 27% de l’espace marin régional selon EELV ! 

Une centaine d’éolienne, c’est pas assez et ceux qui les acceptent doivent savoir qu’en fait, il y en aura beaucoup plus.  La  ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, n’a pas caché l’intention d’aller plus loin sur cette façade : « Le potentiel pour le développement de l’éolien en mer en Méditerranée s’établit au-delà de 1,5 GW, d’autres projets devraient à l’avenir y être envisagés si la France et les Régions veulent atteindre leurs objectifs de neutralité carbone ».

Un objectif chiffré de production est avancé dans les deux schémas régionaux PACA et Occitanie : 5 GW en 2050, si on les additionne, « 27% de l’espace marin régional, soit 3 750 km2 sur les 14 000 km2 du plateau continental, c’est ce que devraient couvrir les parcs éoliens à l’horizon 2050 » alerte EELV dans son Cahier d’acteurs. Si les deux projets en débat ne sont qu’un début, à quel rythme, jusqu’où et pour quels besoins projetés envisage-t-on la suite ?

NB : C’est ce que la CNPN (Commission Nationale de protection de la Nature), très critique sur l’éolien maritime appelle la stratégie des poupées russes : le cumul de parcs sur un même secteur choisi initialement au vu du seul impact du parc initial. Attention, un parc peut toujours en cacher un autre.

NB2 : tiens, EELV commence à prendre position contre l’éolien maritime et ses abus. Intéressant

http://www.avis-biodiversite.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2021-17_avis_autosaisine_cnpn_eolien_offshore_france_du_06_juillet_2021.pdf

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/09/conseil-national-de-la-protection-de-la.html

 

Biodiversité/migration des oiseaux : il y a sans doute un problème, mais on verra après ! 

La  Camargue est un haut lieu à la fois de l’hivernage, de la reproduction et de la migration des oiseaux » (Audition d’experts) : y a-t-il un risque de perte d’habitat et de mortalité accrue ?

Eh ben, on sait pas ! « Conscient de la fragilité des données à sa disposition, l’État a initié en 2021 un programme de recherche baptisé MIGRALION, dont l’objectif est la « caractérisation de l’utilisation du golfe du Lion par les migrateurs terrestres et l’avifaune marine ». Ce programme, porté par l’Office Français de la Biodiversité et dix partenaires scientifiques et industriels, permettrait « de savoir ce qui va se passer en mer » (Audition d’experts). 

Mais les résultats étant attendus en 2024-2025, le public se demande comment ceux-ci peuvent être pris en compte quand on veut aujourd’hui décider d’une localisation.

En effet ! 

Des éoliennes dans des aires marines protégées ? Eh oui, c’ est possible ! 

Une grande partie du plateau continental du golfe du Lion est concernée par diverses mesures de protection (sites Natura 2000, réserves, parc naturel marin…). « La zone A est un parc marin, je ne comprends même pas pourquoi cette zone a été proposée, ça n’a pas de sens ! » (Débat mobile, Sète).

La contradiction a été également relevée lors du Congrès mondial de la nature de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) à Marseille début septembre 2021 : « la France, pays hôte, s’est engagée à (...) parvenir à 30% d’aires protégées au niveau national d’ici 2022, et protéger fortement 5% de ses aires maritimes méditerranéennes d’ici 2027, soit une augmentation de 25 fois par rapport à aujourd’hui. » (Manifeste de Marseille).

Le Conseil national pour la protection de la Nature a estimé « incompatible » cet engagement avec le programme de développement éolien en mer de l’État : « L’adéquation des objectifs éoliens offshore avec l’objectif de zéro perte nette de biodiversité inscrit aux articles L. 110- 1 et L. 163-1 du code de l’environnement paraît difficile voire impossible à atteindre au regard de la connaissance actuelle des incidences et surtout des moyens techniques d’expertise et de pilotage permettant d’y remédier efficacement, ainsi que l’objectif de préservation du paysage marin. »

A cela le ministère répond : « Toutes les aires protégées ne sont pas pour autant sanctuarisées : la réglementation vise la régulation des usages, non pas leurs strictes exclusions » 

Cohabitation des usages : gros problème pour les pêcheurs : 

On voit tout de suite pourquoi :



Donc, les pêcheurs réclament :

 - une implantation hors des macro-zones B et C et au-delà de la limite des 20 milles nautiques, étant donné le caractère indispensable de ces zones dans l'économie de la pêche. Ces zones représentent des secteurs de forte dépendance pour les pêcheurs de la Sa.Tho.An. Une implantation dans un de ces secteurs de forte dépendance serait donc très préjudiciable pour eux. 

Aucune suppression de zones de pêche sans récupération équivalente dans un autre secteur ; 

- L'élaboration d'un retour d'expérience complet des fermes pilotes avant le lancement d'un projet de plus grande envergure dans un milieu fragile ; 

En fait, « le secteur de la pêche et ses représentants souscrivent largement à la proposition d’un report » et veulent attendre le retour d’expérience des parcs pilotes

L’impact potentiel sur la ressource halieutique est trop crucial pour leur activité : « La profession attend beaucoup de ces projets pilotes. En effet, ces derniers devaient apporter des réponses aux nombreuses interrogations concernant de potentiels impacts, tant sur l’environnement que sur les ressources halieutiques, (...). Or, les projets pilotes ont pris du retard (...) et le débat public relatif à l’installation d’importants parcs éoliens commerciaux en Méditerranée se fait sans que les acteurs puissent obtenir les réponses à ces nombreuses interrogations. Plusieurs craintes ont été exprimées par la profession, et le manque de retour d’expérience ne permet pas d’apporter de réponses concrètes sur les effets potentiels » 

Au-delà de la pêche, la Commission rappelle que la « grande bleue » n’est vide et libre qu’en apparence et que  les parcs éoliens s’implanteraient dans un golfe du Lion « surexploité », investi par une multiplicité d’acteurs : cargos, tankers, porte-conteneurs, filets de pêche, câbles sous-marins, bâtiments de la marine nationale, yachts, navires de croisière, jet skis …

Les conflits d’usage sont donc latents et nombreux :le développement de l’éolien se traduira immanquablement par plus de réglementations, moins de liberté de circulation, et donc moins de zones à pêcher.  

Quant aux représentants de la SNSM (les Sauveteurs en mer), ils posent la question de la sécurité dont les contours restent flous. Quelles seront les conditions de navigation dans les parcs et aux abords ? Qui assurera la surveillance ?  La marine nationale ? La gendarmerie maritime ? L’exploitant ?

Le raccordement terrestre : un point négligé 

Le raccordement terrestre a soulevé peu de questions bien que l’on ait parlé de l’installation d’un poste de compensation pouvant occuper jusqu’à 3 ou 4 hectares de terres à proximité du littoral, ou de travaux terrestres pouvant impacter des terres agricoles. Seule FNE Languedoc-Roussillon a alerté dans son cahier d’acteurs sur la nécessaire préservation de la « stricte intégrité des hauts de plage, des cordons dunaires et des lidos qui ne peuvent être coupés ou remaniés même momentanément » et sur la limitation au maximum de « l’artificialisation d’espaces à forte valeur patrimoniale et paysagère ».

Le grand large, faisable techniquement et supportable économiquement.

« La faisabilité technique d’une implantation au grand large a été confirmée par plusieurs industriels. Ils estiment transposable à l’éolien l’expérience des plateformes pétrolières, par exemple le recours à des chaînes d’ancrage en polyester permettant d’atteindre de grandes profondeurs. Pour eux, c’est de toute façon la logique de l’éolien flottant que d’ouvrir des zones beaucoup plus éloignées des côtes, et donc beaucoup plus vastes à leur implantation. Et la profondeur de la plaine abyssale, qui oscille entre 2 000 et 2 500 m de fond, est comparable aux profondeurs d’ancrage des plateformes pétrolières les plus récentes. 

Ce choix aurait bien sûr un coût, notamment dû au raccordement.. Pour le raccordement en particulier, l’éloignement au grand large nécessiterait d’installer le poste de transformation sur flotteur, et des évolutions techniques des câbles dynamiques. RTE alerte sur ces verrous technologiques, sur lesquels il a engagé plusieurs projets de recherche et développement.

Ce coût pourrait être atténué, voire compensé, par un accroissement du facteur de charge des turbines grâce à des vents plus forts et plus constants au large ; en outre il pourrait être complètement compensé si des puissances plus importantes étaient installées (nombre de parcs, nombre de mâts par parc...). Les coûts de maintenance sont supposés être proportionnels à la distance à la côte (plus de carburant pour les bateaux, plus de temps/homme…) mais les progrès technologiques attendus permettent de penser qu’en 2030, année prévue d’installation des parcs si le projet se réalisait, des solutions de maintenance locale (automatisée) pourraient réduire les déplacements humains au strict minimum.

 « On a les techniques pour relever le défi de la profondeur, il ne faut donc pas s’interdire d’aller chercher les opportunités qu’offre l’éloignement de la côte, en particulier une moindre interaction avec les nombreuses activités maritimes davantage concentrées sur la frange littorale » (Technip Energies - audition d’experts). Nous avons au Mexique installé les fondations d’une ligne d’ancrage à plus de 2 900 mètres… L’enjeu est avant tout la maîtrise de coûts et l’impact sur la densité des fermes que l’on met en avant plus que la faisabilité technique elle-même que nous considérons comme acquise » (Technip Energies) »

La question de l’emploi : comme d’hab, du non dit sur les emplois perdus et des illusions sur les emplois gagnés

« Les acteurs du tourisme se sont peu exprimés directement dans le débat, notamment du fait de la période estivale où ils ont indiqué être très peu disponibles. Ce sont donc les élus locaux qui ont relayé leurs inquiétudes. Par le biais des cahiers d’acteurs et des avis publiés, et aussi de manière plus informelle pendant les réunions de proximité, les collectivités ont rappelé le poids du tourisme dans l’économie locale, notamment sur le littoral occitan, où l’économie touristique est très dominante, et ont exprimé de fortes inquiétudes quant à l’impact des projets à l’impact des projets sur l’image touristique et l’activité hôtelière. »

NB : c’était quand même bien pratique de faire cette concertation l’été

Mais, alerte une étude de la Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités Occitanie, les métiers les plus représentés tels que technicien de maintenance, marins-pilote, coffreur béton, soudeur chaudronnier, « sont aujourd’hui déjà en tension dans les territoires. Le développement de fermes éoliennes risque de renforcer ces tensions ».

Donc, en fait, peu d’emploi local Et aussi ces remarques pleines de bon sens de certains intervenants

« La maintenance sera effectuée par une main d’œuvre étrangère qui habitera sur le bateau, comme pour tous les autres travaux d’installation d’éoliennes en mer. Comment justifiez-vous les 100 ou 125 emplois locaux pour une usine de 500 MW ? » 

NB : c’est effectivement ce qui se passe en Ecosse ! 

« Maintenant il ne faut pas rêver. La filière a démarré il y a une dizaine d’années sur la côte Atlantique et la Manche. Des usines ont été construites, il n’y en aura pas d’autres chez nous. »

« L’éolien en mer en France est dominé par des consortiums majoritairement étrangers, comme en baie de Saint-Brieuc. Ces opérations accentuent la dérégulation du service public de l’électricité, en cassant le monopole dont EDF a longtemps bénéficié, qui était la garantie de l’égalité d’accès des citoyens à ce service public »

NB : effectivement, c’est un autre problème à considérer !

Bilan : un moratoire sur l’éolien flottant ! 

Que ce soient les questions techniques qui restent à régler pour une technologie non mature et très coûteuse, les incertitudes profondes sur l’équations économiques, les effets non documentés sur la biodiversité, les oiseaux,  la pêche, les zone Natura 20000, le manque de données fiables sur les emplois gagnés et perdus,  l’incertitude même sur l’intérêt climatique, les évolutions techniques qui pourraient permettre d’aller plus au large, etc. tout pousse à un moratoire sur l’éolien flottant et à des expériences pilotes.

C’est d’ailleurs bien l’avis de la CNDP, cf. commentaire de Mme Jouanno :

L’accélération du calendrier de déploiement des parcs éoliens en mer Méditerranée a questionné la fiabilité de la parole de l’État. Les projets de fermes pilotes –au large de Leucate, Gruissan et du Golfe de Fos – avaient tous été présentés par l’État comme les préalables nécessaires à l’éventuel déploiement de parcs industriels. 

L’étude de contexte menée par la commission a révélé que ces projets de parcs éoliens en mer n’étaient pas connus localement par le grand public.

L’absence d’informations environnementales suffisantes et le refus de demander un cadrage préalable à l’Autorité environnementale n’ont pas permis à l’État de répondre à une question récurrente: ces projets sont-ils compatibles avec l’exigence affichée de préservation de la biodiversité? Tous les débats publics sur des projets de parcs éoliens en mer se confrontent à cette même question et à cette même difficulté.

« Un nombre important d’expressions dans le débat demandent de reporter la décision en opportunité et/ou le choix des zones préférentielles. Loin d’être une opposition de principe, cette position considère que les conditions d’une meilleure décision seront réunies dans un délai finalement assez court au regard de la vie d’un projeté

Et même les associations habituellement  les plus pro-éoliennes demandent un report  !

Ainsi, la FNE locale: «  À France Nature Environnement, on pense qu’il faut vraiment accepter de retarder d’environ trois ou quatre ans la décision du site que l’on va choisir. Ce qui est important dans la séquence ERC, c’est le E, c’est-à-dire Éviter. À 80 %, cela dépend du site où l’on va mettre les éoliennes. Quel que soit ce que l’on fera après, si on choisit le site dans les six mois qui viennent, dans la phase d’incertitude complète… »

En conclusion, une dernière remarque sur le site : « Nous nous apprêtons à défigurer 200 km de côte, avec des éoliennes visibles à 50 km, pour gagner l’équivalent de deux cinquièmes d’une centrale nucléaire. Cela vaut-il la peine ? »


dimanche 29 août 2021

EOS (Eoliennes flottantes en Méditerranée) : les pêcheurs se mobilisent et ils ont raison !

 Le projet EOS (EOliennes flottanteS en Méditerranée) consiste en la réalisation, pour une durée de 25 à 30 ans, de deux parcs éoliens flottants commerciaux de 250 MW chacun et de leurs extensions, de 500 MW chacune. Les premiers parcs comporteraient chacun une vingtaine d’éoliennes flottantes, leurs systèmes d’ancrage, un poste électrique en mer et le raccordement au réseau. Avec des éoliennes probablement plus puissantes, leur extension représentera une trentaine d’éoliennes supplémentaires, soit une cinquantaine pour chaque parc (extension attribuée à partir de 2024)

Situations des zones éoliennes  et des  zones de pêche

Bon déjà on voit un gros problème et les pêcheurs ont été les premiers à réagir par un cahier d’acteur déposé par la Sa.Tho.An qui  regroupe environ  100 navires de pêche sur une trentaine de ports en Méditerranée française et représente 350 marins embarqués et un CA de 30 millions d’euros par an,

https://sathoan.fr/wp-content/uploads/2021/08/CAHIER-DACTEURS-VF-OP-SATHOAN.pdf

Les points principaux :

- Une implantation hors des macro-zones B et C et au-delà de la limite des 20 milles nautiques, étant donné le caractère indispensable de ces zones dans l'économie de la pêche. Ces zones représentent des secteurs de forte dépendance pour les pêcheurs de la Sa.Tho.An. Une implantation dans un de ces secteurs de forte dépendance serait donc très préjudiciable pour eux.

-  Aucune suppression de zones de pêche sans récupération équivalente dans un autre secteur ;

- L'élaboration d'un retour d'expérience complet des fermes pilotes avant le lancement d'un projet de plus grande envergure dans un milieu fragile ;

Remarque : c’est la sagesse même : il s’agit du projet Eoliennes flottantes du golfe du Lion (EFGL : 3 éoliennes de 10 MW chacune à 16 km au large de Leucate et du Barcarès)

- la nomination d'un garant de la concertation par la CNDP qui soit au fait autant de tous les enjeux induits par le vaste jeu d'acteurs dont le golfe du Lion est le terrain que des enjeux particuliers de la pêche

-  la constitution d'un GIS pour mesurer les impacts cumulatifs environnementaux et socio-économiques du projet avec le contexte du golfe du Lion…

En passant, une autre partie de la zone est incluse dans un Parc Naturel Marin…sans que ça fasse trop réagir les associations écologistes.

Et les pêcheurs ont raison de s’inquiéter !

Voire notamment le colloque qui a eu lieu au Parlement européen le 22 janvier 2020 « Les pêcheries et l’éolien en mer peuvent-ils coexister ? » et ce qui s’en est ensuivi, le projet de rapport sur les effets des parcs éoliens en mer et des autres systèmes d’énergie renouvelable sur le secteur de la pêche. Parlement Européen, Commission Pêche, Rapporteur : Peter van Dalen

Cf sur ce blog https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/11/eolien-en-mer-les-pecheurs-se-battent.html; https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/05/parlement-europeen-commission-peche.html; https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/PECH-PR-681090_FR.pdf

Extraits :

- on ne sait pas grand chose des effets de gigantesques parc éoliens sur la pêche et sur l’environnement végétal et animal ;  les premiers retours des pêcheurs sont catastrophiques. 

La Commission :

- S’inquiète de l’impact négatif à long terme des éoliennes en mer sur les écosystèmes, les stocks de poissons et la biodiversité, et par conséquent sur l’ensemble des pêcheries, et ce tout au long du cycle de vie des éoliennes, de leur construction jusqu’à leur déclassement, en passant par leur exploitation;

- Souligne que le déploiement à grande échelle de parcs éoliens en mer risque de nuire au fonctionnement physique des bassins maritimes, en particulier des courants marins et aériens, ce qui pourrait contribuer au mélange des couches de la colonne d’eau, et, par conséquent, influer sur le cycle des nutriments, la génération des vagues, 

- Insiste sur le fait que toute restriction d’accès aux zones de pêche traditionnelles a des répercussions directes sur les moyens de subsistance des pêcheurs de l’Union et les emplois connexes à terre, et que l’approvisionnement responsable et durable en denrées alimentaires et la sécurité alimentaire s’en trouvent compromis;

- Met en exergue que l’analyse des chevauchements entre les énergies renouvelables en mer et les pêcheries laisse présager une forte hausse des conflits spécifiques potentiels dans les eaux européennes dans les années à venir;

Et les mensonges habituels des maîtres d’œuvres ! la synthèse du dossier de la maîtrise d’ouvrage de EOS :

Qqs extraits

« Ces projets de parcs éoliens flottants commerciaux seraient parmi les premiers au monde, en dehors des fermes pilotes ou des démonstrateurs. »

Remarque :  justement alors, pourquoi ne pas attendre les résultats et l’expérience du projet pilote Eoliennes flottantes du golfe du Lion (EFGL  3 éoliennes de 10 MW chacune à 16 km au large de Leucate et du Barcarès ? Voilà qui serait logique et intelligent.

« Ainsi les éoliennes reçoivent des vents à la fois plus forts et plus réguliers, ce qui améliore leur capacité de production.

Remarque :  laquelle reste intermittente 30%-35% au mieux, exige donc toujours une autre source et  si comme souvent, cette autre source c’est du gaz, eh ben, ça ne la fait pas du tout. L’éolien off shore, c’est de 24 g/kWh à 47 g CO2/kWh. C’est déjà beaucoup plus que le nucléaire (6gCO2/kw.h), jour et nuit, hiver et été. Alors, si, comme souvent, on supplémente l’intermittence par du gaz (420g/CO2/kw.h), ça nous fait à la louche du 350gCO2/Kw.h. le moins qu'on puisse dire,  pour la décarbonation, ça le fait plus du tout !

Par ailleurs, même avec une capacité de production améliorée…l’éolien off shore  constitue toujours le moyen le plus cher de produire de l’électricité (170 € -360 € /MWh -éolien flottant)

« Pour répondre à une ambition française de diminution des émissions de gaz à effet de serre et de diversification du bouquet énergétique pour le rendre plus robuste, l’implantation de deux parcs éoliens flottants et de leurs extensions est étudié…  nécessaires pour limiter le réchauffement climatique en dessous de 2°C d’ici à 2050…  crucial pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre »

Remarque : je ne vois pas en quoi l’énergie variable intermittente de l’éolien rend plus robuste notre bouquet énergétique. Quant à l’argument mille fois entendu de la diversification, Jancovici lui a fait un sort : Si on coupe une de mes jambes pour la remplacer par une jambe de bois, j’ai diversifié mes appuis mais je ne suis pas sûr que ma situation globale soit améliorée.

Ces projets éoliens offshore ne contribuent pas à la réduction des émissions de gaz à effet de serre en France ; ils ne serviront pas non plus à lutter contre le réchauffement climatique. »

« Les deux parcs de 250 MW produiront un total cumulé d’environ 2,2 TWh d’électricité, l’équivalent de la consommation annuelle de 950 000 habitants, ce qui représente plus de la population de Toulouse, Montpellier et Nîmes réunies. Avec les extensions de 500 MW, l’ensemble du projet pourra fournir près de 6,6 TWh d’électricité, ce qui représente la consommation annuelle de près de 2,9 millions d’habitants, soit environ 50 % de la population de la région Occitanie ou 60 % de la population de Provence-Alpes-Côte d’Azur. »

Remarque : Assez fatigant d’entendre cette propagande éhontée,  toujours la même. Les deux parcs ne fourniront aux habitants de l’électricité que 30% du temps, et pas du tout nécessairement quand ils en ont besoin, mais quand le vent voudra bien.

Dites, la CNPD, ça serait bien quand même que vous réagissuez un peu lorsque la présentation de la ma^trise 'ouvrage est aussi caricaturale ! 

« Le projet ouvrirait la possibilité de développer et moderniser des ports comme celui de Port-La-Nouvelle, ou celui du Grand port maritime de Marseille-Fos, mais aussi de créer localement des emplois au sein de la porteuse filière de production d’énergies renouvelables. »

Remarque : Ah, le coup de l’emploi, bien rebattu lui aussi. On n’a jamais vu  les  600 000 emplois entre 2009 et 2020» promis par le Grenelle de l'environnement. Et pour le fun, ces déclarations de Naval Group à deux mois d’intervalle.

Quand Naval Group candidatait pour l’éolien offshore de la zone Bretagne ouest :  Naval Energies ambitionne de devenir un acteur industriel de référence au niveau mondial de l’éolien flottant. Le dynamisme du marché français permet à Naval Energies de se projeter ambitieusement sur les marchés export (Japon, Royaume-Uni, Corée, etc.)…Les perspectives de développement de cette filière sont immenses… ».

Deux mois plus tard, début février 2021, Naval Group met fin à sa diversification dans le secteur des énergies marines renouvelables :  « le marché des énergies marines renouvelables est immature…L'éolien flottant représente des investissements considérables pour une rentabilité incertaine, voire inatteignable »…

« Les  enjeux en présence dans la zone d’étude du projet : en phase de construction, les principaux effets potentiels sont liés aux bruits sous-marins et à la modification d’habitat pour certains animaux marins »

Remarque : en effet. A Saint-Brieuc, Sea Shepherd a enregistré le bruit des travaux sous-marins (ne pas oublier que le propagation du son dans l’eau est beaucoup plus importante que dans l’air) C’est terrifiant !

« Durant l’exploitation, les principaux effets potentiels en mer sont la modification d’habitat, le changement de nature des fonds marins ou l’effet récif artificiel »

Remarque : l’effet récif est fortement contesté ! Par contre ce qui est certain, c’est que la zone totale occupée par les éoliennes et les raccordements devient inaccessibles aux pêcheurs. D’ores et déjà, les pêcheurs se sont mobilisés et ont fait savoir que leurs principales zones de pêche se trouvaient dans les zones impactées et que, sauf à voir disparaitre leur activité, l’implantation ne pouvait se faire qu’au delà de 20 milles nautiques (voir cahier d’acteur Sa.Tho.An ci-dessus)

Par contre, l’effet chaine lui est de plus en plus mis en évidence.  Pour  les perturbations, ce n’est pas du tout la même chose d’avoir une éolienne isolée ou d’immenses parcs à proximité les uns des autres. Les turbulences importantes produites par les éoliennes entraînent des changements de vent provoquant des modifications dans la vitesse et la direction des vagues, les colonnes d’eau, le brassage des sédiments..)

« Les enjeux de la consultation selon RTE et l’Etat :  Identifier  l’ensemble des enjeux de la zone d’étude du projet à terre comme en mer, à partir des données aujourd’hui disponibles et de l’expertise citoyenne. L’objectif est notamment d’améliorer le potentiel de réalisation du projet ; déterminer un minimum de trois zones préférentielles pour l’installation de deux parcs éoliens flottants et leurs extensions, dont au moins une en région Occitanie et au moins une en région Provence-Alpes-Côte d’Azur ;   Affiner les aires d’études à terre et en mer pour les raccordements au réseau public de transport d’électricité, mutualisés pour chacun des premiers parcs et de leur extension, afin d’engager ultérieurement la concertation sur cette base « 

Remarque : Autrement dit, selon RTE, l’Etat et leur léger forcing, le projet est plié, ne reste qu’à discuter certaines modalités.

Heureusement la Commission Nationale du Débat Public ne l’entends pas ainsi et l’a à plusieurs reprises rappelé :

Sont donc soumis à consultation :

L’opportunité, les objectifs et les caractéristiques principales du projet ;

- Les enjeux socio-économiques ;

- Les impacts significatifs sur l’environnement et l’aménagement du territoire ;

- Les éventuelles solutions alternatives, y compris l’absence de mise en œuvre ;

- La localisation des zones potentielles d’implantation des parcs et de leur raccordement

A bon entendeur !

Et on rajoutera cet incipit du rapport de la CNDP en Normandie :

« La mer n’est pas vide et contrairement à l’apparence, elle n’est pas libre »

 Là encore, à bon entendeur !

jeudi 11 juin 2020

La Propagande du SER (Syndicat des Energies Renouvelables), ça suffit comme ça !


En pleine crise du Covid, le SER (Syndicat des Energies Renouvelables)  a publié un « Rapport sur l‘évaluation et l’analyse de la contribution des énergies renouvelables à l’économie de la France et de ses territoires », et, en sortie de crise, des propositions pour relancer l’économie. Une magnifique action de propagande qui se traduit par : les énergies renouvelables sont déjà gavées de subventions et d’aides, elles en veulent encore plus !


décryptage et réaction :

1) Un sens certain du contretemps et de l’indécence. L’ARENH

Le moins qu’on puisse dire est que le timing marque un certain sens du contretemps et de l’indécence, puisque le rapport du SER est publié quasiment  en même temps que le rejet par le  Conseil d’Etat de la requête en référé déposée par des concurrents d'EDF « visant à obtenir la suspension de contrats d'approvisionnement en électricité nucléaire à un prix préalablement fixé pour tenir compte de chute de la demande à la suite des mesures de confinement liées à la crise sanitaires. ». Cet avis fait suite et confirme l’avis de la CRE qui avait déjà indiqué » qu'elle n'était pas favorable au déclenchement de la clause de force majeure. »

Il s’agit bien sûr du mécanisme de l’ARENH, qui permet aux fournisseurs alternatifs d’acheter à bas prix de l’électricité nucléaire d‘EDF lorsque le prix marché de l’électricité est élevée et de se tourner vers d’autres sources lorsque ce n’est pas le cas. Comme les temps changent, et rapidement ! En janvier encore, les prix de marché étaient élevés, les concurrents d'EDF se ruaient  sur l'ARENH, il n’y en avait pas assez pour tous et ils trouvaient le système tellement profitable qu’ils engageaient une intense action de lobbying pour augmenter le plafond de l’ARENH, voire le déplafonner totalement.

Je ne reviendrais pas en détail sur cette indécence totale déjà traité dans un précédent blog. Il revient à imposer à EDF et à son nucléaire historique, non seulement de subventionner ses concurrents, mais encore, si cette demande était accordée,  de devenir leur assureur en dernier recours contre la volatilité des marchés. Les fournisseurs alternatifs (attention, il y a des gros, hein, comme Total, Eni, Vattenfall) se comportent comme de véritables passagers clandestins du système électrique : ils vivent de la subvention que constitue l’AReNH, sans prendre le moindre risque et sans investir le moindre centime dans le système électrique français et donc pour la sécurité énergétique des Français. D’instrument censé encourager la construction de nouveaux moyens de production, l’Arenh est devenu un instrument de spéculation jueeuse et sans risque.

Le pire est que certains tribunaux, en première instance, allant contre l’avis de la CRE et du Conseil d’Etat ont donné raison à Total et autres. Bon, le match est pas fini.

Sur l’indécence,cf ; blog précédent et la réaction documentée de la CFE-CGC énergie

2) « Les retombées fiscales et la valeur ajoutée générées par les énergies renouvelables sont bien supérieures aux montants des soutiens publics qui leur sont consacrés. » (SER)

Faux :

Notons déjà dans le rapport un léger biais méthodologique : l’hydroélectricité est embarquée parmi les énergies renouvelables, sans qu’à aucun moment sa contribution actuelle  dans la valeur ajoutée, dans les emplois, dans les importations évités, dans les retombées fiscales et locales ne soit mise en évidence.
L’énergie hydraulique fait certes partie des énergies renouvelables les plus décarbonées, sa rentabilité et son modèle économique ne font aucun doute, mais, comment dire, on ne sache pas que la construction de nouveaux barrages soit l’activité principale des membres du Syndicat des Energies Renouvelables !

Sur l’ensemble du financement des Energies éoliennes et solaires, rappelons les conclusions du rapport de la Cour des Comptes de 2018 :

- «  121 milliards d’euros » C’est le montant du soutien public auquel s’est engagé l’Etat par les contrats signés avant 2017 au bénéfice des producteurs d’électricité d’origine éolienne et photovoltaïque (plus un peu de biométhane).

- Le coût faramineux du soutien à l’électricité photovoltaïque, pour un résultat minable. Ainsi les seuls contrats signés avant 2010 pèseront, au total lorsqu’ils seront arrivés à terme, pas moins de «38,4 milliards d’euros pour les finances publiques»,  pour… 0,7% de la production d’électricité »

- Les contrats de l’éolien vont coûter «40,7 milliards d’euros en 20 ans» pour… «2% de la production française… les appels d’offres pour l’éolien offshore flottant de 2015 pourraient se traduire par un coût de 1,7 milliard pour moins de 100 MW de puissance installée, et 390 GWh par an, soit… 0,07% de la production nationale »

Même si certains chiffres ont été revus marginalement à la baisse, les ordres de grandeur ne sont pas significativement modifiés et jettent un doute important sur la façon assez obscure dont le SER génère et présente les données qu’il utilise.  En particulier, l’éolien off-shore dont le SER demande le développement a vu son prix baisser…parce que les prix de raccordement au réseau, particulièrement importants dans ce cas, seront désormais pris en charge par le réseau et non plus par l’exploitant.

- Jancovici sur l’éolien  offshore : « L’éolien offshore aujourd’hui, c’est 25 milliards d’euros qui vont partir dans ce dispositif qui a encore moins d’intérêt que l’éolien terrestre. S’il y a un truc qu’il faut arrêter tout de suite, c’est bien ça ! Selon sauvons le Climat, le tarif d’achat est de 192 euros /MWh, et il ne baisse pas, auxquels il faut ajouter le coût du raccordement.(NB :  nucléaire historique :32 euros/MWH)

3) « Notre activité est désormais très compétitive sur la plan économique… la compétitivité croissante de l’ensemble des filières renouvelables va permettre de déployer de nouvelles capacités (SER)

Faux !

En fait, le miracle économique des énergies renouvelables, c’est l’ultra subvention et la priorité d’accès au réseau …quel qu’en soit le coût !

Xavier Barbaro, PDG de NEOEN (l’un des plus gros industrlels ENR au niveau international, partenaire de Tesla et membre du SER) a récemment publié dans Les Echos (26 Mars 2020), une interview qui jette un jour cru sur la façon dont les membres du SER font parler les chiffres. Il y affirmait notamment que son activité est « désormais très compétitive sur le plan économique, alors qu'elle était très subventionnée il y a dix ans » et que « grâce à nos contrats de long terme qui fixent le prix de vente de l’électricité produite dans nos centrales pour 10 ou 15,20 ou 25 ans, on a du chiffre d’affaires qui rentre malgré la crise… ». 

Cela lui a valu une réponse assez virulent mais argumentée d’un de ses camarades polytechniciens qui a beaucoup circulé dans la communauté de ceux qui s’intéressent aux problèmes énergétiques (Réponse d'un Polytechnicien à la tribune hors-sol de son camarade, florissant promoteur éolien, https://www.energieverite.com/post/r%C3%A9ponse-d-un-polytechnicien-%C3%A0-la-tribune-hors-sol-de-son-camarade-florissant-promoteur-%C3%A9olien)
« L’économie mondiale est littéralement à l’arrêt ; chaque mois de confinement provoque une contraction de 3 à 4% des PIB ; tu nous expliques que, quoiqu’il arrive, le chiffre d’affaires de ta société est préservé. Cela laisse rêveur, sur quelle planète es-tu ?..

Aujourd’hui, tu nous vends ta production électrique 80 €/ MWh. Dans le même temps, le prix de marché du MWh – indicateur avancé de l’activité économique- s’est effondré passant de 40 €/MWh (octobre 2019) à 20 €/MWh ; il va rester probablement scotché à ces niveaux…
 
De sorte que la subvention dont bénéficie ton produit - ce produit que le client est obligé d’acheter même s’il n’en a pas besoin - est passée de 40 €/MWh (80 € -40 €) à 60 €/MWh (80 €-20 €) : + 50% en quelques mois !

Pour de nombreux ménages, la sortie de crise devra se traduire par un retour aux fondamentaux : se nourrir, se déplacer, se vêtir, pourvoir aux besoins élémentaires des siens ; l’énergie fait effectivement partie des besoins vitaux. 

Les milliards de subvention accordés à ton secteur d‘activité en pure perte par la communauté nationale exsangue devront être réaffectés et c’est tant mieux. » 

PS : Par arrêté en février 2020, la préfète de Charente vient, hélas, de t’autoriser à ériger un site éolien de 15MW à Courcôme. C’est un projet de 20 millions d’euros de matériels importés ; pour le mener à bien, tu as constitué une société (Eoliennes Courcôme) au capital de 5.000 euros ; 5.000 euros risqués face à 20 m€ investis en matériels importés, cela en dit long sur l’effet de levier financier que tu vas rechercher.
Et comme d’habitude, tu dois tabler sur un chiffre d’affaires cumulé sur les 20 ans d’une cinquantaine de millions d’euros subventionné à plus de 70% ».      

Ces chiffres n‘apparaissent absolument pas dans les tableaux présentés par le SER !.

Rappelons également qu’en France, les analystes estiment le coût de l’électricité éolienne à 70 euros/MWh pour les meilleurs parcs éoliens terrestres et 150 €/MWh pour les plus mauvais. En comparaison les coûts du nucléaire historique sont aux alentours de 33 €/MWh, ! soit 100 à 200% de surcoût !!

4) « Les énergies renouvelables représenteront 236 000 emplois (Équivalent temps plein – ETP) directs et indirects en 2028. » (SER)

Propagande !

On pourrait commencer par rappeler que les professionnels de la filière photovoltaïque, par exemple, promettaient en 2007 100.000 emplois d’ici 2020. Il y a eu moins de 4.000.
Ou encore les  230.000 jobs promis en 2007 au moment du Grenelle de l’environnement-il y en a eu 10 fois moins.

Admettons charitablement que le solaire ait connu des difficultés importantes et une concurrence déloyale chinoise . Mais ces scénarios mirobolants sur les emplois appellent un grand nombre de réserves, cf. notamment une étude réalisée par EPSU (European Public Service union) sur l’échec de la  libéralisation de l’énergie :

Les statistiques d’ EurObserv’ER sont qualifiés d’ « inutilisables » – malhonnêtes serait plus approprié - ; entre autres défauts méthodologiques, ils englobent tous types d’emplois et de services, y compris les coiffeurs et les employés de cafés au service des salariés du secteur ! Par ailleurs, impasse est faite sur la nature des emplois directs dans les ENR, qui concernent très majoritairement la fabrication et la construction, et non le fonctionnement, et n’ont donc pas de caractère pérenne »

NB. EurObserv’ER est un consortium spécialisé dans le suivi du développement des énergies renouvelables dans l'Union européenne… l‘appellation peut tromper en faisant officiel et statistique européenne,, mais c’est en fait une officine de propagande pro ENR !)

Quant aux promesses françaises de notre cher SER, il s’agit de promesses d’emplois créées selon un scenario PPE ou PPE renforcé, qui comprend une baisse significative du nucléaire, et qu’il n’y a aucune estimation du bilan emplois créés/emplois détruits.

Concernant le sérieux de ces prévisions d’emplois, dans son rapport sur les ENR de 2018, la Cour des Comptes taclait sévèrement l’Ademe  qui estimait à 79 000 le nombre d’emplois directs liés aux marchés des EnR hors biocarburants sur le territoire national en 2016, soit une hausse de 30 % par rapport à l’année 2006. Le problème ; seuls 15 % (12 000) relèvent toutefois de la fabrication d’équipements et de l’assemblage et peuvent ainsi être considérés comme des emplois industriels et pérennes. Le reste relève essentiellement de la maintenance-exploitation (35 à 45 %) et de l’installation (25 à 30 %) précise la Cour des Comptes, qui ajoute que “les projections du nombre d’emplois attendus du développement des énergies renouvelables sont très variables”.

En effet !

Les syndicats français ont aussi produits leurs propres estimations. La FNME-CGT a rappelé que,  selon l’Ademe, une capacité de production éolienne de 15 GW (celle actuellement installée en France) génère moins de 4 000 emplois, soit moitié moins que l’actuelle production d’électricité dans les centrales à charbon. Ce chiffre  montre à quel point le développement des énergies renouvelables n’est pas le gigantesque gisement d’emplois souvent évoqué.

Surtout, ces emplois sont très subventionnés : 71 milliards d’euros sur la durée de la PPE selon les chiffrages de FO Énergie et Mines.

5) « Une bascule va ainsi s’opérer en 2025, date à laquelle le montant des soutiens publics va commencer à décroître alors que la valeur ajoutée créée par les énergies renouvelables continuera elle d’augmenter. »( SER)

Oui, enfin, il y a un pays où la bascule s’est déjà produite et dont il conviendrait de tirer les enseignements, soit les leçons de l’Energiewende.

En  2016, le gouvernement allemand, jugeant le secteur arrivé à maturité et les subventions trop lourdes pour le contribuable, a modifié ses aides. L'amendement à la loi énergétique allemande (EEG) a supprimé les revenus garantis, et favorisé la mise en concurrence via des appels d'offres. (Auparavant, depuis l’adoption de la loi sur les énergies renouvelables, en 2000, les exploitants d’éoliennes profitent d’un soutien leur assurant vingt ans de revenus garanti)

L’effet a été immédiat ; dans les mois qui ont suivi, 26.000 emplois ont été supprimés dans ce secteur en Allemagne, soit plus que dans le charbon, selon les chiffres publiés par le Bundestag.

Parmi les gros disparus du secteur, signalons Senvion,  entreprise de 4.400 salariés, installée près de Hambourg, qui a annoncé fin août mettre la clé sous la porte, touchée de plein de fouet par l'effondrement du marché allemand en 2016, qui représentait 60% de ses revenus.
Il y avait déjà eu la faillite en 2014 du fabricant d’éoliennes Prokon qui était financé par des « participations citoyennes ». Cette entreprise avait la particularité d’avoir été financé par 75 000 petits investisseurs privés. Elle les avait alléchés avec un investissement présenté comme « éthique », et accompagné d’intérêts élevés (de 6 % à 8 %). Ce dépôt de bilan s’est soldé par de très grosses pertes pour de nombreux petits épargnants et a poussé le gouvernement allemand à demander aux autorités des marchés financiers (Bafin) un contrôle plus strict de ce type d’investissement.

Et pour le solaire, ça a été encore pire. Selon la Fondation Hans Böckler , « Au cours des dernières décennies, aucune autre industrie n’a connu une croissance aussi rapide que celle des panneaux solaires – et aucune ne s’est effondrée aussi rapidement. » Quinze ans ont suffi pour accomplir le cycle.
La Fondation décrit comment de petites start-up se sont transformées en stars des marchés high-tech puis sont devenues insolvables les unes après les autres à partir de 2011. Des entreprises comme Solar Millennium, Q-Cells, Centrotherm, ou Conergy ont toutes fait faillite aussi rapidement qu’elles avaient surgi.

En une seule année, 30 000 emplois ont disparu et des dizaines de milliards en capital privé ont été détruits. « Le seul désaccord des experts des marchés financiers porte sur le montant : parle-t-on de 30 ou de 50 milliards d’euros ? »
Une région sinistrée de l’ex-RDA, situés entre Dessau et Leipzig, devait,  selon les promoteurs des ENR, se transformer en t « Temple du Soleil », avec prospérité économique et multitude d’emplois high-tech. Elle est aujourd’hui dans un état pire qu’avant, et salariés et investisseurs on fait tintin !

Le SER ne parle évidemment pas de ce « retournement allemand ». C’est tout de même curieux, ces secteurs prétendus matures qui s’effondrent lorsque cessent les subventions et avantages divers dont ils bénéficient !

6) « Au-delà des bénéfices en matière de lutte contre le changement climatique, d’indépendance énergétique et de santé publique, les énergies renouvelables apportent aujourd’hui une contribution essentielle à l’économie de la France » (SER)

En ce qui concerne la lutte contre le réchauffement climatique, la consommation du 8 avril exprime le cas typique des conditions anticycloniques en ce moment : 




Pour la production électrique, en cette période,  la France est championne du monde de la décarbonation grâce au nucléaire ! De façon générale, en France, pour la production électrique, les ENR ne présentent aucun intérêt climatiques (les émissions de CO2 de l’Allemgane pour la production électrique sont 8à 10 fois supérieures à celles de la France), ni économique, ni social (les ménages allemands sont les Européens qui paient leur électricité le plus cher après le Danemark , 70% de plus qu’en France).
Or pourtant, c’est le secteur dans lequel les ENR tentent majoritairement de s’imposer et où elles raflent un maximum de subventions !

7) « La mise en place du scénario proposé par le SER se traduit par une création de valeur supplémentaire de 21 milliards d’euros sur la période 2019-2028, c’est-à-dire 12 % de valeur en plus par rapport au scénario PPE. Cette valeur additionnelle provient des filières pour lesquelles le SER a proposé des objectifs plus ambitieux que ceux du projet de PPE ; ce sont principalement l’éolien en mer, la méthanisation, le bois énergie et la géothermie électrique » (SER)

L’éolien  en mer est absurde climatiquement, économiquement, socialement (Jean-Marc Jancovici devant la Commission Aubert : « « L’éolien offshore aujourd’hui, c’est 25 milliards d’euros qui vont partir dans ce dispositif qui a encore moins d’intérêt que l’éolien terrestre. S’il y a un truc qu’il faut arrêter tout de suite, c’est bien ça ! Avec ces 25 milliards d’euros vous avez de quoi payer 6000 euros de prime de conversion du fuel en pompe à chaleur aux quatre millions de ménages français qui sont chauffés au fuel »

Si le SER prévoit de décarboner à prix d’or, en massacrant la vie des populations littorales et singulièrement des pêcheurs, ça va pas le faire !



Le bois énergie peut effectivement se développer, mais de manière modeste, mais l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) et l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) ont déjà attiré l‘attention de leur ministère de tutelle contre des prélèvements importants de bois à des fins énergétiques (entraînant éventuellement une augmentation parallèle de la consommation de bois d’œuvre) pourraient conduire cependant à une baisse du carbone stocké chaque année dans la forêt. C
Ce serait le cas notamment dans les scenarios 100% gaz renouvelable de l’Ademe en 2050, qui n’est de ce point de vue, ni écologique, ni durable

Si le SER prévoit de décarboner en massacrant nos forêts, ça va pas le faire !

La géothermie ne semble poser aucun problème

Par contre la méthanisation pour laquelle le SER prévoit un développement important. Les problèmes multiples posés par la méthanisation ont fait l’objet notamment d’une séance de la Commission Aubert sur les Energies renouvelables et de nombreux articles très bien informés notamment sur Bastamag pose, c’est le moins qu’on puisse dire de nombreux et sérieux  problèmes (http://www.assemblee-nationale.fr/15/pdf/cr-cetransene/18-19/c1819046.pdf, https://www.bastamag.net/methanisation-lobby-gaz-vert-biogaz-agriculture-energetique-alimentaire, https://www.bastamag.net/gaz-effet-serre-bilan-carbone-elevages-industriels-incidents-explosion-pollution-eau-controverses-methanisation-biogaz)

J’ai déjà assez longuement rendu compte des problèmes de la méthanisations ds plusieurs billets de ce blog
https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/04/ravages-dans-nos-campagnes-apres-les_4.html
https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/04/ravages-dans-nos-campagnes-apres-les.html

Parmi les problèmes les plus couramment évoqués :

 - la sécurité. Jusqu’à  100 tonnes de matières entrantes par jour (seuil récemment relevé à la demande des producteurs ENR !), On confie ainsi  à quatre ou dix agriculteurs qui vont avoir suivi une formation de quinze jours une usine de procédés industriels chimiques nde type Seveso ! Si la France reste relativement exempte d'accidents graves, selon Roland Fendler, de l'Office fédéral de l'environnement, l'Allemagne en connaît chaque semaine : « La filière manque de conscience et de responsabilité par rapport à la matière », déclare-t-il. Ecoulements, pollutions de ruisseaux, accidents du travail, incendies et explosions s'y succèdent.

- les dangers sanitaires : les dégagements de sulfure d’hydrogène, gaz extrêmement nauséabond et toxique- on lui doit les morts d’animaux et même d’humains dans des champs d’algues pourrissantes, la contamination bactériologiques des terrains et nappes phréatiques par les digestats (sur 10 000 tonnes d’intrants, un méthaniseur donne typiquement  1 000 tonnes de gaz, 600 kilogrammes de méthane et 8000 tonnes de digestat)

- les nuisances diverses (odeurs, pertes de valeurs drastique des propriétés alentours, la ronde infernal des intrants- un méthaniseur agricole génère le passage de 13 000 camions par ans, parfois même la nuit, avec des intrants venant parfois de plus 800 km et de pays étrangers)

- Un bénéfice climatique qui va de l’incertain au catastrophique. Le méthane est un gaz à fort effet de serre, environ vingt-cinq fois plus impactant que le dioxyde de carbone.  À 4 % de fuite (ce qui se produit coutramment en Allemagne), vous perdez tout le bénéfice environnemental du méthaniseur. Et les digestats solides  épandus génèrent des oxydes d’azotes d’effet de serre 300 fois plus fort que celui du CO2. Ce sont, de ce point de vue, de très mauvais engrais, ainsi que les digestats liquides, très lixiviables, qui vont polluer davatge encore mles nappes phréatiques.

- la concurrence avec les cultures destinées à l’alimentation. Près de 7 % de la surface agricole allemande est dédiée à la méthanisation en 2014 (esentiellent du maïs) et l’Allemagne a freiné brutalement l’extension des méthaniseurs lorsqu’elle s’est apérçu qu’elle était devenue, pour la première fois, non autosuffisante en céréales…

 - le fait que la méthanisation encourage l’agriculture fortement industrielle au détriment de l’agriculture raisonnée ou  biologique. A la limite l’agriculteur devient un industriel de la méthanisation, davantage préoccupé de trouvé des intrants pour son méthaniseur que de ses cultures.
Autant la méthanisation à la ferme qui aide  l’agriculteur à utiliser son énergie et à éliminer ses déchets ne suscite ni questions, ni opposition, la méthanisation agricole, sur une toute autre échelle, pose de tels problèmes sérieux et multiples qu’il est difficile de penser qu’elle connaitra l’expansion que lui prête le Syndicat des Energies Renouvelables.

Ou alors, il faudra faire protéger les installations par la gendarmerie !!!

Bref, la propagande du SER est imbuvable, elle doit être encore et sans arrêt dénoncée !