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samedi 16 avril 2022

Un programme nucléaire anglais ambitieux

8 nouveaux grands réacteurs nucléaires : En mars 2022 le gouvernement britannique a annoncé une nouvelle stratégie énergétique, misant sur le  nucléaire et les  ENR pour réduire la consommation  de fossiles. En ce qui concerne le nucléaire,  construction de 8 nouveaux réacteurs nucléaires ;  un projet de nouveau réacteur devrait être lancé chaque année jusqu'en 2030. (au lieu d’un tous les 10 ans)

D'ici 2050, le Royaume-Uni  projette 24 GW de capacité de production nucléaire, représentant 25 % de la demande d'électricité estimée. Un nouvel organisme appelé Great British Nuclear sera créé pour piloter la mise en oeuvre du plan.

Par ailleurs, selon la SFEN, le process est en cours au Parlement pour approuver les deux nouveaux EPR à Sizewell C dans le Suffolk



Pour  Boris Johnson,  « une énergie plus propre et plus abordable sera fabriquée en Grande-Bretagne dans le cadre de plans audacieux visant à renforcer l’indépendance énergétique, la sécurité et la prospérité à long terme »

« Un nouvel organisme gouvernemental, Great British Nuclear, sera mis en place immédiatement pour prendre en charge les nouveaux projets nucléaires, soutenu par un financement substantiel, et nous lancerons le Future Nuclear Enabling Fund de 120 millions de livres sterling ce mois-ci »

« Sous réserve de l’état de préparation technologique de l’industrie, les petits réacteurs modulaires constitueront un élément clé du pipeline du projet nucléaire. »

Selon le nouveau plan de Johnson, le nucléaire fournira 25% de l’énergie du pays dans trois décennies, contre 16% actuellement. Le gouvernement « travaillera pour faire avancer une série de projets dès que possible cette décennie », y compris le site de Wylfa au Pays de Galles,

La renaissance planifiée de l’industrie nucléaire a cafouillé pendant plus d’une décennie, plusieurs projets n’ayant pas réussi à démarrer et le seul en cours de construction ayant subi des retards répétés. Cette renaissance est d’autant plus nécessaire  et urgente qu’ à l’heure actuelle, tous les 11 réacteurs du Royaume-Uni, sauf un, sur cinq sites devraient fermer d’ici la fin de la décennie.

En ce qui concerne EDF, celui-ci  construit une nouvelle centrale à Hinkley Point dans le sud-ouest de l’Angleterre, et avant mercredi, le plan du gouvernement était d’accepter d’ici 2024 de construire une autre centrale nucléaire de grande puissance d’EDF (EPR2), probablement à Sizewell C. L’entreprise Française envisage également de prolonger la durée de vie de sa station Sizewell B de 20 ans, jusqu’en 2055.

Le problème CCNC : Pour Sizewell, le gouvernement tente  de revenir sur  la participation de 20% que la société chinoise China General Nuclear Power Corp. détient dans le développement du projet aved EDF. Et sur la centrale de Bradley, que CCNC est censée construire seule .

https://www.gov.uk/government/news/major-acceleration-of-homegrown-power-in-britains-plan-for-greater-energy-independenc 

Quels investissements et quels investisseurs ?

Pour Bloomberg et il faut bien le dire, un grand nombre d’agences financières, il risque d’y avoir un problème de financement : « Les ministres veulent des capitaux privés pour 60% des coûts de construction de Sizewell C sur la côte du Suffolk, l’État et EDF prenant tous deux une part de 20%. »

 « Les investisseurs privés n’ont pas encore été convaincus que les rendements de l’énergie nucléaire sont suffisamment attrayants pour investir des milliards de livres dans un nouveau parc de réacteurs poussé par le gouvernement britannique. Une politique peu claire, la concurrence des énergies renouvelables et des préoccupations quant à l’attrait des rendements financiers font tous l’investissement…

Or des solutions existent et notamment le RAB  cf l’étude de KPMG sur le programme nucléaire des Pays-Bas).  Le Regulated Asset Based permet de répondre aux besoins des financiers privés avec des revenus assurés dès la phase de construction ; un degré élevé de certitude quant au rendement en fournissant une redevance fixe à un niveau de coût raisonnable qui comprend l’amortissement des investissements, les coûts d’exploitation et les coûts de déclassement ;  la possibilité d’introduire un « plafond de financement », un maximum du montant d’investissement à apporter par les financiers au-delà duquel les augmentations de coûts supplémentaires sont supportées par le gouvernement.

cf. https://www.blogger.com/blog/post/edit/7992602882194696168/7561501469603589037

Et pour terminer le refrain de la finance verte :

« Pour les investisseurs, le manque d’expertise en matière d’investissement dans l’énergie nucléaire et les conflits potentiels avec leurs politiques environnementales, sociales et de gouvernance existantes sont des préoccupations supplémentaires, ont déclaré des personnes proches du dossier. Les technologies renouvelables comme l’éolien offshore - qui sera un autre objectif du nouveau plan national - sont en concurrence pour le capital des investisseurs et le cas est beaucoup plus clair, »

Ah oui vraiment ? Très clair pour l’efficacité climatique, pour une transition climatiquement efficace économiquement et socialement soutenable ?

Là je dois dire que j’en ai un peu assez de ce compagnonnage très greenwashing entre la finance et des organisions environnementales toujours antinucléaire où chacun tire la barbe de l’autre et en tire profit, la finance en apparaissant verte à bon ( ou plutôt à mauvais compte), les ONG en acquérant un vernis de crédibilité. Cf. l’exemple parfait de la plate forme finace durable européenne et de son avis sur la taxonomie…

https://www.blogger.com/blog/post/edit/7992602882194696168/7597131390557434219

https://www.bloomberg.com/news/articles/2022-03-29/johnson-s-big-push-on-u-k-nuclear-power-leaves-investors-wary

Autres aspects du  plan : éolien off shore, on shore, pompes à chaleurs

« Nos plans ambitieux incluent également : l’éolien offshore : une nouvelle ambition allant jusqu’à 50 GW d’ici 2030 – plus que suffisant pour alimenter chaque foyer au Royaume-Uni – dont nous aimerions voir jusqu’à 5 GW provenant de l’éolien offshore de grande profondeur. Cela sera étayé par de nouvelles réformes de planification visant à réduire les délais d’approbation des nouveaux parcs éoliens offshore de 4 ans à 1 an »

éolien terrestre :prudence :  « nous mènerons des consultations sur le développement de partenariats avec un nombre limité de communautés solidaires qui souhaitent accueillir de nouvelles infrastructures éoliennes terrestres en échange de factures d’énergie moins élevée. »

Pompes à chaleur : « nous organiserons un concours d’accélérateur d’investissement dans les pompes à chaleur en 2022 d’une valeur maximale de 30 millions de livres sterling pour fabriquer des pompes à chaleur britanniques, qui réduisent la demande de gaz. »

Solaire : « Nous chercherons également à augmenter la capacité solaire actuelle de 14 GW du Royaume-Uni, qui pourrait être multipliée par 5 d’ici 2035, en modifiant les règles applicables aux projets solaires, en particulier sur les toits domestiques et commerciaux. »

dimanche 14 avril 2019

Nucléaire contre éolien : le plus écologiste n’est pas celui qu’on croit !


Nucléaire contre éolien : un Parlement imbécile

Attention, dans ce blog, un ton assez inhabituel pour cause de  pétage de plomb du principal rédacteur :

Le Parlement européen s’est exprimé sur une proposition de classification des actifs durables, et a choisi d’empêcher l’énergie nucléaire d’obtenir le sceau d’approbation écologique des marchés financiers. En s’exprimant sur la classification des actifs durables, le Parlement européen vient d’exclure l’énergie nucléaire, les combustibles fossiles et l’infrastructure gazière de la taxonomie du financement vert proposée par l’UE.

Imbéciles, ! idiots ! bigots ! Ignorant ! Pn, quand est-ce qu’on se casse de ce merdier ?

Cela veut dire : nous abandonnons tout espoir  d’agir contre le réchauffement climatique.

On ne peut pas se dire écologiste et ne pas être en faveur du développement de l’énergie nucléaire. C’est scientifiquement infondé, ce doit être politiquement discrédité.

Le nucléaire, énergie totalement décarbonnée, est la seule source d’énergie qui nous permettrait d’éviter le réchauffement/dérèglement  climatique. Sa part en France ne doit pas diminuer, sa part mondiale doit augmenter considérablement. Heureusement, la Chine y œuvre ! Efficacement !

Bon, on verra ce qu’il adviendra quand ce parlement failli sera remplacé ! D’autant que cette position est en contradiction avec celle adoptée en 2018 par la Commission européenne  qui a ainsi défini  sa vision stratégique à long terme « afin de parvenir à une économie prospère, moderne, compétitive et neutre pour le climat d'ici à 2050 – Une planète propre pour tous » :

La Commission se donne l’objectif d’un avenir neutre pour le climat couvrant l’ensemble des politiques de l'UE. Elle s'inscrit clairement dans la droite ligne de l'objectif de l'accord de Paris visant à maintenir l'accroissement de la température bien en deçà de 2°C et de poursuivre les efforts pour la contenir à 1,5°C. « Pour que l'UE puisse mener le monde vers la neutralité climatique, cette neutralité doit être atteinte d'ici à 2050 ». S’agissant du nucléaire, la Commission européenne confirme que cette énergie, avec les énergies renouvelables, constituerait l'épine dorsale d'un système énergétique européen sans carbone. Chaque État membre étant libre de choisir son propre bouquet énergétique, la Commission souligne que le nucléaire peut contribuer à la sécurité de l'approvisionnement en énergie, à la compétitivité et à une production d'électricité plus propre.

L’UE reconnait ainsi le nucléaire comme une source d'électricité à faible émission de carbone, et en capacité de réduire la dépendance de l'Europe vis-à-vis des importations d’énergies fossiles et d'assurer sa sécurité d'approvisionnement.

Les métaux rares, le visage sale des technologies « vertes » : « La plus fantastique opération de “greenwashing” de l’histoire »
La transition énergétique vers les « technologies vertes » dépend de l’exploitation de matériaux indispensables au fonctionnement des éoliennes, panneaux solaires ou autres batteries électriques. Dans « La guerre des métaux rares » (Les liens qui libèrent) le journaliste Guillaume Pitron révèle l’envers de cette  révolution  et il qualifie la promotion du solaire et de l’éolien de « plus fantastique opération de “greenwashing” de l’histoire ». Extraits :

L’industrialisation d’une voiture électrique consomme trois à quatre fois plus d’énergie que celle d’un véhicule conventionnel et sur l’ensemble d’un cycle de vie, leurs consommations énergétiques sont globalement proches. La fabrication d’une puce électronique de deux grammes implique le rejet de deux kilos de matériaux. Un courriel avec une pièce jointe consomme autant d’électricité qu’une ampoule basse consommation de forte puissance pendant une heure. « La prétendue marche heureuse vers l’âge de la dématérialisation n’est donc qu’une vaste tromperie, puisqu’elle génère, en réalité, un impact physique toujours plus considérable.

Le double dumping, social et environnemental, pratiqué par la Chine lui a permis de réduire considérablement ses prix de revient de production des métaux rares. Ce qui a poussé l’Occident à délocaliser sa pollution : le monde s’est organisé entre « ceux qui sont sales et ceux qui font semblant d’être propres ». « Dissimuler en Chine l’origine douteuse des métaux a permis de décerner aux technologies vertes et numériques un certificat de bonne réputation. C’est certainement la plus fantastique opération de greenwashing de l’histoire »

« il faut purifier huit tonnes et demie de roche pour produire un kilo de vanadium, seize tonnes pour un kilo de cérium, cinquante tonnes pour un kilo de gallium ». Pour extraire ces métaux rares, il faut donc des centrales électriques qui permettent d’exploiter une mine, de raffiner les minerais, mais il faut aussi les expédier vers des centres de production.

« Une mine, c’est un véritable choc visuel, un derrick à côté ce n’est rien. Nous avons pu approcher des mines en Chine et des lacs de rejets d'effluents toxiques d'usines de raffinage en Mongolie. C’est l’enfer de Dante. Tout est pollué là-bas, les sols, les airs, les nappes phréatiques. Les eaux chargées en métaux lourds sont déversées dans des lacs artificiels qui débordent régulièrement et polluent les fleuves, tels que le Fleuve jaune. Dans la région de Baotou, capitale mondiale des terres rares, on parle de villages des cancers. D’un bout à l’autre de la chaîne de production de métaux rares, quasiment rien n’y a été fait selon les standards écologiques et sanitaires les plus élémentaires ». Les ouvriers travaillent au bords de rivières d’acides sulfuriques concentrés pratiquement sans protections.

L’enquête de Guillaume Pitron l’emmène dans un village du nord-est de la Chine où 90 % des habitants ont dû quitter leurs terres. La raison de cet exode ? Des rizières devenues infertiles à cause des rejets de produits chimiques utilisés pour purifier les minerais. Loin de prévenir la pollution des sols, les autorités locales se contentent de dédommager les villageois pour leur départ. Avec une somme « qui ne satisfait pas les agriculteurs car le prix des appartements en ville reste largement prohibitif ». Les rivières et les fleuves connaissent le même sort que les sols. Les stations d’épuration sont quasi inexistantes dans l’Empire du milieu, or il faut 200 m3 d’eau pour purifier une tonne de terres rares. Faisant une halte à Weikuand Dam, non loin de la ville de Baotou, en Chine du nord, G. Pitron décrit « des dizaines de boyaux métalliques qui vomissent des torrents d’eau noirâtre »

De même en République démocratique du Congo, qui satisfait plus de la moitié des besoins de la population mondiale en cobalt. Là, l’auteur rapporte des études réalisées par des médecins congolais : dans les urines de populations riveraines des mines de Lubumbashi, on retrouve une concentration en cobalt jusqu’à 43 fois supérieure à la moyenne.

Une spécialiste chinoise de la question, Vivian Wu, résume la situation : « Le peuple chinois a sacrifié son environnement pour nourrir la planète entière avec des terres rares ».

Pourquoi l’a-t-il fait ? J’ai déjà traité ce sujet dans Terres rares , une hégémonie chinoise ?. (https://vivrelarecherche.blogspot.com/2013/05/terres-rares-lhegemonie-chinoise.html) C’est le résultat d’une stratégie de très long terme mise en place par Deng Xiaoping : «  Le Moyen Orient a le pétrole, la Chine a les terres rares » qui vise à placer la Chine en situation de quasi-monopole en matière de production de métaux rares – stratégie qui a réussi au-delà même de leurs espérances.  Guillaume Pitron dessine un scénario où le déni de la rareté de ces ressources, le manque d’infrastructures minières, le défi du taux de retour énergétique (c’est-à-dire le ratio entre l’énergie nécessaire à la production des métaux et celle que leur utilisation va générer) pourraient bloquer la plupart des pays dans leur transition énergétique et numérique. La Chine cherche à étendre son monopole au contrôle planétaire de la production de métaux rares en organisant l’instabilité des cours pour empêcher le développement de mines concurrentes. Elle pourrait ainsi devenir l’un des rares pays à être capable de soutenir sa transition énergétique et numérique.

Cette face caché des énergies  dites vertes (chez nous, pas chez les autres !) constitue donc un défi majeur, d’ abord un défi écologique, ensuite un défi géostratégique. Guillaume Pitron souligne l’incohérence des ONG écologistes qui dénoncent les conséquences, minières notamment, de la transition qu’elles promeuvent. Il plaide pour la réouverture de mines en France,  se faisant l’avocat d’une « mine responsable chez nous » qui vaudra toujours mieux qu’une « mine irresponsable ailleurs »…

Tiens, d’ailleurs, ça vaudra le coup d’y revenir à propos de Gardanne et d’Alteo…