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lundi 28 juin 2021

Nouvelles de la taxonomie-juillet 2021

1) Résumé de la situation

La Commission européenne travaille sur une taxonomie verte, c’est-à-dire une sorte de labellisation destinée à guider les investissements financiers vers les secteurs et les activités les plus appropriés pour atteindre les objectifs climatiques de l’Europe, la transition vers une économie bas-carbone et un modèle de développement durable.

Dans une première version (premier acte délégué), le nucléaire est exclu de la taxonomie. Ce n’est, sous l’influence d’une Allemagne très combative, qu’un moyen très efficace d’étrangler le nucléaire en  le privant de financements à taux privilégiés ainsi que de l’accès au financement européen des plans de relance.

Exclure l’énergie nucléaire de la taxonomie européenne conduirait à fragiliser toute une filière (plus d’un million d’emplois en Europe dont 220 000 en France) qui fournit pourtant actuellement près de la moitié de l’électricité à faible teneur carbone dans l’Union Européenne. En outre, les secteurs utilisateurs de cette énergie, notamment les électrointensifs, seraient eux aussi fortement impactés ; les fournisseurs qui feraient plus de 5% de leur CA avec le nucléaire se verraient privés de label vert.

Au-delà, cette décision contrevient au critère de neutralité technologique que la taxonomie devait respecter, elle va à l’encontre de toute rationalité technique, scientifique et économique, elle dénie le droit à chaque Etat le droit de choisir son mix énergétique figurant pourtant parmi les Traités européens.

Devant les protestations d’un certain nombre de gouvernements européens, de syndicats, d‘ONG environnementales pro-nucléaires, la Commission s’est engagée à promouvoir avant la fin de l’année un second acte délégué incluant le nucléaire dans la taxonomie. Mais il semble qu’elle joue à nouveau la procrastination et  revienne sur ses engagements. Le combat pour la rationalité continue !

Pour les épisodes précédents, cf. https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/09/urgence-nucleaire-et-climatique-alerte.html ; https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/04/dernieres-nouvelles-de-la-taxonomie.html

2) Protestation de la République tchèque, de la Bulgarie, de la Grèce, de Chypre, de la Hongrie, de la Roumanie et de la Slovaquie au Conseil Environnement et Energie (10-11 juin 2021)

Réflexion sur la taxonomie de l’UE et d’autres mesures possibles :

La taxonomie de l’UE pour les activités durables est une législation ambitieuse renforçant la transparence des flux de capitaux dans les investissements durables. À l’origine, il était destiné à être utilisé uniquement par les marchés financiers. Entre-temps, il est devenu un instrument global qui affecte considérablement la plupart des secteurs de nos économies.

L’Acte délégué sur l’examen des critères techniques pour l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à celui-ci était censé fournir un outil complet, scientifique, crédible et ciblé pour une transition durable. Néanmoins, en n’incluant pas toutes les sources d’énergie, il apparait que cette intention n’est pas réellement réalisée.

Conformément au règlement taxonomique, tout au long de la majeure partie du processus conduisant à l’actuel projet d’acte délégué, les États membres ont été impliqués par l’intermédiaire du groupe d’experts des États membres ainsi que des parties prenantes concernées via des consultations publiques. Le sujet est devenu très politisé et extrêmement sensible.

Malheureusement, la phase finale des négociations sur le projet d’acte délégué a apporté des changements substantiels, en particulier en ce qui concerne le secteur de l’énergie. Nous estimons que ces changements de dernière minute ne tiennent pas suffisamment compte des positions des États membres. L’exclusion de certaines technologies énergétiques du projet d’acte délégué ou le report de leur inclusion pourrait entraîner une incertitude assez grave pour les institutions financières, les investisseurs et les entreprises, ce qui pourrait à son tour compromettre la transition énergétique nécessaire dans les années à venir.

En outre, nous pensons que l’exclusion ou le report de certaines technologies en ce qui concerne le projet d’acte délégué n’est pas conforme au principe de neutralité technologique consacré à l’article 19.1 a) du règlement taxonomie, ni à l’exigence énoncée à l’article 19.1 j) selon laquelle les critères techniques couvrent toutes les activités économiques pertinentes dans un secteur spécifique. C’est également un signe du manque d’ambition de l’UE dans l’offre d’une voie de décarbonisation viable tant pour les acteurs du marché que pour les États membres.

Étant donné que la taxonomie en général a un impact significatif sur tous les secteurs de l’économie, nous souhaitons inviter la Commission à proposer un ensemble non seulement ambitieux mais aussi réaliste de critères d’examen technique pour le secteur de l’énergie. En ce sens, nous apprécierions que la Commission informe les États Membres de l’état d’avancement des préparatifs de l’acte délégué complémentaire, qui devrait être publié sans retard inutile.

L’acte délégué complémentaire et la législation qui pourrait l’accompagner devraient tenir compte du fait que les États membres ont des points de départ différents et qu’ils ont l’intention d’utiliser différentes technologies à faible intensité de carbone et à zéro émission de carbone qui impliquent diverses voies de décarbonisation. Il doit donc laisser suffisamment de souplesse pour tenir compte du développement technologique actuel, de l’infrastructure existante et des bouquets énergétiques actuels, tout en offrant des perspectives réalisables pour les sources et technologies énergétiques à faible émission de carbone et à zéro émission de carbone.

Les secteurs économiques et les États membres doivent être habilités, grâce à des critères de sélection adéquats, y compris pour les activités de transition, à s’engager sur des voies de transition progressives et réalisables, conformément aux objectifs définis par l’UE en matière d’énergie et de climat.

Si cette protestation tchèque figure à l’ordre du jour du Conseil de l’Energie du 11 juin 2011, le compte-rendu du lendemain n’en fait semble-t-il aucune mention.

3) Implications de la taxonomie de l’UE pour la transition vers une économie durable - Informations de la délégation tchèque, soutenues par les délégations bulgare, grecque, chypriote, hongroise, roumaine et slovaque-Note au Conseil des Etats

Décidément très active, la République Tchèque a  aussi adressé une note sur la taxonomie au Conseil des Etats. Extraits :

« Dans le cadre législatif actuel, la taxonomie fournit un outil de transparence afin d’empêcher le greenwashing lorsque des produits et services financiers « durables » ou « verts » sont établis et promus. Parallèlement à la directive sur l’information en matière de durabilité des entreprises récemment proposée (révision de la directive sur l’information non financière), elle rendra également l’alignement des entreprises sur les objectifs de durabilité et de climat de l’UE plus visible et plus transparent. 

La taxonomie facilite l’identification des activités qui apportent une contribution positive substantielle aux objectifs environnementaux, tout en ne faisant pas de dommages significatifs dans d’autres domaines environnementaux et en respectant des garanties sociales minimales. Le cadre actuel de la taxonomie comporte plusieurs limites :

- Les critères de taxonomie n’autorisent en fin de compte qu’une approche unique (one size fits all) qui est très controversée en ce qui concerne son efficacité pour  l’atténuation du changement climatique. L’interprétation des activités de transition pour l’atténuation du changement climatique a été trop étroite et n’a pas permis à chaque pays de proposer des voies différentes vers la décarbonation.

- Même si les critères en cours d’élaboration sont censés être  fondés sur l’état de la science et neutres sur le plan technologique, plusieurs critères essentiels sont fondés sur des indicateurs et des mesures qui ne tiennent pas compte de la faisabilité technologique et économique, ce qui entraîne l’exclusion injustifiée de certaines activités de transition.

- L’idée de définir uniquement des activités durables qui contribuent activement à la réalisation d’objectifs environnementaux est largement mal comprise par le public, les décideurs et les entreprises, y compris le secteur financier. Tout ce qui n’est pas inclus dans la taxonomie est généralement considéré comme nuisible à l’environnement. Même si ce n’est pas le cas d’un point de vue juridique, les conséquences pratiques pour les options de financement et d’assurance peuvent être préjudiciables dans de nombreux domaines où une approche individuelle et une évaluation spécifique sont nécessaires.

Nous sommes d’avis que ces lacunes devraient être corrigées et que la taxonomie ne devrait être appliquée qu’en tant qu’outil de transparence. Cependant, la taxonomie devient progressivement une nouvelle norme pour les politiques de l’UE, grâce à sa mise en œuvre progressive par la Commission Européenne. Nous ressentons le besoin d’engager un large débat sur son application en dehors du champ d’application initial. Certaines implications découlent de l’évolution actuelle de la situation.

- Nous reconnaissons pleinement la nécessité de cesser de financer des activités nuisibles à l’environnement conformément au principe « ne pas nuire » (DNSH) du pacte vert pour l’Europe et au principe « ne pas nuire de manière significative » du règlement taxonomie. Toutefois, il est essentiel d’avoir une discussion appropriée sur les limites de l’utilisation des critères taxonomique comme système de référence pour le financement public. Le financement du secteur public diffère à bien des égards du financement privé. La taxonomie n’a pas été élaborée en vue de devenir la seule norme de financement, ni la norme législative.

- Il y a une incohérence dans la façon dont la Commission comprend et applique les critères « ne pas causer de dommage significatif » et, dans certains cas, « contribution substantielle »  se transforme en « seuil obligatoire », ce qui élimine indûment certains investissements ayant des incidences positives sur l’environnement.

- Il est largement reconnu que la taxonomie n’est pas un outil complet pour la transition et qu’elle ne peut pas servir d’indicateur pour la transition énergétique. La transition, du point de vue d’un État Membre, est une question d’interdépendances complexes entre l’économie et les politiques publiques dans une période et un contexte spécifiques, et des voies particulières vers la décarbonation.

- Des investissements transitoires sont nécessaires pour atteindre les objectifs ambitieux en matière d’atténuation climatique. Les approches individuelles adoptées par les États membres devraient être expliquées et comprises, mais ces approches individuelles ne peuvent être mises en œuvre sans une réelle neutralité technologique et une réelle souveraineté sur le bouquet énergétique. Les parcours de transition sont et seront différents selon les États Membres. Nous respectons pleinement nos obligations environnementales, mais nous ne serons pas en mesure de les respecter sans investissements transitoires privés et publics.

Nous demandons à la Commission Européenne et aux États Membres:

-  d’examiner, au niveau des experts appropriés ainsi que dans les forums politiques, les limites de la taxonomie et de ses critères, notamment le  « ne pas causer de dommage significatif » en tant que système de référence pour le financement de l’UE;

-  de reconnaître que la transition ne peut être réalisée avec une approche unique et que la taxonomie doit être un outil flexible pour toutes les voies de transition;

-  d’évaluer les conséquences de l’application pratique de la taxonomie, qui sont déjà plus larges que prévu à l’origine;

- de veiller à ce que les critères de la taxonomie soient fondés sur la science, technologiquement neutres, mais aussi réalistes compte tenu de l’état de la technique dans différents secteurs et États membres.

4) La Roumanie mise sur le nucléaire pour tenir ses objectifs climatiques

Pour la Roumanie, le recours au nucléaire semble la seule voie possible pour décarboner la production d’électricité et fermer les centrales au gaz et au charbon. La Roumanie soutient l’intégration du nucléaire dans la taxonomie verte. La Roumanie fait partie des nombreux pays de l’Est de l’Europe, membres de l’Union Européenne, et qui ont décidé d’investir dans le nucléaire pour tenir leurs objectifs climatiques, aux côtés de la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie et la Bulgarie.

Pour Teodor Chirica, président du conseil d’administration de Nuclearelectrica, à Bucarest, ce choix d’investissement  dans le nucléaire s’impose pour tenir les engagements de la Roumanie dans l’Accord de Paris :. « Aujourd’hui, on parle de 18 à 20% de nucléaire dans notre mix énergétique ; 30 à 35% est une part atteignable d’ici à 2050 si on reste sur la progression que nous avons aujourd’hui ».

Teodor Chirica espère par ailleurs que le nucléaire sera intégré à la taxonomie verte, et critique la posture des opposants à cette décision : “Les uns sont dans une posture politique, idéologique et les autres s’appuient sur la science. Si dans le pire des cas, la liste de référence de l’Union européenne, la taxonomie, n’intègre pas le nucléaire, cela ne veut pas dire que nous ne pourrons pas développer le nucléaire. Le problème, c’est que nous ne pourrons pas avoir accès à des financements abordables comme dans le cas des autres énergies et cela pourra pénaliser l’aspect économique du projet”.

La Roumanie envisageait au départ d’agrandir Cernavodă via un partenariat avec la Chine et le Canada, un projet piloté par China General Nuclear Power (CGN). Mais ces discussions ont été rompues, et c’est un consortium dirigé par la société d’ingénierie américaine AECom, avec des partenaires canadiens, français et roumains (dont Orano) qui développera l’extension de la centrale nucléaire, pour un total de 8 milliards de dollars

https://sfenral.fr/index.php/lire-la-suite-actus-semaine/216-actu-2021-24#:~:text=Ce%20vendredi%2011%20juin%202021,pour%20atteindre%20ses%20objectifs%20climatiques.&text=La%20Roumanie%20soutient%20d'ailleurs,nucl%C3%A9aire%20dans%20la%20taxonomie%20verte.

5) Pays-Bas : Le Parlement néerlandais a voté une motion pour soutenir l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie

Le Parlement néerlandais a maintenant demandé au gouvernement de soutenir l'inclusion du nucléaire dans la taxonomie ! Un geste essentiel qui fait du bien non seulement aux Pays-Bas mais aussi à nos alliés européens qui souhaitent également investir dans la nouvelle énergie nucléaire pour lutter contre les émissions de carbone !

Motion proposée par  Silvio Erkens :

La Chambre, après avoir entendu les délibérations, constate que la taxonomie de l’UE doit être neutre sur le plan technologique et devrait être établie sur la base de faits scientifiques; que l’énergie nucléaire est une source d’énergie à faible intensité de carbone; que, dans son rapport du début de cette année, le Centre commun de recherche indique que les effets de l’énergie nucléaire sont largement comparables à ceux de l’hydroélectricité et des sources d’énergie renouvelables et que cette évaluation permet d’ajouter l’énergie nucléaire à la taxonomie de l’Union Européenne; invite le Cabinet à collaborer avec  la France et d’autres États membres engagés dans l’énergie nucléaire  pour intégrer l’énergie nucléaire dans la taxonomie.

6) Finlande : déclaration de Riku Huttunen (Dg, Ministède de l’économie et de l’emploi, Nordic Nuclear Forum (NNF), 8–10 June 2021

Dans son discours d’ouverture, Riku Huttunen, du ministère des Affaires économiques et de l’Emploi, a souligné le rôle clé de l’énergie nucléaire en tant que source d’énergie sans émissions dans la lutte contre le changement climatique. Il a également mis l’accent sur le principe de la « sécurité d’abord » dans la réglementation et l’utilisation de l’énergie nucléaire et dans le développement de nouvelles technologies.

« L’énergie nucléaire joue un rôle important et croissant en tant que source d’énergie en Finlande. Pour que la Finlande atteigne la neutralité carbone d’ici 2035, nous devons être en mesure d’utiliser toutes les technologies d’énergie propre »

“Les politiques et la législation devraient être neutres lorsqu’il s’agit de choisir entre des sources d’énergie durables. C’est pourquoi il est alarmant de suivre le débat européen sur le financement durable et la taxonomie. Il devrait être évident pour tous que les mêmes critères de durabilité s’appliquent à toutes les sources d’énergie ».

“Toutefois, la Commission européenne a scindé son acte délégué sur la taxinomie en deux en reportant les règles sur le gaz et l’énergie nucléaire à un stade ultérieur. Il est donc très difficile de procéder à une évaluation globale de l’acte et aux États Membres de l’UE de prendre position à son sujet. Au lieu de considérations politiques, la neutralité technologique devrait être le principe directeur «

https://tem.fi/en/-/director-general-huttunen-at-launch-of-nnf2021-developing-nuclear-energy-requires-closer-international-regulatory-cooperation

Et la France ? Beaucoup d’Etats Européens comptent sur elle pour défendre l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie, elle est semble-t-il muette ! Non seulement nous ne disons rien, ou pas grand-chose, mais nous laissons un Pascal Canfin à la tête de la Commission Envi saboter leurs efforts.

Une réaction @renew europe, @Christophe Grudler ?










jeudi 2 mai 2019

Raisons de détester l’Eurokom-29 : Une Europe divisée politiquement unie culturellement serait une Europe plus forte !


Europe et Eurokom

Dans un de mes précédents blogs, je m’enflammais sur les propos de Macron à Epinal sur « l’Europe qui nous a donné la Paix ». Face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations et l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne

La Grèce était née divisée

« Suivant l’heureuse expression de De Maistre, on peut dire en quelque sorte que la Grèce était née divisée… La constitution géographique de la Grèce explique en partie cette division radicale, par l’excessive dissémination qui caractérise un tel territoire, non seulement dans l’Archipel, mais même sur le Continent, naturellement décomposé en un grand nombre de portions indépendantes, en vertu des golfes, des isthmes, des chaînes, etc. dont il est tant traversé. A cette considération extérieure, il faut joindre, pour compléter suffisamment une telle explication, une cause sociale non moins essentielle, consistant dans l’identité remarquable de ces diverses populations, civilisées presque simultanément, sous l’influence d’une langue à peu près commune, par des colonies dont l’origine était semblable, et la sociabilité fort analogue. De ce double caractère fondamental, il est résulté que chacun de ces peuples, d’abord sans doute aussi disposé que le peuple romain à poursuivre graduellement la conquête universelle, n’ jamais pu, malgré des efforts toujours renouvelés, subjuguer ses plus proches voisins…
Ainsi, pendant que l’Humanité s’y trouvait préservé de cette torpeur intellectuelle et morale que tend nécessairement à produire la prolongation démesurée du régime théocratique, la vie guerrière ne pouvait cependant y acquérir habituellement assez de prépondérance pour absorber, comme à Rome, les principales facultés des hommes éminents… Telle est la grande cause qui a rejeté en quelque sorte dans la vie intellectuelle une énergie cérébrale continuellement excitée, et que la destination politique ne pouvait suffisamment satisfaire ; la même influence agissant aussi sur les masses, quoiqu’à un degré beaucoup moindre, les disposait également à goûter cette nouvelle culture… Voilà donc par quel concours de conditions essentielles il a enfin surgi, dans la Grèce, une classe libre entièrement nouvelle, qui devait alors servir d’inappréciable organe au principal essor de l’élite de l’Humanité, comme étant à la fois éminemment spéculative sans avoir le caractère sacerdotal, et essentiellement active, sans être absorbée par la guerre… Ce petit noyau de libres penseurs alors chargés, en quelque sorte, des destinées intellectuelles de notre espèce, qui peut-être, sans les sublimes journées des Thermopyles, de Marathon ou de Salamine, ultérieurement complétés par l’immortelle expédition du grand Alexandre, resterait encore, même aujourd’hui, plongée partout dans l’avilissement théocratique. »

Auguste Comte, Cours de Philosophe Positive, Physique Sociale.

Ainsi donc, la Grèce était née politiquement divisée, mais culturellement unie. Et c’est ainsi que nous lui devons l’art glorification de l’homme, non des seuls dieux, la science, la philosophie, la démocratie. C’est ainsi qu’elle fut grande, capable de résister aux empires théocratiques comme la Perse, et lorsque le temps fut venu, conquérant sont rude vainqueur et nous transmettant un trésor intellectuel, social politique sur lequel nous vivons encore.

La Grèce, politiquement, divisée, culturellement unie.

Pourquoi L’occident chrétien inventa la circumnavigation, et pas l’empire chinois

C’est un point crucial de l’histoire des sciences et des civilisations que d’expliquer pourquoi l’Europe et non la Chine a découvert la circumnavigation. Entre 1405 et 1433, une série de sept grosses expédions navales (plusieurs dizaines de très grandes jonques, plus de vingt mille hommes), sous l’autorité de l’amiral Zheng He, quittent la Chine et atteignent les côtes de l’Afrique australe, descendant progressivement vers le Cap de Bonne-Espérance. Mais cet effort s’arrêtera rapidement. La Chine, empire alors unifié, se considérant comme le Centre du Monde, manifestait beaucoup de dédain et peu de curiosité pour le monde extérieur, elle estimait n’en avoir nul besoin, et les expéditions de Zheng He apparurent vite comme une fantaisie mégalomaniaque et coûteuse, sans aucun intérêt commercial. La mort d’un Empereur peu populaire et la fin de la faveur de Zheng He suffirent à provoquer l’arrêt immédiat des expéditions chinoises et entraînèrent même une réaction étonnante : en 1500, l’Empire Ming interdit la construction de jonques de plus de deux mâts. Au contraire, l’effort occidental d’exploration fut soutenu durant une longue période par la demande sociale et économique, et les rivalités des différents royaumes européens entre eux favorisèrent les entreprises des explorateurs ; c’est ainsi que Christophe Colomb, se voyant refuser le financement de son expédition par le Portugal, put se tourner vers l’Espagne.

L’organisation politique, compétition de divers gouvernements temporels sous un même pouvoir spirituel, une même civilisation, était idéale .L’avantage de divisions politiques stables à l’intérieur d’une même ère de civilisation, par rapport à un empire unifié ou à une instabilité chronique, est bien mise en évidence dans le livre de David Cosandey, Le secret de l’Occident, Arléa, 1997, Paris.

(Eric Sartori, Le socialisme d'Auguste Comte : aimer, penser, agir au XXIe siècle, L’Harmattan, 2012)

Une division politique, une unité culturelle !

L’Europe a-t-elle donc vraiment intérêt à une unité politique et économique plus importante ? Dans l’automobile,  nous avons des alliances Renault-Nissan-Mitsubishi, Dongfeng Peugeot, Volvo Geely, Fiat General Motor ; que se serait-il passé s’il n’y avait qu’un seul groupe européen, Volkswagen ? Est-ce qu’une Europe divisée ne s’avère (ne s’avérerait pas) pas finalement plus résistante, plus résiliente face à l’ agressivité économique chinoise, lui compliquant la tâche plutôt que de lui offrir une plate forme unifiée de débarquement ? Est-ce qu’une Europe divisée ne permet pas de résister davantage aux pressions américains, par exemple par des décisions contradictoires concernant les relations avec l’opérateur chinois Huawei ? Quelle pression s’exercerait sur une Europe dite unie !

Regardons par ailleurs ce que fait la Chine. Elle a visiblement appris des erreurs de son passé et veille à maintenir une certaine concurrences entre ses grandes villes et régions, chacune ayant, dans bien des domaines, leurs champions locaux, l’Etat intervenant parfois pour faire le ménage et chasser les indésirables, trop polluants, ou qui ne savent pas évoluer, ou aux pratiques financières douteuses.

Tout ingénieur, tout logicien sait que dans une construction en chaine, c’est la valeur du chainon le plus faible qui donne la résistance globale, alors qu’une construction en parallèle est beaucoup plus résistante. La constitution actuelle de l’Union Européenne, de l’Eurokom est de ce point de vue pathologique, tant et si bien que dans ces conditions, une Europe désunie est une Europe plus forte.
Diversité politique, temporelle, union culturelle, spirituelle ; c’est l’un des secrets des réussites des civilisations. Et c’est exactement l’inverse que nous faisons : nous tentons une union temporelle et monétaire, pendant que nous nous interdisons l’unité culturelle et spirituelle, que nous la mettons même en danger en ouvrant l’Europe à tous vents, ceux de l’immigration, ceux de l’extension indéfinie, ceux de la mondialisation culturelle et de la domination des idées et représentations américaines alors que nous négligeons notre patrimoine.

Il faut sortir de cet Eurokom.


jeudi 4 avril 2019

Chers amis allemands (3) : le fardeau de l’euro



Selon le Centre de politique européenne, la France et l'Italie sont les pays qui, faute de réformes suffisantes, ont le plus pâti de l'adoption de l'euro. Chaque Français aurait perdu 56.000 euros sur la période 1999-2017. Et les grands gagnants seraient l'Allemagne et les Pays-Bas.

Selon cette étude intitulée du CEP intitulée «20 ans d'euro: perdants et gagnants, une enquête 
empirique», la monnaie unique aurait largement pris à certains pays ce qu'elle a apporté à d'autres, depuis son introduction.

Un gain de 23. 000 euros pour les Allemands, un appauvrissement de 56.000 euros par Français !

Selon le CEP, c'est bien l'Allemagne qui est le grand vainqueur de l'introduction de l'euro, avec 1893 milliards d'euros supplémentaires pour le PIB, sur la période 1999-2017, soit un gain de 23.116 euros par habitant. Les Néerlandais ont gagné presque autant (21.003 euros), et première surprise, les Grecs n'auraient pas pâti de l'euro (+190 euros par habitant depuis 2001). Invité à préciser ce résultat étrange, l'économiste du CEP Matthias Kullas a souligné auprès de Die Presse que concernant la Grèce, l'euro a en effet apporté un gain de prospérité au début, qui a été ensuite annihilé par la crise économique à partir de 2010. Concernant l'Allemagne, pas de surprise: le pays s'est appuyé sur la stabilité de l'euro, dans la continuité du Deutsche Mark, pour exporter ses produits de haute valeur ajoutée.

Commence ensuite la liste des perdants. Si l'Espagne et la Belgique n'ont pas trop vu baisser leur PIB par habitant (-5031 et -6370 euros), les Portugais ont plus fortement souffert de la monnaie unique (-40.604 euros par personne). Et les deux pays les plus négativement affectés sont la France et l'Italie, qui ont perdu respectivement 3591 et 4325 milliards d'euros sur 20 ans, soit 55.996 euros par Français et 73.605 euros par Italien. Le bilan global semble donc, à l'échelle de l'économie européenne, plutôt négatif.

En ce qui concerne les deux lanternes rouges du classement, le Centre de Politique Européenne mentionne l'importance d'un outil de politique économique mort avec l'adoption de l'euro: la dévaluation. Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la France et l'Italie avaient en effet eu plusieurs fois recours à la dévaluation du franc et de la lire, pour soutenir leur compétitivité. Une pratique aux avantages et revers nombreux, utilisée pour la dernière fois en France en 1986, justement pour rééquilibrer la valeur du franc par rapport au mark allemand, et défendre les entreprises exportatrices. Depuis l'usage de la monnaie unique, les gouvernements des deux pays n'ont plus la possibilité de dévaluer, et selon le CEP, n'ont pas engagé les réformes qui leur auraient permis de rendre l'économique plus efficace, et de bénéficier de l'euro.

Bref selon le CEP, l’euro ça ne va pas ! et on ne peut pas lui donner tort (cf. http://vivrelarecherche.blogspot.com/search?q=probl%C3%A8mes+avec+l%27euro). 

Vu l’ampleur des dégâts, une solution pourrait être de  conseiller à la France de reprendre le contrôle de sa monnaie, et donc de précipiter la fin de la monnaie unique, de manière ordonnée. Mais le CEP s'inscrit dans la tradition de l'école de Fribourg, d'inspiration ordolibérale. Alors le think tank, à tous les pays, donne le même conseil : il faut faire des réformes  structurelles sur l'économie – traduisons : il faut faire tout comme les Allemands et obéir à leur diktat. Et le diktat le voilà, en ce qui concerne la France : « pour profiter de l'euro, la France doit suivre avec rigueur la voie de la réforme du président Macron»…Punkt

Tiens d’ailleurs, un truc que je comprends pas : si tous les pays deviennent exportateurs comme l’Allemagne, eh bien l’Allemagne perdra son excédent commercial record, hein ? Donc tout le monde ne peut pas faire comme l’Allemagne ; et d’ailleurs, tout le monde n’a pas envie de devenir allemand, ni d’être gouverné par les Allemands.

L’euro ne fonctionne pas !

Un gain de 23.000 euros pour les Allemands, un appauvrissement de 56.000 euros par Français ! Evidemment, le chiffre a choqué, alors l’étude a été mise en cause. Peu crédible, dit l'entourage du ministre français de l'Économie Bruno Le Maire à propos des résultats pour la France. « Une seule étude ne peut suffire à forger une opinion, d'autant plus que la méthode et les résultats peuvent prêter le flanc à la critique ». Les auteurs de l'étude ont en effet cherché à calculer quel aurait été le PIB entre 1999 et 2017 des pays qui ont adopté l'euro de longue date, si ces derniers avaient conservé leur monnaie nationale. La méthode retenue consiste à imaginer une évolution du PIB pour chaque pays, dans l'hypothèse où l'euro n'aurait pas existé. Les projections ont été réalisées en récréant virtuellement des trajectoires économiques à l'aide d'algorithmes, eux-mêmes basés sur les données de pays hors zone euro. Par exemple, le PIB fictif de la France sans euro a été établi en utilisant les données de l'Australie et du Royaume-Uni. C'est ce qu'on appelle "la méthode de contrôle synthétique ». Ca peut sembler un peu schématique mais le think tank précise que l'influence des évènements économiques indépendants est neutralisée.

Le chiffre peut être contesté, mais pas la réalité : l’euro fonctionne au profit exclusif des allemands et au détriment de tous les autres ! Et c’était évident dès le départ, cf par exemple la tribune de  Jean-Michel Naulot, membre du Collège de l'autorité des marchés financiers (AMF) de 2003 à 2013. http://l-arene-nue.blogspot.com/2015/03/leuro-en-crise-permanente-jusqua-quand.html ; Citations :

« Depuis l’origine, depuis sa conception même, l’euro est en crise. Dès le début des années quatre-vingt-dix, lorsque les autorités françaises décidèrent de défendre à tout prix la parité monétaire du franc avec le deutschemark pour préparer l’avènement de la monnaie unique, ce que l’on a appelé la politique du franc fort, la France a connu la crise. Tout au long de ces années, elle se tiendra à l’écart de la reprise économique mondiale. La politique de taux élevés pratiquée par la Banque de France cassera la croissance et, ce que l’on a tendance à oublier, fera exploser la dette publique. Pendant les années Bérégovoy - Balladur - Juppé (1992-1997), la croissance sera ainsi en moyenne de 1,5%, au lieu de 3,5% aux Etats-Unis, et la dette publique passera de 36% du PIB à 60%. Et pourtant, les premiers ministres de l’époque n’avaient pas la réputation d’être particulièrement dépensiers ! Le bond en avant de la dette publique française date de ces années-là. Lorsque la croissance n’est plus là, la dette augmente. La dette publique progressera à nouveau de manière spectaculaire dans la période récente en liaison avec les deux crises financières des subprimes et de l’euro (de 64% du PIB en 2007 à 95% en 2014). »

« Il faut tout faire, dès maintenant, pour que la zone euro ne soit plus le maillon faible de la croissance mondiale. L’arrivée d’une nouvelle crise financière, à échéance rapprochée, n’a en effet rien d’improbable »

« Le constat est clair : depuis sa création, l’euro n’a pas tenu ses promesses, ni en termes de prospérité, ni en termes de rapprochement des peuples. Il aurait fallu un miracle, celui du fédéralisme, pour qu’il en soit autrement. Depuis qu’existe la pensée économique, nous savons qu’une zone monétaire est indissociable de la souveraineté, Etat ou fédération. Sans cette condition, une zone monétaire ne peut fonctionner que de manière sous-optimale. Robert Mundell, Michel Aglietta et tant d’autres économistes avaient très bien montré avant l’arrivée de l’euro que sans transferts financiers massifs, sans une solidarité équivalente à celle qui existe entre l’Etat de New-York et celui de Californie, une zone monétaire se traduit par le renforcement des plus forts et l’affaiblissement des plus faibles. »

Eh oui : l’euro ne peut fonctionner sans transferts massifs, sans fédéralisation. Allons vers la fédéralisation répètent les perroquets de l’ultra libéralisme.  Oui, mais la fédéralisation, ça veut dire ceci : aux USA, lorsque la Louisiane  perd un euro, le système fédéral lui redonne 60 cents (en Europe, pour un euro perdu c’est un cent seulement selon Patrick Arthus). Donc la fédéralisation, ce seraient des transferts massifs, et plus que massifs de l’Allemagne vers l’Europe du sud et de l’est.
Croyez-vous que les Allemands l’accepteraient ? Non la seule chose qu’ils souhaitent, c’est de maintenir l’euro tel qu’il existe et tel qu’il leur profite énormément, au détriment des autres. Et quand ça ne sera plus tenable, lorsque tous les pays européens, sauf l’Allemagne en seront au point de la Grèce, eh bien ils ‘sen iront.

Alors, il faut tout changer ! Maintenant ! Et éventuellement s’en aller !



mardi 22 janvier 2019

Raisons de détester l’Eurokom-26 : l’idéologie austéritaire, quoi qu’il en coûte !


Europe et Eurokom

Dans un de mes précédents blogs, je m’enflammais sur les propos de Macron à Epinal sur « l’Europe qui nous a donné la Paix ». Face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations et l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne

L’austérité comme  unique stratégie

L’Union européenne s'est également dotée d'une « stratégie 2020 » pour remplacer celle de Lisbonne. Elle impose un pacte de stabilité sur les finances publiques. Elle a mis au point un instrument de gouvernance impitoyable, le « semestre européen », un semestre de coordination durant les six premiers mois de l'année, sur lequel vient se greffer un « pacte pour l’Euro plus » concernant 23 Etats. En matière budgétaire, des sanctions financières sont maintenant prévues. Le six pack adopté par le Parlement européen en septembre dernier donne de très larges compétences aux responsables des Affaires économiques et financières de la Commission européenne (Ecofin). Ils peuvent obliger les pays à supprimer les déséquilibres budgétaires et/ou macroéconomiques, sous peine de sanctions. Le Conseil Ecofin établit un tableau de bord pour chaque Etat membre et ainsi fournit les moyens de comparer les Etats membres les uns aux autres.

Tout ceci organise et encourage le dumping social. En effet, ces instruments visent à rassurer les marchés et les services financiers en faisant de la réduction des dettes publiques une priorité tout en organisant le transfert des capitaux publics vers le capital privé et les marchés financiers. Ce contexte de rigueur a des répercussions sur les politiques sociales nationales et sur les droits du travail et de la protection sociale des Etats membres. Les derniers actes adoptés par les instances européennes préconisent des actions précises en matière sociale comme une augmentation de l’âge de la retraite, une retraite par capitalisation, une modération salariale c'est-à-dire un blocage voire une baisse des salaires, notamment de la fonction publique, une privatisation des services publics, et enfin une décentralisation de la négociation collective vers le niveau de l’entreprise au détriment des branches. La conformité à la notion de travail décent ou d’emploi de qualité et donc la légitimité des déréglementations massives du droit du travail sont aujourd’hui questionnables. Mais au-delà, on ne peut que s’interroger de manière plus fondamentale sur l’adéquation d’une réponse à la crise en termes de flexibilisation du marché du travail qui alimente une explosion des inégalités comme des insécurités dans la plupart des pays analysés.

De fait, les politiques de flexicurité, que d’aucuns contestaient, se sont quasiment volatilisées pour revenir à une flexibilité pure et dure.

La nouvelle Union qui se prétend de « stabilité et de croissance » fait l’impasse sur une dimension sociale dynamique. Si cela se confirmait c’est non seulement le modèle social européen qui serait en question mais aussi un facteur essentiel de notre performance globale. (cf. C. Teissier et al, “ Quel droit social en Europe après la crise ?)

Nous voyons bien d’où vient la politique brutale et régressive des ordonnances Macron : elle n’est que la traduction française de la stratégie 2020, la stratégie austéritaire de la secte libérale au pouvoir à la Commission.

Le pire est que toutes les études montrent que  la situation de l’emploi dans les pays de l’Union  ne dépend pas des législations de protection d’emploi, systématiquement visées par les mesures type Macron de la Commission mais bien plus de l’état général de l’économie ! 

L’austérité en Grèce : un échec cruel, une catastrophe sociale, économique, sanitaire

Entre 2007 et 2015, le PIB grec a baissé de près de 35%, le chômage se situe toujours aux alentours de 20% (le chômage des jeunes avoisine quant à lui les 50%) et la dette est stable… à 180%, loin, très loin du seuil sacré des 60% demandés par les critères de convergence. Si la situation financière de la Grèce ne s’est pas aggravée, c’est grâce à la communication de la BCE, et en particulier grâce au célèbre « whatever it takes » de Mario Draghi qui a promis en 2012 de sauver l’euro à tout prix. 300.000 jeunes ont émigré pour construire leur vie ailleurs. La pauvreté et les inégalités se sont accrues.  Les hôpitaux manquent de médicaments et de médecins et les services publics se sont détériorés. Pour remplir les caisses de l'Etat,  les impôts ont explosé, du moins pour les salariés et les retraités et la TVA n'a cessé d'augmenter (24 % actuellement pour le taux principal).

Bien plus, l’austérité a en priorité frappé les plus pauvres et provoqué l’explosion des inégalités. Selon un rapport de l'institut Hans Böckler, depuis le début de la crise les impôts ont augmenté de 337 % pour les plus pauvres contre seulement 9 % pour les plus riches, et les 10 % les plus pauvres ont perdu en moyenne 86 % de leurs revenus, contre 17 à 20 % pour les 30 % les plus riches

Partout en Europe, l’austérité a entrainé une aggravation de l’état sanitaire ; en Grèce, ce fut une véritable catastrophe. Selon une étude britannique, on constate depuis le début de la crise  un doublement des cas de suicides, une hausse des homicides, une augmentation de 50 % des infections au virus HIV. Faute de moyens de subsistance, le recours à la prostitution est également en augmentation. Certains patients ont dû réduire leurs dépenses de base comme le chauffage ou la nourriture pour pouvoir continuer à suivre leurs traitements médicaux. Faute de moyens, certains hôpitaux en viennent à emprunter à d'autres hôpitaux du matériel médical, ou même à demander à leurs patients de l'acheter eux-mêmes. En raison d'une trésorerie insuffisante ou d'un manque de personnel, des hôpitaux ont dû fermer ou arrêter temporairement leurs activités dans tout le pays. La part du prix des médicaments que les patients doivent payer, officiellement de 25 %, se monte dans les faits à 40 ou 60 %. La compagnie pharmaceutique Merck a annoncé qu'elle ne livrerait désormais plus le médicament anticancéreux Erbitux aux hôpitaux publics grecs, en raison de leurs difficultés de paiement. En 2012, des cas de paludisme ont été détectés en Grèce, une première depuis 37 ans. La mortalité infantile a progressé de 43 % !

Et pour quels résultats ? Le FMI a reconnu en 2013  qu'il avait plongé la Grèce dans une crise bien plus grave que nécessaire en sous-estimant l'impact des premières mesures de restrictions budgétaires. Le FMI a fait une sorte de Mea Culpa, pas la Commission Européenne qui persist et signe ! Certains économistes doutent du sauvetage réel de la Grèce. L'étalement des prêts jusqu'en 2032 n'a selon eux fait que reporter une nouvelle crise. Le mur de dettes fragilisera à nouveau la Grèce et l'Europe dans 14 ans...

L’austérité en Espagne- la catastrophe bis

L’Espagne a connu une politique d’austérité depuis 2008.Toutes les recettes de la secte libérale sont mises en action, que ce soit par les socialistes de Zapattero ou les Populaires de Rajoy. En mai 2010, José Luis Zapatero annonce plusieurs mesures d'austérités, correspondant à 1,5 % du PIB, comprenant des baisses salariales des salariés publics, un arrêt de la valorisation des retraites, une réforme du droit du travail , l’augmentation de l'âge légal de départ de 65 à 67 ans. Ça, c’est pour les « socialistes ». Aux Populaires reviennent les couples claires (bizarrement,  les coupes claires sont celles qui assombrissent le plus le futur) ; en 2011, 8,9 milliards de coupes budgétaires et de 6,3 milliards de hausses d'impôts ; en 2012, les budgets des ministères sont réduits de 17 % en moyenne afin de réaliser 27,3 milliards d'économie en plus de 12,3 milliards de hausse de prélèvement.

Bilan : Le budget estime la récession de l'économie en 2012 à 1,7 %. Le taux de chômage est de 17,4 % en mars 2009, près de 2 millions de personnes ont alors perdu leur travail sur cette dernière année, et près de 4 millions de personnes sont au chômage. Le taux de chômage passe à 20 % au premier trimestre 201017, et est de 24,4 % en mars 2012. À la fin 2012, les salaires du secteur public sont coupés de 5 %, en plus de la suppression du 14e mois représentant 7,1 % du salaire public moyen. À la même époque, le chômage des moins de 25 ans est de 55 %, c’est le taux de chômage le plus important de l’Union européenne après la Grèce. En Andalousie, le chômage atteint 33 %. Selon un rapport de Caritas, trois millions d'Espagnols, soit 6,4% de la population, ont sombré dans l'extrême pauvreté, avec, comme en Grèce, une aggravation considérable de l’état sanitaire.

Cette crise a provoqué un phénomène migratoire inédit d’émigration.  Au 1er janvier 2013, il y avait 1,93 million d'Espagnols installés à l'étranger, un chiffre en hausse de 6,3% sur un an ; 1,2 million seraient partis en Amérique (du sud et du nord) et 600.000 en Europe. Que croyez-vous qu’il arrivât ? Il y eut des économistes pour se féliciter d’une « inversion de la courbe du chomage ; en réalité, phénomène inédit depuis plus d’un siècle, c’est la population active qui baissait. !
Cette politique de rigueur extrême imposée par l’Europe était d’autant moins nécessaire que si le déficit en 2009  s’élevait à  s'élève à 11,2 % du PIB, bien au-delà de la limite des 3 % du pacte de stabilité européen, l’Espagne avait au début de cette crise une dette représentant 36,2 % de son PIB.. Le 15 juin 2012, la dette publique de l’Espagne représentait 71,1 % de son PIB, soit encore moins que la moyenne de la zone euro, qui avait une dette publique de 88 % de son PIB.
Finalement, le gouvernement Rajoy, dès 2012, commençait à appliquer de timides mesures de relance, et la situation espagnole s’améliora peu à peu.

L’austérité en Italie : la fin du pacte de stupidité.

Une violente politique d’austérité a été mise en place par le gouvernement de Mario Monti, l’ancien membre de la Commission Européenne et pratiquement imposé par elle. Elle laisse l’Italie exsangue. Son gouvernement, sans la moindre légitimité populaire, procède alors à une réduction brutale de la dépense publique, entreprend de défaire un peu plus le statut des travailleurs (l’Italie a connu les ordonnances Macron avant Macron) et engage une réforme des retraites profondément inique : la loi Fornero. Mario Monti laisse au pays la pire récession connue depuis la guerre, après celle de 2008-2009. Le revenu par habitant, lui, recule au niveau de 1997 !

Sur la période 2011-2016, l’activité du pays recule de 0,4% par an en moyenne. La crise a un effet marqué sur l’investissement en Italie : il a baissé de 2,7% en moyenne par an. L’investissement en biens d’équipement s’est en particulier contracté de 1,5% par an en moyenne entre 2011 et 2016 (tiens, ça n’aurait pas un lien avec l’effondrement meurtrier du viaduc de Gênes ?- 43 morts). Par ailleurs, l’investissement en construction a chuté de 4,6% en moyenne par an depuis 2011, soit bien davantage qu’en France (–0,4%).  Le fort repli de l’investissement tient surtout aux conditions de financement qui se sont nettement dégradées en Italie.

L’Italie a perdu 600 000 emplois industriels et un quart de sa production industrielle depuis le début de la crise économique, l’industrie représente 16% de la valeur ajoutée. Elle dispose encore d’une véritable capacité industrielle. Le chômage, lui, dépasse les 11% de la population active et atteint 34% des jeunes actifs !

C’est rare de trouver un économiste qui conteste fortement la politique de la secte libérale de la Commission et qui, en plus, ose des prédictions qui seront avérées. Donc blog de Bertrand Chokrane PDG d'une société d'analyse financière intitulé Cette austérité qui désagrège l'Europe du 19/08/2016.

Extraits :

Lundi 8 août, la Cour de Cassation italienne validait la tenue d'un référendum portant sur la réforme de la Constitution. Si le résultat de cette consultation populaire est négatif, Matteo Renzi devra se retirer du pouvoir, conformément à sa promesse, ce qui aurait pour conséquences de nouvelles élections et une victoire possible des partis politiques eurosceptiques tels que celui de Beppe Grillo...

L'Italie a voulu devenir un bon élève... En effet, l'Italie a suivi les injonctions austéritaires à la lettre depuis des années. Aujourd'hui en 2016, il est temps de juger les résultats obtenus, et ils ne sont pas brillants. Certes, l'Italie affiche un déficit budgétaire de 2,6%, soit en deçà des 3% requis, ce qui représente un effort considérable pour la population, et par delà les statistiques, une souffrance humaine qui n'est pas calculée.

Mais aujourd'hui, la pauvreté atteint un niveau record. On dénombre près de 5 millions de pauvres dans toute la péninsule transalpine. Plus grave encore, la dynamique économique se trouve sur une pente descendante, ce qui laisse peu d'espoirs d'amélioration. Car l'Italie est en train de décrocher par rapport à ses homologues européens. De 2001 à 2014, l'Italie est le pays dont le PIB par tête a progressé le plus faiblement. Les PME et les TPE italiennes qui autrefois formaient un tissu industriel dynamique sont fragilisées par cette politique restrictive et leurs faillites ébranlent un secteur bancaire trop émietté pour résister.

La banque Monte dei Paschi di Siena a été sauvée in extremis. Mais le monde de la finance est inquiet, à l'instar du FMI qui a rendu un rapport en juillet dernier et de la Banque nationale du Canada qui dresse un portrait peu rassurant. Dans la foulée, l'agence de notation DBRS envisage d'abaisser sa note A low à BBB high.
Avec une croissance au ralenti (0,8% en 2015) et un endettement public équivalent à 132% de son PIB, quelle marge de manœuvre reste-t-il ? Cette politique d'austérité absurde accroit le chômage et la pauvreté, de ce fait, elle ralentit la croissance.

Pourquoi tant de sacrifices ? Car finalement, la population se demande si la construction européenne vaut tous les sacrifices qu'elle exige... Et pour quelle raison ? Puisque la politique d'austérité, entrainant le ralentissement de la croissance, la hausse du chômage et de la pauvreté, ne porte pas ses fruits, pourquoi persévérer ?

Eh oui, Matteo Renzi a effectivement été dégagé, et sans ménagement, lui qui pourtant traitait le pacte de stabilité de « pacte de stupidité », mais qui n’a pas su mettre en place une politique clairement alternative. Et c’est ce que, conformément à la volonté du peuple italien essaie de faire la coalition « populiste » Ligue de Nord- 5 étoiles.
On a vu la réaction de la Commission qui pour la première fois, faisant usage des institutions de la stratégie 2020 et du six packs a osé rejetter le budget italien, avec menaces de sanction ! A suivre !

La politique alternative du Portugal et la remise en cause de l’austérité

Le Portugal a été le premier à remettre complètement en cause la politique d’austérité imposée par la Commission, dès 2015, avec l’arrivée au pouvoir d’une coalition de gauche. Ce fut un succès. En à peine deux ans, le Portugal a totalement relancé sa croissance. Le taux de chômage est passé de 17 à 8% depuis 2015, et s'accompagne d'une progression notable de la croissance du PIB, évaluée pour 2017 à 2,5%. À titre de comparaison, la moyenne des membres de la zone euro est de 1,9%, et seulement 1,5% pour la France.
Et pourtant, lors de l’arrivée au pouvoir en 2015 d’Antonio Costa, beaucoup prédisaient un échec rapide en raison de son caractère trop hétérodoxe et, notamment, trop dispendieux. Les agences de notation ont placé le Portugal sous surveillance !Toutes ces prédictions se sont révélées fausses parce que le Portugal avait besoin d’un soutien à sa demande, et non d’une cure d’austérité pour améliorer une compétitivité externe qui le maintient dans une gamme de produits bas de gamme néfastes pour le niveau de vie des Portugais et l’économie portugaise.

C’est dire combien la politique de Macron en France apparait complètement à contretemps !

La zone euro va se transformer en « vaste maison de redressement ».

Laissons la conclusion à un blog passionnant sur les problématiques européennes, et qui est loin généralement d’être hostile la politique européenne (https://www.taurillon.org/contre-la-politique-d-austerite-en-europe). Extraits :

Entre 2007 et 2015, le PIB grec a baissé de près de 35%, le chômage se situe toujours aux alentours de 20% (le chômage des jeunes avoisine quant à lui les 50%) et la dette est stable… à 180%, loin, très loin du seuil sacré des 60% demandés par les critères de convergence. Si la situation financière de la Grèce ne s’est pas aggravée, c’est grâce à la communication de la BCE, et en particulier grâce au célèbre « whatever it takes » de Mario Draghi qui a promis en 2012 de sauver l’euro à tout prix. La Grèce n’est pas le seul pays concerné, l’Espagne et Chypre connaissent toujours des taux de chômage (respectivement à 17% et à 11%) et d’endettement élevés (autour de 100% dans les deux pays). L’émigration des jeunes diplômés de ces pays est en outre fortement pénalisant pour la croissance future.

La politique s’austérité appliquée en Europe ces dernières années accumule les défauts : outre son effet pro-cyclique freinant la reprise de la croissance sur l’ensemble du continent européen, son corpus idéologique semble être dépassé par les différentes crises depuis 2008 et contesté par un nombre toujours plus élevé de citoyens. De plus, les résultats de ces politiques dans les pays concernés sont catastrophiques, elles n’ont pas permis la baisse de la dette et ont énormément entravé la reprise. Malgré toutes ces charges, l’UE persiste à poursuivre dans la direction d’une rigueur budgétaire irrespirable. Dès lors, il ne faudra pas s’étonner qu’au bout d’un moment, le point de rupture soit réellement atteint et que les citoyens européens rejettent violemment le projet européen dans sa totalité.

La création d’un Fonds Monétaire Européen et d’une mission de surveillance économique qui ne dit pas son nom vont faire entrer la rigueur budgétaire dans les traités européens, autrement dit au sommet de la hiérarchie des normes de l’UE tout en refusant catégoriquement un budget de la zone euro et donc la possibilité de créer une politique économique cohérente au sein de la zone monétaire (la politique monétaire est unique mais les politiques budgétaires sont encore largement nationales). Ce qui fait dire à Jean Quatremer que la zone euro va se transformer en « vaste maison de redressement ».

Il faut sortir de cet Eurokom