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samedi 12 octobre 2019

No Fake Sience ! Quand Réseau Action Climat charrie vraiment !


Grosses manipulations et Gros mensonges de Réseau Action Climat…

J’ai dit à quel point l’initiative No Fake Science est utile, indispensable même à la démocratie (cf. https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/08/no-fake-science-quelques-reflexions.html et pour le texte de l'appel initial https://nofake.science/tribune

Et les choses progressent. De nombreux scientifiques, pas des grands pontes trop longtemps habitués à courber l’échine devant le politique et à flatter l’opinion, qui tiennent trop à leur position pour prendre quelque risque que ce soit, non, des praticiens de tous les jours et de toutes disciplines,  des  techniciens cadres, ingénieurs, étudiants, chercheurs et quelques journalistes, bien décidés à ne plus laisser passer de Fake science, se manifestent sur tweeter et dénoncent mensonges et manipulations, et les menteurs et les manipulateurs se trouvent confrontés à des dizaines de tweet qui dévoilent leurs mensonges et leurs manipulations, se complétant et se précisant l’un l’autre. Les champions toutes catégories du grand n’importe quoi, Jadot et Ségolène Royal (dans un créneau plus spécialisé, ajoutons-y Michèle Rivasi) se font maintenant corriger d’importance à chacune de leurs interventions mensongères et manipulatoires – ils seront à eux seuls responsables d’un bilan carbone fantastique. eE cela est juste et bon, et utile, même indispensable…et de plus souvent réjouissant. Merci et Bravo à tous.

Un exemple récent et d‘autant plus intéressant que se profile la convention citoyenne sur la politique énergétique : les mensonges de Sortir du Nucléaire. Reprenons l’enchainement ; Emmanuel Macron à Rodez, le 4 octobre 2019, bizarrement lors d’un débat sur les retraites a affirmé : « La France a une chance, c'est notre parc nucléaire. C'est ce qui permet de produire une énergie non intermittente la plus propre » et affjrme que depus que l’Allemagne a décidé de sortir du nucléaire, elle a ouvert des centrales à charbon…
Effectivement affirmation non contestable ( pour une fois)

Réaction de Réseau Action Climat : « Contre-vérité d'@EmmanuelMacron : l’Allemagne n’a pas ouvert de centrales à charbon suite à la décision de sortir du nucléaire.
Ce sont les énergies renouvelables, principalement citoyennes, qui ont remplacé le nucléaire et qui vont lui permettre de sortir du charbon. »

Bon, je ne sais pas trop ce qu’est une énergie citoyenne, par contre je sais ce qu’est une émission de CO2 et que voici les ordres de grandeur : 5,3 à 6 g par kWh pour le nucléaire10 g pour l'éolien32 g pour le solaire,  charbon : 1050 g,  fioul : 778 g, gaz : 443 g. Donc, quand on remplace, comme le fait l’Allemagne, le nucléaire par de l’éolien plus du gaz, en gardant son charbon, fierté nationale, eh bien, on mène tout simplement une politique scandaleusement anti-climatique et anti-écologique (donc, non citoyenne, je suppose)

A l’appui de ses dires, Réseau Action Climat prétend fournir de magnifiques chiffres illustrés ou illustrations chiffrées, on ne sait. Voici les courbes présentées sous le titre la preuve par les chiffres.





Mais en tous cas, pas des chiffres sincères, et une belle leçon de manipulation. Car 1)  les camemberts comparés entre 1991 et 2015, comme tous les camemberts, ne montrent pas l’augmentation de la consommation énergétique allemande ; et 2) le zoom sur une petite partie de la courbe permet d’ignorer la quasi-constance en quantité du charbon et du lignite, et l’augmentation du gaz. Si l’on regarde une courbe plus complète (cf. ci-après), on s’aperçoit que charbon et lignite n’ont pratiquement pas diminué, que le nucléaire a été principalement remplacé par du gaz et un peu d’éolien, ce qui, je le répète est un crime climatique et écologique, et que le reste des énergies nouvelles s’est juste surajouté pour compenser l’augmentation de la consommation d’énergie.


Voici une courbe plus complète qui met bien en évidence la malhonnêteté et les manipulations de Réseau Action Climat :


L’Allemagne n’a donc pas diminué d’un iota sa consommation de fossile et ses dégagements de CO2 ont augmenté par substitution du nucléaire par le gaz. L’Allemagne, en gros émet 8 à 10 fois de CO2 par Kwh que la France, eh ben, c’est pas prêt de s’arranger. Et c’est cela que Réseau Action Climat nus propose comme un modèle de transition énergétique ! Idiots, escrocs  imbéciles, bigots de l’écologie…


Autre merveille de manipulation soulignée par un tweetos : la comparaison entre 1991 et 2015. Quel choix astucieux de date ! Car, prenons 2010 ; en 2010, le charbon et le lignite représentaient respectivement 18.5 % et 23 % de la production d'électricité. La part du lignite (le pire du pire !) et du charbon  a donc réaugmenté de 2010 à 2015 avec l’accélération de la baisse du nucléaire !

Et si, l’Allemagne a bel et bien ouvert des centrales à charbon (et pas qu’une…11 !!!) et même, scandale des scandales, intensifié l‘exploitation de son dégueulasse lignite…en prévision de la sortie du nucléaire et des accords de Paris. Car ceux-ci, ruse des ruses et imbécilité des imbécilités prévoient pour la plupart des pays des engagements sur une baisse en pourcentage des émissions de gaz à effet de serre.   Alors, plus le niveau de départ sera haut, plus les engagements seront faciles à respecter !

Et c’est ainsi que l’Allemagne pourra ad vitam eternam prétendre respecter les accords de Paris tout en émettant dix fois plus de CO2 par kw.h qu’en France !

Comment qualifier cela autrement que de foutage de gueule, ou, pour être plus poli, de cynisme et d’hypocrisie totale masquant un crime contre l’Humanité. Et c’est cela que Réseau Action Climat nous propose comme modèle ?

Tiens, allez, pour la route !

Mensonges et crimes climatiques allemands : ouverture d’une gigantestque mine de lignite en 2006


« En Allemagne, la fin du nucléaire et les besoins en énergie ne riment pas forcément avec l’idée d’environnement et de développement des énergies renouvelables. En témoigne ce reportage de l’AFP qui raconte comment le producteur d’électricité RWE agrandit une gigantesque mine de lignite dans la Ruhr, obligeant les habitants à déménager. site de Garzweiler I, exploité depuis 1983, a fait son temps. Il est comblé au fur et à mesure qu'est creusé Garzweiler II, la nouvelle mine contiguë d'une surface de 48 kilomètres carrés, autant que la ville de Lyon.
Quelque 7600 habitants et tout leur environnement doivent être déplacés. Les 900 habitants d'Immerath, dont environ 100 seulement sont encore là, s'installent à à Immerath-Neu (Nouveau Immerath), un village sorti de terre dans la même commune d'Erkelenz. Ils y retrouveront leurs morts, l'école et le jardin d'enfants, mais pas l'église, qui sera déconsacrée après un dernier office en octobre, et rasée comme le reste.
  «Cela me brise le cœur», dit Hans-Willi Peters, qui habite lui aussi un village des environs et devra décider sous peu s'il se laisse transplanter  comme ses voisins… »

« Le 31 mars 1995, le gouvernement du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie donna son aval à la mise en œuvre du Braunkohleplan Garzweiler II. Aussi les excavatrices purent-elles, le 18 juin 2006, entamer cette nouvelle zone…La période d’extraction prévue s’étend de 2006 à 2045. L’abattage du charbon s’effectue à ciel ouvert (exploitation en découverte ou par découverte) et l’activité s’apparente alors à un chantier de terrassement qui se déplace progressivement. Garzweiler II possède un gisement de lignite de 1,3 milliard de tonnes….

Et voilà le modèle des écolos antinucléaires – ils ne le sont pas tous. Voilà l’exemple allemand, le modèle de Réseau  Action Climat et de Sortir du Nucléaire !

samedi 12 août 2017

Taine _ La Révolution- La conquête jacobine_52_ la minorité impose sa loi

Important et magistral :  ou comment les jacobins minoritaires vont prendre le contrôle du pays – un vrai bréviaire do totalitarisme : manipulation d’une assemblée par sa minorité, manipulation de l’opinion publique, contrôle de la police, surveillance, dénonciation, provocation,  politique de l’émeute, les agitateurs stipendiés ; du bon usage des idiots utiles- le Duc d’Orléans. Comment les jacobins se coulent dans la centralisation monarchique et l(aggravent- il suffit alors de controler le centre. Une foi simpliste, une fièvre proche de la folie.

Une machine efficace pour contrôler l’opinion et l’assemblée : du mauvais usage de la police

Nulle machine plus efficace ; on n’en a jamais vu de mieux combinée pour fabriquer une opinion artificielle et violente, pour lui donner les apparences d’un vœu national et spontané, pour conférer à la minorité bruyante les droits de la majorité muette, pour forcer la main au gouvernement. « Notre tactique était simple, dit Grégoire  . On convenait qu’un de nous saisirait l’occasion opportune de lancer sa proposition dans une séance de l’Assemblée nationale. Il était sûr d’y être applaudi par un très petit nombre et hué par la majorité. N’importe. Il demandait et l’on accordait le renvoi à un comité où les opposants espéraient inhumer la question. Les Jacobins de Paris s’en emparaient. Sur invitation circulaire ou d’après leur journal, elle était discutée dans trois ou quatre cents sociétés affiliées, et, trois semaines après, des adresses pleuvaient à l’Assemblée pour demander un décret dont elle avait d’abord rejeté le projet, et qu’elle admettait ensuite à une grande majorité, parce que la discussion avait mûri l’opinion publique. » – En d’autres termes, il faut que l’Assemblée marche ; sinon on la traîne, et, pour l’entraîner, les pires expédients sont bons : là-dessus, fanatiques ou intrigants, tous les conducteurs du club se trouvent d’accord.
En tête des premiers est Duport, ancien conseiller au Parlement, qui, dès 1788, a compris l’emploi des émeutes ; les premiers conciliabules révolutionnaires se sont tenus chez lui ; il veut « labourer profond » et ses plans pour enfoncer la charrue sont tels que Siéyès, esprit radical s’il en fut, les a nommés une « politique de caverne   ». C’est Duport qui, le 28 juillet 1789, a fait établir le Comité des recherches ; par suite tous les délateurs ou espions de bonne volonté font, sous sa main, une police de surveillance qui devient vite une police de provocation. La salle basse des Jacobins, où chaque matin on catéchise les ouvriers, lui fournit des recrues, et ses deux seconds, les frères Lameth, n’ont qu’à y puiser pour trouver un personnel zélé, des agents de choix. « Tous les jours  , dix hommes dévoués viennent prendre leur ordre ; chacun de ces dix le donne à son tour à dix hommes appartenant aux divers bataillons de Paris. De cette façon, tous les bataillons et toutes les sections reçoivent à la fois la même proposition d’émeute, la même dénonciation contre les autorités constituées, contre le maire de Paris, contre le président du département, contre le commandant général de la garde nationale », le tout en secret : c’est une œuvre de ténèbres ; ses chefs eux-mêmes la nomment « le Sabbat » et, avec les exaltés, ils enrôlent les bandits à leur service. « On fait courir le bruit que, tel jour, il y aura un grand désordre, des assassinats, un pillage important, précédé d’une distribution manuelle par les chefs subalternes pour les gens sûrs, et, d’après ces annonces, les brigands se rassemblent de trente à quarante lieues à la ronde  . » – Un jour, pour lancer l’émeute, « six hommes qui s’entendent font d’abord un petit groupe dans lequel un d’entre eux pérore avec véhémence : soixante autres s’amassent ; puis les six premiers moteurs vont de place en place » reformer d’autres groupes et donner à leur parade d’agitation l’apparence d’une émotion populaire. – Une autre fois, « quarante fanatiques à puissants poumons et quatre à cinq cents hommes payés », répandus dans les Tuileries, poussent « des cris forcenés », et viennent jusque sous les fenêtres de l’Assemblée nationale « faire des motions d’assassinat ». — « Vos huissiers, dit un député, chargés de vos ordres pour faire cesser le tumulte, ont entendu les menaces réitérées de vous apporter les têtes qu’on voulait proscrire... Le soir même, au Palais-Royal, j’ai entendu l’un des chefs subalternes de ces factieux se vanter d’avoir enjoint à vos huissiers de vous porter cette réponse, et il ajoutait qu’il était temps encore pour les bons citoyens de suivre son conseil. » – Les agitateurs ont pour mot de guet : Êtes-vous sûr ? et pour réponse : Un homme sûr ; ils sont payés 12 francs par jour, et, pendant l’action, ils embauchent au même prix sur place. « Par plusieurs dépositions faites entre les mains des officiers de la garde nationale et à la mairie », il est constaté que « d’honnêtes gens ont reçu cette proposition de 12 francs pour joindre leurs cris à ceux que vous entendiez retentir, et qu’il en est à qui l’on a laissé les 12 francs dans la main ». — Pour l’argent, on puise dans la caisse du duc d’Orléans, et l’on y puise abondamment : à sa mort, sur 114 millions de biens, il avait 74 millions de dettes   ; étant de la faction, il contribue aux dépenses, et comme il est l’homme le plus opulent du royaume, il contribue à proportion de son opulence. Non pas qu’il soit un chef véritable, son caractère est trop mou, trop ramolli ; mais « son petit conseil   », et notamment son secrétaire des commandements, Laclos, ont de grands projets pour lui ; ils veulent le faire lieutenant général du royaume, à la fin régent ou même roi…

Ils sont une bande dans une foule

Au premier regard, leur succès semble douteux ; car ils ne sont qu’une minorité, une minorité bien petite. — Révolutionnaires de toute nuance et de tout degré, Girondins ou Montagnards, à Besançon, en novembre 1791, sur plus de trois mille électeurs, on n’en trouve en tout que cinq ou six cents, et, en novembre 1792, sur six à sept mille électeurs, pas davantage  . — A Paris, en novembre 1791, sur plus de quatre-vingt-un mille inscrits, ils sont six mille sept cents ; en octobre 1792, sur cent soixante mille inscrits, ils sont moins de quatorze mille  . — En 1792, à Troyes, sur sept mille électeurs, à Strasbourg sur huit mille électeurs, il ne s’en trouve que quatre ou cinq cents  . — Partant, c’est tout au plus s’ils font le dixième de la population électorale, et encore, si l’on met à part les Girondins, les demi-modérés, ce nombre se réduit de moitié. Vers la fin de 1792, à Besançon, sur vingt-cinq à trente mille habitants, on ne découvre guère que trois cents Jacobins purs, et à Paris, sur sept cent mille habitants, on n’en constate que cinq mille : certainement, dans la capitale, où ils sont plus échauffés et plus nombreux qu’ailleurs, même aux jours de crise, en payant les vagabonds et en recrutant les bandits, ils ne seront jamais plus de dix mille  . Dans une grande ville comme Toulouse, le représentant du peuple en mission n’aura pour lui que quatre cents hommes  . Comptez-en une cinquantaine dans chaque petite ville, quinze ou vingt dans chaque gros bourg, cinq ou six dans chaque village : en moyenne, sur quinze électeurs et gardes nationaux, il ne se rencontre qu’un Jacobin, et, dans toute la France, tous les Jacobins réunis ne sont pas trois cent mille  . – Ce n’est guère pour asservir six à sept millions d’hommes faits, et pour étendre sur un pays qui comprend vingt-six millions d’habitants un despotisme plus absolu que celui des souverains asiatiques. Mais la force ne se mesure pas au nombre : ils sont une bande dans une foule, et, dans une foule désorganisée, inerte, une bande décidée à tout perce en avant comme un coin de fer dans un amas de plâtras disjoints…

Les centralisateurs jacobins héritiers de la centralisation monarchique

Dans un grand État centralisé, quiconque tient la tête a le corps ; à force d’être conduits, les Français ont contracté l’habitude de se laisser conduire  . Involontairement les provinciaux tournent les yeux vers la capitale, et, aux jours de crise, ils vont d’avance sur la grande route pour apprendre du courrier quel gouvernement leur est échu. Ce gouvernement du centre, en quelques mains qu’il soit tombé, la majorité l’accepte ou le subit. Car, en premier lieu, la plupart des groupes isolés qui voudraient le voir à bas n’osent engager la lutte : il leur semble trop fort ; par une routine invétérée, ils imaginent derrière lui la grande France lointaine qui, poussée par lui, va les écraser de sa masse  . En second lieu, si quelques groupes isolés entreprennent de le mettre à bas, ils sont hors d’état de soutenir la lutte ; il est trop fort pour eux. Effectivement, ils ne sont pas encore organisés, et il l’est tout de suite, grâce au personnel docile que lui a légué le gouvernement déchu.
Monarchie ou république, le commis vient chaque matin à son bureau pour expédier les ordres qui lui sont transmis  . Monarchie ou république, le gendarme, chaque après-midi, fait sa tournée pour arrêter les gens contre lesquels il a des mandats. Pourvu que l’injonction arrive d’en haut et par voie hiérarchique, elle s’exécute, et, d’un bout à l’autre du territoire, la machine aux cent mille rouages fonctionne efficacement sous la main qui a saisi la poignée du centre. Il n’y a qu’à tourner cette poignée avec résolution, force et rudesse, et ce n’est ni la rudesse, ni la résolution, ni la force, qui manqueront au Jacobin.

Une foi simple et efficace, une fièvre à la limite de la folie


D’abord il a la foi, et en tout temps la foi « transporte des montagnes ». Considérez l’une des recrues ordinaires du parti, un procureur, un avocat de second ordre, un boutiquier, un artisan, et calculez, si vous pouvez, l’effet extraordinaire de la doctrine sur un cerveau si peu préparé, si borné, si disproportionné à la gigantesque idée qui s’empare de lui. Il était fait pour la routine et les courtes vues de son état, et, tout d’un coup, le voilà envahi par une philosophie complète, théorie de la nature et de l’homme, théorie de la société et de la religion, théorie de l’histoire universelle  , conclusions sur le passé, le présent et l’avenir de l’humanité, axiomes de droit absolu, système de la vérité complète et définitive, le tout concentré en quelques formules rigides, par exemple : « La religion est une superstition ; la monarchie est une usurpation ; tous les prêtres sont des imposteurs ; tous les aristocrates sont des vampires ; tous les rois sont des tyrans et des monstres. » De telles pensées déversées dans un tel esprit sont un torrent énorme qui s’engouffre dans un conduit étroit : elles le bouleversent ; ce n’est plus lui qui les dirige, ce sont elles qui l’emportent. L’homme est hors de soi : de simple bourgeois ou d’ouvrier ordinaire, on ne devient pas impunément apôtre et libérateur du genre humain. — Car c’est bien le genre humain, ce n’est pas seulement sa patrie qu’il sauve. Quelques jours avant le 10 août, Roland disait « les larmes aux yeux » : « Si la liberté meurt en France, elle est à jamais perdue pour le reste du monde ; toutes les espérances des philosophes sont déçues ; la plus cruelle tyrannie pèsera sur la terre  . » – A la première séance de la Convention, Grégoire, ayant fait décréter l’abolition de la royauté, fut comme éperdu à la pensée du bienfait immense qu’il venait de conférer à l’espèce humaine. « J’avoue, dit-il, que, pendant plusieurs jours, l’excès de la joie m’ôta l’appétit et le sommeil. » – « Nous serons un peuple de dieux ! » s’écriait un jour un Jacobin à la tribune. – On devient fou avec de tels rêves ; du moins, on devient malade. « Des hommes ont eu la fièvre pendant vingt-quatre heures, disait un compagnon de Saint-Just ; moi, je l’ai eue pendant douze ans  ... » Plus tard, « avancés en âge, lorsqu’ils veulent la soumettre à l’analyse, ils ne la comprennent plus ». Un autre raconte que « chez lui, aux moments de crise, la raison n’était séparée de la folie que par l’épaisseur d’un cheveu ». –

mardi 13 décembre 2016

Perturbateurs endocriniens : pour un GIEPC (Groupe International d’étude des produits chimiques)

Manipulation de la science et marchands de doute ?

Près de cents scientifiques, spécialistes de la biologie de développement et des hormones, ou spécialistes du climat ont écrits une tribune publié dans  Le Monde du 30 novembre sous le titre Halte à la manipulation de la science ! Ils demandent à l’Europe et à la Communauté internationale d’agir contre les perturbateurs endocriniens et dénoncent la « fabrication du doute » par les industriels qui veulent préserver leurs bénéfices, comme l’ont fait les fabricants du tabac à propos de son implication dans le cancer, ou les groupes pétroliers qui ont financé le climatoscepticisme. Extraits :

« Depuis des décennies, la science est la cible d’attaques dès lors que ses découvertes touchent de puissants intérêts commerciaux. Des individus dans le déni de la science ou financés par des intérêts industriels déforment délibérément des preuves scientifiques afin de créer une fausse impression de controverse. Cette manufacture du doute a retardé des actions préventives et eu de graves conséquences pour la santé des populations et l’environnement. Les « marchands de doute » sont à l’œuvre dans plusieurs domaines, comme les industries du tabac et de la pétrochimie ou le secteur agrochimique. »

« Une lutte comparable fait actuellement rage autour de la nécessaire réduction de l’exposition aux perturbateurs endocriniens. La Commission européenne s’apprête à mettre en place la première réglementation au monde sur le sujet. Bien que de nombreux pays aient également manifesté leur inquiétude à l’égard de ces produits chimiques, aucun n’a instauré de réglementation qui les encadrerait globalement. Jamais l’humanité n’a été confrontée à un fardeau aussi important de maladies en lien avec le système hormonal Jamais l’humanité n’a été confrontée à un fardeau aussi important de maladies en lien avec le système hormonal : cancers du sein, du testicule, de l’ovaire ou de la prostate, troubles du développement du cerveau, diabète, obésité, non- descente des testicules à la naissance, malformations du pénis et détérioration de la qualité spermatique. La très grande majorité des scientifiques activement engagés dans la recherche des causes de ces évolutions préoccupantes s’accordent pour dire que plusieurs facteurs y contribuent, dont les produits chimiques capables d’interférer avec le système hormonal. »

« La plupart de ces substances atteignent notre organisme par le biais de notre alimentation. Seule solution pour enrayer la hausse des maladies liées au système hormonal : prévenir l’exposition aux produits chimiques à l’aide une réglementation plus efficace. Or le projet d’établir une réglementation de ce type dans l’Union européenne est activement combattu par des scientifiques fortement liés à des intérêts industriels, produisant l’impression d’une absence de consensus, là où il n’y a pourtant pas de controverse scientifique. Cette même stratégie a été utilisée par l’industrie du tabac, contaminant le débat, semant le doute dans la population et minant les initiatives des dirigeants politiques et des décideurs pour développer et adopter des réglementations plus efficaces. Les discussions sur le changement climatique et sur les perturbateurs endocriniens ont toutes deux souffert de cette déformation des preuves scientifiques par des acteurs financés par l’industrie. »

« Nous sommes cependant préoccupés par les options réglementaires que propose aujourd’hui Bruxelles, très éloignées des mesures nécessaires pour protéger notre santé et celle des générations futures. Les options proposées pour identifier les perturbateurs endocriniens requièrent un niveau de preuve bien plus élevé que pour d’autres substances dangereuses, comme celles cancérigènes »
Nous appelons au développement et à la mise en œuvre de mesures qui s’attaqueraient aux perturbateurs endocriniens et au changement climatique de façon coordonnée. Un moyen efficace pourrait être la création, sous les auspices de l’Organisation des Nations unies, d’un groupe ayant le même statut international et les mêmes prérogatives que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Ce groupe serait chargé d’évaluer les connaissances scientifiques destinées aux responsables politiques dans l’intérêt général et mettrait la science à l’abri de l’influence des intérêts privés.

Les perturbateurs endocriniens

Les perturbateurs endocriniens sont des molécules très simples et très communes (retardateurs de flamme présents dans les meubles et l’électronique, agents plastifiants dans les matières plastiques et les produits d’hygiène, résidus de pesticides dans notre alimentation) qui peuvent agir comme  des hormones naturelles, ceci étant particulièrement inquiétant lors de périodes critiques du développement, pendant la grossesse ou la puberté. L’un des plus courants est le bisphénol A, présent dans le plastique des biberons de bébés. L’accumulation de données démontrant des effets biologique de quasi-hormones du bisphenol A chez l’animal ou dans des cellules humaines  a conduit à son interdiction dans les biberons et tous produits utilisés dans l’alimentation des enfants Au Danemark, en France, au Canada, dans certains pays européens dès 2010, puis dans toute l’Union Européenne ; une décision qui s’imposait et qui a été prise, à juste titre,  malgré l’absence de preuves formelles d’effets chez l’homme.
Pour autant, il y a des aspects qui me paraissent assez contestables dans la fameuse tribune et ses attaques contre la Commission Européenne

Commentaires :

-          Les perturbateurs endocriniens seraient responsables  de cancers du sein, du testicule, de l’ovaire ou de la prostate, de troubles du développement du cerveau, de diabète, d’obésité, non- descente des testicules à la naissance et autres malformation de l’appareil urogénital et du pénis, de la détérioration de la qualité spermatique… C’est tout de même peut-être un peu charger la barque, d’autant que ces effets sont bien choisis pour frapper très fort les esprits !- dans le cas de la qualité spermatiques, par exemple, il s’agit d’un phénomène mal mesuré et à cause tellement multiples qu’il est difficile d’en isoler une, pour ne pas parler du diabète, qui n'est surement pas dû qu'aux perturbateurs endocriniens etc.

-          Les mécanismes précis d’action des perturbateurs endocriniens sont mal connus, au point que l’on a parlé de mystérieuses courbes en U, montrant des effets à très faibles doses, mais pas à doses plus élevées, et d’une pharmacologie révolutionnaire mettant en cause les relations doses –effets. Tout un discours irrationnel ralliant les pires adversaires du progrès embrayait là-dessus. Il semble maintenant que l’on s’oriente de façon plus classique vers une action puissante sur des sous-types de récepteurs. La recherche fondamentale sur ce sujet doit devenir une priorité, tant en raison des menaces possibles pour la santé…que pour peut-être l’identification de nouveaux médicaments.

-          On reproche semble-t-il à la Commission européenne de ne pas vouloir prendre en compte le danger intrinsèque de ces substances, d’ailleurs mal caractérisé, mais notre exposition à ces substances.  Je ne comprends pas en quoi cela est critiquable - C’est ce qui se fait classiquement en toxicologie. Et heureusement ; c’est bien parce que l’exposition au bisphenol des biberons était avéré qu’il a pu être interdit en l’absence de certitude sur sa toxicité. Et ce sont peut-être les premières données inquiétantes d’exposition des femmes enceintes qui attireront l’intention et imposeront des mesures sérieuses.

-          On reproche également à la Commission de proposer un classement des perturbateurs endocriniens laxiste, exigeant la démonstration d’une pertinence humaine. En effet, l’Anses ( l’agence française de sécurité sanitaire) a proposé un classement à plusieurs niveaux de risques  (avérés, présumés, suspecté) similaire à celui des cancérogènes, qui a fait ses preuves, et que la France devrait promouvoir vigoureusement.

-          On reproche encore à la Commission de s’appuyer sur les études et données d’entreprises privées fabriquant ces produits.  Il y a là en effet un conflit d’intérêts évident et des précédents criminels, mais, pour autant, ignorer les études de ceux qui connaissent le mieux les produits en questions serait idiot et la mise en cause systématiques des scientifiques de l’industrie est peu acceptable. Les firmes  doivent pouvoir participer librement au débat scientifique, à condition de publier intégralement leurs méthodes d’études et leurs résultats et de les soumettre à la critique habituelle. En fait elles devraient être obligées de le faire !, mais alors elles doivent pouvoir être entendues.


-           L’idée d’un « GIEC » des produits chimiques ( l’augmentation de l’exposition de l’humanité aux produits chimiques a explosé en quantité et diversité) est une bonne idée, et même excellente pour un positiviste tant elle se rapproche de la conception du « pouvoir spirituel » d’Auguste Comte : des savants qui discutent librement entre eux, parviennent à l’établissement de connaissances positives ( certaines, précises, relatives, organisatrices, permettant la prédiction) et, en fonction des conséquences qu’ils en tirent pour l’humanité, représentent le point de vue du général et  agissent en conseillant les dirigeants temporels et aussi directement sur l’opinion publique. Mais elle suppose d’abord la construction d’un consensus entre experts, et l’on ne voit pas très bien où veulent en venir les auteurs de la tribune lorsqu’ils associent spécialistes du climat, de la chimie et de l’endocrinologie…



vendredi 7 octobre 2016

Tous les médicaments ne sont pas du Solvadi-Sarepta

J’ai déjà eu l’occasion dans plusieurs  blogs de dire combien je trouvais injustifiées les attaques contre Gilead et son médicament contre l’hépatite C, le solvadi (sofosbuvir), et contre son prix, justifié quant au service médical rendu, et même d’un point de vue économique ; d’autant que de nombreuses firmes pharmaceutiques ont eu en main des molécules assez analogues et n’en ont rien fait car Gilead a inventé un double système de prodrogue très sophistiqué qui permet  d’assurer une concentration maximale du produit à son site d’action et constitue une véritable innovation qui permettra sans doute d’autres avancées.
Les contempteurs de l’industrie du médicament devraient réserver leur attention et leur hostilité à d’autres cas où effectivement certaines sociétés pharmaceutiques se comportent en véritables ruffians, manipulant des patients désespérés pour obtenir des avantages et des profits indus. C’est le cas notamment pour la firme Sarepta et son anticorps eterplisen

Sarepta : la stratégie du margoulin

La myopathie de Duchenne, est une terrible maladie génétique, résultant de l’altération de la dystrophine, une protéine responsable de la force musculaire. L'incidence est estimée  à 1 sur 4000 - les garçons sont quasi exclusivement  atteints.  Les malades sont généralement en fauteuil roulant à partir de l'âge de 12 ans et  l'espérance de vie  est d’environ 25 ans, la principale cause de mortalité étant l’affaiblissement du muscle cardiaque.
Il n’existe aucun traitement et exploitant  la détresse des patients, la  firme Sarepta vient d’obtenir de la FDA l’autorisation de mise sur le marché de l’eterplisen, malgré l’opposition d’une grande partie des experts  de la FDA. Cet accord a été obtenu dans le cadre d’une procédure accélérée réservée aux maladies orphelines, ici détournée de son objectif. 
A l’appui de sa demande, Sarepta a présenté à la FDA un dossier d’étude clinique de huit ( !) jeunes garçons ; les niveaux de dystrophine des patients traités par l’eteplirsen étaient en moyenne  de 0,93 % celui de normal après 3 ans et demi, à peu près le même que dans les patients DMD non traités avec le médicament. Autrement dit, le pseudo médicament est inactif. Et non seulement, il est inactif, mais sa toxicité n’a pas été suffisamment évaluée.
En plus Sarepta a menti et l’un des directeurs de la FDA a eu ce commentaire inhabituellement sévère:  « Je manquerais à mon devoir si je ne faisais pas remarquer que le promoteur de l’étude a fait preuve d’une grave irresponsabilité en jouant un rôle dans la publication et la promotion des données sélectionnées lors de l’élaboration de ce produit. Non un article trompeur a été publié en ce qui concerne les résultats de l’étude 201/202147 – qui n’a jamais été rétracté — mais Sarepta a également publié un communiqué de presse en se fondant sur l’article trompeur et ses conclusions. »
« Accorder l’approbation accélérée ici sur la base des données présentées pourrait empirer la situation des patients souffrant de maladies pour lesquelles il n’existe pas de traitement — tant en décourageant les autres firmes pharmaceutiques de mettre au point des traitements efficaces pour la myopathie de Duchenne qu’en encourageant les autres compétiteurs à ’obtenir une autorisation pour qes affections graves avant qu’ils aient investi le temps et la recherche nécessaire pour établir si un produit a une action clinique bénéfique. Si nous devions approuver l’eteplirsen sans preuves substantielles nous pouurions rapidement nous retrouver en position d’avoir à approuver une myriade de traitements inefficaces pour les groupes de patients désespérés. »
Manipulant des patients désespérés et un bataillon d’avocats très chers et très puissants – au point qu’un responsable de la FDA a estimé que si Sarepta avait dépensé les mêmes moyens et la même énergie à étudier son produit, ils auraient déjà en main des résultats permettant de se prononcer valablement sur son intérêt-, Sarepta est cependant parvenu à obtenir un agrément de la FDA. L’argument du responsable qui a accordé l’autorisatuon contre l’avis de la plupart de ses collègues était curieux : il ne s’agissait pas de savoir si l’eteplirsen était efficace ( c’est un « placebo scientifiquement élaboré » selon l’avis de ceux qui ont étudié le dossier), mais de prendre en compte le fait que Sarepta devait être recapitalisé pour pouvoir continuer. Ceci au moins fut un franc succès, sur fonds de possibles conflits d’intérêts : l’après-midi même de l’annonce, l’action de Sarepta augmenta de 86%.



Et Sarepta annonce son intention de proposer son pseudo médicament sur le marché européen, où il faut donc s’attendre aux mêmes manœuvres de margoulins.
Espérons que les agences européennes auront le courage et la légitimité scientifique pour s’opposer à ce type de manœuvres qui risquent autrement de devenir de plus en plus communes. Ce n’est pas gagné, et c’est un combat qui devra être mené devant l’opinion publique.