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dimanche 20 août 2023

Vision ou Division? Ce que nous disent les plans européens pour 2030

 Une publication d’EMBER https://ember-climate.org/insights/research/necp7/

« Bien que notre analyse révèle que de nombreux pays de l’UE ont déjà des plans ambitieux de décarbonation de leurs systèmes électriques, nous avons également identifié sept pays clés qui bloquent les progrès globaux dans l’UE. À moins qu’ils ne changent de cap, atteindre une réduction des émissions de 55 % sera extrêmement difficile – sans parler de 60 %. »

1) Part du renouvelable dans la consommation électrique


A l’Ouest, certains pays affichent des ambitions et des progressions d’ici 2030 qui laissent quelques peu pantois ; Danemark, Espagne, Pays-Bas…

A l’Est des pays affichent clairement qu’ils n’ont pas l’intention d’investir dans les ENR et qu’ils ne croient pas à leur utilité.  La Hongrie, la Tchéquie, la Slovaquie, la Bulgarie ont d’ailleurs fait remarquer que leurs pays, par leur géographie, se prêtaient mal à un développement éolien massif.

Rappeler que la politique énergétique reste une prérogative nationale et que ce principe de subsidiarité très raisonnable permet à chaque pays d’adapter sa trajectoire énergétiques à sa géographie, à ses ressources propres et à son histoire.

2) Part du nucléaire dans la production électrique 

Remarque : eh oui, attention, c’est d’ici 2030, donc  peu ou pas de constructions nouvelles, il eût fallu y penser avant et ne pas procrastiner sous le prétexte de se concilier les écolos bigots antinucléaires. Donc, il y a surtout des fermetures de centrales !

A noter l’immense responsabilité de l’Allemagne et de la Belgique…et également  très visible sur ce tableau la bêtise que constitue l’actuelle loi Climat  et l’immense responsabilité de la France si elle avait continué sur sa politique absurde, celle qui est encore légalement en place, de fermeture de 14 centrales nucléaires   ! Donc, en ce qui concerne les prévisions françaises, ça devrait changer avec la nouvelle loi climat, dans le bon sens ! Et il va falloir prolonger ce qui pourra l’être et accélérer dans la construction de nouvelles centrales

3) Part des fossiles dans la production électrique


Remarque : Eh ben, on voit de très bons élèves , ceux qui sont déjà très décarbonés et qui le resteront  ( Suède France, Finlande, Slovaquie), les mauvais élèves et qui le resteront, avec une mention spéciale pour la Belgique qui augmentera sa part de fossile dans la production ( merci les Verts Belges, merci la sortie du nucléaire !), et les vantards dont on voit déjà qu’ils auront bien du mal à tenir leurs promesses basées sur le développement des ENR ( Danemark, Pays- Bas) . Et la démonstration une fois de plus par l’Allemagne qu’ona beau développer les ENR à la folie, ce n’est pas pour cela qu’on défossilise efficacement !

4) Part du charbon dans la production électrique 


Remarque : d’ici 2030, environ 90% de la production d’électricité restante à partir du charbon devrait provenir de trois pays, l’Allemagne, la Pologne et la Tchéquie.

Oui,, mais  après 2030 ? La Pologne, grâce à un programme nucléaire ambitieux, et la Tchéquie aussi , et peut-être aussi la Bulgarie devraient voir leur part de charbon dans la production électrique diminuer. Restera qui ?

5) Bilan final 2030 des émissions de CO2 pour la production électrique. Et le gagnant est…

L’Allemagne, qui émettra toujours 10 fois plus de gaz à effet de serre pour la production électrique que la France !

vendredi 10 février 2023

Réforme du Marché Européen de l’Electricité : le plan polonais

Réforme du marché de l’électricité : la Pologne érige le nucléaire en priorité

Les États membres de l’Union européenne devraient avoir « le droit » de subventionner « sans restriction » les centrales électriques fournissant de l’électricité pilotable lorsque l’éolien et le solaire ne sont pas disponibles, explique la Pologne dans un document officieux diffusé en amont des propositions de réforme des règles du marché de l’électricité de l’Union.

 « Nous devons garantir un contexte de règlementation positif pour investir dans toutes les technologies zéro émission et à faibles émissions.  La neutralité technologique devrait être la pierre angulaire de la réforme », précise Varsovie dans le document, faisant référence à un principe de l’UE prévoyant que les lois et les règlements ne devraient pas être biaisés en faveur d’une technologie spécifique… Cela est particulièrement important pour les projets d’énergie nucléaire »,

Les marchés de capacité « sont actuellement considérés comme un instrument temporaire de dernier recours et nécessitent un processus d’approbation complexe », constate le document officieux polonais. Au lieu de cela, ils « devraient être traités comme une caractéristique permanente » du marché de l’électricité de l’UE, « et les États membres devraient avoir le droit de les mettre en œuvre sans restriction ».

Enfin, la Pologne tient visiblement à pouvoir garder du charbon pour ses mécanismes de capacitésb : «  la réforme devrait maintenant aller plus loin et inclure « une extension transitoire de la dérogation à la limite d’émission de 550 g de CO2/kWh après 2025, afin de limiter le volume de gaz naturel consommé par le secteur de l’électricité et de garantir la capacité de charge de base »

https://www.euractiv.fr/section/energie/news/reforme-du-marche-de-lelectricite-la-pologne-erige-le-nucleaire-en-priorite/

Remarques : 1)  On aimerait  voir la France défendre le nucléaire avec autant de visibilité et de vigueur que la Pologne. D’ailleurs de nombreux pays attendent que la France se batte vraiment et prenne sa place logique de cef de file du nucléaire européens. Ils attendent…

2) Face aux attaques incessantes et aux délires antinucléaires  d’une Commission au service de l’Allemagne, la Pologne ne cesse de réaffirmer, pour toutes les mesures,  que le mix électrique est de la responsabilité des Etats. On s’attendrait à voir la France défendre le même  principe  avec la même vigueur. On attend



Extraits :

Encourager l’investissement dans les pilotables

« Des modifications de la structure du marché devraient être introduites de manière à encourager la sécurité de l’approvisionnement en incitant la production existante présentant les caractéristiques souhaitées à rester en exploitation et en déclenchant des investissements dans de nouvelles capacités de production sans aggraver les conditions des unités à un stade avancé du processus d’investissement.

Seuls les États membres dont la situation d’approvisionnement est sûre, y compris des ressources pilotables suffisantes, peuvent garantir la sécurité de l’approvisionnement au niveau européen. Ainsi, chaque État membre devrait être responsable de l’adéquation de sa production, à moins qu’il ne décide d’opter pour une solution régionale. »

Mécanismes de capacité : une solution de long terme que les Etats doivent pouvoir mettre en œuvre de manière illimitée

Avec une part croissante de sources d’énergie renouvelables intermittentes dans le système électrique, il est nécessaire de disposer de sources d’approvisionnement stables et pilotables pour couvrir la demande à tout moment. Les marchés à court terme n’offrent pas suffisamment d’incitations pour de tels investissements à forte intensité de capital et à long terme.

Les mécanismes de capacité se sont révélés efficaces pour remédier à cette défaillance du marché, en offrant des incitations au déploiement de capacités de production stables et flexibles, de stockage d’énergie (y compris par pompage hydroélectrique) ou de solutions DSR. Néanmoins, ils sont actuellement considérés comme un instrument temporaire de dernier recours et nécessitent un processus d’approbation complexe. Au lieu de cela, les mécanismes de capacité devraient être traités comme une caractéristique permanente du marché de l’électricité multi-produits, et les États membres devraient avoir un droit illimité de les mettre en œuvre.

Neutralité technologique, liberté d’investir dans le nucléaire par tous moyens adaptés

La neutralité technologique devrait être la pierre angulaire de la réforme. Nous devons garantir un environnement réglementaire positif pour investir dans toutes les technologies à émissions nulles et faibles. Cela est particulièrement important pour les projets nucléaires, qu’il s’agisse de grands projets ou de PRM (petits réacteurs modulaires), qui se caractérisent par des coûts d’investissement initiaux élevés et des périodes de construction assez longues, ainsi qu’une longue exploitation (jusqu’à 80 ans). Il importe également que la réforme offre aux États membres la flexibilité nécessaire pour soutenir les investissements conformément à leurs stratégies nationales. Les projets à long terme à forte intensité de capital dans le secteur de l’énergie nucléaire peuvent nécessiter des approches adaptées.

 Contrôle du marché

Afin de garantir la compétitivité des offres et des résultats du marché et de décourager les abus de pouvoir de marché, le marché au comptant devrait être complété par des méthodes efficaces d’atténuation du pouvoir de marché.

Tout le Pouvoir aux Etats-Membres, le minimum à la Commsiion

En règle générale, les décisions relatives à la conception détaillée de mécanismes particuliers dans le cadre susmentionné devraient appartenir aux États Membres, en tenant compte de leur responsabilité en matière de sécurité de l’approvisionnement en électricité, des circonstances nationales spécifiques, des bouquets énergétiques particuliers  et de leurs trajectoires de transition..

samedi 28 janvier 2023

IRA (Inflation Reduction Act) : les USA reviennent dans le nucléaire- et pas qu’un peu

 Une grande loi pour le climat, et aussi une loi protectionniste

La loi sur la réduction de l'inflation de 2022 (Inflation Reduction Act of 2022 (en)) ( IRA ) est une loi des États - Unis qui vise à freiner l'inflation en réduisant le déficit, en abaissant les prix des médicaments sur ordonnance et en investissant dans la production d'énergie domestique tout en promouvant l'énergie propre. La loi prévoit des dépenses budgétaires supplémentaires de 485 milliards de $ sur 10 ans, dont 98 milliards sont dirigés sur la santé (Medicare, Obamacare) et  386 milliards sur l’énergie et le climat.

Simultanément, l’administration Biden prévoit d’accroître de 468 milliards de $ les recettes fiscales (principalement en taxant les profits des grandes entreprises) et d’économiser 322 milliards de $ sur les dépenses de santé.




Cette loi représente donc le plus gros investissement dans la lutte contre le changement climatique dans l'histoire des États-Unis (386 milliards).

D’après les dernières estimations du Rhodium Group, la loi promulguée par Joe Biden après de complexes négociations au Congrès permettrait des réductions supplémentaires d’émission de l’ordre de 450 à 650 Mt de CO2eq en 2030. Cela représente les émissions cumulées de la Californie et de la Floride (ou encore 1,5 fois celles de la France). En valeur absolue, c’est considérable. Mais cela ne représente que 10% de réduction supplémentaire alors qu’il en faudrait plutôt 20% pour atteindre les engagements du pays dans le cadre de l’Accord de Paris.

Une loi aussi protectionniste

A partir du 1er janvier 2023, les consommateurs américains bénéficieront, par exemple, de 3 750 dollars de crédit d’impôt à l’achat d’un véhicule particulier électrique, si au moins 50 % des composants de la batterie proviennent d’Amérique du Nord. Ce montant pourra être doublé, à 7 500 dollars, si 40 % des matières premières de la batterie ont été extraites aux Etats-Unis ou un des pays liés à Washington par un accord de libre-échange, comme l’Australie, le Canada ou le Mexique. Dernière condition : le véhicule devra être assemblé aux Etats-Unis.

Le plan de 730 pages prévoit des subventions massives pour des projets de capture de carbone, le développement de l’hydrogène vert, les biocarburants pour l’aérien…. Le plan créé par exemple des exonérations fiscales pour les industriels qui s’engagent à produire aux Etats-Unis des panneaux solaires – 12 dollars par m2 de wafers par exemple, ce qui s’ajoute à un crédit d’impôt de 10 % pour les projets solaires utilisant des panneaux made in USA.

Et une loi très pro-nucléaire !

L'énergie nucléaire est un élément important de la transition vers une énergie propre, car elle produit de gros volumes d'énergie sans carbone 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Les crédits d'impôt pour les nouveaux réacteurs avancés, associés à un financement de 700 millions de dollars pour l'uranium faiblement enrichi à haut rendement, soutiendront le déploiement de l'énergie nucléaire tout en stimulant les exportations et la sécurité énergétique des États-Unis. Le projet de loi comprend également un crédit d'impôt à la production pour maintenir le parc actuel de réacteurs nucléaires qui fournissent actuellement 20 % de l'électricité sans carbone aux États-Unis. 

De façon plus détaillée : 30 milliards de dollars pour l'énergie nucléaire, 4 mesures clés

 L'énergie nucléaire reste la principale source d'électricité bas carbone aux États-Unis, représentant près de la moitié de l'électricité bas carbone et près de 20 % de la production totale d'électricité. Un budget total de 30 milliards de dollars est prévu pour l'énergie nucléaire. L'IRA soutiendrait l'énergie nucléaire de plusieurs manières :

L'IRA créera un crédit d'impôt pour l'énergie nucléaire existante afin d'éviter que la production nucléaire existante ne disparaisse, ce qui entraînerait une augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Le crédit d'impôt commencerait en 2024 et durerait jusqu'en 2032. Ce crédit serait de 0,3 cent/kWh pour l’électricité vendue et produite à partir de réacteurs nucléaires existants.

- L'IRA vise à transformer les avantages fiscaux actuels pour les énergies renouvelables en avantages technologiquement neutres s'appliquant à toutes les technologies bas carbones. Cela mettrait l'énergie nucléaire sur un pied d'égalité avec les autres énergies bas carbone et créerait des conditions de concurrence véritablement non discriminatoires.

- Des incitations supplémentaires sont prévues dans ce plan climatique pour les régions et les communautés où l'extraction de combustibles fossiles a historiquement occupé une place importante (friches industrielles, anciennes mines de charbon ou usines de charbon fermées). Ces anciennes centrales électriques peuvent être particulièrement adaptées aux projets de nouveau nucléaire (comme le site de démonstration de TerraPower dans le Wyoming). En outre, ces sites disposent souvent d'une infrastructure suffisante pour la transmission et l'approvisionnement en eau.

- Enfin, l'IRA soutiendrait la production d'uranium faiblement enrichi sur le sol américain. Ce type de combustible (HALEU, ou high-assay low-enriched uranium) sera nécessaire pour de nombreux modèles de nouveaux  réacteurs avancés. En utilisant les HALEU, les réacteurs avancés peuvent être plus compacts, nécessiter un rechargement moins fréquent et potentiellement produire moins de déchets. À l'heure actuelle, il n'existe aucune usine commerciale pour la production de HALEU en dehors de la Russie. Ce nouveau plan climatique devrait être une incitation à amener cette production aux États-Unis.

Autres mesures

Le programme de réduction des émissions de méthane (MERP) inclus dans l'IRA établit une taxe sur le gaz rejeté dans l'atmosphère et incite les exploitants à réduire leurs émissions de méthane. Amélioration du crédit d'impôt 45Q pour encourager le captage, l'élimination, le transport et le stockage du carbone : Le crédit d'impôt 45Q amélioré apporte un soutien important au captage du carbone, incitant les investisseurs et les promoteurs à capter leurs émissions de CO2 et à les empêcher de contribuer au changement climatique.

Crédit d'impôt pour la production d'hydrogène afin de soutenir le leadership des États-Unis sur carburants à zéro émission de carbone : carburants à zéro émission de carbone comme l'hydrogène et l'ammoniac ont un rôle essentiel à jouer dans la décarbonisation - notamment dans la réduction des émissions de secteurs comme le transport lourd et l'industrie lourde. Le crédit d'impôt pour l'hydrogène prévu par l'IRA encourage le déploiement de l'hydrogène à faibles émissions et contribue à soutenir un marché en expansion pour l'hydrogène produit aux États-Unis.


lundi 6 janvier 2020

Petits problèmes avec l’éolien -2 : L’échec de l’Energiewende, leçons à en tirer


Dans un blog précédent, je décrivais comment la politique allemande de transition énergétique essentiellement basée sur l’éolien ( plus le charbon qu’il faut garder et le gaz qu’il faut installer pour en compenser l’ intermittence) conduit à un risque majeur d’effondrement du réseau européen et par conséquent français

L’energiewende est une catastrophe climatique et écologique

Malgré les centaines de milliards déjà mis sur la table (depuis 2010 plus de 30 milliards par an et l’on prévoit une facture globale de plus de 500 milliards à l’horizon 2025 - pour partie constituée de subventions et crédits publics, pour le reste financé par les ménages et les entreprises sous forme de hausse de prix. Une étude chiffre même à plus de 3.000 milliards d’euros le coût final si l’Allemagne continue sur la même lancée), les émissions de gaz à effet de serre de l’Allemagne sont au même niveau… qu’en 2009.

 L’Allemagne s’est certes hérissée d’éoliennes, mais beaucoup ne sont pas reliés au système de distribution, ou pas convenablement, faute que le réseau ait suivi. En outre, là où elles sont connectées, ces installations ne couvrent les besoins que de manière intermittente (pas de solaire la nuit, pas de vent quand il ne souffle pas…) ce qui requiert, en complément et faute que le stockage soit rentable ou même possible, des capacités complémentaires souvent fossiles (affreux charbon et horrible lignite en tête). Une bérézina.

En  2018, le charbon (lignite et houille réunis) compte toujours pour près de 38% de la production allemande d’électricité. Avec son Energiewende tout renouvelable, l’Allemagne n’a en valeur absolue pas  baissé d’un pousse ses émissions de CO2 par habitant qui restent supérieures d’un tiers à celles de la France. Quant aux émissions de CO2 pour la production électrique, elles sont 8 à 10 fois supérieures à celles de la France !





L’energiewende est une catastrophe économique.

Les ménages allemands sont les Européens qui paient leur électricité le plus cher après le Danemark (qui suit la même politique) : 0,30 €/kWh au 1er semestre 2018 selon les dernières données d’Eurostat, soit 70% de plus qu’en France. L’industrie allemande du solaire s’est complètement effondrée, et les subventions européennes créent des emplois et de la recherche…en Chine. Afin la fin d’un régime de subvention très favorable, l’éolien prend le même chemin, avec des faillites d’entreprises allemandes en série.

Le retournement  s’est produit en  2016, lorsque le gouvernement, jugeant le secteur arrivé à maturité et les subventions trop lourdes pour le contribuable, a modifié ses aides. L'amendement à la loi énergétique allemande (EEG) a supprimé les revenus garantis, et favorisé la mise en concurrence via des appels d'offres. Il faut dire qu’auparavant, depuis l’adoption de la loi sur les énergies renouvelables, en 2000, les exploitants d’éoliennes profitent d’un soutien leur assurant vingt ans de revenus garantis…

Parmi les gros disparus du secteur, signalons Senvion,  entreprise de 4.400 salariés, installée près de Hambourg, qui a annoncé fin août mettre la clé sous la porte, touchée de plein de fouet par l'effondrement du marché allemand en 2016, qui représentait 60% de ses revenus. Il y avait déjà eu la faillite en 2014 du fabricant d’éoliennes Prokon qui était financé par des « participations citoyennes ». Cette entreprise avait la particularité d’avoir été financé par 75 000 petits investisseurs privés. Elle les avait alléchés avec un investissement présenté comme « éthique », et accompagné d’intérêts élevés (de 6 % à 8 %). Ce dépôt de bilan s’est soldé par de très grosses pertes pour de nombreux petits épargnants et a poussé le gouvernement allemand à demander aux autorités des marchés financiers (Bafin) un contrôle plus strict de ce type d’investissement.
Dans les mois qui ont suivi, 26.000 emplois ont été supprimés dans ce secteur en Allemagne, soit plus que dans le charbon, selon les chiffres récemment publiés par le Bundestag à la demande du parti de gauche Die Linke

Commentaire :

1) C’est quand même curieux ces énergies soit disant super compétitives qui s’effondrent dès qu’elles ne sont plus massivement subventionnées !

2) Il n’y a pas qu’en France que sévissent les margoulins de l’éolien. Ces créations d’emplois massives que les partisans de l’éolien nous promettent, ils omettent de dire combien elles sont fragiles et… essentiellement non durables car liées aux installations. Rien à voir avec les emplois du nucléaire !

L’éolien de plus en plus contesté en Allemagne

Extrait d’un article de La Croix intitulé Pour la paix sociale, le gouvernement allemand réglemente les distances entre éoliennes (La Croix, 22/12/2019)

Pour calmer l’opposition des riverains, le gouvernement fédéral veut imposer des distances minimales entre les éoliennes et les zones d’habitations. Les professionnels sont vent debout. Tilo Schade, élu local et membre d’une association de défense des arbres. est plutôt satisfait. Sur les 18 éoliennes que l’entreprise Notus Energy Plan envisageait d’élever à Kloster Lehnin, près de Potsdam, dans le Brandebourg (nord-est de l’Allemagne), seules neuf pourraient voir le jour. Face à l’opposition des riverains et alors que la région a imposé un moratoire de deux ans dans cette localité, l’entreprise a décidé de réduire la voilure. «Nous ne sommes pas contre les éoliennes en tant que telles, mais pourquoi en construire en pleine forêt ? Il faut couper près de 1 000 arbres par éolienne, et même si on en replante après, cela ne compense pas » 
Comme dans le cas de Kloster Lehnin, l’opposition des riverains, inquiets du bruit, des effets sur la santé, de la pollution visuelle ou des dégâts sur la faune et la flore, a de plus en plus souvent raison des nouveaux projets, dans un pays qui compte déjà 30 000 éoliennes. À cela s’ajoutent les lenteurs administratives, le manque de lignes à haute tension entre le Nord venteux et le Sud consommateur, et la fin des revenus garantis en 2016. Conséquence, sur les 9 premiers mois de l’année, seuls 504 mégawatts de nouvelles capacités ont été installés, soit le plus bas niveau depuis 20 ans…

Pour lever les doutes de la population et accélérer le rythme des installations, le gouvernement fédéral a décidé, en septembre, d’instaurer une limite minimale d’un kilomètre entre toute nouvelle éolienne, y compris celles destinées à en remplacer des anciennes, et les zones d’habitations constituées d’au moins cinq maisons. Or cette réglementation est jugée trop stricte par les professionnels, qui sont vent debout contre.
Selon l’Agence nationale de l’environnement, le parc éolien pourrait en être réduit de 20 à 50 % alors même qu’il n’existe quasiment plus de nouvelles surfaces disponibles »

La résistance de plus en plus forte contre l’éolien a déjà eu des débouchés politiques. Elle a fortement profité à la droite nationaliste de l’Afd, qui a augmenté son score dans les campagnes en étant le seul parti à se déclarer clairement contre l’éolien en faisant campagne sur le thème :"Protégeons nos paysages, les hommes et les animaux"

Conclusion : Face à cette catastrophe, l’Allemagne retarde indéfiniment sa sortie du charbon. Remplacer le nucléaire par de l’éolien plus une puissance équivalente en charbon ou gaz pour en compenser l’intermittence est une politique absurde qui entraine une catastrophe climatique, écologique, économique et sociale.
(NB  Les dépenses déjà réalisées représente entre 60 et 70 EPR !),-il en suffirait d’une vingtaine pour régler les problèmes climatiques et de pollution !)
Et en France ? Ben on se prépare à contretemps à suivre les pas erratiques de l’Allemagne en diminuant la part du nucléaire dans la production d’électricité. Et le gouvernement a décidé de rendre plus difficiles les recours des riverains contre les projets éoliens. Nous n’avons même pas les mêmes excuses que l’Allemagne, puisque leur Energiewende ne nous aura pas servi de leçon !

Bon, on commence à les construire quand ces EPR !

mardi 26 novembre 2019

Requiem pour Fessenheim


Remplacer du nucléaire par du charbon, c’est pas bon du tout pour le climat !

Voilà, ce qui paraissait évident est maintenant confirmé par le gestionnaire de réseau, RTE : sans Fessenheim, ça va pas le faire.

Europe 1 : « La fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, confirmée ce lundi par EDF, pourrait mettre certaines régions françaises en difficulté. Promise par François Hollande, repoussée plusieurs fois et finalement confirmée ce lundi par EDF, la fermeture de Fessenheim, la doyenne des centrales nucléaires encore en activité en France, pourrait bien mettre le réseau électrique français en tension.

L'engagement premier était clair : l'arrêt définitif des réacteurs de Fessenheim devait marquer l'ouverture de l'EPR de Flamanville, un réacteur nucléaire de troisième génération conçu pour offrir une puissance et une sûreté améliorées. La substitution aurait largement permis de compenser la fermeture de la centrale. C'était sans compter les délais multiples, qui retardent toujours l'ouverture du nouvel EPR…

Face à ce retard important, le gouvernement avait décidé l'année dernière que la fermeture de Fessenheim ne dépendrait finalement pas de l'ouverture de Flamanville. La garder ouverte plus longtemps aurait notamment nécessité d'importants investissements d'entretien.
Selon plusieurs experts de l'électricité, l'efficacité du réseau électrique pourrait cependant être garanti post-Fessenheim à l'aide de quelques ajustements. Jean Paul Roubin, directeur de l'exploitation de RTE, le gestionnaire du transport d'électricité en France (RTE), assure que le réseau peut tenir sans cette centrale, à condition de garder d'autres capacités pour alimenter la Bretagne, région la plus concernée par les manques d'électricité.

Tant que l'EPR de Flamanville n'est pas disponible sur le réseau, la centrale thermique de Cordemais est nécessaire pour la sécurité d'approvisionnement de la région Grand-Ouest… Il avait pourtant été envisagé de fermer cette centrale thermique de Loire-Atlantique. Il pourrait donc être nécessaire de continuer à la faire tourner au moins quelques jours dans l'année pour faire face aux difficultés.


Cordemais est une des quatre centrales au charbon françaises encore en activité. Donc résultat des courses : par une décision purement politique, celle de fermer Fessenheim avant la mise en route de l’EPR de Flamanville, nous devrons maintenir en fonctionnement une centrale à charbon. Ca c’est de la logique, ça c’est de l’écologie !

Fermer Fessenheim, c’est pas écologique !

Nb (@Thierry_Caillon) : La fermeture de Fessenheim entraînera  un surcroît d’émission de GES entre 6 et 12 millions de tonnes équivalent CO2 / an, du fait du recours aux centrales à gaz et charbon que sa prolongation aurait permis d’éviter. Fermer Fessenheim =équivaut à relâcher autant de CO2 dans l'atmosphère que de faire voler chaque jour 24 à 48 Airbus supplémentaires entre Paris et New York (en AR).
Cela correspond aussi à une fourchette comprise entre 30 et 60 % des émissions de CO2 de la totalité de la production électrique nationale !!! (20,4 millions de tonnes de CO2 en 2018 selon le Bilan électrique 2018 du Réseau de transport d'électricité (RTE) (Maxence Cordier, https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/fessenheim-symbole-de-notre-schizophrenie-face-a-lurgence-climatique-1140070)

Et merde pour nos engagements climatiques ! Ca c’est de la politique écologique !

Fermer Fessenheim, ce sont des risques sérieux de black out pour l’Alsace

Au-delà des avertissements clairs de RTE pour la sécurité d’approvisionnement électrique en 2022 et 2023, ce sont 1.800 MW d’électricité bas carbone qui vont quitter le territoire alsacien. Le député Raphaël Schellenberger (LR, Haut Rhin) alerte depuis plusieurs années à propos des risques encourus pour la sécurité énergétique et explique qu’il faut raisonner en termes d’échelle. « Le problème se pose plutôt dans cinq ans. Tous les réacteurs de la plaine du Rhin seront arrêtés, y compris côté allemand. Nous allons devenir l’une des régions les plus industrialisées sans produire d’électricité ». 

Et compte-tenu de leur merveilleuse Energiewende, il n’est pas du tout sûr que les Allemands puissent fournir de l’électricité – je veux dire de l’électricité pilotable, qui est là quand on en a besoin.
Alors, Fermeture de Fessenheim : Strasbourg risque-t-elle le black-out avec l’arrêt annoncé de la centrale ?
Ben oui, et l’Alsace et ses industries et ses habitants avec !

L’argent du contribuable s’envole avec Fessenheim

Combien cela coûtera-t-il aux Français de se séparer d’une usine qui tourne très bien… On entend parler de 400 millions d’euros de dédommagement pour EDF, est-ce réellement cela ?
Regardons du côté d’EDF dont certaines « élites » voudraient le démantèlement tant elle est efficace pour les Français qui ont contribué par leurs factures à cette entreprise hors du commun… et tant elle fait saliver par ses rendements potentiels si une privatisation accompagnée d’une hausse de l’électricité venait à poindre.
Le courant est actuellement estimé à 42 euros par MWh (Mégawattheure, un Mégawattheure est mille fois un kilowattheure, unité qui apparait sur votre facture).
La production annuelle de Fessenheim est de 12 300 000 MWh, soit 516 millions d’euros annuels ; en considérant que la centrale est disponible 85 % du temps, ce qui est minorant.

Autrement dit, payer à EDF une somme de 400 millions ne représente même pas un an de fonctionnementet EDF, donc les Français vont perdre plusieurs décennies de fonctionnement (soit entre 10 et 20 milliards) !

Allons plus loin encore… Outre la perte de 2000 emplois de haut niveau directement générés par la centrale, ce qui constitue une perte sèche importante pour les villes et villages alentours, il faudra compenser cette perte d’électricité au niveau national ; alors que notre pays en a besoin.
Pour cela, on va devoir importer annuellement l’équivalent de 2 100 000 de tonnes de fioul (ou sa valeur en gaz), un chiffre qui donne le tournis quand on estime à 1000 euros par tonne la valeur moyenne sur la période pendant laquelle la centrale ne fonctionnera pas, c’est-à-dire encore 20 ou 40 ans (40 ans comme aux États-Unis pour ce type de réacteurs).
Ceci se traduira par un déficit commercial de l’ordre de deux milliards annuellement et au total de 40 à 80 milliards… de quoi donner le vertige !

On entend dire parfois qu’il aurait fallu faire des travaux importants à Fessenheim. C’est faux ! Fessenheim avait déjà bénéficié d’un renforcement de la sécurité parasismique. l’Autorité française de Sûreté Nucléaire (ASN, organisme indépendant) certifie que les deux réacteurs de Fessenheim peuvent encore tourner au moins 10 ans sans modification profonde. Les frais pour leur prolongement correspondent à deux ans de fonctionnement des réacteurs, ou encore 8 ans (au moins, car on peut envisager une échéance à 60 ans sans problème) de production à coût amorti, donc hyper rentable, pour EDF qui pourrait ainsi financer une partie de son « Grand Carénage », et pour la France qui a bien besoin de cela pour sa balance commerciale. ((Maxence Cordier, https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/fessenheim-symbole-de-notre-schizophrenie-face-a-lurgence-climatique-1140070)


Fermer Fessenheim, c’est un gaspillage innommable !

Un coût social gigantesque et sous-estimé

On chiffre généralement le coût de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, prématurée et injustifiée techniquement, à 4 milliards d’euros.
Compte-t-on là-dedans les souffrances des salariés et de l’ensemble de la cité ? On peut en douter, mais retenons néanmoins cet ordre de grandeur. Ce chiffre de 4 milliards on le retrouve aussi dans les hausses de taxes, sur la baisse de l’ISF… c’est devenu une unité de compte.
Alors que la France s'est passionnée pour les territoires d'Amiens et de la Souterrraine en 2017, les pouvoirs publics et les médias sont silencieux en ce qui concerne les 2200 emplois bientôt perdus par le territoire de Fessenheim, étude INSEE.
Si 800 salariés EDF bénéficient de la garantie de l'emploi et seront donc reclassés, que de problèmes: emploi du conjoint, étude des enfants, division par deux de la valeur de la maison......
Pour les 1400 autres il n'y a pas d'autre plan social aujourd'hui que l'offre d'emplois frontaliers. Tout le reste ce ne sont que de bonnes paroles.

Fermeture de Fessenheim : l’État, patron voyou (Jean Fluchère)

« Pourquoi Emmanuel Macron ne vient-il pas faire un pèlerinage à Fessenheim pour expliquer aux salariés et aux élus qu’il détruit leur outil de travail parce que tel est son bon plaisir pour satisfaire des « amis » politiques ?

Est-il imaginable qu’un conseil d’administration, dominé par les représentants de l’État, décide de détruire une usine capable de fonctionner sans problèmes pendant encore au moins 20 ans contre toute logique industrielle, financière, environnementale et sociale ?

Cette usine, c’est la centrale nucléaire de Fessenheim !

Quelles sont les raisons possibles ? Est-elle obsolète sur le plan de la sûreté ?

Aucunement, répond l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) indépendante. L’exploitant EDF est le premier responsable de la sûreté de ses installations et n’a jamais attendu que l’ordre d’arrêt soit donné par l’ASN pour arrêter définitivement ses installations.

Est-elle obsolète économiquement ?

Bien au contraire, Fessenheim est la centrale dont les installations sont totalement amorties et dont le coût de production du kilowattheure (kWh) est le plus bas du parc nucléaire.
En outre une grande partie des modifications post-Fukushima est déjà réalisée.

Produit-on moins cher ailleurs ?

Non. Il ne s’agit pas d’une délocalisation.

A-t-on trop de production électrique en France ?

Non. Et si c’était le cas, EDF arrêterait l’installation qui lui coûte le plus cher !

Émet-elle des produits nocifs pour l’environnement, des gaz à effet de serre comme les centrales à charbon et au lignite du voisin allemand ?

Absolument pas. L’électronucléaire est l’un des moyens les plus propres pour produire de l’électricité. Même les centrales au lignite et au charbon émettent outre le cortège des gaz et poussières de combustion, des produits radioactifs contenus dans le charbon, des métaux lourds et des produits halogénés.

La diplomatie française ne semble pas intervenir auprès du gouvernement allemand pour demander la fermeture des centrales polluantes. Et pourtant !!! »

Et pour terminer un petit jeu (théorique et pas drôle) Combine d’éoliennes pour remplacer Fessenheim ?

La question a fait l’obet d’un check news de Libération et assez bien discuté. Réponse de Paul Néau, porte parole assez habituel de Negawatt : 900 éoliennes. Le checknews fait comme ça arrive quelquefois, correctement son boulot et déchire Paul Neau : il surestime grandement le facteur de charge des éoliennes ( le temps pendant lequel elles produisent ~20%) et, petit malin, prend pour la seule année 2017, pendant laquelle la centrale a produit seulement 5,7 TWh, soit presque deux fois moins que sa production moyenne des dernières années… Entre parenthèses et en gras, cela nous indique le sérieux de Negawatt…
Avec des éoliennes de puissances moyennes (ayant une puissance de 3MW, et fonctionnant à plein 21% du temps), il faudrait 1950 éoliennes pour remplacer Fessenheim. Ah oui, mais ça c’est la puissance moyenne… qui vous laisse sans courant la moitié du temps. Donc, il faut couvrir les pointes de consommation. Et pour cela, le check news de Libération arrive à la louche à 4000 éoliennes. Cet ordre de grandeur est corroboré par d’autres sites et fait l’objet d’un consensus.

Pour remplacer une centrale telle celle de Fessenheim (puissance nominale 1800 MW et coefficient de production de 90%), il faut donc 4000 éoliennes. Pour des éoliennes qui mesurent maintenant près de 180-200mètre en bout de pales, supposons-les espacées de 300mètres, ce qui est un minimum.

Donc, pour remplacer une seule centrale nucléaire, et pas la plus moderne, et pas la plus puissante, avec des éoliennes de 2 MW, il faudra les aligner de Nice à Perpignan (2 x 475 km) sur deux rangées tout le long de la côte méditérannéenne + le tour de Corse (325 km), soit 1350 km, ou encore de Gênes en Italie jusqu'à la pointe sud de l'Espagne,.

Et en fait, bien plus que cela, car dans cette configuration, la prise au vent serait loin d’être maximisée et le rendement beaucoup plus bas que dans les hypothèses de calcul.

Des éoliennes de 2 MW alignées (à raison d'une tous les 300 m) le long de l'ensemble des côtes françaises (Mer du Nord + Atlantique + Méditérannée + Corse)  produiraient moins d'électricité que le seul site de Gravelines (6 x 900 MW).!

Pas de politique énergétique sans connaissance des ordres de grandeurs physiques.