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mercredi 16 novembre 2022

L’Estonie se prépare à entrer dans le club nucléaire 3) Les USA à la manœuvre géopolitique

Suite de https://vivrelarecherche.blogspot.com/2022/11/lestonie-se-prepare-entrer-dans-le-club_14.html et de https://vivrelarecherche.blogspot.com/2022/11/lestonie-se-prepare-entrer-dans-le-club.html

Soit le rapport d’un think tank géostratégique estonien International Centre for Defence and Security très favorable aux USA

Rapport : Developing Nuclear Energy in Estonia september 2022 An Amplifier of Strategic Partnership with the United States?,

Un choix géostratégique…qui devrait favoriser les USA

« L’énergie nucléaire est de plus en plus considérée comme l’un des ingrédients essentiels d’une transition réussie vers un système énergétique neutre pour le climat et comme un élément viable du futur bouquet énergétique décarboné. Par conséquent, l’Estonie envisage officiellement la possibilité d’adopter l’énergie nucléaire produite par de nouveaux petits réacteurs modulaires (PRM).

Ce choix n’est cependant pas purement environnemental, économique ou technique, mais a également des implications géopolitiques. Il créerait de nouvelles interdépendances à long terme avec des partenaires étrangers, ce qui pourrait représenter de nouvelles possibilités de coopération plus étroite dans le domaine de la sécurité et de la politique étrangère, mais pourrait également créer de nouveaux risques politiques, de réputation et de sécurité nationale. Cette dimension géopolitique revêt une importance particulière pour des pays comme l’Estonie qui cherchent à impliquer davantage des alliés clés tels que les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne dans la région nordique-baltique pour contrer la pression géopolitique de la Russie et, de plus en plus, de la Chine..

Le rapport suppose que l’Estonie pourrait éventuellement opter pour l’énergie nucléaire et choisirait les États-Unis comme fournisseur de technologie SMR. »

Facteurs favorables et défavorables

- le consensus politique bipartite aux États-Unis sur l’énergie nucléaire dans la politique climatique et énergétique et la pression américaine pour le développement de la technologie des SMR axée sur l’exportation qui sous-tend ses efforts pour regagner l’avantage concurrentiel érodé de la technologie de l’énergie nucléaire civile sur la Chine et la Russie.  Cette décision donnerait corps et orientation à la coopération en matière de sécurité énergétique qui irait au-delà de l’accent actuel (temporaire) mis sur l’approvisionnement en GNL et s’alignerait sur les objectifs géopolitiques et géo-économiques de l’Initiative des Trois Mers (3SI)

Le rapport examine  comment certains problèmes structurels des politiques énergétiques nationales et les perspectives géopolitiques divergentes de l’Allemagne, de la France et de la Pologne – ainsi que certaines caractéristiques persistantes des relations intra-européennes qui se manifestent par les politiques communes de l’UE – peuvent nuire ou faciliter les aspirations nucléaires estoniennes.

Bien que le rapport constate que la position pro-nucléaire de la France, les aspirations nucléaires de la Pologne et le pragmatisme émergent de la Commission européenne sur l’énergie nucléaire sont des facteurs favorables, il identifie également plusieurs risques parmi lesquels:

- l a position antinucléaire de l’Allemagne fondée sur l’idéologie « uniquement renouvelable » et les intérêts géo-économiques connexes fondés sur les principes de l’Energiewende (c’est-à-dire maximiser les exportations de technologies renouvelables), ainsi qu’un instinct persistant de contrebalancer le rôle de sécurité des États-Unis en Europe par des politiques énergétiques et économiques ;

- le point de vue des Français en termes de perspective géopolitique , qui reste sceptique quant au rôle des États-Unis en Europe, et la pression qui en découle pour une plus grande souveraineté technologique et énergétique européenne,  avec les efforts de coopération européenne en matière de SMR  menés par les Français et le modèle français de SMR

- la possibilité que la Pologne capte de façon ultra dominante  les intérêts et l’attention politique des États-Unis en matière d’énergie nucléaire en raison de l’ampleur de son programme national et du rôle central de la Pologne dans l’Initiative des Trois Mers .

- L’ambivalence persistante de l’UE concernant le rôle de l’énergie nucléaire dans le futur bouquet énergétique neutre en carbone et la vulnérabilité de son consensus intergouvernemental et interinstitutionnel au lobbying idéologiquement motivé par des considérations idéologiques antinucléaires / « renouvelables uniquement ».

Les recommandations

-Exploiter pleinement les possibilités offertes par le traité de collaboration États-Unis-Euratom pour développer un partenariat bilatéral dans le domaine de l’énergie nucléaire ainsi que le programme FIRST pour créer et mettre en place des capacités crédibles en matière de gouvernance compétente de l’énergie nucléaire.

NB : FIRST Foundational Infrastructure for the Responsible Use of Small Modular Reactor (SMR) Technology (cf note fin de document)

- Travailler à l’institutionnalisation et au développement de la coopération multilatérale en matière d’énergie nucléaire dans le cadre de l’Initiative des Trois Mers (3SI)

- Engager un dialogue continu avec l’Allemagne (et d’autres pays nucléaro-sceptiques ) sur le rôle de l’énergie nucléaire dans le futur bouquet énergétique dominé par les énergies renouvelables, tout en restant vigilant et en étant prêt à contrer le lobbying antinucléaire au sein des structures de l’UE qui pourrait progressivement éroder le consensus sur l’inclusion de l’énergie nucléaire dans la « taxonomie de la finance verte ».

La décision d‘inclure le nucléaire dans  la « taxonomie verte » signifie que les États membres qui ont choisi d’étendre ou d’utiliser la technologie nucléaire se verront épargnés d’avoir à s’engager dans des confrontations vives et potentiellement dommageables avec et à Bruxelles sur cette question...Cependant, les restrictions obtenues par les lobbies des énergies renouvelables et des entreprises vertes sont une indication des intentions d’empiler progressivement des contraintes paralysantes sur l’énergie nucléaire au fil du temps.

- Développer une stratégie claire pour aborder à la fois les fondements géopolitiques et commerciaux de l’agenda Français, si Paris soulève des objections à l’implication expansive des États-Unis dans le programme d’énergie nucléaire estonien

Pourquoi un programme national estonien et lequel ?

Théoriquement, l’Estonie pourrait, au lieu de développer sa propre énergie nucléaire, participer en tant qu’investisseur et participant à un projet plus vaste (par exemple en Pologne). Cependant, les délais d’exécution de ces projets sont souvent trop longs et  comportent divers risques, comme l’illustre le projet Hanhikivi-1 récemment annulé en Finlande. L’Estonie a également une expérience très négative de la débâcle de la centrale nucléaire lituanienne de Visaginas qui a conduit la Lituanie à ne pas lancer un projet régional de centrale nucléaire convenu avec les autres États baltes et Hitachi du Japon en 2011-12..

Les développeurs estoniens penchent vers une solution nationale, tout en restant ouverts et même en courtisant activement les participants des pays voisins en tant qu’investisseurs, ce qui en fait un projet régional. La Lettonie fait partie des priorités et montre un intérêt évident, comme en témoignent les discussions entre Fermi Energia et la société publique d’énergie Latvenergo (dans ce cas, si Latvenergo rejoignait le projet, l’Estonie déploierait quatre unités SMR au lieu de deux)

Le SMR de NuScale qui est considéré par la Pologne et la Roumanie est livré en 6 packs modulaires par unité de réacteur qui générerait 500 MW de puissance; les exigences des GRT estoniens sont qu’une seule unité ne dépasse pas 400 MW.

Les développeurs de projets estoniens considèrent fortement BWRX-300 de GE Hitachi, une coentreprise américano-japonaise, comme premier choix et ont même signé un accord de coopération à cet effet.  Jusqu’à présent, il semble que le BWRX-300 sera le seul type de réacteur qui pourrait être entièrement autorisé – par le Canada – et pourrait obtenir une licence en Estonie d’ici 2030.

Cependant, les développeurs de projets estoniens restent non engagés ou « technologiquement neutres », et le choix final serait fait en 2023. Ils continuent d’explorer d’autres possibilités – en particulier un SMR conçu par Rolls-Royce (RR) au Royaume-Uni – au cas où le processus d’octroi de licences du SMR GE Hitachi au Canada, où le premier déploiement est prévu, connaîtrait des retards importants ou d’autres difficultés.

Le fait que l’Estonie soit actuellement « nucléaire  naïve» ne semble pas décourager les investisseurs potentiels ; Cependant, c’est le sentiment politique et les considérations géostratégiques aux États-Unis et dans l’UE – tant dans les institutions de l’UE que parmi les principaux États membres – qui seront d’une importance primordiale si l’Estonie va de l’avant avec l’énergie nucléaire et choisit une solution de PRM d’origine américaine.

Traitement des déchets : implication de la France souhaitée

Les membres d’Euratom ont le consentement préalable des États-Unis pour retraiter les matières nucléaires traitées dans des équipements d’origine américaine si les matières sont envoyées à une installation relevant de la juridiction d’Euratom, à savoir les installations d’Orano à La Hague et de Marcoule en France. Les membres d’Euratom peuvent également retransférer du matériel à la plupart des principaux partenaires commerciaux des États-Unis et de l’UE. Cela signifie que le cadre juridique bilatéral permettant à l’Estonie d’expédier du combustible usé vers la France pour le retraitement afin de réduire les déchets est déjà en place. En outre, la participation des Français au retraitement du combustible usé d’un réacteur construit aux États-Unis en Estonie pourrait apaiser la pression exercée par la France pour que l’Estonie poursuive l’une de ses conceptions en tant que partenaire de l’UE.

Financement : les firmes étatiques gènent les Américains …

Les fournisseurs nucléaires américains sont des entreprises privées dont les coûts d’investissement pour la construction de réacteurs sont généralement financés par des capitaux privés dans un mélange de dette et de capitaux propres. En revanche, la plupart des autres fournisseurs de réacteurs nucléaires appartiennent à des semi-publics, y compris Électricité de France (EdF) (85%) et KEPCO en Corée du Sud (51%), ou entièrement publics, y compris Rosatom en Russie et China General Nuclear Power Group (CGN). Avec le soutien de leurs gouvernements, ces fournisseurs nucléaires peuvent offrir des conditions de financement plus généreuses que leurs concurrents américains. Rosatom, en particulier, a poursuivi un modèle « Build-Own-Operate » (BOO) pour ses exportations nucléaires dans lequel Rosatom assume toutes les participations dans le projet et exploite la centrale une fois qu’elle est construite, recevant des paiements pour la fourniture d’énergie aux consommateurs du pays hôte..

Pour des raisons géopolitiques évidentes, la concurrence de Rosatom n’est pas à considérer dans le contexte estonien. Alors que la capacité du gouvernement américain à soutenir le financement de la construction de réacteurs nucléaires est limitée, les États-Unis maintiennent une série de programmes de renforcement des capacités pour fournir aux États une formation et des ressources liées à la gouvernance de l’énergie nucléaire.

Commentaire sur la situation allemande

Il est raisonnable de s’attendre à ce que la posture de Berlin soit plus modérée dans l’avenir immédiat à l’égard d’une telle politique qu’elle ne l’aurait été avant le 24 février 2022, lorsque la Russie a envahi l’Ukraine... La coalition actuelle au pouvoir a fait une rupture significative avec les positions obstinément russes des années Merkel. Il n’y a plus d’illusion sur la possibilité que la Russie soit un « fournisseur fiable »... Le Parti vert allemand a défendu et diffusé à l’échelle internationale la vision du « vert » comme étant uniquement renouvelable qui exclut l’énergie nucléaire.

Commentaire sur la situation française : peu de probablilité d’abandon d’un très intégré dans les réalités économiques et politiques françaises

La France a développé son secteur nucléaire extrêmement rapidement, dans un scénario qui fait écho à la situation actuelle en Europe. L’impulsion immédiate a été l’embargo pétrolier arabo-OPEP de 1973, à un moment où le pays produisait la majeure partie de son électricité à partir du pétrole. .

Le fait est aujourd’hui que, pour la France, l’énergie nucléaire est synonyme de sécurité énergétique, et qu’elle ne s’accompagne d’aucun coût de réseau, de stockage ou de synchronisation majeur ni de maux de tête, ou d’une dépendance excessive vis-à-vis de régimes instables ou antagonistes à l’étranger. Par conséquent, il est hautement improbable que la France abandonne un jour sa dépendance fondamentale à l’énergie nucléaire. Elle a flirté avec une sortie progressive du nucléaire au cours de la dernière décennie, mais le président centriste Emmanuel Macron et son adversaire d’extrême droite battue à l’élection présidentielle de 2022, Marine Le Pen, ont fait de la modernisation et de l’expansion nucléaires des promesses de campagne clés. En France, les énergies renouvelables auront un rôle important, mais approprié et modéré.

Il y a deux aspects de la politique nucléaire française qui montrent sa profonde intégration dans les réalités économiques et politiques/géopolitiques de la France que tout autre État membre intéressé par l’expansion ou le lancement de l’énergie nucléaire devrait comprendre. Premièrement, c’est le rôle commercial du secteur; deuxièmement, il s’agit de  la politique européenne de la Fran et de considérations géopolitiques plus larges.

L’énergie nucléaire a longtemps rendu l’électricité bon marché en France et suffisamment abondante pour l’exportation, renforçant ainsi l’importance régionale française. En fait, la France est normalement le premier exportateur mondial d’électricité, gagnant environ 3 milliards d’euros par an...

Pour la France, l’énergie nucléaire est synonyme de sécurité énergétique, et elle ne s’accompagne d’aucuns coûts de réseau, de stockage ou de synchronisation majeurs, ni d’une dépendance excessive vis-à-vis de régimes instables ou ennemis à l’étranger…En réponse au défi climatique et à l’agression russe, la France souhaite à nouveau développer ses activités internationales, en utilisant les derniers réacteurs dotés de conceptions de sécurité passive améliorées. Elle commence également à développer de nouveaux SRM polyvalents, basés sur les conceptions utilisées dans ses sous-marins à propulsion nucléaire..

Une influence importante pour la France dans le redémarrage de l’industrie nucléaire

Son expertise et sa position établie dans les secteurs de l’énergie nucléaire de l’UE et du monde sont des facteurs importants pour tout nouveau programme d’énergie nucléaire... Dans le même temps, il est également devenu évident qu’ EDF n’a pas investi adéquatement dans l’entretien de ses anciennes usines nationales, de sorte qu’en avril 2022, y compris les usines fermées pour entretien programmé, la moitié des réacteurs ont  été mis à l’arrêt, dont un certain nombre en raison de la corrosion de composants non nucléaires

C’est un point crucial :  la France reste la principale force poussant l’UE à poursuivre le développement de l’énergie nucléaire. Elle  jouera un rôle clé pour contrebalancer le camp populiste antinucléaire et «tout renouvelable » dirigé par l’Allemagne, avec  d’autres partisans importants. Cela revêt un intérêt crucial pour toute décision relative au programme nucléaire en Estonie et dans les États dotés d’une capacité nucléaire tout au long du Trimarium.

Le réengagement français en faveur de l’énergie nucléaire signifie que l’énergie et la technologie nucléaires ne seront pas seulement une question d’Europe centrale et orientale et qu’il sera donc plus difficile d’isoler, de caractériser ou de stigmatiser par les forces antinucléaires à Bruxelles et ailleurs..

“En conséquence, l’Estonie et les Etats des Trois mers devront courtiser politiquement la France et veiller à l’inclure dans leur stratégie commerciale et industrielle »

Ce que prévoit l’Estonie pour la France en cas de choix américain

Les efforts Français pour rallier les autres États membres de l’UE à la poursuite de la prétendue « autonomie stratégique européenne « – bien qu’ils soient parfois considérés comme une protection potentiellement utile contre les conséquences du regain d’isolationnisme américain et de l’abandon de l’Europe – suscitent souvent le soupçon dans les États baltes que Paris cherche simplement un moyen de réduire l’implication américaine en Europe. En outre, la France a, de longue date, « courtisé » la Russie – un partenaire supposé indispensable, selon Paris, du dialogue et de la coopération dans l’architecture de sécurité européenne au sens large – ce qui a suscité de nombreuses critiques de la part de diverses capitales du Trimarium, conscientes de la  grave menace posée par le régime du Kremlin, et a sapé leur confiance dans le jugement des gouvernants français en matière de  géopolitique.

En ce qui concerne la France, l’Estonie, en cas de choix de la technologie américaine pour sa production nucléaire, devra naviguer entre la position politique pro-nucléaire de la France, son opposition instinctive à l’influence américaine en Europe, les visions de souveraineté de l’UE émanant de Paris et une tendance russophile profondément enracinée dans son establishment diplomatique et militaire. Bien que la France défende l’énergie nucléaire à Bruxelles, le choix d’un petit Etat membre de l’UE de se porter sur une technologie américaine serait certainement source de frictions..

Pour les éviter et  garder de bonnes relations avec  Paris, l’Estonie pourrait théoriquement choisir, si elle poursuit son programme d’énergie nucléaire, de s’associer à la France plutôt qu’aux États-Unis ou au Royaume-Uni pour un déploiement des SMR , agissant ainsi dans l’esprit de la solidarité et de la souveraineté de l’UE.

Mais il semble  que l’implication de l’industrie nucléaire française dans le cycle du combustible nucléaire pour un SMR basé sur la technologie américaine pourrait constituer exactement une solution « macronesque » géopolitiquement équilibrée qu’un centriste Français pourrait apprécier..

L’Estonie devrait s’attendre à ce que la France plaide constamment en faveur d’une coopération sur le SMR européen et souligne que le cadre de l’UE prévoit déjà une gamme suffisante d’instruments de coopération en matière de sécurité pour faire face aux risques associés à l’adoption de l’énergie nucléaire. Une partie de l’opposition politique potentielle de la France peut être désamorcée en intégrant sa base industrielle nucléaire dans les chaînes d’approvisionnement du programme d’énergie nucléaire estonien, même après le choix d’un SMR américain, mais cela ne sera guère suffisant pour éviter l’accusation que l’Estonie ne soutient pas le renforcement des aspirations de souveraineté de l’UE dans la pratique. L’Estonie devra être prête à faire valoir auprès de Paris que sa dépendance vis-à-vis des États-Unis – que ce soit dans le domaine de la technologie énergétique ou de la technologie militaire n’est pas contraire aux intérêts de l’Europe, mais plutôt renforceraient la cohésion et la force collective de l’Occident.

Note ) Sur le programme FIRST : Foundational Infrastructure for the Responsible Use of Small Modular Reactor (SMR) Technology

Le texte de la déclaration ci-après a été publié par les Gouvernements des États-Unis d’Amérique et de l’Estonie, du Ghana, du Japon, du Kazakhstan, de la Lettonie, des Philippines, de la République de Corée, de la Roumanie, de l’Ukraine et du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord à l’occasion de la Conférence d’examen du TNP de 2022.

1. Nos pays partagent un engagement ferme à réaliser les avantages de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, conformément au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Nous réaffirmons le droit inaliénable des États parties au TNP d’utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, sans discrimination et conformément aux articles Ier, II, III et IV du TNP. ..

Nos pays participent à de nouveaux projets de renforcement des capacités dans le cadre du programme FIRST (Foundation Infrastructure for the Responsible Use of Small Modular Reactor (SMR). Les partenaires de ce projet travaillent en collaboration pour faciliter l’utilisation sûre et sécuritaire des réacteurs nucléaires civils, en particulier des PRM. Le programme FIRST fournit aux pays partenaires la base pour tirer parti des technologies nucléaires avancées et des innovations à venir dans la conception des réacteurs afin d’atteindre leurs objectifs en matière de sécurité énergétique et de climat, et de le faire conformément aux normes internationales les plus élevées et aux orientations en matière de sécurité.

 

jeudi 18 mars 2021

Energie nucléaire :la nouvelle donne internationale-étude Fondapol

Intégralité  à http://www.fondapol.org/etude/energie-nucleaire-la-nouvelle-donne-internationale/, Marco Baroni

1) Introduction : Depuis des décennies, l’énergie nucléaire est une source majeure de production d’électricité bas carbone, garantissant l’accès de millions de personnes dans le monde à une énergie abordable. Aujourd’hui, l’industrie nucléaire est encore très dynamique… L’année 2018 a ainsi été une année record en termes de capacités mises en service, plus de cinquante réacteurs sont actuellement en construction dans le monde

Commentaire : sauf que par une politique énergétique absurde, la France et l’Europe s’en excluent de plus en plus…



2) Points Principaux_Principales évolutions

a) L’énergie nucléaire est toujours très dynamique dans le monde, mais le centre de gravité de son développement s’est déplacé. Entre 1970 et 1999, les trois quarts des nouvelles capacités mondiales ont été mises en service en Amérique du Nord et en Europe, et seulement 6 % en Russie et en Chine. Sur la période 2000-2019, cette situation s’est entièrement inversée, avec près des deux tiersdes capacités mises en service en Chine et en Russie, et seulement 5 % en Amérique du Nord et en Europe. Depuis 1990, l’année 2018 a été celle du plus grand nombre de nouveaux réacteurs connectés aux réseaux électriques, 80 % d’entre eux se situant en Chine et le reste en Russie

b)  La Chine devrait dépasser l’Europe et les États-Unis vers 2030 en termes de capacité nucléaire installée, s’appuyant principalement sur des technologies domestiques. La Chine et la Russie ont des programmes de développement futur du nucléaire plus robustes et mieux définis que la plupart des économies avancées.

c) La plupart des grands systèmes électriques recourent à l’énergie nucléaire. Les trois quarts des grands pays consommateurs d’énergie  utilisent le nucléaire dans leur mix énergétique. Ils accueillent près de 90 % de la capacité nucléaire mondiale.

d) L’énergie nucléaire est une option de décarbonation importante dans les stratégies de transition énergétique de nombreux pays. La réalisation des objectifs de l’Accord de Paris nécessitera des efforts sans précédent. Énergies renouvelables, efficacité énergétique, technologies de captage, stockage et utilisation du carbone (dites CCUS), énergie nucléaire : toutes ces solutions ont un rôle à jouer. Limiter l’éventail des choix rendra l’atteinte des objectifs plus difficile et, en fin de compte, plus coûteuse. Le nucléaire fait partie des technologies de production d’électricité qui contribuent le plus à la résilience des systèmes électriques. Il a fait la preuve, en Europe notamment, de son potentiel de flexibilité

e) La fabrication de réacteurs à l’échelle industrielle pour les marchés nationaux et internationaux a de fortes implications géopolitiques. Au cours des dix dernières années, les deux tiers du marché international ont adopté les technologies russe et chinoise. Cette part pourrait encore augmenter avec la place qu’est appelée à prendre l’industrie nucléaire chinoise. Mais l’espace dans lequel s’exerce cette concurrence est vaste : plus de 400 nouveaux réacteurs devraient être construits dans le monde au cours des trente prochaines années

f) Dans leurs décisions, les gouvernements devraient évaluer et prendre en compte les risques et les coûts liés à la perte de savoir-faire industriel. L’innovation et la recherche restent fondamentales pour l’énergie nucléaire, que ce soit dans le domaine des petits réacteurs modulaires, des réacteurs Génération IV, de la fusion nucléaire, des réacteurs expérimentaux

g) Le parc nucléaire vieillit : à court terme, de nombreux pays doivent prendre des décisions clés en matière de prolongation de durée de vie des réacteurs ou de nouvelles constructions. Si aucune mesure n’est prise, plus de la moitié du parc nucléaire des économies avancées sera amenée à fermer dans les dix prochaines années.

Commentaire : ce point a déjà été discuté à propos du Sustainable Development Scenario (SDS, scenario de developpement durable) de l’Agence Internationale de l’Energie https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/06/lavertissement-de-lagence.html. Si tel est le cas, cela impactera grandement, voire rendra impossible toute réponse efficace au dérèglement climatique.

h)  L’Europe est à la croisée des chemins. Son parc nucléaire est le plus important au monde et l’énergie nucléaire y est la plus grande source de production d’électricité, répondant à un quart de la demande européenne…L’énergie nucléaire a des implications majeures pour la sécurité énergétique, la décarbonation des systèmes énergétiques, le développement économique, l’innovation, les systèmes industriels et les relations géopolitiques. Elle peut apporter une contribution significative à l’objectif de zéro émission nette de gaz à effet de serre du système énergétique de l’Union européenne en 2050.


i) Note sur la Russie :  La Russie est aujourd’hui le principal exportateur de technologie nucléaire sur le marché international. Pionnier dans le domaine, le pays avait déployé les premiers réacteurs dans les années 1950. Avec 38 réacteurs en service à ce jour, qui satisfont près de 20 % de la demande d’électricité, la Russie est à présent le quatrième producteur mondial d’électricité d’origine nucléaire. …

L’entreprise publique russe Rosatom affiche de fortes ambitions pour les années et décennies à venir. L’industrie nucléaire russe est un exemple d’intégration verticale, avec une chaîne de valeur fortement numérisée et une production industrielle très efficace. Sa technologie phare est basée sur la Génération III (du type VVER, similaire à la technologie occidentale à eau légère). Rosatom développe cependant tous les types de réacteurs, y compris les SMR, les réacteurs flottants et les réacteurs rapides. La recherche est très active, en particulier sur les réacteurs de type Génération IV, tout comme la coopération internationale, notamment le partenariat dans le projet ITER de fusion nucléaire…Rosatom vise à augmenter la part de son chiffre d’affaires à l’international. Un élément déterminant de cette stratégie est l’assistance qu’elle apporte à toutes les étapes d’un projet. Celle-ci comprend la sécurisation du financement, la construction d’infrastructures, la formation des employés et la garantie d’une chaîne d’approvisionnement de combustible à long terme…

Commentaire : Non seulement la recherche est très active sur les reacteiurs GEN IV…mais il y en a déjà en exploitation : BN-800 réacteur rapide refroidi au sodium, construit à la centrale nucléaire de Beloïarsk  connecté au réseau électrique national russe le 10 décembre 2015,

j) Note sur la Chine : Vers 2030, la Chine devrait dépasser aussi bien l’Europe que les États-Unis en termes de capacité nucléaire installée, grâce à un solide programme de déploiement. Le pays dispose d’un parc nucléaire très jeune, avec un âge moyen par réacteur de seulement 8 ans. Les premières centrales nucléaires chinoises ne sont entrées en service qu’au cours des années 1990… Le pays a mis en service 28 réacteurs au cours des six dernières années, soit l’équivalent de la moitié du parc nucléaire français. Cela a fait suite à un programme nucléaire très ambitieux lancé dans le cadre du 11e plan quinquennal, avec un début de construction record de dix-neuf réacteurs en deux ans… La Chine s’est d’abord appuyée sur des technologies françaises, canadiennes et russes. Depuis peu, elle déploie à la fois des technologies étrangères, telles que l’AP-1000 de Westinghouse (États-Unis) et l’EPR français, et des technologies domestiques. Le pays a acquis un savoir-faire considérable tout au long de la chaîne de valeur (qu’il s’agisse de l’ingénierie, de la production ou de l’exploitation), à l’exception, pour l’instant, du retraitement des combustibles…Le programme nucléaire chinois a connu un ralentissement marqué à la suite de l’accident de Fukushima. Il fut alors décidé de limiter ou d’arrêter les constructions de réacteurs Génération II et, incidemment, tous les projets à l’intérieur du territoire, et de passer progressivement à la technologie Génération III. Fin 2019, la moitié des réacteurs Génération III opérationnels autour du globe se trouvaient en Chine…La Chine a mis au point son propre design de Génération III : le Hualong-One, ou HPR1000, dont elle entend faire un produit phare à l’exportation. Dix réacteurs de ce type sont actuellement en construction, dont huit en Chine et deux au Pakistan. 

3) Le futur : un nouveau nucléaire et de nouveaux usages

a) la  Génération IV : des recherches variées et dynamiques

La R&D continue à soutenir la quête d’une énergie nucléaire plus sûre, plus efficace, plus économique et universelle. La prochaine génération de réacteurs nucléaires, dite Génération IV, vise à renforcer encore la sûreté, à réduire au minimum les déchets (tant en termes de quantité que de durée de vie), à être résistante à la prolifération de par sa conception et à pouvoir fournir des solutions pour la production d’hydrogène, le chauffage industriel et le dessalement de l’eau. Six filières ont été identifiées, la plupart avec un cycle de combustible fermé pour pouvoir réduire au minimum les déchets de haute activité . Certains de ces projets sont à un stade de recherche très avancé, tandis que d’autres en sont encore au stade du concept. Dans l’ensemble, les réacteurs Génération IV comprennent :

– les réacteurs à neutrons rapides refroidis au gaz (Gas-cooled Fast Reactors, GFR) ;

– les réacteurs à neutrons rapides refroidis au plomb (Lead-cooled Fast Reactors, LFR), avec des projets en Russie et en Belgique ( ?)

– les réacteurs à sels fondus (Molten Salt Reactors, MSR) ;

– les réacteurs à neutrons rapides refroidis au sodium (Sodium-cooled Fast Reactors, SFR), programmes avancés en Russie , en Chine et en Inde  ;

– les réacteurs à eau supercritique (Supercritical water-cooled reactors, SCWR) ;

– les réacteurs refroidis au gaz à très haute température (Very High-Temperature Gas-cooled Reactors, VHTGR), avec un prototype en cours de construction en Chine.

b) Les SMR :

Les SMR visent quatre objectifs : réduire les coûts, accroître la sûreté, s’adapter aux besoins de flexibilité croissants des systèmes électriques et s’étendre à de nouveaux marchés.

Avec le temps, les réacteurs nucléaires ont vu leur taille passer de seulement 136 MW en moyenne pour la Génération I à une taille moyenne de 1 000-1 600 MW pour la Génération III (bien qu’il existe des versions plus petites), principalement dans le but de renforcer la sûreté et de réduire le coût par unité de puissance. L’une des clés pour réduire les coûts des grands projets est de pouvoir disposer d’une série continue de réacteurs en construction, afin de profiter du savoir-faire et de l’expérience des acteurs industriels. Dans une même logique, l’objectif est de réduire les coûts des SMR non pas en augmentant la taille des unités mais bien en obtenant des économies d’échelle grâce à la production de nombreuses unités toutes identiques.

La taille réduite des réacteurs présenterait également un certain nombre d’avantages, notamment des besoins d’investissement beaucoup plus faibles et des délais de réalisation plus courts, ces deux facteurs contribuant à faciliter le financement des projets. Comme plusieurs de ces projets – par exemple, NuScale aux États-Unis ou le réacteur HTGR en Chine – prévoient le déploiement de dix ou douze unités sur chaque site, l’effet de série devrait compenser l’absence d’économies d’échelle par la taille. En outre, les SMR peuvent contribuer à la flexibilité des systèmes électriques grâce à leur modularité. Cette caractéristique ;peut être particulièrement intéressante dans les petits systèmes électriques, ce qui à terme ouvre la voie vers de nouveaux marchés pour lesquels les grands modèles standards de la Génération III apparaissent peu adaptés….

Le déploiement commercial de ce type de réacteurs n’est pas prévu avant la seconde moitié des années 2020, au plus tôt. Leur succès dépendra de leur capacité à réaliser les réductions de coûts attendues et à parvenir à une standardisation complète…

Commentaire : à noter que des rapports prospectifs comme celui adressé au Parlement Néerlanadais n’opposent pas Gen IV et SMR mais les considèrent comme complémentaires  Possible role of nuclear in the dutch energy mix in the future 1st september 2020)

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/11/role-possible-du-nucleaire-dans-le.html.

Pour les qualités intrinsèques de l’EPR, voir https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/01/un-nucleaire-nouveau-est-necessaire.html

c)  Les autres usages énergétiques

Décarboner un système énergétique requiert de décarboner les trois principales composantes de la demande d’énergie que sont les secteurs de l’électricité, du chauffage et des transports. Si le nucléaire peut apporter une contribution essentielle à la décarbonation du secteur de l’électricité, il peut également être intéressant économiquement pour décarboner plusieurs autres applications énergétiques, notamment le chauffage urbain, les applications industrielles de la chaleur, la production d’hydrogène, les transports et le dessalement de l’eau….

L’usage de l’énergie nucléaire pour le chauffage urbain, où les centrales sont utilisées pour produire à la fois de l’électricité et de la chaleur (Combined Heat and Power, CHP), n’est pas nouveau. On y a recouru dès les débuts de l’exploitation de l’énergie nucléaire, par exemple, parmi les économies avancées, au Royaume-Uni, en Suède et en Suisse, et son usage subsiste en Russie et en Europe centrale et orientale. Ce type d’usage peut être particulièrement important dans des régions reculées : c’est le rôle que remplit par exemple la nouvelle barge flottante SMR Akademik Lomonosov à Pevek, en Russie. En novembre 2019, dans sa centrale de Haiyang (province du Shandong), la Chine a aussi débuté l’exploitation de deux nouveaux réacteurs du type AP-1000 de Westinghouse pour chauffer 700 000 mètres carrés de logements. Le pays est également à un stade avancé de développement de deux modèles de réacteurs dédiés au chauffage urbain – ils ne produiront que de la chaleur à basse température, sans électricité – d’une puissance respective de 200 et 400 MW thermiques. Dans le nord du pays, ces réacteurs sont considérés comme une alternative bas carbone clé face au chauffage urbain au charbon.

D’autres pays manifestent un grand intérêt pour les réacteurs dédiés exclusivement à la production de chaleur à basse température, comme moyen de décarboner les systèmes actuels de chauffage urbain. C’est le cas de la Finlande, dont le centre de recherche technique VTT a annoncé en février 2020 le lancement d’un projet de développement d’un SMR pour le chauffage urbain qui pourrait être utilisé dans plusieurs villes pour remplacer la production de chaleur à partir de combustibles fossiles.

L’énergie nucléaire peut également être utilisée pour le dessalement de l’eau, ce qui présente un intérêt particulier pour les pays où l’eau douce est rare. C’est le cas de l’Arabie saoudite, qui a signé un protocole d’entente avec la Corée du Sud pour la première commercialisation de son SMR System-integrated Modular Advanced ReacTor (SMART), pour la production d’électricité et le dessalement de l’eau de mer.

L’hydrogène pourrait jouer un rôle fondamental dans les scénarios bas carbone futurs. Le coût de production de l’hydrogène repose sur plusieurs paramètres, selon qu’un prix du CO2 est inclus ou non. En l’absence de prix du CO2 et au prix actuel du gaz, le gaz naturel est la principale source de production d’hydrogène et la moins chère, tandis que le coût de production du nucléaire devient compétitif si l’on ne retient que les technologies bas carbone. Le choix du type de réacteur peut également varier considérablement, qu’il s’agisse de SMR uniquement dédiés à la production d’hydrogène ou de grands réacteurs assurant la production conjointe d’électricité, de chaleur et d’hydrogène….

Sur le plan militaire, il convient denoter que si la plupart des pays qui abritent des centrales nucléaires n'ont pas de dispositifs de dissuasion nucléaire, presque tous les pays qui en disposent

abritent également des centrales.

4) Le cas particulier de la production de radio-isotopes médicaux- déjà des pénuries à surveiller !

Un aspect clé du savoir-faire nucléaire est lié à la production de radio-isotopes dans le cadre médical. Ils sont surtout utilisés à des fins diagnostiques (avec des millions d’examens en Europe chaque année) et thérapeutiques (principalement pour le traitement du cancer). Compte tenu de leur courte durée de vie, leur production doit se faire en continu. Elle peut se faire dans des cyclotrons ou dans des réacteurs nucléaires…

Les réacteurs d’irradiation sont la principale source de production de molybdène 99 72. Après la fermeture d’Osiris en France en 2015 et du réacteur NRU (National Research Universal Reactor) au Canada en 2018 (qui étaient en termes de taille respectivement troisième et premier réacteurs aumonde à usage médical), il y a maintenant dix réacteurs dans le monde qui assurent la production de molybdène. Cinq d’entre eux se trouvent en Europe (en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas, en Pologne et en République tchèque) et représentent plus de la moitié de la production mondiale.

Tout comme les réacteurs destinés à la production d’électricité, les réacteurs expérimentaux vieillissent rapidement. En 2016, environ 90 % de la production mondiale de molybdène était assurée par sept réacteurs, dont cinq en Europe et quatre qui ont aujourd’hui plus de 45 ans (voir tableau 6). Plusieurs pénuries ont été constatées au cours de la dernière décennie, principalement en raison d’arrêts ou de pannes de réacteurs. À court terme, pour éviter de telles pénuries, une meilleure coordination au niveau européen et mondial a été mise en place.

Mais des remplacements seront bientôt nécessaires. D’ici à 2025 environ, trois nouveaux réacteurs sont prévus, mais les projets ont pris du retard et fontface à des problèmes de financement

Conclusion

De nombreux challenges se posent au nucléaire : coûts d’investissement initiaux importants, modes de financement coûteux, allongement des délais de construction et forte opposition de certaines parties de la population qui a pu conduire, en particulier dans certains pays européens, à l’interruption immédiate de programmes nucléaires ou à leur abandon progressif. Face aux défis économiques, des solutions existent, comme le démontrent clairement les cas de la Russie et de la Chine. L’Europe possède le plus grand parc nucléaire du monde, une chaîne d’approvisionnement industriel totalement intégrée et un important écosystème d’innovation.

Pour certaines régions du monde, le fait de ne pas poursuivre ou d’abandonner l’option nucléaire rendra difficile, en termes de coûts comme de calendrier, l’atteinte des objectifs de décarbonation.

Un avenir sans carbone exige que toutes les technologies soient mises à profit, et le nucléaire peut prendre part à ces efforts de façon décisive, y compris pour les applications non électriques telles que la production de chaleur, la production d’hydrogène et le dessalement de l’eau. Les décideurs politiques devront prendre  très rapidement des mesures pour garantir cette contribution de l’industrie nucléaire à un monde décarboné en 2050



jeudi 9 juillet 2020

Géopolitique de l’électricité I : très grosses manœuvres en cours, l’Europe enjeu impuissant (1)

Géopolique de l ’électricité : l’Europe est mal parti !

Géopolitique de l’électricité, c’est d’abord le titre d’une excellente et très utile lettre périodique dirigée par Lionel Taccoen qui a notamment été Président du Comité Consultatif de l'Energie auprès de la Commission Européenne (1998-2001), et qui donc en connait beaucoup sur les arcanes de la politique énergétique européenne  (cf. https://www.geopolitique-electricite.fr/)

Le numéro de juillet était consacré à certaines implications inattendues  ou pas de l’Energiewende, qui implique, sans le dire ouvertement, une dépendance très forte, et de plus en plus, au gaz- lequel gîte très peu dans l’Union Européenne et est loin de constituer une solution optimale pour  conterer le dérèglement climatique.  En parallèle, Enerdata a publié un Executive breefing très intéressant sur les politiques énergétiques chinoise, russe et américaine dans le secteur européen de l’électricité qui jouent un rôle croissant. Dans ce secteur pourtant essentiel de l’énergie, l’Europe fait preuve, comme pour son industrie, d’une absence totale de vision politique et stratégique, bref de politique qui nous conduit vers des demains très très inquiétants. Et lorsqu’elle aborde ces sujets importants, c’est pour faire preuve  de graves divergences internes et d’un manque d’unité dangereux, pour proférer  de grands principes extrêmement banals, et immédiatement contredits par des décisions scientifiquement et techniquement absurdes, et d’une naïveté confondante qui nous a déjà coûté cher en matière de politique industrielle…et qui s’annonce dramatique.

Conclusion de Lionel Taccoen : « Une stratégie  énergie-climat irréelle et une balkanisation politique conduisent l’Union Européenne à être un enjeu impuissant entre grandes puissances. »

L’inquiétante évolution allemande  le tout gaz, plus un peu d’ENR

Extraits : « Comme l’indique en termes diplomatiques  l’Agence Internationale de l’Energie, l’Allemagne peine à atteindre à court terme ses objectifs climatiques. Les gains de l’efficacité énergétique se font attendre. Les énergies renouvelables restent confinées à un secteur électrique qui correspond à moins de 20% de la consommation d’énergie et le pays va se priver  d’une source importante non carbonée, le nucléaire…

En conséquence l ’Allemagne envisage un recours accru au gaz naturel pour remplacer charbon et pétrole dans des applications hors secteur électrique. Ce combustible émet effectivement moins de gaz à effet de serre que le pétrole (20% en moins) et que le charbon (40% en moins), à condition de ne pas compter les fuites de méthane, peu connues, durant extraction et transport. Cette solution limitée est présentée comme transitoire. A long terme, la situation, toujours prévue comme idyllique s’appuiera sur les renouvelables. Mais comme disait le célèbre économiste John Keynes : « A long terme nous seront tous morts ». En attendant, il faut vivre.

Le pays vient également de lancer une ambitieuse « Stratégie Nationale pour l’Hydrogène », qui serait fabriquée par électrolyse à partie de l’électricité renouvelable. Greenpeace et autres ONG environnementales sont sceptiques, en expliquant que les programmes de développement des renouvelables ne permettront pas de produire suffisamment d’électricité. Notre étude confirme ce point de vue. La « Stratégie Nationale pour l’Hydrogène » s’appuiera sur la puissante industrie chimique allemande, qui depuis plusieurs années cherche à trouver un processus de fabrication évitant l’important dégagement de gaz carbonique émis lors de la production de l’hydrogène par le gaz naturel. Si cela réussit, la grande industrie automobile allemande sera non seulement sauvée, mais à la pointe de la technologie verte mondiale. La voiture à hydrogène est une voiture électrique sans accumulateurs. Finis les problèmes de chargement et de limitation des distances parcourues. Elone Musk et ses Teslas n’auront qu’à bien se tenir. »

Commentaire : l’hydrogène présente en matière de propulsion des qualités intéressantes. Le problème est sa production (et tout de même un peu sa distribution et son stockage, mais rien de techniquement impossible- pas comme le stockage électrique en batterie..). Pour que l’hydrogène soit vert, il faut beaucoup, beaucoup d’électricité et il faudra beaucoup de centrales nucléaires (pour une fois, d’accord avec Greenpeace, les ENR, ça va pas le faire !). Quant à le produire à partir du gaz, ce n’est ni très vert, ni très durable. Une solution transitoire ? Moui…mais avec des conséquences !
NB : »Le craquage du méthane étudié par Monolith Materials aux Etats Unis11 et BASF en Allemagne permettrait l’élimination du carbone et même sa commercialisation »…

Extrait : Une de ces conséquences, « c’est que l’Allemagne choisit donc, de façon présentée comme transitoire, d’utiliser plus de gaz naturel. Se profile  une alliance franco-allemande surprenante, pour éviter que gaz naturel et nucléaire soient exclus de la taxonomie européenne qui désignera les activités dont les investissements seront facilités. »

Commentaire ; on devrait voir rapidement si cette prédiction de M. Taccoen se vérifie. Elle fait sens sur aussi un autre point. Pour l’instant, la stabilité du réseau électrique européen est assurée par le fait que l’Allemagne a une production électriqiue très redondante, en gros un parc pilotable ( nucléaire, charbon, gaz) et un parc fatal intermittent (ENR). Si l’Allemagne sort du nucléaire ainsi qu’ »elle l’affiche, alors le nucléaire français tout entier et au-delà ( et pas 50% hein) deviendra indispensable à la stabilité du réseau en Europe de l’Ouest.

L’Europe au milieu d’une guerre russo-européenne et soumise aux pressions américaines.

Extrait : « L’Allemagne et les pays européens qui l’imitent auront ainsi besoin de plus de gaz que prévu. Le marché européen du gaz est le lieu d’une lutte âpre entre Russes et Américains. Les Etats Unis s’acharnent à torpiller un projet  de gazoduc géant entre Russie et Allemagne, ce qui est une grave ingérence dans la politique d’un Etat souverain et allié..
« Les limites des politiques énergie-climat européennes conduisent à des besoins accrus de l’UE en gaz naturel. La Russie et les Etats Unis ont intégré cette donnée dans leur stratégie…
Pour les Russes, l’Union Européenne est un client idéal, capable d’acheter des quantités considérables et payant en monnaie forte. Le transport par gazoduc est bien plus simple et moins cher que par navires. A condition, bien sûr d’éviter le passage par les pays empêcheurs de tourner en rond (Pologne et Ukraine). Au début du siècle les Russes proposèrent deux gazoducs, Nord Stream13 pour les pays du nord européen, principalement l’Allemagne, et South Stream, l’Italie étant le client le plus marquant. L’un et l’autre évitaient Ukraine, Pologne et Pays baltes….

Le projet de gazoduc South Stream devait plonger sous la Mer Noire, aborder en Bulgarie, traverser la Serbie, et distribuer son gaz à partir de l’Autriche. Tous ces pays étaient demandeurs. Les Italiens, en particulier, étaient désireux d’une seconde source de gaz sûre, en plus de l’Algérie.

South Stream rencontra des difficultés que Nord Stream avait su éviter. L’Union Européenne ne dépendrait-elle pas trop de la Russie ? Le gazoduc traverserait les pays de l’Union, donc ne pouvait rester propriété de Gazprom. Le Commissaire européen à l’Energie (allemand) fit traîner le projet. Des pressions de la Commission Européenne amenèrent la Bulgarie à suspendre les travaux. Enfin l’ambassadeur américain à Sofia menaça de sanctions les entreprises bulgares engagées dans la construction . Le 1er décembre 2014, le Président Poutine annonça l’abandon du projet.
Le doublement de Nord Stream.

Pressentant leurs nouveaux besoins de gaz, un an plus tard, les Allemands lancèrent le projet de doublement du gazoduc géant Nord Stream. Le Premier Ministre italien Matteo Renzi bondit d’indignation. Les raisons de l’annulation de South Stream, la dépendance à la Russie, pays à la politique réputée dangereuse, disparaissaient quand l’Allemagne avait besoin de gaz ?

Les Américains ont équipé des ports sur l’Atlantique et un envoi de gaz naturel a été observé en Pologne en 2019. Ils ont décidé un coup d’arrêt à la progression des ventes de gaz russe en Europe, pour placer leur gaz de schiste. Un accord germano-russe avait décidé le doublement du gazoduc géant sous-marin Nord Stream amenant directement le gaz de Gazprom en Allemagne. Les travaux étaient terminés à 90% en décembre 2019, lorsque le Président Trump a annoncé des sanctions contre les entreprises du chantier. Celui-ci a été immédiatement stoppé. Un navire russe poseur de pipelines doit terminer la pose, mais un projet de loi, soutenu par les démocrates, doit élargir les sanctions, en particilier aux sociétés d’assurance des poseurs de tubes. Un groupe de parlementaires américains républicains et démocrates préparent une Loi sur la Protection de la Sécurité Energétique Européenne « Protecting Europe’s Energy Security Clarification Act.

Ce qui signifie que la non-réélection de Trump ne changera pas le problème » Rappelons, c’est assez  assez gratiné : « ce projet aggrave les sanctions contre les participants au projet Gazprom 2, en l’étendant aux compagnies d’assurance auxquelles ont recours les entreprises impliquées. »

Attendons la suite. Le conflit entre Etats Unis et Allemagne est inédit et les divergences sont profondes. Les Allemands tombent de haut. Les Américains ont annoncé leur intention de transférer une partie de leurs troupes d’Allemagne en Pologne.

Une stratégie énergie-climat irréelle et une balkanisation politique conduisent l’Union Européenne à être un enjeu impuissant entre grandes puissances. Les Etats Unis ignorent les protestations allemandes et européennes et préparent un projet de loi sur la sécurité d’approvisionnement énergétique de l’Union Européenne qu’ils s’efforceront d’imposer à l’UE.
Commentaire : ben, ils sont bien gentils, les sénateurs républicains tet démocrates US qui se soucient de la sécurité énergétique de l’Europe…au mieux de leurs intérêts…Les Russes aussi se soucient beaucoup de nous, d’autant qu’ils ont un besoin vital de vendre leur gaz.

Extrait : une remarque en passant sur le grand succès de l’Energiewende « Sans la baisse conjonturelle de la production en 2019, le gaz aurait été la première source de remplacement du nucléaire et du charbon avant les renouvelables. Cette source d’énergie est nécessaire dès que les renouvelables peinent à remplacer charbon et nucléaire »

mercredi 10 juillet 2019

Tarifs réglementés de l’électricité : une bien curieuse augmentation


La Lettre géopolitique de l’électricité juin 2019 est consacrée à l'étude des causes de la forte et inhabituelle hausse des Tarifs Réglementés d'EDF au 1er juin 2019. Vous la trouverez sur www.geopolitique-electricite.com . Encore une intervention du très remarquable Lionel Taccoen pour expliquer comment contribuables, clients d’EDF et EDF lui-même sont pillés pour faire vivre une pseudo concurrence.

Elle complète joliment et précise un de mes blogs précédents : Pourquoi les tarifs EDF augmentent ? Magouilles et mensonges. Un système fou, fou, fou (2) !Ou l’ARENH expliqué à vos enfants (enfin, on essaie)

Donc ici ce sera, l’ARENH expliquée à vos grands enfants ! Extraits du texte de Lionel Taccoen

Les Tarifs réglementés : qu’y-a-t-il dedans ?

Les Tarifs Réglementés sont obtenus par empilement des différents coûts : coûts d’approvisionnement en électricité (produite ou achetée), d’acheminement (réseaux de transport et de distribution), de commercialisation additionnés d’une modeste marge (bénéfice), auxquels s’ajoutera ensuite une composante de taxes. On observe que les concurrents d’EDF produisent peu ou pas d’électricité. Leur approvisionnement impose donc qu’ils l’achètent pour la revendre. D’où un premier coût : le prix d’achat. Mais il faut ajouter un second coût indirect : la garantie d’approvisionnement. Tout fournisseur doit acquérir des certificats de capacité prouvant qu’il a accès à une capacité de production compatible avec l’approvisionnement de ses clients. On constate que la cause unique d’augmentation des Tarifs Régulés est une forte augmentation des coûts directs et indirects (garantie de capacité) d’approvisionnement en électricité. Les autres postes sont restés stables. C’est donc dans les achats d’électricité qu’il faut rechercher la cause des augmentations des Tarifs Réglementés d’Electricité. Les concurrents d’EDF ont deux possibilités pour se procurer du courant : le parc nucléaire d’EDF et le marché de l’électricité. Les prix de l’électricité de ces deux sources entrent dans le calcul des Tarifs Réglementés.

Un marché qui se retourne, l’électricité polluante étant davantage taxée ! Les concurrents d’EDF accros au biberon nucléaire !

Durant des années, les prix de l’électricité sur le marché ont été très bas. Les centrales à charbon allemandes déversaient du courant, polluant, mais bon marché, au prix proche du nucléaire EDF. Les surplus de charbon américain, arrivant en Europe avaient fait chuter les coûts de ce combustible. A cela s’ajoutait l’apport des renouvelables, une électricité livrée à un prix dérisoire car payée hors marché par des taxes. Dans un premier temps, le prix bas (artificiel) des renouvelables et des combustibles fossiles firent énormément chuter les prix de marché. Ils devinrent inférieurs au prix de production des centrales à charbon seules et également à celui du nucléaire mis à disposition des concurrents d’EDF par le dispositif ARENH… On observa simultanément des baisses du prix de gros de l’électricité sur le marché et des augmentations de factures des particuliers en raison des taxes finançant les renouvelables. Bref, l’époque fut bénie pour les concurrents d’EDF. Lorsque le marché ne procurait pas assez d’électricité à bas coût, il suffisait de compléter par des achats de nucléaire EDF à prix d’ami. Certes, en l’absence de concurrence lors de la production, aucun gain n’apparut pour le consommateur (sur les factures TTC) comme l’indiqua le Président de la Commission de Régulation de l’Energie (voir ci-après).

Mais début 2018, l’annonce d’une modification des règles du marché du carbone provoqua une forte hausse des prix de la tonne de CO2 pour les centrales électriques (Enfin, une volonté politique de décarboner l’énergie !). A cela s’ajouta une augmentation du coût des combustibles fossiles. La conséquence fut une l’augmentation notable des coûts de production des centrales à combustibles fossiles (dont le charbon). Le prix du marché de gros de l’électricité suivit. Le changement majeur fut que les prix de marché dépassèrent le prix de vente du courant nucléaire d’EDF (42 euros/MWh).

Les concurrents d’EDF devinrent alors accros au biberon nucléaire. La situation était renversée : désormais les fournisseurs alternatifs, qui produisent peu ou pas devaient acheter une partie de leur courant sur le marché à un prix supérieur à celui issu des centrales nucléaires, qui, comme chacun sait, procurent la plus grande partie du courant à EDF. Ils se ruèrent sur le courant nucléaire : en 2018, les deux tiers de leur approvisionnement vinrent du parc nucléaire EDF.

ARENH : un échec complet parfaitement prévisible, et des margoulins qui se goinfrent.

EDF, premier producteur mondial occupe en France une position dominante. Le législateur français a, par la Loi Nome (Nouvelle Organisation du Marché de l’Electricité , décidé de s’écarter des règles habituelles de concurrence afin d’aider l’apparition et le développement des nouveaux fournisseurs d’électricité. La raison invoquée est le prix très bas du nucléaire lié à l’amortissement du parc de centrales. La Loi Nome, par le dispositif nommé Accès Régulé à l’Electricité Nucléaire Historique (ARENH), permet aux concurrents d’EDF de se procurer du courant nucléaire à un prix censé ne pas léser EDF tout en leur donnant, à efficacité égale, la possibilité de concurrencer l’opérateur historique (42 euros/MWh depuis plusieurs années)…. Le recours à l’ARENH est bien sûr optionnel. Les fournisseurs alternatifs n’ont intérêt à l’utiliser que lorsque les prix de marché sont plus élevés que 42 € MWh. La Loi NOME stipule que le dispositif ARENH doit s’arrêter en 2025. L’Autorité de Concurrence, consultée, a accepté le dispositif ARENH en constatant : « Le dispositif … conduit à s’écarter des conditions normales d’un marché concurrentiel … pendant une période très longue ». Et encore :  l’Autorité de Concurrence, en donnant son accord à l’ARENH, l’a assortit des considérations suivantes : - « L’émergence d’une concurrence réelle rend nécessaire de favoriser une incitation à l’investissement des fournisseurs alternatifs dans les moyens de production ». Ces investissements sont « la contrepartie » des fournitures de courant nucléaire par l’ARENH. - « … il est important [de prévoir] une sortie progressive du mécanisme…L’objectif est d’obliger les fournisseurs à se préparer à l’échéance du 31 décembre 2025 »

Force est de constater que de telles incitations, dont la sortie progressive du dispositif, ne furent pas prévues. Les investissements dans la production des concurrents d’EDF ne sont pas apparus. La concurrence à la production d’électricité n’existe pas en France. Ce qui entraîne, dans les faits, l’absence de concurrence tout court, donc l’absence d’effet sur le prix. Le Président de la Commission de Régulation de l’Energie le confirme : « la concurrence par les prix reste marginale » , Comme l’avait prévu l’Autorité de Concurrence : « A défaut [de la concurrence à la production]…à la sortie du dispositif [ARENH] la configuration du marché ne sera guère différente de celle actuelle ». L’ARENH est un échec. Le Président de la Commission de Régulation de l’Energie et l’Autorité de Concurrence constatent : aucun gain pour le consommateur, aucune avancée dans la mise en place d’un véritable marché de l’électricité. On notera que ni la Commission de Régulation de l’Energie, ni l’Autorité de Concurrence ne parlent de renouvelables: ces sources sont toujours largement hors concurrence. La véritable raison de l’échec de l’ARENH est le marché de l’électricité européen, qui par son fonctionnement aberrant, ne permet pas d’investissement rentable dans la production et le stockage de l’électricité. Cette situation existant depuis des années, le résultat de l’ARENH aurait pu être prévu. »

NB : Si l’ARENH qui contraint EDF à céder à prix coûtant (voire même plus bas) un quart de sa production nucléaire, n’a permis aucun gain pour le consommateur, ni aucun progrès dans la constitution d’un marché de l’électricité, elle fait en revanche un tabac chez les pseudo-concurrent d’EDF, qui en demandent toujours plus, soit une augmentation de 30% ! Accordée en dépit de tout bon sens par M. De Rugy, alors que l’ARENH était au contraire censée disparaître progressivement. Une aberration de plus !
 Et c’est ainsi qu’EDF se trouve contraint de subventionner (et de plus en plus) des margoulins qui prétendent fournir de l’énergie verte et qui n’ont investi dans aucune installation de production, et qui se contentent de revendre le courant nucléaire qu’EDF est forcé de leur vendre à bas prix !

Ou encore par l’ARENH, EDF est forcée de subventionner Total au frais des consommateurs…pour que Total lui prenne des clients ! Au fou !

Pourquoi l’augmentation ? Pour sauver la parodie de concurrence !

Tout consommateur qui a quitté les Tarifs Réglementés d’EDF peut y revenir quand il veut. La seule façon d’éviter l’effondrement des concurrents de parodie d’EDF était d’augmenter les Tarifs Réglementés d’EDF … afin que les concurrents puissent augmenter leurs prix tout en évitant que leurs clients retournent chez EDF.

Concurrents de parodie , qui ne produisent rien, et se contentent, dans un marché de gros devenu plus cher à cause  de tensions internationales et de  l’ augmentation des taxes carbones, de revendre à coût plus élevé le courant nucléaire qu’EDF est contrant de leur céder à bas prix ! Comme ils ne produisent pas ( et comment pourraient produire à plus bas coût qu’EDF ?), comme ils n’investissent pas dans de nouveaux moyens de production, leur seul levier, c’est une concurrence au niveau des frais de commercialisation, 6 à 8% de nos factures !. Alors on assiste  à ce déplacement massif des centres d’appel dans des pays où le soleil est plus généreux et le code du travail nettement moins. Une grande entreprise (Suez) a ainsi délocalisé massivement ses commerciaux au Maroc et à Madagascar… avec les conséquences évidentes sur l’emploi en France et la qualité du service rendu./

La hausse des tarifs réglementés pour maintenir l’hypocrisie de la concurrence sur le marché de l’électricité

Les dirigeants français ont essayé de se soumettre aux directives européennes sur la libéralisation du marché de l’électricité en particulier par l’adoption d’un dispositif nommé ARENH, qui oblige l’entreprise EDF à fournir aux autres fournisseurs du courant nucléaire à un prix tel que ceux-ci aient la possibilité de la concurrencer (à efficacité égale). Il en a résulté une Usine à Gaz, dont le fonctionnement semble échapper à ses concepteurs. L’espoir était que les concurrents d’EDF investissent dans la production. Ils ne l’ont pas fait. Cela entraîne l’absence de concurrence à la production, donc l’inexistence d’une concurrence permettant de faire baisser les prix. . L’augmentation récente des prix de gros de marché de l’électricité menace la compétitivité des concurrents d’ED.  Pour sauver la face vis-à-vis de Bruxelles et maintenir cette apparence de concurrence sans intérêt pour le consommateur, il est nécessaire d’augmenter les Tarifs Règlementés d’EDF ainsi que la quantité de courant nucléaire livré aux « fournisseurs » alternatifs. Il faut éviter que les clients qui ont quitté EDF y retournent. Le consommateur français va payer son électricité plus chère et sera privé d’une partie de la compétitivité du nucléaire, utilisée pour aider les concurrents d’EDF. EDF, seul investisseur conséquent dans le secteur électrique et dont dépend une branche industrielle de centaines d’entreprises, est fragilisé par les aides à ces mêmes concurrents, qui eux, investissent bien peu.

C’est technique ? Non, en fait, c’est assez simple. Les syndicats et organisations de consommateurs ont bien compris ce qui se passe et le dénoncer. Par exemple, la position de la CNL :

« Durant des décennies, la France a fait le choix politique de développer un service public de l’énergie en offrant aux usagers de l’électricité et du gaz un prix uniforme et accessible sur tout le territoire, et qui garantissait l’indépendance énergétique du pays.

En 2000, le choix de privatiser les opérateurs historiques EDF et GDF ainsi que les différentes étapes de l’ouverture du marché de l’énergie ont conduit à des augmentations très importantes des prix pour les consommateurs et à la recherche systématique des profits pour les actionnaires.
La situation ne va faire qu’empirer avec la dernière loi de nouvelle organisation du marché de l’électricité et la mise en place de nouveaux compteurs. L’objectif est très clair : la disparition des tarifs réglementés de l’électricité, entre autres, et une ouverture totale à la concurrence et à la spéculation. Avec cette loi, il n’existe plus de garde-fou sur l’évolution des tarifs.
Pour la CNL, il est scandaleux que l’Etat ait renoncé à un service public de l’énergie, garant de l’accès de tous à ce bien de première nécessité, d’autant plus que 3,5 millions de ménages ne peuvent plus se chauffer correctement. Ces familles sont prises dans une spirale infernale : factures impayées, restriction ou privation de chauffage, tout conduit à la dégradation accélérée du bien-être dans le logement. Les conséquences sanitaires et sociales sont tout autant dramatiques. Qu’en sera-t-il demain ? Ce ne sont pas les Tarifs de solidarité énergie actuels qui peuvent aider les familles en difficulté. »

La CNL et d’autres ont entrepris de contester l’augmentation des TRV. Comme le souligne M. Taccoen, « la base juridique, comme l’explique l’Autorité de Concurrence, est fragile.Il est bien possible que le Conseil d’Etat, saisi par des associations de consommateurs annule l’augmentation de 5,9 % pour la ramener à 3,54%. Cette même Autorité de Concurrence, qui a donné un avis défavorable à cette initiative de la Commission de Régulation, estime qu’il s’agit d’un transfert financier aux concurrents d’EDF fait aux dépens des consommateurs »

Nous voyons à quels sommets d’absurdité mène l’idéologie de l’ultralibéralisme – la pseudo libéralisation du pseudo marché de l’électricité en est un exemple particulièrement clair !

Il est peut-être temps d’arrêter !

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