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samedi 25 août 2018

A bas le progrès ! : l’Europe, la génétique et les obscurantistes


Zinc Finger, CRISPR-Cas9, Talen- La nouvelle révolution des NBT

La génétique a fait ces dernières années d’énormes progrès. Trois enzymes récemment découvertes,  les nucléase à doigt de zinc (ZFN), les nucléases effectrices de type activateur de transcription (TALEN) et surtout CRISPR-Cas9 (enzymes jouant un rôle dans l’immunité bactérienne) permettent maintenant d’éditer de façon précise le génome (l’ADN) d’une cellule, de la couper en certains endroits sélectionnés, de changer la place d’un gène et son niveau d’expression, de corriger un éventuel défaut. Leur utilisation en médecine pour soigner des maladies génétiques,  bien que complexes s’avère déjà prometteuse et donnera un espoir à des malades  qu’on ne savait à présent ni guérir, ni même soulager.

Leur utilisation en agriculture est plus simple. Elles permettent de créer des variétés soit plus résistantes à certaines maladies (un million de morts dus au mildiou en Irlande pendant la grande famine de 1845-1848), une meilleure adaptation à de nouvelles conditions climatiques (tiens, ça on risque maintenant d’en avoir vraiment besoin), ou bien augmentant leurs qualités nutritionnelles. Ainsi, CrispR_Cas 9 a permis de créer une variété de maïs résistante à la nécrose létale du maïs et de  de favoriser l'expression d'un gène connu pour accroître la tolérance du maïs à la sécheresse en remplaçant le promoteur associé par un promoteur augmentant sa fréquence d'expression. Les TALENs sont utilisées pour développer la résistance du riz aux bactéries xanthomonas et également  pour inactiver un gène en partie responsable de la synthèse d'acides gras chez le soja, augmentant ainsi la part des acides mono-insaturés et réduisant celle des acides gras saturés, améliorant ainsi la qualité nutritionnelle de l'huile extraite de la variété de soja concernée.

Ces nouvelles techniques sont regroupées sous le nom de NBT (New Breeding Techniques), pour les différencier du génie génétique et de la notion d’organismes génétiquement modifiés. Il s’agit certes de techniques de génétiques, mais dans ces cas, il n’y pas d’insertion de gènes extérieurs, seulement une réorganisation pouvant réprimer ou au contraire augmenter l’action de certains gènes déjà présents. Ces techniques reproduisent fidèlement les phénomènes de mutation (mutagénèse) à l’origine de la sélection par croisement, telles que les pratiquent de manière immémoriale éleveurs et cultivateurs. Simplement, l’empirisme est remplacé par une démarche plus sûre, plus rationnelle, plus efficace, ce  qui nous permettra de répondre en temps utiles aux défis qui se posent. Par exemple, il  a fallu plus de vingt ans aux chercheurs de l’INRA pour créer par croisements interspécifiques une vigne résistante au mildiou, ce qui laisse largement le temps aux catastrophes et aux ruines de se produire ; les techniques actuelles le permettraient en moins de trois ans.


Il faut clarifier la directive sur les OGM pour bénéficier des nouvelles techniques de mutagenèse

Or, la Cour de justice de l’UE a récemment assimilé ces nouveaux organismes NBT à des OGM, alors que ce sont des organismes dont le génome a été altéré sans y insérer un ADN étranger.  Pour l’ex-député Jean-Yves Le Déaut et la sénatrice Catherine Procaccia, ex président et actuelle vice –présidente de l’Office Parlementaire des choix scientifiques et technologiques, il est urgent de clarifier la directive pour bénéficier des nouvelles techniques de mutagénèse. Ils ont signé dans Le Monde du 21/08/2018 une tribune courageuse et assez détonante intitulée Il faut clarifier la directive sur les OGM. Extraits :

Etats et Commission des responsabilités non assumées :  « Depuis près de dix ans, l’incertitude prévaut dans l’Union européenne sur la qualification juridique des nouvelles biotechnologies (New Breedings Techniques, NBT). En droit européen, la « directive 2001/18 » exempte les techniques de mutagénèse de ces dispositions, considérant que pour ces techniques, « la sécurité est avérée depuis longtemps ». C’est ce que précise un récent arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) tout en soulignant que la législation de l’Union n’a pas été modifiée au regard de l’évolution de ces techniques.
En repassant ce dossier épineux à des comités d’experts successifs, puis maintenant au juge européen, la Commission et les Etats membres n’ont pas assumé leurs responsabilités car ce n’est pas au juge de définir la politique de l’Union européenne sur un sujet aussi important. Il s’agit d’une décision de nature politique, qui relève de la compétence de la Commission européenne, en lien avec les Etats et leurs comités d’experts »

Sur les OGM : « L’activisme d’associations qui depuis plus de vingt ans ont frappé l’opinion publique en parlant de risques sanitaires a petit à petit produit ses effets, y compris dans l’arrêt de la Cour Européenne de Justice. Pourtant aujourd’hui, avec vingt ans de recul, les agences nationales, européennes, internationales, les académies concluent toutes à l'absence de risques sanitaires. Les responsables politiques et les gouvernements qui se sont succédé depuis vingt ans ont souvent reculé ou démissionné et petit à petit le dossier OGM s’est enlisé. Cela risque de recommencer avec les nouvelles technologies »

« Les NBT constituent une révolution, puisqu’elles sont à la fois simples, rapides, précises puissantes, peu coûteuses, universelles et très prometteuses, notamment dans les domaines de la médecine et de l’agriculture. C’est une ère post-OGM qui s(annonce pour l’agriculture. »

«  Il serait paradoxal que, comme pour les OGM, l’Union Européenne et ses Etats membres s’accommodent du départ des chercheurs vers ces pays (USA, Chine, Brésil…) et de l‘importation de produits issus de ces techniques venant de ces pays, tout en interdisant sur notre territoire la recherche, l’expérimentation et la culture. Une nouvelle fois, l’Europe va être pénalisée. »

«  Avec la prolifération de la fausse science, c’est la nature même du progrès qui est remise en cause. Cette évolution inquiétante prend sa source dans la confusion de plus en plus marquée entre ce qui relève des savoirs issus d’une démarche scientifique rigoureuse et ce qui relève de croyances ou de manipulations. En fait, n’est-il pas plus dangereux de manipuler les esprits que de modifier les gènes ».

On ne saurait mieux dire, et bravo à Jean-Yves Le Déaut et à Catherine Procaccia, et espérons qu’ils seront entendus.

Tiens, au fait, où est passé le Président de l’Office Parlementaire des choix scientifiques et technologiques, Cedric Villani ? Perdu corps et surtout âme ? Allons, on a maintenant bien compris qu’il préfère à la vérité et au courage de tortueuses stratégies politiques, et que le savant a été remplacé par un politicien plus sinueux que les professionnels de l‘ancien monde, et qu’il ne prendra aucun risque pour assumer des positions qui risqueraient de déplaire à Jupiter et autres olympiens et de nuire à ses ambitions personnelles. Dommage, c’est une grande déception.

16 chromosomes réduits à un seul !

Le même numéro du Monde (21/08) annonce une nouvelle scientifique qui montre bien que nous allons encore vers bien des surprises et de nouveaux progrès en biologie : les 16 chromosomes d’une levure de bière ont été raboutés en deux chromosomes par une équipe américaine, et en un seul par une équipe chinoise, et cela sans compromettre la viabilité de la levure ! En dehors du défi scientifique et technique, cela aussi annonce une autre ère pour les OGM simples. Car les OGM dont le génome a été ainsi réaménagé ne peuvent plus se croiser avec les organismes souches, et tout risque de contamination se trouverait ainsi évité !

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mardi 17 février 2015

Mimile fait de la biologie cellulaire


OGM ou pas ?
Mimile, je viens de l’inventer comme un équivalent masculin de Bécassine, et parce qu’il commence par un M, comme le Monde, Le Monde (22 jan 15)  qui a publié cet article : « Comment des OGM cachés arrivent sur le marché ». A vrai dire, l’article est plutôt bien fait et décrit la manière dont les firmes du secteur agroalimentaire, les Monsanto, Bayer, Syngenta, Pioneer, BASF etc… créent des organismes génétiquement modifiés qui pourraient échapper à toute réglementation européenne. Les OGM classiques, rappelle l’article sont obtenu en insérant un gène étranger conférant une propriété « intéressante » dans le génome d’un organisme (ainsi le maïs M810 de Monsanto contient un gène d’une bactérie exprimant un insecticide). Ce que souligne,  l’article du Monde, c’est qu’il existe d’autres moyens plus anciens de provoquer des mutations génétiques, telles l’exposition à des radiations, que des semences de colza et de tournesol génétiquement modifiées par ce procédé et rendues résistantes à des insecticides sont ou vont être commercialisées ; d’autre part, des procédés plus récents d’édition de gènes (méganucléases de Cellectis, technologie Crips/cas 9) permettent de réarranger le génome plus efficacement et plus rationnellement que l’irradiation et de rendre les variétés végétales plus productives ou plus résistantes au stress (chaud, froid salinité, sécheresse), sans toutefois introduire de gènes étrangers. Pour cette raison, ces produits échappent à la réglementation sur les OGM ; il ne s’agit là que d’une amélioration de processus à l’oeuvre dans la nature. L’Union Européenne est en train de prendre position sur ce sujet.

Comme d’habitude, les croisés de l’obscurantisme se font entendre de manière tonitruante, quoique certains prennent une forme plus modérée : « Ce qui pose problème, ce n’est pas tel ou tel OGM, mais la frénésie avec laquelle on y introduit de façon massive des plantes qui n’ont pas l’historicité de ce système » plaide le spécialiste de France Nature environnement, Frédéric Jacquemart ». Les chercheurs, eux, plaident qu’il est indispensable tant pour  les partenaires privés que pour la puissance publique de disposer en France et en Europe de ces technologies émergentes » (Olivier Le Gall, INRA). Peter Rogowsky, également de l’INRA, s’inquiète : « Depuis des années, la profession et les chercheurs attendent que la question soit tranchée par la Commission européenne, qui a peur d’ouvrir une boite de Pandore »

Et c’est bien le problème. Un certain nombre d’organisations, qui manipulent les peurs et l’irrationnel, et qu’il faut bien qualifier d’obscurantistes font régner un tel climat d’intimidation, depuis des années, sur la question des OGM qu’aucun débat serein ne peut plus avoir lieu. On les a vu à l’oeuvre avec la lamentable affaire Séralini, qui a tout de même fini par se retourner contre eux. Oui, l’inquiétude du spécialiste de France Nature Environnement sur la rythme de modification du vivant est légitime, et pose des questions auxquelles il faut répondre, auxquelles donc il faut  pouvoir répondre, par exemple par des études en plein champ, ces mêmes études que rejettent et interdisent par la force, la violence, la destruction les extrémistes écologiques.

Un futur OGM

Monsanto a commercialisé neuf variétés de maïs génétiquement modifiés, sept de coton, une de soja, une de luzerne et une de colza pour leur conférer une résistance à son herbicide Roundup. Monsanto vend aussi une variété de colza et une de soja avec des teneurs plus faibles en acide linoléique. En France, en Europe, rien : bien que la France avec Jacob, Monod , l’Institut Pasteur, l’Inra, ait été à l’aube de la révolution génétique, à cause de l’action de groupes organisés de fanatiques rétrogrades, la voilà bloquée dans les années soixante pendant que le reste du monde avance à grands pas.  Le riz « doré » est un OGM qui fabrique du beta carotène, ce qui permet de suppléer en cette vitamine essentielle, dont la carence provoque la cécité et pourrait sauver la vie d’un à deux millions d’enfants dans le Monde.  Un riz résistant aux inondations prolongées a été mis au point ; le gêne  été identifié par les techniques de génie génétique, mais étant naturellement présent dans certains riz, il peut échapper à la qualification d’OGM.

La peur des OGM ? OGM, modifiés par des générations et des générations d’agriculteur le blé qui fait notre pain, le maïs qui fait nos galettes, OGM, les raisins qui font nos crus fameux et les ferments qui les transforment,  les vaches qui donnent notre lait, les ferments qui le transforment en fromages, les plantureux et fameux bœufs charolais, Angus ou de Kobé, OGM encore les roses que vous offrez à la Saint-Valentin etc. etc ;

OGM également ces plans de tabac capables de produire en masse et rapidement un vaccin anti-grippe (Medicago) , ou encore qui produisent un cocktail d’anticorps contre le virus Ebola (Zmapp) ; ces laitues produisant un facteur de coagulation contre l’hémophilie, ou encore un facteur stimulant la production d’insuline, contre le diabète,  ou des vaccins contre la polyomélite développés à l’Université de Pennsylvanie (Henry Daniell). Faudra-t-i se priver de tout cela ? La France et l‘Europe, autrefois en pointe dans la génétique doivent-ils être absents du siècle de la biologie ?

OGM aussi, ces moustiques stériles et incapables de survivre sans un antibiotique, et lâchés par millions au Brésil pour lutter contre la dengue. Et OGM aussi ces bébés qui pourront naître en Angleterre, après transfert de mitochondries d’une donneuse saine, et qui pourront échapper à la malédiction des maladies mitochondriales, myopathies diverses, neuropathies conduisant à l’épilepsie ou à la démence, diabète juvénile et surdité etc…

Serons-nous, en France, absent de tout cela ? Les OGM ont été notre passé, ils seront, avec des technologies plus rationnelles, plus efficaces, plus rapides, plus sûre. Oui, l’accélération permise par la technique, ouvre des possibilités immenses, et présente aussi des dangers qui doivent être estimés. Il n’ y a pas eu besoin d’OGM pour que des catastrophes dues à des espèces végétales invasives se produisent (myriophylle du Brésil, ambroisie à feuilles d'armoise,..). Mais la technologie des OGM, cette technologie qui nous permet de faire plus rapidement, plus rationnellement, plus efficacement, plus sûrement, ce que l’Humanité a toujours fait, permet aussi de prévoir et d’éviter ces inconvénients.
 

samedi 29 novembre 2014

Abeilles brésiliennes contre abeilles tueuses, OGM et prolifération


La lecture réserve toujours de l’inattendu. C’est dans le volume consacré au Brésil de l‘excellente collection des dictionnaires amoureux (Dictionnaire amoureux du Brésil,  Gilles Lapouge, Plon)  que j’ai découvert le  drame des abeilles brésiliennes. En 1956, donc, le Brésil a acheté des abeilles africaines (mellifera scutellara) en Tanzanie qu’il souhaitait croiser avec l’abeille brésilienne d’origine européenne (mellifera ligustica ou mellifera iberiensis). Un centre expérimental de Sao Paulo se charge de l’opération. Cinquante-six reines africaines lui sont confiées ; au cours d’une manipulation, vingt-six s’échappent. Résultat : le Brésil, puis tous les pays d’Amérique du Sud, puis le Mexique, puis l’Amérique du Nord se trouvent confrontées à l’irrésistible invasion des « abeilles tueuses ».

Mellifera scutellara, plutôt débonnaire en Tanzanie, n’a pas un venin plus dangereux que celui des abeilles, mais leur transplantation a changé leur caractère ; elles chassent en meutes, et quand elles ont repéré une proie, c’est tout l’essaim qui conduit l’assaut : 1,00 piqures d’abeilles tuent aisément un homme de 70 kg. Depuis cinquante ans, près de deux milles personnes ont été victimes des abeilles africaines. De plus l’abeille tueuse, lorsqu’elle s’introduit dans une roche brésilienne, y prend le pouvoir :  les larves métissées naissent un jour avant les larves des abeilles brésiliennes. Résultat : «  hier, les apiculteurs brésiliennes s’occupaient d’abeilles dociles, joyeuses et laborieuses. A leur place, ils ont maille à partir avec des individus patibulaires que le moindre désagrément exalte, et qui tuent pour une contrariété ».

L’abeille européenne, comme son nom l’indique, n’était elle-même pas originaire du Brésil, mais y était arrivée en 1839, amenée par un missionnaire, le Père Carneiro, à partir de sept colonies qui ont quasiment éradiquées les abeilles indigènes. Celles-ci ont une production de miel moins abondantes, exigent davantage de soin, déposent leur miel dans des petits pots en cire, et non dans des cellules. Plus lentes que les abeilles européennes, elles se font voler les délicieux nectars par les abeilles européennes plus rapides. Mais elles sont les seules à polliniser certaines fleurs tropicales (orchidées, maracuja- fruit de la passion)… et sont dépourvues de dards.

Le Brésil essaie aujourd’hui de redévelopper des colonies d’abeilles indigènes.  C’est l’un des nombreux récits de catastrophes provoquées par l’homme, par l’introduction volontaire, intéressée, pour un gain en l’occurrence hypothétique et une catastrophe certaine, d’espèces invasives. Parmi les exemples plus dramatiques, rappelons les 12 couples de lapins introduits  en 1859 en Australie par  Thomas Austin, pour satisfaire son goût d’une chasse anglaise traditionnelle. 50 ans plus tard, on en compte 600 millions qui ont colonisé 60% du territoire. La construction d’un gigantesque mur n‘empêcha pas la prolifération dans toute l’Australie ; et les Autraliens ne trouvèrent pas mieux que de disséminer la myxomatose pour tenter de contrôler cette population proliférante...  Dans son excellente chronique scientifique du Monde, Pierre Barthélémy rappelair récemment l’introduction accidentelle de serpents Boiga irregularis dans l’île de Guam… et comment les Américains, pour protéger leurs GI , en sont réduits à parachutes des souris mortes intoxiquées au paracétamol pour tenter de s’en débarrasser. Et le problème encore plus commun et souvent  plus grave des plantes invasives mériterait un volume complet de chroniques.

OGM contre proliférations

Je voudrais terminer par un constat parfaitement provocateur. Avec le génie génétique, avec les OGM, l’homme sait créer des espèces qu’il peut contrôler. Si le développement, inévitable, souhaitable, bénéfique des OGM (au moins de certains) se poursuit, il sera l’occasion certes d’autres erreurs, d’autres drames ; mais en même temps que l’occasion, le génie génétique fournit aussi, à condition d’être bien utilisé, le remède. L’utilisation d’OGM devrait entraîner beaucoup moins de problèmes de proliférations nuisibles que les techniques et pratiques du passé ; le génie génétique nous a aussi donné ce pouvoir sur la nature.
 

mercredi 2 juillet 2014

La Révolution génétique et la France


Un nouveau code génétique

Une avancée importante, en tous cas un véritable tour de force en biologie synthétique vient d’être réalisé au Scripps Institute (cf La Recherche juillet-Août 14). L’ADN, code génétique universelle fonctionne avec quatre lettres, quatre bases organiques dont la succession code toutes les protéines des organismes vivants. Eh bien, les chercheurs du Scripps (Floyd Romesberg) ont ajouté à cet alphabet deux bases synthétiques, qu’on ne trouve pas dans la nature, et les ont incorporées dans des séquences ADN de plasmides de la bactérie préférée des généticiens, Eschericia Coli. Pour faire bonne mesure, il leur a fallu aussi intégrer dans la bactérie un gène d’algue codant une protéine transmetteur permettant aux deux nouvelles bases de traverser sa paroi. Une fois cela réalisé (15 ans de recherche environ, tout de même), les bactéries répliquent l’ADN modifiè et ses nouvelles bases. C’est la démonstration de la possibilité, de faire produire par les bactéries à terme, non seulement des protéines existantes, mais des protéines complètements nouvelles, avec pourquoi pas, des acides aminés non naturels.

Il y a encore loin de ce premier pas au but affiché, mais la révolution génétique, grâce à la création de nouveaux outils de génétique moléculaire, progresse à pas de géants. Deux sociétés se sont fait récemment remarquer, toutes deux fondées par des scientifiques français. L’un des problèmes principaux des manipulations génétiques, et surtout des thérapies géniques est que l’on sait assez facilement insérer un gêne modifié dans les cellules, mais que l’on ne savait pas jusqu’à présent le faire de manière sélective, ce qui avait malheureusement pour effet fréquent de perturber de manière anarchique les cellules cibles, voire de les rendre cancéreuses ou de les tuer. Ce fut l’une des causes principales des échecs des premières thérapies géniques. Or, c’est ce problème, entre autres, que permet de résoudre les technologies développées par ces deux sociétés.

CRISPR therapeutics

La plus récente de ces deux sociétés est CRISPR therapeutics, fondée par Emmanuelle Charpentier. C’est l’aboutissement de vingt-sept ans de recherche fondamentale sur les mécanismes de virulence et de défense des bactéries. Les CRISPR (courtes séquences palindromiques répétées) associés à des enzymes nucléases Cas (capables de couper l’ADN) ont été découvertes chez les bactéries où elles servent à centraliser les infections virales en intégrant une partie du génome viral, puis l’utilisant pour générer des fragments complémentaires de l’ARN viral couplés à une nucléase cas qui dégrade le génome viral. Le couplage  CRIS cas9 avec des ARN guide permet de cibler des sites d’insertion d’ADN précis et cette stratégie a été validée par la démonstration qu’il est possible d’inactiver in vivo chez le singe des gênes d’intérêt thérapeutique. Ces développements doivent beaucoup à la scientifique française Emmanuelle Charpentier… mais qui n’exerce plus en France- elle est actuellement professeur à l’Université de médecine de Hanovre.

Cellectis

L’autre société,  française celle-là- active dans le domaine de l ’ingénierie génétique est Cellectis. Cellectis a été créée en 1999 par des chercheurs de l’Institut Pasteur (notamment André Choulika). Cellectis a acquis une expérience unique en matière de design, de production et d’utilisation des méganucléases. Ces enzymes, dont plusieurs centaines existent dans les bactéries, les levures, les algues  coupent l’ADN de manière très ciblée grâce à des sites de reconnaissances de longue taille (12à 40 bases) d’ADN. Ces sites peuvent être modifiés pour couper une séquence d’ADN bien particulière et Cellectis a développé toute une famille d’outils génétiques TALEN™ particulièrement efficaces. Un premier succès significatif a été enregistré avec la production de méganucléases capables de cliver le gène humain XPC dont la mutation est en cause dans le Xeroderma pigmentosum, une maladie monogénique grave prédisposant aux cancers cutanés et aux brûlures dès lors que la peau est exposée aux rayons UV. Cellectis a signé des accords avec Servier et, cette année surtout avec Pfizer (Pfizer prend 10 % du capital de Cellectis pour former une « alliance stratégique mondiale ». Le but est de développer des thérapies originales du cancer en rendant les cellules cancéreuses sensibles au systyème immunitaire. Pour cela, Cellectis a développé des outils appelés CAR (récepteurs antigéniques chimériques), qui sont des molécules artificielles qui, lorsqu'elles sont présentes à la surface des cellules immunitaires effectrices, permettent à ces dernières de reconnaître une protéine déterminée (antigène) et de déclencher l'élimination des cellules qui portent cet antigène sur leur surface (cellules cibles). Il devient alors possible de modifier des cellules du système immunitaire (généralement des lymphocytes T) de façon à ce qu'elles expriment un CAR capable de reconnaître des protéines présentes à la surface des cellules cancéreuses.

Deux remarques : en 1970, le Prix Nobel et généticien Jacques Monod affirmait : « Non seulement, la génétique moléculaire moderne ne nous propose aucun moyen d’agir sur le patrimoine héréditaire, pour l’enrichir de traits nouveaux, mais elle révèle la vanité d’un tel espoir, l’échelle microscopique du génome interdit à pour l’instant et sans doute à jamais de telles manipulations ». Prédiction aventurée : nous entrons aujourd’hui clairement dans l’ére industrielle de la transformation génétique de l’homme. Pour le meilleur évidemment- et la sagesse humaine évitera le pire

Grâce à la recherche française, la France est présente dans ce domaine ; mais on ne peut que rêver à ce que serait le développement de sociétés comme Cellectis ou CRISPR therapeutics si elles étaient issues de labos américains. Il serait temps que le Ministère du Redressement Productif s’intéresse davantage aux industries d’avenir qu’à celles du passé, et daigne s’intéresser à la thérapeutique, à la biologie et au pharmaceutique au moins autant qu’à l’énergie et aux transports chers aux Ingénieurs des Mines – peut-être suffirait-il d’introduire ces matières dans leur cursus ?
 

lundi 26 décembre 2011

OGM : faut-il en avoir peur ?

Mythes, peurs et histoire

Rien de nouveau ? En un sens les Organismes Génétiquement Modifiés n’ont rien de nouveau. Depuis longtemps l’homme a amélioré les  espèces végétales et animales par croisement, des plus grandes aux plus petites. Que serait notre alimentation si les agriculteurs, pendant des millénaires, n’avaient pas fait évoluer leurs plantes, si l’on en était resté aux formes primitives du blé (l’égilope ?), du maïs (la téosinte) , du riz, de la pomme de terre ? Et l’excellent Charolais n’a rien d’une espèce sauvage. Les levures produisant la bière ou le pain, ces premiers exemples de biotechnologie,  ont fait l’objet de sélections millénaires.
Ce qui est nouveau c’est que le progrès des biotechnologies a rendu moins aléatoires, plus rationnelles et extraordinairement plus efficaces les techniques traditionnelles de croisement d’espèces, permettant plus sûrement d’obtenir des variétés possédant un caractère désiré.
En même temps, ces techniques de génie génétique rendent plus sûres les OGM, car l’on connaît précisément les modifications qu’ils ont subies. Comme pour toutes variétés nouvelles, ils doivent passer par le filtre des tests toxicologiques et écotoxicologiques réglementaires mais l’on risque moins de surprises. Ainsi, on peut plus facilement étudier l’effet direct de la présence accrue de certaines protéines à partir de ces protéines purifiées, ce qui procure une marge de sécurité supplémentaire. Le risque allergène a souvent été mis en avant ; là encore, il est moindre que pour n’importe quelle nouvelle espèce créée par une méthode traditionnelle, d’ autant qu’il existe des banques de données de plus en plus précises de séquences protéiques allergisantes.
Rien de nouveau ? L’homme n’a pas attendu les OGM pour provoquer des catastrophes. Ainsi, dans les années 30, des sélectionneurs américains ont l’idée d’améliorer les grandes plaines américaines pour la nutrition du bétail  en y introduisant une variante spéciale de la fétuque élevée, Kentucky 131. Il s’avéra rapidement que cette variété empoisonnait le bétail , provoquant avortement, réduction de croissance, chute des queues et des sabots… Mais Kentucky 131 s’est si bien adaptée qu’elle occupe plus de 140.000 km2 aux USA et est devenue invasive dans les prairies naturelles (La Recherche, nov2011). L’introduction volontaire de la myxomatose, notamment en France, pour contrôler la pullulation des lapins… a entraîné entre 1952 et 1955 la mort de plus de 90% des lapins sauvages, et la décimation des clapiers familiauxx et industriels, et l’effondrement de la production de peaux….
Donc oui, l’introduction des OGM doit être étudiée et contrôlée, comme toute introduction de nouvelles espèces. Là encore, les techniques utilisées rendent, doivent aussi rendre plus facile le contrôle en cas de dissémination ou autre problème.

Des OGM à l’origine d’immenses progrès

En 1978, un gène humain codant l’insuline est introduit dans la bactérie Escherichia coli, pour lui faire produire de l’insuline humaine. En 1982, la mise sur le marché d’insuline recombinante est la première application commerciale du génie génétique et révolutionne le traitement du diabète. Le drame des enfants atteints par la maladie de Creutzfeld Jacob lors du traitement par une hormone de croissance contaminée extraite d’hypophyses de cadavres ne pourrait plus se produire ; désormais, l’hormone de croissance est aussi produite par des OGM. Les techniques de génie génétique sont aussi mises à profit pour le traitement de maladies, jusqu’ici incurables, par thérapie génique (mucoviscidose, hémophilie, déficit immunitaires graves…). Les patients ainsi traités seront, au moins partiellement, des humains génétiquement modifiés…
L’utilisation d’animaux de laboratoires génétiquement modifié (généralement rats ou souris) pour reproduire au mieux des pathologies humaines et inventer de nouveau traitements est d’usage maintenant courant. Des entreprises françaises telles GenOway, sont en passe de devenir  des leaders du marché du rongeur génétiquement modifié. Là encore, il ne s’agît que de réaliser plus efficacement et rationnellement une démarche traditionnelle qui avait, par exemple, permis d’obtenir des races de rat génétiquement hypertendus ; cependant, devant l’extension de ces méthodes, sans doute faudrait-il que le Conseil Consultatif National d’Ethique précise davantage les pratiques acceptables…et celles qui ne le seraient pas.
Dans un domaine mêlant santé et environnement, les  OGM connaissent également des succès qui iront en s’amplifiant . On peut ainsi prédire un bel avenir aux MGM, moustiques génétiquement modifiés. Des premiers lâchers de mâles portant un gêne létal pour leur descendance ont eu lieu en 2009 en Malaisie, en 2011 aux îles Caïmans pour lutter contre la dengue. Des anophèles génétiquement modifiés incapables de transmettre le virus du paludisme ont été fabriqués ; ils constitueront une méthode de choix pour lutter contre le paludisme, le plus grand tueur d’enfants. D’autres aideront à éviter l’installation du chikungunya en France…

Les OGM et l’agriculture

En fait l’essentiel du débat sur les OGM et les plus fortes résistances sont concentrées dans le domaine agricole, et cela s’explique principalement pour quatre raisons : les tabous et peurs liées à l’alimentation ; le fait que les améliorations proposées jusqu’à présent n’apportent aucun bénéfice direct au consommateur, mais des gains de productivité aux agriculteurs ; les possibilités de dissémination des gênes ; le modèle économique qui rend les agriculteurs plus dépendant des semenciers et géants agro-industriels.
En ce qui concerne la sécurité sanitaire des OGM, les problématiques et techniques d’évaluation sont bien connues et validées, et n’ont d’ailleurs rien de particulier aux OGM, pour lesquelles elles devraient en fait être plus faciles et plus sûres
La quasi-totalité des OGM actuellement existant sont  soit rendus résistant à un insecte ( MaïsBt- contre la Pyrale-,CotonBt), soit  rendus tolérant à un herbicide (généralement Round-up résistant). De fait, ils n’apportent rien directement aux consommateurs et ne profitent – éventuellement- qu’aux agriculteurs.  Mais est-il donc si indifférent d’utiliser éventuellement moins d’herbicides ou de pesticides ? Avons-nous à ce point rompu nos attaches avec la terre et le monde paysan que nous sommes indifférents à l’empoisonnement des sols, pire, à celui des paysans qui ont payé un lourd tribu trop ignoré aux produits phytosanitaires ? Et, dans nombre de pays, une différence de rendement agricole même faible fait la différence entre une survie difficile et une exploitation permettant de vivre dignement. Les paysans africains et indiens qui adoptent massivement les OGM ne s’y trompent pas.
La dissémination des gênes est un risque réel, dont le principal inconvénient est de faire perdre leur intérêt aux OGM qui les portent, et éventuellement de rendre inefficaces certains herbicides et insecticides. Ils doivent pouvoir être évalués, comme l’exige le principe de précaution, par des essais en champs ouvert.
Or ces expériences en champs ouverts sont en France, assez systématiquement visés par certains écologistes. Ainsi ont été détruits des champs d’essai de l’INRA où étaient cultivés des plans de maïs transgénique visant à réduire les apports en engrais azotés, ou de plans de  vigne permettant de bloquer une maladie que l’on ne sait actuellement pas contrer, le court-noué- et ceci avec un soutien total de viticulteurs voisins parfaitement informés et consultés.
Ces saccages injustifiables concernant un organisme de recherche public doivent être réprimés de manière suffisamment dissuasive ; mais peut-être faut-il d’abord, que la communauté scientifique se mobilise pour les dénoncer, pour manifester son soutien aux chercheurs qui voient ainsi s’envoler des années de recherche et pour expliquer l’intérêt des recherches menées. Or, cette élémentaire solidarité s’est assez peu manifestée.
Concernant la dissémination, une expertise extensive a été menée par des chercheurs de l’INRA et du CNRS. Le Monde, 18 nov 2021). Elle a mis en évidence qu’en effet, dans de nombreux pays où les OGM résistant aux herbicides ont été utilisés, il est apparu  très rapidement des formes adventices, c’est-à-dire des mauvaises herbes résistantes aux herbicides. Du coup, les bénéfices escomptés (moindre quantité de traitements) sont réels à court terme, mais disparaissent au bout de quelques années. C’est ce qui peut être observé après près de dix ans d’utilisation intensive, essentiellement aux USA et au Canada, où des variétés comme Ambrosia trifodis, très allergisante, sont devenues difficiles à contrôler car devenues résistantes au Round up.
Or, ce que les experts montrent, c’est que ces phénomènes de résistance seraient peu importants ou inexistants si l’on ménageait suffisamment de surfaces non OGM entre les cultures OGM. En quelque sorte, les OGM aux USA et au Canada ont été victimes de leur succès, et les agriculteurs qui les ont employés se retrouvent avec un problème de résistance pire qu’auparavant. En France, la structure agricole, la taille des exploitations devraient limiter ces risques.
L’utilisation d’OGM peut être autorisée, mais elle doit être réglementée et obéir à des bonnes pratiques telles que mentionnées dans le rapport INRA –CNRS.
La France et l’Europe sont confrontées à une nouvelle demande du groupe BASF pour Fortuna, une variété de pomme de terre transgénique destinée à  l’alimentation humaine et végétale. Fortuna  dérive d'une variété de pomme de terre cultivée, Agria très productive et particulièrement adaptée à la fabrication des frites. Deux gènes de résistance au mildiou, provenant d'une espèce de pomme de terre sauvage d'Amérique du Sud, Solanum bulbocastanum ont été introduit pour créer Fortuna. L’enjeu n’est pas médiocre, mais un c’est un enjeu public de sécurité alimentaire : rappelons que le mildiou de la pomme de terre a été la cause de la grande famine en Irlande au milieu du XIXe siècle ( un million de victimes, deux millions d’émigrés). L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et les autorités françaises vont devoir se prononcer ; il est difficile de voir sous quel prétexte elles pourraient refuser leur agrément.
Les pommes de terre et les frites transgéniques sont devant nous, avec la fin d’une peste agricole meurtrière.
Nous vivons déjà dans un monde d’OGM, et ce n’est pas fini : d’immenses progrès et possibilités sont devant nous, qui permettront à toute l’humanité une alimentation suffisante et de qualité. Reste que l’acceptabilité des OGM, particulièrement dans le domaine agroalimentaire, est conditionné au respect du principe de précaution et aux études qu’il exige, à des contraintes réglementaires scientifiquement fondées, à une information claire et loyale, en particulier sur l’intérêt de ces OGM ( pour quoi faire ?, qui en profite ?). La culture des OGM devra s’accompagner d’une culture du débat entre parties concernées.