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dimanche 20 octobre 2019

No Fake Science : Théologie naturelle et Sélection Naturelle, ou pourquoi il faut enseigner le Dessein Intelligent.


J’ai dit à quel point l’initiative No Fake Science me paraissait la plus intelligente, la plus utile, la plus indispensable, la plus juste, la plus courageuse des initiatives intellectuelles et médiatiques depuis longtemps et déjà publié quelques réflexions à ce sujet sur ce blog (cf. https://vivrelarecherche.blogspot.com/search?q=No+Fake+Science)*

Bon un peu de promo  personnelle sur ce blog. J’ai apporté ma contribution à la cause, contribution certainement intello il est vrai (mais la science et la technique elles aussi réfléchissent) sous la forme d’un article intitulé Théologie naturelle et Sélection Naturelle ; les traités Bridgewater ou pourquoi il faut enseigner le Dessein Intelligent paru dans l’excellente revue Alliage (n°80, été 2019), une des rares revues où scientifiques, écrivains, artistes, philosophes peuvent s’exprimer côte à côte et dialoguer.

Si vous voulez savoir qui était le Comte de Bridgewater, l’histoire de son legs et ce que sont les traités Bridgewater, reportez-vous à Alliage (n°80, été 2019).

Je vais juste ici m’expliquer sur le titre, afin qu’il ne prête pas à confusion : il ne s’agit évidemment pas d’enseigner le Dessein Intelligent (Intelligent Design), doctrine créationniste, en parallèle à la théorie de l’évolution, mais dans une perspective d’histoire et de philosophie des sciences, comme une étude de cas particulièrement révélatrice, pour que les élèves apprennent  à distinguer ce qui est de la science de ce qui n’en n’est pas encore, n’en n’est plus ou n’en n’a jamais été ; et qu’ils sachent que cette distinction, à un instant donné, n’est pas toujours aisée, en particulier pour une science émergente,  mais qu’il existe cependant des critères que l‘histoire des sciences et qu’une culture minimale permettent de mettre en évidence.

« Que nous apprend l’histoire de la théologie naturelle et des traités Bridgewater , parus entre 1833 « et 1840? Les arguments des partisans du Dessein Intelligent ont été exprimés dès cette époque dans leur plus haute perfection et n’ont pas depuis varié d’une virgule. Au contraire, la théorie de l’évolution a pris en compte les objections qu’on lui a faites et a elle-même…évolué. Ainsi, la théorie synthétique de l’évolution a intégré les apports de la génétique et expliqué, notamment grâce à la découverte des gènes homéotiques, pourquoi, contrairement à ce que pensait Darwin, la nature fait des sauts évolutifs – tous les chainons manquants n’existent pas […]. C’est une première différence entre un dogme théologique, immuable sauf intervention divine, et une théorie scientifique.

 La théorie de l’évolution prédit correctement le résultat d’expériences de génétique, on attend toujours des expériences à l’appui du Dessein Intelligent.

L’admiration d’une prétendue perfection de la nature est un présupposé qui repose souvent sur une ignorance réelle ou volontaire ; si elle constitue un sentiment esthétique parfaitement admissible (et sans lequel peut-être aucun naturaliste, Darwin le premier, n’exercerait son métier !), elle n’est pas une démarche scientifique acceptable. Comte appelait ainsi à la méfiance envers « l‘admiration aveugle et illimitée qu’inspire l’ordre général de la nature » et notait ironiquement : « Lorsque des astronomes se livrent aujourd’hui à un tel genre d’admiration, il porte sur l’organisation des animaux, qui leur est essentiellement étrangère, tandis que les anatomistes, au contraire, qui en connaissent toute l’imperfection, se rejettent sur l’arrangement des astres dont ils n’ont aucune idée approfondie »[1].

Lorsqu’un savant indique que, dans son domaine, il est plus pertinent de considérer les moyens et les fins que les causes et les effets, c’est là encore le signe d’une dérive théologique. L’échelle encyclopédique des sciences de Comte et la dépendance, mais aussi la différence irréductible, de ses barreaux successifs (mathématique, physique, chimie, biologie, sociologie) mérite d’être prise au sérieux. Un biologiste qui affirme que les phénomènes biologiques échappent aux lois chimiques, ou un chimiste, que les phénomènes chimiques ne sont pas soumis aux lois physiques etc. s’apprêtent à sortir de la science. De même pour les doctrines finalistes : un physicien qui affirme que les lois de la physique sont faites pour que les atomes puissent s’organiser en molécules complexes ou un chimiste qui affirme que les lois de la chimie sont faites pour favoriser la vie, dérivent vers la théologie. A l’inverse, les réductionnistes qui affirment que la biologie peut se réduire à la chimie, ou la chimie à la physique, quittent également le domaine scientifique, cette fois en direction des idéologies matérialistes.

Enfin, lorsque l’intelligence des savants est au moins autant employée à développer des arguments selon lesquels leurs découvertes sont conformes à certains dogmes qu’à l’observation et à l’expérimentation, c’est encore là une marque assez sûre d’une dérive théologique. »
Deux derniers mots

1) J’ai parlé d’histoire des sciences, de philosophie ; n’ayez pas peur ! J‘aurais dû dire qu’il s’agit de proposer aux futurs scientifiques une réflexion minimale nécessaire sur leur activité, et, à tous les futurs citoyens, certains  moyens de distinguer la vraie science de la fausse science.

2) Attention professeurs :  lorsque la théorie de l’Evolution, comme pour beaucoup, au moins de ma génération, m’a été présentée pour la première fois, on m’a invité à m’extasier sur l’extraordinaire beauté et diversité des ailes de papillon, les couleurs des fleurs, les prouesses des caméléons etc ; extraordinaires adaptations qui ne pouvaient résulter que de la sélection naturelle. L’émerveillement n’est pas interdit, sans lui aucune activité intellectuelle ne serait sans doute possible. Sauf que c’est exactement le type d’argument qui fait la force et la séduction des théologiens rétrogrades et des créationnistes ; comme l’expliquait Gould, la sélection naturelle est mise en évidence au contraire, lorsqu’elle bricole de manière assez approximative un pouce opposable du Panda à partir d’excroissances osseuses nullement designées pour cela.

Et beaucoup d’autres articles intéressants dans Alliage (n°80, été 2019), notamment sur Renan la science et le peuple ; s’approprier la science, sur l’art mathématique de Paladino, etc. Merci à Jean-Marc Lévy-Leblond de faire vivre cette délicieuse aventure intellectuelle.

Et No Fake Science !



[1] Cours de Philosophe Positive, 19ème leçon

samedi 12 octobre 2019

No Fake Sience ! Quand Réseau Action Climat charrie vraiment !


Grosses manipulations et Gros mensonges de Réseau Action Climat…

J’ai dit à quel point l’initiative No Fake Science est utile, indispensable même à la démocratie (cf. https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/08/no-fake-science-quelques-reflexions.html et pour le texte de l'appel initial https://nofake.science/tribune

Et les choses progressent. De nombreux scientifiques, pas des grands pontes trop longtemps habitués à courber l’échine devant le politique et à flatter l’opinion, qui tiennent trop à leur position pour prendre quelque risque que ce soit, non, des praticiens de tous les jours et de toutes disciplines,  des  techniciens cadres, ingénieurs, étudiants, chercheurs et quelques journalistes, bien décidés à ne plus laisser passer de Fake science, se manifestent sur tweeter et dénoncent mensonges et manipulations, et les menteurs et les manipulateurs se trouvent confrontés à des dizaines de tweet qui dévoilent leurs mensonges et leurs manipulations, se complétant et se précisant l’un l’autre. Les champions toutes catégories du grand n’importe quoi, Jadot et Ségolène Royal (dans un créneau plus spécialisé, ajoutons-y Michèle Rivasi) se font maintenant corriger d’importance à chacune de leurs interventions mensongères et manipulatoires – ils seront à eux seuls responsables d’un bilan carbone fantastique. eE cela est juste et bon, et utile, même indispensable…et de plus souvent réjouissant. Merci et Bravo à tous.

Un exemple récent et d‘autant plus intéressant que se profile la convention citoyenne sur la politique énergétique : les mensonges de Sortir du Nucléaire. Reprenons l’enchainement ; Emmanuel Macron à Rodez, le 4 octobre 2019, bizarrement lors d’un débat sur les retraites a affirmé : « La France a une chance, c'est notre parc nucléaire. C'est ce qui permet de produire une énergie non intermittente la plus propre » et affjrme que depus que l’Allemagne a décidé de sortir du nucléaire, elle a ouvert des centrales à charbon…
Effectivement affirmation non contestable ( pour une fois)

Réaction de Réseau Action Climat : « Contre-vérité d'@EmmanuelMacron : l’Allemagne n’a pas ouvert de centrales à charbon suite à la décision de sortir du nucléaire.
Ce sont les énergies renouvelables, principalement citoyennes, qui ont remplacé le nucléaire et qui vont lui permettre de sortir du charbon. »

Bon, je ne sais pas trop ce qu’est une énergie citoyenne, par contre je sais ce qu’est une émission de CO2 et que voici les ordres de grandeur : 5,3 à 6 g par kWh pour le nucléaire10 g pour l'éolien32 g pour le solaire,  charbon : 1050 g,  fioul : 778 g, gaz : 443 g. Donc, quand on remplace, comme le fait l’Allemagne, le nucléaire par de l’éolien plus du gaz, en gardant son charbon, fierté nationale, eh bien, on mène tout simplement une politique scandaleusement anti-climatique et anti-écologique (donc, non citoyenne, je suppose)

A l’appui de ses dires, Réseau Action Climat prétend fournir de magnifiques chiffres illustrés ou illustrations chiffrées, on ne sait. Voici les courbes présentées sous le titre la preuve par les chiffres.





Mais en tous cas, pas des chiffres sincères, et une belle leçon de manipulation. Car 1)  les camemberts comparés entre 1991 et 2015, comme tous les camemberts, ne montrent pas l’augmentation de la consommation énergétique allemande ; et 2) le zoom sur une petite partie de la courbe permet d’ignorer la quasi-constance en quantité du charbon et du lignite, et l’augmentation du gaz. Si l’on regarde une courbe plus complète (cf. ci-après), on s’aperçoit que charbon et lignite n’ont pratiquement pas diminué, que le nucléaire a été principalement remplacé par du gaz et un peu d’éolien, ce qui, je le répète est un crime climatique et écologique, et que le reste des énergies nouvelles s’est juste surajouté pour compenser l’augmentation de la consommation d’énergie.


Voici une courbe plus complète qui met bien en évidence la malhonnêteté et les manipulations de Réseau Action Climat :


L’Allemagne n’a donc pas diminué d’un iota sa consommation de fossile et ses dégagements de CO2 ont augmenté par substitution du nucléaire par le gaz. L’Allemagne, en gros émet 8 à 10 fois de CO2 par Kwh que la France, eh ben, c’est pas prêt de s’arranger. Et c’est cela que Réseau Action Climat nus propose comme un modèle de transition énergétique ! Idiots, escrocs  imbéciles, bigots de l’écologie…


Autre merveille de manipulation soulignée par un tweetos : la comparaison entre 1991 et 2015. Quel choix astucieux de date ! Car, prenons 2010 ; en 2010, le charbon et le lignite représentaient respectivement 18.5 % et 23 % de la production d'électricité. La part du lignite (le pire du pire !) et du charbon  a donc réaugmenté de 2010 à 2015 avec l’accélération de la baisse du nucléaire !

Et si, l’Allemagne a bel et bien ouvert des centrales à charbon (et pas qu’une…11 !!!) et même, scandale des scandales, intensifié l‘exploitation de son dégueulasse lignite…en prévision de la sortie du nucléaire et des accords de Paris. Car ceux-ci, ruse des ruses et imbécilité des imbécilités prévoient pour la plupart des pays des engagements sur une baisse en pourcentage des émissions de gaz à effet de serre.   Alors, plus le niveau de départ sera haut, plus les engagements seront faciles à respecter !

Et c’est ainsi que l’Allemagne pourra ad vitam eternam prétendre respecter les accords de Paris tout en émettant dix fois plus de CO2 par kw.h qu’en France !

Comment qualifier cela autrement que de foutage de gueule, ou, pour être plus poli, de cynisme et d’hypocrisie totale masquant un crime contre l’Humanité. Et c’est cela que Réseau Action Climat nous propose comme modèle ?

Tiens, allez, pour la route !

Mensonges et crimes climatiques allemands : ouverture d’une gigantestque mine de lignite en 2006


« En Allemagne, la fin du nucléaire et les besoins en énergie ne riment pas forcément avec l’idée d’environnement et de développement des énergies renouvelables. En témoigne ce reportage de l’AFP qui raconte comment le producteur d’électricité RWE agrandit une gigantesque mine de lignite dans la Ruhr, obligeant les habitants à déménager. site de Garzweiler I, exploité depuis 1983, a fait son temps. Il est comblé au fur et à mesure qu'est creusé Garzweiler II, la nouvelle mine contiguë d'une surface de 48 kilomètres carrés, autant que la ville de Lyon.
Quelque 7600 habitants et tout leur environnement doivent être déplacés. Les 900 habitants d'Immerath, dont environ 100 seulement sont encore là, s'installent à à Immerath-Neu (Nouveau Immerath), un village sorti de terre dans la même commune d'Erkelenz. Ils y retrouveront leurs morts, l'école et le jardin d'enfants, mais pas l'église, qui sera déconsacrée après un dernier office en octobre, et rasée comme le reste.
  «Cela me brise le cœur», dit Hans-Willi Peters, qui habite lui aussi un village des environs et devra décider sous peu s'il se laisse transplanter  comme ses voisins… »

« Le 31 mars 1995, le gouvernement du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie donna son aval à la mise en œuvre du Braunkohleplan Garzweiler II. Aussi les excavatrices purent-elles, le 18 juin 2006, entamer cette nouvelle zone…La période d’extraction prévue s’étend de 2006 à 2045. L’abattage du charbon s’effectue à ciel ouvert (exploitation en découverte ou par découverte) et l’activité s’apparente alors à un chantier de terrassement qui se déplace progressivement. Garzweiler II possède un gisement de lignite de 1,3 milliard de tonnes….

Et voilà le modèle des écolos antinucléaires – ils ne le sont pas tous. Voilà l’exemple allemand, le modèle de Réseau  Action Climat et de Sortir du Nucléaire !

lundi 19 août 2019

Greenpeace, Hiroshima et le nucléaire : indécence et démagogie


La Fake Science de Greenpeace : le nucléaire est l’une des énergies les plus sures !

Le 6 aout 2019, Greenpeace France a cru bon de lancer un communiqué qui atteint des sommets de démagogie et d’indécence :

« #Hiroshima. Il y a 74 ans. En mémoire des victimes, nous devons en finir avec le nucléaire. Ces deux industries, le nucléaire civil et le nucléaire militaire, sont liées et les dangers que nous dénonçons s’appliquent tant à l’une qu’à l’autre. »

Simplement, de plus en plus d’internautes possédant une certaine culture scientifique décident de réagir et de ne plus laisser passer la moindre ânerie ou démagogie de ce type. Dans le type réponse humoristique, on a pu lire de belles choses, ma préférence personnelle allant à celle-ci :
« En mémoire des victimes du Titanic, soutenez le réchauffement climatique qui fait fondre la banquise » (désolé de ne pas retrouver l’auteur)

L'expérience acquise depuis plus d'un demi-siècle permet d'évaluer la probabilité d'accident mortel par kWh et de la comparer à celles des autres énergies : même en prenant en compte les évaluations les plus pessimistes sur les morts liées à Tchernobyl et Fukushima ainsi qu'aux mines d'uranium, la mortalité due à l'électricité nucléaire est de 90 décès par billion (= mille milliards) de kWh contre 100 000 pour le charbon (toujours par billion de KWH.), 36 000 pour le pétrole4.000 pour le gaz naturel1 400 pour l'hydroélectricité, 440 décès pour le solaire photovoltaïque et 150 décès pour l'éolien

 (https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9bat_sur_l%27%C3%A9nergie_nucl%C3%A9aire) et pour davantage d’explications, James Conca, How Deadly Is Your Kilowatt? We Rank The Killer Energy Sources.

Les hauts taux de décès par Kwh pour les énergies carbonées (charbon, gaz, pétrole) sont attribuables très minoritairement aux accidents d’exploitations mais surtout désormais à la mortalité liée à la pollution. Une étude de l’OMS estime, au niveau mondial, à 3.8 millions le nombre de morts prématurées liées aux pollutions carbonées, dont 27% par pneumonies, 18% par accidents vasculaires cérébraux, 27% par crises cardiaques, 20% par maladie pulmonaire obstructive chronique et 8 % par cancers du poumon. (Household air pollution and health, 2018). La Chine est particulièrement frappée en raison de son fort recours au charbon et du laxisme (pour l’instant) de ses lois anti-pollution : le nombre de morts dûs au charbon rien qu’en Chine est estimé à 300.000 par ans. Aux USA, avec des règles jusqu’à présent beaucoup plus strictes, le nombre de décès attribués au charbon est tout de même de 10.000 par ans et de 1.000 pour le gaz (pour le gaz également, la majorité des victimes sont attribuables à la pollution, bien qu’il existe toujours, et régulièrement chaque année un certain nombre de morts par explosion accidentelles.

Les décès pour l’hydroélectrique proviennent de catastrophes majeures, telles les ruptures de barrage (ce qui devrait faire réfléchir à la privatisation des concessions hydrauliques  voulue par la Commission européenne. Les décès pour le solaire et l’éolien proviennent de l’extraction des métaux rares nécessaires à leur fonctionnement et, pour l’éolien, d’accidents de chantier.

Les auteurs de l’étude précisent que les morts pour le nucléaire prennent en compte des hypothèses pessimistes sur les accidents (en fait Tchernobyl), en particulier l’hypothèse la plus dure pour les prévisions des conséquences des irradiations  («linear, no threshold), et l’extraction de l’uranium. Le faible mortalité du nucléaire par kWh produit s’explique principalement par son extraordinaire concentration (pas besoin de beaucoup de centrales nucléaires !) et sa puissance  ( le dénominateur est très élevé : pour remplacer Fessenheim -1 800 MW-, il faut 4000 éoliennes !)

Donc, le nucléaire est actuellement l’une des façons les plus sûres de produire de l’énergie !
Aspects historiques

Pour fixer les idées et les accorder autant que possibles avec les réalités, pour un recul historique plus global il est intéressant de compléter ces données par quelques aspects historiques.

Mortalité du nucléaire : les leçons d’Hiroshima, Three Mile Island, Fukushima et Tchernobyl

Hiroshima : le bilan immédiat, sur une population de 310 000 personnes,  est estimé entre 90 000 et 140 000 victimes. Mais ce qui surprend, c’est le bilan extrêmement faible (mortalité et morbidité) des effets médicaux à long terme de l’irradiation. Sur 49 204 survivants irradiés suivis de 1950 à 2000, il a été observé 94 cas de leucémies mortelles attribuables aux radiations ; sur 44 635 survivants irradiés suivis de 1958 à 1998, il a été observé 848 cas de cancers mortels attribuables aux radiations. En mars 2007 au Japon, près de 252 000 personnes encore vivantes sont considérées « hibakusha » (survivants de la bombe) ;  sur ce nombre, moins de 1 % (2 242 exactement) sont reconnues comme souffrant d'une maladie causée par les radiations
Three Mile Island : (1979, fusion partiale du cœur). Grâce à l’enceinte de confinement, les personnes irradiées ont reçu en moyenne l’équivalent d’une radio des poumons. Aucune victime
Fukushima (2011) les « liquidateurs » de la centrale ont subi une irradiation maximale de 250 millisieverts – la norme maximale pour une année est de 100. Finalement, trente intervenants ont été exposés à une dose supérieure à 100 milliSv. Un cas de leucémie lié aux radiations a été rapporté. Une étude particulièrement précise sur les cancers de la thyroïde, avec un groupe témoin non irradié a été menée (plus on dépiste, plus on en trouve, y compris de nombreux cas bénins sans conséquences cliniques) et n’a mis en évidence aucune augmentation. Par contre le bilan lié au tsunami a été terrible -18.000 morts.
Tchernobyl  (1986): c’est finalement le seul accident sérieux du nucléaire civil, sur une centrale avec une technologie et des moyens de protections primitifs et scandaleusement insuffisant. Les plus fortes doses de radiation ont été reçues par le millier de personnes qui sont intervenues sur le site les premiers jours, et ont été exposées à des doses allant de 2 à 20 gray. Selon l'IAEA et l'IRSN, 134 présentèrent un syndrome d'irradiation aiguë et 28 décédèrent.
Selon  les estimations des Nations unies,la catastrophe de Tchernobyl serait responsable de cancers de la thyroïde attribuables aux radiations compris entre 5 000 et 16 000. En appliquant une mortalité de la maladie de 1%, cela donne entre  50 et 160 morts estimés.
Selon l’AIEA, les quelque 600 000 « liquidateurs » qui étaient intervenus sur le site reçurent en moyenne une dose de l'ordre de 100 mSv (de 10 à 500 mSv) ; et le taux de mortalité de ce groupe semble avoir augmenté de quelque 5 %, conduisant à une estimation de quatre mille morts supplémentaires. Cependant, si la mortalité a été anormalement élevée, le risque de cancer à proprement parler semble avoir diminué dans ce groupe selon une étude pratiquée sur 8 600 de ces liquidateurs ayant reçu une moyenne de 50 mSv, qui montre une sous-incidence significative de 12 %.
Avec cela les estimations varient de 130 morts effectivement constatés à un million de mort attendues… Compte-tenu des irradiations subies, et de ce qu’on sait des effets de l’exposition aux doses plus faibles, l’estimation finale de 9000 morts attendus de l’AIEA est même probablement très pessimiste ( elle fait d’ailleurs remarquer en 2011 que « il n'y a pas de hausse clairement démontrée de l'incidence du nombre de cancers et de leucémies dus aux radiations dans la population la plus affectée »). Pour sa part, l’OMS estime que le nombre de décès prématurés dus à la catastrophe de Tchernobyl serait de l’ordre de 5 000 d’ici à 2050. Les estimations finales supérieures ne s’appuient sur aucune donnée validée, sur aucune connaissance scientifique sérieuse, sur aucun précédent, en particulier celui beaucoup plus violent, d’Hiroshima.
Historiques des catastrophes hydrauliques :
Banquiao (Chine, 1975) : suite à un typhon, ruptures en série de 60 barrages ; 26 000 personnes moururent directement à cause de l'inondation et 145 000 autres durant les épidémies et la famine qui suivirent.
La profondeur historique chinoise se vérifie là aussi : en 516, La rupture du barrage de Fushan sur le fleuve Huai He en Chine provoque la mort de plus 10 000 personnes.
Morvi (Inde, 1979) :suite à des des précipitations très abondantes, une vague de 5 à 10 mètres de haut s'abattit alors subitement sur la ville de Morvi et sur ses environs situés à cinq kilomètres en aval. 15.000 morts. Comme le fait soiuvent remarquer Tristan Kamin, la même année que Three Mile Island ; mais l’opinion a été ainsi conditionnée qu’elle se souvient beaucoup plus du second que du premier….
Attapeu (Laos, 2018) : 1200 morts
Brumadinho (Brésil, 2019) : 360 morts
Val de Stava (Italie, 1985) : 268 morts
Malpasset (France, 1959) : 423 morts
South Fork (USA, 1889) : 2200 morts

Historique et chiffres clés du charbon
Victimes d’incidents de mines au cours des 245 années de l’exploitation du charbon en France (1756-2001) : 5415. Morts de silicose : 58.000
Nbre de morts dans les mines chinoises en 2002 : 6995 (chiffres officiels !) Nbre de morts dans les mines chinoises en 2009 : 2631 en 2013 : 1079 , en 2014, 931 (un effort certain accompli)
Chine : Selon une étude de 2014 basée sur des données de 2012, on estime à plus de 650 000 personnes par an le nombre de morts prématurées causées par la pollution atmosphérique liée au charbon. Quatre maladies sont en cause : AVC, cancer du poumon, coronaropathie et broncho-pneumopathie chronique obstructive, liées aux particules fines. En 2016, une chercheuse de l'université Tsinghua estimait ce nombre à 366 000 par an.
Benxi (Chine, 1942) : (accident minier) 1550 morts
Courrières (France, 1906) : (accident minier)1099 morts
Europe/France : Le charbon entraîne 23 000 morts prématurées en Europe chaque année. En France, quelque 1 200 décès prématurés seraient dus à l’exploitation de centrales à charbon, principalement celles des pays voisins, Allemagne, Pologne, Royaume-Uni, Espagne. (Le Monde, 5 juillet 2016) (N.B ça laisse rêveur sur le nombre de morts depuis le début de la révolution industrielle et les smog du XIXème et du XXème siècle).

Historique et chiffres clé du gaz

Guadalajara (Mexique, 1992) : 230 morts
Los Alafaques (Espagne, 1978) : 217 morts
New London (Texas, 1937) : 300 morts
Oufa (Russie, 1989): 575 morts (une fuite survenant sur une canalisation de GPL créa un nuage hautement inflammable qui prit feu au contact d'étincelles créées par le passage de deux trains transportant des enfants rentrant de vacances.
Nice (France, 1881) : 200 morts
Vienne ( Autriche, 1881) : 384 personnes-incendie du Ringtheater
France entre 2009 et 2013 : 66 pompiers tués , entre 2013 et 2003 : 102
Bon an, mal an, 3000 intoxications domestiques par an en France et une centaine de mort.

Le contenu en CO2 pour la production du gaz est de 418 grammes par kw.h (Charbon 1060, Fioul 730, Photovoltaïque 55, Géothermie 45, Eolien 7, Nucléaire 6, hydraulique 5).
Le contenu du gaz en CO2 pour l’utilisation est de 205 grammes par kw.h (Charbon 342, Fioul 270, Electricité :0)
Si le gaz pollue nettement moins que le charbon ou le fuel, il ne constitue donc absolument pas une solution en ce qui concerne le réchauffement climatique. D’autant que la fin du gaz naturel en exploitation traditionnelle ( sans les gaz de schistes et le fractionnement…mais ça change complètement le prix et l’incidence sur la pollution) est annoncé pour 2072.




mardi 13 août 2019

No Fake Science ! Quelques réflexions

No fake science !

Merci aux initiateurs de la tribune la plus intelligente, la plus utile, la plus indispensable, la plus juste, la plus courageuse, la plus originale, la plus brillante, la plus vraie, la plus justement combattive en même temps qu’équilibrée que j’ai eu le plaisir de lire depuis longtemps. Merci au journal l’Opinion de l’avoir publiée alors que d’autres journaux que l’on qualifie parfois de référence n’ont pas souhaité le faire – sans doute se sentent-ils un peu coupables de souvent maltraiter voire manipuler la science !
C’est bien sûr de la tribune No fake science que je veux parler ! Extraits :
 « Nous, scientifiques, journalistes et citoyen·ne·s préoccupé·e·s, lançons un cri d’alerte sur le traitement de l’information scientifique dans les médias, ainsi que sur la place qui lui est réservée dans les débats de société. À l’heure où la défiance envers les médias et les institutions atteint des sommets, nous appelons à une profonde remise en question de toute la chaîne de l’information, afin que les sujets à caractère scientifique puissent être restitués à tous et à toutes sans déformation sensationnaliste ni idéologique et que la confiance puisse être restaurée sur le long terme entre scientifiques, médias et citoyen·ne·s….
Il est urgent que la place de l’information scientifique dans nos médias et dans le débat public soit revue, pour éviter de creuser le fossé entre scientifiques et journalistes. Réfléchissons ensemble à la façon de rendre à la science la place qu’elle mérite. Pour un débat public apaisé et rationnel, pour le bien de notre vie politique, pour nos concitoyen·ne·s.. »
Bon, on passera sur une légère crispation sur l’écriture inclusive, c’est trop important. En plus de sa publication, la tribune a été ouverte aux signatures de ceux qui le souhaitent – allez-y https://nofake.science/tribune/ !!! et a donné lieu à de passionnants débats sur les réseau  sociaux.
Science, opinion, société- les problématiques et propositions positivistes.

Faut-il le dire, cette tribune recoupe précisément les préoccupations principales du positiviste que je m’efforce d’être ; Extraits et principes du grand Auguste :

1) la connaissance positive : La science, par ses méthodes,  permet d’arriver à des connaissances positives (scientifique) : « certaines, précises, relatives, organisatrices », qui permettent d’agir efficacement sur le réel : « savoir pour prévoir afin de pourvoir ! »
Un mot important est ici relative : d’une part, la science permet d’établir des relations entre des phénomènes, et non de connaître la nature intime de ceux-ci ( à supposer que cela ait un sens), d’autre part, les connaissances positives sont relatives à un certain domaine, par exemple la relativité Einsteinienne n’a pas rendue fausse la mécanique newtonienne, celle-ci rendant toujours d’importants services dans son domaine de validité.

2)  La science n’est donc pas une opinion comme une autre : « Il n’y a point de liberté de conscience en astronomie, en physique, en chimie, en physiologie, dans ce sens que chacun trouverait absurde de ne pas croire de confiance aux principes établis dans ces sciences par les hommes compétents »
Mais ! :
3) Autorité scientifique et non autoritarisme :  Dans la  science,  « l’autorité nait du concours et non le concours de l’autorité » (remplacer concours par consensus, si l’on préfère!)

4) Importance de l’opinion ; rôle et nécessité du pouvoir spirituel :
« Tout le mécanisme social repose finalement sur des opinions »
« L’irrésistible puissance de l’opinion publique constitue une force vraiment coercitive, puisqu’on s’y soumet sans être touché, ni convaincu des torts correspondants »
 « Liberté, liberté totale d’exposition, de discussion, d’appréciation »

Compte-tenu de l’importance et de la  puissance de l’opinion, le positivisme pense nécessaire l’instauration d’un pouvoir spirituel :

« Il est nécessaire que le pouvoir spirituel  soit au plus haut degré une puissance d'opinion. Il agira sur l’opinion et par l’opinion »
 « L’action du pouvoir spirituel consiste essentiellement à établir par l’éducation les opinions et les habitudes qui doivent diriger les hommes dans la vie active »
« Le journalisme, nouveau pouvoir spirituel » ( si, si ! CPP, 57ème leçon, mais revu ensuite ; les journaux sont inévitablement trop liés à des pouvoirs temporels)
«  Les attributions du pouvoir spirituel positif seront au nombre de quatre : l'éducation, le conseil, la consécration et le jugement »

Les moyens du pouvoir spirituel sont l’admonestation privée, le blâme public puis l’excommunication sociale. Il peut aller jusqu’à prôner le refus de concours (grève, boycott), voire l’insurrection. Il peut aussi, mais c’est alors une forme d’échec, transmettre au bras séculier !

5) nécessité de la séparation des pouvoirs temporels et spirituels :

Le pouvoir spirituel doit être complètement séparé du pouvoir temporel, sans quoi « il n’y a pas d’alternative entre la soumission la plus abjecte et la révolte directe ».
« L’asservissement général du pouvoir spirituel au pouvoir temporel, principale cause de la plupart des aberrations, pousse spontanément à remplacer la persuasion par la violence »
« Pour se borner à conseiller, il faut ne jamais commander, même par la richesse »
 « Si l’Etat n’a pas une religion propre, il ne doit pas davantage avoir une science à lui, ni une science privilégiée «  (Laïcité selon Julio de Castilho, chef du gouvernement positiviste du Rio Grande do Sul)

Les membres du pouvoir spirituel doivent « vivre au grand jour » (traduction : transparence sur les conflits d’intérêts, les choix idéologiques, politiques, religieux, tout ce qui susceptible d’interférer avec la fonction de conseil)

6) Incarnations modernes du pouvoir spirituel comtien- le GIEC.

Face à une menace qui concerne l‘ensemble de l’humanité, des experts scientifiques s’organisent et collaborent librement entre eux, arrivent à une connaissance positive (certaine, précise, organisatrice) concernant l’impact des activités humaines sur le réchauffement climatique, en tirent des conclusions qu’ils s’efforcent de faire partager aux dirigeants temporels (chefs d’Etats, chefs d’entreprises) (conseil privé), et agissent de manière plus contraignante par l’opinion publique. Nous avons là un exemple presque complet du pouvoir spirituel comtien – presque, car il lui manque la sanction ultime, l’excommunication sous une forme modernisée. Cela viendra peut-être.

On peut prévoir, et ça sera une bonne chose, que naîtront des équivalents du GIEC pour la génétique, l’intelligence artificielle,…
Les comités d’éthiques, les agences de régulation (agence du médicament, de sécurité sanitaire, autorité de sécurité du nucléaire), les académies et sociétés savantes accomplissent parfois et partiellement des missions de pouvoir spirituel.
Et Wikipedia  ? sans doute aussi, et même un pouvoir spirituel de très bon aloi, plus performant qu’aucune encyclopédie du passé. Que les multiples contributeurs et éditeurs qui permettent son existence en soient remerciés !
Et les réseaux sociaux ? Un pouvoir spirituel à l’état sauvage alors ! Même si parfois, certains groupes, certains threads diffusent, autour de groupes ayant une compétence et une autorité scientifique, une information de qualité rendue plus accessible à tous !

 No Fake Science, l’opinion et les journalistes

Et maintenant, à chacun de se débrouiller avec tout ça ! Mais si vous n’êtes pas convaincu que No Fake Science et les débats qu’ils suscitent  recoupent en grande partie la problématique du pouvoir spirituel de Comte… je peux plus rien.

Typiquement, No Fake Science a rempli le rôle d’admonestation du pouvoir spirituel, et encore assez gentiment.  Il l’a fait en appelant à la conscience professionnelle des journalistes, et à leur réflexion. Et ce n’est pas simple : certains réflexes professionnels  des journalistes (la pratique du doute, la méfiance  érigée en système contre toute autorité (mais ici d’un type particulier), la confusion entre objectivité et  équilibrage des points de vue, l’absence de hiérarchisation des sources...) conduisent en effet à méconnaître la nature de l’activité scientifique  et à des biais de nature à entrainer confusion, désinformation, voire manipulation de l’opinion publique. S’y ajoutent parfois les manipulations effectives de certains lobbies (les plus efficaces ne sont pas sûrement pas les plus évidents), l’action des communicants, l’émotion devant certaines situations. Le métier n’est pas vraiment facile.

Mais l’appel à la responsabilité de No Fake Science était nécessaire, et devenait même urgent ! Une belle preuve en a été donnée, juste quelques semaines après la parution de la tribune dans l’Opinion, du délire et de la manipulation médiatique à propos du tritium dans les fleuves français.
(cf. sur ce blog https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/07/tritium-et-boule-de-gomme-les-marchands.html).

Dans ce cas d’ailleurs, l’association à l’origine de ce qu’il faut bien qualifier de véritable manipulation et les media qui l’ont relayé ont fait courir des risques à la santé publique, en conduisant certains, en période de canicule, à se priver d’eau  du robinet. L’admonestation aimable ne suffit visiblement déjà plus. La loi sur la propagation de fausses nouvelles, si elle doit être maniée avec beaucoup de prudence, est trop peu appliquée ; la notion de trouble à l’ordre public ou de mise en danger de la vie d’autrui pourrait également être évoquée.

Et tiens ! Festival au moment où j‘écris (12 aout 2019) Le matin, le Secrétaire Général des écolos Julien Bayou sur France Inter a lancé en une minutes quatre contre-vérités majeures sur le nucléaire ; sur le coût, sur la possibilité de remplacement par les énergies nouvelles (fatales !), sur le « succés » de la transition énergétique allemande, sur les fuites de tritium dans les fleuves français) sans que le présentateur ne tente de rétablir la vérité ; décidément, France Inter n’est pas No Fake Science ! Un concours avec Le Monde ?

Et le Parisien du même jour, à propos des batteries électriques : « Attention donc à ne pas répéter l'erreur consistant en France à construire 58 réacteurs nucléaires sans prendre en compte ni le stockage ni le retraitement des déchets. »
NB 1) avec Orano, la France est numéro un mondial du retraitement de déchets nucléaires ( pour l’instant…) 2) il existe un consensus international des experts sur l’enfouissement des déchets) cf therad de Tristan Kamin ou par exemple https://lenergeek.com/2019/08/02/alternatives-stockage-geologique-dechets-nucleaires-tristan-kamin/
 A la longue, c’est un peu lassant….

Adjoindre au CSA un haut conseil agissant au nom de la science ? Pour Stéphane Foucart, c’est non !

Dans le Monde du 6 juillet 2019, Stéphane Foucart se félicite que le CSA, saisit par plus de 500 plaintes,  ait refusé de rendre un avis défavorable à l’émission d’« Envoyé spécial », de France 2 (17 janvier 2019) consacrée au glyphosate et se moque de l’idée avancée par un certain nombre de scientifiques d’ « attacher au gendarme de l’audiovisuel un haut conseil à la science ».

Citation : « Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a rendu, le 1er juillet, son avis sur le dossier glyphosate d’« Envoyé spécial », diffusé par France 2 le 17 janvier 2019. Il n’a rien à reprocher au magazine, malgré la virulence des critiques formulées à son endroit – souvent sur la foi de faits imaginaires. Insatisfaits, certains ont aussitôt dénoncé un manque de jugement du CSA et réactivent cette vieille idée des académies : attacher au gendarme de l’audiovisuel un haut conseil à la science, une sorte de « ministère de la vérité scientifique ». Il faudra, dans ce cas, bien choisir les « ministres ».

Voici ce qu’a déclaré le CSA : « En premier lieu, le CSA estime que le but du documentaire était de “présenter les pratiques de la société Monsanto en matière de recherche scientifique et d’études relatives au glyphosate” et non “d’apporter un éclairage scientifique sur la dangerosité” de cet herbicide. “Dans la plupart des sujets, il était rappelé l’absence de consensus scientifique sur le caractère cancérogène du glyphosate”

Eh bien, on se dit que le CSA aurait effectivement besoin de conseils scientifiques. On a en effet bien compris que le but d’Envoyé spécial n’est pas d’apporter un éclairage scientifique  sur quoi que ce soit, mais de faire de l’audience en dénonçant des scandales, même lorsqu’ils n’existent pas, en présentant des faits détournés de leur contexte, en mettant sur le même plan toutes les opinions, quels que soient les méthodes qui ont permis de les obtenir. Il existe un test assez efficace de mesurer ce qu’apporte cette émission : lorsque vous suivez un reportage sur un sujet que vous ne connaissez pas professionnellement, vous ne pouvez manquer de vous indigner- ils sont vraiment efficaces. Lorsqu’il s’agit d’un sujet que vous connaissez…eh bien, vous vous indignez aussi tant les faits  sont distordus et les conclusions controuvées… Ceci dit, il y a temps en temps de véritables scandales dénoncés…

Sur le fond, cette vérité scientifique rappelée dans la tribune No Fake Science : « Aux expositions professionnelles et alimentaires courantes, les différentes instances chargées d’évaluer le risque lié à l’usage de glyphosate considèrent improbable qu’il présente un risque cancérigène pour l’humain »
On peut même être plus précis : il n’ y a actuellement aucune preuve ni biologique, ni épidémiologique, pour une molécule maintenant massivement utilisée depuis plus de 40 ans
(cf. par exemple https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/04/le-glyphosate-et-les-proces-de.html)

Donc, oui le CSA n’a pas joué son rôle et cela est dommage et même dommageable : que dire si demain une émission oppose à part égale vaccins et anti-vaccins et pointe des pratiques qui peuvent être parfois contestables de l’industrie pharmaceutique sans mentionner les immenses services qu’ont rendu les vaccins à l‘humanité ?

Les sociétés savantes, les académies sur ce sujet, et sur bien d’autres semblent assez inaudibles. La société manque d’un pouvoir spirituel organisé, selon les conceptions positivistes.

Bizarrement, dans la suite de son article, Stéphane Foucart abandonne le sujet glyphosate et passe au climatoscepticisme. C’est peut-être qu’il se sent un peu…comment admonester gentiment ? un peu coupable. Car il sait très bien, et l’a lui-même avoué, ce que vaut toute la Fake Science mobilisée à propos de la toxicité du glyphosate- pas grand-chose, et que si le glyphosate a été ainsi soumis à de véritables procès de sorcières, c’est en raison de son utilisation couplée à des OGM ( en particulier proposée par Monsanto). C’est l’hostilité aux OGM et leur intérêt agricole et économique qui est le véritable moteur de la diabolisation du glyphosate ; et c’est un tout autre problème !

Donc, le grand spécialiste écolo du Monde délaisse le glyphosate et passe au réchauffement climatique et au climatoscepticisme. Suivons-le… pour voir !

Climatoscepticisme et Fake science : comment faire ? La tribune retirée de l’Actualité Chimique.
Donc Stéphane Foucart :

« Au cours des derniers mois, L’Actualité chimique (la revue de la société savante des chimistes français) a, par exemple, publié plusieurs chroniques climatosceptiques – l’une allant jusqu’à mettre sur un pied de quasi-égalité le mouvement antivaccinal et la mobilisation contre le réchauffement. En mai, sous les protestations, la publication a retiré l’un des textes litigieux.
Ce genre de situation n’a rien d’exceptionnel. Un regard rétrospectif sur la manière dont s’est propagée la vulgate climatosceptique ces dernières années suggère que ce sont des scientifiques, bien plus que des journalistes, qui en ont été les principaux moteurs. Sur le réchauffement, les tribunes ou les ouvrages les plus trompeurs ont été publiés sous d’éminentes signatures issues des sciences économiques, de la géologie, de la géographie, de la microbiologie, de la physique des semi-conducteurs, des mathématiques, de la chimie… Forts de leurs titres académiques, des scientifiques s’exprimant hors de leur champ de compétence ont largement contribué à tromper le public et les décideurs sur l’une des plus graves questions de notre temps.
En France, le principal bastion climatosceptique n’était ni une sombre église obscurantiste ni un mouvement d’homéopathes radicalisés : c’était l’Académie des sciences »

Stéphane Foucart aurait quand même pu rappeler le rôle du CEA et des climatologues français dans le GIEC et dans l’établissement de la responsabilité des activités humaines dans le réchauffement climatique : Claude Lorius, Jean Jouzel, Valérie Masson-Delmotte…

Je n’ai pas pu lire la tribune de l’Actualité Chimique à laquelle M. Foucart fait allusion…puisqu’elle a été retirée sous un torrent de protestations éclairées ( ?). Pour information, 25 chimistes membres de l’Académie des sciences, dont deux Prix Nobel ( Jean-Marie Lehn, Jean- Pierre Sauvage) ont protesté contre ce retrait.

Avant (et afin) de parvenir à une vérité scientifique (positive), il est normal que différentes hypothèses soient confrontées et que des débats aient lieu. Le principe positiviste doit s’appliquer sans restriction : « Liberté, liberté totale d’exposition, de discussion, d’appréciation ! »

Une fois une connaissance positive établie, eh bien , la beauté de la science est qu’elle n’a rien à craindre d’une critique, même mal fondée,  absurde ou malhonnête. Celui qui l’émet prend le risque du ridicule et de la marginalisation, voire de difficultés professionnelles à moins qu’il n’ait de solides arguments, et cela est juste et bon. Comme l’écrivent les Académiciens dans leur tribune : « C’est la pratique quotidienne des chercheurs, celle des séminaires dans les équipes de recherche, celle des conférences, celles des rapporteurs d’articles dans les journaux scientifiques. Nous en connaissons les règles : celui qui se permet d’émettre des doutes sur un travail sans argument ou avec des approximations évidentes peut s’attirer les remarques acerbes de ses collègues, mais il peut répondre à ses pairs, échanger avec eux. Par contre, tout argument mettant en évidence une faille dans le raisonnement va permettre immédiatement de revoir une idée, un concept, une expérience. C’est ainsi que la science avance depuis toujours. »

Donc, là encore,  aucun risque et que des avantages au principe « Liberté, liberté totale d’exposition, de discussion, d’appréciation ! », surtout concernant une publication comme l’Actualité Chimique ( sans les vexer, pas vraiment un media grand public !-NB je la lis avec plaisir, et même j’y ai publié !)

Il en irait tout autrement si un media grand public reprenait cet article de l’Actualité Chimique et la présentait comme, non pas comme ce qu’il est, un élément de débat, mais comme une opinion majoritaire de nature à remettre en cause le rôle humain dans le réchauffement climatique, ou  mieux et plus vendeur, comme une opinion minoritaire empêchée d’expression et brimée par le lobby de je ne sais pas quoi, tiens des éoliennes au hasard ! Là, le pouvoir spirituel devrait intervenir !

Confrontée au problème, la BBC a pris une position intéressante et controversée. Contrairement à ce qui a été parfois annoncé, la BBC n’a pas « banni les climatosceptiques de ses antennes » (ce que visiblement souhaiterait M. Foucart ). Son directeur de l’information, dans une instruction interne publiée début septembre, n’ a pas écrit qu'il ne faut plus jamais leur donner la parole, mais seulement qu'on n'est pas obligé, au nom d'un « équilibre trompeur », de les inviter à chaque fois qu'il est question du climat. « De la même manière, vous ne voudriez pas que quelqu'un nie que Manchester United a gagné 2-0 samedi dernier. L'arbitre a parlé. »

Cette attitude me semble parait assez équilibrée, appropriée et responsable. Elle laisse tout de même la place à des critiques de l’arbitre ou de l’arbitrage, si des éléments nouveaux et sérieux sont découverts. Si d'aventure un scientifique révélait de nouvelles données ou de nouveaux modèles de prévision qui viennent secouer le  consensus actuel, ou certains de ses éléments, sans doute pourrait-il s’exprimer. Et, bien plus, si un nouveau consensus, modifié sur certains points ou plus radicalement émergeait, la BBC agirait en conséquence.

Une remarque de Stephane Osmont dans une tribune sur le blog du point :  https://www.lepoint.fr/debats/osmont-climatosceptiques-contre-climatostresses-03-10-2018-2259784_2.php :
« Une fois qu'on a dit ça, une question se pose néanmoins : faut-il réciproquement bannir des antennes de la BBC les climatostressés, ceux qui exagèrent à dessein l'imminence et la gravité du péril climatique ? …Un certain malaise finit par s'installer quand on comprend qu'eux aussi malmènent le « consensus scientifique » en ne retenant que les plus flippants des multiples scénarios des experts internationaux du GIEC. Une petite dose de doute méthodique leur serait profitable. »

En effet. Mais surtout , maintenant, pour être cohérente, la BBC devrait appliquer le même traitement à ceux qui prétendent que le glyphosate est toxique sans apporter de nouveaux arguments validés par la communauté scientifique. Non ? Ou pour les anti-vaccins ? Ou ceux prétendent qu’il n’y a pas de solutions pour le traitement des déchets nucléaires ? Oui qui parlent de fuites de tritium ?

Dominique Meda : Combattre la fausse science ( Le Monde, 13 juillet 2019)

Extrait : « La seule manière d’empêcher la production de « fausse science » est de disposer d’institutions scientifiques puissantes, totalement indépendantes, dotées d’important moyens de financement et de scientifiques indépendants et bien payés, capables de répondre aux questions des gouvernements, des parlementaires et des citoyens … Or, comme l’ont unanimement souligné les lauréats du Prix Nobel présents à l’Elysée lors du débat organisé par la Président de la République avec des intellectuels le 18 mars, l’attractivité des carrières scientifiques est en France de plus en plus faible, et les moyens destinés à la recherche, censés atteindre 3% du PIB , n’ont jamais dépassé 2.3% depuis trente ans. La seule recherche publique atteint péniblement 0.8% et les recrutements y sont en forte baisse »
O.K pour la deuxième partie, même si le ratio public/privé n’est pas le plus défavorable en France par rapport aux pays comparables… ; de toute façon, nous sommes loin des promesses de l’agenda de Lisbonne, de l’Europe de la connaissance et de ses 3% du PIB...
Mais prétendre lutter contre la fausse science en établissant un corps de scientifiques d’Etat, chargé de la pureté de la science, éloigné de toute compromission, vivant dans une tour d’ivoire… cela me semble un peu baroque, et loin des réalités de la science réelle. Et même dangereux !« Si  l’Etat n’a pas une religion propre, il ne doit pas davantage avoir une science à lui ».

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