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lundi 22 octobre 2018

Raisons de détester l’Eurokom-12 : la politique énergétique


Europe et Eurokom

Dans un de mes précédents blogs, je m’enflammais sur les propos de Macron à Epinal sur « l’Europe qui nous a donné la Paix ». Face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations et l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne

L’Europe met le paquet vers toujours plus de libéralisation

La commission européenne a livré en 2018 son 4ème paquet (le Winter Package !) de recommandations et directives  intitulé « une énergie propre pour tous les européens ». Ces textes ont vocation à devenir – après vote du parlement européen, puis du conseil, des règlements d’application immédiate dans tous les secteurs concernés ou des directives à transposer en droit français avant mise en œuvre.
L’Europe de l’Energie (après celle de la métallurgie et du charbon !) s’est mise en route au début des années 1990. Le premier paquet concerna la libéralisation du marché de l’énergie ; le deuxième paquet (2003 ) a organisé un accès régulé des tiers au marché et la libéralisation pour tous les particuliers. Le troisième paquet (2009) a imposé l’indépendance des GRT (réseaux de transport) et un réseau européen de  gestionnaires de réseaux de transport, l’ENTSOs. 

Donc l’Europe ne s’est soucié jusqu’à présent  que d’une seule chose :la dérégulation du secteur de l’énergie, démanteler le service public, piller le patrimoine des citoyens des différents états au service de firmes privées.  

Ce quatrième paquet énergie,  aussi l’occasion de montrer comme l’Europe (l’Eurokom) dysfonctionne. Ce sont 5000 pages porteuses d’éléments à forts impacts pour l’avenir des salariés, des entreprises, des clients, qui vont encore plus dans le sens de la libéralisation du marché de l’énergie et de la dérèglementation, au point de mettre en péril l’accès égal de tous à l’énergie, et d’ailleurs l’accès à l’énergie tout court.   Or  parmi les rapporteurs des textes au parlement européen, il n’y a aucun parlementaire français, et  selon la pratique européenne, Il ne faut pas compter sur des marges de manœuvre possibles lors de la déclinaison !!! au parlement français – il sera alors trop tard. Et le calendrier politique en France ne facilite pas l’implication des hommes politiques français- à l’exception notable des Sénateurs de l »’Ancien Monde » ( c’est-à-dire pas des beni oui oui du libéralisme d’En Marche) qui à travers un rapport sénatorial très fourni ont publié une très sévère et inquiète mise en garde : cf. Rapport n°435 de la Commission des Affaires économiques, 22 février 2017, L. Poniatowski, J. Bizet et M. Delebarre)

Les points principaux mis en avant dans ce quatrième paquet par la Commission sébatoriales sont les suivant :

La suppression des tarifs régulés, tel que les tarifs réglementés de vente (TRV) de l’électricité

Les textes demandent un arrêt immédiat des tarifs particulier réglementés de l’électricité et du gaz. Outre les pertes de part de marché attendues pour les entreprises et l’impact sur les emplois commerciaux du segment particulier, la mesure est sans justification dès lors que ces tarifs sont contestables par les fournisseurs alternatifs. Leur suppression expose le consommateur d’autant plus   que d’autre mesures rendent obligatoires de proposer au consommateur une tarification dynamique (indexée sur le prix marché) et qu’une autre prévoit le déplafonnement total des prix de gros de l’électricité et l’interdiction d’un prix plancher…
Une tarification dynamique qu’es aco ? une étude de la CRE (Commission de régulation de l’énergie) montre qu’un pic extrême aboutirait à multiplier par 1000 la valeur du prix horaire, soit en une heure l’équivalent d’une semaine ou un mois de consommation. C’est lorsque vous aurez vraiment besoin de chauffage que vous le paierez très très cher !!!!

Les Mécanismes de capacité remis en cause et les contrat long terme non confortés… Vers le black out 
!
Les mécanismes de capacité (ils sont indispensables pour assurer la sécurité d’approvisionnement électrique aux périodes de pointe de consommation), dans un contexte durablement marqué par l’essor de la production d’électricité intermittente  devraient se trouver confortés. Pourtant il n’en est rien : conditionnés à la réalisation d’une étude à l’échelle européenne, révisés annuellement  et qui plus est sans  cadre de réciprocité entre états membres, comment pourraient-ils conforter les investissements et mener une politique de long terme ?
De manière assez étrange, les mécanismes de capacité allemands reposant sur des centrales à charbon !!!! se trouvent confortés tandis que ceux d’EDF seraient invalidés. Comme quoi le lobbying européen est important et certains le pratiquent mieux que d‘autres.

Droit des « communautés d’énergies renouvelables » de produire, consommer, stocker et vendre de l’énergie… mais aucune étude sur la stabilité du réseau et la fin de l’égalité tarifaire (péréquation géographique)

Avec le développement des ENR et leurs intégrations  le droit des « communautés d’énergies renouvelables » de produire, consommer, stocker et vendre de l’énergie est affirmé (ainsi que le  droit à l’autoconsommation d’ENR individuelle et collective et à la vente des surplus d’électricité). L’encadrement de ces nouveaux modèles énergétiques plus décentralisés est absolument nécessaire pour préserver la solidarité entre les territoires et la péréquation tarifaire. Aucune des conséquences possibles et gravissimes sur l’optimisation des réseaux et la sécurité même de l’approvisionnement ne sont envisagées, non plus que sur la robustesse du mode de financement des réseaux. Fort légitimement, le Sénat s’est intéressé aux effets néfastes attendus sur l’égalité entre les territoires et la péréquation et a publié un rapport très critique sur la quatrième paquet.

Tout cela s’ajoute au lourd bilan des paquets précédents.

Le lourd bilan des paquets précédents : la loi Nome !

La mécanique (made in Bruxelles) infernale de la loi Nome (la libéralisation) est implacable : Lorsque les coûts de production d’EDF sont supérieurs à ceux d’un marché surcapacitaire, EDF n’a pas le droit de vendre à perte à ses clients, mais doit produire à perte pour ses « compétiteurs » qui, eux, feront des bénéfices, en revendant à un coût supérieur auquel EDF les livre.  Et lorsque les coûts de production d’EDF sont inférieurs à ceux du marché, EDF est obligé de vendre une partie de son électricité à ses compétiteurs.

Exemple tiré de La France dans le Noir (remarquable ouvrage de M. Hervé Machenaud  ( Les Belles Lettres)  « C’est ainsi qu’avec les premiers froids de l’hiver 2016 et l’indisponibilité d’un certain nombre de centrales nucléaires, les prix ont beaucoup monté en Europe , en particulier sous l(effet des importations réalisées par EDF. . Les concurrents d’EDF se précipitent sur son électricité nucléaire titre Le Figaro du premier décembre. Pourquoi se gêneraient-ils ? Acheter 42 euros un MWh qu’ils vont revendre (éventuellement à EDF) 70 euros n’est-il pas tentant ?... Un monde de fous ! « Obliger EDF à vendre à ses concurrents à 42 euros le MWh risque de peser sur sa rentabilité  déclare Paul Marty, analyste chez Moody’s.

Exemple par l’absurde : le premier janvier 2018, il faisait relativement bon, il y avait du vent. Production très importante éolienne en France et en Europe, sauf qu’il n’ y avait aucun besoin industriel et peu de vesoin domestique. Résultat sur le marché  l’électricité était achetée à 82 euros le MW par EDF (prix garantis Cochet oblige) et vendue à -15 euros ! le MW, ce qui coûte aux Français 97 euros le Mw ! Le lobby des margoulins de l’éolien remercie bien l’Europe et les Verts !

Le lourd bilan des paquets précédents :  la privatisation des barrages hydroélectriques.

Donc la Commission Européenne  a décidé d’imposer la concurrence sur l’énergie hydroélectrique. Pourtant, il s’agit d’un marché naturellement limité et concernant des ressources publiques – 1) on ne peut pas construire autant de barrages que l’on veut. 2) C’est une industrie où la sécurité est primordiale et le profit ne peut être le seul moteur – les barrages ont tué plus que le nucléaires. 3) C’est un secteur qui a été relativement négligé ces dernières années et qui nécessite de gros investissements.
Eh bien, rien n’ y fait, et la très redoutable et rigide  Commissaire à la Concurrence, Margareth Vestager a expédié en novembre 2015 un véritable missile : « La Commission considère que les mesures par lesquelles les autorités françaises ont attribué à EDF et maintenu à son bénéfice l’essentiel des concessions hydroélectriques en France sont incompatibles avec l’article 106 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne ». A l’inverse de ce pays socialo-bolchevik, qu’est la Suisse, qui défend et investit généreusement dans son service public d’Etat de l’électricité hydraulique, l’Europe nous impose un bradage et une dégradation de l’hydroélectrique. Inquiets, révoltés, déboussolés, les hydrauliciens  d’EDF ont fait, coup sur coup, deux grèves très suivies, dans une indifférence  assez générale (plus de 60% de grévistes)
L’énergie est trop sérieuse pour être abandonnée au marché, surtout si l’on veut respecter les objectifs de la COP21. EDF doit pouvoir rester un champion de l’hydraulique en France et à l’étranger

La folie de la secte libérale de l’Eurokom

C’est donc une concurrence non pas normale, mais de nature parasitaire, qu’a mis en place la folle  politique européenne de libéralisation de l’énergie. C’est une recette infaillible vers la catastrophe économique et sociale. Il suffisait de savoir comment a tourné la déréglementation de l’électricité en Californie en 1990 ; en moins de dix ans, elle a provoqué une catastrophe nécessitant la fin de l’expérience, avec de nombreuses pannes, des prix en hausse et un parc de production fortement dégradé. Pourquoi ? Les producteurs privés n’ont eu aucun intérêt à des investissements lourds pour maintenir ou améliorer la production et la distribution de l’électricité… puisqu’il leur suffisait de vendre de plus en plus cher une électricité de moins en moins abondante !

Toutes les caractéristiques, toutes, absolument toutes, du « marché » de l’électricité : produit non stockable, besoin d’adaptation immédiate à la demande, lourds investissements et grande intensité capitalistique, garantie d’approvisionnement, garantie absolue de sécurité, égalité des clients et des territoires, besoin essentiel de l’industrie et des particuliers pointent vers ceci : le marché de l’électricité n’est pas un marché comme les autres, il ne  peut pas, quant à son cœur de métier, être libéralisé.

Mais la secte libérale de l’Eurokom ne veut rien entendre et met le paquet vers toujours plus de libéralisation. Il faut les arrêter, et sortir de cette Europe-là.

Quelques commentaires du rapport sénatorial (Rapport n°435 de la Commission des Affaires économiques- très instructif sur le mode de gouvernement de l’Eurokom.

« Le dogme selon lequel le marché pur serait gage d’harmonie absolue pour tous les consommateurs, les producteurs et les territoires inspire largement les textes. Le passage de compétences en principe partagées entre l’état et l’UE à une compétence européenne quasi exclusive se fait sentir sur un certain nombre de points. L’utilisation excessive des normes et règlements au détriment d’une ambition politique est évidente. »

« On regrettera cependant qu’un tel volume (5000 pages), en partie justifié par la technicité des sujets abordés, rende malgré tout difficile son appropriation par les citoyens. J’ajoute que cela fait déjà presque trois mois que les textes ont été présentés et que de nombreux volets ne sont pour autant toujours pas traduits en français !
L’électricité est un bien de première nécessité, ce que la Commission européenne semble oublier… »

« En matière de compétence européenne sur l’énergie, nous sommes passés d’une compétence partagée à une compétence imposée ! »

« Toute évaluation de la politique européenne, et en particulier, un bilan indépendant de la Commission des étapes précédentes de la politique de libéralisation de l’énergie s’avère impossible à obtenir : « Mon intention était que la Commission européenne nous fournisse un rapport avec des chiffres sur longue période, couvrant l’ensemble de l’Europe, pour comparer les objectifs initiaux et les résultats de la construction du marché intérieur de l’électricité. »
Ce dernier texte était une proposition d’amendement de M.  Montaugé, sénateur socialiste. Refusé car impossible : la Commission ne fournit aucune évaluation de ses politiques

Il y a comme un petit problème, non ?????



samedi 25 août 2018

Grandes manœuvres autour du service public de l’électricité ou comment le lobby libéral désinforme


Les tarifs réglementés validés par le Conseil d’Etat :


Le 18 mai 2018, le Conseil d’Etat français validait le principe des tarifs réglementés de l’électricité. Ces tarifs étaient attaqués par Engie et d’autres fournisseurs d’électricité au motif qu’ils allaient à l’encontre des Directives européennes sur la libéralisation du marché de l’électricité et la libre concurrence. Les raisons invoquées par le Conseil d4Eta sont les suivantes :

Le Conseil d’Etat « estime que l’entrave que constitue la réglementation des prix de vente de l’électricité est justifiée, dans un contexte de forte volatilité et s’agissant d’une énergie non substituable constituant un bien de première nécessité, par la poursuite de l’objectif de garantir aux consommateurs un prix de l’électricité plus stable que les prix de marché. Ce seul objectif suffisant à justifier une entrave à la concurrence au regard du droit de l’Union européenne ». Le Conseil d’État « juge ensuite que cet objectif de stabilité des prix ne pourrait être atteint par une intervention étatique moins contraignante qu’une régulation générale du prix de vente au détail de l’électricité. La forte volatilité qui caractérise le marché de l’électricité est en effet due à des facteurs multiples et difficiles à anticiper, et elle est susceptible de se répercuter à tout moment sur les prix du marché de détail. En outre, les offres à prix fixe sur deux ou trois ans qui sont proposées aux consommateurs sont le plus souvent indexées sur les tarifs réglementés, qui permettent d’offrir une visibilité de long terme. Dans ces conditions, la suppression des tarifs réglementés risquerait d’entraîner une volatilité des prix qui ne pourrait être encadrée de manière appropriée par des mesures temporaires.

Autrement dit, il s‘agit, concernant un bien essentiel non substituable, de protéger les consommateurs contre des offres de margoulins proposant de l’électricité pas chère lorsqu’on en a pas besoin, et des prix qui s’envolent…lorsque vous en avez vraiment besoin.

Merci au Conseil d’Etat qui ne nous avait pas habitué à contrer ainsi  la doxa libérale et européenne.

Les fédérations syndicales de l’énergie, toutes unies, CFE-CGC et même CFDT compris, CGT, FO ont salué cet arrêt et rappelé la nécessité « de tirer les leçons de 20 années d'ouverture des marchés de l'énergie, bien de première nécessité ». Et ils ont appelé à la plus grande vigilance vis-à-vis du paquet énergie propre que la Commission Européenne veut imposer : « Il est nécessaire que le paquet "énergie propre" actuellement en discussion "ne perde pas de vue les questions de service public, de long terme, de sécurité énergétique et d'intérêt général qui sont trop souvent occultées par les logiques de concurrence et de marché ».

Le gros mensonge statistique : prix de l’électricité et coût du nucléaire

Cet arrêt du Conseil d’Etat a rendu fou furieux les idéologues de la libéralisation et ceux qui voudraient bien démanteler les services publics pour leur plus grand intérêt. Et ils se sont lancés dans le gros mensonge, le mensonge statistique.
Ainsi, la plupart des media ont en août fait des gros titres sur « le prix de l’électricité pour les ménages français est plus élevé que dans quinze pays de l'Union Européenne ». Mensonge ! Manipulation !

En fait, ce sont les familles de seize pays de l'UE, et non quinze, payent leur kWh moins chère qu'en France. Il s'agit pour la plupart des pays de l'Est européen additionnés de la Grèce. Les factures d'électricité conviennent à un niveau de vie nettement plus bas que chez nous. Une augmentation du prix du courant, il y a quelques années en Bulgarie a provoqué des émeutes et la chute du gouvernement.
Ces seize pays représentent moins de 140 millions d'habitants sur les 510 millions  de l'UE. Presque les 3/4 des Européens payent donc  leur courant plus cher qu'en France.
En particulier, l'Allemagne est désormais  le pays de l'Union Européenne où le kWh pour les ménages est le plus cher.: 30,48 centimes d'euros  (le double du prix français !!!) suivi par le Danemark (30,10).
 L'Allemagne,  le Danemark et l'Australie du Sud, ont les prix les plus élevés de l'électricité au monde, pour les nations avancées. Les parts des renouvelables intermittents (solaire et éolien) y sont aussi les plus élevées. Comme dit le média financier Forbes « Pourquoi les renouvelables si bon marché donnent-elles de l'électricité si chère? »

Ce qui nous conduit à la deuxième manipulation : l’attaque contre le nucléaire, cœur de la production française et du service public de l’électricité

En 2017, les ménages français  payaient leur kWh de 16 à 17% moins cher que la moyenne européenne. Mais en 2010, ils le payaient 31% moins cher. Que s'est-il passé ? Les taxes ont bondi, surtout du fait des aides aux renouvelables et représentent désormais 35% des factures. L'acheminement (transport et distribution, 30% des factures) a augmenté aussi. Désormais près du tiers  des investissements du transport sont dus, comme le dit excellemment notre Réseau de Transport d'Electricité (RTE) "à l'adaptation à la transition énergétique", bref en grande partie liée aux renouvelables.

Il est exact que la France perd progressivement ses prix attractifs dus au nucléaire. La raison n'est pas une perte de compétitivité de ce dernier, mais les aides aux renouvelables.

Et voilà brillamment démontré comment les media manipulent l’information.

Et cela s’explique très bien ; c’est que, au moins en Europe, même les libéraux les plus fous ne proposent pas de privatiser la production nucléaire, qui devient un vrai caillou dans leurs gros sabots ; d’où cette curieuse alliance des lobby libéraux et des bigots rétrogrades écolo et ces campagnes de presse incessantes.

Merci à Lionel Taccoen et à la Lettre "Géopolitique de l'Electricité" d’où est repris ce décodage indispensable. (sur www.geopolitique-electricite.com)

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samedi 9 juin 2018

Big Linky is watching you ! Linky Big Brother vous surveille


Derrière Linky, la fin du service public et des tarifs régulés pour l’électricité, et la libéralisation à outrance

Les compteurs Linky, dits « communicants  sont connectés à distance avec le système d’information d’Enedis par courant porteur en ligne (CPL) et par les réseaux téléphoniques. Linky sera relevé à distance, ce qui facilite la vie des consommateurs et d’Enedis, mais Linky est aussi censé profiter au consommateur en lui permettant de connaitre sa consommation, donc de mieux la maitriser, voire même dans le futur, de la contrôler à distance. En fait Linky permet une surveillance constante et intrusive de votre vie privée, le contrôle à distance de votre installation, un « effacement » quasi-immédiat, l’imposition de prix extravagants…

Avant même de profiter au consommateur, Linky est une bonne affaire pour Enedis. S’il est censément gratuit, son coût sera répertorié sur le tarif d'acheminement de l'électricité - un ou deux euros par mois sur la facture du consommateur. Dans son rapport du 7 février 2018, la Cour des comptes a critiqué le financement de Linky, estimant qu'il permettrait à ENEDIS de générer 500 millions de revenus lors du déploiement. La rémunération atteindrait 5,25% même en prenant en compte les éventuelles pénalités de retard qu'ENEDIS se verrait infliger s'il ne respecte pas le calendrier établi. Ajoutons que les économies d’énergie annoncées par ENEDIS-ERDF concernant Linky sont loin d’être avérées - L’Allemagne, l’Italie, la Belgique, le Québec sont en train de le constater.

Linky sera remplacé tous les 15/20 ans au lieu de 60 ans pour les compteurs actuels. 35 millions de compteurs en état de fonctionnement vont être jetés aux dépens de toute considération environnementale et économique. Conclusion de la Cour des Comptes : « Les gains que les compteurs peuvent apporter aux consommateurs sont encore insuffisants. Ce sont pourtant eux qui justifient l’importance de l’investissement réalisé. »

Alors, pourquoi tant de hâte, pourquoi la contrainte et l’obligation d’installation ?

Parce que derrière Linky, il y a la préparation de la libéralisation complète du marché de l’électricité, avec notamment, réclamé par le « paquet  » Européen , la fin des tarifs réglementés, qui servent de base tarifaire et surtout protègent les consommateurs contre les variations brutales de prix d’ un marché spot non régulé, d’autant que le paquet énergie de la Commission Européenne, très abusivement nommé « Clean Energy package », oblige aussi à mettre en place des tarifs dynamiques, qui, en gros permettront au consommateur d’acheter de l’énergie électrique pas chère quand il n’en a pas besoin… et de devoir la payer très cher (trente fois, quarante fois plus …) quand il en a vraiment besoins, grand froid hivernal, canicule d’été.

Alors là, oui, Linky se comprend, pour que le consommateur puisse aménager la pénurie et l’on comprend aussi pourquoi, si l‘on est attaché au service public de l’électricité, il faut s’opposer à l’obligation d’équipement en Linky.
Linky, c’est l’instrument obligé de l’ultra libéralisation du marché de l’électricité !

Linky, big brother : une surveillance intrusive vers un totalitarisme doux

Er ce n’est pas tout. Il suffit de lire les pages qu’Enedis consacre à Linky pour comprendre le reste.
 Linky est un compteur connecté. Le gestionnaire du réseau de distribution collecte les données de consommation électrique à chaque demi-heure. Or, ces informations permettent de déduire de nombreux éléments sur nos habitudes de vie : à quelle heure nous levons-nous et nous couchons-nous ? A quelle heure partons-nous et revenons-nous du travail ou de l'école ? Quand la maison est-elle occupée ? Quels appareils utilisons-nous et à quel moment de la journée ? Autant de questions susceptibles de flirter de trop près avec l'intimité des ménages. Avec Linky, votre gestionnaire de réseau saura  quel appareil est utilisé à un instant t. la CNIL a reconnu le problème dès 2013: « « Linky n’est pas sans risque au regard de la vie privée, tant au regard du nombre et du niveau de détail des données qu’ils permettent de collecter, que des problématiques qu’ils soulèvent en termes de sécurité et de confidentialité de ces données « 

Alors, à quoi servira Linky ? Eh bien Enedis annonce benoitement sur son site que, grâce à la plus imbécile des lois de transition énergétique qui puisse se concevoir,  nous devons nous préparer à  des pénuries d’électricité résultant de la réduction du nucléaire à 50% et à l’injection massive d’énergies renouvelables (éolien, solaire) non pilotables ( intermittentes- elles produisent quand elles veulent bien). Certes, ce n’est pas tout à fait dit comme cela, mais comme ceci : «la production devient plus rigide (avec une augmentation de l’injection d’électricité fatale) alors que la gestion dynamique de la demande permet de la rendre de plus en plus flexible »… , l’intégration de ces nouvelles énergies au sein du processus de production d’électricité n’est pas aisée, notamment du fait de leur caractère intermittent mais aussi du fait de la difficulté structurelle de l’électricité liée aux problématiques de stockage. Au regard de ces enjeux, l’utilisation des nouvelles technologies a vocation à faciliter l’équilibre entre l’offre et la demande d’énergie. »
  
 Vous avez le culot d’avoir froid en plein hiver, ou d’avoir un enfant malade, ou une personne âgée frileuse et fragile, qu’il faut protéger de toute infection ;  vous préférez les bains un peu chaud ; vous êtes un peu maniaque et vous ne supportez l’accumulation de linge ou de vaisselle sale ; vous êtes un fan de home cinema et de chaine stereo, les deux en même temps…et vos enfants de jeux videos.   Eh bien, si vous demandez plus que le gestionnaire de réseau est prêt à vous accorder, vous serez sanctionné par des prix extravagants ; et si en plus, pas de bol, un bel anticyclone sibérien s’est établi sans une once de vent, et vous persistez à vouloir prendre un bain chaud, ou un thé brûlant accompagné de tartines grillées – ou à cuire une dinde… alors là, vous êtes carrément un mauvais citoyen et Linky pourra vous « effacer » : plus rien, que dal d’électrons.

Ce sera, au nom bien sûr de la préservation de la Planète, au nom de la citoyenneté responsable ou autre, un totalitarisme doux d’un nouveau genre qui s’installera et que permettra Linky. Chacune de vos actions, chacun de vos comportements, dans  votre propre domicile, sera connu, enregistré, suivi en distance pratiquement en temps réel.  Linky vous catégorisera, vous délivrera une note de citoyenneté énergétique, vous sanctionnera au besoin, voire vous effacera, vous rayant de la liste des citoyens énergétiques méritants.

Conclusion 1 : c’est bien la peine de s’épouvanter de l’intensification de la reconnaissance faciale en Chine et du système de « crédit social » que le gouvernement chinois rêve de mettre en place ( compte-tenu d’un certain goût chinois pour l’anarchie spontanée, c’est pas gagné- allez-voir ce film superbe – Les anges vivent en blanc ») ; nous sommes, dans l’indifférence générale en train de mettre en place un système équivalent

Conclusion 2 : Au moment où l’on annonce à grands sons de trompe une loi « européenne » ! sur la protection des données personnelles (un croquemitaine harassant pour des millions de petites entreprises, un boulevard pour les Gafas), il est assez paradoxal d’imposer Linky sans que les citoyens ne sachent clairement quelles données seront connectées, lesquelles pourront techniquement être collectées, quels usages pourra le gestionnaire techniquement en faire, quels usages seront légalement autorisés, y-aura-t-il toujours des tarifs régulés, quelles variations tarifaires seront autorisées et dans quels délais, quelles règles pour effacer votre Linky, quel délai..).
Il faut au moins un moratoire pour que ces questions fassent l’objet d’une information loyale et d’un large débat ;

Conclusion 3 : il est possible de s’opposer à Linky, soit passivement, soit activement, en particulier en passant par vos maires – ce sont semble-t-il eux qui sont propriétaires des compteurs. Plus de 500 Communes ont pris des arrêtés interdisant le déploiement de Linky – la situation est évolutive au gré des arrêtés et de leur devenir judiciaire- dont, Caen, Grenoble,  Nicolas Dupont-Aignant à Yerres….

On peut aussi signer une pétition, l’une des plus convaincantes et des plus simples est celle-ci : https://www.petitions24.net/contre_le_deploiement_du_linky#sign