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mardi 7 novembre 2023

Tribune de l'association PIEBÏEM Énergies renouvelables, interconnections, réseaux : la concurrence pour les câbles sera rude !

 Etude de l'Institut Jacques Delors  et article du Finacial Time : 

Énergies renouvelables, interconnections, réseaux : la concurrence pour les câbles sera rude !

Les experts consultés expliquent que : 1) La demande de câbles pour les projets éoliens flottants prévus en Europe n'est guère soutenable ; 2) jusqu'en 2030, la demande de câbles ne pourra à la fois satisfaire les interconnexions et les projets éoliens flottants . Une telle demande, en câbles et en cuivre, surgonflée par un éolien offshore très gourmand en câbles n'apparaît pas soutenable. Les pays qui le peuvent devront choisir entre l'éolien offshore et les interconnexions. De bonnes nouvelles pour les nombreuses associations qui, attachées à la rationalité scientifique et technique et à la préservation du littoral, de ses paysages, de sa biodiversité et de ses activités traditionnelles luttent contre ces projets éolien offshore...

Article complet : https://factuel.media/blogs/blog-articles/energies-renouvelables-interconnections-reseaux-la-concurrence-pour-les-cab_ba_20576290




samedi 14 octobre 2023

Materials and Resource Requirements for the Energy Transition- (Energy Transitions Commission , July 2023)

 Objet de l’étude et hypothèses :

Ce rapport s’appuie sur la bibliographie existante et existants et évalue :

• S’il existe suffisamment de ressources en matières premières pour soutenir la transition énergétique.

• Si l’offre peut croître assez rapidement pour répondre à la demande.

• Les impacts environnementaux mondiaux et locaux de l’augmentation de l’exploitation minière et du raffinage des métaux.

• Les mesures qui peuvent être prises pour assurer un approvisionnement adéquat et sûr et pour réduire les incidences négatives sur l’environnement.

Les hypothèses 2050 :

- Une augmentation spectaculaire de la consommation mondiale d’électricité, passant de 28 000 TWh en 2022 à 110 000 TWh d’ici 2 050. Plus de 75% de cette somme serait fournie par l’éolien et le solaire, nécessitant environ 26 à 34 TW d’énergie solaire et 14 à 15 TW d’énergie éolienne, contre environ 1,2 TW et 1 TW, respectivement, aujourd’hui. Le reste sera fourni par un mélange de sources nucléaires, hydroélectriques et autres sources zéro carbone, ainsi que par des batteries et d’autres stockages pour répondre à environ 5% des besoins quotidiens en production.

- Une expansion majeure des réseaux électriques, passant de 75 millions de km actuellement de transport et de distribution à plus de 200 millions de km d’ici 2050.

- Un rôle majeur pour l’hydrogène à faible teneur en carbone, avec une utilisation totale d’hydrogène passant de 90 à 100 Mt aujourd’hui (dont seulement environ 1 Mt est à faible teneur en carbone) à 500-800 millions de tonnes par an, dont la forte majorité (par exemple, 85%) est susceptible d’être de l’hydrogène « vert » fabriqué par électrolyse alimenté par de l’électricité à faible teneur en carbone. Cela nécessite une capacité d’électrolyseur allant jusqu’à 7 000 GW en 2050.

- La décarbonisation quasi totale du parc mondial de véhicules de tourisme d’ici 2050, nécessitant plus de 1,5 milliard de voitures électriques et ~200 millions de camions et bus électriques. Cela nécessite une capacité totale de la batterie allant jusqu’à 150 TWh.

- Capacité de captage, d’utilisation et de stockage du carbone d’environ 7 à 10 GtCO2 par an, afin de compenser l’utilisation restante de combustibles fossiles et de traiter les émissions dans des applications spécifiques et d’éliminer le carbone.

Moyennant ces hypothèses j’ai rassemblé un certain nombre de courbes qui font la richesse de ce document.

Conclusion 2050 :  à condition d’un développement massif de nouvelles mines et industries de transformation, les ressources en matériaux prévisible pour 2050 peuvent permettre le succès de la transition énergétique. Pour que celle-ci s’accompagne du moins de dégâts environnementaux possibles et d’une moindre dépendance étrangère  il convient de privilégier les technologies les plus économes en matériaux et métaux critiques,  donc le nucléaire et de déprioritiser les plus consommatrices, donc l’éolien offshore.

 Conclusion 2030 : la demande en matériaux critiques pour 2030 excède les possibilités de production pour le cuivre, le nickel, le néodyme, le lithium, le cobalt, le lithium et le graphite.

Il est donc nécessaire de privilégier les techniques de production les plus économes en ces matériaux, et donc d’éviter les plus gourmandes- laquelle est clairement l’éolien offshore. Une urgence : déprioriser l’éolien offshore !

 On rappellera la conclusion du Directeur du BRGM : en 2030, il faudra choisir entre l’éolien, le téléphone portable et le développement d’internet en Afrique. (cf sur ce blog https://vivrelarecherche.blogspot.com/2023/05/les-limites-physiques-du-developpement.html)

Graphique 1) Les matériaux et métaux importants pour 2050

Graphique 2)  Augmentation des besoins en métaux et matériaux critiques pour 2050


Graphique 3) Les besoins en métaux et matériaux critiques par technologie

Conclusion : explique les tensions sur le cuivre et l’acier, montre que le nucléaire, avec l’hydroélectricité est le plus économe en matériaux.



Graphique 4) Les performances CO2 de diverses technologies

Conclusion : excellente performance du nucléaire dès aujourd’hui. Pour le reste les performances CO2 sont pour les meilleures techniques prévisibles en 2050. Le rôle de l’hydrogène parait surestimé selon des projections plus récentes. Pour les auteurs du rapport, la conclusion est optimiste : selon leur prévision, la décarbonation massive peut réussir !



Graphique 5) Criticité des besoins en métaux et matériaux critiques en 2050

Conclusion : Le cuivre, le nickel, le cobalt et l’argent sont en risque de pénurie, la demande excédant les réserves. Par contre, elle n’excéde pas les ressources connues. La transition apparait donc soutenable, à condition d’ouvrir suffisamment de nouvelles mines et usines de traitement rapidement.


Graphique 6 et 7)  Avec un effort considérable de recherche et développement, le recyclage pourra apporter une contribution significative à la demande de métaux et matériaux critiques d’ici 2050


Graphique 8 et 9 )  Même avec un recyclage important, la réussite de la transition en 2050 exigera l’ouverture d’un nombre important de nouvelles mines avant 2030, en particulier pour le cuivre, le nickel et l’argent 



Graphiques 10 et 11) : la possibilité de la transition énergétique en 2050 est conditionnée par un raccourcissement important des durées d’ouverture de nouvelles mines et par des investissement très conséquents dès la prochaine décennie (1,7 trillions de dollars d’ici 2050)

L’augmentation de l’offre primaire sera cruciale pour répondre à la croissance rapide de la demande. Pour y parvenir, quatre défis majeurs doivent être surmontés : les difficultés à prévoir la demande future, les longs délais d’extraction, le manque d’investissements et les défis liés à l’augmentation de la production minière actuelle. Une action concertée des décideurs, des mineurs et des investisseurs sera nécessaire pour créer une certitude quant à la demande future, accélérer les délais de développement minier, augmenter les dépenses en capital actuelles de 45 milliards de dollars par an à 70 milliards de dollars jusqu’en 2030 et accroître la productivité minière.



Graphiques 12 , 13,  14) : la nécessité d’exploitation intensive de nouvelles mines entrainera une forte augmentation de a consommation en eau pour l’activité minière, multipliée par 4 . C’est particulièrement le cas pour le cuivre, qui est aussi très polluant et les ouvertures de mines peuvent faire l’objet de forte oppositions.

Même après 2050, il importera donc aussi pour des raisons environnementales de limiter le recours aux techniques de production les plus gourmandes en ces matériaux, - laquelle est clairement l’éolien offshore. Une urgence : déprioriser l’éolien offshore !



Graphique 15 : Il vaut mieux investir dans le nucléaire que dans les énergies variables intermittentes

La production d’énergie nucléaire a une intensité matérielle bien inférieure à celle de énergies solaire et éolienne, ainsi que des exigences beaucoup plus faibles en matière d’utilisation des terres (tant pour l’extraction des matériaux que pour l’exploitation).

L’expansion de la capacité nucléaire pourrait être une option pour réduire les besoins en terres et en matières premières.

NB les coûts indiqués pour le nucléaire et l’éolien sont des comparaisons de coûts de production ( LCOE) et non pas comme ce devrait être, de comparaisons de coût des systèmes complets intégrant les besoins de stockage et de services systèmes ( fréquence, inertie…) au réseau et d’extensions du réseau lui-même. Les études de RTE d’une part et de la NEA d’autre part montrent un coût bien supérieur de l’éolien, en particulier off shore lorsque ces coûts totaux sont pris en compte ( typiquement pour la France,  plus de 20 milliards par an pour des systèmes à forte proportion d’ENR contre des systèmes plus nucléarisés . En particulier pour l’éolien offshore, les coûts sont plutôt de 150/200 eur le Mwh contre 60- 70 pour le nucléaire.

Graphique 16 : investir dans des technologies de production d’électricités gourmandes en métaux et matériaux critiques renchérira leur coût et retardera la transition vers les véhicules électriques avec des conséquences importantes pour les émissions carbone.

Graphique 17) les goulots d’étranglement en métaux critiques d’ici 2030 

Graphique 18: la demande en matériaux critiques pour 2030 excède les possibilités de production

Conclusion : ça ne passe pas pour le cuivre, le nickel, le néodyme, le lithium, le cobalt, le lithium et le graphite.

Il, est donc nécessaire de privilégier les techniques de production les plus économes en ces matériaux, et donc d’éviter les plus gourmandes- laquelle est clairement l’éolien offshore. Une urgence : déprioriser l’éolien offshore !

Graphique 19)  le recyclage n’apportera pas de solution possible d’ici 2030 mais pourra contribuer significativement à partir de 2040

NB c’est évident, pour recycler, il faut qu’il y ait déjà suffisamment à recycler ! Et 2que les techniques aient été développées de manière à devenir soutenables économiquement

Graphique 20)  D’ici 2030,  la demande en cobalt, cuivre, graphite pour anodes, lithium et néodyme excédera les possibilités de production.

L’utilisation des technologies les plus gourmandes en ces métaux et matériaux, tel
l’éolien offshore devra être limité



Graphique 21) D’ici 2030,  la production en cobalt, cuivre, graphite pour anodes, lithium , nickel, platine, métaux rares est extrêmement concentrée et nous expose à des risques géopolitiques majeurs.

NB ce n’est pas le cas de la demande en uranium, très diversifiée

D’ici 2030, l’utilisation des technologies les plus gourmandes en ces métaux et matériaux, tel l’éolien offshore devra donc être limité


dimanche 13 août 2023

ENR, interconnections et réseaux : un léger problème de câbles

 1) Quand les experts de l’Institut Jacques Delors s’inquiètent pour les renouvelables…

Pourtant habituellement très optimistes sur les programmes renouvelables, les experts habituellenme très pro ENR de l’Institut Jacques Delors commencent à s’inquiéter sur … le manque de câbles.

https://www.montelnews.com/fr/news/1513702/lue-a-besoin-dun-plan-durgence-pour-les-ts-aprs-2030?s=09

Extraits

« L'Europe a besoin d'un plan d'urgence pour maintenir l'équilibre du réseau électrique à partir des étés de la prochaine décennie, lorsque la part des énergies renouvelables dans le mix électrique sera beaucoup plus élevée et le risque de canicules estivales plus fréquent, »

Remarque : une part moins importante d’énergies renouvelables pourrait peut-être aider ?

« Ce qui manque est un véritable ‘stress test’ qui inclut la plus grande part de variabilité des renouvelables surtout à l'horizon 2030 », a déclaré Phuc-Vinh Nguyen, chercheur sur les politiques française et européenne de l’énergie à l'Institut Jacques Delors…« Selon M. Nguyen, il serait difficile, au tournant de la décennie, de maintenir l'équilibre entre l'offre et la demande en Europe au cours d'un été torride, en cas de faible approvisionnement en énergie nucléaire, éolienne et hydroélectrique et de forte consommation d'électricité. »

Remarque : Incroyable ! ben oui, il serait peut-être temps de s’y intéresser  surtout que les législateurs européens se sont mis d'accord sur le principe d'augmenter l'objectif contraignant en matière d'énergies renouvelables pour 2030 à  42,5% de la consommation d'énergie, contre 32% auparavant

« Tous les pays de l'UE dépendent plus ou moins des importations d'électricité pendant les vagues de chaleur. Par conséquent, en cas de réel problème, nous pourrions nous retrouver en difficulté…
L'expansion des réseaux et des interconnexions est « la clef de voûte » pour permettre aux flux d'électricité de mieux circuler au sein des pays et au-delà des frontières, a estimé Yves Le Thieis, analyste chez Compass Lexecon »

Remarque : Et encore, parce que comme tous les pays européens ont diminué sans réfléchir et sans coordination leur pilotables dans une espèce de course à l’échalotte, les interconnexionx entre pays déficients en même temps , ça va pas le faire ! c’était pourtant annoncé, entre autres par France Stratégie. (cQuelle sécurité d’approvisionnement en Europe, https://www.strategie.gouv.fr/publications/securite-dapprovisionnement-electrique-europe-horizon-2030).  

« Toutefois, des analystes ont exprimé des doutes quant à la capacité des pays de l'UE à renforcer les réseaux et les liaisons transfrontalières à temps, certains projets étant techniquement difficiles à réaliser, notamment l'installation de câbles sous-marins… Par exemple, la France prévoit de doubler ses interconnexions pour atteindre 30 GW d'ici à 2035, pour un coût de EUR 33 milliards, selon le gestionnaire de réseau RTE. D'autres pays européens parient également sur les interconnexions pour sécuriser leur approvisionnement en électricité, pour pallier aux fermetures de capacités nucléaires et thermiques et la variabilité des énergies renouvelables…. Il s'agit de projets lourds », a déclaré Nicolas Goldberg de Colombus Consulting, soulignant que la marge de manœuvre était moindre que dans le cas des projets terrestres. « Il y aura plus d'interconnexions à l'avenir, mais doubler la capacité est un peu ambitieux. » »

Remarque : encore une fois, moins d’ENR, surtout offshore, et plus de nucléaire, ça pourrait aider !

« Nous devons comprendre quel serait l'impact sur le système électrique européen si nous n'investissons pas assez rapidement dans le réseau », a conclu M. Nguyen.

Remarque : ben oui, et les performances allemandes en matière de construction de leur réseau auraient dû inquiéter !

Remarque ; ben, il aurait même mieux valu s’en inquiéter avant de proclamer des objectifs irréalistes . D’autant qu’il va y avoir un sacré problème de câbles (et un sacré problème de cuivre)

2) Y aura-t-il suffisamment de câbles pour la transition énergétique propre ?

https://www.ft.com/content/c88c0c6d-c4b2-4c16-9b51-7b8beed88d75?signupConfirmation=success

1) Déjà des retards importants ...pour des programme lourds

“Traversant plus de 700 km de fonds marins entre l’île de Grain, dans le sud-est de l’Angleterre, et Fedderwarden, dans le nord-ouest de l’Allemagne, le câble électrique NeuConnect prévu permettra aux deux économies du G7 d’échanger directement de l’électricité pour la première fois. Le projet de 2,4 milliards de livres sterling est l’un des nombreux câbles transfrontaliers longue distance, connus sous le nom d’interconnexions, développés dans le monde entier alors que l’abandon des combustibles fossiles nécessite une nouvelle ère de commerce international de l’énergie

La date aujourd’hui prévue de mise en service du câble est de 2028 soit un retard de quatre ans sur ce qui était prévu initialement, en grande partie à cause de retards dans l’acquisition des fournitures de câbles électriques. Ce n’est pas le seul projet de ce type à être ainsi freiné. Une liaison entre le Danemark et la Grande-Bretagne a été retardée par « la congestion imprévisible du marché du câble », tandis qu’un câble reliant la France et l’Espagne à travers le golfe de Gascogne a également un an de retard.”

Remarque : c’est embêtant parce que l’Europe compte beaucoup dessus pour la sécurité du réseau

“L’Agence internationale de l’énergie s’attend à ce que la capacité d’énergie renouvelable augmente de 2 400 gigawatts entre 2022 et 2027 – soit l’équivalent de la capacité totale de la Chine aujourd’hui – l’UE et le Royaume-Uni visant une multiplication par plusieurs ordres de grandeur de l’éolien offshore d’ici la fin de la décennie.”

Remarque : une telle demande, surgonflée par un éolien offshore très gourmand en câbles n’apparaît pas soutenable. Les pays qui le peuvent devront choisir entre l’éolien offshore et les interconnexions. En fait, dans nombre de pays, dont la France, le choix apparait assez évident ! 

Heureusement, on peut espérer concernant l’éolien offshore un retour à plus de réalisme. C’est ce que suggèrent  les experts consultés par le Financial Time


Le transport en courant continu en haute tension  : un défi technologique et économique

“Les pertes dans le transport d’électricité augmentebt avec la distance et l’utilisation de courant continu sous haute tension devient alors plus  efficace, bien que plus coûteuse, avec des pertes potentiellement aussi faibles que 3% par 1 000 km, soit  30 à 40 % de moins que pour le courant alternatif. Pour l’offshotre, le courant continu devient intéressant à  partir d’à peu près 60 km. (XLCC). “

“La production de câbles pour des fonds marins profonds et inégaux est un processus complexe et laborieux. Les brins de conducteur en cuivre ou en aluminium sont enveloppés dans plusieurs couches d’isolation et de protection, telles que du papier trempé dans un fluide non conducteur, un revêtement au plomb, des plastiques et de l’acier. La production avance généralement à environ un mètre par minute. La précision est clé. « Si vous avez, disons, un grain de sable à l’intérieur, le câble ne fonctionnera pas. »

Le plus grand câblodistributeur en termes de parts de marché, Prysmian Group, dispose d’un navire de 171 mètres de long et équipé pour poser des câbles jusqu’à 3 000 mètres de profondeur. Malgré ces complexités, la demande de câbles haute tension est en plein essor, le marché passant d’un montant typique de 3 milliards de dollars de nouveaux projets attribués par an entre 2015-2020 à 11 milliards de dollars en 2022. Cette année, la valeur estimée des nouvelles commandes devrait dépasser les 20 milliards de dollars. « Nous sommes complets jusqu’en 2026/27 », Prysmian)

La demande historiquement stable, ainsi que les barrières élevées à l’entrée compte tenu de l’expertise technique et de l’équipement requis pour fabriquer et installer les câbles, signifient que le marché est relativement concentré. Prysmian, NKT, basée à Copenhague et  Milan, et Nexans à Paris représentent plus de 75% du marché.

Les tensions commencent déjà à apparaître. La hausse des coûts des câbles et des stations de conversion a contribué à faire passer le budget du projet retardé du golfe de Gascogne de 1,75 milliard d’euros à 2,85 milliards d’euros. Inelfe, le développeur du projet, souligne la saturation du marché HVDC, en raison de la demande sans précédent de projets éoliens et d’interconnexion offshore. National Grid, la société FTSE 100 qui possède et exploite le réseau de transport britannique et développe de nouveaux câbles vers le continent, affirme qu’elle « opère sur un marché restreint » entraîné par « un nombre limité de fournisseurs dans le monde »

Danielle Lane, directrice du développement RU etIrlande chez le groupe éolien allemand RWE, affirme que les délais de livraison des stations de conversion ont grimpé jusqu’à sept ans. « La disponibilité est un risque important », dit-elle. « Nous sommes en concurrence avec les opérateurs de réseau ainsi qu’avec d’autres développeurs. »   Ceux qui ont le plus grand pouvoir d’achat montrent leurs muscles. Les rivaux se sont hérissés le mois dernier lorsque TenneT, la société publique néerlandaise qui possède et exploite des câbles électriques aux Pays-Bas et en Allemagne, a signé des accords d’une valeur de 5,5 milliards d’euros pour 7 000 km de câbles électriques de Nexans, NKT et d’autres, pour des projets éoliens.

Le lancinant problème du cuivre : nous passons à une ère de pénurie

Et pour les câbles, il faut du cuivre. Selon Nexans, il existera un déficit de 3 à 5 millions de tonnes de cuivre au milieu de la décennie, alors que les réseaux électriques, les éoliennes et les voitures électriques sont en compétition pour les approvisionnements. « Nous voulons nous assurer qu’au-delà de chaque contrat individuel que nous signons, nous avons l’approvisionnement complet du cuivre et de l’aluminium derrière lui »,  « Avant, c’était  une ère d’abondance ; maintenant, nous passons à une ère de pénurie"

Nexans a ainsi annoncé la signature d’un contrat de cinq ans pour la fourniture de cuivre avec la société minière Codelco (Chili), pour une valeur de plus de 100 kilotonnes de métal par an. L’accord est automatiquement prolongé à moins que l’une ou l’autre des parties n’y renonce. Les pénuries de main-d’œuvre qualifiée constituent également un risque.

Remarque 1) : le graphe des experts du secteur est particulièrement clair ; si l’on priorise les interconnexions, ce qui est raisonnable, ça la fait ps en 2030 pour l’éolien offshore 

Remarque 2) : un câble haute tension, c’est de la haute technonologie (voir ci-dessous). Er la moindre erreur de fabrication, la moindre poussière, le câble est à jeter !




samedi 27 mai 2023

Les limites physiques du développement de l’éolien

 Document basé principalement sur des présentations et conférences  de M. Christophe Poinssot, directeur général délégué du BRGM,  un article de Geraldine Woessner.

1) L’éolien et particulièrement l’éolien maritime est particulièrement gourmand en matériaux, surtout en métaux critiques et terres rares.  Ce goulot d’étranglement concerne aussi bien les métaux "historiques" (Cu…) que "nouveaux" (Li, Mn, Co…).

Pour rappel, sur l’acier, les développements programmés de l’éolien off shore impliqueraient, pour de socles en acier, que l’on y consacre une quantité équivalent à celle actuellement consacrée à la production automobile ( OPESCT).

La demande en matériaux et singulièrement en métaux de l’éolien enre de plus en compétition vive avec les demandes de décarbonation de la mobilité ( voiture électriques) et les demandes de la transition numérique.



2) Un défi immense dont il faut prendre conscience 

2a) En qualité : de plus en plus d'éléments chimiques sont concernés par des pénuries possibles voire certaines 


En quantité : le scenario développement durable de l’Agence Internationale de l’Energie implique qu’il faudrait extraire plus de ressources minérales d'ici 2050 que depuis le début de l'humanité. Ceci concerne principalement le lithium, le graphite, le cobalt, le nickel, les métaux rares

Se poseront des conflits d’usages : les métaux ne servent pas que pour l’énergie, la transition numérique aussi sera gourmande en métaux. Il faut prendre en compte le développement d'internet et de ses usages, avec un potentiel de croissance encore important en Afrique. Il a été estimé que les technologies digitales exigeraient 4,5% de l’énergie mondiale et pourrait jusqu'à 21% de la consommation électrique en 2030.

A l’échelon 2030-2035, il va falloir choisir entre le téléphone portable ou l’ordinateur, et l’éolien !

Que ce soit le scénario modéré  (STEPS Stated Policies Scenario, scenario à 3°C) de l’AIE ou le scenario SDS ( Développement durable) plus ambitieux, ça ne passe pas pour le cuivre, le lithium, le cobalt à l’échelle 2030-2035

3) Le cas spécifique du cuivre : 

Le cuivre est indispensable à tous les moyens de la transition climatique   on observere déjà une volatilité important des cours, des tensions grandissantes sur l’approvisionnement. Les réeerves restent importantes mais difficiles à mettre sur le marché : gisements moins concentrés, time-to-market long, tensions sociétales grandissantes sur les conditions d’exploitation ;

Et rappelons que tous les moyens de production électrique ne sont pas équivalent quant au cuivre. Des production peu concentrées comme l’éolien et le soliare exigent bien davantage de réseau, donc de cuivre  que des moyens plus concentrés comme le nucléaire. L’extension du réseau pose aussi en elle-même de vrais problèmes d’acceptation sociale, cf. Energiewende

Il y a de sérieux doutes sur le fait que la demande de  cuivre soit durable au vu de la forte volatilité des prix depuis 2000 et la courbe de production.

4) Le cas spécifique des terres rares

L’éolien off shore nécessite des aimants permanents particulièrement gorrmands en terre rares et métaux critiques. Ce marché des terres rares est très concentré en Chine qui, depuis Deng Xiaoping  en a fait un axe stratégique de son développement (1992 : le Moyen Orient a le pétrole, la Chine a les terres rare).

Le temps est loin où la France avait le quasi monopole du traitement des  terres rares  à La Rochelle dans un  site fondé en 1948 par Rhodia ( Société Française des Terres Rares) !

Les conditions d’exploitations en Chine, autrefois désastreuses ( cf Guillaume Pitron, la guerre des métaux rares) ont considérablement évoluées, avec le fin des exploitations illégales,  une diminution nette de l’impact environnemental, l’amélioration des rendements

Et surtout la Chine a très efficacement remonté la chaine de valeur avec la fabrication des aimants, etc.

De façon générale, la production des métaux et matériaux nécessaires à la transition énergétique est beaucoup plus concentrée que celle des fossiles

Ceux qui ont aimé la dépendance en gaz russe, vont adorer la dépendance chinoise en métaux rares.




5) Eolien et dépendance chinoise

 L’éolien, et surtout l’éolien off shore pose de graves problèmes de dépendance en ce qui concerne les métaux et matériaux critiques, mais aussi l’ensemble de la chaine de valeur aux éléments des éoliennes. Cette dépendance est encore plus forte pour l’éolien off shore, en raison de la nécessité d’aimeats permanents dans les moteurs.

Au niveau mondial, il est prévu une augmentation importante du parc installé (par 8) d’ici 2050 avec une croissance annuelle multipliée par 5, une croissance fortement  tirée par la Chine en termes industriels et de développement.

De fait, en matière d’éolien, et surtout d’éolien off shore, la Chine domine globalement le marché des matières premières comme celui des composants.


6)Pour l’Europe spécifiquement, des goulots d’étranglements critiques

Voir sur ce sujet The State of the European Wind Energy Supply Chain, Rystad Energy report in cooperation with WindEurope,

 Demande européenne d’acier pour l’éolien en mer et production


Demande européenne de terres rares  pour l’éolien en mer et production


Demande européenne de turbines pour l’off shore  et production 

La  capacité de production actuelle d’éoliennes de plus de >12 MW ( typiquement celles pour l’éolien off shore ) en Europe est inférieure à 2 GW, nettement inférieure à la demande en 2026 et 2030 d’environ 12 GW et 29 GW, respectivement. Et la Chine s’impose de plus en plus, tandis que les turbiniers européens, pris dans une course au gigantisme, sont en mauvaise forme économique.



7) Autres problématiques fortes de l’éolien off shore

7a) Une sensibilité forte à l’inflation sur les matières premières

7b) Une production erratique qui constitue une une vraie menace pour la stabilité  des réseaux

Mathieu Hochet, spécialiste « Offshore wind » chez TotalEnergies : « Lorsque les énergies renouvelables, généralement intermittentes, représenteront plus de 50 % du mix électrique, il sera particulièrement délicat de rétablir la tension sur le réseau en cas de black-out »

7c) Des coûts de production élevés (spécialement pour l’éolien en mer)

Et rappelons que pour l’éolien en mer flottant, qui est censé représenter jusqu’à une part importante de l’éolien en mer en France (jusqu’à 50%), la technique n’est pas matpure et les coûts ne sont pas connus 

Grégoire de Saivre, Total Energies : « Estimer les coûts de construction d’une filière qui n’est pas mature sur une période de  8 à dix  ans ; impossible c’est une boule de cristal »

Et ça se voit sur les prix de l’électricité

8) Une équation énergétique douteuse

Et même le bilan énergétique est très très discutable ( même si les EROI sont difficiles à estimer et peuvent évoluer, l’écart d’ordre de grandeur est considérable)


9) La dépendance en matériaux, quelles solutions ? 

Le passage d'une dépendance aux énergies fossiles à une dépendance aux ressources minérales et à de nouvelles dépendances géopolitiques peut être mitigé, pas à l’horizon 2030, mais à l’horizon 2050. On peut aussi espérer que pour la France et pour un nombre important de pays européens en 2050, la relance du nucléaire allègera les risques de cette dépence aux métaux, au moins pour la production d’énergie.

Il faut d’abord que les dirigeants politiques en prennent conscience   L’exécutif français  a ainsi commandité le rapport Varin sur la « sécurisation de l'approvisionnement en matières premières »

Des comités stratégiques de filières (Automobile, Nouveaux systèmes énergétiques, Mines et Métallurgie) ont été créés.  Il y a aussi eu  la constitution, auprès du BRGM et en lien étroit avec le Comité stratégique de la Filière Mines et Métallurgies, d’un observatoire des métaux critiques , rassemblant les moyens correspondants des industriels et des administrations, et réunissant des fonds privés et publics (OFREMI) et la nomination d’un délégué interministériel coordonnant les actions des administrations dans la mise en œuvre des décisions prises, en y associant étroitement les industriels. Egalement en cours, la traduction dans une norme ou un label, certifiable , du concept de « mine responsable », au niveau européen.

L'Europe a de grandes ressources métalliques minières pour les métaux qu'elle n'exploite plus suffisamment, la France étant l'un des plus mauvais élèves tant pour les mines de métaux  ( 0 en exploitation ?) que  pour l'exploration de ses ressources ( limitée à 300 mètre au-dessous du sol.)

La relance d'activité minière en Europe et en France est critique et ne supprimera toute dépendance aux métaux mais l'allégera significativement. Il faut expliquer que la mine du XXIème siècle n'a plus rien à voir avec celle de Zola et qu'il est possible ( et obligatoire) d'ouvrir des exploitations minières respectueuses de l'environnement et  de la santé. En ce qui concerne l'acceptabilité,  M. Poinssot estime qu'en France l'opinion publique peut basculer rapidement et favorablement sur ce sujet, comme elle l'a fait pour le nucléaire. L'exmple de la mine de lithium en projet  à Échassière est encourageant, laccueil du voisinage est plutôt bon. Mais "il ne faut pas se rater" 

 

10) Et déjà une compétition féroce : Eolien en mer :une pénurie de matériaux menace les ambitions françaises, La Tribune, 17 mai 2023 : Le coup de tonnerre de Tennet 


Dans ce contexte, « la stratégie entre gestionnaires de réseaux européen relève plus de la compétition que de la coopération » a confié Regis Boigegrain (RTE). Il ne faut pas être naïfs et il faut en tenir compte dans notre stratégie industrielle ».. Pour l’heure, RTE doit surtout faire face à la stratégie très agressive de Tennet, le gestionnaire du réseau néerlandais et d’une grande partie du réseau allemand qui «  passé une commande absolument gigantesque » accaparant considérablement les capacités de production es fournisseurs. Le 5 mai, le gestionnaire a en effet signé pour 5.5 milliards d’euros de de câbles. Il a également fait l’acquisition d’une station électrique de 20000 tonnes, , un monstre industriel ( peu ou prou le tiers de l’arche de La Défense en volume) que peu navires dans le monde sont en mesure de transporter. « Tennet, ça a été un coup de tonnerre pour l’ensemble des gestionnaires de réseau européens »

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/eolien-en-mer-une-penurie-de-materiaux-menace-les-ambitions-francaises-

Références :

https://www.brgm.fr/sites/default/files/documents/2022-11/evenement-conference-metaux-strategiques-2022-02-23-pres-c-poinssot.pdf

https://www.college-de-france.fr/fr/agenda/seminaire/la-transition-energetique-aujourd-hui-et-demain/approvisionnement-en-metaux-critiques-le-nouveau-defi-de-la-transition-energetique

https://www.lepoint.fr/dossiers/hors-serie/energie-petrole-nucleaire-renouvelables-geopolitique/batteries-le-clash-des-metaux-rares-27-10-2022-2495471_4637.php#:~:text=Selon%20nos%20%C3%A9valuations%2C%20construites%20%C3%A0,4%20%25%20des%20terres%20rares.%20%C2%BB