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vendredi 8 mars 2024

L’Eolien en mer en façade NAMO : le choc des cartes, les premières réactions

La CNDP vient de publier enfin la dernière carte des zones « propices » au développement de l’éolien en mer, celle de la façade NAMO  : la carte peut être trouvée au lien suivant (https://www.debatpublic.fr/sites/default/files/2024-03/Carte-de-propositions-de-l-Etat-zones-propices-eolien-en-mer-Bretagne%E2%80%93Pays-de-la-Loire.pdf) et la fiche explicative ici https://www.debatpublic.fr/sites/default/files/2024-03/Fiche-explicative-de-la-carte-de-proposition-zones-propices-eolien-en-mer-de-l-Etat-Bretagne-Pays-de-Loire.pdf

Réaction des élus :

Christelle Morançais, présidente de la région Pays de la Loire : « En prévoyant de publier, sans aucune consultation préalable, la cartographie des « zones favorables à l'éolien en mer » pour notre façade maritime, l’Etat exacerbe inutilement les oppositions locales et envenime un débat public déjà très mal engagé. ! »Pourtant de ^puis de longs mois, j’alerte le gouvernement sur la nécessité de bâtir un concertation approfondie avec les élus du littoral et les pêcheurs… En l'état, la cartographie soumise au débat public ne peut être reçue autrement que comme une provocation »

Yannick Moreau, maire des Sables d'Olonne : « Au vu des cartes présentées ce midi par le préfet maritime au nom de l’Etat, il apparaît que le gouvernement se moque clairement de l’avis des élues vendéens , comme il se moque manifestement du « Grand Debat » qu’il a initié sur la « planification maritime », puisqu’il choisit délibérément de dévoiler les cartes de projets éoliens dix jours après l’organisation publique du débat vendéen. …Positionner une nouvelle aire propice, synonyme d’un futur parc éolien posé d’ici à 2035, à 15 kilomètres des Sables-d’Olonne et de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, et à 24 km de Talmont-Saint-Hilaire est pour nous parfaitement inacceptable ». Les élus du littoral vendéen ne se laisseront pas faire. Aucune politique publique maritime d’ampleur ne pourrait réussir contre l’avis des élus et populations littoraux. »

François Blanchet, maire de Saint-Gilles-Croix de Vie et Bruno Retailleau, sénateur de la Vendée et Conseiller régional des Pays de la Loire : « Depuis le 20 novembre 2023, soit il y a presque 4 mois, le débat public sur la planification maritime et l’éolien en mer se tient sans avoir la carte relative aux zones d’implantation des futurs parcs éoliens offshore sur notre façade maritime malgré nos nombreuses demandes.

Elle a enfin été présentée aujourd’hui à 13h dans une réunion convoquée 36 heures avant sa tenue… Nous dénonçons donc cette méthode !

L’Etat nous a indiqué continuer le débat avec ces nouveaux éléments, mais pour nous le débat est truqué et la confiance rompue. Pourquoi cette carte est-elle présentée seulement maintenant alors que des travaux sur ce sujet ont été réalisés ces derniers mois en sous-marin ?

Nous sommes donc très inquiets car le drame que nous pressentions pour notre territoire se confirme et la colère monte en Vendée… Nos pêcheurs notamment vont en subir les conséquences, eux qui subissent déjà les quotas et un mois sans activité.

Si nous devions entamer une discussion autour d’un nouveau parc en Vendée, il faudrait que les conditions suivantes soient remplies : une juste répartition de l’effort sur les autres territoires, un parc flottant et non visible sans aucun impact pour la pêche.»

Annick Billon, sénatrice de la Vendée : « Je ne comprends pas que cette carte ait pu nous être soumise tant certains zonages frôlent l’indécence. À la réalité technique d’une zone propice se confronte la capacité des élus du littoral, des professionnels de la mer, de citoyens qui y vivent et y travaillent à accepter de nouveaux parcs éoliens en mer dans leur quotidien ».Bien que consciente de l’urgence à développer les énergies renouvelables, la sénatrice insiste sur « l’impérieuse nécessité de soumettre des projets réalistes qui peuvent supposer l’acceptation d’une majorité. Nous n’avons pas de temps ni d’énergie à gaspiller pour nous opposer à des propositions vouées à l’échec ».

Sources : https://www.lereportersablais.com/les-sables-dolonne-vendee-pays-de-la-loire-projet-deoliennes-en-mer-vague-intense-de-reprobations/

Et en Bretagne ? A ce jour( 08 mars) la seule réaction est celle de M. Loïg Chesnais-Girard, le président de la région Bretagne, d’une mollesse insigne :  Notre CRML (Conférence régionale de la mer et du littoral aura à se prononcer sur les zones d’implantation des futurs parcs, afin de respecter les attentes des différents acteurs. Cette concertation est la condition fondamentale de l’acceptabilité des énergies marines renouvelables en Bretagne… le développement des énergies marines, de la pêche professionnelle et la protection de la biodiversité doivent être mis au même niveau dans le cadre de la planification maritime en cours. Indigne

Pourtant, c’est vraiment Belle-Île avec une extension de Bretagne -Sud et une nouvelle zone industrielle éolienne gigantesque potentielle de 2200 km2 à moins de trente km au sud-ouest,  Belle-Île sacrifiée et dont le nom ne sera plus jamais qu’un mensonge ; C’est Saint-Nazaire- Guérande doublé ou triplé, c’est toute le Bretagne-Nord de Morlaix à Saint-Brieuc corsetée de la grande barrière d’éolienne à 30 km du littoral. Le littoral breton défiguré !

Par ailleurs, PIEBÎEM rappelle son opposition à ce programme éolien insensé de 45 GW d’intérêt climatique nul dans le contexte français, dangereux pour la sécurité d‘alimentation électrique, économiquement et socialement insoutenable, avec des promesses fallacieuses d’emploi et de fortes dépendances étrangères, mettant en péril des activités comme la pêche côtière artisanale, le nautisme, le tourisme et ravageur pour nos paysages littoraux et leur riche biodiversité.

https://lemarin.ouest-france.fr/energie/energies-marines/des-tensions-autour-de-la-carte-de-letat-pour-leolien-en-mer-en-bretagne-et-pays-de-la-loire-7b6d40be-dc69-11ee-97c7-e4301a9e69a2

Réactions des associations :

 Défense de la Mer lien http://www.prosimar.org/DLM.htm : « On remarque immédiatement les projets d’extension, dont celui de la Centrale éolienne du Banc de Guérande. DLM en son temps (2010-2011) avait dénoncé cette localisation sur ce riche banc rocheux, sans la moindre étude d’impact ! DLM, dans le contexte d’alors, avait demandé de reculer le projet dans la zone propice pour bénéficier de fonds moins riches en biodiversité, plus réguliers mais légèrement plus profonds : pour des raisons purement administratives, contre l’avis des experts, l’Etat s’y était refusé ! L’extension du projet était-elle déjà dans les esprits ? L’implantation de dizaines, voire d’une centaine d’éoliennes de plus de 250m de haut, derrière celles existantes de 180m, va multiplier les barreaux sur l’horizon depuis le littoral de St Gildas jusqu’à Piriac… Quand nos élus prendront-ils conscience que l’éolien en mer n’apporte rien à la France, sur les plans énergétique, économique et écologique ? »

NENY Non aux Eoliennes entre Noirmoutier et Yeu (https://www.neny-stop-offshore.com/) :b« Notre association vient de découvrir ce mercredi 6 mars 2024 avec une immense stupeur la cartographie des zones propice au développement de l’éolien en mer à l’horizon 10 ans et horizon 2050 pour le littoral vendéen. Cette carte a été dévoilée aux élus par le Préfet maritime au nom de l’Etat lors d’une réunion en Préfecture de Région.

Elle montre des scénarios de développement de l’éolien en mer absolument consternants qui ne peuvent que susciter qu’une immense colère de la part de tous les vendéens.

L’île d’Yeu, joyau du littoral vendéen dont l’exceptionnelle beauté de ses côtes classées au titre des sites est rappelée dans les fiches thématiques de la CNDP (4), se retrouverait ainsi cernée de toute part, au nord comme au sud par deux gigantesques parcs éoliens, à seulement 10-15 km .

Il est bien évident que de telles propositions sont absolument INACCEPTABLES.

Tout comme les élus nous dénonçons tout d’abord la méthode de l’Etat qui a choisi délibérément de dévoiler sa cartographie après l'organisation du débat public en Vendée. »









mardi 4 juillet 2023

Réunion de suivi du projet AO5 (Erdeven, 27juin 2023) : Non à l'atterrage à Erdeven

 Non à l’éolien au large de Belle-Île en Mer et à son raccordement sous les mégalithes.

Après cette dernière réunion de suivi du projet AO5, PIEBÎEM  a fait savoir qu'il était  désolé de constater que, visiblement, l’affaire des menhirs broyés de Carnac n’a pas servi de leçon ! La réunion d’Erdeven, où PIEBIEM était représénté  , a confirmé que RTE n’envisageait aucune modification de ses projets de forage « dirigé » sous le champ de mégalithes d’Erdeven. Rappelons qu’un forage dirigé n’est en fait qu’un forage horizontal effectué sous haute pression en utilisant des fluides de forages injectés pour ameublir le sol.

Il n’y aurait donc pas de fouilles préventives de l’INRAP, mais un simple diagnostic archéologique à la suite duquel l’INRAP « dira à RTE où passer » (comment ?). Lors de la réunion a été annoncé un forage à 1m50 (!) de profondeur, alors que RTE s’était vanté de pouvoir forer sans problème à 5 ou 10 mètres – erreur ou changement de stratégie ? Enfin, nous avons appris que la possibilité, mise en avant au début du projet et qui avait fait l’objet d’une quasi promesse, de faire passer l’atterrage le long de la voie ferrée (le « tire-bouchon ») n’est plus envisagée, non en raison de considérations techniques ou de coût, mais parce que les calendriers d’investissement de la SCNF et de RTE (visiblement très pressé de commencer son chantier de façon à rendre le projet plus difficile à annuler) ne seraient pas compatibles !

PIEBÎEM s’est indigné de ce mépris pour un patrimoine culturel et historique unique dans l’histoire de l’humanité remontant à plus de 4000 ans et rappelle que figurent dans ses statuts la préservation des patrimoines naturels, historiques et/ou archéologiques qui font la spécificité de nos territoires. Au-delà, nous refusons l’industrialisation à marche forcée de l’espace maritime côtier morbihannais et la destruction de plus de 100 ans d’effort de protection d’un littoral dont la beauté a inspiré de nombreux artistes, attire de nombreux visiteurs et représente un patrimoine immatériel d’émotions, de beauté, de liberté, d’histoire.


Au surplus, cette forme de profanation tranquille et assumée ne peut être nullement justifiée par des projets éoliens climatiquement inopérants, économiquement néfastes, électriquement ineptes, et écologiquement destructeurs. Quand le pays s’apprête à relancer d’autres sources d’énergies autrement plus puissantes et écologiques comme l’hydraulique et le nucléaire et la géothermie, un moratoire sur l’éolien en mer en Sud Bretagne s’impose.

Un projet qui n'a jamais été approuvé...malgré ce que dit la CNDP

Parmi les autres points mis en avant lors de cette réunion,  certains participants, dont des représentants de PIEBÎEM, ont rappelé à juste titre que l’opinion publique n’a jamais été sollicitée sur l’opportunité du projet, mais seulement sur ses modes de réalisation, et que la CNDP, certes dans la période difficile du Covid, a gravement échoué dans ses responsabilités d’organisation d’un débat ouvert et libre et même dans sa mission d’information (aucun des participants n’a eu en main un des 110.000 dossiers de présentation distribués, ni même n’en a eu connaissance). Enfin le projet apparait modifié et même singulièrement aggravé, puisque l’on parle maintenant d’aérogénérateurs de 12 à 15 MW de 300 m de hauteur, situé à 19 km de la côte sauvage de Belle-Île avec une visibilité de 92% d’après les propres services de l’Etat !

Il faut encore dénoncer l’argument répété a satiété mais qui n’en est pas moins faux, des 1,3 millions d’habitants dont la consommation (hors chauffage) serait couverte par la zone industrielle éolienne, alors que celle-ci n’a un facteur de charge d’au mieux 40% et que sa production est totalement décorrélée de la demande- l’électricité est produite quand il y a du vent et pas quand les habitants en ont besoin ; ainsi que les promesses fallacieuses d’emplois et de retombées positives. En Ecosse, l’éolien off shore n’a fourni qu’un dixième des emplois  promis il y a dix ans par les dirigeants écossais (3100 au lieu de 30.000) et le patron du principal syndicat du secteur a dénoncé «  l’incapacité à créer et à protéger des emplois d’ingénieurs pendant la transition vers les énergies renouvelables » qu’il a qualifiée de « honte nationale »[1]. Enfin, rappelons que les règles de l’UE ne permettent pas de réserver des emplois pour les locaux… Il y a dans ces éléments de propagande inlassablement répétés un certain mépris des auditeurs qui se sont déplacés pour s’informer et des Bretons en général.

Enfin, notons l’aveu de M. Daniel Cueff selon lequel le développement de l’éolien off shore en Bretagne est un choix politique visant à exclure tout projet nucléaire. Vice-président Mer et littoral de la Région Bretagne, il aura été l’un des plus grands destructeurs de ce qu’il était censé protéger, au nom d’une idéologie démentie par les faits. Au surplus, aucun des grands réacteurs nucléaires en discussion n’est localisé en Bretagne, et les sites candidats ne manquent pas, y compris en région Loire Atlantique- Aquitaine.

Rappelons enfin qu’après Bretagne sud, les premiers éléments de planification dévoilés par le gouvernement prévoient le long des côtes bretonnes 25 GW soit plus d’une trentaine de zones industrielles éoliennes off shore de tailles équivalentes à Bretagne Sud. De ce programme insensé, il faudra bien débattre, et PIEBÎEM entend porter ce débat devant l’opinion publique et agir pour que soit préservée l’identité environnementale, culturelle, historique de la Bretagne et son ouverture vers un grand large non barré d’éoliennes

NB l ce texte n'engage que son auteur, Eric sartori 

jeudi 25 mai 2023

Quelques petits problèmes sur la consultation CNDP Débat Penly

 Certaines voix (et certaines vraiment inattendues) semblent mettre en cause l’attitude des pronucléaires dans  le debat Penly de la CNDP, à propos de la programmation de 6 EPR2. Alors, on refait, non pas le match ( c’est fichu et bien saboté !), mais le point.



1) Les déclarations de Chantal  Jouanno  avant et au début du débat

Le Monde , 18 octobre

« Faut-il blâmer le public qui a constaté que les enseignements du débat de 2005 avaient été ignorés dans la loi du 28 juin 2006 sur la gestion des matières et déchets radioactifs, qui écartait toute autre solution que l’enfouissement en couches géologiques profondes ? Ou ne faudrait-il pas plutôt pointer du doigt les responsables politiques qui sont restés sourds aux enseignements du débat public ? »

« Le débat public de 2005 sur la gestion des déchets radioactifs a démontré que le seul compromis possible pour traiter les déchets radioactifs était de maintenir ouvertes toutes les solutions possibles, et pas uniquement l’enfouissement en couches géologiques

« Le débat public n’est plus une succession de grandes réunions où la parole est séquestrée par les plus forts »

Or, le débat public sur les déchets (PNMGDR)  a été un échec. De multiples réunions ont été profondément perturbées, celle de Lille, la plus centrale,  a dû être annulée . Et les affirmations ci-dessus sont essentiellement fausses

Interview  dans le très antinucléaire Reporterre, 17 janvier 2023

 « En raison de frais financiers plus lourds sur l’investissement nucléaire, les sources renouvelables sont beaucoup plus intéressantes que les EPR. »

Le moins qu’on puisse dire est que ces déclarations pouvaient inquiéter sur l’impartialité de la CNDP et la qualité du débat qu’elle organisait. Les militants du Voix du Nucléaire qui ont alerté sur les réseaux sociaux étaient parfaitement fondés à le faire. Pour ma part, je considère que Mme  Jouanno aurait dû démissionner. 

Et déjà se met en évidence un défaut majeur de la CNDP, sur laquelle elle ne veut rien entendre : la connaissance scientifique n’est qu’une opinion parmi d’autres.

2) Pour la CNDP, seules les organisations militantes antinucléaires sont légitimes ?

Comme organisations militantes, seules les organisations militantes antinucléaires (Negawatt, Greenpeace, Sortir du nucléaire, RAC , Global Chance), étaient invités par la CNPD. Ni Les Voix du Nucléaire, ni Patrimoine nucléaire et climat, ni Sauvons le climat, ni le Cérémé, ni Ecologistes pour le Nucléaire, etc.  n’étaient  invités. Ni d’ailleurs des autorités scientifiques indépendantes comme l’Académie des Sciences et l’Académie des Technologies qui se sont exprimées clairement sur le sujet.

Il a fallu beaucoup insister, mais de manière très officielle et très correcte, pour que les Voix du Nucléaire puissent intervenir, et en  "portion » très  congrue par rapport aux organisations anti nuc. (on doit pouvoir trouver des décomptes)

Ceci pose d'ailleurs un vrai problème :  alors que l'opinion française est majoritairement favorable au nucléaire, n’est-ce pas accorder un poids excessif à un point de vue minoritaire mais très militant, ce qui fausse le débat ?

De façon plus générale, au sein de beaucoup d’instances officielles, cette visibilité, cette surreprésentation accordée à certaines ONG au détriment d’autres ou de partenaires plus institutionnels a  été critiquée par certains syndicats lors de la Commission Schellenberger ( réunion n°30, 25 janvier 2023)

Le caractère déséquilibré  des invités et des interventions au profit d'organisations antinucléaires a pour effet que le débat devient une source  de  fake news ahurissantes comme l'eau de refroidissement des centrales restituée "dans des conditions de dégradation impossibles" qui ne sont pas démenties en direct.

3) Et après la partialité, la malhonnêteté

Lors d’un débat ( 12 janvier 2023) organisé en zoom uniquement (compte-tenu de la dégradation des conditions du débat) sur les conséquences sur le travail et l’emploi, l’intervenant expert  chargé des emplois était M. Quirion présenté comme expert CNRS/CIRAD.  Il a fallu s’y reprendre à trois fois sur le chat ( et être menacé de déconnexion)  en demandant que soit également précisée sa qualité de président du très anti-nucléaire Rassemblement Action Climat. L’organisateur a bien pris la parole pour indiquer que M. Quirion était également président du RAC  (Rassemblement Action Climat)  sans indiquer qu'il s'agissait d'une organisation anti-nucléaire et a précisé qu’il parlait en tant qu’expert CNRS. Vu la divergence de ce qu’il présentait avec d’autres données, on peut en douter…mais rappelons que la CNDP a mordicus refusé tout idée de fact checking, que ce soit en ligne ni  a posteiori.

Rebelotte quelques jours plus tard avec une réunion consacrée au financement. L’organisation  Global Chance, dont l'une des vedettes est l'inénarrable B. Laponche) a été présentée comme experte sur les problèmes de financement sans préciser qu’elle est une organisation militante anti nucléaire revendiquée. Global Chance  a pu aligner ses allégations présentées comme des expertises  sans aucun avertissement (cette fois, les interventions sur le chat n’ont été suivies d’aucun effet).

Est-ce cela que la CNDP juge comme des incorrections ? Nous n’en aurions alors pas vraiment la même définition.

4) Des conditions du débat

A Paris, par exemple, le 8 novembre, il fallait, pour pénétrer dans la salle, franchir un comité d’accueil aimablement composé par les collectifs anti-Bure, anti- Piscine La Hague, Sortir du Nucléaire. Les mêmes ont pénétré dans la salle et exigé un temps de parole au début de la réunion qui leur a été accordé. Lors de la réunion, certains se promenaient dans la salle et plaquaient violemment sur les tables des paquets de tracts. Au moins, la réunion a-t-elle pu se tenir .

Ca ne semble pas beaucoup gêner M Michel Badré qui a déclaré : « Le chahut au cours de réunions, comme lors du débat sur le Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs (PNGMDR), dont j’ai été membre de la CPDP, ça fait partie du droit de manifester, tant qu’on n’en vient pas aux mains. »

https://www.lagazettedescommunes.com/831161/nucleaire-ou-pas-il-y-a-toujours-plusieurs-reponses-possibles-a-une-question/

Pour le PNGMDR, lors des réunions les plus importantes, aucune présentation n’a pu avoir lieu normalement, aucun partisan du nucléaire n’a pu avoir droit à la parole sans craindre pour sa sécurité.

Cette  conception du débat est assez curieuse et problématique, tout le monde n’est pas à l’aise pour s’exprimer dans ces conditions. Il me semble qu’au contraire les organisations qui se livrent à ces agissements devraient a minima être bannies de débats futurs…

 Est-il utile de mentionner que c’est toujours le même côté ( antinucléaire) qui est en cause, et que je mets quiconque au défi de trouver une réunion de la CNDP qui ait été si peu que ce soit perturbée par des militants pronucléaires, ou a fortiori empêchée ?

5) Le dérapage complet : quand la CNDP sabote son propre débat

Le 18 janvier 2023, le Sénat introduisait un article dans la loi accélération du nucléaire supprimant le plafond de 50% de nucléaire dans le mix électrique. La CNDP réagissait par un communiqué très vif signé de Chantal Jouanno et Michel Badré :

« Une telle mesure, anticipant de quelques mois un débat relevant du projet de loi de programmation énergétique, ne change rien aux délais de réalisation éventuelle d’un programme de relance du nucléaire: les enjeux d’ingénierie, de formation et d’emploi ou de mise en place du financement, sans aucun doute les plus déterminants sur le calendrier de réalisation, ne relèvent en rien de cette anticipation mineure. Elle revient en revanche à considérer comme sans intérêt pour définir la stratégie énergétique les interrogations, les remarques et les propositions faites lors du débat public en cours. »

https://www.debatpublic.fr/sites/default/files/2023-01/230118-CP-PJL-CNDP.pdf

Une telle réaction a été évidemment comprise par tous les groupements antinucléaires comme une légitimation de leurs actions et de leurs méthodes pour s’opposer au débat ou s’en retirer pour ceux qui l’avaient accepté et voyaient, séances après séances, que leurs arguments ne portaient pas.  A signaler que le vice- président EELV de la communauté urbaine de Lyon, M.  Philippe Guelpa-Bonaro, appelait à manifester contre le débat prévu à Lyon le 2 février.  Etrange attitude pour un élu face à un débat public institutionnel, non ?https://twitter.com/FilGB/status/1620707270228348928.

De fait, aucune des réunions programmées ensuite n’a pu se tenir, à commencer par celle de Lille du 26 janvier. A noter l’étrange passivité de Mme Jouanno et M Badré, qui n’ont pas dénoncé ce qui constituait quand même des atteintes aux libertés fondamentales d'information, d'expression et de consultation des citoyens et ont réservé leur ire aux Sénateurs ; ce qui interroge sur leur conception de la démocratie et de l’organisation des  pouvoirs (Auguste Comte, Comte, « pour conseiller, il faut ne pouvoir jamais commander »)

6) Le bilan interdit et pourtant indispensable

Le 27 février 2023, la CNDP clôturait le débat par en quelque sorte, un débat sur le débat, ce qui était plutôt intelligent et aurait pu être utile.

Aurait pu, si1) curieusement, il n’avait pas  été annoncé à tous les participants par vidéo qu’aucune mise en cause de la présidente de la CNDP ne serait toléré (ce qui limitait  quelque peu les débats et si 2)   l’on n’avait pas assisté à un déni de la Présidente Mme  Jouanno , voire à des mensonges caractérisés sur le thème  le débat se déroulait sans problème majeur jusqu’au 24 janvier, après c‘est la responsablité du Sénat s’il a dérapé.

« je le répète, le débat public n’a été ni interrompu, ni suspendu ».

Et ceci : « certaines personnes ont souhaité que le débat soit arrêté. Elles ont argumenté qu’il ne servait à rien, que manifestement le public n’avait pas les compétences pour traiter un sujet aussi technique, que seuls les contestataires s’exprimaient et qu’il aurait fallu utiliser la force pour les évacuer. Il n’a jamais été question d’interrompre le débat. Il n’a jamais été question de laisser la force, quelle qu’elle soit, confisquer le débat. »

Non Madame Jouanno, ce ne sont pas les pronucléaires que vous semblez viser qui ont empêché la poursuite du débat, ce ne sont pas eux qui ont perturbé, puis empêché les réunions, ce ne sont pas eux qui ont employé la force, la violence verbale et parfois physique pour intimider leurs opposants, ce ne sont pas eux qui ont mis fin aux débat ! Et il est regrettable que vous ne vous soyez pas interrogée sur votre propre responsabilité

Il est dommage que non seulement vous ayez été incapable de tenir ce débat sur les six nouveaux réacteurs, mais que vous ayez été aussi en quelque sorte interdit ce débat sur le débat qui aurait pu être utile.

A votre décharge, ce n’était pas facile, et, contrairement à ce que vous avez pu laissez penser, le problème n’est pas spécifique au nucléaire. Il est impossible actuellement de tenir un débat utile et informé sur les nanosciences, sur les OGM, sur le glyphosate, sur la politique de l’eau et les bassines, sur les phytosanitaires et plus généralement la politique agricole.

Il y a fondamentalement un problème d’ignorance de la science, de la démarche scientifique même, de ses méthodes et de ses  résultats, des statuts respectifs de la connaissance scientifique et de l’opinion  ( et la fameuse méthode des controverses du très relativiste Latour  que vous vous vantez d’utiliser est quelque peu problématique). D’interaction aussi entre la science et la société, de vulgarisation des connaissances scientifiques, du rôle et de la formation des journalistes scientifiques, de l’information des décideurs .

 Aller, deux pistes de réflexions

 « Le public ne sait pas ce qu’il lui faut, mais il sait parfaitement ce qu’il veut, et personne ne doit s’aviser de le vouloir pour lui » ( Auguste Comte )

« L’air du temps, en accusant la science de n’être qu’un récit parmi d’autres, l’invite à davantage de modestie. On la prie de bien vouloir gentiment "rentrer dans le rang" en acceptant de se mettre sous la coupe de l’opinion…

La philosophie des Lumières défendait l’idée que la souveraineté d’un peuple libre se heurte à une limite, celle de la vérité, sur laquelle elle ne saurait avoir de prise : les « vérités scientifiques », en particulier, ne relèvent pas d’un vote. La crise sanitaire a toutefois montré avec éclat que nous n’avons guère retenu la leçon, révélant l'ambivalence de notre rapport à la science et le peu de crédit que nous accordons à la rationalité qu’il lui revient d’établir. » (Etienne Klein, le goût du Vrai)



jeudi 10 novembre 2022

Contribution au Debat CNDP sur Penly : Il est urgent de relancer un programme nucléaire important

 Nous sommes aujourd’hui dans une crise énergétique grave, qui touche particulièrement, mais pas exclusivement, l’électricité. Des industriels électro-intensifs (verre, aluminium) arrêtent leur production- temporairement, pour l’instant, des PME n’arrivent plus à se fournir en électricité . Cette crise a des causes conjoncturelles (la guerre en Ukraine), mais aussi des causes structurelles qui la rendaient assez prévisible.

La cause la plus grave, la plus fondamentale  et la plus prévisible de la crise que nous connaissons est tout simplement physique, c’est le manque de sources d’électricité pilotable et décarbonée. Décarbonée, parce que nous ne pouvons ignorer la menace existentielle que le réchauffement climatique fait peser sur l’humanité. Pilotable, parce que notre économie, notre société et nos vies ne peuvent dépendre d’énergies variables intermittentes générant une électricité décorrélée de nos besoins.

La pénurie énergétique était prévisible : nous avons fermé  depuis 2007 20 GW de pilotable sur 140 GW fossile au prétexte qu’on a installé 30 GW d’énergies dites renouvelables. Or les uns ne remplacent pas les autres.  Ce n’est pas qu’une tendance française, c’est une tendance européenne contre laquelle prévenait France Stratégie dans une note de janvier 2021 ([1]) : « D’ici à 2030-2035… ce seront plus de 110 GW de puissance pilotable qui seront retirés du réseau européen...

Nous n’avons pas pris assez de marge sur la production nucléaire, comme l’ont mis en évidence les arrêts supplémentaires de réacteurs en raison des phénomènes de corrosion sur un circuit de refroidissement de sécurité. Là encore, il y a déjà  quinze ans, le président de l’ASN (A. Lacoste) avertissait : «  Il importe donc que le renouvellement des moyens de production électrique, quel que soit le mode de production, soit convenablement préparé afin d’éviter l’apparition d’une situation où les impératifs de sûreté nucléaire et d’approvisionnement énergétique seraient en concurrence. »

La seule solution à moyen long terme pour éviter l’effondrement de nos sociétés, c’est un investissement rapide et massif dans le nucléaire de façon à éviter l’effet falaise qui résulterait immanquablement de l’arrêt des centrales historique et à répondre à l’augmentation de la demande électrique qu’implique la décarbonation de l’ensemble de nos activités pour répondre au défi climatique.

Enfin, Il est anormal que dans le cadre de ce débat, la CNDP  n’ait pas pas considéré des scénario qui permettent de rester à 75-80% de nucléaire dans la production électrique. Pour citer au moins trois exemples  ceux du Cérémé ( Cercle  d’Etude réalité écologique et Mix énergétique) qui supposer la prolongation des centrales existantes à jusqu'à 70 ans et  la construction de 24 nouveaux réacteurs de type EPR 2 d'ici 2050, pour obtenir 900 TWh  ( et très peu d’éolien)

ou Negatep ( de Sauvons Le Climat) : 690 TWh avec des Les nouvelles tranches EPR de 1650 MW se substituant aux tranches actuelles  et un rythme de construction de 2 EPR par an à partir de 2030.

Ou encore le  Scenario Terrawater ( Les Voix du nucléaire) qui préconise un développement  raisonnable du nucléaire (22 EPR2 d’ici 2050) et en même temps un développement massif de l’hydroélectricité, qui est la 1ère source d’énergie renouvelable dans le monde (multiplication par 9 des capacités de STEP),

Ces scénarios permettraient de disposer d’une énergie nucléaire décarbonée, abondante, pilotable, présente jour et nuit qu’il pleuve ou vente ou vente pas,  bon marché , économique, qui permettent la réindustrialisation. De plus et surtout , ils sont  construit sur des technologies éprouvées et maîtrisées aujourd’hui , contrairement aux scénarios à forte proportion d’ENR proposés par des adversaires dogmatiques du nucléaire 

Il est dommage que la CPDP n’ait pas considéré ces scénarios et  invité les ONG qui les défendent, cela jette une suspicion de partialité et d’information baisée sur le débat et c’est très regrettable

Lien vers le débat 

https://participer-debat-penly.cndp.fr/projects



[1]) Quelle sécurité d’approvisionnement électrique en Europe à horizon 2030 ?, France Stratégie, 15 janvier 2021

mardi 8 novembre 2022

Consultation CNDP- Penly : Un débat réservé aux ONG anti-nucléaires, les ONG pronucléaires exclues

CNDP Débat Penly 8 novembre à Paris et par vidéo : Avons-nous besoin d'un nouveau programme nucléaire ?

Scénarios de Réseau Transport d’Electricité (RTE) , Scénarios de l’Agence de la transition Ecologique (ADEME) , Scénarios de l’association NégaWatt :

Pour un point sur les scenarios exclus de la discussion par la CNDP et qui permettent de préserver 70 à 80% de nucléaire de base, décarboné, pilotable, économique, 24h/24h, 7 jours/7, par tous temps  

Scenario CEREME

Pour commencer, un petit problème : la sous-estimation par RTE de l’augmentation des besoins électriques au vu des estimations des sociétés savantes et de nos voisins

Le scenario CEREME – Roland Berger 

Il est basé sur  l'hypothèse de la mise en oeuvre d'un programme électronucléaire français permettant d'atteindre 98,6 GW de capacité nucléaire installée en 2050 et reposant sur deux hypothèses fortes :

 - la prolongation du parc nucléaire historique jusqu'à 70 ans ; soit 59 GW, avec une hypothèse de disponibilité de 75 %,

- la construction de 24 nouveaux réacteurs de type EPR 2 d'ici 2050, soit 39,6 GW d’ici à 2050 (avec un taux de disponibilité de 85 %). Ces nouveaux réacteurs seraient construits sur un rythme de deux par an à compter de 2028, « à mettre en relation avec le rythme de mise en service du parc historique, de quatre à six réacteurs par an, dans les années soixante-dix et quatre-vingts »

Ces moyens nucléaires sont complétés par les moyens hydrauliques existants et projetés par RTE dans son rapport Futurs Energétiques 2050 ainsi que par une part plus faible d'EnRi (49,6 GW).

Ce mix fait l'hypothèse de l'arrêt du développement et du non-renouvellement des capacités renouvelables centralisées. En 2050, le parc EnRi est alors constitué principalement de capacités solaires diffuses (48,7 GW) en autoconsommation dont le développement dépend plus marginalement des pouvoirs publics. Les capacités éoliennes sont progressivement retirées du fait de leur vieillissement (durée de vie estimée à 20 ans pour l'éolien offshore, 25 ans pour l'onshore).

Commentaires et précisions

 La dimension du parc à construire dépendra donc du choix qui sera fait pour la DDV du parc existant. Il faudra construire 40 GW, si on retient 80 ans, 45 si on retient 70 ans, 86 si l’on limite à 60 ans. 40 GW représentent la puissance de 24 réacteurs EPR2, 45 GW la puissance de 27 EPR2 et 55 GW (dans une hypothèse de fermeture étalée entre 60 et 70 ans) 30 EPR2.

Dans cette hypothèse et en supposant que le processus d’approbation conduise à la mise en construction du 1er réacteur en 2027 et une durée de construction moyenne de 7 ans, il faudra construire 30 EPR2 en quinze ans, soit deux par an. C’est un enjeu industriel considérable mais bien sûr atteignable. Rappelons que dans les années 80 la France a mis en service 40 GW en dix ans, avec un pic de 6 réacteurs la même année. Cela implique un engagement politique et industriel clairement affiché et comme dans les années 70-80, des contrats de programme qui permettent aux industriels d’investir sur le long terme dans les outils de fabrication et dans la formation.

Il existe un autre critère essentiel pour le dimensionnement du mix de production qui est la puissance mobilisable (GW) à la pointe de consommation. Ce critère très rarement évoqué résulte de ce que l’électricité n’est que marginalement stockable et qu’il faut donc fournir à chaque instant la puissance demandée. Aujourd’hui, la puissance « pilotable » mobilisable à la pointe compte au maximum 57 GW de nucléaire, 15 GW d’hydraulique, 12 GW de gaz, environ 6 GW de charbon, fuel et bio énergie, pas de solaire (éventuellement 1GW d’éolien). Au total, 91 GW qui devraient tomber à 86 si les centrales à charbon et au fuel sont fermées en 2021 comme il est prévu. Rappelons que lors des épisodes de pointe que la France a connus, la puissance demandée a dépassé 90 GW (102GW en février 2012). La conséquence est que, au-delà des 15 GW d’hydraulique qui n’augmenteront que d’un ou deux GW d’ici 2050, ce sont exclusivement le nucléaire de puissance et le gaz (le charbon et le lignite en Allemagne) qui permettront de répondre à la demande de pointe. Le choix est donc simple : plus de nucléaire et moins de gaz ou plus de gaz et moins de nucléaire.

Le développement industriel des nouvelles technologies que sont le stockage de masse, l’hydrogène, les « gaz verts » et même les SMR, reste hautement hypothétique, ou totalement antiéconomique, à l’échéance de 2050, et sans doute encore après, en tout cas pour leur usage dans la production d’électricité. Si l’on suppose que la pointe évolue proportionnellement à la consommation c’est-à-dire d’environ 50% d’ici 2050, il faudra environ 135 GW (90x1,5) de puissance installée et, par conséquent, 120 GW du mix nucléaire plus gaz.

La France bénéficie de la technologie, d’une base industrielle, d’une opinion publique favorable et surtout du plus grand parc homogène en exploitation, il faut donc limiter à son minimum la production d’électricité au gaz, en augmentant la part du nucléaire. Jusqu’aux années 2010, le nucléaire a représenté jusqu’à 80% de la production. Le bénéfice pour les Français a été considérable : prix constamment décroissants, indépendance nationale, bénéfices d’exportation élevés. Le développement de la production au gaz conduira nécessairement à une aggravation de la dépendance énergétique vis-à-vis de l’Algérie, de la Russie et de l’Allemagne, à une aggravation importante de la balance commerciale et plus certainement encore à une augmentation et une instabilité des prix de l’électricité (la situation actuelle le préfigure). Pour réduire notre dépendance stratégique et économique à une source d’énergie exogène et assurer une production d’électricité à un prix stable sur la longue durée, l’intérêt national est de réduire autant que possible la part du gaz et de la limiter, en complément de l’hydraulique, à la modulation de la production.

C’est donc d’un parc nucléaire d’environ 100 GW dont la France aura besoin en 2050. Avec l’hypothèse réaliste d’une disponibilité du parc de 82%, comme cela a été le cas pendant de nombreuses années, le nucléaire représentera alors 80% du mix de production, revenant ainsi à un niveau historique (100GW x 8760h x 0,82 = 718 320 GWh soit environ 720 TWh = 80% de 900 TWh). Cette hypothèse qui permet de limiter à quelques GW l’augmentation de la puissance au gaz rend totalement inutiles les ruineux investissements dans les énergies renouvelables éoliennes et solaires.

Scenario Terrawater ( Les Voix du nucléaire)

 Il préconise un fort développement du nucléaire (22 EPR2 d’ici 2050) et en même temps un développement massif de l’hydroélectricité, qui est la 1ère source d’énergie renouvelable dans le monde (multiplication par 9 des capacités de STEP),

De plus, le type de capacité hydraulique que ce scénario veut développer massivement, ce sont des STEP  (Station de Transfert d’Energie par Pompage), qui sont le 1er moyen de stockage de l’électricité. TerraWatter préconise de passer de 5.000 MW de STEP actuellement, à 47.000 MW, et ce principalement en modernisant des installations déjà existantes. Cette puissance de STEP permet, à un prix extrêmement compétitif, sans besoin en matériaux précieux et importés, avec une technologie éprouvée, de résoudre le problème de l’intermittence des énergies renouvelables solaire et éoliennes.

 Il est construit sur des technologies éprouvées et maîtrisées aujourd’hui : Les rédacteurs ont choisi d’ôter tout risque sur la capacité de production industrielle et tout doute technologique. Par exemple, il n’est plus question de technologies non encore matures en 2022, comme le stockage de l’électricité via des batteries à grande échelle, le V2G (vehicle to grid)

A la place des principes simples : une faisabilité technique et industrielle déjà éprouvée en 2022, un minimum de complexification du réseau pour plus de robustesse.

Il est basé sur une grande capacité de production : Il préconise une production d’électricité totalement décarbonée et abondante afin de ne pas dépendre des importations, et permettant d’encaisser une augmentation massive de la consommation qu’entrainera l’électrification de l’industrie et des transports.

Scenario Negatep (Sauvons Le Climat)

Compromis entre le souhaitable et le possible, NégaTep conduit progressivement, à l’horizon 2050-2060, à une réduction par un facteur supérieur à 4 des émissions de gaz à effet de serre dans notre pays, sans imposer de décroissance. Cette décarbonation concerne tous les secteurs de l’activité économique (hors agriculture) et s’accompagne d’un recours massif au vecteur électricité. La production électrique serait très majoritairement nucléaire complétée par une importante contribution de renouvelables et un reliquat de fossiles (gaz) voué à la disparition.

Le scénario Negatep prévoit 725 TWh. Cette forte augmentation de 275 TWh s’explique essentiellement par le rôle prédominant que prend l’électricité dans les transports en remplacement partiel du pétrole. L’énergie issue du nucléaire passe de 400 TWh à 565 TWh (exemple 50 tranches EPR)

Cet accroissement de 275 TWh sur la consommation actuelle, est la conséquence de deux effets de sens contraires : Une stabilisation au niveau actuel, voire une légère baisse, des usages traditionnels de l’électricité,  l’apparition de besoins nouveaux d’électricité soit :

- le développement de l’électricité en direct pour les transports : + 105 TWh

- la production de biocarburants : + 115 TWh

- l’évolution des besoins de chaleur dans les usages fixes + 33 TWh

-  l’évolution des usages spécifiques de l’électricité + 33 TWh La production se répartit entre les sources non émettrices de CO2 pour et celles émettrices de CO2 :

D’où finalement Sources non émettrices de CO2 685 TWh répartis :

- Nucléaire 565 TWh

-  Hydraulique 70 TWh

- Bois et déchets 20 TWh

- Eolien 20 TWh

- Divers renouvelables 10 TWhe.

- Sources émettrices de CO2 : Gaz naturel 40 TWh

Pour répondre à ces besoins de production accrus de 57 % (passage de 437 à 688 TWh), les nouvelles tranches dites de IIIème génération se substitueront aux tranches actuelles, au fur et à mesure des fins de vie de ces dernières.

Les nouvelles tranches EPR de 1650 MW se substitueraient aux tranches actuelles (de 900 à 1450 MW) dont la puissance moyenne est de 1070 MW. Elles sont conçues pour être capables de produire près de 13 TWh par an, mais on peut penser que certaines d’entre elles seraient utilisées en semi-base, pour limiter le nombre de centrales à gaz de secours de l’éolien et répondre au pic de consommation d’hiver. Avec une production moyenne de 11 TWh/an (facteur de charge 76 %), il faudrait environ 64 EPR (soit un nombre proche des 58 tranches existantes, et donc un rythme de construction de 2 EPR par an à partir de 2030.

Quel que soit le niveau final de puissance retenu (simple remplacement à puissance totale identique ou plus comme il sera vu ci après), pour ne pas avoir l’« effet falaise » et retrouver un tythme de construction calé sur celui des années fin 70 (plus de 4 tranches par an certaines années) les arrêts définitifs seront programmés entre 50 et 60 ans. Cela donne un besoin de tranches nouvelles en remplacement à partir de 2027 et une fin de remplacement en 2060, donc étalé sur 33 ans, comme le montre la figure 8.

En 2050, il y aurait encore environ 16 GW de centrales de II° génération en service et Négatep considère qu’il faut aller au delà de la limite des 63 GWe fixée par la loi sur la transition énergétique de 2014, et donc de prévoir comme indiqué figure 7 le développement d’ unités de III° génération, au delà du simple remplacement



Commentaire et comparaison avec Négawatt :

Le scénario Negatep prévoit 50 Mtep de renouvelables (x 3 par rapport à 2000) Les renouvelables couvriraient ainsi 37 % des besoins

Cet écart de 27 Mtep avec Negawatt  dans les prévisions d’appel aux renouvelables, vient essentiellement

- d’une grande différence sur  l’éolien : 140 TWh pour Negawatt  (soit 32%) et 20 TWh pour Negatep (soit 3%)

-  le photovoltaïque : 65 TWh pour Negawatt et qui reste marginal pour Negatep

- la biomasse chaleur : 27 Mtep pour Negawatt et 19 Mtep pour Negatep

-  la biomasse pour les biocarburants : 10 Mtep pour Negawatt et 5 Mtep pour Negatep

Dans le scénario Negatep, les différentes voies retenues peuvent toutes être développées avec les technologies existantes ou sur le point de l’être, à l’exception de la production de biocarburants à partir de produits ligno-cellulosiques.

La situation est différente dans le scénario Negawatt, car on ne sait pas aujourd’hui stocker de grandes quantités d’électricité, condition indispensable à la production de plus de 200 TWh d’électricité intermittente. C’est probablement la raison pour laquelle le scénario Negawatt prévoit, à titre transitoire, une augmentation massive de la production d’électricité à partir de gaz naturel (40 % en 2040). En fait, en l’absence de stockage de l’électricité, la production intermittente pourrait difficilement dépasser 10 %.


jeudi 2 juin 2022

Eoliennes en mer- Nouvelle Aquitaine (Oléron); Compte-rendu du débat organisé par la CNDP

 Projet de construction d’un parc éolien posé au large de l’île d’Oléron de 500 mégawatts à 1 GW, soit environ 70 éoliennes de 260 mètres sur une superficie de 120 km2.

La CNDP nous a gâté :  trois rapports : les Constatations de la Présidente de la CNDP ,  le Compte-rendu de la Commission particulière du débat public, Rapport aux maîtres d’ouvrage :

1) « Est-il pensable pour les publics de consentir à un tel projet dans un tel milieu ? » 

« Les alluvions continentales que déverse la Gironde forment dans l’Océan un panache que les courants diffusent vers le nord, alimentant une mosaïque de biotopes dûment reconnus, inventoriés et protégés. Ce milieu décide en quelque sorte de la ressource halieutique, des opportunités touristiques. Cette exceptionnelle richesse biologique a donné naissance à plusieurs aires marines protégées qui, en raison de leur justification scientifique, sont sacralisés dans l’esprit des îliens.

C’est dans ce milieu de vie écologique, économique et social que l’État, dans le cadre de la politique énergétique nationale et européenne, dessine une zone dite préférentielle pour y installer un parc éolien, voire deux, et la met en débat afin d’affiner la localisation de cet équipement de nature industrielle. Ainsi serré, dès son exposition, le noeud du débat public : est-il simplement pensable pour les publics de consentir à un tel projet dans un tel milieu ? » (Rapport aux maîtres d’ouvrage)

« Les publics n’ont, ni compris, ni admis que la maîtrise d’ouvrage puisse seulement oser proposer une localisation dans un espace dont la richesse et la fragilité sont reconnues par sa classification en Zone Natura 2000 » (Constatations de la Présidente de la CNDP)



2) Une concertation « peu propice à créer les conditions de confiance » très suspecte de manipulation et à l’issue évidente 

« Une difficulté fut le contenu de la saisine portant sur un projet qui pouvait aller de 500 MW à 2 GW, donc potentiellement et caricaturalement de 35 éoliennes sur 60 km2 à 140 éoliennes sur 240 km2, alors que la zone d’étude proposée par l’État n’était que de 300 km2. Même si cette zone d’étude s’inscrivait dans une zone potentielle d’implantation beaucoup plus large, les publics ont pu comprendre, à tort ou à raison, que l’État avait déjà choisi la zone.

De fait, cette imprécision sur l’ampleur du projet, la restriction de la zone privilégiée par l’État et plus encore la proposition initiale d’une zone entièrement classée parl’État « Natura 2000 », c’est-à-dire stratégique pour la biodiversité, étaient peu propices à créer les conditions de confiance dans les responsables du projet »

« Comme pour le débat public en Méditerranée, et dans une moindre mesure en Normandie, la transparence des intentions de l’État est questionnée : « quel est le coup d’après ? ». Cette demande de visibilité, à 20 ou 30 ans, des projets de parcs éoliens par espace maritime est commune à tous les débats publics récents. Cette demande est exacerbée par l’annonce du Gouvernement d’un objectif de 50 parcs éoliens en mer d’ici 2050 »

« Ce projet semble avoir hérité du cumul des erreurs passées. Comme en Sud Bretagne, la concertation préalable de l’État avec les acteur.rice.s locaux pour identifier une zone préférentielle a conduit le public à s’interroger sur l’utilité du débat public. La taille très limitée de la zone préférentielle au regard de l’ampleur des projets potentiels annoncés, son positionnement au sein d’une aire marine protégée, la faiblesse des études environnementales disponibles, la confusion quant au nombre de parcs éoliens envisagés et finalement l’absence de consensus entre acteur.rice.s autour de la zone initiale, ont abouti à une opposition des personnes qui se sont exprimées telle que la commission particulière ne considère pas faisable le projet envisagé dans la zone initiale » (Constatations de la Présidente de la CNDP)

« Les publics ont lu la saisine comme un imbroglio. En effet, celle-ci fait état d’une zone de 120 km2 issue des concertations de 2015 et 2017, elle-même située dans une zone d’étude spécifique à ce projet de 300 km2 qui est une partie de la zone potentielle d’installation de parcs éoliens définie par le Document stratégique de façade (DSF). La question soumise au débat consiste à demander aux publics de localiser plus précisément un parc éolien dont la puissance installée peut elle-même varier de 500 à 1 000 MW, autrement dit de « poser un confetti sur un grain de riz ».

Cette question est assortie « éventuellement » d’une autre : les publics peuvent se prononcer sur l’opportunité d’un deuxième parc d’éoliennes posées (« deuxième », pas second) d’une puissance installée cette fois fixée à 1 000 MW, dans la même zone d’étude ou en dehors. » (Rapport aux maîtres d’ouvrage)

3) L’utilité même de l’éolien en mer et les sacrifices qu’il impose fortement questionnés

« Le débat public a fortement questionné l’opportunité du projet dans la zone envisagée. Il l’a questionné quant au choix de la zone mais également quant à sa capacité à atteindre les objectifs « zéro carbone » en 2050. Plus inquiétant est le questionnement de la crédibilité même de ces objectifs que certains ont qualifié d’irréalistes. Les termes employés dans le compte rendu sont significatifs :«Il ne restait rien de l’héritage prétendument consensuel » (Constatations de la Présidente de la CNDP)

« Par comparaison avec l’éolien, le nucléaire dont l’actualité a été ravivée par la prospective de l’énergie réalisée par RTE rendue publique en cours de débat est présenté comme une énergie abondante et pilotable par ses fervents défenseurs très actifs sur la plateforme participative »

4) Les pécheurs  non pris en compte et sacrifiés : « le choix de la zone préférentielle est vécu comme un casus belli »

« Le 2 décembre, en cours du débat, la ministre de la Transition écologique annonce un élargissement de la zone d’étude. Considérée comme trop limitée, elle passe de 300 à 743 km2…

Du côté des pêcheurs, réaction de rejet face à l’argument que cette extension « ouvre la possibilité de mieux concilier le projet avec les activités de pêche en recherchant des zones de moindre impact situées plus au large » (Communiqué de presse 03/12.). « Les pêcheurs n’ont jamais dit que c’était une zone de moindre contrainte » (Le représentant du Comité régional des pêches, Saint-Pierre d’Oléron 07/12). »

« Mal cernée également par la maîtrise d’ouvrage, l’intensité de l’activité halieutique. Les données de pêche qui alimentent le dossier du maître d’ouvrage sous-estiment grandement, dénoncent les pêcheurs, le niveau élevé de leur activité car elles ne prennent pas en compte les bateaux de petite dimension qui constituent la plus grande part de la flotte….

La position du Comité régional des pêches de Nouvelle-Aquitaine est tranchée « Il n’y a pas de zone de moindre contrainte au regard des activités de pêche dans la zone soumise au débat. »  (Compte-rendu de la Commission particulière du débat public)

« Le choix de la zone préférentielle est vécu comme un casus belli : c’est la zone où la pêche est la plus intense qui est concernée par la zone préférentielle. Celle-ci abrite un riche écosystème permettant une pêche artisanale à haute valeur ajoutée. Comme le font observer les comités des pêches de Nouvelle-Aquitaine et de Charente-Maritime (tant l’implantation du parc, voire de deux parcs, que les zones pressenties pour leur raccordement, au nord et au sud, mettent en péril des zones de frayère et de nourricerie…

La zone préférentielle serait aussi « le pire endroit » pour la pêche en Charente-Maritime, celle-ci étant entièrement comprise en-deçà des 20 miles nautiques (37 km), la limite règlementaire pour les bateaux de moins de 12 m qui constituent l’essentiel de la flotte locale.

Les zones de raccordement chevaucheront, pour celle du nord, une zone de frayère de seiche, et pour celle du sud, une zone de frayère de maigre. Cette zone est également à cheval sur des zones de nourriceries dont celle du merlu, du bar de la sole, du céteau (seule région française où il est exploité), de la dorade grise (...). » (Rapport aux maîtres d’ouvrage)

5) Et en plus, on se moque d’eux : la parole de l’Etat n’inspire pas confiance !

On se moque d’eux en leur  promettant qu’ils pourront pêcher dans le parc éolien !

« Les pêcheurs ne croient pas à l’intérêt et à la possibilité de pêcher dans les parcs éoliens marins. Selon les pêcheurs, les retours d’expérience que nous avons montrent qu’il n’y a plus rien à pêcher ; que pêcher dans des parcs éoliens est dangereux et dissuade de s’y aventurer ; que les contraintes nouvelles qui en résulteraient, au nom de la sécurité, compliqueraient à l’excès les pratiques de pêche ; que la parole de l’État, de ses services, entendue au fil des différents débats publics, n’inspire pas confiance car elle ne garantit pas formellement les conditions dans lesquelles la pratique de la pêche et de quelle pêche serait imposée aux industrie.

Faut-il se réjouir de créer 300 emplois dus aux éoliennes si on détruit 10% des emplois (1000) d’une filière pêche qui pèse 10 000 emplois, soit 700 emplois nets détruits dans ce cas ? ! » (CA n°23, NEMO) »  (Compte-rendu de la Commission particulière du débat public) 

Une position originale en Europe ??? : « Un deuxième point de désaccord, récurrent d’un débat éolien à l’autre, concerne la compatibilité entre les parcs éoliens et les pratiques de pêche. Le maître d’ouvrage annonce une position presque originale en Europe, consistant à prévoir que la pêche, sous certaines conditions, sera possible dans les parcs éoliens qui devront s’y adapter techniquement (disposition des éoliennes, ensouillage des câbles de raccordement, etc.).

Mais les pêcheurs se montrent plus que dubitatifs. Au-delà des interrogations sur ce qu’il resterait à pêcher dans les parcs (des craintes étant exprimées sur l’évolution de la population de poissons), la profession ne croit pas que pêcher sera possible en raison de contraintes nouvelles dont le maître d’ouvrage ne dit rien, et de règles de sécurité qui pourraient être revues. Les retours d’expérience des pratiques de pêche dans des parcs éoliens sont rares, car la plupart des parcs existants en Europe du Nord sont interdits à la pêche. Les témoignages de pêcheurs anglais et écossais sollicités par la commission ne rassurent pas les pêcheurs français sur la possibilité de pêcher dans des parcs » (Rapport aux maîtres d’ouvrage)

Commentaire : En effet, même lorsque c’est autorisé, les assurances refusent de les assurer…

6) La solution de l’éloignement

« La commission a acquis la conviction que l’espoir d’un « consentement sous conditions » rassemblant les publics ne peut s’imaginer sans le glissement plus loin en mer du projet actuel ». La CNDP a, sur proposition de la commission particulière, fait expertiser le scénario d’un parc posé à plus grande profondeur permettant ainsi d’éloigner le projet de parc des côtes » (Constatations de la Présidente de la CNDP)

« Auditionnés par la commission au cours d’un webinaire public le 22 février, les experts confirment la faisabilité technique d’un projet de parc posé à forte profondeur hors du Parc Naturel Marin. Du posé grande profondeur d’abord au flottant ultérieurement : une solution certes plus chère mais que viendraient compenser les bénéfices d’un plus grand consentement…

L’éloignement des côtes au-delà des 50 m de profondeur est une tendance actuelle de fond en Europe pour des raisons techniques (captation d’un vent de meilleure qualité) et politiques (insertion dans un espace moins anthropisé).« Ce qui est vraiment une tendance mondiale, c’est de s’éloigner des côtes pour des raisons d’acceptabilité sociale » (Expert, Webinaire 22/02)…

Le posé pourrait être complété à terme par du flottant, à partir d’une certaine limite, probablement située autour de 70 m. L’horizon d’atteinte d’un tel scénario pourrait se situer entre 2030 et 2035. L’électricité ainsi produite serait sûrement plus chère que les prix envisagés pour les projets actuels mais devrait rester dans le même ordre de grandeur. Surtout, elle offrirait une solution de stabilisation des prix, face à la très forte volatilité des énergies fossiles.

Ces différentes considérations incitent à penser que du point de vue technique un projet de parc posé à forte profondeur (entre 60 et 70 m pour certaines éoliennes) en dehors du Parc naturel marin est faisable

Ne pourrait-on pas considéré ce surcoût comme la condition de sa réalisation ? N’est-ce pas le « prix à payer pour limiter le risque de possibles retards ? « [ç]a va coûter plus cher, mais la chute de la biodiversité nous coûte encore plus cher » (Saint-Georges-d’Oléron, 24/01) » (Compte-rendu de la Commission particulière du débat public)

« La Commission a fait expertiser le scénario d’un parc posé à plus grande profondeur. Les experts consultés par la commission tiennent à rappeler qu’en matière d’éolien en mer, on parle d’une technologie qui n’aura cessé d’évoluer durant les six à huit années qui séparent le projet de sa réalisation. Il apparaît dès aujourd’hui que l’on ne peut repousser l’idée de réaliser un parc posé par des profondeurs de 60, 65 voire 70 mètres, ni pour les fondations des éoliennes ni pour la station de raccordement en mer, tout en restant dans des prix de production de l’électricité comparables à l’objectif issu de la PPE de 2019….

Au-delà, encore plus au large, le changement de technologie est indispensable : seul l’éolien flottant est envisageable. Mais ce dernier apparaît aux experts consultés comme une solution technique et économique viable dans des conditions de prix pas si éloignées de l’éolien posé de 2022 dès la décennie 2030-2040. Elle pourrait être envisagée pour un deuxième parc si les projets sont poursuivis (voir sur le site du débat public le compte rendu de l’expertise complémentaire

Sur la côte ouest-américaine qui comprend plutôt des champs à plus grande profondeur, on voit qu’il y a des spots qui commencent à apparaitre aux alentours de 60, 65, 70 mètres…La limite aujourd’hui pour l’éolien posé est plutôt en train de se décaler de 50 mètres en faisabilité à 70-80 mètres. (Un expert, réunion thématique du 22 février 2022) »

En conclusion « A émergé un scénario de compromis selon certains participants : un parc posé d’un GW situé en dehors du Parc naturel marin et en dehors de la zone de pêche côtière (au-delà des 20 miles dans la limite de 70 mètres de profondeur) et un deuxième plus à l’ouest dans une zone plus éloignée avec un raccordement mutualisé » (Rapport aux maîtres d’ouvrage)

7) Et l’opposition des porteurs du projets : « faisant fi des argumentations développées »

Certains ont bien compris l’enjeu : « Il faut accepter de payer le prix d’une implantation plus au large pour gagner des zones de moindre conflictualité. Un industriel, La Rochelle, 14/01 » (Compte-rendu de la Commission particulière du débat public) 

Mais pas tous :

« Après cinq mois de débat public, faisant fi des argumentations développées sous toutes les formes par tous les publics pour démontrer à l’État maître d’ouvrage l’inopportunité de la zone géographique mise en débat, le Syndicat des énergies renouvelables (SER) et la Fédération des énergies éoliennes (FEE), entre autres, proposent dans leurs propres cahiers d’acteur de revenir au projet de 2015 : le premier parc dans la zone d’étude initiale (300 km2) avec un raccordement en courant alternatif « répondant à une nécessité de mise en service à plus brève échéance, et un second projet principalement ou en totalité au sein de la nouvelle zone d’étude (743 km2) » pouvant atteindre deux gigawatts. La commission s’étonne que les syndicats professionnels, en fin de débat, justifient cette position en « s’appuyant sur le soutien réitéré au projet historique des élus locaux et des collectivités territoriales » (Cahier d’acteur FEE).

La recherche d’alternatives potentielles a pourtant donné aux participants, et notamment à des industriels, l’occasion de dessiner deux espaces réellement hors zone d’étude de la maîtrise d’ouvrage. Au-delà des limites du Parc naturel marin et de la zone Natura 2000 « habitats », au-delà de la limite des 20 milles nautiques (37 km) mais pour l’un dans une profondeur d’eau inférieure à 70 mètres, pour l’autre bien plus au large, moyennant un changement de technologie, passant d’éoliennes posées à des éoliennes flottantes aptes aux grandes profondeurs » (Rapport aux maîtres d’ouvrage 

8) Autres problématiques

Biodiversité : « Une nouvelle fois, la faiblesse des études environnementales disponibles sur la zone proposée est soulignée, faiblesse d’autant plus critiquée que cette zone est identifiée depuis 2015. » (Constatations de la Présidente de la CNDP)

Nécessité de la planification : « la CNDP appelle à une planification spatiale à 20 ou 30 ans des projets envisagés, suffisamment précise pour offrir de la visibilité aux acteurs locaux sur les différents usages de la mer. Les Documents stratégiques de façade ne semblent pas répondre à ces objectifs » (Constatations de la Présidente de la CNDP)

Tourisme : Alors que les partisans du projet font valoir la possibilité de « développer une nouvelle offre autour des éoliennes (tourisme industriel, musée, balades en mer…), des impacts très négatifs sont anticipés par d’autres, habitants et élus locaux. L’évolution du paysage maritime entraînerait selon eux mécaniquement « une perte d’attractivité du territoire » (Avis 6) : « L’impact sur le tourisme sera désastreux, nos commerces, nos artisans d’art, les hôtels et restaurants, les campings, les gîtes et résidence de tourisme sont tous menacés. L’image sur l’ostréiculture aussi… » (Avis 148) » (Compte-rendu de la Commission particulière du débat public)

Commentaire : de fait, un certain nombre d’organismes comme les Gites de France ôtent leur label e cas de visibilité d’éolienne

9) Conclusion : pas de consensus

« La commission n’a pas recherché de consensus et, eu égard aux positions qui se sont affrontées, ne l’a pas non plus espéré. La commission a acquis la conviction que l’espoir d’un « consentement sous conditions » rassemblant les publics ne peut s’imaginer sans le glissement plus loin en mer du projet actuel. Il n’en demeure pas moins que de multiples questions soulevées par les contributeurs au débat public sont encore aujourd’hui sans réponses. » (Rapport aux maîtres d’ouvrage)



Addendum juillet 2022 : NB : Finalement, le Débat et le travail de la Commission n'auront pas été tout à fait inutiles puisque fin juillet 2022, le Minsitère de la Transition Ecologique annonçait que "face à un mélange d'incompréhension et de colère", le parc serait finalement déplacé à plus de 35 km des côtes"

Cette solution cependant se heurte toujours à la colère et à l'incompréhension des associations de protections des animaux, puisque le parc mord sur une zone Natura 2000 et se situe en plein dans un tracé migratoire intercontinental de nombreuses espèces d'oiseaux, "un des plus importants au monde! L’État a déterminé ces zones sans même achever les études environnementales et socio-économiques qui auraient pu l’aiguiller"(Dominique Chevillon,vice-président de la LPO qui envisage un contentieux.)

Et les pêcheurs trouvent que l'on se moque d'eux puisque le parc se situerait désormais dans l'une des zones les plus productives di Goilfe de Gascogne, qui attire des centaines de bateaux. Et l'on se moque effectivement d'eux, puisque le Préfet et l'Eta, contre toute évidence, "s’engage à autoriser les activités de pêche dans les parcs éoliens en mer, dans des conditions compatibles avec les règles de la sécurité maritime". C'est évidemment impossible, sutout s'il s'agit d éoliennes flottantes !

Pas dupe, le Président du Comité régional des Pêches, Johny Wahl, rappelle : le débat public a été clair, tout le monde a dit non, s'il le faut, on ira au contentieux !

Pour Oléron coimme pour Bretagne Sud, une seule solution, l'arrêt du projet !