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mardi 19 mars 2019

Pourquoi détester l’Eurokom ? Carlos Tavares et la politique automobile européenne

Le diktat de l’Europe -  Ces questions sont traitées avec une légèreté et un amateurisme atterrants

Interview au Figaro du 3 mars 2019: extraits :

Carlos Tavares fustige le diktat de l’Europe, la décision du Parlement de Strasbourg de réduire de 40% les émissions de CO2 quand les constructeurs plaidaient pour 20%. Compte-tenu des amendes prévues, les entreprises seront confrontées à un enjeu vital, donc elles le feront. Mais cela implique un changement de cap total pour nos sociétés pour lequel les responsables politique ne les préparent nullement…

Depuis deux mois, l’industrie automobile européenne a annoncé la suppression de plus de 20.000 postes. La volonté d’imposer la correction de trajectoire de l’industrie a parfaitement  réussi. Veut-on aller plus loin encore ? Très bien, les entreprises s’adapteront. Mais cela met en risque les treize millions de personnes qui travaillent dans notre industrie et cela déstabilisera nos sociétés européennes.

Comment débattre quand on n’est pas écouté ? Nous sommes enfermés par cette surdité. Je peux en témoigner comme président de l’ACEA, associations européennes des constructeurs automobiles ; la Commission Européenne n’a jamais donné le moindre signe de vouloir engager une discussion constructive. L’Union européenne nous a totalement ignoré : elle était y elle-même ulcéré par l’affront de la tricherie d’un constructeur, ce qui l’a conduite à faire l’amalgame avec tout le secteur. Le vote du Parlement est un vote contre toute l’industrie européenne. Si être prémonitoire, c‘est faire du chantage, alors ne disons-rien et attendons que les choses se produisent.
La société a décidé de tuer le diesel. Passons à autre chose. Mais le problème, c’est que les émissions de CO2 augmentent. Donc, on nous dit de passer à l’électrification. Très bien ? Mais comment nos concitoyens pourront-ils disposer dans des conditions économiques raisonnables d’une pleine liberté de mouvement ? Ces questions sont traitées avec une légèreté et un amateurisme atterrants.

L’électrification n’est-elle pas la solution ? Je ne dis pas cela. Mais je ne voudrais pas que dans vingt ans mes petits-enfants me disent : papy, quand vous avez décidé le tout électrique, vous n’avez pas tout bien regardé ! » Il faut une vision à 360 degrés. Nous avons besoin d’un pilotage stratégique. Les constructeurs ont les produits. Mais il faut penser à la production de l’énergie propre qui propulsera les véhicules, l’empreinte carbone de la production et du recyclage des batteries, les conditions d’extraction des terres rares qu’elles contiennent, le dimensionnement du réseau de chargement, le devenir des 414 milliards de recettes fiscales en Europe sur les carburants, le financement… Comment les Etats, exsangues, au bout de leurs capacités d’endettement, de déficit et de pression fiscale, trouveront-ils l’argent pour financer les réseaux de chargement ? Je constate que l’automobile est en position de  fusible entre les ministères de l’industrie et de l’Environnement ? Il y a treize millions de salariés qui sont les otages de ce débat de société. Cela mérite au minimum une approche professionnelle et scientifique de la question posée.

Vous êtes sévère sur le pilotage stratégique ! Mais, pour le coup, la question de la production des batteries est posée ? Participerez-vous au projet d’ Airbus des batteries ? Je salue l’initiative de la France et de l’Allemagne. De grands acteurs comme Bosch, ont regardé le dossier et considéré que ce n’était pas rentable. Nous avons étudié le sujet. Le capital initial est colossal. Ce projet n‘est possible que s’il est considéré comme hautement stratégique et qu’à ce titre, il ne soit pas étouffé par les règles qui contraignent les aides d’Etat. L’Union européenne sera-t-elle capable de s’élever à ce niveau de vision stratégique, au-delà des simples règles de concurrence intracommunataires ? Sera-t-elle capable de se débarrasser de son carcan technocratique pour permettre que l’on localise l’industrie de la batterie vers l’Europe ? Bref pouvons-nous faire confiance à l’Europe ?

La décision sur Alsthom Siemens peut nous rendre soit pessimiste, soit optimiste, si elle sert d’électrochoc. Mais il faut faire vite. Nous avons des échéances pour 2020, pour 2025, pour 2030. A ces dates, si les constructeurs ne vendent pas assez de voitures électriques, ils seront ruinés par des amendes. Dans le monde réel, nous chefs d’entreprises, devons prendre des décisions et réserver des volumes de batteries auprès de fournisseurs asiatiques qui nous voient arriver avec un grand sourire, pendant que la paperasserie européenne suit son cours. Ils sont ravis de cette contrainte qui pèse sur nous, et leur permet de négocier de bons prix.

La décision du parlement européen est tout simplement en train d’obliger le secteur automobile européen à exporter 40% de la valeur des automobiles vers l’Asie . Est-ce pour cela que les citoyens européens ont voté ? Les élus qui ont pris des décisions jusqu’au-boutistes avaient-ils ce mandat-là ?

« Le monde est fou. Le fait que les autorités nous ordonnent d’aller dans une direction technologique, celle du véhicule électrique, est un gros tournant. Je ne voudrais pas que dans 30 ans on découvre quelque chose qui n’est pas aussi beau que ça en a l’air, sur le recyclage des batteries, l’utilisation des matières rares de la planète, sur les émissions électromagnétiques de la batterie en situation de recharge ? ». Je m’inquiète en tant que citoyen, parce qu’en tant que constructeur automobile, je ne suis pas audible. Toute cette agitation, tout ce chaos, va se retourner contre nous parce que nous aurons pris de mauvaises décisions dans des contextes émotionnels. »

Un peu de techniques : la voiture électrique est-elle écologique ? Ben, pas tellement !

Note de l’Ademe de 2013 : La fabrication des batteries est tellement émettrice de CO² qu’il faut avoir parcouru de 50 000 à 100 000 km en voiture électrique pour commencer à être moins producteur de CO² qu’une voiture thermique. Soit 15 à 30 km par jour, 365 jours par an, pendant 10 ans !

Bon, les chiffres sont déjà assez anciens, ils se sont peut-être améliorés, mais les ordres de grandeur restent les mêmes. Sachant que ces voitures servent essentiellement à des trajets courts, il est probable que le kilométrage nécessaire pour s’estimer « vertueux » ne sera jamais atteint. De plus, tout le CO² émis par une voiture électrique est envoyé dans l’atmosphère avant même que ne soit parcouru le moindre kilomètre, alors qu'il est partout prétendu que la voiture électrique n’émet pas de particules fines. Mais, comme le signale le magazine Science et Vie (janvier 2015), « les pneus, les freins et l’usure des routes émettent presque autant de microparticules que le diésel ». Alors, la voiture électrique émet certes moins de particules que la voiture thermique, puisqu'elle ne dispose pas d’un pot d’échappement, mais elle possède bien des freins, des pneus, et roule sur le goudron !

Au final, on peut avoir de sérieux doutes sur le caractère écologique de  la voiture électrique. Or, l’argent public consacré à son développement est considérable. Un compte rapide :  

Le gouvernement a lancé un plan d’installation de 7 millions de bornes de rechargement à environ 10 000 euros pièce, soit un cout d’environ 70 milliards d’euros. Il est d’ailleurs poignant de voir les élus de petites communes, croyant faire un geste pour l’environnement, casser la tirelire municipale pour s’offrir une borne ;

Le bonus «écologique» à l’achat d’une voiture électrique dépasse 10 000 €par véhicule, souvent complété par une prime de la région. La quasi-totalité des acheteurs sont des ménages aisés, car ces véhicules sont très chers : une fois de plus, l’argent de tous est offert aux plus privilégiés. (cf. Stephane Lhomme, Directeur de l’Observatoire du nucléaire, pour qui  la promotion de la voiture électrique cache en en fait la défense et la promotion du nucléaire).

Tiens, et autre chose en passant : il n’y a pas que l’automobile. En considérant la taille des moteurs et la qualité du carburant utilisé, les 40 plus gros navires-cargos du monde polluent autant que l’ensemble des 760 millions d’automobiles de la planète. Et Ces 40 navires font partie d’une flottille de 3.500, auxquels il faut ajouter les 17.500 tankers qui composent l’ensemble des 100.000 navires qui sillonnent les mers…

Tiens, une dernière citation de Carlos Tavares : Ce magnifique instrument de liberté qu’est l’automobile… Elle permet à nos concitoyens une liberté de mouvement  sans égale.

Ca va être dur de s'en passer....

Les manifestations pour le climat

Prenons les manifestations pour le climat ; si consensuelles tant qu’on ne parle pas de solutions concrètes, pratiques et acceptables. Prenons les propos de l’ égérie suédoise Greta Thunberg, partie en train à Davos (ça prend du temps, mais il faut reconnaître que c’est cohérent ): «   Je ne veux pas de votre espoir. Je veux que vous paniquiez, que vous ressentiez la peur que je ressens tous les jours et que vous agissiez. »

Eh bien non, justement. La panique, c’est un très mauvais plan, et le plus sûr moyen de faire n’importe quoi, comme de décréter des objectifs absurdes et démagogiques  sans souci de leur faisabilité technique et de leur soutenabilité sociale- juste comme l’a fait le Parlement Européen, comme le dénonce très courageusement Carlos Tavares.

Il  justement  temps  de quitter le mode panique , qui semble se développer dangereusement, pour revenir en mode technique. Ce qui se passe n'est pas très étonnant. Certains penseurs écologistes, adversaires idéologiques du progrès, l'ont théorisé : la peur est pour eux le seul moyen qui permettra d'imposer les changements radicaux de comportement qu'ils pensent nécessaires pour sauver l'humanité. Une posture dangereuse d'autant qu’ils sont aussi prêt à balancer par dessus bord rationalité technique, démocratie, problèmes sociaux et finalement toute une partie de l’humanité qui ne mériterait pas d'être sauvée.

Nous avons connu les épisodes tragiques des gardes rouges, il ne faudrait pas que l’appel à la panique et à la peur de l’apocalypse engendre des gardes verts. Or, déjà, les attaques de boucherie et d’agriculteurs au travail se développent….

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dimanche 17 juin 2018

Raisons de détester l’Eurokom 6 : L’Europe de l’impuissance


Europe et Eurokom

Suite de la série précédente : légèrement énervé par Macron proclamant que « l’Europe nous a donné la Paix »  et face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations et l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne

La capitulation face aux lois américaines d’extraterritorialité

Depuis des années, les lois d’extraterritorialité américaines agissent comme un instrument majeur de l’impérialisme américain. Pour la France, c’est notamment Alstom, ce vrai scandale d’Etat dont Macron est largement responsable, avec des poursuites diligentées opportunément aux USA pour corruption juste au moment où General Electric s’intéressait fortement à la branche énergie d’Alstom : bilan : GE s’empare d’une activité stratégique importante, en particulier pour l’industrie nucléaire. Une mission d’enquête parlementaire de l’ « ancien monde », qui ne travaillait pas si mal que ça a établi que depuis 2008, les lois d’extraterritorialité américaine ont permis de taxer diverses entreprises françaises de 20 milliards de dollars !

L’affaire Alstom a eu un précédent qui aurait dû servir d’avertissement :  Alcatel, condamné à 137 millions de dollars d’amende, pour des faits de corruption, alors que le concurrent américain Lucent, pour des faits analogues, n’a été condamné qu’à une amende de… 2,5 millions de dollars. Fin 2006, Lucent prendra le contrôle d’Alcatel…

Commentaires de la Commission « Actuellement, nous assistons à une volonté manifeste des États-Unis d’utiliser leur droit à des fins politiques, de sécurité et d’influence, mais également à des fins commerciales : c’est une volonté impérialiste. Le droit américain est utilisé pour obtenir des marchés et éliminer des concurrents. Nous devons ne pas être naïfs et prendre conscience de ce qui se passe. Les derniers gouvernements français n’ont pas réagi, mais ils ne sont pas les seuls coupables : les entreprises françaises qui étaient mises en cause dans des affaires de corruption aux États-Unis n’ont rien dit au Gouvernement. En effet, les grands groupes sont dans les mains des cabinets d’avocats américains, qui leur conseillent de ne surtout pas avertir les autorités françaises, et de régler leurs procès discrètement, grâce au mécanisme du plaider coupable ; ces cabinets facturent pour cela des honoraires substantiels. Il est important de prendre en compte l’existence de tels intérêts privés dans notre réflexion. Les États sont éliminés, sauf l’État américain qui, dans la jungle transnationale, a su utiliser son droit de manière extraterritoriale.

On en arrive à des situations d’auto-accusation et à une violation totale et directe de la souveraineté française. Il est scandaleux que des moniteurs soient placés en France, enquêtent en France et transmettent des informations aux États-Unis sans que cela passe par la justice française. Nous ne sommes pas là dans une situation théorique. Il s’agit de mesures d’exécution et je m’étonne qu’il n’y ait pas de magistrats pour réagir à la Chancellerie ».

En effet ! Au niveau européen, c’est plus de 40 milliards de dollars. Et depuis 2008, l’Europe n’a jamais réagi contre ce véritable racket et cette attaque directe contre son industrie et ses banques

Et revoilà le Boycott contre l’Iran !

Les entreprises européennes qui travaillent en Iran ont six mois pour tout arrêter et pour déménager. Faute de quoi, elles encourent un paquet de pénalités très sévères qui peuvent aller jusqu'à être interdites de faire des affaires sur le marché américain ou même de faire du business en dollars. Comme le dollar est la monnaie internationale de paiement, ces entreprises sont complètement prises en otage. Pour la France,  Airbus, Total, Peugeot, Renault, Accor sont sévèrement impactées. 

Total a déjà annoncé qu’il se retirait du champ gazier iranien South Pars 11, l’un des plus prometteurs de ses récents investissements – projets et profits ont été gentiment cédés à la Chine- eh oui, le yuan craint moins que l’euro les représailles américaines… 

Peugeot PSA a pris la décision de suspendre ses livraisons en Iran et tout laisse à penser que Peugeot va se désengager définitivement du marché iranien…alors qu’ en Iran, le groupe français détient près de 30% du marché, ce qui représente 22% des volumes de la marque. Son partenaire Iran Khodro commercialise en effet avec succès des Peugeot 405 et 206, assemblées en Iran à partir de pièces détachées fabriquées sur le site de Vesoul en France. Peugeot quitte l’Iran alors même que ce pays représente son premier débouché pour les véhicules particuliers devant la France (458 000 ventes en Iran contre 441 790 en France en 2011).  La présence de Peugeot en Iran date de 1978 ! 

Airbus doit renoncer à des commandes de compagnies aériennes iraniennes (Iran Air Tour, Zagros Airlines) pour 100 avions au total, dont des A320neo, pour un montant de 20,8 milliards de dollars L'avionneur européen a des usines aux États-Unis, et un nombre important de pièces installées dans ses appareils sont fabriquées sur le sol américain, ce qui soumet automatiquement Airbus aux sanctions américaines…

Face à cela, l’Europe agite un fumeux règlement anti-boycott de 1996, qui n’ a jamais fonctionné et n’a pas empêché des firmes européennes de payer des amendes record pour ne pas avoir respecté, rappelons-le des embargos purement américain et non internationaux ( donc illégaux !) contre l’Iran déjà, Cuba- un dangereux repaire de terroristes- la Lybie…

Ah , et une nouvelle arme secrète- la Banque européenne d’investissement pourrait soutenir financièrement les firmes décidant de rester en Iran. Y a Qu’à croire ! C’est sur Russia Today que j’ai pu lire la réponse de la Banque Européenne : Bien sûr, elle s’engage à soutenir la Politique de la Commission, mais en aucun cas, elle ne saurait encourager les firmes européennes à violer les règles américaines…..

Face à cet impérialisme financier et industriel américain, à ce racket, à ces vols caractérisés qui durent depuis des années, qui peut frapper n’importe qui, pourvu simplement qu’il utilise le dollar, l’Europe a été incapable de rien faire et est toujours incapable de rien faire !
Il y a eu quand même dans ce triste numéro un moment drolatique, la visite de Merkel à Moscou pour demander à Poutine de bien vouloir être un peu indulgent dans cette période difficile en ce qui concerne les mesures de rétorsion russes prises en réponse aux sanctions européennes à propos de la Crimée…

La taxation impossible des GAFA- le fiasco de Sofia

Un certain nombre de firmes internationales, dont les fameux Gafa profitent abusivement et industriellement des possibilités d’optimisation fiscale que leur offre la stupide et mortelle concurrence fiscale à la baisse des états européens. Pour mémoire, Facebook, en France, paie un million d'euros de taxes sur les bénéfices un chiffre d'affaires estimé autour de 700 millions d'euros !  C’est à peine les dépenses d'investissement d'une commune rurale ; cela ne suffit même pas à faire tourner un hôpital public durant une journée. C'est 150 fois moins que le coup de rabot de 5 euros sur les Aides Publiques au logement du gouvernement Macron. 

En impôt européen, Facebook paie à peu près 3% de ses bénéfices, Apple 4%, Google est un poil plus civique avec 11%. D'après Ouest-France, Google et Facebook auraient évité entre 2013 et 2015 de payer 5,4 milliards d'euros au sein de l'UE.

C’est évidemment scandaleux et la France, suivie pour une fois par la Commission Européenne, avait proposé, dans chaque pays,  une taxe sur le chiffre d’affaire des grandes entreprises opérant en Europe – le chiffre d’affaire contrairement aux bénéfices ne  peut faire l’objet des même trafics de transfert. Le principe de cette taxe est de fixer le taux d'imposition sur la base de leur chiffre d'affaires réalisé dans chaque pays, et non plus les bénéfices logés dans des filiales installées dans des Etats à faible fiscalité.

Eh bien raté ! la réunion de Sofia, où cette mesure devait être adoptée s’est soldée par un fiasco intégral. Les pays habituellement bénéficiaires de ces trafics fiscaux (Irlande, Luxembourg). Mais le coup de grâce est venu de l’Allemagne, qui soutenait jusque-là l’initiative…et a fait savoir que compte-tenu de ses exportations industrielles aux USA, il valait mieux éviter de les provoquer en taxant leurs géants numériques.

Même le placide Bruno Le Maire s’est un peu énervé : « L'Europe est-elle capable de se montrer forte ?...Les UA ne comprennent que les rapports de force…Si vous voulez allez jusqu'aux élections européennes l'an prochain avec le message "nous avons beaucoup parlé, beaucoup débattu, mais pris aucune décision" bonne chance !».
Il faut vraiment sortir de cette Europe-là, de cet Eurokom !

Et un autre sujet dont je n’ai pas traité ici : les investissements chinois !




jeudi 23 novembre 2017

Politique énergétique_4_L’escroquerie de la voiture tout-électrique

Le défi industriel derrière le fantasme de la généralisation du véhicule électrique 

Suivons toujours La France dans le Noir de Hervé Machenaud (Les Belles Lettres), c’est un guide sûr. « A-t-on une idée du défi industriel derrière le fantasme de la généralisation du véhicule électrique ? A ce jour, une des technologies les plus avancées (à quel prix !) celle de Tesla permet avec une batterie de 500 kg ½ tonne, une autonomie de  500 kM ? Le temps de recharge est de 20 minutes à partir de bornes de fortes puissances (quelques centaines en France) ou quinze heures à partir d’une recharge domestique.

Comment imagine-t-on de généraliser la recharge à domicile ? Comment feront les gens qui habitent dans les immeubles des grandes villes et leur banlieue ? Ils auront tous un parking souterrain équipé, ou bien devront-ils trouver une place dans le rue devant une borne de stationnement ?  A supposer que tous les trottoirs de toutes les villes en soient pourvus, quel sera le pourcentage de voitures qui pourront être rechargés pendant plus de douze heures ? 
 Les pouvoirs publics visent 6 millions de véhicules électriques à l’horizon 2030. Cela pourrait représenter une augmentation de 30% de la demande de pointe. Le procès fait au chauffage électrique responsable en France de la demande de pointe sera-t-il fait dans dix ans aux véhicules électriques qui auront tous besoins d’être rechargés entre 19 heures et 7 heures du matin ? Il faut une certaine candeur et pas un grand sens des réalités pour diffuser l’idée à la mode que les six millions de voitures pourront se recharger sur des bornes intelligentes, elles-mêmes équipées de batteries  qui, chargées la journée, chargeront les véhicules la nuit. A-t-on idée du poids de la taille, du coût d’une telle batterie ? Dans chaque borne ? Sans parler de son propre temps de chargement ! »

Analyse coûts et bénéfices des véhicules électriques : le thermique toujours meilleur

Economie en CO2 ; ça dépend de la source de l’énergie électrique !

Or justement, le CGDD (Commissariat Général au Développement Durable) a publié cette année (2017) une « Analyse coûts et bénéfices des véhicules électriques ».

https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/Th%C3%A9ma%20-%20Analyse%20co%C3%BBts%20b%C3%A9n%C3%A9fices%20des%20v%C3%A9hicules%20%C3%A9lectriques.pdf

En ce qui concerne le bilan environnemental (suppression des émissions de polluants locaux en circulation liés à la combustion, moindre bruit et très faibles émissions de CO2),  la motorisation tout électrique permet de réduire sensiblement les coûts : suppression des émissions de polluants locaux en circulation liés à la combustion, moindre bruit (nul en milieu urbain très dense), et très faibles émissions de CO2 (liées à la production d’électricité qui sont faibles compte tenu du mix électrique français).

Sauf que ce gain environnemental de la motorisation électrique est. réduit par le coût environnemental de production de la batterie. Et surtout, la faiblesse des émissions en CO2 est intimement lié au mix électrique français et ses 70% de nucléaire dans la production électrique. Conséquence : le contenu CO2 moyen en France de l’électricité en 2013 est de 64 g de CO2 /kWh alors qu’il est de 486 g en Allemagne ( où l’on voit l’effet de l’abandonnement scandaleux du nucléaire allemand) et environ 270 au Royaume Uni, 290 en Italie, 220 en Espagne, 560 en Pologne.

Conséquence de la conséquence : en matière de CO2,  en usage mixte (c’est-à-dire non intensivement urbain) le véhicule électrique est plus performant que le véhicule thermique en France, mais pas   en Allemagne (330 g), au Royaume-Uni (270 g), en Italie (290 g) ou en Pologne (560 g). En 2020, le Véhiculé électrique  sera cependant plus performant que le véhicule thermique dans toutes les zones urbaines quel que soit le pays de l’UE. Mais, même en 2050, en usage mixte, le véhicule électrique  serait toujours moins performant que le thermique dans des pays comme l’Allemagne (240 g CO2/kWh), l’Italie (230 g) ou la Pologne (400 g).

Coût pour l’utilisateur

En ce qui concerne le coût pour l’utilisateur, pour un usage mixte, le véhicule thermique demeure plus avantageux que le véhicule électrique. Ainsi par exemple le surcoût socio-économique pour un VE en 2030 est de 7 000 euros sur la durée de vie de la voiture (et supérieur pour les autres technologies et/ou pour 2020). Ce résultat s’explique par le fait que la technologie électrique voit ses avantages compétitifs s’éroder du fait de vitesses plus élevées (hausse des consommations par rapport au milieu urbain) alors qu’au contraire le rendement du moteur des véhicules thermiques est optimal autour de 80 km/h3, et du moindre coût environnemental dans les zones moins peuplées. Ce phénomène est renforcé par une hypothèse de baisse annuelle de plus de 2 % des consommations des véhicules thermiques. Par ailleurs, pour rendre un service équivalent, le véhicule électrique considéré doit posséder une grosse batterie d’une capacité de 50 kWh correspondant à une autonomie plus importante (200 km). Cela implique davantage d’émissions de polluants et de Gaz  à Effet de Serre lors de la phase de fabrication.

Et ajoutons encore ceci : le Véhicule Electrique  est pénalisé par un investissement relatif à l’installation de bornes de recharge. Aux 7000 euros s’ajoutent  donc une prise à domicile pour un coût de 600 euros  et l’aménagement de places de parking avec borne à destination (travail, études, commerces…) pour un coût de 2 000 euros, soit un surcoût  total de l’ordre de 9 500 euros pour le Véhicule électrique, sur sa durée de vie.

 Et encore ces résultats sont très sensibles. Une hypothèse alternative de 8 500 km au lieu de 16.000 par an conduit à un surcoût pour le VE de plusieurs milliers d’euros. Moins on roule, moins le véhicule électrique et intéressant.



Mise en garde de Carlos Tavares . Merci Monsieur !

Au tsunami continu de la démagogie écologiste politique surmontant les hautes eaux de l’ignorance scientifique et technique s’ajoute l’irresponsabilité de certains industriels, prêts à tout pour faire leur cour aux pouvoirs politiques et pour empocher toute subvention bonne à prendre- en matière de voiture électrique se distingua Carlos Goshn, le multi patron paranoïaque  de Renault et Nissan. En revanche, son ex bras droit et maintenant patron de Peugeot, Carlos Tavares, se montra autrement plus critique à l’occasion du dernier salon de Francfort. Extraits rapportés par La Tribune 13 septembre 2017 :

« Les constructeurs ainsi que les autorités publiques auraient bien tort de faire de l'électromobilité l'alpha et l'oméga d'une automobile écologiquement vertueuse….Qui aujourd'hui est en train de se soucier de traiter de la question des mobilités propres dans leur globalité ? Quelles solutions pour la fabrication de batteries, le recyclage des batteries, l'exploitation mais également l'approvisionnement en terres rares, la nature de la production d'électricité... Etc »,
Estimant que « l'emballement autour de l'électromobilité risquait de revenir comme un boomerang au visage des citoyens, Carlos Tavares a ironiquement imaginé sa position s'il devait revenir dans dix ans avec l'électromobilité au banc des accusés, au même titre que les moteurs thermiques aujourd'hui » ( il était ironique ou inquiet ? l’inquiétude serait assez justifiée)

Carlos Tavares s’est aussi inquiété du fait que les subventions publiques sur l'électromobilité ne dureront pas éternellement, et qu’il en résultera un renchérissement du prix des voitures, (qui deviendront moins abordables pour beaucoup) et une concurrence chinoise accrue ( la Chine bénéficiant d’une géologie favorable pour la production des batteries »

Merci, M. Tavares, vous avez  plus fait pour la société que bien de vos confrères aux déclarations écologistes tonitruantes- pourvu qu’il y ait des subventions à toucher ! Cette remarque, toujours tirée de La France dans le noir, d’Hervé Machenaud , qui recoupe votre inquiétude : « Ce sont les industriels qui porteront la responsabilité de ne pas avoir alerté les politiques, d’avoir mis en œuvre leurs politiques, sans les avoir mis en garde contre leurs conséquences »

Le tout électrique en matière de voiture ? Une absurdité totale !

Bref, du point de vue écologique, économique, sociétal, la voiture tout électrique ne peut se justifier qu’en zone urbaine très dense, et encore à condition d’un programme extrêmement couteux d’équipement de recharge,  à condition même qu’il possible ( Mais ou mettra-t-on toutes les voitures à recharger à Paris la nuit ????)…. Et à condition de produire plus d’électricité décarbonnée, donc en particulier nucléaire…(parce que le soleil, la nuit ?). M. Hulot, on  vous met une dizaine d’EPR de plus ???

Le tout électrique en matière de voiture ? Une absurdité totale ! Lorsqu’enfin la  simple rationalité l’emportera, le thermique et les bio carburants- qu’il faudrait se résoudre enfin à produire en masse auront de beaux jours devant eux…