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mardi 26 novembre 2019

Requiem pour Fessenheim


Remplacer du nucléaire par du charbon, c’est pas bon du tout pour le climat !

Voilà, ce qui paraissait évident est maintenant confirmé par le gestionnaire de réseau, RTE : sans Fessenheim, ça va pas le faire.

Europe 1 : « La fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, confirmée ce lundi par EDF, pourrait mettre certaines régions françaises en difficulté. Promise par François Hollande, repoussée plusieurs fois et finalement confirmée ce lundi par EDF, la fermeture de Fessenheim, la doyenne des centrales nucléaires encore en activité en France, pourrait bien mettre le réseau électrique français en tension.

L'engagement premier était clair : l'arrêt définitif des réacteurs de Fessenheim devait marquer l'ouverture de l'EPR de Flamanville, un réacteur nucléaire de troisième génération conçu pour offrir une puissance et une sûreté améliorées. La substitution aurait largement permis de compenser la fermeture de la centrale. C'était sans compter les délais multiples, qui retardent toujours l'ouverture du nouvel EPR…

Face à ce retard important, le gouvernement avait décidé l'année dernière que la fermeture de Fessenheim ne dépendrait finalement pas de l'ouverture de Flamanville. La garder ouverte plus longtemps aurait notamment nécessité d'importants investissements d'entretien.
Selon plusieurs experts de l'électricité, l'efficacité du réseau électrique pourrait cependant être garanti post-Fessenheim à l'aide de quelques ajustements. Jean Paul Roubin, directeur de l'exploitation de RTE, le gestionnaire du transport d'électricité en France (RTE), assure que le réseau peut tenir sans cette centrale, à condition de garder d'autres capacités pour alimenter la Bretagne, région la plus concernée par les manques d'électricité.

Tant que l'EPR de Flamanville n'est pas disponible sur le réseau, la centrale thermique de Cordemais est nécessaire pour la sécurité d'approvisionnement de la région Grand-Ouest… Il avait pourtant été envisagé de fermer cette centrale thermique de Loire-Atlantique. Il pourrait donc être nécessaire de continuer à la faire tourner au moins quelques jours dans l'année pour faire face aux difficultés.


Cordemais est une des quatre centrales au charbon françaises encore en activité. Donc résultat des courses : par une décision purement politique, celle de fermer Fessenheim avant la mise en route de l’EPR de Flamanville, nous devrons maintenir en fonctionnement une centrale à charbon. Ca c’est de la logique, ça c’est de l’écologie !

Fermer Fessenheim, c’est pas écologique !

Nb (@Thierry_Caillon) : La fermeture de Fessenheim entraînera  un surcroît d’émission de GES entre 6 et 12 millions de tonnes équivalent CO2 / an, du fait du recours aux centrales à gaz et charbon que sa prolongation aurait permis d’éviter. Fermer Fessenheim =équivaut à relâcher autant de CO2 dans l'atmosphère que de faire voler chaque jour 24 à 48 Airbus supplémentaires entre Paris et New York (en AR).
Cela correspond aussi à une fourchette comprise entre 30 et 60 % des émissions de CO2 de la totalité de la production électrique nationale !!! (20,4 millions de tonnes de CO2 en 2018 selon le Bilan électrique 2018 du Réseau de transport d'électricité (RTE) (Maxence Cordier, https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/fessenheim-symbole-de-notre-schizophrenie-face-a-lurgence-climatique-1140070)

Et merde pour nos engagements climatiques ! Ca c’est de la politique écologique !

Fermer Fessenheim, ce sont des risques sérieux de black out pour l’Alsace

Au-delà des avertissements clairs de RTE pour la sécurité d’approvisionnement électrique en 2022 et 2023, ce sont 1.800 MW d’électricité bas carbone qui vont quitter le territoire alsacien. Le député Raphaël Schellenberger (LR, Haut Rhin) alerte depuis plusieurs années à propos des risques encourus pour la sécurité énergétique et explique qu’il faut raisonner en termes d’échelle. « Le problème se pose plutôt dans cinq ans. Tous les réacteurs de la plaine du Rhin seront arrêtés, y compris côté allemand. Nous allons devenir l’une des régions les plus industrialisées sans produire d’électricité ». 

Et compte-tenu de leur merveilleuse Energiewende, il n’est pas du tout sûr que les Allemands puissent fournir de l’électricité – je veux dire de l’électricité pilotable, qui est là quand on en a besoin.
Alors, Fermeture de Fessenheim : Strasbourg risque-t-elle le black-out avec l’arrêt annoncé de la centrale ?
Ben oui, et l’Alsace et ses industries et ses habitants avec !

L’argent du contribuable s’envole avec Fessenheim

Combien cela coûtera-t-il aux Français de se séparer d’une usine qui tourne très bien… On entend parler de 400 millions d’euros de dédommagement pour EDF, est-ce réellement cela ?
Regardons du côté d’EDF dont certaines « élites » voudraient le démantèlement tant elle est efficace pour les Français qui ont contribué par leurs factures à cette entreprise hors du commun… et tant elle fait saliver par ses rendements potentiels si une privatisation accompagnée d’une hausse de l’électricité venait à poindre.
Le courant est actuellement estimé à 42 euros par MWh (Mégawattheure, un Mégawattheure est mille fois un kilowattheure, unité qui apparait sur votre facture).
La production annuelle de Fessenheim est de 12 300 000 MWh, soit 516 millions d’euros annuels ; en considérant que la centrale est disponible 85 % du temps, ce qui est minorant.

Autrement dit, payer à EDF une somme de 400 millions ne représente même pas un an de fonctionnementet EDF, donc les Français vont perdre plusieurs décennies de fonctionnement (soit entre 10 et 20 milliards) !

Allons plus loin encore… Outre la perte de 2000 emplois de haut niveau directement générés par la centrale, ce qui constitue une perte sèche importante pour les villes et villages alentours, il faudra compenser cette perte d’électricité au niveau national ; alors que notre pays en a besoin.
Pour cela, on va devoir importer annuellement l’équivalent de 2 100 000 de tonnes de fioul (ou sa valeur en gaz), un chiffre qui donne le tournis quand on estime à 1000 euros par tonne la valeur moyenne sur la période pendant laquelle la centrale ne fonctionnera pas, c’est-à-dire encore 20 ou 40 ans (40 ans comme aux États-Unis pour ce type de réacteurs).
Ceci se traduira par un déficit commercial de l’ordre de deux milliards annuellement et au total de 40 à 80 milliards… de quoi donner le vertige !

On entend dire parfois qu’il aurait fallu faire des travaux importants à Fessenheim. C’est faux ! Fessenheim avait déjà bénéficié d’un renforcement de la sécurité parasismique. l’Autorité française de Sûreté Nucléaire (ASN, organisme indépendant) certifie que les deux réacteurs de Fessenheim peuvent encore tourner au moins 10 ans sans modification profonde. Les frais pour leur prolongement correspondent à deux ans de fonctionnement des réacteurs, ou encore 8 ans (au moins, car on peut envisager une échéance à 60 ans sans problème) de production à coût amorti, donc hyper rentable, pour EDF qui pourrait ainsi financer une partie de son « Grand Carénage », et pour la France qui a bien besoin de cela pour sa balance commerciale. ((Maxence Cordier, https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/fessenheim-symbole-de-notre-schizophrenie-face-a-lurgence-climatique-1140070)


Fermer Fessenheim, c’est un gaspillage innommable !

Un coût social gigantesque et sous-estimé

On chiffre généralement le coût de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, prématurée et injustifiée techniquement, à 4 milliards d’euros.
Compte-t-on là-dedans les souffrances des salariés et de l’ensemble de la cité ? On peut en douter, mais retenons néanmoins cet ordre de grandeur. Ce chiffre de 4 milliards on le retrouve aussi dans les hausses de taxes, sur la baisse de l’ISF… c’est devenu une unité de compte.
Alors que la France s'est passionnée pour les territoires d'Amiens et de la Souterrraine en 2017, les pouvoirs publics et les médias sont silencieux en ce qui concerne les 2200 emplois bientôt perdus par le territoire de Fessenheim, étude INSEE.
Si 800 salariés EDF bénéficient de la garantie de l'emploi et seront donc reclassés, que de problèmes: emploi du conjoint, étude des enfants, division par deux de la valeur de la maison......
Pour les 1400 autres il n'y a pas d'autre plan social aujourd'hui que l'offre d'emplois frontaliers. Tout le reste ce ne sont que de bonnes paroles.

Fermeture de Fessenheim : l’État, patron voyou (Jean Fluchère)

« Pourquoi Emmanuel Macron ne vient-il pas faire un pèlerinage à Fessenheim pour expliquer aux salariés et aux élus qu’il détruit leur outil de travail parce que tel est son bon plaisir pour satisfaire des « amis » politiques ?

Est-il imaginable qu’un conseil d’administration, dominé par les représentants de l’État, décide de détruire une usine capable de fonctionner sans problèmes pendant encore au moins 20 ans contre toute logique industrielle, financière, environnementale et sociale ?

Cette usine, c’est la centrale nucléaire de Fessenheim !

Quelles sont les raisons possibles ? Est-elle obsolète sur le plan de la sûreté ?

Aucunement, répond l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) indépendante. L’exploitant EDF est le premier responsable de la sûreté de ses installations et n’a jamais attendu que l’ordre d’arrêt soit donné par l’ASN pour arrêter définitivement ses installations.

Est-elle obsolète économiquement ?

Bien au contraire, Fessenheim est la centrale dont les installations sont totalement amorties et dont le coût de production du kilowattheure (kWh) est le plus bas du parc nucléaire.
En outre une grande partie des modifications post-Fukushima est déjà réalisée.

Produit-on moins cher ailleurs ?

Non. Il ne s’agit pas d’une délocalisation.

A-t-on trop de production électrique en France ?

Non. Et si c’était le cas, EDF arrêterait l’installation qui lui coûte le plus cher !

Émet-elle des produits nocifs pour l’environnement, des gaz à effet de serre comme les centrales à charbon et au lignite du voisin allemand ?

Absolument pas. L’électronucléaire est l’un des moyens les plus propres pour produire de l’électricité. Même les centrales au lignite et au charbon émettent outre le cortège des gaz et poussières de combustion, des produits radioactifs contenus dans le charbon, des métaux lourds et des produits halogénés.

La diplomatie française ne semble pas intervenir auprès du gouvernement allemand pour demander la fermeture des centrales polluantes. Et pourtant !!! »

Et pour terminer un petit jeu (théorique et pas drôle) Combine d’éoliennes pour remplacer Fessenheim ?

La question a fait l’obet d’un check news de Libération et assez bien discuté. Réponse de Paul Néau, porte parole assez habituel de Negawatt : 900 éoliennes. Le checknews fait comme ça arrive quelquefois, correctement son boulot et déchire Paul Neau : il surestime grandement le facteur de charge des éoliennes ( le temps pendant lequel elles produisent ~20%) et, petit malin, prend pour la seule année 2017, pendant laquelle la centrale a produit seulement 5,7 TWh, soit presque deux fois moins que sa production moyenne des dernières années… Entre parenthèses et en gras, cela nous indique le sérieux de Negawatt…
Avec des éoliennes de puissances moyennes (ayant une puissance de 3MW, et fonctionnant à plein 21% du temps), il faudrait 1950 éoliennes pour remplacer Fessenheim. Ah oui, mais ça c’est la puissance moyenne… qui vous laisse sans courant la moitié du temps. Donc, il faut couvrir les pointes de consommation. Et pour cela, le check news de Libération arrive à la louche à 4000 éoliennes. Cet ordre de grandeur est corroboré par d’autres sites et fait l’objet d’un consensus.

Pour remplacer une centrale telle celle de Fessenheim (puissance nominale 1800 MW et coefficient de production de 90%), il faut donc 4000 éoliennes. Pour des éoliennes qui mesurent maintenant près de 180-200mètre en bout de pales, supposons-les espacées de 300mètres, ce qui est un minimum.

Donc, pour remplacer une seule centrale nucléaire, et pas la plus moderne, et pas la plus puissante, avec des éoliennes de 2 MW, il faudra les aligner de Nice à Perpignan (2 x 475 km) sur deux rangées tout le long de la côte méditérannéenne + le tour de Corse (325 km), soit 1350 km, ou encore de Gênes en Italie jusqu'à la pointe sud de l'Espagne,.

Et en fait, bien plus que cela, car dans cette configuration, la prise au vent serait loin d’être maximisée et le rendement beaucoup plus bas que dans les hypothèses de calcul.

Des éoliennes de 2 MW alignées (à raison d'une tous les 300 m) le long de l'ensemble des côtes françaises (Mer du Nord + Atlantique + Méditérannée + Corse)  produiraient moins d'électricité que le seul site de Gravelines (6 x 900 MW).!

Pas de politique énergétique sans connaissance des ordres de grandeurs physiques.



dimanche 27 octobre 2019

Un seul Fessenheim vous manque, et le réseau saute


Les scénarios inquiétants de RTE. Elisabeth Borne en mode panique

La fermeture de Fessenheim, rappelons-le, n’a été décidée que pour des motifs politiques, pour cause de complaisance envers les écolos les plus fanatiques et les plus rétrogrades (disons EELV, pour schématiser), ceux qui « périsse l’humanité pourvu que le nucléaire périsse avant ») et aux pressions de nos chers amis allemands, dignes du Reich.

Sauf que Fessenheim ne devait être fermé que lorsque Flamanville et son superbe EPR arriverait, ce qui permettait une soudure sans problème pour la production d’énergie renouvelable en France. Or, il faut bien l’avouer, il y a eu quelques problèmes et retards dans la construction du prototype Flamanville (rappelons que les deux EPR crachant tous leurs électrons de Taishan fonctionnent parfaitement (4 milliards d’euros par réacteur de 1660 MW, 10 ans de construction).

Sauf que par conséquent, soudure il n’y a pas eu, et que la très peu courageuse Elisabeth Borne (c’est sa fête ce mois-ci sur mon blog, mais elle le mérite bien cf. https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/10/nucleaire-quand-elisabeth-passe-les.html) commence à paniquer devant les risques d’effondrement du réseau et de black out… dont elle sera légitimement tenue responsable. Donc elle a demandé en urgence un rapport au RTE. La logique scientifique étant ce qu’elle est, inflexible, elle n’a pas été déçue du voyage.

Extraits : « En novembre 2018, RTE avait estimé dans son Bilan prévisionnel de l’équilibre offre-demande d’électricité que les 5 dernières tranches au charbon en France (situées sur les sites de Cordemais, du Havre, de Gardanne et de Saint-Avold) pourraient être fermées d’ici à 2022 - comme s’y est engagé le gouvernement - « tout en conservant un niveau de sécurité d’approvisionnement équivalent à aujourd’hui ». Pour ce faire, les fermetures devraient être progressives : elles débuteraient mi-2020 avec l’arrêt de 2 réacteurs et concerneraient 2 autres tranches en 2021 et la dernière en 2022 »

« En janvier 2019, le ministère de la Transition écologique et solidaire a demandé à RTE de présenter des analyses complémentaires dans le cas de « configurations particulièrement dégradées », par exemple dans l'hypothèse de « décalages significatifs » de la mise en service de l’EPR de Flamanville (en 2023 ou 2024), de la centrale de Landivisiau (en 2022 ou 2023) ou de l’interconnexion Eleclink. Ces nouvelles analyses évaluent également l'impact potentiel pour le réseau électrique du projet de conversion à la biomasse des 2 tranches au charbon de la centrale de Cordemais (« Ecocombust ») »

« Dans les scénarios « les plus défavorables » (« non-réalisation cumulée de plusieurs des hypothèses principales du cas de base » de RTE), le critère de sécurité d’approvisionnement électrique en France - fixé par le code de l’énergie - « pourrait ne plus être respecté en 2022 ». Le gestionnaire de réseau précise toutefois que cette situation critique se limiterait à la période hivernale et serait « transitoire (au plus tard jusqu’en 2024) » avant la mise en service de nouveaux moyens de production .Parmi les différents facteurs défavorables étudiés, « c’est le report de l’EPR qui constituerait la situation la plus pénalisante pour le système français », indique RTE (la puissance du réacteur de 3e génération est de 1 650 MW). Dans le cas « où seule la centrale de Landivisiau ou l’interconnexion Eleclink avec le Royaume-Uni ferait défaut par rapport au cas de base », le déficit de puissance sur le réseau devrait « être relativisé par rapport à l’ensemble des incertitudes existant à l’horizon 2022 », indique RTE.

Parmi ces incertitudes figurent notamment l’évolution de la consommation en France, le développement du reste du système électrique européen ou encore le « placement et le positionnement des visites décennales » des réacteurs du parc nucléaire français
Commentaire : le scenario le plus défavorable, on y est avec 1)  la fermeture de Fessenheim avant la mise en service de l’EPR, 2) une évolution de la consommation en France minorée de façon délirante par la PPE, que le RTE n’ose remettre en doute, 3) l’échec total de l’energiewende en Allemagne et l’Angleterre, qui a réussi sa décarbonation de l’énergie électrique, mais au prix  d’une fragilité extrême du réseau qui a déjà conduit à des black out important à Londres (cf. https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/08/trop-denr-black-out-assure.html). Nous ne pourrons donc pas compter sur nos voisins en cas de problème électrique
.
Et c’est pas pour le futur, on y est déjà : Afin d'éviter le risque de black-out, RTE a baissé le courant de 20 sites industriels énergivores le 7/10/2019.  Et surtout c'est la 2ème fois que ce dispositif d'urgence anti black-out est activé depuis sa création en 2011, la fois d'avt étant le 10/01/2019...! 11 octobre rebelote :  La réalité est que ce matin RTE a publié un manque d'offre pour passer la pointe de 7h a 13h la marge de sécurité requise en cas de panne d'un moyen de production n'est pas couverte, et comme de bien entendu la tendance de la prod éolienne est en baisse ce matin...

Donc Elisabeth Borne a raison de s’inquiéter, et la question n’est plus si un black out majeur risque de se produire en France, mais quand il se produira. Et c’est la conséquence logique de décisions prises par la même Elisabeth Borne, dans la lignée de ses prédécesseurs, et dont elle sera tenue pour responsable.

La situation actuelle résulte principalement de deux décisions : la libéralisation du marché de l’électricité qui, comme partout où elle a été mise en œuvre  (cf. Angleterre, Californie) a conduit à un manque criant d’investissement dans les moyens de productions et le réseau ; la fermeture anticipée de Fessenheim qui n’a aucune justification autre que démagogique.

Les causes du black out à venir : libéralisation du marché de l’électricité (loi Nome) et fermeture de Fessenheim

Loi Nome

Comme expérimenté ailleurs et parfaitement prévisible, la libéralisation du marché de l‘électricité a conduit à l’apparition d’acteurs parasitaires qui ne produisent rien et revendent avec un bon bénéfice le courant du nucléaire historique qu’EDF est obligé de leur céder à bas prix par le mécanisme dément de l’ARENH.

« En 2010, la loi NOME met en place l’Arenh (accès régulé à l’énergie nucléaire historique). Ce mécanisme permet aux nouveaux arrivants de s’approvisionner en électricité dans des conditions économiques équivalentes à celles supportées par EDF. Le prix de l’Arenh fixé par l’État à 42 € n’a pas évolué depuis 2012. En 2018, les opérateurs alternatifs ont demandé plus de 100 TWh, soit le quart de la production nucléaire d’EDF, sans obtenir satisfaction compte tenu du plafonnement légal, ils n’ont obtenu que 75 % de l’électricité demandée à 42 €…. En 2007, lors de l’ouverture du marché à la concurrence, l’AFOC avait dénoncé le manque d’incitation à investir dans la production par les défenseurs de la concurrence à outrance. Elle avait alerté en disant que tout ceci aura des conséquences graves au regard de la sécurité d’approvisionnement qui est déjà fragilisée par le manque d’investissement… » (Communiqué FO- Energie).

Dans la grande tradition des décisions idéologiques (ici ultra libérales) – puisque ça ne marche pas, il faut continuer plus fort- le gouvernement avait décidé…d’augmenter le plafond de l’Arenh de 50 % pour les concurrents d’EDF puisse se gaver encore plus. Il semble qu’il soit en train de revenir sur cette mesure…

Fermeture de Fessenheim

Là-dessus, remarquable tribune de Maxence Cordier, l’un de ces jeunes ingénieurs (CEA, e crois) de plus en plus nombreux et actifs  qui en ont marre du nucléaire bashing et du nucléaire honteux (https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/fessenheim-symbole-de-notre-schizophrenie-face-a-lurgence-climatique-1140070?_lrsc=462ce07e-5171-48bb-922b-a06024da1f17) :

Avec la fermeture de la centrale de Fessenheim, la France va perdre l’an prochain 1.800 mégawatts de capacités électrogènes bas carbone. Cette décision politique aura des conséquences pour les émissions de gaz à effet de serre, la sécurité énergétique française et l’emploi dans le Haut-Rhin,
C’est confirmé, la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin)  fermera bien en 2020. EDF a adressé à l’Autorité de sûreté nucléaire et au gouvernement la demande d’abrogation de l’autorisation d’exploiter la centrale, ainsi que sa déclaration de mise à l’arrêt définitif. Il s’agit du dernier épisode d’un feuilleton entamé lors de la campagne présidentielle de 2012, lorsque le candidat François Hollande s’était engagé à plafonner les capacités de production électrique nucléaires et à fermer Fessenheim – un engagement repris par son successeur, Emmanuel Macron.
Alors que le gouvernement martèle son engagement pour le climat, on est en droit de s’interroger quant à l’adéquation entre les discours et les actes, au travers de cette décision.

Mauvaise opération pour le climat : Les deux réacteurs condamnés de Fessenheim ont une capacité de production électrique cumulée de 1.800 mégawatts (MW). Leur production sur une année est légèrement supérieure à celle de 2.800 éoliennes terrestres de 2 mégawatts (dont la production dépend du vent), soit davantage que le tiers du parc éolien français. En outre, cette production est pilotable : elle est disponible suivant les besoins et non pas quand il y a du vent ou que le soleil brille.
La production électrique nucléaire présente l’avantage d’être très faiblement carbonée : sur son cycle de vie – chaîne d’approvisionnement, infrastructures et exploitation des centrales – elle émet 6 grammes d’équivalent CO2 par kilowatt/heure (kWh) selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). La France et les pays limitrophes comptent encore de nombreuses centrales à gaz (500 grammes d'équivalent CO2/kWh) et à charbon (1.000 gCO2éq/kWh).

La fermeture de Fessenheim entraînera donc un surcroît d’émission de gaz à effet de serre compris entre 6 et 12 millions de tonnes équivalent CO2 par an, par rapport à la situation dans laquelle la centrale aurait été prolongée, du fait du recours aux centrales à gaz et charbon que sa prolongation aurait permis d’éviter. Cela correspond à une fourchette comprise entre 30 et 60 % des émissions de CO2 de la totalité de la production électrique nationale (20,4 millions de tonnes de CO2 en 2018 selon le Bilan électrique 2018 du Réseau de transport d'électricité (RTE).

Un projet alternatif peu convaincant : Dans le cadre du plan de reconversion du territoire de Fessenheim, le gouvernement a lancé début 2019 un appel d’offres pour l’installation dans le Haut-Rhin de 300 MW de panneaux photovoltaïques. Un observateur peu averti se dira peut-être que ça représente 17 % de la puissance de Fessenheim, ce qui n’est pas si mal, même si c’est insuffisant.
Cependant, les centrales nucléaires françaises ont un facteur de charge de 75 %. C’est-à-dire que l’énergie électrique fournie par les réacteurs sur une année équivaut à ce qu’ils auraient produit en fonctionnant en permanence à 75 % de puissance (ou 75% du temps à pleine puissance). Du fait de l’ensoleillement, le facteur de charge photovoltaïque dans la région Grand Est est de 13 % seulement, si l'on en croit le  Panorama de l’électricité renouvelable en 2018 du RTE.
Sur une année, les 300 MW de panneaux photovoltaïques produiront ainsi 35 fois moins d’électricité que la centrale de Fessenheim. Cela, sans compter le fait qu’une centrale nucléaire est pilotable et produit selon les besoins, même de nuit.

Menace sur l'emploi : On peut avoir tendance à l’oublier mais une centrale nucléaire est aussi une installation industrielle, comme un haut-fourneau, une aciérie ou une usine automobile. Elle emploie donc des gens et participe à l’activité économique de la région où elle est implantée. Dans le cas de Fessenheim, une analyse de l’Insee estime que «pour la région, l'existence de 1.900 emplois et les revenus de 5.000 personnes dépendent de la centrale». Même si le gouvernement soutient des projets alternatifs pour en limiter le contrecoup, l’arrêt de la centrale ne sera pas transparent pour les communautés locales.
Enfin, même s’il s’agit d’un problème bien plus vaste dont Fessenheim n’est qu’une petite composante, la plupart des pays européens ferment des capacités électrogènes pilotables – centrales nucléaires et à combustibles fossiles – sans se concerter et en comptant sur leur capacité à importer l’électricité qui leur est nécessaire en période de forte consommation. Les gestionnaires des réseaux électriques européens ne cessent d’alerter – sans succès – leurs gouvernements quant au risque croissant de coupure d’électricité majeure en Europe.
En reprenant à son compte l’engagement du président Hollande de fermer la centrale de Fessenheim, le gouvernement actuel fait preuve de schizophrénie entre un discours très clair sur l’urgence climatique, et des actions qui vont à l’encontre de la nécessaire réduction des émissions de gaz à effet de serre en France. Étant donné les enjeux vitaux portés par le changement climatique, ce manque de cohérence est grave.

Commentaire : pas mieux sauf quelques petits trucs à rajouter.

1) Fessenheim produit plus de 80% de l’électricité en Alsace, il ne faudra donc pas s’étonner (il ne faudra que Mme Borne s’étonne !) si un black out majeur se produit en Alsace, d’autant que c’est pas l’Allemagne avec son energiewende catastrophique qui pourra venir au secours des Alsaciens. (Dieu se rit de ceux qui chérissent les causes dont ils déplorent les effets, je ne pense que Mme Borne fasse rire les Alsaciens dans le futur).
2) L’électricité décarbonée de Fessenheim sera remplacée au mieux par du gaz, au pire par du charbon, français ou allemand.
3) Le surcroît d’émission de gaz à effet de serre dû à la fermeture anticipée et compris entre 6 et 12 millions de tonnes équivalent CO2 par an ; Fermer Fessenheim équivaut à autant de CO2 supplémentaire dans l'atmosphère que faire voler chaque jour 24 à 48  Airbus supplémentaires entre Paris et New York (en AR). Bravo les écolos !

En cas de black out majeur, Mme Elisabeth Borne aura du souci à se faire. Elle aura des responsabilités à assumer.


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