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vendredi 23 mars 2018

Illibéral a-t-il dit ?

M. Macron et un certain nombre d’intellectuels critiquent les régimes « populistes » comme ceux de M. Orban en Hongrie, la cible préférée, mais aussi la Tchéquie, la Pologne, le Danemark, peut-être bientôt l’Autriche et l’Italie ensuite en les qualifiant de démocraties (certes ! ) mais « illibérales » !

De qui se moquent-ils ?

C’est pas illibéral de systématiquement couper court aux débats et aux concertations en commençant d’emblée toute réforme par la menace d’un recours aux ordonnances, des ordonnances que l’on signera fièrement au bureau présidentiel, comme Donald Trump ( un grand libéral !

C’est pas illibéral d’avoir des présidents de groupes politiques ou parlementaires élus à l’unanimité, par acclamations, après que l’instance chargée de les élire ait unanimement accepté de renoncer à un vote secret ? ( Vive les Soviets !)

C’est pas illibéral un groupe parlementaire possédant une majorité écrasante qui ne reflète nullement la composition politique du pays réel, un groupe au surplus de super-godillots obéissant à la baguette gouvernementale, auquel on refuse toute expression libre ? (Mieux que les godillots, Vive les croquenots)

C’est pas illibéral, comme si tout cela ne suffisait pas, de vouloir en plus remettre en cause au parlement le droit d’amendements ?

C’est pas illibéral de discréditer tous les pouvoirs intermédiaires, et par exemple de dénier aux syndicats la représentation d’une partie de l’intérêt général, de dynamiter toutes les institutions paritaires par l’intervention de l’Etat ?

C’est pas illibéral d’intervenir dans le choix libre d’historiens de décider qui et quoi commémorer (et non célébrer !), au point, dans un dernier réflexe d’honneur et de liberté  d’entrainer la démission de dix des douze membre du Comité des Commémoration nationales (Vive l’histoire dont on peut effacer des personnages)

C’est pas illibéral de soutenir un gouvernement (espagnol) qui organise des élections (en Catalogne) où ses adversaires politiques principaux sont soit en prison, soit en exil (Poutine fait-il pire !)

C’est pas illibéral de vouloir faire voter à marche forcée une nouvelle  loi réprimant les fake news alors qu’il existe déjà dans la législation française , depuis  la loi du 29 juillet 1881  un délit de diffusion de fausse nouvelle ou de fausses informations ( mais il est vrai que la jurispridence insiste sur le fait que le ministère publique doit démontrer la mauvaise foi de l’auteur de la fausse nouvelle et que le doute profite au prévenu- c’est ça qui gène ?)

C’est pas illibéral cette loi déposée en catimini et en urgence par des députés En Marche, transcription d’une directive européenne sur le secret des affaires et qui menace de sanctions pénales et financières très dissuasives quiconque divulgue des informations non connue ou pas aisément accessible à des personnes extérieures à l’entreprise ; qui ont une valeur commerciale parce qu’elles sont  secrètes ; qui ont fait l’objet de mesures de protection raisonnables de la part de l’entreprise. C’était bien la peine de glorifier et de voter quelques mesurettes en faveur des lanceurs d’alertes, sans lesquels nombres des scandales financiers (luxleaks, HSBC, Panama leaks) seraient resté ignorés.

 Les journalistes dit-on ne sont pas concernés, mais que feront-il sans sources ? Et puis la tendance a déjà été donnée par cette action de Conforama qui a obtenu de la justice le retrait d’un article du journal Challenge sur ses difficultés financières- une décision qui a même fait sortit de ses gonds le très placide Dominique Seux sur France Inter.

Mais on voit bien ainsi ce qui est important pour ces gens-là. Et si l’on peut se demander pourquoi ces adeptes,  ces serviteurs, de la secte ultralibérale devient ainsi très illibéraux, c’est justement parce qu’ils sont une secte qui ne veut ou ne peut même plus voir à quel point leur idéologie est déconnectée de la réalité.

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dimanche 5 mars 2017

Vous avez aimé Moi, Daniel Blake ? Votez Macron

Un acharnement antisyndical inédit

S’il y a une constante dans l’action de Macron, et qui explique sa popularité parmi le patronat le plus hostile à la régulation sociale, c’est sa volonté d’affaiblir voire même de supprimer les syndicats, ces corps intermédiaires bien embêtants qui empêchent les capitalistes si bien intentionnés de façonner la société à leurs besoins. C’était déjà bien l’intention de la loi travail, lorsqu’elle privilégie les accords d’entreprise aux accords de branche, laissant des salariés atomisés, privés de la force que peut amener une confédération syndicale.   Le programme qu’il a exposé sur les retraites et sur  l’assurance chômage met fin brutalement au paritarisme et va en pratique vers la suppression des syndicats.
Sur les retraites, à en croire son interview dans Le Parisien et ce qu'il a dit lors de sa conférence de presse de présentation de son programme ce jeudi matin, Emmanuel Macron veut créer «un vrai système universel de retraite» où «1 euro versé pour cotisation ouvrira droit aux mêmes droits» quels que soient le secteur, la catégorie ou le statut. «Les règles seront les mêmes pour tous les régimes, explique-t-il. Ce sera la vraie fin des inégalités entre fonctionnaires et salariés du privé». Merveilleuse et sympathique justice ! Sauf que ces « inégalités » (tiens, en passant, pourquoi dénonce-t-on toujours les inégalités en visant de pseudo-privilégiés dont on veut abolir les pseudo-privilèges plutôt que d’aligner tout le monde sur le statut le plus favorable ?)  ces inégalités sont le produit de carrières, de sujétions, d’histoires très différentes, de compromis passés justement entre les syndicats et les employeurs pour régler des situations spécifiques. Le régime de retraite va basculer entièrement dans un système étatisé, ou ni syndicats, ni patrons n’auront leur mot à dire. Ce n’est pas un progrès. C’est une régression.
Et ne parlons même pas de la faisabilité- et il semble bien que le financier Macron parle sans expérience ni de la fonction publique, ni de l’industrie. En ce qui concerne par exemple les retraites de la fonction publique, il est impossible aujourd'hui de retracer la carrière des fonctionnaires au-delà de 5 ans en arrière car les données n'existent pas et sont détruites - c'est pour cela que les pensions sont calculées sur les 6 derniers mois de traitement, et non sur les 25 meilleures années comme dans le privé.  Se pose également la question de l'intégration des primes des fonctionnaires dans le salaire de référence  des primes  qui peuvent varier du simple au triple et représenter dans certains cas la moitié du traitement. Quand un régime plus généreux se rapproche du régime général, il paie une soulte à la CNAV et, en ce qui concerne les fonctionnaires la soulte représenterait des dizaines de milliards d’euros et serait financée par... les contribuables. L’alignement de la retraite des « privilégiés » de fonctionnaire va coûter très très cher !

Assurance chômage – vers l’étatisation, puis  la privatisation

Sur l'assurance-chômage, c'est la même chose, peu ou prou. M. Macron propose «un changement de philosophie complet» en sortant d'un système financé par les cotisations «pour aller vers un système universel financé par l'impôt et ouvert aux entrepreneurs, aux agriculteurs, aux indépendants, aux professions libérales. Et aussi aux salariés qui démissionnent, dans la limite d'une fois tous les cinq ans». Vous et moi avons chèrement, et en ce qui me concerne longtemps, cotisé à une assurance-retraite qui nous garantissait, en cas de chômage- de disposer pendant un certain temps d’un revenu de remplacement lié à mon ancien salaire. Dans le système étatisé de M. Macron, selon ses premiers projets,  ce ne sera plus le cas, et le revenu de remplacement …sera remplacé par des allocations minimales qui permettront une survie minimale. Pour les salariés en activité, c’est purement et simplement du vol ! Et le système sera plus restrictif  qu’actuellement, car, à supposer que vous puissiez vivre avec votre allocation minimale, celle-ci même vous sera coupée si vous refusez deux offres d’emploi crédibles !
L’Etatisation du système d’assurance chômage ne tardera pas à faire regretter le bon vieux temps du Paritarisme –, le bon temps des négos entre l’UIMM et la CGT- qui feraient bien de s’entendre rapidement sur une réforme de l‘assurance chômage avant la présidentielle, sauvant le paritarisme avant l’étatisation.
Mais bien sûr, il y a encore pire ! Car enfin, dans deux, trois quatre, ans, l‘Etat s’apercevra qu’il ne peut pas et ne sait pas gérer l’assurance chômage étatisée. Alors, il la privatisera et nous nous retrouverons dans l’état de Daniel Blake, le héros du dernier chef d’œuvre de Ken Loach, et de ces milliers de travailleurs anglais, gravement malade que l’assurance chômage privatisée contraint à rechercher un travail et qui en meurent !

En Marche, à rebours !


Oui, vous avez aimé Daniel Blake ? Votez Macron. Et rappelons qu’il y a un sens du progrès, celui qui va de la création de syndicats d’entreprises vers les fédérations de branches professionnelles, puis vers les Confédérations nationales, puis vers des confédérations syndicales au sein d’un espace économique commun ( les fédérations européennes), et enfin les fédérations internationales qui permettent d’éviter la surexploitation des travailleurs des pays pauvres. Et un sens rétrograde, inverse, qui atomise les travailleurs et ôtent toute efficacité à leurs organisations jusqu’à les rendre inutiles et les faire disparaître. C’est vers cela que Macron est en marche !