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samedi 27 juin 2020

L’avertissement de l’Agence Internationale de l’Energie: Pour répondre au défi climatique, il manque beaucoup de nucléaire ! (Mais c’est faisable !)

Cf excellent tweet résumé de Tristan Kamin

(https://twitter.com/TristanKamin/status/1271424108627181570?s=09)

 et le dossier sur le site de l’AIE (https://www.iea.org/reports/nuclear-power#tracking-progress)

 Résumé Tristan Kamin :

1) Un effort à faire mais pas si démesuré que cela ! (2 fois le parc nucléaire français) !

L'Agence Internationale de l'Énergie alarme - encore - sur le taux insuffisant de déploiement du nucléaire dans le monde. Leur « Sustainable Development Scenario » demande 600 GW de nucléaire en 2040, contre 443 GW actuellement.

En considérant les constructions et projets en cours, les travaux de prolongation de réacteurs déclarés, et les intentions de fermeture, la trajectoire actuelle nous mène à seulement 455 GW en 2040.

Presque 150 GW manquants : plus du double du parc français !

Commentaire : à l’échelle mondiale, c’est pas si effarant !

Fin 2019, 60 GW étaient en chantier. Pour suivre ce scénario, il faudra 15 GW de projets lancés chaque année.  Ce rythme était celui observé en 2009 et 2010, évidemment freiné net en 2011 par la catastrophe de Fukushima.

Commentaire : toujours pas si effarant !

Au-delà des 60 GW en chantier (avec, en tête, l'UK et la Corée du Sud pour l'OCDE, la Chine et la Russie hors OCDE), environ 35 GW sont actuellement en projet. Côté Chine, on devrait passer très près de réussir l'objectif de 58 GW en fin 2020, à quoi s’ajoutera le  plan quinquennal prévu en 2021, dont on estime qu'il pourrait impulser la création de plus de 120 GW de nouveaux projets. Enfin, l'Inde, qui aimerait 21 (!) nouveaux réacteurs d'ici 2030 (!!!). Ensuite on passe à la Pologne, avec une feuille de route énergétique visant 6 à 9 GW de nucléaire (on part de 0) d'ici 2040, avec un premier réacteur souhaité en service pour 2033. Va pas falloir niaiser !

L'AIE s'attarde aussi sur le cas Japonais, avec cette ambition de remonter la part du nucléaire à plus de 20% pour 2030, et le gros risque de retard du fait des difficultés des exploitants à obtenir les autorisations de redémarrer auprès de la nouvelle autorité de sûreté nippone.

Vient ensuite sur le feu la Belgique, dont l'AIE rappelle qu'une fermeture de tout le parc (qui couvre 50% de la production) est prévue pour dans 5 ans, avec rien de mieux que des subventions aux centrales à gaz pour maintenir le système électrique à flot. L'AIE rappelle le cas français, avec une réduction à 50% de la part du nucléaire prévue d'ici 2035, mais également - on a tôt fait de l'oublier - que d'ici mi-2021 doit sortir un plan de renouvellement du parc actuel (pour maintenir 50%)

Les maintenances lourdes pour prolonger la durée de service des réacteurs actuels, en anglais « refurbishment » (pas trouvé d'équivalent en français, mais c'est ce qu'on appelle le « Grand carénage ») sont à l'honneur encore une fois. Et puis, bien entendu, les USA. Avec 88 de leurs 98 réacteurs encore en service déjà autorisés à fonctionner jusqu'à 60 ans, et 6 candidatures pour 80 ans : 4 validées, 2 en cours d'examen.

2) Plein feu sur les SMR !

La suite du rapport porte sur les technologies futures du nucléaire : SMR, Génération IV, voire la fusion des deux (et non, pas la fusion-tout-court).

Il y est question de certification en stade déjà avancé de certains SMR aux USA et au Canada et de coopération entre les deux autorités de sûreté de chacun de ces deux pays. Est également mentionné le projet français NuWard. Le Canada serait le pays le plus avancé dans le domaine… sans le raccordement au réseau, fin 2019, des deux réacteurs de l'Akademik Lomonosov, la centrale nucléaire russe flottante.

Une parenthèse est à nouveau dédiée à la Pologne, ainsi qu'à l'Indonésie, la Jordanie et l'Arabie Saoudite : trois pays qui s'intéressent aux SMR à très haute température, et le dernier qui s'intéresse surtout aux SMR pour la désalinisation d'eau de mer.

Avant de passer aux recommandations, le rapport parle d'investissement : pour suivre le scénario de développement durable de l'AIE, il faudrait investir 1400 milliards de dollars dans le nucléaire entre 2020 et 2040, soit 70 milliards par an en moyenne. À l'échelle mondiale, c'est pas choquant, et c'est d'ailleurs mis en perspective avec les 50 milliards d'investissements réalisés en 2017 et en 2018

C'est pas une rupture, une explosion, qu'il faut, mais juste un bon coup d'accélérateur.

Les recommandations de l’AIE

... La numéro 1 va vous étonner.

1/4 : Réduire les incertitudes POLITIQUES sur le nucléaire, et reconnaître la VALEUR de l'énergie nucléaire dans les systèmes énergétiques BAS-CARBONE actuels et futurs.

2/4 : Réduire les risques liés au MARCHÉ, au travers de réformes des marchés de l'électricité.

3/4 : User des leviers de gouvernance d'État pour soutenir la construction de nouvelles infrastructures nucléaires.(aka ne pas attendre que, par la magie du libéralisme, les choses se fassent seul : les gouvernements doivent mettre les mains dans la machine)

4/4 : Harmoniser les procédures de certification et aller pour de vrai vers la coopération internationale.(halala, si seulement EDF n'avait pas eu besoin de certifier l'EPR en France puis en Grande-Bretagne.

Verbatim :

1) Le nucléaire manquant : des centrales fermées prématurément, de nouvelles constructions nécessaires

« En 2019, 5,5 GW de capacité nucléaire supplémentaire ont été raccordés au réseau et 9,4 GW ont été définitivement arrêtés, ce qui porte la capacité mondiale à 443 GW. De nouveaux projets ont été lancés (environ 5,2 GW) et des rénovations sont en cours dans de nombreux pays pour assurer les opérations à long terme de la flotte existante. Néanmoins, alors que le parc nucléaire existant demeure la deuxième source d’électricité à faible émission de carbone au monde, la construction de nouveau nucléaire n’est pas en phase avec les exigences du SDS (Sustainable Developemnt Scenario). Selon les tendances actuelles, la capacité nucléaire en 2040 s’élèvera à 455 GW – bien en deçà du niveau SDS de 601 GW. Des prolongations supplémentaires de la durée de vie et un doublement du taux annuel d’ajouts de capacité sont donc nécessaires »

Commentaire : donc  150 GW manquant, le double du Parc nucléaire Français, selon l’observation de Tristan Kamin. A l’échelle mondiale, rien de délirant !

« En 2019, 5,5 GW de nouvelles capacités nucléaires ont été mises en ligne. Il s’agit d’une forte diminution par rapport à 2018, année où 11,2 GW étaient raccordés au réseau – l’ajout de capacité le plus élevé depuis 1989. La Chine et la Russie restent les premiers pays en termes de nouvelles connexions au réseau et de lancements de construction. En fait, 20 % des réacteurs nucléaires en construction à l’échelle mondiale se trouvent en Chine. 

Bien que 60,5 GW de nouvelles capacités nucléaires soient en construction à la fin de 2019, le rythme d’achèvement des nouveaux projets est la moitié de ce que recommande le scénario de développement durable (SDS). Une nouvelle capacité nucléaire de 15 GWe en moyenne par an entre 2020 et 2040 est nécessaire pour être dans le rythme recommandé pour le scénario.

Commentaire : Ce rythme était celui observé en 2009 et 2010 avant Fukushima (Tristan Kamin) Rien d’impossible

2) Arrêt des fermetures anticipées et refurbishment (Grand Carénage): la solution climatique la plus efficace et la plus économique !

« En 2019, 13 réacteurs nucléaires ont été définitivement arrêtés au Japon (5 unités), aux États-Unis (2 unités), en Suisse, en Allemagne, en Corée, en Russie, en Suède et à Taïwan (1 unité chacun) pour un total de 9,4 GW. Six de ces centrales étaient âgées de  plus de 40 ans, mais la plupart des réacteurs ont été retirés pour se conformer aux mesures de politique nucléaire nationale, y compris les mesures post-Fukushima au Japon. Plusieurs d’entre eux ont également été retirés en raison de conditions défavorables du marché (États-Unis). »

Commentaire : l’AIE y revient à de multiples reprises, de manière soft, mais le message est clair. : c’est idiot et criminel (écocide !) d’arrêter des centrales nucléaires qui pourraient continuer à fonctionner moyennement un « refurbishment » (Grand Carénage) ;

Car la prolongation de la vie des centrales nucléaires, lorsqu’elle est possible,  est la méthode la plus simple, la plus efficace et la plus économique de mitigation du défi climatique.

« Les unités nucléaires canadiennes de Darlington et de Bruce, en Ontario, font l’objet d’une rénovation pluriannuelle de plusieurs milliards de dollars qui permettra aux centrales de fonctionner bien au-delà du milieu du siècle. Les deux projets avancent comme prévu, la première unité rénovée (Darlington-2) devant être reconnectée au réseau en 2020. Le projet de rénovation de Darlington devrait être terminé d’ici 2026 et le projet Bruce d’ici 2033 »…

« En France, l’entreprise EDF poursuit son programme d’exploitation à long terme pour prolonger la durée de vie du parc nucléaire français au-delà de 40 ans et s’attend à une approbation réglementaire générique pour la série 900 en 2020. Entre-temps, Tricastin-1 a été la première unité achevée dans le cadre du programme à la fin de 2019. Des rénovations similaires seront appliquées à 21 unités supplémentaires de 900 MWe avant 2025. »

« Les fermetures anticipées des centrales thermiques, y compris l’énergie nucléaire, menacent des milliers d’emplois, concentrés en Europe et aux États-Unis, tandis que la perte de capacité nucléaire entravera les possibilité d’atténuation du dérèglement climatique. »

« Sans prolongations supplémentaires, près de 40 % du parc de réacteurs nucléaires des économies avancées sera fermé d’ici 2030. »

3) Les pays qui investissent dans le gros nucléaire.

« Seulement 5,2 GW de construction ont été lancés en 2019, avec un réacteur en Chine, en Iran, en Russie et au Royaume-Uni. Les 60,5 GW de capacité nucléaire en construction se trouvaient principalement dans les pays de l’OCDE (20 GW), la Chine (10 GW) et la Russie (4,9 GW). Les deux pays de l’OCDE ayant le plus de capacité en construction sont la Corée (6 GW) et le Royaume-Uni (3,4 GW). Sur les 25 GW de capacité en construction dans le reste du monde, les principaux pays sont l’Inde (5,3 GW) et les Émirats arabes unis (5,6 GW).  La construction aux Émirats arabes unis progresse conformément au calendrier, et le chargement de carburant de la première unité a eu lieu en mars 2020. Dans les pays de l’OCDE, Hinkley Point C est le plus grand projet de construction de nouvelles constructions en cours et le premier projet pour le Royaume-Uni depuis 1995. La construction des deux unités est prévue, le radeau de l’île nucléaire de l’unité un ayant été achevé en mai 2019.

D’autres projets de construction sont en phase de préparation en Argentine, au Brésil, en Bulgarie, en République tchèque, en Égypte, en Finlande, en Hongrie, en Inde, au Kazakhstan, en Pologne, en Arabie saoudite et en Ouzbékistan. Il s’agit généralement de grands projets de réacteurs (1 GW), et à en juger par les politiques actuelles et les projets en cours, cela pourrait signifier de nouveaux ajouts d’environ 35 GW. »

« En dehors des pays de l’OCDE, le 13e Plan quinquennal de la Chine a été le principal stimulant de son programme nucléaire national, reliant plus de 30 GWe de capacité nucléaire au réseau au cours de la dernière décennie. Cela signifie que le pays est susceptible d’atteindre son objectif ambitieux de 58 GWe de capacité nucléaire installée d’ici la fin de 2020. En outre, son 15e plan quinquennal en 2021 devrait insuffler un nouvel élan au programme nucléaire national, avec des plans à moyen terme pour construire 120 à 150 GWe d’ici 2030 »

En novembre 2019, la Pologne a publié son projet de politique énergétique pour 2040, réaffirmant son projet de développement de 6 GW à 9 GW d’énergie nucléaire dans le cadre d’un portefeuille énergétique diversifié, ce qui rend le pays moins fortement dépendant du charbon et du gaz importé. La première centrale nucléaire polonaise pourrait être mise en service en 2033, et cinq autres devraient suivre d’ici 2043…

La France a revu sa planification énergétique en novembre 2018 et rendu publique sa stratégie de neutralité carbone en 2050. Cette stratégie repose sur la fermeture des centrales à combustibles fossiles restantes; prolonger la durée de vie de certains réacteurs existants tout en étalant les fermetures d’autres pour assurer un calendrier de déclassement en douceur; développement des énergies renouvelables. Le nucléaire restera l’épine dorsale de la stratégie énergétique Français avec une part de 50 % dans le mix énergétique de 2035, le reste provenant de sources d’énergie renouvelables. Pour pouvoir compter sur le nucléaire au-delà de 2035 et le conserver comme option viable, le gouvernement Français a annoncé un programme de travail avec l’industrie nucléaire pour élaborer un plan d’ici la mi-2021 pour un éventuel programme nucléaire de construction neuve.

4) A coté des gros réacteurs, les SMR (Small Modular Reactors)

« Les petits réacteurs modulaires continuent d’attirer l’intérêt tant dans les pays nucléaires établis, comme le Canada et les États-Unis, que dans les pays nouveaux arrivants en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie du Sud-Est. Les RD&D et les investissements dans les RSM et autres réacteurs de pointe sont encouragés par des partenariats public-privé. La certification de conception des RMR par les autorités de sûreté nucléaire progresse. Le prototype NuScale en est à la dernière étape de la certification de conception par le CNRC des États-Unis, et le processus devrait être terminé en 2020. Les plans de construction des premiers modules d’une nouvelle usine dans l’Idaho ont progressé avec les fabricants ayant été choisis et un soutien supplémentaire confirmé par le DOE des États-Unis.

En mars 2020, Oklo a soumis au CNRC la première demande combinée de licence pour une technologie de réacteur de pointe. Oklo développe un micro-réacteur de 1,5 MW pour fournir de l’énergie sur des sites éloignés. Le gouvernement canadien a publié sa feuille de route SMR en décembre 2018 et a encouragé les fournisseurs de SMR à tirer parti des possibilités offertes pour faire la démonstration de leurs technologies. La CCSN (organisme de réglementation fédéral du Canada) examine actuellement dix conceptions de SMR et a reçu une demande de construction d’un réacteur micro modulaire en 2019.

 En septembre 2019, un consortium Français (CEA, EDF, Techninatome et Naval Group) a annoncé le développement d’un réacteur à eau légère SMR  (projet Nuward de 170 MWe lors de la Conférence générale de l’AIEA. La centrale de 340 MWe (deux unités par centrale) est conçue pour remplacer les centrales électriques à combustibles fossiles de milieu de gamme dans les pays dotés de réseaux petits ou mal interconnectés. Les pays nouveaux arrivants comme la Pologne, l’Indonésie et la Jordanie continuent de concevoir des études de faisabilité pour le développement de réacteurs à haute température, ces deux derniers étant en coopération avec la Chine. L’Arabie saoudite mène également des études sur le dessalement nucléaire à l’aide de SMR.

Le Forum international génération IV, une initiative internationale de recherche et développement qui réunit les pays nucléaires les plus avancés, renforce son engagement auprès de diverses entreprises du secteur privé.

5) L’investissement mondial dans la capacité nucléaire reste insuffisant

 Dans l’ensemble, les investissements mondiaux dans la capacité nucléaire restent insuffisants, comme en témoigne le petit nombre de nouveaux projets lancés. Selon les Perspectives mondiales de l’énergie, 1420 milliards de dollars d’investissements seraient nécessaires entre 2019 et 2040 pour se mettre sur la bonne voie avec la SDS – 30 % de plus que dans le cadre du scénario des politiques déclarées (STEPS). En 2018, les investissements dans le nucléaire sont restés stables par rapport à 2017 à 50 milliards de dollars et comprennent des proportions similaires d’investissements opérationnels et de nouvelles constructions à long terme. Cela démontre que les investissements dans les LTO sont attrayants malgré les incertitudes sur les politiques et les marchés.

Commentaire (Tristan Kamin) : 1400 milliards de dollars dans le nucléaire entre 2020 et 2040, soit 70 milliards par an en moyenne. À l'échelle mondiale, c'est pas choquant, et c'est d'ailleurs mis en perspective avec les 50 milliards d'investissements réalisés en 2017 et en 2018

6) Les recommandations de l’AIE pour amplifier l’investissement dans le nucléaire

6a) Réduire l’incertitude de la politique nucléaire et reconnaître la valeur de l’énergie nucléaire dans les systèmes énergétiques actuels et futurs à faible émission de carbone

« L’incertitude de la politique nucléaire dans un certain nombre de pays empêche l’industrie nucléaire de prendre des décisions d’investissement. C’est en partie le résultat d’incohérences entre les objectifs politiques énoncés – tels que l’atténuation des changements climatiques – et les actions politiques....La reconnaissance franche par les gouvernements et les organisations internationales de la valeur des attributs de l’énergie nucléaire et de sa contribution à la décarbonisation des systèmes énergétiques mondiaux encouragerait les décideurs politiques à inclure explicitement le nucléaire dans leurs plans énergétiques à long terme et les NDC dans le cadre de l’Accord de Paris. »

« Alors que certains pays affirment qu’ils peuvent atteindre les objectifs de décarbonisation tout en éliminant progressivement le nucléaire (Belgique, Allemagne, Espagne, Suisse) ou en réduisant sa part (France), d’autres continuent de reconnaître la nécessité d’accroître la part du nucléaire : Chine, Russie, Inde, Argentine, Brésil, Bulgarie, République tchèque, Égypte, Finlande, Hongrie, Pologne, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Royaume-Uni et Ouzbékistan. Fin 2018, la stratégie énergétique à long terme de l’UE a clairement indiqué que l’énergie nucléaire – avec les énergies renouvelables – constituera l’épine dorsale du système énergétique de l’UE afin d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Dans le même temps, les discussions en cours sur la taxonomie de l’UE sur l’admissibilité de la production d’énergie nucléaire au financement de la durabilité mettent en évidence les difficultés à reconnaître la contribution de l’énergie nucléaire à l’atténuation du changement climatique. »

6b) Réduire les risques du marché grâce aux réformes du marché de l’électricité

 L’incertitude du marché de l’électricité rend difficile pour les investisseurs de prévoir le montant des revenus qu’une centrale nucléaire pourrait générer sur plusieurs décennies.  Les organismes de réglementation pourraient réduire cette incertitude en améliorant la conception du marché de l’électricité afin d’attribuer une valeur appropriée aux centrales nucléaires à énergie propre et dispatchable. Il est particulièrement important de développer des contrats à long terme pour réduire l’exposition des actifs nucléaires à longue durée de vie aux risques de marché à court terme.

Des réformes du marché de l’électricité sont également nécessaires pour faire face aux impacts d’une plus grande intégration des énergies renouvelables variables et des coûts associés au système. En termes généraux, les décideurs doivent reconnaître et répartir équitablement les coûts du système aux technologies responsables. Favoriser des marchés concurrentiels à court terme et assurer une capacité et une flexibilité adéquates, ainsi que des infrastructures de transport et de distribution, sont des mesures politiques clés  visant à soutenir l’internalisation des coûts du système.

6c) Faire appel au leadership du gouvernement pour promouvoir la construction nucléaire.

En s’appuyant sur les leçons tirées des récents projets de la génération III, les décideurs pourraient appuyer la réduction rapide des coûts de construction en prenant des décisions opportunes sur les projets de construction neuve. Prendre ces décisions dès que possible remettrait le nucléaire sur les rails avec le SDS et stimulerait également l’économie à court terme par la création d’emplois.  La gouvernance globale des projets nucléaires de construction neuve demeurera essentielle pour l’allocation et l’atténuation efficaces des risques liés à la construction et au marché. Compte tenu de l’impact du coût du capital sur le coût nivelé et des externalités positives associées à l’énergie nucléaire, il est clair que les gouvernements soutiennent le financement directement ou indirectement – en particulier pour répondre à la perception des risques et à l’accumulation des capacités lorsque des programmes nucléaires sont lancés.

Les approches réglementaires qui ont été utilisées avec succès pour d’autres projets d’infrastructure – comme le modèle de base d’actifs réglementaires (RAB) au Royaume-Uni – suscitent un regain d’intérêt de la part des décideurs pour financer de futurs projets nucléaires de construction de nouvelles constructions avec un coût de capital moindre.  Compte tenu des impacts structurels durables et profonds d’un programme nucléaire sur l’économie d’un pays et son système d’électricité, les gouvernements doivent considérer les projets nucléaires comme des projets d’infrastructure nationaux d’importance stratégique. Ce type de décision stratégique peut être particulièrement crucial dans la période post-COVIDE 19 pour galvaniser les efforts nationaux de relance économique. Cela se traduit par une responsabilité claire du gouvernement en termes de leadership et d’union de divers intervenants, y compris le grand public.  Ces actions nécessiteront donc un effort concerté des gouvernements et de l’industrie, comme l’illustre l’accord sur le secteur nucléaire 2018 du gouvernement britannique qui vise à réduire le coût des nouvelles constructions de 30 % en 2030.

6e) Harmoniser les licences et favoriser la collaboration internationale.

Il n’existe pas de cadre régional ou mondial de licence pour les technologies nucléaires, ce qui signifie que les fournisseurs doivent répéter le processus de certification et s’adapter aux codes et normes nationaux dans chaque pays, en allongeant la durée des projets et en augmentant les coûts et l’incertitude. Davantage d’efforts pour harmoniser les exigences réglementaires et promouvoir la normalisation des conceptions sont donc nécessaires. Cela pourrait se faire grâce à l’échange d’informations et d’expériences entre les organismes de réglementation, y compris pour les conceptions les plus nouvelles, et par des initiatives plus efficaces de l’industrie mondiale pour harmoniser les normes d’ingénierie. Il est essentiel que les gouvernements permettent ces efforts, en s’appuyant sur les récentes initiatives bilatérales et multilatérales. »

7) Maintenir le rôle de l’énergie nucléaire et hydroélectrique pour le climat, pour l’économie et pour l’emploi

« L’hydroélectricité et l’énergie nucléaire sont les deux plus grandes sources de production à faible émission de carbone aujourd’hui, fournissant ensemble 70 % de toute l’électricité à faible teneur en carbone.

La modernisation des installations hydroélectriques existantes et des centrales nucléaires (pour les pays qui ont l’intention de conserver l’option de l’énergie nucléaire), éviteraient une forte baisse de la production d’électricité à faible émission de carbone ; de nouvelles constructions stimuleraient encore la production de faibles émissions de carbone, et pourraient également être envisagées le cas échéant

L’hydroélectricité est aujourd’hui la plus grande source d’électricité à faible émission de carbone dans le monde et l’énergie nucléaire est la deuxième source en importance. Ensemble, ils représentent près de 30 % de l’approvisionnement mondial en électricité et fournissent 70 % de la production d’électricité à faible émission de carbone. »

« Dans les économies avancées, l’énergie nucléaire est la plus grande source d’électricité à faible émission de carbone à une large marge, mais son rôle futur est incertain à mesure que les centrales vieillissantes commencent à fermer. Sans prolongations supplémentaires, près de 40 % du parc de réacteurs nucléaires des économies avancées sera fermé d’ici 2030. »

« Le développement de l’hydroélectricité et de  l’énergie nucléaire nécessitent un soutien soutenu des gouvernements. Les deux technologies sont à forte intensité de capital, et les projets peuvent être parmi les plus importants dans le secteur de l’énergie en termes d’investissement total. Par exemple, les réacteurs nucléaires de premier plan, les projets de mégahydropuissance et les grands programmes de remise à neuf peuvent nécessiter chacun plus de 10 milliards de dollars en dépenses d’investissement. Les prolongations de durée de vie nucléaire de 20 ans coûtent entre 0,5 et 1,1 milliard de dollars par GW. Avec de longs délais de développement et des exigences de fonds propres élevées, il est clairement très important de trouver des moyens de limiter les risques et de faciliter le financement à faible coût. Un soutien financier direct n’est pas toujours nécessaire : les accords d’achat d’électricité à long terme ou les tarifs de rachat peuvent offrir un certain degré de certitude sur les prix et ont été largement utilisés en Chine. Les garanties de prêt et les prêts préférentiels, le cas échéant, peuvent également réduire le coût du financement.. »

Cinq États des États-Unis, par exemple, ont accordé des crédits zéro émission pour reconnaître les contributions à faible émission de carbone de l’énergie nucléaire et maintenir plusieurs réacteurs en service face à des conditions de marché difficiles. Les solutions basées sur le marché, telles que la tarification du carbone ou les paiements de capacité, pourraient améliorer considérablement la situation financière du nucléaire et de l’hydroélectricité. Des marchés de flexibilité accrus pourraient également renforcer l’économie de l’hydroélectricité… »

Les répercussions sur les émissions et la résilience

Hydro et l’énergie nucléaire contribuent grandement à la réduction des émissions. Sans d’autres prolongations de la durée de vie nucléaire dans les économies avancées, par exemple, les transitions énergétiques propres nécessiteraient environ 80 milliards de dollars d’investissements supplémentaires par an et les factures d’électricité des consommateurs seraient d’environ 5 % plus élevées (AIE, 2019b).

Si une production supplémentaire déplace la production de charbon, alors 1 GW d’énergie nucléaire évite environ 6 millions de tonnes (Mt) d’émissions directes de CO2 par an. L’Hydro a tendance à avoir un taux d’utilisation plus faible que le nucléaire (en raison des variations saisonnières), mais 1 GW de capacité hydroélectrique évite néanmoins environ 3 Mt émissions de CO2. Dans les économies avancées, la production plus élevée de l’hydroélectricité ou du nucléaire affecte principalement la quantité de production au gaz et les économies réalisées grâce aux émissions évitées sont donc plus faibles.

« Conséquences sur l’emploi : l’hydraulique emploie environ 2 millions de personnes dans le monde, dont plus des deux tiers dans des emplois locaux liés à l’exploitation et à l’entretien des installations existantes. L’énergie nucléaire fournit plus de 800 000 emplois, dont environ la moitié sont situés dans des réacteurs. La nouvelle construction de projets d’énergie nucléaire a été la plus importante ces dernières années dans les marchés émergents, y compris l’Inde et la Chine, bien que plusieurs économies avancées continuent de soutenir l’énergie nucléaire. Les projets hydroélectriques existants peuvent être améliorés en remplaçant les turbines pour augmenter la production maximale ou en ajoutant de nouvelles installations de pompage pour soutenir des opérations plus flexibles. Les travaux de modernisation et de construction de projets hydroélectriques créent environ 3 emplois par million de dollars de dépenses en immobilisations. Les prolongations de durée de vie nucléaire créent environ 2 à 3 emplois par million de dollars de dépenses en immobilisations, ainsi que la préservation des emplois locaux d’O&M.

8) Possibilités stratégiques dans l’innovation technologique : les SMR.

« Les difficultés dans le financement de la construction de réacteurs nucléaires à grande échelle stimulent l’intérêt pour les petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR). Les SMR sont généralement définis comme des réacteurs nucléaires d’une capacité électrique inférieure à 300 MW par module, qui sont construits dans une usine puis transportés vers le site de production. Plusieurs types de RMR sont en cours d’élaboration : les SMR refroidis à l’eau légère ont atteint les niveaux de préparation aux licences les plus élevés avec plusieurs concepts en construction ou avancés dans le processus de délivrance de licences. Le développement de SMR refroidis par métal liquide, le  sel fondu ou  le gaz est moins avancé. Les SMR sont en cours de développement dans des pays comme le Canada, la Chine, la Russie et les États-Unis, bien qu’aucun n’ait encore atteint la maturité commerciale. »

« Les SMR offrent la possibilité de fournir une énergie nucléaire à faible émission de carbone avec des investissements initiaux plus faibles et une meilleure évolutivité que les grands réacteurs traditionnels, et avec la capacité d’utiliser des sites qui ne seraient pas en mesure d’accueillir les grands réacteurs traditionnels. On s’attend également à ce que les délais de construction soient beaucoup plus courts en raison de la fabrication d’usine et de l’utilisation de techniques de construction modulaires avancées. Les SRM pourraient contribuer à la flexibilité dans les pays dotés d’un grand réseau électrique ou être utilisés dans les pays ou les régions dotés de petits réseaux électriques qui ne seraient pas appropriés pour les grandes centrales nucléaires. Compte tenu de leurs coûts plus bas,  ils peuvent également être attrayants pour les pays qui n’ont aucune expérience de l’énergie nucléaire, en particulier ceux qui ont des réseaux électriques petits et moins robustes. Dans certains cas, notamment lorsqu’il y a des problèmes de stabilité et de fiabilité du réseau, les SMR peuvent être la seule option de technologie nucléaire techniquement réalisable disponible. »

« Approches stratégiques  : le soutien aux SMR devrait tenir dûment compte des principes généraux de la conception du marché de l’électricité à faible émission de carbone avec un soutien de la politique d’innovation pour faciliter le déploiement rapide. Voici quelques exemples de mesures politiques spécifiques qui pourraient être utilisées :

Fournir un soutien à l’investissement pour des projets pilotes tels que des subventions d’immobilisations, des garanties de prêts et des contrats à long terme sur mesure.

Favoriser les accords de partage des coûts pour la collaboration internationale, les programmes partagés de RD&D et les cadres nationaux et internationaux de licence.

Aider les autorités réglementaires à accélérer la résolution des préoccupations relatives à la validation des dispositifs de sécurité novateurs et à l’assemblage des usines.

 Les SMR ont le potentiel de fournir une autre voie pour le développement de l’énergie nucléaire et pourraient fournir un grand nombre d’emplois dans les activités de conception, de fabrication, d’approvisionnement et de construction. Toutefois, les perspectives des SMR dépendront dans une large mesure du déploiement réussi de prototypes et de centrales.. Un objectif important est d’établir des conceptions normalisées qui permettraient le développement de chaînes de valeur et d’accélérer les économies d’échelle, d’apprentissage et de réduction des coûts.


jeudi 23 novembre 2017

Politique énergétique_4_L’escroquerie de la voiture tout-électrique

Le défi industriel derrière le fantasme de la généralisation du véhicule électrique 

Suivons toujours La France dans le Noir de Hervé Machenaud (Les Belles Lettres), c’est un guide sûr. « A-t-on une idée du défi industriel derrière le fantasme de la généralisation du véhicule électrique ? A ce jour, une des technologies les plus avancées (à quel prix !) celle de Tesla permet avec une batterie de 500 kg ½ tonne, une autonomie de  500 kM ? Le temps de recharge est de 20 minutes à partir de bornes de fortes puissances (quelques centaines en France) ou quinze heures à partir d’une recharge domestique.

Comment imagine-t-on de généraliser la recharge à domicile ? Comment feront les gens qui habitent dans les immeubles des grandes villes et leur banlieue ? Ils auront tous un parking souterrain équipé, ou bien devront-ils trouver une place dans le rue devant une borne de stationnement ?  A supposer que tous les trottoirs de toutes les villes en soient pourvus, quel sera le pourcentage de voitures qui pourront être rechargés pendant plus de douze heures ? 
 Les pouvoirs publics visent 6 millions de véhicules électriques à l’horizon 2030. Cela pourrait représenter une augmentation de 30% de la demande de pointe. Le procès fait au chauffage électrique responsable en France de la demande de pointe sera-t-il fait dans dix ans aux véhicules électriques qui auront tous besoins d’être rechargés entre 19 heures et 7 heures du matin ? Il faut une certaine candeur et pas un grand sens des réalités pour diffuser l’idée à la mode que les six millions de voitures pourront se recharger sur des bornes intelligentes, elles-mêmes équipées de batteries  qui, chargées la journée, chargeront les véhicules la nuit. A-t-on idée du poids de la taille, du coût d’une telle batterie ? Dans chaque borne ? Sans parler de son propre temps de chargement ! »

Analyse coûts et bénéfices des véhicules électriques : le thermique toujours meilleur

Economie en CO2 ; ça dépend de la source de l’énergie électrique !

Or justement, le CGDD (Commissariat Général au Développement Durable) a publié cette année (2017) une « Analyse coûts et bénéfices des véhicules électriques ».

https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/Th%C3%A9ma%20-%20Analyse%20co%C3%BBts%20b%C3%A9n%C3%A9fices%20des%20v%C3%A9hicules%20%C3%A9lectriques.pdf

En ce qui concerne le bilan environnemental (suppression des émissions de polluants locaux en circulation liés à la combustion, moindre bruit et très faibles émissions de CO2),  la motorisation tout électrique permet de réduire sensiblement les coûts : suppression des émissions de polluants locaux en circulation liés à la combustion, moindre bruit (nul en milieu urbain très dense), et très faibles émissions de CO2 (liées à la production d’électricité qui sont faibles compte tenu du mix électrique français).

Sauf que ce gain environnemental de la motorisation électrique est. réduit par le coût environnemental de production de la batterie. Et surtout, la faiblesse des émissions en CO2 est intimement lié au mix électrique français et ses 70% de nucléaire dans la production électrique. Conséquence : le contenu CO2 moyen en France de l’électricité en 2013 est de 64 g de CO2 /kWh alors qu’il est de 486 g en Allemagne ( où l’on voit l’effet de l’abandonnement scandaleux du nucléaire allemand) et environ 270 au Royaume Uni, 290 en Italie, 220 en Espagne, 560 en Pologne.

Conséquence de la conséquence : en matière de CO2,  en usage mixte (c’est-à-dire non intensivement urbain) le véhicule électrique est plus performant que le véhicule thermique en France, mais pas   en Allemagne (330 g), au Royaume-Uni (270 g), en Italie (290 g) ou en Pologne (560 g). En 2020, le Véhiculé électrique  sera cependant plus performant que le véhicule thermique dans toutes les zones urbaines quel que soit le pays de l’UE. Mais, même en 2050, en usage mixte, le véhicule électrique  serait toujours moins performant que le thermique dans des pays comme l’Allemagne (240 g CO2/kWh), l’Italie (230 g) ou la Pologne (400 g).

Coût pour l’utilisateur

En ce qui concerne le coût pour l’utilisateur, pour un usage mixte, le véhicule thermique demeure plus avantageux que le véhicule électrique. Ainsi par exemple le surcoût socio-économique pour un VE en 2030 est de 7 000 euros sur la durée de vie de la voiture (et supérieur pour les autres technologies et/ou pour 2020). Ce résultat s’explique par le fait que la technologie électrique voit ses avantages compétitifs s’éroder du fait de vitesses plus élevées (hausse des consommations par rapport au milieu urbain) alors qu’au contraire le rendement du moteur des véhicules thermiques est optimal autour de 80 km/h3, et du moindre coût environnemental dans les zones moins peuplées. Ce phénomène est renforcé par une hypothèse de baisse annuelle de plus de 2 % des consommations des véhicules thermiques. Par ailleurs, pour rendre un service équivalent, le véhicule électrique considéré doit posséder une grosse batterie d’une capacité de 50 kWh correspondant à une autonomie plus importante (200 km). Cela implique davantage d’émissions de polluants et de Gaz  à Effet de Serre lors de la phase de fabrication.

Et ajoutons encore ceci : le Véhicule Electrique  est pénalisé par un investissement relatif à l’installation de bornes de recharge. Aux 7000 euros s’ajoutent  donc une prise à domicile pour un coût de 600 euros  et l’aménagement de places de parking avec borne à destination (travail, études, commerces…) pour un coût de 2 000 euros, soit un surcoût  total de l’ordre de 9 500 euros pour le Véhicule électrique, sur sa durée de vie.

 Et encore ces résultats sont très sensibles. Une hypothèse alternative de 8 500 km au lieu de 16.000 par an conduit à un surcoût pour le VE de plusieurs milliers d’euros. Moins on roule, moins le véhicule électrique et intéressant.



Mise en garde de Carlos Tavares . Merci Monsieur !

Au tsunami continu de la démagogie écologiste politique surmontant les hautes eaux de l’ignorance scientifique et technique s’ajoute l’irresponsabilité de certains industriels, prêts à tout pour faire leur cour aux pouvoirs politiques et pour empocher toute subvention bonne à prendre- en matière de voiture électrique se distingua Carlos Goshn, le multi patron paranoïaque  de Renault et Nissan. En revanche, son ex bras droit et maintenant patron de Peugeot, Carlos Tavares, se montra autrement plus critique à l’occasion du dernier salon de Francfort. Extraits rapportés par La Tribune 13 septembre 2017 :

« Les constructeurs ainsi que les autorités publiques auraient bien tort de faire de l'électromobilité l'alpha et l'oméga d'une automobile écologiquement vertueuse….Qui aujourd'hui est en train de se soucier de traiter de la question des mobilités propres dans leur globalité ? Quelles solutions pour la fabrication de batteries, le recyclage des batteries, l'exploitation mais également l'approvisionnement en terres rares, la nature de la production d'électricité... Etc »,
Estimant que « l'emballement autour de l'électromobilité risquait de revenir comme un boomerang au visage des citoyens, Carlos Tavares a ironiquement imaginé sa position s'il devait revenir dans dix ans avec l'électromobilité au banc des accusés, au même titre que les moteurs thermiques aujourd'hui » ( il était ironique ou inquiet ? l’inquiétude serait assez justifiée)

Carlos Tavares s’est aussi inquiété du fait que les subventions publiques sur l'électromobilité ne dureront pas éternellement, et qu’il en résultera un renchérissement du prix des voitures, (qui deviendront moins abordables pour beaucoup) et une concurrence chinoise accrue ( la Chine bénéficiant d’une géologie favorable pour la production des batteries »

Merci, M. Tavares, vous avez  plus fait pour la société que bien de vos confrères aux déclarations écologistes tonitruantes- pourvu qu’il y ait des subventions à toucher ! Cette remarque, toujours tirée de La France dans le noir, d’Hervé Machenaud , qui recoupe votre inquiétude : « Ce sont les industriels qui porteront la responsabilité de ne pas avoir alerté les politiques, d’avoir mis en œuvre leurs politiques, sans les avoir mis en garde contre leurs conséquences »

Le tout électrique en matière de voiture ? Une absurdité totale !

Bref, du point de vue écologique, économique, sociétal, la voiture tout électrique ne peut se justifier qu’en zone urbaine très dense, et encore à condition d’un programme extrêmement couteux d’équipement de recharge,  à condition même qu’il possible ( Mais ou mettra-t-on toutes les voitures à recharger à Paris la nuit ????)…. Et à condition de produire plus d’électricité décarbonnée, donc en particulier nucléaire…(parce que le soleil, la nuit ?). M. Hulot, on  vous met une dizaine d’EPR de plus ???

Le tout électrique en matière de voiture ? Une absurdité totale ! Lorsqu’enfin la  simple rationalité l’emportera, le thermique et les bio carburants- qu’il faudrait se résoudre enfin à produire en masse auront de beaux jours devant eux…



lundi 6 octobre 2014

Le nouveau rapport Stern une certaine hypocrisie


Croissance et lutte contre le réchauffement climatique : pas incompatibles !

En 2006, Lord Stern, ancien économiste en chef de la Banque Mondiale publia un document sur les conséquences économiques du changement climatique qui fit date. Le premier rapport Stern estimait que, faute d’agir efficacement contre le réchauffement climatique, le PIB mondial risquait de s’effondrer de 20% d’ici à 2050.  Le rapport Stern de 2014 affirme que les « impacts de la transition énergétique ont jusqu’à présent été surestimés, comme ont été minimisés les bénéfices » et que  « lutte contre le changement climatique et croissance peuvent aller de pair » . Recettes recommandées par le Pr Stern pour réduire les gaz à effets de serre, limiter le réchauffement climatique à deux degrés sans  crise dans les pays prospères, ni hypothéquer le développement des  moins développés :

1) La productivité de l’agriculture sera critique pour assurer l’alimentation d’une population prévue pour atteindre 8 milliards en 2030. La production de nourriture peut être accrue, les forêts protégées, les émissions abaissées par la simple restauration des terres dégradées (qui pourrait nourrir 200 millions d’habitants) et de nouvelles technologies (voir ci-après)

2) Oeuvrer à La fin du charbon comme source d’énergie et pour le développement du solaire et de l’éolien et d’autres énergies non carbonées pour la production d’électricité

3) La fin de toute subvention des énergies carbonées (dont le rapport précise qu’elles représentent encore 600 milliards de dollars contre 100 milliards de dollars d’aide aux énergies nouvelles)

4) Intégrer les préoccupations du réchauffement climatique dans tous les processus de décision politique

5) Un accord international sur le climat fort, durable, équitable, susceptible de créer un climat de confiance pour des politiques nationales

6) Un prix des énergies carbonées élevé, fixe, prédictible qui envoie un signal clair à l’économie

7) Réduire le coût de financement des énergies non carbonées, avec le développement d’instruments financiers nouveaux pour les énergies nouvelles diminuant les risques perçus (risk sharing, obligations vertes…) et financements étatiques

8) Construire des économies d’échelle pour les énergies non carbonées et compatibles avec la lutte contre le réchauffement climatique

9) Des villes plus compactes, plus connectées, plus denses, avec un développement massif des transports publics.

10) Stopper la déforestation et la destruction des forêts naturelles complètement en 2030, restaurer 500 millions d’hectare de forêts ou terres agricoles dégradées.

Ajoutons une onzième recommandation : tripler les efforts de recherche développement consacrés à l’énergie et au climat dans les économies développées pour atteindre plus de cent milliards par an dans les années 2020.

De quelques cachoteries

J’aurais aimé trouver  le rapport Stern convaincant, et la bonne nouvelle est le soin avec lequel il entreprend de démontrer que croissance économique et lutte contre le réchauffement climatique sont compatibles. Le seul problème est qu’il est un rapport exclusivement économique qui ignore superbement les défis scientifiques bien réels, un rapport hypocrite dans sa volonté de masquer certaines conséquences, un rapport très lié au contexte (et aux intérêts) anglo-saxons. Exemples :

En ce qui concerne la densification urbaine, particulièrement intéressante est  la comparaison entre Atlanta (5.25 millions d’habitants répartis sur 4300 km2) et Barcelone (5.3 millions d’habitants sur 162 km2). En fait la politique urbaine proposée par le rapport Stern vise surtout l’étalement des conurbations américaines… pour se rapprocher des métropoles européennes. En cette matière, l’Europe est déjà  en ligne avec ce que préconise le rapport, et a donc peu de marges de manœuvre.

En ce qui concerne la productivité agricole, le rapport Stern souligne la réhabilitation en Chine des plateaux de loess par des plantations d’arbres, ainsi que celle du Maradi et du Zinder au Niger, mais insiste aussi sur le « scuba rice », une nouvelle sorte de riz qui supporte d’être submergé,  a été introduit en Inde en 2008 et adopté avec succès par plus de 5 millions de cultivateurs. Donc, la nécessaire augmentation de la productivité agricole passe par l’invention de nouveaux OGM… mais chut !, le terme lui-même est hypocritement évité.

Grande perplexité lorsque le rapport considère le gaz comme un très bon pont intermédiaire vers les énergies décarbonées…parce qu’il peut remplacer le charbon, toute en réduisant le CO2 émis et la pollution locale. Autant le dire,- mais il ne le dit pas ouvertement -,  le rapport Stern est en faveur des gaz de schistes. Par contre, il ne mentionne absolument pas la seule énergie complètement décarbonée qui permette réellement la transition énergétique vers les énergies renouvelables (- solaire essentiellement -) tout en permettant croissance et progrès, le nucléaire. Curieuse, cette propension à défendre les solutions qui conviennent aux USA, et à ne dire mot des solutions qui assurent une bonne  compétitivité à la France. La Chine, qui  fonce à toute vapeur - de charbon- vers le nucléaire et le Japon, qui, malgré Fukushima, s’apprête à relancer son nucléaire ne s’ y trompent pas ; ni Ségolène Royal qui a réaffirmé l’utilité du nucléaire français pour la transition énergétique.

Tripler les efforts de recherche développement pour les énergies renouvelables ? Fort bien, mais l’Europe a été incapable, et a d’ailleurs renoncé à atteindre le taux de 3% du PIB en recherche développement que préconisait l’agenda de Lisbonne pour l’ « Europe de la Connaissance »

Nous déterminons notre futur !

 Le rapport Stern est beaucoup plus convaincant sur le thème du développement de « l’Economie circulaire ». Au lieu du circuit linéaire allant de l’extraction des ressources primaires aux déchets, en passant par le produit, il s’agit en fait de systématiser le recyclage. Le rapport cite l’exemple de Cat Reman, la filiale de recyclage de Caterpillar qui emploie 8000 salariés dans 15 pays et est bénéfique pour l’environnement et…  source d’importants profits pour Caterpillar, en réutilisant tout ce qui peut l’être et valorisant au mieux le reste, proposant à ses clients des matériels recyclés pour une fraction du prix originel.

Oui le rapport Stern a raison de souligner que les investissements que nous ferons ou ne ferons pas dans les quinze ans à venir détermineront le climat mondial futur ; que si nous ne faisons rien, les catastrophes climatiques nous imposeront un coût bien supérieur aux investissements que nous n’aurions pas voulu faire. De toute façon, le coût humain et sociétal du réchauffement climatique et l’épuisement des ressources ne nous laisse guère de choix : nous devons préparer l’économie décarbonée, et ce défi devrait être déjà l’un des sujets majeurs de préoccupation et d’action des gouvernements. Vive donc les ministères du développement durable, et c’est une bonne idée que de les confier, comme en France, à des hommes ou femmes politiques d’envergure.

Reste que les lobbies de tous acabits seront à la manœuvre, et que cette politique, qui sera d’abord coûteuse, doit être menée sur des bases scientifiques et économiques solides ; et que la politique la mieux adaptée n’est pas nécessairement la même dans toutes les zones géographiques.  Il serait quand même bon que nous ayons, en France et en Europe,  des Etats généraux de l‘énergie, au cours desquels les experts scientifiques s’accorderaient sur différents scénarios et sur les priorités à mettre en œuvre, informeraient le public sur les conséquences et les enjeux et permettaient aux décideurs, en toute transparence, de mettre en œuvre la meilleurs transition possible.