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mercredi 6 avril 2022

Initiative Européenne visant à faciliter les projets d’énergie renouvelable : c'est non !

La Commission Européenne consulte les citoyens et organisations européennes sur une initiative visant  à faciliter les projets de production d’énergie renouvelable. Elle se concentrera sur les principaux obstacles à la mise en œuvre des projets en matière d’énergie renouvelable, et notamment:

- la longueur des procédures d’octroi de permis

- la complexité des règles et des procédures relatives à la sélection des sites et aux autorisations administratives

- les problèmes de raccordement au réseau

- les effectifs des autorités chargées de l’octroi des permis

 La date limite de dépôt des observations est le 12 Avril 2022  (minuit, heure de Bruxelles)

 Site de la consultation : https://ec.europa.eu/info/law/better-regulation/have-your-say/initiatives/13334-Renewable-energy-projects-permit-granting-processes-&-power-purchase-agreements/feedback_en?p_id=27739078

 Bon, évidemment, pour moi c’est non ! Argumentaire

1) En France, l'électricité est déjà décarbonnée à plus de 90% grace au nucléaire et à l'hydraulique. Remplacer partiellement le nucléaire par de l'éolien comme le propose l'actuelle PPE ( programmation Pluriannuelle de l'énergie) est une aberration climatique et économique. Dans ces conditions l'éolien ne peut avoir qu"un rôle très limité dans la décarbonation d'une électricité déjà très décarbonée.

2) La France est l'un des pays les plus laxistes qui soit en matière de distance minimale des éoliennes aux habitations ( 500m , datant des premières générations d'éoliennes) . L’implantation d’éoliennes terrestres et littorales se heurte à des résistances de plus en plus grandes du fait des nuisances qu’elles occasionnent : bruits, dénaturation et défiguration des paysages, perte de valeur patrimoniale des biens immobiliers ou d’attrait touristique des régions concernées. L'Académie de Médecine a recommandé à plusieurs reprises une distance minimale d'au moins dix fois la hauteur de l'éolienne, sans être entendue.

3) En matière d'éolien offshore, comme l'a fait remarquer la Commission Nationale de Protection de la Nature, la France est le seul pays où les projets de grands parcs éoliens sont systématiquement à moins de 25 km des côtes, contre une moyenne de 40 dans les pays de l'UE.  La configuration des côtes françaises (rocheuses avec une forte déclivité) impose la technique de l'éolien flottant, mais comme souvent évoqué dans les consultations, un éloignement plus important des côtes est possible en adaptant les solutions techniques des plates-formes gazière off shore.

4) De plus, la France est le seul pays à programmer un nombre important de parcs éoliens dans des zones Natura 2000, au mépris de la protection de la biodiversité, particulièrement dans les zones maritimes. Les études d’impact des éoliennes sur la biodiversité démarrent le plus souvent une fois l’implantation des projets décidée, négligeant la phase « évitement » de la séquence « éviter-réduire-compenser » telle que pourtant le prévoit la loi .

5) Les Français s'opposent de plus en plus à la transformation de leurs plus beaux paysages côtiers en zones industrielles (on évoque 40 à 50 parcs éoliens géants le long des côtes), pour un bénéfice climatique inexistant et à un coût économique exorbitant, qui ne justifient nullement que l'on revienne sur un siècle de protection des paysages et de l'environnement..

6) Pour obtenir le permis de construire, les entreprises responsables de l'implantation des éoliennes terrestres et littorales sur une commune sont tenues de présenter une étude paysagère." Cette dernière n'est qu'un simulacre d'intégration plastique. Par conséquent, il n'est pas étonnant que se développe, chez les populations concernées, le sentiment de vivre dans un territoire sacrifié par une politique autoritaire dont le ressort leur apparaît avant tout idéologique. " (Académie des sciences, Académie des Beaux-Arts, Académie des Sciences Morales et Politiques : Quelle place pour les éoliennes dans le mix énergétique français ?)

De plus les Préfets, soumis à des objectifs par le ministère de la transition écologique, pèsent de tout leur poids en faveur des projets éoliens, au détriment de leur mission d'intérêt public et de protection des habitants.

7) "L'implantation des éoliennes suppose un sacrifice considérable et généralisé à toute la population. Au vu des conséquences la décision de leur implantation est d’une responsabilité énorme et ne peut être prise qu’avec la certitude absolue de son bien-fondé. Face au sacrifice consenti ce serait une faute impardonnable de la part de nos décideurs que de nous obliger dans quelques années à assister partout en France aux spectacles désolant de champs d’éoliennes abandonnés parce qu’inutiles ou non rentables. Tel risque d'être le paysage que nous laisserons aux générations futures" (idem, note des trois Académies, Quelle place pour les éoliennes dans le mix énergétique français ?)

8) On peut aussi ajouter que les Energies dites renouvelables bénéficient déjà d’un statut exorbitant du droit commun. Ainsi, en application de l’article 16 de la loi n°2011-525 du 17 mai 2011 dite de simplification et d’amélioration de la qualité du droit, l’Etat peut recourir, préalablement à l’adoption d’un acte réglementaire, à une simple consultation sur Internet. 

 

Le décret Lecornu (29 novembre 2018, décret n°2018-1054), pris en application de la loi du 10 août 2018 pour un Etat au service d’une société de confiance ( ??), a supprimé le double degré de juridiction dans le contentieux éolien. Désormais, les recours formés contre les permis de construire, les autorisations d’occupation du domaine public, les autorisations d’exploiter et l’ensemble des décisions administratives relatives aux projets éoliens terrestre ne pourront plus être contestée que devant les cours administratives d’appel, en premier et dernier ressort….(NB c’était déjà le cas pour les éoliennes en mer, le décret Lecornu l’étend aux éoliennes terrestres)

 

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/12/les-energies-renouvelables-un-statut.html

9) Pour toutes ces raisons, les pouvoirs publics français doivent davantage protéger les citoyens des méthodes abusives, des mensonges, des manipulations  des promoteurs éoliens, et non leur simplifier la tâche !

10) Et pour rappel : "Par contre comprendre que 80 % des gens qui vous disent que le développement des ENR  électriques en France soutient la décarbonation et finalement la transition écologique en France je pense que ce n’est pas bon non plus parce que le jour où les gens vont vraiment comprendre que cette transition énergétique ne sert pas la transition écologique vous aurez une réaction de rejet de ces politiques en disant vous nous avez menti ...."

(Marjolaine Meynier Millefert, LREM, (Rapporteur de la Commission d’enquête parlementaire sur les énergies renouvelables et la transition énergétique, Commission Aubert, Colloque National Éolien 2019)

#margoulinsdel'éolien

mercredi 30 juin 2021

Comité de prospective de la CRE- Les énergies marines

Le SER, un lobby efficae à l’œuvre

« Cette année, j’ai confié au groupe de travail « bouquet énergétique », placé sous la présidence d’Hugh BAILEY, Directeur général de General Electric France, et de Marc LAFOSSE, Président d’Énergie de la Lune et Président de la Commission Énergies marines du SER, la difficile mission d’éclairer l’avenir de la filière énergies marines française » (Jean-François CARENCO)

Commentaire : qu’on demande une expertise à des scientifiques travaillant pour les ENR, O.K à condition qu’elle soit contradictoire ; mais que la CRE demande à l’un des principaux dirigeant du lobby des ENR de codiriger un groupe de travail…, c’est un peu embêtant.

« Ce rapport, qui se veut accessible à tous les publics – y compris aux non spécialistes du secteur de l’énergie –, a pour ambition de nourrir le débat public, en s’appuyant sur l’analyse des principaux acteurs, privés, publics et parapublics, de l’énergie en France. Il est rédigé sous la seule responsabilité des deux co-présidents, Hugh BAILEY et Marc LAFOSSE »

Commentaire : donc, on est bien d’accord, il engage pas la CRE !

Parmi les participants et intervenants, que des partisans des ENR, donc pas un bémol ne sera exprimé. Amusant :  on trouve notamment quatre représentants de Naval Energies

Commentaire : Décembre 2020 : « Naval Energies ambitionne de devenir un acteur industriel de référence au niveau mondial de l’éolien flottant. Le dynamisme du marché français permet à Naval Energies de se projeter ambitieusement sur les marchés export »

Février 2021 : Naval Group cède sa filiale Naval Energies, mettant en avant « l'immaturité du marché des énergies marines renouvelables » : « L'éolien flottant représente des investissements considérables pour une rentabilité incertaine, voire inatteignable »

 Les mensonges habituels sur la France en retard…

 « La France possède le deuxième gisement de vent éolien marin le plus important d’Europe, ainsi que la Zone Économique Exclusive (ZEE) la plus étendue après les États-Unis. Un réel potentiel existe en ce qui concerne la production d’EMR dans le pays, bien qu’il soit aujourd’hui largement sous-exploité par rapport à ses voisins européens… plusieurs États au sein de l’Union européenne se sont fixés des objectifs de développement des EMR, là où la France semble restée sur la réserve, alors même qu’elle dispose d’un potentiel bien supérieur »

 Commentaire : C’est faux ! La Commission Européenne a validé en juillet 2019 des tarifs compris entre 131 et 155 € par MWh pour les parcs éoliens français (sauf Dunkerque  (44 € par MWh) . La Commission justifie ainsi ces prix particulièrement élevés :"Ce soutien élevé par rapport à ceux pratiqués en mer du Nord ou en Baltique se justifient par deux particularités des côtes françaises : des vents plus faibles et une nature de sol plus complexe (sols rocheux carbonatés au lieu de sols sableux ou argileux). »

Bon ben si les côtes françaises ne sont pas adaptées à l’éolien off shore, faut pas en faire…

 « Proposition n°1 : afficher des objectifs plus ambitieux pour la filière des EMR en adoptant lors de la révision de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) en 2023 les objectifs suivants : - éolien en mer : 18 GW en 2035 et 50 GW en 2050 (le potentiel technique exploitable identifié par l’Ademe est de 16 GW pour le posé et 34 GW pour le flottant) »

 Commentaire :  Ça représente de l’ordre de 100 parcs comme Saint-Brieuc ! Il ne resterait rien de ce pays et de ses littoraux. Et puis, bonne chance, hein !

 « Proposition n°2 : la mise en place, après un débat public national associant l’ensemble des parties prenantes, d’une planification nationale maritime engageante à horizon 2050, dont le principe serait inscrit dans la PPE. Ce portage politique pourrait être assuré par le ministère de la Mer….

Le groupe de travail recommande également la simplification des procédures d’autorisation administratives, ainsi qu’une unification des différents essais en mer : - Proposition n°9 : généraliser le modèle de l’autorisation unique mis en place pour les projets d’EMR en Zone économique exclusive (ZEE) à l’ensemble des projets, y compris ceux dans le domaine public maritime. »

 Commentaire : Ben voyons, Open bar pour les margoulins de l’éolien. Wind Europe était plus franc : « Nous allons devoir approcher différemment la planification de l’espace maritime. Les zones aquatiques doivent pouvoir faire l’objet d’usages multiples….Pour faciliter le développement des parcs offshore, la Commission Européenne va donc devoir résoudre ce problème en priorité. »

Autrement dit, pousse-toi de là que je m’y mette ! l’éolien off shore aura priorité et on enverra valdinguer protection des paysages, conservatoires du littoral et les autres activités, telles la pêche, le tourisme, la plaisance, les nécessités militaires.

 Une équation économique très très compliquée, surtout pour l’éolien flottant

« Enfin, l’ultime proposition vise à répondre à l’enjeu du stockage de la surproduction d’électricité des EMR : - Proposition n°11 : coupler la question du développement des EMR avec celle de l’hydrogène »

Commentaire : on sait déjà que cette production éolienne offshore sera excédentaire et lorsque le vent souffle en Europe, l’électricité générée ne vaudra rien, et même moins que rien : elle aura un prix négatif. Et par anticyclone d’hiver et d’été…ben, il faudra trouver autre chose. Alors, du coup, on vous propose de se servir de l’éolien offshore  pour générer l’hydrogène de la façon la plus chère qui soit.  

« L’éolien en mer posé est la technologie la plus aboutie et la plus compétitive. À ce stade, les pays les plus avancés sur les EMR ont axé leur développement sur les éoliennes en mer posées… L’éolien en mer flottant est en pleine expansion, mais pose encore certaines questions. Le premier parc d’éoliennes flottantes en mer, le projet Hywind, a été inauguré en Ecosse en 2017 par les sociétés Statoil et Masdar. Sa capacité de production est de 30 MW. Un autre parc éolien flottant, WindFloat Atlantic, a été mis en service fin juillet 2020 au Portugal. Ses trois éoliennes sont composées des plus grandes turbines au monde sur plate-forme flottante, et ont une capacité installée totale de 25 MW.”

Commentaire : merci de cet aveu ! Car justement, en France, il faut, compte-tenu des côtes, quasi-exclusivement de l’éolien flottant…On est donc pas si en retard…Et il reste effectivement beaucoup de questions

« Trois principales raisons expliquent le niveau élevé de risque des projets d’EMR : - à l’exception de l’éolien en mer posé, le niveau de maturité des différentes technologies n’est pas encore optimal, ce qui se traduit à la fois par des incertitudes sur la réussite des projets et par des coûts de production élevés (malgré un coût en baisse pour l’éolien notamment posé) ; - tous les types de projets ont été touchés par des sinistres importants ; - le retour sur expérience est encore faible ce qui limite les possibilités de modélisation et se traduit par la prise de marges plus importantes par les financeurs et les assureurs…Les assureurs considèrent les projets d’EMR comme des projets à « risques aggravés ».

Commentaire : encore une fois, merci de cet aveu…On comprendra que vous aurez besoin de l’aide de l’Etat, pour vos projets si merveilleux… De beaucoup d’aide..

Pour mémoire, JMJ, soit  Jancovici  ( Fondation Nicolas Hulot, X-environnement, Shift Project, Haut Conseil pour le Climat…). Extrait de son exposé devant la Commission Aubert :

« L’éolien offshore aujourd’hui, c’est 25 milliards d’euros qui vont partir dans ce dispositif qui a encore moins d’intérêt que l’éolien terrestre. S’il y a un truc qu’il faut arrêter tout de suite, c’est bien ça ! Avec ces 25 milliards d’euros vous avez de quoi payer 6000 euros de prime de conversion du fuel en pompe à chaleur aux quatre millions de ménages français qui sont chauffés au fuel, qui sont souvent des ruraux, souvent précaires. Qu’on augmente mon taux d’imposition pour ça, moi je veux bien ! Mais qu’on me prélève un centime de plus pour payer l’éolien offshore, ce truc de Shadock »

« La part du raccordement dans le coût complet des projets éoliens en mer va augmenter. Aujourd’hui, concernant le raccordement, le volume d’investissements en portefeuille en phase de réalisation s’élève à 1,2 milliards d’euros, montant équivalent à celui du volume d’investissements en portefeuille en phase de développement. À l’avenir, les projets vont changer d’échelle et passer d’une moyenne de 500 à 600 MW à 1 GW. Par ailleurs, les parcs éoliens en mer ont tendance à s’éloigner de plus en plus des côtes. La zone maritime retenue pour le 4ème appel d’offres se situe à 70 kilomètres des côtes alors que pour les projets précédents elle était plutôt à 30 kilomètres. La combinaison de ces deux éléments entraînera une hausse du coût du raccordement. Actuellement, le raccordement représente entre 15 et 20 % du coût d’un parc. Les premiers raccordements sur le 1er et le 2nd appel d’offres coûtent un peu moins de 550 k€/MW, sans la plateforme et près de 800 k€/MW avec la plateforme. Pour le 4ème appel d’offres, le coût du raccordement s’élèvera à environ 1 milliards d’euros et le renforcement terrestre nécessaire représentera entre 50 et 100 milliards d’euros »

Commentaire : ah ben dites, ça tombe bien que le gouvernement ait justement récemment décidé de prendre ces frais de raccordement à sa charge, c’est-à-dire à celle du contribuable, au mlieu de la laisser à l’exploitant, comme c’était le cas auparavant.

« L’acceptabilité des énergies marines renouvelables fait encore débat notamment pour les riverains, les défenseurs de la biodiversité et les pêcheurs »

Commentaire : ben oui ! d’où de discrètes avancées législatives comme la  loi du 7 décembre 2020 d’accélération et de simplification de l’action publique (dite loi « ASAP ») qui permet notamment d’autoriser le ministre chargé de l’énergie à lancer la procédure de mise en concurrence avant la fin du débat public ou de la concertation préalable.

Décidément, le lobby des margoulins de l’éolien est très efficace. Merci à la CRE de lui avoir prêté la main !



vendredi 4 janvier 2019

Parlons énergie ! Tribunes et tweet de l’année


Parlons énergie et dérèglement climatique, c’est un sujet important pour les années qui viennent. En ce qui concerne les tribunes libres de l’année consacrées à ce sujet, je vous conseille les deux remarquables de Marc Fontecave, professeur au Collège de France dans Le Monde.

« Ecologie : Il n’y a aucune chance de voir une révolution se réaliser ….Nicolas Hulot a quitté son poste en déplorant la faiblesse des moyens engagés pour l’écologie, mais la sauvegarde de l’environnement exige des avancées technologiques et politiques qui ne se décrètent pas «  Marc Fontecave Le Monde, 03 septembre 2018_ https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/09/03/ecologie-il-n-y-a-aucune-chance-de-voir-une-revolution-se-realiser_5349357_3232.html

« Pétition « L’Affaire du siècle » : « Attaquer la France en justice est à la fois injuste, idiot et inopérant..Dans une tribune au « Monde », le professeur au Collège de France Marc Fontecave juge la pétition « déplacée », l’Hexagone étant, grâce à l’énergie nucléaire, un leader mondial en matière de limitation des gaz à effet de serre. Le Monde, 29 décembre 2018, https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/29/petition-l-affaire-du-siecle-attaquer-la-france-en-justice-est-a-la-fois-injuste-idiot-et-inoperant_5403389_3232.html

Et puis,  mon prix du tweet de l’année, de Tristan Kamin, très pédagogique sur la façon dont nous avons géré la première vague de froid de l’année du vendredi 14 décembre 2018

,Précis, pédagogique, instructif, bien rédigé, intéressant,…un peu inquiétant. Le récit palpitant  heure par heure, alimenté des commentaires et des graphiques adéquats. Je n’ai reproduit ici que les commentaires ! Siouplait ! Hésitez pas ! Allez voir le tweet avec ses figures !


Petit #thread sur les observations du jour sur @eCO2mixRTE. Vous l'avez remarqué, ça caille. #Vaguedefroid. Or, vous le savez probablement, la thermosensibilité du système électrique français est élevée : notre consommation élec. dépend beaucoup de la température. Résultat, depuis deux semaines, la consommation a une petite tendance à la hausse.
Soyez observateurs, c'est pas très visible
Oh, parenthèse mesquine. Vous vous souvenez que, le week-end dernier, je saluais les records de l'éolien ?Bah c'était en plein creux de consommation.
Et pendant cette semaine, face à l'envolée de la consommation ? Dans le jargon, on dit « bah » !
Fin de parenthèse mesquine.
On va surtout parler d'aujourd'hui, dans la suite.

Avec cette fichue thermosensibilité, la consommation ce matin a suivi une pente particulièrement raide.
Dans toute la suite, on va se placer sur l'intervalle 4h du mat' - 8h.
La consommation : +18 600 MW.
BIM. +30% en 4h.

Comment on a géré ça ?

Bon, 1) bad news  Le parc nucléaire envoyait déjà tout ce qu'il pouvait avant même le pic. Il a pu gratter quelques 800 MW quand même, mais c'est pas grand chose.
C'est pas un manque de souplesse du nucléaire, parce que pouvoir varier entre 50 et 100% en 10 secondes ne servirait à rien si t'es déjà à 100% au départ.
Alors je dirais juste que c'est un manque de nucléaire, tout court !
Cette haute production nucléaire pendant la nuit a permis de remplir les réservoirs de nos STEP, et d'exporter : à 4h du mat', on consommait 2300 MW pour pomper l'eau dans les barrages, et on exportait 2400   MW.
Et on était pas les seuls à remplir nos barrages : on exportait notamment 2900 MW vers le nord de l'Italie et 2200 MW vers la Suisse ;-)

On continues leBadNews : 2) Parc de centrales charbon HS.

Ok, c'est une bonne nouvelle pour le #climat, l'environnement, tout ça, mais du point de vue équilibre du réseau, dans ces conditions, c'est pas cool.  La raison : grève.
Bon, alors, comment on a pu gérer ce pic de consommation ?
Bon bah pour commencer, on a arrêté de pomper de l'eau. 2300 MW de consommation qui s'efface, en seulement 3 heures.
Et on tire un peu sur le gaz : La cogénération monte de rien du tout (100 MW), mais les centrales à cycle combiné se rendent un peu plus utiles : +700 MW (bon, tout gaz réuni, finalement, ça fait le même "petit coup" que le nucléaire).
Bon, à noter, on démarre pas les turbines à combustion. Ça consomme un max ces trucs là, c'est vraiment du dernier recours. Donc on les garde en chauffe, d'où les 19 MW je suppose, prêtes à monter en régime si besoin, mais, visiblement... Pas eu besoin.
Mais c'est un peu grâce aux turbines à combustion au fioul, en fait
de 0 MW jusqu'à 7h, on les a fait monter jusqu'à 1300 MW à 8h45, avant de redescendre progressivement au cours de la matinée. (NB ES faute de nucléaire, on est sauvé par le fuel !)
Un peu de positif dans tout ça quand même : c'est le matin, donc le soleil se lève, et passe de 0 à... 100 MW à 8h. Bon, c'est négligeable, en fait.

Et c'est là qu'on rigole : qu'en est-il de l'éolien ?
Bah il se fait la malle, avec une production qui a baissé toute la nuit, passant notamment de 2800 à 2400 MW sur le délai qui nous intéresse ici.
Bref, pendant cette énorme montée de consommation, les énergies intermittentes ont parfaitement joué leur rôle : elles ont accru le problème !

Ah, oui, je vous parle pas des bioénergies parce qu'elles sont restées très stables à 800 MW. C'est vraiment de la production en base.
Du coup, il nous fallait dégager 18 600 MW en 4h (20 900 MW en fait, mais on avait 2 300 MW de pompage qu'il "suffisait" d'arrêter), et avec nucléaire, charbon, gaz, biomasse, fioul, éolien, solaire, bioénergies, on a réussi à trouver... 1900 MW.

On a fait un dixième du taff !
Bon bah il est venu le temps de vous montrer la folle puissance de l'hydroélectricité.
Et vous faire comprendre que c'est insultant de mettre dans le même sac « ENR » ce truc merveilleux et les boulets éolien et solaire.

L'hydroélectricité, RTE la divise en 3 catégories.

1 - Fil de l'eau/écluses, comme la centrale de Toulouse, en photo ci-dessous. 
On les considère en général comme non pilotables : elles produisent en base, au fur et à mesure que l'eau passe et que les écluses sont activées.
Mais je devine qu'elles ont une certaine souplesse, puisqu'on peut délibérément choisir de faire passer plus ou moins d'eau dans les turbines.  Mais l'eau qu'on ne fait pas passer n'est pas retenue, elle est perdue (comme si on freinait une éolienne par temps venteux). 2 - Les lacs de barrage, j'ai pas besoin de vous expliquer j'espère . 3 - Les STEP : un lac en surplomb, un cours d'eau ou un bassin/lac en contrebas, et la possibilité de pomper dans un sens ou turbiner dans l'autre.

Et du coup, qu'est-ce que ça a donné ce matin ?

Oh, rien de fou. Les centrales fil de l'eau et éclusées, qu'on dit non pilotables, ont réussi à fournir une montée en puissance de 1900 MW rien qu'à elles !

Les lacs, quant à eux, ont dégagé 4500 MW supplémentaires en multipliant par plus de 4 leur production dans ce délai de 4h ! 
Et admirez moi cette magnifique rampe parfaitement régulière !

Quant aux STEP, outre les 2300 MW qu'elles ont cessé de consommer en passant du pompage au turbinage, c'est une production de 3400 MW supplémentaires qu'elles ont réussi à apporter.
Bilan : ce sont 9700 MW qui ont été apportés par la seule EnR électrique vraiment pilotable, et celle qui, depuis 40 ans, est véritablement complémentaire au nucléaire pour un MixÉlectrique bas-carbone.
Évidemment, le stock dans les barrages est limité, et trop le solliciter pourrait nous conduire à un manque d'eau au plus froid de l'hiver, quand on en aura le plus besoin, comme ça a bien failli être le cas l'hiver dernier : les riverains de lacs de barrage ont pu les voir presque vides...
Mais bon, cette année, on commence l'hiver avec un stock hydraulique plutôt correct, et un parc nucléaire qui s'annonce assez disponible, donc ça devrait mieux se passer.
Bon, c'est bien beau ça, mais +9700 MW d'hydraulique et +1900 MW de tout le reste, ça fait pas 18600 MW encore !


Bah ouais. Le reste, c'est en passant d'exportateurs nets à importateurs nets qu'on l'a comblé. 5100 MW de flux qui se sont inversés.
Bon, la somme y est toujours pas, il manque presque 2 GW... Et je ne sais pas pourquoi ?

J'ai fait l'hypothèse que le pompage des STEP était inclus dans la consommation, mais peut-être pas en fait, et ça expliquerait l'erreur .C'est pas bien grave, l'idée était davantage de sensibiliser aux différents moyens de production et leur pilotabilité dans les circonstances de ce matin. Et vous partager mon émerveillement devant la perfection de l'hydroélectricité dans ces conditions 
Et voilà ce que donne la superposition des filières, hors nucléaire que j'ai masqué parce qu'il écrase trop l'échelle sinon ^^(et il varie quasiment pas : 800 MW sur 52500, soit 1,5%).
Si je devais faire passer un message en conclusion, j'aurais bien envie de dire « vous voyez, il faudrait plus de nucléaire », mais je vais aller vers le plus politiquement correct... Et potentiellement plus utile.
Ce matin, on a été sauvé par le fioul (ça aurait pu être le gaz ou le charbon) et les imports (donc, entre autres, du charbon, du gaz, du fioul).
Évidemment, on a aussi et surtout été sauvés par l'hydroélectricité, certes propre, mais...une partie du stock hydraulique qu'on a turbiné aujourd'hui ne pourra pas servir demain à éviter des MW de gaz, charbon, fioul, imports. Donc l'hydroélectricité consommée aujourd'hui est une sorte de crédit sur des émissions futures de CO2.
Je dis souvent que le mix électrique est déjà décarboné et donc que si on veut faire un geste pour le climat, c'est pas vraiment l'électricité le sujet.


Néanmoins, vous pouvez agir pour le climat via votre consommation électrique. N'en déplaise à @onestpret ou @greenpeacefr, ce n'est pas en changeant de fournisseur.
N'en déplaise à @nWassociation, ce n'est pas vraiment en consommant moins.
Pas dans l'absolu, en tout cas.

C'est surtout en consommant mieux. Au meilleur moment. Et surtout pas au pire.

Donc si vous voulez réduire l'empreinte carbone de votre électricité, essayez de moins contribuer à ce pic de consommation du matin - et celui du soir, tant qu'à faire.
Ce que je fais, à titre perso, qui, comme beaucoup, me lève pile à l'heure pour contribuer à ce pic :
Quand est arrivé le milieu de l'automne, j'ai arrêté les douches le matin. Enfin, c'pas la douche le problème, c'est le sèche-cheveux derrière. 2 kW, ce fucking sèche-cheveux. C'est mort.
(Douche le soir et, si sèche cheveux, APRÈS le pic de conso, donc).
Également, je suis très frileux au réveil, donc je monte un peu le chauffage le soir.
Bah je le baisse d'autant dès que je suis levé, pour diminuer ma conso instantanée. Dès que je suis levé, pas au moment de partir au boulot.
D'autres trucs que je peux proposer : pas de bouilloire, ni de toaster au petit-dèj' si vous le prenez à cette heure là. On est vite à 2-3 kW pour chacun de ces appareils.
Pas non plus d'œufs ou bacon à la poêle sur plaque électriques ou à induction, évidemment :p
Et apprenez ces gestes à votre entourage. Vouloir éteindre les vitrines des magasins entre 23h et 7h ça a pas grand intérêt, point de vue CO2, et pourtant beaucoup y voient un geste fort ; expliquez leur notre mix électrique.
À votre entourage, et à vos enfants, le cas échéant ! Mes parents m'ont très tôt expliqué le concept d'heures pleines et creuses, pour programmer le lave-vaisselle ou m'expliquer à quoi servait le ballon d'eau chaude.
Et c'est devenu un réflexe, pour moi, de toujours prendre ça en compte.
Résultat : depuis que je vis seul, je constate que les deux tiers de ma conso électrique sont en heures creuses.
Et c'est économique, en plus, croyez-moi…

Fin du tweet !
Messages forts, à mon avis  :

1) Même pour un petit coup de froid, comme celui du vendredi 14 décembre 2018, on est vraiment ricrac en énergie de base. Il n’y pas trop de nucléaire, il n’y en n’a pas assez et cela va se voir bientôt, et sur les ruptures d’électricité, et sur les tarifs.
2) Même pour un petit coup de froid, comme celui du vendredi 14 décembre 2018, on a été obligé de compter sur une part importante de fuel et de carbone, soit interne, soit d’importation – Merci pour le climat.
3) Même pour un petit coup de froid, comme celui du vendredi 14 décembre 2018, les énergies intermittentes solaires et surtout éoliens ont parfaitement joué leur rôle : elles ont accru le problème.
4) Sur ce (petit) coup, on a largement été sauvé par l’hydraulique, la seule ENR pilotable, mais faudra pas y revenir trop souvent vu que que c‘est pas inépuisable et tragiquement limité par la géographie !

Conclusion :ben assez évident, non ! Du Nuc, des EPR, des SMR, des surgénérateurs !




jeudi 21 septembre 2017

Les margoulins des éoliennes

Les partisans des éoliennes  seraient du côté de la modernité, de l’écologie, du bien, des défenseurs du climat. Des moulins partout, tel est leur credo.  Se retrouvent catalogués au rang des «anciens» (voire des obscurantistes…), les défenseurs du nucléaire, ceux des paysages et des monuments historiques, ceux qui refusent les nuisances bien réelles des éoliennes, bruit et effet stroboscopique… Je reviendrais  sur l’immense ignorance, stupidité ou tromperie de ceux qui pensent qu’on peut équilibrer le réseau électrique français avec des éoliennes et du solaire.  Mais déjà un article très intéressant de Marianne du 25 août 2017 permet de mettre en évidence comment, comme pour la TVA carbone, l’énergie éolienne est devenue un terrain de jeu très rémunérateur pour un certain nombre de margoulins. Règles du jeu :

L’Etat et les consommateurs rackettés : Les investissements dans l’éolien sont artificiellement rentabilisés par l’obligation d’EDF d’ acheter l’électricité au double du prix de l’électricité nucléaire ou hydraulique. C’est le contribuable et consommateur qui est racketté deux fois, par ses impôts et par la facture EDF. Au profit des matrgoulins

Des sociétés opaques, voire des escroqueries : Des sociétés comme Opale et Velocita, citées par Marianne, promettent 5 à 7% de rendement par an, pour des emprunts rémunérés. Y’a qu’à croire, et, au moins en ce qui concerne la société FSB holding et sa filiale France Energie Finance, il s’agissait d’une véritable escroquerie pyramidale de type Ponzi avec évaporation des fonds non au vent des éoliennes mais vers des paradis fiscaux- la société a été mise en liquidation par la justice et les investisseurs ne reverront pas leur argent. Même lorsque ce n’est pas le cas, il faut savoir que les organismes emprunteurs ne sont pas des banques et n’offrent aucune des garanties bancaires usuelles. Comment des sociétés comme Velocita, au montage particulièrement opaque et dont les sociétés françaises présentent des pertes significatives (529.000 euros pour   millions de chiffre d’affaire pour Velocita Energies Service) peuvent-elles prétendre servir des intérêts de 5à7% par ans. Il n’y a qu’à croire ….

La chasse aux élus locaux intéressés : Il est très facile de trouver des élus locaux d’autant plus intéressés que les terrains à céder aux éoliennes leur appartiennent et qu’ils auront les profits, tandis que les nuisances seront pour les communes voisines. D’où la multiplication des conflits clochemerlesques, qui seraient drôles si l‘on ne parlait pas de vies gâchées  Voire l’inénarrable maire de Clerval ( Doubs) : «  la Tour Eiffel défigure aussi le champs de Mars, ici l’Etat c’est moi…) alors que c’est le village voisin d’Anteuil qui n’en peut plus de subir les nuisances et voient même ses rares usines partir. Ajoutons au moins 11 élus condamnés pour prise illégale d’intérêt en laison avec Velocita ou Volkswind. Et un projet qui a tout de même fait tiquer la protection du Patrimoine en pleine vue et proximité des magnifiques  salines d’Arc et Senans

Et pour le comble :

Une protection environnementale ancienne et délibérément laxiste : L’Académie de Médecine préconise une distance minimale de 10 fois la hauteur du mât entre l’éolienne et les habitations proches (soit 1500 mètres pour les éoliennes classiques actuelles ) pour préserver les habitants du syndrome éolien qui rend tout simplement la vie impossible. C’est également une norme européenne, mais qui n’est pas respectée en France où une norme plus ancienne et inadaptée aux éoliennes récentes plus importantes autorise à les implanter à 500 m des habitations. C’est tout simplement intenable !
Lorsqu’un tel système de margoulinage étendu se met en place, lorsque, pour le seul profit d’escrocs, des vies sont ainsi gâchées par le bruit, l’effet stroboscopique, la vie gâchée, la révolte est légitime. Faudra-t-il en venir à ce mot d’ordre que certains ont adopté en Corse : une éolienne, un pain de plastique…

 Signalons l’action de l‘association Europa Nostra :

« Dans de nombreux pays une importance démesurée a été accordée à l'éolien, sur terre comme en mer. Les gouvernements ont octroyé des subventions généreuses visant le développement de l'éolien ; ils ont relâché les mesures d'aménagement du territoire, et omis d'effectuer une analyse équilibrée de ses avantages et inconvénients. A travers l'Europe de vastes étendues de paysages splendides sont aujourd'hui dominées par des groupes d'éoliennes de taille toujours croissante, dont chacune en soi représente une petite centrale électrique. Le paysage est ainsi industrialisé et notre patrimoine naturel fortement endommagé…
 Dans de nombreux pays européens il apparaît que l'impact social, économique, touristique, historique, ainsi que sur la faune et sur le paysage est insuffisamment pris en compte dans le processus décisionnel relatif à l'éolien….

Le processus décisionnel des autorités publiques lié à la construction d'éoliennes et de groupes d'éoliennes devrait inclure la consultation de toutes les parties concernées et devrait être fondé sur la compréhension du caractère et des valeurs du paysage local, et pour tout projet, tenir compte des considérations suivantes :  l' impact sur la communauté locale, les résultats d'une analyse précise et objective de la réduction d'émission de gaz a effet de serre par l'éolien comme le prétendent les promoteurs, l'impact visuel sur la qualité du paysage local, en tenant compte du fait que les éoliennes modernes attirent de plus en plus l'attention en raison de leur grande taille (déjà au delà de 100 m et toujours croissante), et de leur emplacement sur des sites exposés et visibles ;   les dommages supplémentaires faits aux paysages, aux habitats vulnérables, aux cours d'eau et à d'autres facteurs environnementaux, survenant lors de la phase de construction, y compris la construction de voies d'accès, l'élargissement des réseaux d'électricité, l'augmentation du nombre de pylônes et de générateurs servant à la transformation et au transport de l'électricité. "




samedi 21 janvier 2017

Conservation du sang de cordon Ombilical : les margoulins contre la science

Un dossier pour le CCNE_ bénévolat contre affairisme

 Bonne chance à M. Jean-François Delfraissy, qui succède à  Jean-Paul Ameisen à la tête du Comité Consultatif National d’Ethique. Car il va tout de suite se heurter à un problème important et délicat : celui de la congélation du sang de cordon ombilical. La loi de bioéthique de 2011 autorisé le prélèvement et la conservation du sang de cordon ombilical, mais uniquement pour effectuer un don anonyme et gratuit, mais pas dans le but d’un usage médical futur pour le donneur lui-même. Or le TGI (tribunal de grande instance de Grasse) vient d’autoriser, le 21 novembre 2016, un couple à conserver le sang du cordon ombilical de son enfant à naître, pour un usage médical futur, « au regard des nécessités thérapeutiques dûment justifiées ». Il s’agissait en l’occurrence, dans une famille où existent des antécédents de cancer, de garder une source de cellules souches pour une future auto-greffe éventuelle.

Le sang du cordon ombilical contient des cellules souches habituellement localisées dans la moelle osseuse. Elles produisent les cellules du sang : globules rouges, globules blancs et plaquettes. Prélevées à la naissance, ces cellules souches, dites «hématopoïétiques», peuvent être utilisées comme une alternative extrêmement intéressante à la greffe de moelle osseuse pour traiter des maladies du sang, comme les leucémies ou les lymphomes, des maladies génétiques ou des déficiences immunitaires. Cette technique bien validée (plus de 20.000 greffes)  permet de remplacer les dons de moelle osseuse. C’est pourquoi la loi française a autorisé la constitution de banques publiques et non lucratives  de sang de cordons ombilicaux, provenant de dons anonymes et gratuits lors de l’accouchement – une pratique généreuse à encourager.

Mais jamais, au grand jamais, cette seule technique validée ne justifie la conservation du sang ombilical pour le donneur lui-même. Au contraire, la greffe de sang de cordon n’est active dans les leucémies que parce que le donneur et le receveur sont deux individus immunologiquement distincts (on parle de greffe «allogénique»). Et, en cas de maladie génétique, quel serait l’intérêt de conserver des cellules porteuses des même anomalies ?

Le consensus de la communauté scientifique

Il semble y avoir un fort consensus de la communauté scientifique sur cette matière. Dans un article très pédagogique du Figaro,  Luc Douay, hématologiste et membre correspondant de l'Académie nationale de médecine, affirme :
« Tout naturellement, beaucoup s'interrogent sur l'intérêt de conserver le sang de cordon de son propre enfant. Il s'agirait alors de mettre de côté ses précieuses cellules souches. Il n'est plus question ici de faire un don, mais bien de payer des banques privées à usage personnel pour congeler et conserver le cordon au cas où… En quelque sorte un pari sur une «assurance-vie cellulaire» ! Y a-t-il des raisons scientifiques et médicales avérées de proposer cela à des parents anxieux de protéger leur enfant ? La réponse est formellement non. »

Évelyne Marry (La Croix) : «  la conservation à des fins autologues (pour le donneur lui-même) n'a pas "d'intérêt scientifique". "Il est bien évident que l'on ne va pas greffer à un enfant malade ses propres cellules-souches porteuses de l'anomalie à l'origine de sa maladie »
François Goffinet, chef de service de la maternité de Port-Royal à Paris. : « Nous sommes de longue date confrontés à ce type de demande, que nous refusons. Je m’interroge sur les conséquences de cette décision de justice, qui pourrait encourager toutes sortes de requêtes irrationnelles. »

Jean Léonetti, remarquable rapporteur de la loi de 2011,  a estimé qu’il s’agissait « d’une transgression éthique et d’une illusion scientifique »  (Le Monde, 18 décembre 2016).
J’ai consacré récemment un article aux margoulins des cellules souches, prévoyant une série d’attaques de leur part en France et en Europe. Il semble que nous y soyons. Car il existe, aux USA et en Angleterre, des sociétés privées et très lucratives en forte expansion qui constituent des banques payantes de cellules de cordon, proposant de  les conserver  pour un futur usage personnel.  Quel usage futur ? Aucun n’est connu.  Si l’on ajoute à cela que seulement 7% des cordons prélevés sont conservés par les banques publiques pour des raisons de qualité, et que personne ne connaît les effets d’une conservation à long terme, il semble que nous ayons là affaire à une escroquerie et à une  exploitation indigne de l’angoisse des familles.
J'évoquai dans un blog récent les attaques des margoulins des cellules souches. En voilà un autre exemple.

Au nom de quoi jugent-ils ?

Il reviendra sans doute au CCNE de se prononcer sur cette affaire. Mais en attendant, on se demande bien à quelles « nécessités thérapeutiques dûment justifiées » faisait allusion le juge du TGI de Grasse qui a rendu son arrêt, et l’on se demande encore plus quelle compétences qui permettait d’aller ainsi contre la loi, avec comme effets prévisible de créer un antécédents qui permettra aux crocodiles et requins de la bio-escroquerie de prospérer et le risque de déstabiliser le système très utile du don anonyme et gratuit pour le traitement des leucémies. Mais au nom de quoi, de quelle compétence médicales les juges peuvent ainsi ignorer l’avis des experts et la loi elle-même ?

L’indépendance de la justice n’autorise pas n’importe quoi, et surtout pas le fait d’aller contre une loi que le juge est censé faire respecter. La loi est l’expression de la volonté du peuple français, et le juge est censé au nom de ce même peuple  Ce jugement de Grasse est scandaleux, et plus scandaleux encore le fait que le parquet n’ait pas fait appel. Il y a là, de la part de plusieurs magistrats, des fautes graves qui devraient entrainer des sanctions à la mesure des enjeux.

Personnellement, cela des fait des années que la justice rendue en mon nom ( pour 1/60 millionième) par une corporation de magistrats qui prétendent s’exonèrer de tout contrôle, hormis par eux-mêmes, me fait simplement vomir. Rappelons tout de même que l’institution judiciaire française a infligé un blâme minimal au fameux et toxique juge d’Outreau, tandis que M. le juge Van Ruymbecke ( Urba gracco, le financement du Parti républicain entre autres) que M. Le procureur de Montgolfier, à qui l’on doit toute de même la condamnation pour fraude de HSBC eurentt bien des ennuis….

Entendons-nus, c’est l’institution judicaire en tant que telle que je vise, et sa prétention à ne rendre aucun compte. Pas les magistrats individuels, en tous cas, pas tous, loin de là.