Viv(r)e la recherche se propose de rassembler des témoignages, réflexions et propositions sur la recherche, le développement, l'innovation et la culture



Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est taxonomie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est taxonomie. Afficher tous les articles

samedi 27 mai 2023

Pour une nouvelle politique européenne de l’énergie- Académie des technologies Mai 2023

 Un vrai brulot contre la politique énergétique européenne, courageux, indispensable, bienvenu

Extraits :

1)Un mauvais choix des objectifs, l’exclusion du nucléaire et la sécurité d’alimentation sacrifiée

Ce n’est pas la mise en œuvre de la politique européenne de l’énergie qui a échoué : pour l’essentiel les objectifs sur lesquels l’Union s’est focalisée ont été atteints. L’échec global résulte donc d’un mauvais choix des objectifs, et d’une mauvaise articulation entre eux.

Ne se contentant pas de définir des objectifs de décarbonation, la Politique européenne définissait LE moyen : développer les énergies renouvelables et éliminer progressivement de facto le nucléaire en refusant de le qualifier comme énergie décarbonée. Cette exclusion contrevient d’ailleurs à une disposition essentielle du traité de Lisbonne : « La politique énergétique de l’Union n’affecte pas le droit d’un État membre de déterminer les conditions d’exploitation de ses ressources énergétiques, son choix entre différentes sources d’énergie et la structure générale de son approvisionnement énergétique ».

Un deuxième défaut rédhibitoire : les moyens imposés ne permettent pas d’atteindre simultanément l’objectif de réduction des émissions et l’objectif de sécurité d’approvisionnement ; ils requièrent une importation massive d’hydrogène.

Après la dépendance au gaz naturel russe, on organise la dépendance envers des pays non identifiés, d’où sera importé de l’hydrogène produit et transporté avec des technologies non définies (hydrogène liquide, méthanol, ammoniac)

2) Au lieu de reconnaître l’échec de la politique en place, on amplifie sa mise en œuvre

Ainsi, la Directive RED III qui fait l’objet d’un consensus entre les trois organes européens (Commission, Conseil, Parlement préconise

Accroître la part des énergies renouvelables (32 % en 2030 selon la directive RED II ; 42,5 % et si possible 45 % selon la directive RED III). Le Parlement, conscient qu’un tel rehaussement de l’objectif très près de la date fixée pour l’atteindre est illusoire, avait donc introduit une disposition permettant de produire de l’hydrogène dit « vert » à partir d’électricité issue de la combustion du charbon ou du gaz ! Cet amendement a heureusement été abandonné.

• Organiser les importations d’hydrogène. Selon les vœux du Parlement, chaque État membre devrait présenter à la Commission sa stratégie d’importation ! On renoncerait ainsi explicitement au principe de subsidiarité et au principe de sécurité.

Au total, au lieu de reconnaître l’échec de la politique en place, on amplifie sa mise en œuvre. Que faudrait-il faire pour ne pas persévérer dans l’erreur ? La question est abordée dans les paragraphes suivants.

3) Les solutions : principe de subsidiarité, objectif de décarbonation, fin de la discrimination contre le nucléaire

Revenir au principe de subsidiarité : les États décident de leur mix ; seul l’objectif de décarbonation est imposé.

Par une réglementation d’exception (règlement délégué [3]), la Commission a admis que le nucléaire soit provisoirement (!) toléré. De nouveaux projets, et le prolongement de vie d’installations existantes, pourront ainsi accéder aux mêmes financements que les énergies renouvelables.

Mais le nucléaire reste discriminé par rapport aux énergies renouvelables. La production nucléaire n’entre pas dans l’évaluation de l’atteinte des objectifs de production de la Commission, et ne bénéficie pas des soutiens mis en place pour les énergies renouvelables. De facto, ceci est contraire au principe de subsidiarité et à la reconnaissance que les États membres ont le libre choix de leur mix énergétique. Les objectifs de décarbonation devraient fixer les pourcentages d’électricité bas-carbone et non les pourcentages d’électricité.

L’Académie des technologies propose très simplement que les textes européens et leurs déclinaisons nationales fixent non pas des objectifs d’énergie renouvelables, mais des objectifs d’énergie décarbonée ce qui devrait être incontestablement l’objectif réel dans le cadre de la meilleure efficacité possible dans la lutte contre le changement climatique

C’est à l’industrie nucléaire de prouver sa compétitivité. Mais il est permis de penser qu’elle saura, comme l’énergie solaire ou éolienne, profiter d’économies d’échelle si elle peut se développer dans un cadre serein permettant de bénéficier de commandes en série.

Or les installations nucléaires sont réalisées avec de la valeur ajoutée essentiellement européenne, et un recours limité à des matériaux critiques (essentiellement cuivre et nickel, en quantité assez faible). Elle produit de l’énergie décarbonée et améliore la sécurité d’approvisionnement énergétique.

En substitution ou en complément d’une politique de l’hydrogène fondée sur les importations, la France peut ambitionner d’être un producteur d’hydrogène pour l’Europe, avec un mix adéquat d’énergie nucléaire et d’énergies renouvelables. Or, dans son état actuel, la politique européenne de l’énergie le lui interdit de fait.

4) La sécurité énergétique doit cesser d’être une incantation, mais doit (re-) devenir un objectif.

La responsabilité conférée à l’Union d’assurer la sécurité énergétique est une autre contrepartie à l’élargissement des compétences de l’Union dans le domaine de l’énergie. Or elle a gravement négligé cet objectif. Là encore, la solution est simple : il faut que l’Union s’assigne et assigne aux États membres des objectifs quantitatifs de réduction du déficit d’énergie primaire.

Et en préalable, il faut choisir un bon indicateur de mesure de la dépendance. Elle doit être mesurée par la valeur des importations, et non par leur contenu énergétique. Il n’est en effet pas du tout équivalent d’importer une tep hydrogène directement utilisable dont la valeur ajoutée est extra-européenne, et une tep d’uranium qui nécessite d’importantes opérations de transformation en Europe (conversion et enrichissement) dont le coût est d’un ordre de grandeur égal à celui du minerai. Le coût de l’uranium représente moins de 10 % du coût d’un kWh nucléaire, alors que le coût du gaz représente 80 % du kWh gaz. En d’autres termes, le doublement du prix de l’uranium n’affecte que marginalement le prix de l’électricité nucléaire. C’est donc en valeur du solde commercial, et non du solde énergétique que l’Union doit fixer un objectif d’indépendance énergétique ; et elle doit viser l’amélioration de l’indépendance et non accepter sa dégradation.

5) En guise de conclusion

La France par le traité de Lisbonne a confié sa politique énergétique à l’Union européenne, tout en se réservant le choix de son mix énergétique et en exigeant de l’Union qu’elle assure la sécurité d’approvisionnement. Les termes de cet accord ne sont cependant pas respectés par l’Union.

La solution est simple ; dans le strict respect des traités, il faut obtenir que l’Union se concentre sur l’objectif qui lui est assigné : décarboner le secteur de l’énergie, en laissant aux États membres le choix des moyens.



mardi 27 décembre 2022

Australie : Action citoyenne pour lever la prohibition du nucléaire civil

Une action est menée auprès du Parlement Australien pour obtenir la fin de l’interdiction du nucléaire civil en Australie (c’est quand même paradoxal que l’Australie envisage de se doter de sous-marins nucléaires et de maintenir une prohibition du nucléaire civil)

Il est notable que cette pétition mentionne la décision de l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie européenne et les travaux du JRC qui ont conduit à cette décision.

Il est possible à tout citoyen de n’importe quel pays d’appuyer cette action. Pour le faire on peut se reporter à

https://www.replanet.ngo/ausnuclearsubmissions

Voici le texte en anglais et en français proposé par Replanet. C’est un argumentaire intéressant  mais il vaut mieux personnaliser si vous contribuez à cette action.

Replanet  is a new kind of environmental movement with a radical & science-backed plan to repair the damage to our precious starship Earth. We can liberate nature and bring prosperity to all human beings.

Let's replan the future.


Texte anglais

I fully support the proposed removal of legislative prohibitions on the use of nuclear energy and related nuclear fuel cycle infrastructure in Environment and Other Legislation Amendment (Removing Nuclear Energy Prohibitions) Bill 2022.

I feel strongly that the current prohibition on nuclear energy and related nuclear fuel cycle infrastructure is not in the Australian public's best interest as it serves as an unnecessary barrier to the potential deployment of a proven source of clean, safe and reliable energy both domestically and globally. In the context of the worsening global climate emergency such a barrier is morally and politically unjustifiable.

Recent polling, also suggests that the existing prohibition does not have a social licence with the majority of Australians supporting the use of nuclear energy and the number of people strongly opposed has dramatically declined.

Lifting the prohibition would bring Australia in line with other Western democracies which now consider nuclear energy as a form of green energy. This includes the recent vote by the EU parliament to include nuclear in its sustainability finance taxonomy following advice from the European Commission's official science advisory, the Joint Research Centre, which found that nuclear energy met the EU requirement to ‘do no significant harm’. “The analyses did not reveal any science-based evidence that nuclear energy does more harm to human health or to the environment than other electricity production technologies already included in the Taxonomy as activities supporting climate change mitigation”, Joint Research Centre report.

Globally even Green parties, historically opposed to nuclear energy, are realising the importance of the technology in addressing climate change. The Finnish Greens have become the first Green party to become actively pro nuclear.

Here in Australia, numerous government inquiries have also investigated nuclear energy and the nuclear fuel cycle and they have recommended that the current prohibitions be removed.

The South Australian nuclear fuel cycle royal commission report, 2016 states that “The Commission recommends that the South Australian Government remove at the state level, and pursue removal of at the federal level, existing prohibitions on the licensing of further processing activities, to enable commercial development of multilateral facilities as part of nuclear fuel leasing arrangements.”

The committee for the “Uranium Mining and Nuclear Facilities (Prohibitions) Repeal Bill 2019” issued a recommendation that “the NSW Government pursues the repeal of the Commonwealth prohibitions on nuclear facilities” on the basis that, amongst other reasons “The committee finds that Generation III/III+ and Generation IV are a significant advancement on older generation reactor designs” and that “On the balance of expert evidence gathered for this inquiry, the committee finds that emerging nuclear technologies, particularly Generation III/III+ and Generation IV: [..] are significantly lower risk than earlier nuclear technologies; and are considerably safer than other forms of electricity generation in the level of risk they pose to human health and the environment as a result of reducing airborne emissions.”

Lifting the ban on nuclear energy, with conditions, would also fulfil the recommendations of the inquiry into the prerequisites for nuclear energy in Australia 2019, specifically recommendation 3: “The Committee recommends that the Australian Government [..] [lift] its moratorium on nuclear energy in relation to Generation III+ and Generation IV nuclear technology including small modular reactors [..]” and would allow for recommendation 1 (b): “Adopting a strategic approach to the possibility of entering the nuclear energy industry which considers: i. collaborating with, and learning from, international partners with expertise in nuclear energy; ii. developing Australia’s own national sovereign capability in nuclear energy over time [..]”

The existing prohibition on the use of nuclear energy in Australia was introduced in 1999, with the support of the Coalition, Labor, Greens and Democrats, four years after the first Conference of Parties (COP) under the UN Framework Convention on Climate Change (UNFCCC) in 1995 and eleven years after the first Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC) report in 1988. It was clear as this prohibition was being implemented that climate change was a growing issue and driven by human activity, primarily the release of greenhouse gases from burning fossil fuels, and yet it was decided to block the use of nuclear energy which was known to not produce greenhouse gas emissions during operation, and thus continue to use fossil fuels.

In the twenty-three years since the prohibition was introduced the seriousness of climate change has become clearer and the urgent need to transition away from fossil fuels has only increased. The fact that the prohibition has remained in place during this time is a serious failing of our political system and must now be immediately rectified.

On October 17, 1956 the first full scale nuclear power station opened in the UK. Today nuclear energy is used in thirty-two countries with over four hundred operational reactors producing approximately ten percent of global electricity. Nuclear is the second largest source of clean electricity after hydroelectricity.

For almost seventy years nuclear energy has demonstrated it can provide affordable, reliable energy without producing the dangerous air pollution or greenhouse gases associated with the burning of fossil fuels. Despite a small number of notable accidents, nuclear remains one of the safest forms of energy available to humanity.

Research published in 2013 found “that global nuclear power has prevented an average of 1.84 million air pollution-related deaths and 64 gigatonnes of CO2-equivalent (GtCO2-eq) greenhouse gas (GHG) emissions that would have resulted from fossil fuel burning.”

The Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC) acknowledges that land use plays a vital role in protecting the environment and addressing climate change, “Sustainable land management can contribute to reducing the negative impacts of multiple stressors, including climate change, on ecosystems and societies (high confidence)”. Nuclear energy has the lowest lifecycle land use requirement of all energy sources.

A report produced for the United Nations Economic Commission for Europe (UNECE) found that nuclear energy has the lowest lifecycle environmental impact. Note that this is for the full lifecycle and fuel cycle, not merely plant construction and operation. This further highlights that there is no scientific basis for including the prohibition of nuclear energy in an act specifically written to protect the environment and biodiversity.

I therefore encourage our federal parliament to lift its ban on nuclear energy and help global efforts to transition away from fossil fuels.

Supporting evidence:

1.https://essentialvision.com.au/support-for-nuclear-energy-in-australia,

2. https://poll.lowyinstitute.org/charts/potential-federal-government-policies-on-climate-change

3. https://www.nei.org/news/2022/nei-statement-on-nuclear-in-eu-taxonomy

4. https://ec.europa.eu/info/sites/default/files/business_economy_euro/banking_and_finance/documents/210329-jrc-report-nuclear-energy-assessment_en.pdf

5. https://www.palladiummag.com/2022/10/28/how-finlands-green-party-chose-nuclear-power/

6. https://nla.gov.au/nla.obj-281452879/view

7. https://nla.gov.au/nla.obj-2527058440/view

8. https://nla.gov.au/nla.obj-3039339548/view

9. https://ourworldindata.org/safest-sources-of-energy

10. https://pubs.acs.org/doi/full/10.1021/es3051197?source=cen

11. https://www.ipcc.ch/srccl/chapter/summary-for-policymakers/

12. https://ourworldindata.org/land-use-per-energy-source

13. https://unece.org/sed/documents/2021/10/reports/life-cycle-assessment-electricity-generation-options 

Texte français

Je soutiens pleinement la proposition de suppression des interdictions législatives sur l’utilisation de l’énergie nucléaire et des infrastructures connexes du cycle du combustible nucléaire dans le projet de loi de 2022 portant modification de la législation sur l’environnement et d’autres lois (suppression des interdictions en matière d’énergie nucléaire).

Je crois fermement que l’interdiction actuelle de l’énergie nucléaire et de l’infrastructure connexe du cycle du combustible nucléaire n’est pas dans l’intérêt du peuple australien, car elle constitue un obstacle inutile au déploiement potentiel d’une source éprouvée d’énergie propre, sûre et fiable tant au pays qu’à l’échelle mondiale. Dans le contexte de l’aggravation de l’urgence climatique mondiale, une telle barrière est moralement et politiquement injustifiable.

Des sondages récents suggèrent également que l’interdiction actuelle n’a pas d’acceptabilité sociale, la majorité des Australiens appuyant l’utilisation de l’énergie nucléaire et le nombre de personnes fortement opposées a considérablement diminué.

La levée de l’interdiction permettrait à l’Australie de saligner sur les autres démocraties occidentales qui considèrent désormais lénergie nucléaire comme une forme dénergie verte. Cela inclut le récent vote du Parlement européen pour inclure le nucléaire dans sa taxonomie du financement de la durabilité, à la suite de la recommandation  du JRC (Joint Research Center), le Centre commun de recherche de la Commission Européenne, qui a conclu que l’énergie nucléaire répondait à lexigence de lUE de « ne pas causer de dommages significatifs ». « Les analyses nont révélé aucune preuve scientifique que l’énergie nucléaire fait plus de mal à la santé humaine ou à lenvironnement que dautres technologies de production d’électricité déjà incluses dans la taxonomie en tant qu’activités soutenant l’atténuation du changement climatique »,(rapport du Centre commun de recherche)

À l’échelle mondiale, même les partis verts, historiquement opposés à l’énergie nucléaire, réalisent l’importance de la technologie dans la lutte contre le changement climatique. Les Verts finlandais sont devenus le premier parti vert à devenir activement pro-nucléaire. Ici, en Australie, de nombreuses enquêtes gouvernementales ont également porté sur l’énergie nucléaire et le cycle du combustible nucléaire et ont recommandé que les interdictions actuelles soient levées.

Le rapport de la Commission royale sur le cycle du combustible nucléaire de l’Australie-Méridionale, 2016, indique que « La Commission recommande que le gouvernement de l’Australie-Méridionale supprime au niveau des États, et poursuive la levée au niveau fédéral, des interdictions existantes sur l’autorisation d’activités de traitement ultérieur, afin de permettre le développement commercial d’installations multilatérales dans le cadre d’accords de location de combustible nucléaire ».

Le comité chargé du projet de loi de 2019 sur l’abrogation des mines d’uranium et des installations nucléaires (interdictions) a recommandé que « le gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud poursuive l’abrogation des interdictions du Commonwealth sur les installations nucléaires » au motif que, entre autres raisons, « le comité estime que les générations III/III+ et IV constituent une avancée significative par rapport aux conceptions de réacteurs de l’ancienne génération » et que « selon la prépondérance des témoignages d’experts recueillis dans le cadre de cette enquête, le comité estime que les technologies nucléaires émergentes, en particulier les technologies nucléaires de génération III/III+ et de génération IV : [..] présentent un risque nettement inférieur à celui des technologies nucléaires antérieures; et sont considérablement plus sûrs que d’autres formes de production d’électricité dans le niveau de risque qu’ils présentent pour la santé humaine et l’environnement en raison de la réduction des émissions atmosphériques.

La levée de l’interdiction de l’énergie nucléaire, assortie de conditions, permettrait également de répondre aux recommandations de l’enquête sur les conditions préalables à l’énergie nucléaire en Australie en 2019, en particulier la recommandation 3 : « Le Comité recommande que le gouvernement australien [...] lève son moratoire sur l’énergie nucléaire en ce qui concerne la technologie nucléaire de génération III+ et de génération IV, y compris les petits réacteurs modulaires [..] » et permettrait de formuler la recommandation 1 b) : « Adopter une approche stratégique de la possibilité d’entrer dans l’industrie de l’énergie nucléaire qui envisage : i. de collaborer avec des partenaires internationaux ayant des compétences dans le domaine de lénergie nucléaire et den tirer des enseignements; ii. développer la capacité souveraine nationale de l’Australie dans le domaine de l’énergie nucléaire au fil du temps [..] »

L’interdiction actuelle de l’utilisation de l’énergie nucléaire en Australie a été introduite en 1999, avec le soutien de la Coalition, du Parti travailliste, des Verts et des Démocrates, quatre ans après la première Conférence des Parties (COP) en vertu de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) en 1995 et onze ans après le premier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) en 1988. Il était clair, au moment de la mise en œuvre de cette interdiction, que le changement climatique était un problème croissant et entraîné par l’activité humaine, principalement la libération de gaz à effet de serre provenant de la combustion de combustibles fossiles, et pourtant il a été décidé de bloquer l’utilisation de l’énergie nucléaire dont on savait qu’elle ne produisait pas d’émissions de gaz à effet de serre pendant son fonctionnement, et donc de continuer à utiliser des combustibles fossiles.

Au cours des vingt-trois années qui se sont écoulées depuis l’introduction de l’interdiction, la gravité du changement climatique est devenue plus claire et le besoin urgent de s’éloigner des combustibles fossiles n’a fait qu’augmenter.

Le fait que l’interdiction soit restée en vigueur pendant cette période est un grave échec de notre système politique et doit maintenant être immédiatement rectifié. Le 17 octobre 1956, la première centrale nucléaire à grande échelle a ouvert ses portes au Royaume-Uni. Aujourd’hui, l’énergie nucléaire est utilisée dans trente-deux pays avec plus de quatre cents réacteurs opérationnels produisant environ dix pour cent de l’électricité mondiale. Le nucléaire est la deuxième source d’électricité propre après l’hydroélectricité.

Depuis près de soixante-dix ans, l’énergie nucléaire a démontré qu’elle pouvait fournir une énergie abordable et fiable sans produire la pollution atmosphérique dangereuse ou les gaz à effet de serre associés à la combustion de combustibles fossiles. Malgré un petit nombre d’accidents notables, le nucléaire reste l’une des formes d’énergie les plus sûres disponibles pour l’humanité.

Une étude publiée en 2013 a révélé « que l’énergie nucléaire mondiale a permis d’éviter en moyenne 1,84 million de décès liés à la pollution atmosphérique et 64 gigatonnes d’émissions de gaz à effet de serre (GES) équivalentes CO2 (GtCO2-eq) qui auraient résulté de la combustion de combustibles fossiles ». Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) reconnaît que l’utilisation des terres joue un rôle vital dans la protection de l’environnement et la lutte contre le changement climatique, « la gestion durable des terres peut contribuer à réduire les impacts négatifs de multiples facteurs de stress, y compris le changement climatique, sur les écosystèmes et les sociétés (confiance élevée) ».

L’énergie nucléaire a les besoins les plus faibles en matière d’utilisation des terres tout au long du cycle de vie de toutes les sources d’énergie. Un rapport produit pour la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe (CEE-ONU) a révélé que l’énergie nucléaire a le plus faible impact environnemental sur le cycle de vie. Notez que cela concerne le cycle de vie complet et le cycle du combustible, pas seulement la construction et l’exploitation de l’usine. Cela souligne en outre qu’il n’existe aucune base scientifique pour inclure l’interdiction de l’énergie nucléaire dans une loi spécifiquement rédigée pour protéger l’environnement et la biodiversité.

J’encourage donc notre Parlement fédéral à lever son interdiction de l’énergie nucléaire et à contribuer aux efforts mondiaux visant à abandonner les combustibles fossiles. 

Supporting evidence:

1.https://essentialvision.com.au/support-for-nuclear-energy-in-australia,

2. https://poll.lowyinstitute.org/charts/potential-federal-government-policies-on-climate-change

3. https://www.nei.org/news/2022/nei-statement-on-nuclear-in-eu-taxonomy

4. https://ec.europa.eu/info/sites/default/files/business_economy_euro/banking_and_finance/documents/210329-jrc-report-nuclear-energy-assessment_en.pdf

5. https://www.palladiummag.com/2022/10/28/how-finlands-green-party-chose-nuclear-power/

6. https://nla.gov.au/nla.obj-281452879/view

7. https://nla.gov.au/nla.obj-2527058440/view

8. https://nla.gov.au/nla.obj-3039339548/view

9. https://ourworldindata.org/safest-sources-of-energy

10. https://pubs.acs.org/doi/full/10.1021/es3051197?source=cen

11. https://www.ipcc.ch/srccl/chapter/summary-for-policymakers/

12. https://ourworldindata.org/land-use-per-energy-source


mercredi 16 novembre 2022

L’Estonie se prépare à entrer dans le club nucléaire 3) Les USA à la manœuvre géopolitique

Suite de https://vivrelarecherche.blogspot.com/2022/11/lestonie-se-prepare-entrer-dans-le-club_14.html et de https://vivrelarecherche.blogspot.com/2022/11/lestonie-se-prepare-entrer-dans-le-club.html

Soit le rapport d’un think tank géostratégique estonien International Centre for Defence and Security très favorable aux USA

Rapport : Developing Nuclear Energy in Estonia september 2022 An Amplifier of Strategic Partnership with the United States?,

Un choix géostratégique…qui devrait favoriser les USA

« L’énergie nucléaire est de plus en plus considérée comme l’un des ingrédients essentiels d’une transition réussie vers un système énergétique neutre pour le climat et comme un élément viable du futur bouquet énergétique décarboné. Par conséquent, l’Estonie envisage officiellement la possibilité d’adopter l’énergie nucléaire produite par de nouveaux petits réacteurs modulaires (PRM).

Ce choix n’est cependant pas purement environnemental, économique ou technique, mais a également des implications géopolitiques. Il créerait de nouvelles interdépendances à long terme avec des partenaires étrangers, ce qui pourrait représenter de nouvelles possibilités de coopération plus étroite dans le domaine de la sécurité et de la politique étrangère, mais pourrait également créer de nouveaux risques politiques, de réputation et de sécurité nationale. Cette dimension géopolitique revêt une importance particulière pour des pays comme l’Estonie qui cherchent à impliquer davantage des alliés clés tels que les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne dans la région nordique-baltique pour contrer la pression géopolitique de la Russie et, de plus en plus, de la Chine..

Le rapport suppose que l’Estonie pourrait éventuellement opter pour l’énergie nucléaire et choisirait les États-Unis comme fournisseur de technologie SMR. »

Facteurs favorables et défavorables

- le consensus politique bipartite aux États-Unis sur l’énergie nucléaire dans la politique climatique et énergétique et la pression américaine pour le développement de la technologie des SMR axée sur l’exportation qui sous-tend ses efforts pour regagner l’avantage concurrentiel érodé de la technologie de l’énergie nucléaire civile sur la Chine et la Russie.  Cette décision donnerait corps et orientation à la coopération en matière de sécurité énergétique qui irait au-delà de l’accent actuel (temporaire) mis sur l’approvisionnement en GNL et s’alignerait sur les objectifs géopolitiques et géo-économiques de l’Initiative des Trois Mers (3SI)

Le rapport examine  comment certains problèmes structurels des politiques énergétiques nationales et les perspectives géopolitiques divergentes de l’Allemagne, de la France et de la Pologne – ainsi que certaines caractéristiques persistantes des relations intra-européennes qui se manifestent par les politiques communes de l’UE – peuvent nuire ou faciliter les aspirations nucléaires estoniennes.

Bien que le rapport constate que la position pro-nucléaire de la France, les aspirations nucléaires de la Pologne et le pragmatisme émergent de la Commission européenne sur l’énergie nucléaire sont des facteurs favorables, il identifie également plusieurs risques parmi lesquels:

- l a position antinucléaire de l’Allemagne fondée sur l’idéologie « uniquement renouvelable » et les intérêts géo-économiques connexes fondés sur les principes de l’Energiewende (c’est-à-dire maximiser les exportations de technologies renouvelables), ainsi qu’un instinct persistant de contrebalancer le rôle de sécurité des États-Unis en Europe par des politiques énergétiques et économiques ;

- le point de vue des Français en termes de perspective géopolitique , qui reste sceptique quant au rôle des États-Unis en Europe, et la pression qui en découle pour une plus grande souveraineté technologique et énergétique européenne,  avec les efforts de coopération européenne en matière de SMR  menés par les Français et le modèle français de SMR

- la possibilité que la Pologne capte de façon ultra dominante  les intérêts et l’attention politique des États-Unis en matière d’énergie nucléaire en raison de l’ampleur de son programme national et du rôle central de la Pologne dans l’Initiative des Trois Mers .

- L’ambivalence persistante de l’UE concernant le rôle de l’énergie nucléaire dans le futur bouquet énergétique neutre en carbone et la vulnérabilité de son consensus intergouvernemental et interinstitutionnel au lobbying idéologiquement motivé par des considérations idéologiques antinucléaires / « renouvelables uniquement ».

Les recommandations

-Exploiter pleinement les possibilités offertes par le traité de collaboration États-Unis-Euratom pour développer un partenariat bilatéral dans le domaine de l’énergie nucléaire ainsi que le programme FIRST pour créer et mettre en place des capacités crédibles en matière de gouvernance compétente de l’énergie nucléaire.

NB : FIRST Foundational Infrastructure for the Responsible Use of Small Modular Reactor (SMR) Technology (cf note fin de document)

- Travailler à l’institutionnalisation et au développement de la coopération multilatérale en matière d’énergie nucléaire dans le cadre de l’Initiative des Trois Mers (3SI)

- Engager un dialogue continu avec l’Allemagne (et d’autres pays nucléaro-sceptiques ) sur le rôle de l’énergie nucléaire dans le futur bouquet énergétique dominé par les énergies renouvelables, tout en restant vigilant et en étant prêt à contrer le lobbying antinucléaire au sein des structures de l’UE qui pourrait progressivement éroder le consensus sur l’inclusion de l’énergie nucléaire dans la « taxonomie de la finance verte ».

La décision d‘inclure le nucléaire dans  la « taxonomie verte » signifie que les États membres qui ont choisi d’étendre ou d’utiliser la technologie nucléaire se verront épargnés d’avoir à s’engager dans des confrontations vives et potentiellement dommageables avec et à Bruxelles sur cette question...Cependant, les restrictions obtenues par les lobbies des énergies renouvelables et des entreprises vertes sont une indication des intentions d’empiler progressivement des contraintes paralysantes sur l’énergie nucléaire au fil du temps.

- Développer une stratégie claire pour aborder à la fois les fondements géopolitiques et commerciaux de l’agenda Français, si Paris soulève des objections à l’implication expansive des États-Unis dans le programme d’énergie nucléaire estonien

Pourquoi un programme national estonien et lequel ?

Théoriquement, l’Estonie pourrait, au lieu de développer sa propre énergie nucléaire, participer en tant qu’investisseur et participant à un projet plus vaste (par exemple en Pologne). Cependant, les délais d’exécution de ces projets sont souvent trop longs et  comportent divers risques, comme l’illustre le projet Hanhikivi-1 récemment annulé en Finlande. L’Estonie a également une expérience très négative de la débâcle de la centrale nucléaire lituanienne de Visaginas qui a conduit la Lituanie à ne pas lancer un projet régional de centrale nucléaire convenu avec les autres États baltes et Hitachi du Japon en 2011-12..

Les développeurs estoniens penchent vers une solution nationale, tout en restant ouverts et même en courtisant activement les participants des pays voisins en tant qu’investisseurs, ce qui en fait un projet régional. La Lettonie fait partie des priorités et montre un intérêt évident, comme en témoignent les discussions entre Fermi Energia et la société publique d’énergie Latvenergo (dans ce cas, si Latvenergo rejoignait le projet, l’Estonie déploierait quatre unités SMR au lieu de deux)

Le SMR de NuScale qui est considéré par la Pologne et la Roumanie est livré en 6 packs modulaires par unité de réacteur qui générerait 500 MW de puissance; les exigences des GRT estoniens sont qu’une seule unité ne dépasse pas 400 MW.

Les développeurs de projets estoniens considèrent fortement BWRX-300 de GE Hitachi, une coentreprise américano-japonaise, comme premier choix et ont même signé un accord de coopération à cet effet.  Jusqu’à présent, il semble que le BWRX-300 sera le seul type de réacteur qui pourrait être entièrement autorisé – par le Canada – et pourrait obtenir une licence en Estonie d’ici 2030.

Cependant, les développeurs de projets estoniens restent non engagés ou « technologiquement neutres », et le choix final serait fait en 2023. Ils continuent d’explorer d’autres possibilités – en particulier un SMR conçu par Rolls-Royce (RR) au Royaume-Uni – au cas où le processus d’octroi de licences du SMR GE Hitachi au Canada, où le premier déploiement est prévu, connaîtrait des retards importants ou d’autres difficultés.

Le fait que l’Estonie soit actuellement « nucléaire  naïve» ne semble pas décourager les investisseurs potentiels ; Cependant, c’est le sentiment politique et les considérations géostratégiques aux États-Unis et dans l’UE – tant dans les institutions de l’UE que parmi les principaux États membres – qui seront d’une importance primordiale si l’Estonie va de l’avant avec l’énergie nucléaire et choisit une solution de PRM d’origine américaine.

Traitement des déchets : implication de la France souhaitée

Les membres d’Euratom ont le consentement préalable des États-Unis pour retraiter les matières nucléaires traitées dans des équipements d’origine américaine si les matières sont envoyées à une installation relevant de la juridiction d’Euratom, à savoir les installations d’Orano à La Hague et de Marcoule en France. Les membres d’Euratom peuvent également retransférer du matériel à la plupart des principaux partenaires commerciaux des États-Unis et de l’UE. Cela signifie que le cadre juridique bilatéral permettant à l’Estonie d’expédier du combustible usé vers la France pour le retraitement afin de réduire les déchets est déjà en place. En outre, la participation des Français au retraitement du combustible usé d’un réacteur construit aux États-Unis en Estonie pourrait apaiser la pression exercée par la France pour que l’Estonie poursuive l’une de ses conceptions en tant que partenaire de l’UE.

Financement : les firmes étatiques gènent les Américains …

Les fournisseurs nucléaires américains sont des entreprises privées dont les coûts d’investissement pour la construction de réacteurs sont généralement financés par des capitaux privés dans un mélange de dette et de capitaux propres. En revanche, la plupart des autres fournisseurs de réacteurs nucléaires appartiennent à des semi-publics, y compris Électricité de France (EdF) (85%) et KEPCO en Corée du Sud (51%), ou entièrement publics, y compris Rosatom en Russie et China General Nuclear Power Group (CGN). Avec le soutien de leurs gouvernements, ces fournisseurs nucléaires peuvent offrir des conditions de financement plus généreuses que leurs concurrents américains. Rosatom, en particulier, a poursuivi un modèle « Build-Own-Operate » (BOO) pour ses exportations nucléaires dans lequel Rosatom assume toutes les participations dans le projet et exploite la centrale une fois qu’elle est construite, recevant des paiements pour la fourniture d’énergie aux consommateurs du pays hôte..

Pour des raisons géopolitiques évidentes, la concurrence de Rosatom n’est pas à considérer dans le contexte estonien. Alors que la capacité du gouvernement américain à soutenir le financement de la construction de réacteurs nucléaires est limitée, les États-Unis maintiennent une série de programmes de renforcement des capacités pour fournir aux États une formation et des ressources liées à la gouvernance de l’énergie nucléaire.

Commentaire sur la situation allemande

Il est raisonnable de s’attendre à ce que la posture de Berlin soit plus modérée dans l’avenir immédiat à l’égard d’une telle politique qu’elle ne l’aurait été avant le 24 février 2022, lorsque la Russie a envahi l’Ukraine... La coalition actuelle au pouvoir a fait une rupture significative avec les positions obstinément russes des années Merkel. Il n’y a plus d’illusion sur la possibilité que la Russie soit un « fournisseur fiable »... Le Parti vert allemand a défendu et diffusé à l’échelle internationale la vision du « vert » comme étant uniquement renouvelable qui exclut l’énergie nucléaire.

Commentaire sur la situation française : peu de probablilité d’abandon d’un très intégré dans les réalités économiques et politiques françaises

La France a développé son secteur nucléaire extrêmement rapidement, dans un scénario qui fait écho à la situation actuelle en Europe. L’impulsion immédiate a été l’embargo pétrolier arabo-OPEP de 1973, à un moment où le pays produisait la majeure partie de son électricité à partir du pétrole. .

Le fait est aujourd’hui que, pour la France, l’énergie nucléaire est synonyme de sécurité énergétique, et qu’elle ne s’accompagne d’aucun coût de réseau, de stockage ou de synchronisation majeur ni de maux de tête, ou d’une dépendance excessive vis-à-vis de régimes instables ou antagonistes à l’étranger. Par conséquent, il est hautement improbable que la France abandonne un jour sa dépendance fondamentale à l’énergie nucléaire. Elle a flirté avec une sortie progressive du nucléaire au cours de la dernière décennie, mais le président centriste Emmanuel Macron et son adversaire d’extrême droite battue à l’élection présidentielle de 2022, Marine Le Pen, ont fait de la modernisation et de l’expansion nucléaires des promesses de campagne clés. En France, les énergies renouvelables auront un rôle important, mais approprié et modéré.

Il y a deux aspects de la politique nucléaire française qui montrent sa profonde intégration dans les réalités économiques et politiques/géopolitiques de la France que tout autre État membre intéressé par l’expansion ou le lancement de l’énergie nucléaire devrait comprendre. Premièrement, c’est le rôle commercial du secteur; deuxièmement, il s’agit de  la politique européenne de la Fran et de considérations géopolitiques plus larges.

L’énergie nucléaire a longtemps rendu l’électricité bon marché en France et suffisamment abondante pour l’exportation, renforçant ainsi l’importance régionale française. En fait, la France est normalement le premier exportateur mondial d’électricité, gagnant environ 3 milliards d’euros par an...

Pour la France, l’énergie nucléaire est synonyme de sécurité énergétique, et elle ne s’accompagne d’aucuns coûts de réseau, de stockage ou de synchronisation majeurs, ni d’une dépendance excessive vis-à-vis de régimes instables ou ennemis à l’étranger…En réponse au défi climatique et à l’agression russe, la France souhaite à nouveau développer ses activités internationales, en utilisant les derniers réacteurs dotés de conceptions de sécurité passive améliorées. Elle commence également à développer de nouveaux SRM polyvalents, basés sur les conceptions utilisées dans ses sous-marins à propulsion nucléaire..

Une influence importante pour la France dans le redémarrage de l’industrie nucléaire

Son expertise et sa position établie dans les secteurs de l’énergie nucléaire de l’UE et du monde sont des facteurs importants pour tout nouveau programme d’énergie nucléaire... Dans le même temps, il est également devenu évident qu’ EDF n’a pas investi adéquatement dans l’entretien de ses anciennes usines nationales, de sorte qu’en avril 2022, y compris les usines fermées pour entretien programmé, la moitié des réacteurs ont  été mis à l’arrêt, dont un certain nombre en raison de la corrosion de composants non nucléaires

C’est un point crucial :  la France reste la principale force poussant l’UE à poursuivre le développement de l’énergie nucléaire. Elle  jouera un rôle clé pour contrebalancer le camp populiste antinucléaire et «tout renouvelable » dirigé par l’Allemagne, avec  d’autres partisans importants. Cela revêt un intérêt crucial pour toute décision relative au programme nucléaire en Estonie et dans les États dotés d’une capacité nucléaire tout au long du Trimarium.

Le réengagement français en faveur de l’énergie nucléaire signifie que l’énergie et la technologie nucléaires ne seront pas seulement une question d’Europe centrale et orientale et qu’il sera donc plus difficile d’isoler, de caractériser ou de stigmatiser par les forces antinucléaires à Bruxelles et ailleurs..

“En conséquence, l’Estonie et les Etats des Trois mers devront courtiser politiquement la France et veiller à l’inclure dans leur stratégie commerciale et industrielle »

Ce que prévoit l’Estonie pour la France en cas de choix américain

Les efforts Français pour rallier les autres États membres de l’UE à la poursuite de la prétendue « autonomie stratégique européenne « – bien qu’ils soient parfois considérés comme une protection potentiellement utile contre les conséquences du regain d’isolationnisme américain et de l’abandon de l’Europe – suscitent souvent le soupçon dans les États baltes que Paris cherche simplement un moyen de réduire l’implication américaine en Europe. En outre, la France a, de longue date, « courtisé » la Russie – un partenaire supposé indispensable, selon Paris, du dialogue et de la coopération dans l’architecture de sécurité européenne au sens large – ce qui a suscité de nombreuses critiques de la part de diverses capitales du Trimarium, conscientes de la  grave menace posée par le régime du Kremlin, et a sapé leur confiance dans le jugement des gouvernants français en matière de  géopolitique.

En ce qui concerne la France, l’Estonie, en cas de choix de la technologie américaine pour sa production nucléaire, devra naviguer entre la position politique pro-nucléaire de la France, son opposition instinctive à l’influence américaine en Europe, les visions de souveraineté de l’UE émanant de Paris et une tendance russophile profondément enracinée dans son establishment diplomatique et militaire. Bien que la France défende l’énergie nucléaire à Bruxelles, le choix d’un petit Etat membre de l’UE de se porter sur une technologie américaine serait certainement source de frictions..

Pour les éviter et  garder de bonnes relations avec  Paris, l’Estonie pourrait théoriquement choisir, si elle poursuit son programme d’énergie nucléaire, de s’associer à la France plutôt qu’aux États-Unis ou au Royaume-Uni pour un déploiement des SMR , agissant ainsi dans l’esprit de la solidarité et de la souveraineté de l’UE.

Mais il semble  que l’implication de l’industrie nucléaire française dans le cycle du combustible nucléaire pour un SMR basé sur la technologie américaine pourrait constituer exactement une solution « macronesque » géopolitiquement équilibrée qu’un centriste Français pourrait apprécier..

L’Estonie devrait s’attendre à ce que la France plaide constamment en faveur d’une coopération sur le SMR européen et souligne que le cadre de l’UE prévoit déjà une gamme suffisante d’instruments de coopération en matière de sécurité pour faire face aux risques associés à l’adoption de l’énergie nucléaire. Une partie de l’opposition politique potentielle de la France peut être désamorcée en intégrant sa base industrielle nucléaire dans les chaînes d’approvisionnement du programme d’énergie nucléaire estonien, même après le choix d’un SMR américain, mais cela ne sera guère suffisant pour éviter l’accusation que l’Estonie ne soutient pas le renforcement des aspirations de souveraineté de l’UE dans la pratique. L’Estonie devra être prête à faire valoir auprès de Paris que sa dépendance vis-à-vis des États-Unis – que ce soit dans le domaine de la technologie énergétique ou de la technologie militaire n’est pas contraire aux intérêts de l’Europe, mais plutôt renforceraient la cohésion et la force collective de l’Occident.

Note ) Sur le programme FIRST : Foundational Infrastructure for the Responsible Use of Small Modular Reactor (SMR) Technology

Le texte de la déclaration ci-après a été publié par les Gouvernements des États-Unis d’Amérique et de l’Estonie, du Ghana, du Japon, du Kazakhstan, de la Lettonie, des Philippines, de la République de Corée, de la Roumanie, de l’Ukraine et du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord à l’occasion de la Conférence d’examen du TNP de 2022.

1. Nos pays partagent un engagement ferme à réaliser les avantages de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, conformément au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Nous réaffirmons le droit inaliénable des États parties au TNP d’utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, sans discrimination et conformément aux articles Ier, II, III et IV du TNP. ..

Nos pays participent à de nouveaux projets de renforcement des capacités dans le cadre du programme FIRST (Foundation Infrastructure for the Responsible Use of Small Modular Reactor (SMR). Les partenaires de ce projet travaillent en collaboration pour faciliter l’utilisation sûre et sécuritaire des réacteurs nucléaires civils, en particulier des PRM. Le programme FIRST fournit aux pays partenaires la base pour tirer parti des technologies nucléaires avancées et des innovations à venir dans la conception des réacteurs afin d’atteindre leurs objectifs en matière de sécurité énergétique et de climat, et de le faire conformément aux normes internationales les plus élevées et aux orientations en matière de sécurité.

 

mercredi 13 juillet 2022

L’inclusion du nucléaire dans la taxonomie votée au Parlement Européen !

Pour la taxo, c’est la suite d’une longue histoire - depuis 2019 ! Quelques épisodes précédents sur ce blog

 https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/06/nouvelles-de-la-taxonomie-juillet-2011v2.htmlhttps://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/04/dernieres-nouvelles-de-la-taxonomie.html; https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/09/urgence-nucleaire-et-climatique-alerte.htmlhttps://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/04/taxonomie-europeenne-rapport-du-joint.html ;https://vivrelarecherche.blogspot.com/2022/06/taxonomie-la-nouvelle-salve-des.html

Le 6 juillet, le Parlement Européen a voté en faveur en faveur de l’inclusion du nucléaire et du gaz dans la taxonomie européenne.

Votes contre l’amendement ( donc en faveur du nucléaire ) : 328. Vote pour l’amendement ( donc contre le nucléaire ) : 258.  Il en aurait fallu 353 pour refuser l’acte délégué de la Commission.

La prise de position des autorités ukrainienne juste avant le vote en faveur de l’inclusion du nucléaire a surement joué un rôle non négligeable, coupant l‘herbe sous le pied aux organisations antinucléaires très mobilisées et très présentes  qui affirmaient que voter le texte revenait à trahir l’Ukraine.

Le 11 juillet, le Conseil des Etats a pris la même position que le Parlement  : aucune majorité qualifiée renforcée (20 pays, 65 % de la population de l’UE) ne s’est dessinée  en faveur d’un veto.

Le nucléaire est donc maintenant  inclus dans la taxonomie Européenne (ainsi que le gaz, sous des conditions très restrictives)

Détails du vote au Parlement européen

Vote des députés français :  (Pour signifie pour l’inclusion du nucléaire)

RN : 13 pour ( pratiquement tout le monde), 0 contre, 0 absentions,  6 absents(surtout ceux qui ont été élu en juin 2022 au Parlement Français )

PPE : 8 pour ( excellent discours et forte mobilisation de François-Xavier Bellamy ), 0 contre, 0 abstention

Renew ( Macron) : 21 pour (dont Christophe Grudler ( très fortement mobilisé pour, a joué un rôle moteur), Stépahne Séjourné, Pascal Canfin) ; 2 contre ( Catherine Chabaud, Pascal Durand), 0 contre, 0 abstention

Verts/Ale: 0 pour, 12 contre, 0 abstentions  :  ils sont tous là Jadot, Delli, Cormand, Rivasi, Toussaint. Pas un écolo à la mode finlandaise ou suédoise ( pro nuc)

Sociaux Démocrates : 0 pour, 6 contre, 0 abstentions : tous là eux aussi : Glucksmann, Lalucq, Larouturou…

La Gauche ( LFI) : 0 pour, contre 2 , abstention 1 ( Emmanuel Maurel, ex PS, très critique sur le « mix éolien et gaz »  allemand) abstention 2  (élus au Parlement français)

Vote de l’ensemble  des députés européens :

ID : 53 pour , 3 contre,  0 abstentions ( les contre sont  danois et autrichien, tous les français ont voté pour )

ECR ( droite eurosceptique ) : 62 pour, 0 contre, 0 abstention : carton plein, donc, principalement ex-pays de l’Est,Tchéque, Polonais,  aussi qqs Pays-Bas, Italiens (Fratelli), Espagne (Vox)

PPE : 104 pour, 37 contre, abstention : 7. Tous les députés français PPE ont voté pour, Les contre sont pour beaucoup des Allemands, Belges, Portugais, Autrichiens. Parmi les pour, deux  poids lourds de la CDU (Manfred Weber, Rainer Wieland.)

Renew : 59 pour, 27  contre, 9 abstentions . A l’exception de 2, les députés français ont voté pour ( bravo Christophe Grudler) . Contre : des Lithuaniens, Belges (dont Guy Verhofstadt), Néerlandais, Suédois, Italiens, Danois

SD :  21 pour, 92 contre, 12 abstentions. Tous les Français ont voté contre. Ont voté pour : 7 Roumains,  1 Hongrois, 3  Maltais,  2 Bulgares,  2 Lettons, 1 Tchéque, 1 Polonais, 1 Finlandais, 1Chypriote, 2 Slovaques )

The Left : 1 pour ( Tchéque),  31 contre ( dont tous les Français sauf  Abstention 1 (Emmanuel Maurel )

Verts Ale : 0 pour,  66 contre (dont tous les francais) , 0 pour, Abstention : 1 (Saluons le lithuanien  lithuanien Stasys Jakeliūnas)

Non Inscrits : 18 pour (essentiellement hongrois), 13 contre (Catalans, Italiens Cinq etoile , Grec)  Abstention 4

Action syndicale  et hommage des ministres européens de l’énergie :

Cette inclusion du nucléaire dans la taxonomie, c’est aussi une victoire syndicale importante, deux ans de combat et de mobilisation  avec notamment deux  courriers à la Présidente de la Commission européenne (first letter to the Commission of 28 January 2021 Letter from Trade unions in the European sector, 12 trade unions from 6 European countries, second letter of 23 July 2021, Follow-up letter from trade unions in the European nuclear sector, 18 trade unions from 10 European countries) et  aux Eurodéputés (20 may 2022, Letter from trade unions on taxonomy CDA aux parlementaires européens membres des commission ECON, ENVI et ITRE), et sans compter l’action de nos syndicats à leurs niveaux nationaux respectifs.

Cette action syndicale a été reconnue dans une tribune parue la veille du vote des eurodéputés,  et signée par les ministres de l’énergie de 10 pays de l’Union Européenne : ( Bulgarie, Croatie, Finlande, France, Hongrie, Pologne, République Tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie)

Intitulée «Nucléaire : il est vital que l'Europe accélère » elle comportait le passage suivant signé Agnès Pannier-Runacher :

 « En conséquence de quoi nous soussignés rejoignons l’opinion de 20 syndicats de travailleurs belges, bulgares, tchèques, finnois, français, hongrois, lithuanien, roumain, slovaques et slovène du secteur énergétique pour déclarer que l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie européenne est vitale pour combattre le changement climatique et accroitre l’indépendance énergétique. »

Merci Madame, le Ministre, bel hommage à l'action syndicale

Pour la version française : https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-nucleaire-il-est-vital-que-leurope-accelere-1771918#xtor=CS1-26

Rappelons que ce sont les syndicats français (ou plutôt leurs fédérations de l’Energie et de la Métallurgie) qui sont à l’origine de cette mobilisation syndicale : CFE-CGC, CGT,  FO et CFDT ont été exemplaires.


Extraits des interventions syndicales :


Dans la même période, plusieurs syndicats européens de l’énergie (pour la France, l'interfédérale FNME-CGT, CFE-CGC Énergies, FCE-CFDT, FO Énergie et Mines, CFE-CGC métallurgie) auxquels se sont joints des syndicats bulgares, finlandais, belges, hongrois et roumains) ont écrit à la Commission Européenne pour  demander l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie :

 

« Exclure l’énergie nucléaire de la taxonomie européenne conduirait donc à fragiliser toute une filière (plus d’un million d’emplois en Europe dont 220 000 en France) qui fournit pourtant actuellement près de la moitié de l’électricité à faible teneur carbone dans l’Union Européenne, permettant ainsi d’économiser annuellement l’émission de plus d’un demi-milliard de tonnes de CO2. En outre, les secteurs utilisateurs de cette énergie, notamment les électrointensifs au cœur de l’industrie européenne, seraient eux aussi fortement impactés….Pour la CFE-CGC, la transition de l’Europe vers sa neutralité carbone ne peut se priver de l’avantage du nucléaire, car c’est la clef de la réussite du Green Deal porté par la Commission européenne. » Communiqué CFE-CGC,  03 - 02 – 2021)

 

 Dans la foulée, l’interfédérale FNME-CGT, CFE CGC Énergies, FCE-CFDT et FO Énergie et Mines écrivait au Président de la République pour lui demander de s’engager résolument « pour éviter l’exclusion du nucléaire de la taxonomie européenne, décision qui aurait des conséquences très négatives pour l’industrie française et les engagements climatiques français et européens. […]C’est en défendant la neutralité technologique bas carbone de la taxonomie et donc l’inclusion du nucléaire que la France apportera sa pierre à d’édifice d’un projet européen climatiquement responsable qui fait de la sécurité énergétique, de la relance économique, de l’ambition sociale et de la relocalisation industrielle ses priorités, tout en préservant son autonomie stratégique en matière énergétique et industrielle. » Communiqué CFE-CGC, 22 mars 2021)