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dimanche 4 juillet 2021

Etrange et inquiétante justice, pour rester poli

 Un procès à Valence et un procureur qui défend les inculpés

Trente-quatre militants de Greenpeace ont comparu le mardi 29 juin 2021 devant le tribunal de Valence pour s'être introduits (intrusion illégale, notamment en découpant un grillage) en février 2020, sur le site de la centrale nucléaire du Tricastin, afin de réclamer sa fermeture.

Si les dépositions des témoins et les arguments des avocats de la défense fuirent sans surprises, ce ne fut pas le cas des réquisitions du procureur Michel Coste…qui prit carrément le parti des militants de Greenpeace avec des argument qu’eux-mêmes n’auraient pas osé utiliser.

Verbatim :

Témoin : Yves Marignac, Negawatt :  « l’ ASN rappelle régulièrement qu'une catastrophe nucléaire est possible sur chacune des installations nucléaires en France…."la démonstration de sûreté de la centrale nucléaire de Tricastin a été initialement projetée sur 40 ans. Le dépassement n'a pas été ni étudié ni évalué au départ »

Commentaire : C’est faux. L’ASN fait son métier d’agence indépendante pour que justement un accident nucléaire n’arrive pas.  Et quant au mensonge inlassablement répété des 40 ans, répétons inlassablement avec l‘ASN : « la France n'a pas prévu, dans sa législation, de limitation de la durée de vie des centrales nucléaires, comme cela peut être le cas parfois à l'étranger. Une fois que l'exploitant est autorisé à fonctionner, il n'y a pas de limite mais une obligation d'examen de sûreté tous les dix ans. »

Procureur: « Les méthodes de Greenpeacef n'ont jamais été violentes et n'ont jamais fait de victime. Par contre, il y a eu une victime de leur côté à la suite de l'attentat sur le Rainbow Warrior organisé par l'Etat français »

Commentaire : Quel est le rapport avec EDF ?  les méthodes de Greenpeace sont illégales et dangereuses. Elles mettent en péril les salariés des centres nucléaires et les militants de Greenpeace eux-mêmes le jour où ils seront confrontés à la réponse normale de la sécurité des CNPE.

Par ailleurs cette observation du Procureur tombe mal, juste après (16 juin) l’intrusion d’un ULM de Greenpeace dans le stade de Munich, juste avant  le match France Allemagne. Le pilote de l’ULM en a perdu le contrôle et a blessé plusieurs personnes dont une au moins a dû être hospitalisée. C’aurait pu être encore plus grave si l‘ULM s’était écrasé dans les tribunes, et, par ailleurs, il a failli être abattu par la police. Il est peut-être temps de siffler la fin de la récréation pour ce type d’action de Greenpeace.

Et rappelons que Greenpeace s’est vu retirer son statut d’organisme de bienfaisance par le gouvernement canadien en raison de son action pour obtenir la fermeture de certaines industries. Et qu’en Nouvelle-Zélande ( le pays du Rainbow warrior…), Greenpeace s’est longtemps fait contester le statut d’organisation charitable…

Procureur : » n'oublions pas que l’image d’EDF est écornée aussi par des échecs retentissants", a affirmé le représentant du parquet dans une allusion au projet d'EPR à Flamanville.

Commentaire : Quelle compétence du procureur sur ce sujet ? Quant à l’échec de l’EPR, on en reparlera dans vingt ans.

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/01/un-nucleaire-nouveau-est-necessaire.htm

Procureur : «  3 accidents nucléaires majeurs ont rythmé l'histoire mondiale du nucléaire. C'est à la suite d'un de ces accidents qu'a été  créée la @CRIIRAD pour démêler le vrai du faux sur le nucléaire »

Commentaire : La CRIIRAD fondée par l’inénarrable Michèle Rivasi a depuis longtemps perdu toute crédibilité… et singulièrement depuis Tchernobyl et son nuage, et ses attaques indignes contre le PR Pellerin et le SCPRI

Sur la mortalité des différentes énergies, une information pour le proc…

Procureur: "Les sites nucléaires représentent un danger car il y a des matières dangereuses et ça se barrage hydroélectrique ça ne se surveille pas"surveille. Un

Commentaire : Oh, ben si que ça surveille et heureusement. Par exemple, c’est bardé de jauges de contraintes suivies en permanence pour voir que ça bouge pas trop. Parce que on rappelle : Morvi ; 15.000 morts ; Banquiao : 170.000 morts ; en France, Malpasset, 423 morts)

Nucléaire, démocratie et transparence

Et en ce qui concerne ces autres tartes à la crème de grenpeace, une remaquable tribune d'Alexis Quentin ( CFE-CGC) dans Marianne :

"le nucléaire est bel et bien un domaine sujet à la plus grande transparence. Votée en 2006, la loi Transparence et Sûreté Nucléaire précise que « toute personne a le droit d'être informée sur les risques liés aux activités nucléaires et leur impact sur la santé et la sécurité des personnes, ainsi que sur l'environnement et sur les rejets d'effluents des installations...Quelle autre industrie en fait autant ?"

"En 1981, quelques mois après l’élection de François Mitterrand, a eu lieu à l’Assemblée Nationale un débat, dont la lecture du compte-rendu est passionnante. Durant deux jours, il n’a été question que de politique énergétique, et principalement de la politique nucléaire qui serait mise en place durant ce septennat....Dix ans plus tard était votée la loi Bataille sur la gestion des déchets nucléaire, aussi un modèle démocratique. Après cette loi ont eu lieu 20 ans de travaux scientifiques, d’auditions devant une commission nationale d’évaluation et devant l’OPECST, l’Office Parlementaire d’Évaluation des Choix Scientifiques et Techniques, plusieurs débats publics"

https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/rejeter-le-nucleaire-pour-de-mauvaises-raisons-nest-pas-raisonnable

Bon bref, la justice, en l’occurrence le Procureur Michel Coste déconne à plein tubes..

Et ce n’est pas tout, la même semaine on a été gâté.

Quand le Conseil d’Etat veut résoudre le problème climatique

1er juillet 2021 : Saisi par la commune de Grande-Synthe, qui s'estime menacée par la montée du niveau de la mer, le Conseil d’Etat a relevé que les trajectoires actuelles de la France ne lui permettent pas de respecter ses engagements dans le cadre de l'accord de Paris et ordonne donc au Premier ministre de prendre toutes mesures utiles permettant d'infléchir la courbe des émissions de gaz à effet de serre (...) afin d'assurer sa compatibilité avec les objectifs" de la France d'ici le 31 mars 2022, délai qui expirera donc en pleine campagne présidentielle »

Ben voyons, mes dignes ??? magistrats, il y a qu’à faut qu’on hein. Ce sont des objectifs totalement délirants dont aucun scientifique ou ingénieur n’a la moindre idée de la façon de les tenir, mais, bon, pas de problème, les magistrats savent…

Quand même une petite idée qui peut aider, on remet en route Fessenheim (bon, c’est pas trop possible, mais après tout pas plus impossible que le reste). Mais surtout on prolonge toutes les centrales existantes (donc on envoie balader la PPE) et on met illico presto en route 6 EPR…pour commencer.

Le tribunal administratif de Lyon plus compétent que l’ANSES sur le glyphosate

https://www.leprogres.fr/environnement/2021/06/30/glyphosate-la-justice-confirme-l-interdiction-du-roundup-pro-360

 En 2019, le tribunal administratif de Lyon avait annulé l’autorisation de mise sur le marché émise en mars 2017 par l’Anses (l‘Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, organisme chargé de distribuer les autorisations de mise sur le marché en France). Les juges estimaient que l‘herbicide devait « être considéré comme une substance dont le potentiel cancérogène pour l’être humain est supposé » et mettaient en cause l‘Anses, estimant qu’elle avait « commis une erreur d’appréciation au regard du principe de précaution » en autorisant ce produit.

En rejetant l’appel de Bayer et de l’Anses ce 29 juin, la cour administrative d’appel confirme l’argumentation du tribunal. Considérant que le risque d’atteinte à l’environnement et de nuisance à la santé était connu à l’époque, il estime que l’Anses n’a pas évalué ce risque avant l’autorisation de mise sur le marché du Roundup Pro 360 et que sa décision a été prise « en méconnaissance du principe de précaution »

Toutes les agences sanitaires du monde entier considèrent que malgré près de 40 ans d’utilisations et des centaines d’études, il n’y a aucune preuve de danger cancérogène ou sanitaire du glyphosate, une seule agence le qualifie de cancérogène probable dans une classification assez baroque, au même titre que la viande rouge ou le manque de sommeil, mais les dignes ??? magistrats se permettent de retoquer l’ANSES et d’affirmer que le principe de précaution impose son retrait

Eh bien, je dirais que le principe de précaution impose de ne surtout pas avoir affaire à la justice française. Depuis Outreau, c’est peu dire que je ne lui accorde aucune confiance, 


mercredi 1 novembre 2017

Glyphosate _faux et vrai scandale

Disons-le tout de suite pour éviter de mauvaises surprises à certains lecteurs, mais le vrai scandale est celui qui mènerait, par idéologie rétrograde, ignorance ou bêtise à interdire le plus efficace et le moins toxique des désherbants… de l’ aveu même de Nicolas Hulot

La grave crise de crédibilité… des publications de la recherche universitaire et publique

En 2011, la firme pharmaceutique Bayer s’est posée quelques questions sur le taux d’échec de ses projets de chimie médicinale. Trois chercheurs ont été mobilisés à plein temps pendant un an pour examiner 67 projets de recherche dans le domaine de l’oncologie, de la gynécologie et des maladies cardiovasculaires qui ont échoué, et ils ont tenté de reproduire les expériences fondamentales décrites dans la littérature scientifique qui avait incité Bayer à se lancer dans ces projets. Résultats : seulement 21%  de ces expériences ont pu être entièrement reproduites et 11% partiellement ; en d’autres termes, les deux tiers de ces expériences n’ont absolument pas pu être reproduites. Peu après, des chercheurs d’Amgen ont effectué le même type d’analyse sur 53 expériences ayant servi à lancer des recherches précliniques dans le domaine du cancer : seulement 11 ont pu être reproduites.
De sorte que les firmes pharmaceutiques pourraient à bon droit poursuivent un certain nombre d’Universités ou centres publics de recherche !
Il existe donc une véritable crise de reproductibilité et de confiance dans les publications issues du domaine public et l’on en connait les raisons : la pression du publish or perish , pour obtenir des crédits ou une bonne évaluation, les faibles chances de se faire prendre, la faiblesse des sanctions, l’affaiblissement du niveau général d’éthique face à la valorisation du profit rapide et immédiat. Il faudra vraiment s’y attaquer, « on ne se contentant pas d’épingler tel ou tel thèsard ou jeune chercheur, car la responsabilité est bien plus haute et systémique, qui consiste à mettre en place un management par objectifs basé sur des indices, qui ne peut être qu’une véritable incitation à la triche, avec une compétition de plus en plus acharnée dans la triche, intrinsèquement pervers, et dont la perversité intrinsèque s’apparente de très près aux fameux objectifs des ex gosplan de l’ex-URSS.
A l’inverse, les expériences décrites par les industriels du médicament, reprises dans les dossiers d’autorisation de mise sur le marché sont heureusement  beaucoup plus fiables et soumise à des critères statistiques de significabilité. Pour une raison simple : toute triche, même simple « oubli » de résultats défavorables peut leur coûter très cher, et cela s’est déjà produit.

Un cancérigène assez improbable sauf pour la communication du CIRC

Alors lorsqu’on m’explique que c’est un scandale que les études des scientifiques de  Monsanto sur le glyphosate  soient reprises dans le dossier d’évaluation de l’Agence Européenne, non, mille fois non, il n’y a rien là de scandaleux. Il suffit simplement de savoir si elles ont été menées selon les bonnes pratiques en viguier, et si elles sont pertinentes. Si oui, il est normal qu’elles soient reprises dans le dossier d’évaluation.
Un autre problème est de savoir si elles sont suffisantes. Et là, c’est le rôle des agences  d’évaluation, des pouvoirs publics, des experts de le dire, et de déterminer quelles études complémentaires sont éventuellement nécessaires.
Une agence de l’OMS, le CIRC, a classé le glyphosate en cancérogène probable. Probable, ce n’est pas avéré, et compte-tenu du fait que le glyphosate est utilisé depuis longtemps, le moins qu’on puisse dire est que sa toxicité est loin d’être établie. Mais il y a aussi ceci : le CIRC est particulièrement connu pour ses déclarations fracassantes  (la viande rouge comme probablement cancérogène). En bref, comme la NASA et beaucoup d’agences publiques avant chaque  renouvellement de leur budget, le CIRC annonce se doit de faire une annonce spectaculaire qui fera grand bruit.
En France, l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), et malgré toute la pression médiatique, le moins qu’on pusse dire est qu’elle prende quand même ses distances avec le CIRC : « L'analyse a été menée pour tenter d'expliquer les conclusions divergentes du BfR et de l’EFSA avec celles du CIRC. Ces divergences s’expliquent en termes de critères de sélection des études retenues et de méthodologie d’établissement du niveau de preuve final… le niveau de preuve de cancérogénicité chez l’animal et chez l’homme est considéré comme relativement limité et ne permet pas de proposer un classement 1A ou 1B (cancérogène avéré ou présumé pour l'être humain) dans le cadre de l’application des critères du règlement(CE) n° 1272/2008 (CLP) ; au vu du niveau de preuve limité, la classification en catégorie 2 (substances suspectées d'être cancérogènes pour l'homme, CLP) peut se discuter, sans que l’Agence ne puisse se prononcer en l’absence d’une analyse détaillée de l’ensemble des études. » Par ailleurs, l’ANSES pointe un risque possible lié à la combinaison du glyphosate avec certains  co-formulants tels la tallowamine.

Le glyphosate. Pouquoi s’en passer ?

Poursuivons donc des études si elles apparaissent utiles, ou imposons-les à Monsanto ( dont le comportement mentionné par les Monsanto papers peut apparaître détestable ( mais Le Monde du 5 octobre qui leur consacre une double page se discrédite en tentant de réhabiliter le Pr Séralini).
Il y a eu peu d’écho à l’interview pourtant décapante de Nicolas Hulot dans Le Monde du 28 octobre « Il faut que l’on se fixe l’objectif de sortir du glyphosate durant ce quinquennat. Il n’y a pas d’alternatives chimiques, car il n’y a pas pour l’instant de molécules qui soit aussi efficace et moins toxique que le glyphosate. Les alternatives, ce sont le biocontrôle (en recourant à des organismes vivants) et le choix de pratiques agricoles respectueuses de l’environnement »
M. Hulot, merci de cet aveu. Le glyphosate est l’instrument de contrôle des mauvaises herbes (les pestes !) le plus efficace et le moins toxique. Malgré toutes les études qui ont été menées, malgré une utilisation massive et s’étalant sur une longue période, rien n ‘a pu mettre en évidence sa toxicité, et même l’organisme le plus enclin à la publicité tapageuse ( le CIRC) n’a pu le ranger que dans la catégorie des « cancérogènes probables » ( et plutôt improbables pour l’instant). Tout remplacement par une substance existante serait un retour en arrière qui mettrait davantage en danger la santé des agriculteurs et des consommateurs et réduirait encore plus les cultivateurs à la misère ( eh oui, l’efficacité du glyphosate fait la différence entre une exploitation bénéficiaire ou en déficit.

Et c’est par idéologie, la plus rétrograde, la plus bête, la plus inapte scientifiquement), par la manipulation des peurs que certains voudraient imposer un retour en arrière sans précédent. Eh bien tiens ! C’est Mao qui avait raison ! pour tous les écolos qui veulent la fin du glyphosate, et ceux qui les suivent par bêtise ou ignorance, séjour obligatoire à la campagne à la campagne pour désherber à la main

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mardi 13 décembre 2016

Perturbateurs endocriniens : pour un GIEPC (Groupe International d’étude des produits chimiques)

Manipulation de la science et marchands de doute ?

Près de cents scientifiques, spécialistes de la biologie de développement et des hormones, ou spécialistes du climat ont écrits une tribune publié dans  Le Monde du 30 novembre sous le titre Halte à la manipulation de la science ! Ils demandent à l’Europe et à la Communauté internationale d’agir contre les perturbateurs endocriniens et dénoncent la « fabrication du doute » par les industriels qui veulent préserver leurs bénéfices, comme l’ont fait les fabricants du tabac à propos de son implication dans le cancer, ou les groupes pétroliers qui ont financé le climatoscepticisme. Extraits :

« Depuis des décennies, la science est la cible d’attaques dès lors que ses découvertes touchent de puissants intérêts commerciaux. Des individus dans le déni de la science ou financés par des intérêts industriels déforment délibérément des preuves scientifiques afin de créer une fausse impression de controverse. Cette manufacture du doute a retardé des actions préventives et eu de graves conséquences pour la santé des populations et l’environnement. Les « marchands de doute » sont à l’œuvre dans plusieurs domaines, comme les industries du tabac et de la pétrochimie ou le secteur agrochimique. »

« Une lutte comparable fait actuellement rage autour de la nécessaire réduction de l’exposition aux perturbateurs endocriniens. La Commission européenne s’apprête à mettre en place la première réglementation au monde sur le sujet. Bien que de nombreux pays aient également manifesté leur inquiétude à l’égard de ces produits chimiques, aucun n’a instauré de réglementation qui les encadrerait globalement. Jamais l’humanité n’a été confrontée à un fardeau aussi important de maladies en lien avec le système hormonal Jamais l’humanité n’a été confrontée à un fardeau aussi important de maladies en lien avec le système hormonal : cancers du sein, du testicule, de l’ovaire ou de la prostate, troubles du développement du cerveau, diabète, obésité, non- descente des testicules à la naissance, malformations du pénis et détérioration de la qualité spermatique. La très grande majorité des scientifiques activement engagés dans la recherche des causes de ces évolutions préoccupantes s’accordent pour dire que plusieurs facteurs y contribuent, dont les produits chimiques capables d’interférer avec le système hormonal. »

« La plupart de ces substances atteignent notre organisme par le biais de notre alimentation. Seule solution pour enrayer la hausse des maladies liées au système hormonal : prévenir l’exposition aux produits chimiques à l’aide une réglementation plus efficace. Or le projet d’établir une réglementation de ce type dans l’Union européenne est activement combattu par des scientifiques fortement liés à des intérêts industriels, produisant l’impression d’une absence de consensus, là où il n’y a pourtant pas de controverse scientifique. Cette même stratégie a été utilisée par l’industrie du tabac, contaminant le débat, semant le doute dans la population et minant les initiatives des dirigeants politiques et des décideurs pour développer et adopter des réglementations plus efficaces. Les discussions sur le changement climatique et sur les perturbateurs endocriniens ont toutes deux souffert de cette déformation des preuves scientifiques par des acteurs financés par l’industrie. »

« Nous sommes cependant préoccupés par les options réglementaires que propose aujourd’hui Bruxelles, très éloignées des mesures nécessaires pour protéger notre santé et celle des générations futures. Les options proposées pour identifier les perturbateurs endocriniens requièrent un niveau de preuve bien plus élevé que pour d’autres substances dangereuses, comme celles cancérigènes »
Nous appelons au développement et à la mise en œuvre de mesures qui s’attaqueraient aux perturbateurs endocriniens et au changement climatique de façon coordonnée. Un moyen efficace pourrait être la création, sous les auspices de l’Organisation des Nations unies, d’un groupe ayant le même statut international et les mêmes prérogatives que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Ce groupe serait chargé d’évaluer les connaissances scientifiques destinées aux responsables politiques dans l’intérêt général et mettrait la science à l’abri de l’influence des intérêts privés.

Les perturbateurs endocriniens

Les perturbateurs endocriniens sont des molécules très simples et très communes (retardateurs de flamme présents dans les meubles et l’électronique, agents plastifiants dans les matières plastiques et les produits d’hygiène, résidus de pesticides dans notre alimentation) qui peuvent agir comme  des hormones naturelles, ceci étant particulièrement inquiétant lors de périodes critiques du développement, pendant la grossesse ou la puberté. L’un des plus courants est le bisphénol A, présent dans le plastique des biberons de bébés. L’accumulation de données démontrant des effets biologique de quasi-hormones du bisphenol A chez l’animal ou dans des cellules humaines  a conduit à son interdiction dans les biberons et tous produits utilisés dans l’alimentation des enfants Au Danemark, en France, au Canada, dans certains pays européens dès 2010, puis dans toute l’Union Européenne ; une décision qui s’imposait et qui a été prise, à juste titre,  malgré l’absence de preuves formelles d’effets chez l’homme.
Pour autant, il y a des aspects qui me paraissent assez contestables dans la fameuse tribune et ses attaques contre la Commission Européenne

Commentaires :

-          Les perturbateurs endocriniens seraient responsables  de cancers du sein, du testicule, de l’ovaire ou de la prostate, de troubles du développement du cerveau, de diabète, d’obésité, non- descente des testicules à la naissance et autres malformation de l’appareil urogénital et du pénis, de la détérioration de la qualité spermatique… C’est tout de même peut-être un peu charger la barque, d’autant que ces effets sont bien choisis pour frapper très fort les esprits !- dans le cas de la qualité spermatiques, par exemple, il s’agit d’un phénomène mal mesuré et à cause tellement multiples qu’il est difficile d’en isoler une, pour ne pas parler du diabète, qui n'est surement pas dû qu'aux perturbateurs endocriniens etc.

-          Les mécanismes précis d’action des perturbateurs endocriniens sont mal connus, au point que l’on a parlé de mystérieuses courbes en U, montrant des effets à très faibles doses, mais pas à doses plus élevées, et d’une pharmacologie révolutionnaire mettant en cause les relations doses –effets. Tout un discours irrationnel ralliant les pires adversaires du progrès embrayait là-dessus. Il semble maintenant que l’on s’oriente de façon plus classique vers une action puissante sur des sous-types de récepteurs. La recherche fondamentale sur ce sujet doit devenir une priorité, tant en raison des menaces possibles pour la santé…que pour peut-être l’identification de nouveaux médicaments.

-          On reproche semble-t-il à la Commission européenne de ne pas vouloir prendre en compte le danger intrinsèque de ces substances, d’ailleurs mal caractérisé, mais notre exposition à ces substances.  Je ne comprends pas en quoi cela est critiquable - C’est ce qui se fait classiquement en toxicologie. Et heureusement ; c’est bien parce que l’exposition au bisphenol des biberons était avéré qu’il a pu être interdit en l’absence de certitude sur sa toxicité. Et ce sont peut-être les premières données inquiétantes d’exposition des femmes enceintes qui attireront l’intention et imposeront des mesures sérieuses.

-          On reproche également à la Commission de proposer un classement des perturbateurs endocriniens laxiste, exigeant la démonstration d’une pertinence humaine. En effet, l’Anses ( l’agence française de sécurité sanitaire) a proposé un classement à plusieurs niveaux de risques  (avérés, présumés, suspecté) similaire à celui des cancérogènes, qui a fait ses preuves, et que la France devrait promouvoir vigoureusement.

-          On reproche encore à la Commission de s’appuyer sur les études et données d’entreprises privées fabriquant ces produits.  Il y a là en effet un conflit d’intérêts évident et des précédents criminels, mais, pour autant, ignorer les études de ceux qui connaissent le mieux les produits en questions serait idiot et la mise en cause systématiques des scientifiques de l’industrie est peu acceptable. Les firmes  doivent pouvoir participer librement au débat scientifique, à condition de publier intégralement leurs méthodes d’études et leurs résultats et de les soumettre à la critique habituelle. En fait elles devraient être obligées de le faire !, mais alors elles doivent pouvoir être entendues.


-           L’idée d’un « GIEC » des produits chimiques ( l’augmentation de l’exposition de l’humanité aux produits chimiques a explosé en quantité et diversité) est une bonne idée, et même excellente pour un positiviste tant elle se rapproche de la conception du « pouvoir spirituel » d’Auguste Comte : des savants qui discutent librement entre eux, parviennent à l’établissement de connaissances positives ( certaines, précises, relatives, organisatrices, permettant la prédiction) et, en fonction des conséquences qu’ils en tirent pour l’humanité, représentent le point de vue du général et  agissent en conseillant les dirigeants temporels et aussi directement sur l’opinion publique. Mais elle suppose d’abord la construction d’un consensus entre experts, et l’on ne voit pas très bien où veulent en venir les auteurs de la tribune lorsqu’ils associent spécialistes du climat, de la chimie et de l’endocrinologie…



samedi 9 mai 2015

Les allergies_ épidémie en vue, recherche indispensable


 Une extension épidémique
Dans le Livre noir des allergies ( l’Archipel), l’allergologue Pierrick Hordé parle  d’une épidémie en explosion. L’OMS prévoit que la moitié de la population occidentale sera en 2050 victime d’allergies de toutes natures (respiratoires, alimentaires, professionnelles). Il y aurait aujourd’hui en Europe 150 millions d’allergiques.  De plus, les symptômes (rhinites, conjonctivites, exémas) ne sont pas forcément bien pris en compte et les rhinites allergiques évoluent près d’une fois sur deux vers l’asthme, encore trop souvent sous-diagnostiqué.  Or, rappelle M. Hordé, dans les années 1970, on parlait assez peu d’allergies. C’est devenu un phénomène de civilisation  et une telle explosion ne peut s’expliquer que par l’intervention de facteurs environnementaux et les modifications de modes de vie.
La pollution de l’air joue un rôle important, notamment dans l’allergie aux pollens où pollens et particules fines forment ce que M. Hordé appelle un « cocktail explosif ». Les particules fines accentuent l‘irritabilité des muqueuses ; de plus elles se fixent sur les pollens et les font éclater, facilitant ainsi leur pénétration plus profonde dans les bronches et le relargage d’allergènes. Souvent négligée, la pollution intérieure est cinq à sept fois supérieure à la pollution extérieure et représente un véritable fléau en matière de santé publique ; l’ANSES parle de 2.000 décès en France et l’OMS de 4,3 millions de décès annuels contre 3,7 à la pollution atmosphérique. Les polluants impliques sont les composés organiques volatiles, particulièrement le formaldéhyde et autres aldéhydes, présents dans les peintures, colles, bois agglomérés, détergents etc. , les acariens et très souvent, les résidus de tabac_ l’interdiction de fumer en voiture est une bonne décision. Le Dr Hordé appelle aussi à se méfier des produits et plantes censés purifiés l’air qui, souvent empirent la situation : bougies, encens, huiles essentielles, aérosols contiennent aussi souvent des composés organiques volatiles nocifs et il dénonce un manque de réglementation et des indications souvent trompeuses.  La seule et vraie mesure efficace consiste dans l’aération journalière des habitations. Les cosmétiques doivent aussi être surveillés, et la mention cosmétique bio n’apportent aucune garantie quant aux allergies. Les méthodes de stérilisation UHT, préférables,  se développent. Les écoles sont un point évidemment important, critique et inquiétant. L’Inserm a mené une étude sur la qualité de l'air à l'intérieur de 108 écoles primaires réparties dans 6 villes :  30% des élèves sont exposés à des niveaux des principaux polluants atmosphériques supérieurs aux valeurs guides recommandées par l'OMS et l'ANSES (et cette exposition est associée à une augmentation de l'asthme et des rhinites) chez les enfants scolarisés. De nombreuses améliorations sont possibles sur le cadre de vie. Reste qu’il faudra  prendre la mesure de la gravité de l’épidémie allergique et que c’est un domaine un peu négligé, peut-être parce que très compliqué,  en matière de recherche.
Immunologistes et allergologues_ prendre l’allergie au sérieux
Un point est assez symbolique : en France, l’allergologie n’est pas une spécialité médicale reconnue et enseignée en tant que telle, contrairement à la plupart des pays européens ; au contraire, l’immunologie ( remarquer la différence allergologue/immunologiste, le iste fait tout de suite plus sérieux que le logue) qui est en quelque sorte sa base scientifique est bien reconnue – et il faut dire que depuis Pasteur, la France a une belle et forte tradition en ce domaine. L’immunologie s’occupe de problèmes très sérieux : les vaccins, les rejets de greffe, les maladies auto-immunes, l’arthrite rhumatoïde. Dans tous ces domaines, des progrès immenses ont été accomplis-  dans le dernier, des médicaments plus efficaces et mieux tolérés que les anticorps, comme le filgotinib de Galapagos sont en développement. Par contre, l’allergologie s’occuperait de petits bobos, mal définis, qui touchent des organes très différents, souvent en relations avec l’environnement, ce qui ne simplifie rien ; elle est éclatée ente pneumologues, pédiatres, dermatologues,   l'oto-rhino-laryngologues…).
Sauf que les allergies s’aggravent en gravité et en nombre de personnes concernées, au point de devenir l’épidémie menaçante dont je parlais au début de ce blog. L’immunologie s’appuie sur une recherche fondamentale forte, l’allergologie semble être le domaine de pratiques empiriques plus ou moins évaluées.   Alors, il est temps  que l’allergologie devienne une discipline reconnue pouvant s’appuyer sur une recherche fondamentale puissante, de faire mieux  travailler ensemble immunologistes et allergologues et de se donner les moyens de combattre sérieusement  l’extension de l’épidémie d’ allergie annoncée et de mieux soigner les nombreux allergiques.
D’autant que nous ne comprenons pas bien les liens entre immunologie et allergie. En dehors de l’environnement, le développement de l’hygiène qui entraine dans la prime enfance un contact moindre avec de nombreux allergènes, à un moment où le système immunitaire s’éduque semble jouer un rôle important dans l’épidémie d’allergie. Cela était déjà suggéré par des études montrant que des enfants élevés dans des fermes au contact d’animaux deviendraient ensuite moins  allergiques. Une étude récente sur 650 enfant suivis de leur naissance à cinq ans  (Du Toit et al. New England Journal of Medicine, 372, 803, 2015) montre que même dans le cas d’allergènes très puissants comme la cacahuète, une exposition précoce entre quatre et  onze mois permet de diminuer significativement le nombre des allergiques ; et ceci même lorsque les nourrissons semblent sensibilisés à l’arachide. Il existerait donc une fenêtre d’âge durant laquelle diversifier l’alimentation et les contacts  permet une désensibilisation naturelle.

jeudi 29 janvier 2015

Perturbateurs endocriniens : interdiction et polémique




Un environnement inquiétant

Les perturbateurs endocriniens sont des produits chimiques qui peuvent interférer avec les hormones comme l’œstrogène, la testostérone ou les hormones thyroïdiennes. On les trouve dans les produits de consommation courante comme les aliments, les cosmétiques, les pesticides et les plastiques. Parmi eux, le plus célèbre, le bisphénol-A (BPA) est contenu dans les plastiques rigides, certains tickets de caisse ou le vernis intérieur des boîtes de conserve ; les phtalates, utilisés dans les parfums et le vinyl ; ainsi que certains pesticides et retardateurs de flamme. Ce sont des produits extrêmement répandus dans l’environnement.En 1996, le biologiste américain Von Saal montrait que, exposés in utero à des concentrations très faibles de BPA (20.000 fois inférieures à la plus forte concentration alors étudiée), les souris de laboratoire mâles présentent, une fois adultes, un appareil reproducteur affecté de malformations et dysfonctionnements. Depuis cette date, plusieurs milliers d’articles sont parus, suggérant, essentiellement à partir d’études cellulaires, un lien entre l’exposition au BPA et une « étourdissante variété de pathologies émergentes » : troubles du métabolisme (diabète de type II, obésité), et de la fertilité, malformations génitales, problèmes thyroïdiens, cancers hormono-dépendants (sein, prostate, testicules,), etc, troubles du comportement.  Des maladies en augmentations quasi-exponentielle- ainsi pour l’autisme : 1/5000 en 1975, 1/500 en 1995, 1/150 en 2005, 1/68 en 2014 !), sans que l’on en connaisse réellement la cause. Une telle augmentation a pour explication la plus probable (la seule ?) une origine environnementale. Là encore, les perturbateurs endocriniens sont des coupables très plausibles, parce que les hormones thyroïdiennes sont impliquées dans le développement de structures cérébrales complexes. Particulièrement troublante est également une érosion du QI des nouveaux nés et l’accroissement d’autres troubles comportementaux tels que l’hyperactivité : «  l’intelligence des prochaines générations est en péril ». Philippe Granjean, Le Monde, 3 dec.14). Pour compliquer les recherches,  il semble que les cellules humaines soit plus sensibles : ainsi, l’exposition au BPA de testicules réduit sensiblement la production de testostérone, et cet effet est environ 30 à 100 fois plus sensible sur le testicule humain que sur celui des rongeurs de laboratoire, rats et souris. Dans certains systèmes, l’effet toxique apparait non seulement à des doses très faibles, mais s’atténue à des doses plus élevées, ce qui n’est quand même pas très classique, empêche la fixation d’un seuil de sécurité, rend les études plus complexes, et pose de sérieuses questions d’interprétation, sur l’extrapolation à l’organisme entier, et sur l’effet final obtenu. (voir ci-après)

Bref,  d’un côté des endocrinologues, des biologistes, des pharmacologues convaincus et mettant en évidence une floppée (trop ?) d’effets des perturbateurs endocriniens dans leurs systèmes ; à l’autre bout, des épidémiologistes, des spécialistes de la néonatalité qui constatent une explosion de troubles certainement dus à des facteurs environnementaux, et qui correspondent assez bien aux effets mis en évidences par les biologistes. Et, entre les deux ? Des toxicologues renommés, dont la toxicologie est le métier, qui ne sont pas tous convaincus loin de là.

Procès en sorcellerie (bis)

La bataille a débuté cet été avec la publication, dans plusieurs revues savantes, d'une tribune dans laquelle dix-huit toxicologues (professeurs ou membres d'organismes publics de recherche) critiquent les mesures en discussion à Bruxelles. Très contraignantes pour de nombreux industriels, celles-ci seraient, selon les auteurs, des « précautions scientifiquement infondées ». Le projet en discussion, qui s’inspire largement des mesures déjà prises en France « est sans base scientifique,…défie le sens commun, la science bien établie et les principes de l’évaluation des risques ». Ils rappellent que le système endocrinien (les hormones) est perturbé en permanence, par des facteurs internes ou externes, et que c’est justement  son rôle biologique d’être perturbé de façon à maintenir l’homéostasie ( l’ensemble des conditions) de l’organisme en présence de facteurs changeants ; que la perturbation endocrine est un phénomène normal, et ne saurait constituer un effet toxicologique en soi ; qu’il faut donc distinguer entre des perturbations qui restent dans le domaine normal de fonctionnement, et des perturbations extraordinaires conduisant à des effets néfastes sur l’organisme entier ; qu’un produit ne peut être considéré comme toxique que s’il montre des effets néfastes dans un organisme animal ou humain entier, et non seulement dans des systèmes isolés dont la signification et la pertinence homéostatique n’est pas démontrée ; enfin, que ces études chez l’animal entier doivent permettre, selon le processus toxicologique normal, d’aboutir à  la détermination d’une relation effet-dose et d’un seuil.  Par ailleurs, ils critiquent aussi la formulation d’un document de travail affirmant que la pertinence des données (obtenues dans des systèmes animaux) chez l’humain  doit être supposée, en l’absence de démonstration qu’elles ne sont pas pertinentes. Ils soulignent la quasi-impossibilité logique d’obtenir une telle démonstration de non pertinence ; (sur ce coup-là, ça me semble assez facile d’admettre que la formulation du document n’est en effet pas très heureuse, mais que sur le fond, les données animales, compte-tenu, dans certaines expériences, de la plus grande sensibilité des tissus  humains, doivent être considérées comme inquiétantes…)

La parution de cette tribune a soulevé d’intenses protestations, mais ce qui est assez déplaisant, c’est le tour qu’elles ont pris sur le thème maintenant trop habituel des experts vendus à l’industrie. La guerre est déclarée ont même dit certains, « La science est devenue l'enjeu d'une guerre dont la plupart des batailles se jouent derrière la scène »,  la guerre des lobbies industriels contre des mesures qui menacent leurs intérêts.

Donc Daniel. Dietrich, rédacteur en chef, Chemico-Biological Interactions ; Bas Blaauboer, rédacteur pour l’Europe, Toxicology in vitro ; Jan Hengstler, rédacteur en chef, Archives of Toxicology ; Kai Savolainen, rédacteur pour l’Europe et le reste du monde, Human and Experimental Toxicology ; Nigel Gooderham, rédacteur en chef, Toxicology Research ; James P. Kehrer, rédacteur en chef, Toxicology Letters ; Alan L. Harvey, rédacteur en chef de Toxicon ; Gio Batta Gori, rédacteur en chef, Regulatory Toxicology and Pharmacology ;  et al., tous ces gens qui se font dénoncer, diffamer, insulter  sur des milliers de sites internet, et qui constituent une part importante du gratin mondial de la toxicologie, qui, à un moment ou à un autre, ont évidemment eu de nombreux contrats avec de nombreux industriels, seraient soit des imbéciles manipulés, soit des comploteurs malhonnêtes vendus à l’industrie ? Encore une fois, ces procès en sorcellerie sont inadmissibles, fascistes et, en matière de recherche, il faut réclamer liberté, liberté totale d’exposition, de discussion, d’appréciation et rappeler qu’aucun débat n’est possible si la bonne foi de l’interlocuteur est mise en doute

D’ailleurs, amis des complots, méfiez-vous de tout le monde ! ; s’il existe (peut-être) des industriels margoulins désireux d’influencer l’opinion pour protéger leur marché, il existe aussi (peut-être) d’autres industriels tout aussi margoulins prêts à agir dans l’autre sens et à proposer des substituts…pas encore évalués… qui seraient plus toxiques….

En attendant la vérité, agir quand même

Une vérité positive, scientifique s’établira un jour, intégrant toxicologie, pharmacologie, endocrinologie. C’est le devoir des scientifiques d’y travailler, des décideurs de leur en donner les moyens ; et la France, avec le plan national perturbateurs endocriniens a plutôt bien réagi. Les toxicologues qui se sont exprimés ont sans doute raison d’éprouver quelques doutes ; pour autant, devant l’ensemble des données, devant aussi la gravité de l’enjeu, il me semble qu’on ne peut pas attendre davantage.
Aux décideurs de décider, dans le doute relatif - sinon il n’y aurait pas besoin d’eux. Il me semble que la position française, assez rigoureuse, doit être défendue ; et notamment l’interdiction totale du BPA dans les contenants alimentaires  (biberons !!, et aussi conserves, canettes, vaisselle et bouteilles de plastique, ustensiles de cuisine). L’action résolue a déjà permis des résultats notables : l’exposition au BPA des femmes enceintes a été divisée par trois entre le milieu des années 2000 et 2011. Récompense de la vertu; si la France est suivie, et il faut espérer que ce soit le cas, d’autres pays européens étant sur la même ligne, ses industriels, qui ont fait un effort particulier et se sont imposés des contraintes inexistantes ailleurs auront un coup d’avance.

Mais pas besoin pour cela d’insulter les scientifiques de position adverse. NB : Ce billet doit beaucoup, comme bien d’autres, à la chronique Planète de Stéphane Foucart dans Le Monde (notamment By By BPA, 5 jan 2015) C’est incontestablement l’une des plus intéressante du domaine, même et surtout lorsque je suis en désaccord, au moins partiel ; il est très regrettable que sa périodicité diminue.
 

 

samedi 23 février 2013

Perturbateurs endocriniens, infertilité : Interdire le Bisphénol A

Perturbateurs endocriniens, infertilité : Interdire le Bisphénol A

Un bon scénario médiatique pour les marchands de peur
                          
Il y a à peu près deux mois, fin 2012, s’ébauchait un scénario spectaculaire et horrifique. Une étude française de l’Institut de veille Sanitaire menée à partir du sperme donné dans les centres d’aide à la procréation montraient une  chute spectaculaire de la qualité du sperme des donneurs français, et notamment une baisse de la concentration en spermatozoïdes de près d’un tiers entre 1989 et 2005.
L’article du Monde du 6 décembre 2012 mentionnait toutefois que le sujet était controversé et que les études discordantes se succédaient depuis les années 1990. Cependant, il pointait un coupable désigné comme « probable », les perturbateurs endocriniens, composés chimiques artificiels assez répandus (bisphénol A, phthalates, pesticides, polychlorobiphenyl, dioxines…). Ces composés sont capables de mimer l’action des hormones sexuelles, et des données expérimentales animales, biologiques et toxicologiques suggèreraient qu’ils pourraient être responsables de cette baisse de la qualité du sperme chez l’homme, ainsi que plus généralement de l’augmentation des infertilités et des cancers hormono-dépendants, voire du diabète. L’inquiétude est d’autant plus grande que ces composés seraient susceptibles d’agir de façon étrange, contraire au principe paracelsien qui régit jusqu’à présent la pharmacologie et la toxicologie : « Tout est poison, rien n’est poison, c’est la dose qui fait le poison ». les perturbateurs endocriniens présenteraient une courbe en U, avec une action plus importante à faible dose qu’à dose plus importante, ce qui est en effet tout à fait inquiétant, car d’une part, on pourrait alors facilement passer à côté de leurs effets toxiques ou pharmacologiques – et, d’autre part, cela remettrait en cause la notion de seuil toxique. Les différentes agences nationales et l’agence européenne sont justement en train de discuter de la réglementation à adopter concernant ces perturbateurs endocriniens, et des débats peu sereins s’annoncent, avec, comme d’habitude, une violente mise en cause des experts, évidemment liés à (aux) industries, et évidemment suspectés de partialité, voir de malhonnêteté. Le crime est établi et les coupables désignés, avec une histoire bien propre à une exploitation médiatique profitable.
Sauf que le crime n’est pas établi et les coupables assez incertains

Etudes sur le sperme : des résultats contradictoires        

Le crime n’est pas si établi que cela, et Bernard Jegou le rappelle dans La Recherche de février 2013. Les résultats des études sur la qualité du sperme sont contradictoires. En France, la qualité du sperme aurait baissé à Paris et à Tours au cours des trente dernières années, mais serait restée stable à Rennes et à Toulouse. L’étude historique qui, la première, a mis en évidence une diminution de la qualité du sperme a été réalisée au Danemark en 1992, et montrait une diminution de 50% du nombre de spermatozoïdes entre 1938 et 1998. Depuis, chaque année à Copenhague, un certain nombre de conscrits sont examinés, et les résultats montrent… une légère augmentation de la qualité du sperme sur dix ans. L’inverse est observé à Turku, en Finlande. Malgré le nombre de prélèvements (26.000), la dernière étude française n’est pas exempte de certains biais méthodologiques. La difficulté provient de la variabilité des mesures et du très grand nombre de facteurs pouvant agir sur la qualité du sperme (stress, alcool, tabac, infections, examens médicaux…) Ainsi, une étude américaine récente a mis en évidence un effet important du temps passé devant la télévision sur un canapé, et d’autres études souligné une baisse importante chez les camionneurs (effet de la température moyenne des organes sexuels ?)
Donc des variations importantes selon les individus, le moment, la région…et beaucoup d’autres causes très variées.
Il ne sera pas facile de mettre en évidence une baisse générale de la qualité du sperme, à supposer qu’elle existe, ce qui n’est pas établi. (Si l’on veut s’en donner les moyens, le mieux serait probablement une étude régulière à l’échelle européenne, chaque année, dans des populations représentatives des villes et des campagnes, d’âge constant, sur le modèle de l’étude de Copenhague). Et si cela devait être, en trouver la cause sera encore moins évident !

L’effet des perturbateurs endocriniens

Le crime étant incertain, rechercher un coupable peut paraître prématuré, mais il faut bien avouer que les perturbateurs endocriniens ont une sale tête de coupables : hormones naturelles, artificielles, pesticides, insecticides, surfactants… Parmi eux, le DDT, bien connu depuis les années 60, depuis le livre et l’action de Rachel Carson (Silent Spring) qui en a dénoncé les effets toxiques sur la reproduction des oiseaux. Un perturbateur endocrinien aux effets dramatiques chez l’homme est le Diethylstilbestrol (Distilbène), massivement utilisé dans les 50 et 60 pour prévenir le risque d’avortement chez des femmes à risques, responsable de malformations du système génital chez les enfants (filles et garçons), et peut-être de cancers. Autre représentant de l’espèce, la dioxine a des effets toxiques à hautes doses (lésions dermiques, atteintes hépatiques,  pour des hautes doses atteintes des systèmes immunitaires et reproducteur pour des expositions chroniques), mais un risque cancérigène n’est pas avéré chez l’homme, seulement chez certains animaux (les victimes de Seveso n’ont souffert que d’atteintes transitoires)
Citons aussi, à proximité de stations d’épuration ou dans des eaux fortement polluées, parmi les effets les plus spectaculaires et les plus documentés le changement de sexe de certains poissons ou des alligators de Floride…
Oui, mais même s’il s’agit d’atteintes environnementales, ceci concerne les effets à haute dose (enfin, à dose classique) des perturbateurs endocriniens ; ils sont connus et maîtrisables pour peu que l’on veuille s’en donner la peine. Les effets, la signification même des fameuse courbes en U qui devraient remettre en cause toute la toxicologie et la notion de seuil… on les attend toujours, malgré les recherches menées.
D’autre part, à côté de la qualité du sperme, il semble qu’on observe des augmentations inexpliquées d’effets sur l’appareil reproducteur : malformations des testicules, de l’appareil urinaire, cancer des testicules, avancée de la puberté…

Interdiction totale du Bisphénol A !

Que conclure : ne pas céder à la panique (qui pourrait conduire à remplacer des produits connus par d’autres non évalués…), établir les faits par des études épidémiologiques (un point historiquement faible en Europe, sauf pays nordiques, et qui le reste), appliquer le principe de précaution en finançant des recherches, en diminuant les expositions à des produits non essentiels, surtout lors de périodes sensibles (grossesse, nouveaux-nés).
C’est ce qui est fait en France, avec notamment le PNRPE (Programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens), sous l’égide de l’ANSES, (l’Agence de Sécurité Sanitaire de l’environnement), avec aussi l’interdiction du Bisphenol A dans les biberons. Un résultat important vient d’ailleurs d’être révélé par une équipe française : le Bisphénol A aurait un effet sur la sécrétion de testostérone par les testicules embryonnaires humains in vitro, à des concentrations retrouvées dans le liquide amniotique- (N’Tumba Byn , et al, (http://www.plosone.org/article/info:doi/10.1371/journal.pone.0051579). Un résultat d’autant plus important qu’il n’est pas retrouvé chez les rongeurs, et peut donc être ignoré dans des études de toxicologies classiques, ce qui montre une fois de plus l’intérêt des études sur cellules humaines in vitro en complément de la toxicologie classique
S’il est confirmé, il faudra rapidement aller plus loin et interdire le Bisphénol A dans les emballages alimentaires !