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mercredi 30 juin 2021

Comité de prospective de la CRE- Les énergies marines

Le SER, un lobby efficae à l’œuvre

« Cette année, j’ai confié au groupe de travail « bouquet énergétique », placé sous la présidence d’Hugh BAILEY, Directeur général de General Electric France, et de Marc LAFOSSE, Président d’Énergie de la Lune et Président de la Commission Énergies marines du SER, la difficile mission d’éclairer l’avenir de la filière énergies marines française » (Jean-François CARENCO)

Commentaire : qu’on demande une expertise à des scientifiques travaillant pour les ENR, O.K à condition qu’elle soit contradictoire ; mais que la CRE demande à l’un des principaux dirigeant du lobby des ENR de codiriger un groupe de travail…, c’est un peu embêtant.

« Ce rapport, qui se veut accessible à tous les publics – y compris aux non spécialistes du secteur de l’énergie –, a pour ambition de nourrir le débat public, en s’appuyant sur l’analyse des principaux acteurs, privés, publics et parapublics, de l’énergie en France. Il est rédigé sous la seule responsabilité des deux co-présidents, Hugh BAILEY et Marc LAFOSSE »

Commentaire : donc, on est bien d’accord, il engage pas la CRE !

Parmi les participants et intervenants, que des partisans des ENR, donc pas un bémol ne sera exprimé. Amusant :  on trouve notamment quatre représentants de Naval Energies

Commentaire : Décembre 2020 : « Naval Energies ambitionne de devenir un acteur industriel de référence au niveau mondial de l’éolien flottant. Le dynamisme du marché français permet à Naval Energies de se projeter ambitieusement sur les marchés export »

Février 2021 : Naval Group cède sa filiale Naval Energies, mettant en avant « l'immaturité du marché des énergies marines renouvelables » : « L'éolien flottant représente des investissements considérables pour une rentabilité incertaine, voire inatteignable »

 Les mensonges habituels sur la France en retard…

 « La France possède le deuxième gisement de vent éolien marin le plus important d’Europe, ainsi que la Zone Économique Exclusive (ZEE) la plus étendue après les États-Unis. Un réel potentiel existe en ce qui concerne la production d’EMR dans le pays, bien qu’il soit aujourd’hui largement sous-exploité par rapport à ses voisins européens… plusieurs États au sein de l’Union européenne se sont fixés des objectifs de développement des EMR, là où la France semble restée sur la réserve, alors même qu’elle dispose d’un potentiel bien supérieur »

 Commentaire : C’est faux ! La Commission Européenne a validé en juillet 2019 des tarifs compris entre 131 et 155 € par MWh pour les parcs éoliens français (sauf Dunkerque  (44 € par MWh) . La Commission justifie ainsi ces prix particulièrement élevés :"Ce soutien élevé par rapport à ceux pratiqués en mer du Nord ou en Baltique se justifient par deux particularités des côtes françaises : des vents plus faibles et une nature de sol plus complexe (sols rocheux carbonatés au lieu de sols sableux ou argileux). »

Bon ben si les côtes françaises ne sont pas adaptées à l’éolien off shore, faut pas en faire…

 « Proposition n°1 : afficher des objectifs plus ambitieux pour la filière des EMR en adoptant lors de la révision de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) en 2023 les objectifs suivants : - éolien en mer : 18 GW en 2035 et 50 GW en 2050 (le potentiel technique exploitable identifié par l’Ademe est de 16 GW pour le posé et 34 GW pour le flottant) »

 Commentaire :  Ça représente de l’ordre de 100 parcs comme Saint-Brieuc ! Il ne resterait rien de ce pays et de ses littoraux. Et puis, bonne chance, hein !

 « Proposition n°2 : la mise en place, après un débat public national associant l’ensemble des parties prenantes, d’une planification nationale maritime engageante à horizon 2050, dont le principe serait inscrit dans la PPE. Ce portage politique pourrait être assuré par le ministère de la Mer….

Le groupe de travail recommande également la simplification des procédures d’autorisation administratives, ainsi qu’une unification des différents essais en mer : - Proposition n°9 : généraliser le modèle de l’autorisation unique mis en place pour les projets d’EMR en Zone économique exclusive (ZEE) à l’ensemble des projets, y compris ceux dans le domaine public maritime. »

 Commentaire : Ben voyons, Open bar pour les margoulins de l’éolien. Wind Europe était plus franc : « Nous allons devoir approcher différemment la planification de l’espace maritime. Les zones aquatiques doivent pouvoir faire l’objet d’usages multiples….Pour faciliter le développement des parcs offshore, la Commission Européenne va donc devoir résoudre ce problème en priorité. »

Autrement dit, pousse-toi de là que je m’y mette ! l’éolien off shore aura priorité et on enverra valdinguer protection des paysages, conservatoires du littoral et les autres activités, telles la pêche, le tourisme, la plaisance, les nécessités militaires.

 Une équation économique très très compliquée, surtout pour l’éolien flottant

« Enfin, l’ultime proposition vise à répondre à l’enjeu du stockage de la surproduction d’électricité des EMR : - Proposition n°11 : coupler la question du développement des EMR avec celle de l’hydrogène »

Commentaire : on sait déjà que cette production éolienne offshore sera excédentaire et lorsque le vent souffle en Europe, l’électricité générée ne vaudra rien, et même moins que rien : elle aura un prix négatif. Et par anticyclone d’hiver et d’été…ben, il faudra trouver autre chose. Alors, du coup, on vous propose de se servir de l’éolien offshore  pour générer l’hydrogène de la façon la plus chère qui soit.  

« L’éolien en mer posé est la technologie la plus aboutie et la plus compétitive. À ce stade, les pays les plus avancés sur les EMR ont axé leur développement sur les éoliennes en mer posées… L’éolien en mer flottant est en pleine expansion, mais pose encore certaines questions. Le premier parc d’éoliennes flottantes en mer, le projet Hywind, a été inauguré en Ecosse en 2017 par les sociétés Statoil et Masdar. Sa capacité de production est de 30 MW. Un autre parc éolien flottant, WindFloat Atlantic, a été mis en service fin juillet 2020 au Portugal. Ses trois éoliennes sont composées des plus grandes turbines au monde sur plate-forme flottante, et ont une capacité installée totale de 25 MW.”

Commentaire : merci de cet aveu ! Car justement, en France, il faut, compte-tenu des côtes, quasi-exclusivement de l’éolien flottant…On est donc pas si en retard…Et il reste effectivement beaucoup de questions

« Trois principales raisons expliquent le niveau élevé de risque des projets d’EMR : - à l’exception de l’éolien en mer posé, le niveau de maturité des différentes technologies n’est pas encore optimal, ce qui se traduit à la fois par des incertitudes sur la réussite des projets et par des coûts de production élevés (malgré un coût en baisse pour l’éolien notamment posé) ; - tous les types de projets ont été touchés par des sinistres importants ; - le retour sur expérience est encore faible ce qui limite les possibilités de modélisation et se traduit par la prise de marges plus importantes par les financeurs et les assureurs…Les assureurs considèrent les projets d’EMR comme des projets à « risques aggravés ».

Commentaire : encore une fois, merci de cet aveu…On comprendra que vous aurez besoin de l’aide de l’Etat, pour vos projets si merveilleux… De beaucoup d’aide..

Pour mémoire, JMJ, soit  Jancovici  ( Fondation Nicolas Hulot, X-environnement, Shift Project, Haut Conseil pour le Climat…). Extrait de son exposé devant la Commission Aubert :

« L’éolien offshore aujourd’hui, c’est 25 milliards d’euros qui vont partir dans ce dispositif qui a encore moins d’intérêt que l’éolien terrestre. S’il y a un truc qu’il faut arrêter tout de suite, c’est bien ça ! Avec ces 25 milliards d’euros vous avez de quoi payer 6000 euros de prime de conversion du fuel en pompe à chaleur aux quatre millions de ménages français qui sont chauffés au fuel, qui sont souvent des ruraux, souvent précaires. Qu’on augmente mon taux d’imposition pour ça, moi je veux bien ! Mais qu’on me prélève un centime de plus pour payer l’éolien offshore, ce truc de Shadock »

« La part du raccordement dans le coût complet des projets éoliens en mer va augmenter. Aujourd’hui, concernant le raccordement, le volume d’investissements en portefeuille en phase de réalisation s’élève à 1,2 milliards d’euros, montant équivalent à celui du volume d’investissements en portefeuille en phase de développement. À l’avenir, les projets vont changer d’échelle et passer d’une moyenne de 500 à 600 MW à 1 GW. Par ailleurs, les parcs éoliens en mer ont tendance à s’éloigner de plus en plus des côtes. La zone maritime retenue pour le 4ème appel d’offres se situe à 70 kilomètres des côtes alors que pour les projets précédents elle était plutôt à 30 kilomètres. La combinaison de ces deux éléments entraînera une hausse du coût du raccordement. Actuellement, le raccordement représente entre 15 et 20 % du coût d’un parc. Les premiers raccordements sur le 1er et le 2nd appel d’offres coûtent un peu moins de 550 k€/MW, sans la plateforme et près de 800 k€/MW avec la plateforme. Pour le 4ème appel d’offres, le coût du raccordement s’élèvera à environ 1 milliards d’euros et le renforcement terrestre nécessaire représentera entre 50 et 100 milliards d’euros »

Commentaire : ah ben dites, ça tombe bien que le gouvernement ait justement récemment décidé de prendre ces frais de raccordement à sa charge, c’est-à-dire à celle du contribuable, au mlieu de la laisser à l’exploitant, comme c’était le cas auparavant.

« L’acceptabilité des énergies marines renouvelables fait encore débat notamment pour les riverains, les défenseurs de la biodiversité et les pêcheurs »

Commentaire : ben oui ! d’où de discrètes avancées législatives comme la  loi du 7 décembre 2020 d’accélération et de simplification de l’action publique (dite loi « ASAP ») qui permet notamment d’autoriser le ministre chargé de l’énergie à lancer la procédure de mise en concurrence avant la fin du débat public ou de la concertation préalable.

Décidément, le lobby des margoulins de l’éolien est très efficace. Merci à la CRE de lui avoir prêté la main !



samedi 22 août 2020

Non à l’implantation des 60 éoliennes géantes flottantes au large de Groix et Belle-Ile (2) ! Un débat critiqué par son organisateur !


NB. J’ai déjà traité de ce problème dans 2 billets de ce blog


Je rappelle qu’un débat est actuellement ouvert sous l’égide de la CNDP. Pour participer :


Curieux débat tout de même. J’ai souhaité mentionner ici les commentaires, assez loyaux pour le coup de M. Laurent Pavard, président de la commission particulière de débat public Bretagne sud que l’on peut trouver sur le site


On ne dispose donc pour le débat ni d’un projet étudié ni d’études d’impact !

Verbatim :

Quelles sont les principales différences entre le débat public de Courseulles en Manche et celui sur l’éolien flottant en Bretagne sud que vous présidez ?

Laurent Pavard – Le débat est placé sous l’égide de la loi « ESSOC » : le débat public se déroule désormais avant l’attribution du projet. Le maître de l’ouvrage n’est donc pas un opérateur industriel mais l’État et RTE, et l’on ne dispose donc pour le débat ni d’un projet étudié ni d’études d’impact comme c’était le cas pour Courseulles.

Le dossier du projet AO5 se résume à une enveloppe de puissance pour les deux tranches (250 MW et 250 à 500 MW) et une « macrozone » de 1330 km2 à l’intérieur de laquelle le ministère attend la localisation d’une zone de 600 km2 pour l’implantation des deux tranches projetées.

De ce fait les choix du public sont beaucoup plus ouverts, mais les éléments portés à sa connaissance sont en revanche beaucoup plus généraux et fragmentaires, en particulier s’agissant de l’état initial des milieux. !!!

Et c’est à peu près tout ce qu’on a, donc on a un débat où on a assez peu d’éléments concrets à donner au public !

Dans un tout autre ordre d’idées je constate que, depuis l’ouverture du débat en ligne, l’opportunité de l’énergie éolienne est beaucoup plus débattue qu’à Courseulles…Le débat se focalise sur des thématiques générales qui répondent à une besoin d’information du public : place de l’éolien dans la stratégie bas carbone, l’économie de l’électricité éolienne, en mer, mécanismes de subventions.. »

Commentaire : ben oui  faute d’un véritable projet étudié, d’une localisation précise, d’études d’impacts, on ne peut qu’effectivement débattre sur l’absurdité climatique, écologique, économique de l’éolien off shore

M.  Laurent Pavard constate qu’il manque «  une localisation plus précise dans la macrozone des 600km2 » et mentionne  « des études d’impacts qui sont assez fragmentaires, quelques données sur les activités de pêche, quelque chose qui est assez peu consistant »

Commentaire : comment en effat débattre là –dessus ? Surtout que les enjeux particuliers de ce parc-ci sont d’importance.

De graves problèmes sur lesquels on ne peut se prononcer !

Continuation du commentaire de M. Laurent Pavard :

« Les usages de la mer : on va mettre sur l’océan une soixantaine d’éoliennes à terme, on pourra pas y faire forcément les mêmes choses qu’avant et avec les mêmes degrés de liberté…sujet à travailler avec les parties prenantes…

Commentaire : en effet, ça serait utile et même indispensable, et même démocratique !

« Les questions d’environnements, on va mettre en mer des chose qui y étaient pas…Est-ce que ça aura des conséquences dans le domaine de l’environnement ? Est-ce que ça aura un effet cumulatif avec les autres parcs éoliens plus au sud ? »

Commentaire : ben oui, quand est-ce qu’on peut en débattre !

« La question du raccordement à terre qui va nécessiter des travaux effectués par RTE et une station d’interconnection, au total une dizaine d’hectares d’ installations électriques à terre. Il faudra qu’on examine avec les environnementalistes, avec  la profession agricole comment ça peut se passer de façon à orienter les travaux de RTE vers la zone la moins dommageable…

Commentaire : ben oui, il faudra

On voit de l’aveu même de M. Laurent Pavard qu’en dehors de l’économie et l’écologie générale de l’éolien off shore, ce projet particulier, d’une ampleur inégalée pose de très sérieux problèmes…sur lesquels il est impossible de débattre, faute d’un projet précis, faute d’information, faute d’études d’impact…

Que faire dans ces conditions ? Sinon réclamer à cor et  à cri , et peut-être autrement que le débat dure le temps qu’il faut pour que les gens concernés puissent se prononcer sur un projets précis dont ils connatront suffisamment la nature, la localisation et les impacts potentiels.

Sinon, c’est une farce, et je ne suis pas sûr qu’elle soit appréciée.

Et aux éléments présentés par M. Pavard, j’ajouterais l’atteinte portée à l’un des plus beaux plan d’eau, d’un des plus beaux paysages marins de Bretagne apr 60 éoliennes flottantes de 200 m.de haut

Les aiguilles de Port Coton de Manet ne valent-ils pas la Montagne Sainte Victoire de Cézanne ? Et les Grands sables de Groix ?
 Car si les éoliennes seront offshore de la côte continentale, à combien seront-elles de celle des îles ?


Un week-end à "Belle-île-en-mer"belle-île Archives - Blog Samboat
Groix, île nature

jeudi 27 février 2020

L’Éolien off Shore : Avis de tempête ?


À fin 2019, l’Europe disposait de 5 047 éoliennes offshore connectées aux réseaux électriques de 12 pays. Le Royaume-Uni et l’Allemagne comptent respectivement pour 44% et 34% de l’ensemble des éoliennes offshores implantées en Europe ; derrière suivent le Danemark (45 éoliennes, 374 MW), la Belgique (44 éoliennes, 370 MW) et le Portugal (1 éolienne de 8 MW).  La France dispose à l'heure actuelle d'une seule installation connectée au réseau électrique (démonstrateur de Floatgen de 2 MW). Siemens Gamesa et MHI Vestas ont fourni 90% des nouvelles éoliennes connectées au réseau électrique en Europe en 2019. Le groupe danois Ørsted est quant à lui le premier exploitant de parcs éoliens offshore en Europe (16% du total à fin 2019), devant RWE (12%), Vattenfall et Macquarie Capital (7% chacun)
.
Tout cet effort  pour 2% de toute l’électricité consommée en Europe. Et encore, rappelons qu’il s’agit d’une énergie intermittente qui produit quand le vent souffle, et pas forcément quand vous avez besoin d’électricité.
Et qu’il s’agit d’une énergie chère, très chère et hautement subventionnée (voir la suite)

Jancovici : S’il y a un truc qu’il faut arrêter tout de suite, c’est bien ça !

Alors, la France doit-elle se lancer dans un programme éolien off-shore ? Ben la réponse de Jean-Marc Jancovici est claire : « L’éolien offshore aujourd’hui, c’est 25 milliards d’euros qui vont partir dans ce dispositif qui a encore moins d’intérêt que l’éolien terrestre. S’il y a un truc qu’il faut arrêter tout de suite, c’est bien ça ! Avec ces 25 milliards d’euros vous avez de quoi payer 6000 euros de prime de conversion du fuel en pompe à chaleur aux quatre millions de ménages français qui sont chauffés au fuel, qui sont souvent des ruraux, souvent précaires. Qu’on augmente mon taux d’imposition pour ça, moi je veux bien ! Mais qu’on me prélève un centime de plus pour payer l’éolien offshore, ce truc de Shadock »….J’aurais fourni la totalité de la pompe à 10 à 15 millions de ménages français. J’aurais sorti la totalité du fioul et les deux tiers du gaz et gagné une partie de ma course contre la montre. J’aurais évité 15 % des importations de pétrole, donc, selon les années, de 3 à 6 milliards d’euros, voire 9 milliards d’euros. J’aurais évité la moitié des importations de gaz, créées macroéconomiquement de l’emploi et évité du CO2 »

Les conditions de l’éolien en mer expliquent des coûts particulièrement élevés. Une éolienne en mer doit résister non seulement au vent (ça il vaut mieux !) mais aussi aux vagues, à la corrosion du sel, et donc il faut utiliser plus de matériaux et plus de traitements à puissance installée égale, sans parler du support immergé.
A cause de ces raisons, et aussi de la zone d’implantation, la construction en mer augmente la dépense en carburant par rapport à la construction à terre, et augmente aussi la dépense en carburant pour la maintenance.

Il résulte de ces « surcoûts » à la construction que l’éolien off-shore, malgré un taux de charge augmenté (Vesta annonce de 30% à 50%, ce qui soit dit en passant correspond peut-être au cas du Danemark mais pas au cas de la France, où les meilleurs sites dépassent tout juste 35% de facteur de charge), fournit certes une énergie plus importante par éolienne installée, mais avec un « contenu en carbone par kWh » qui reste à peu près identique. Les éoliennes soient off-shore ou à terre, elles produisent toujours de l’électricité intermittente. De ce fait, dès qu’il y a 1 MW d’éolien installé quelque part, il faut obligatoirement, pour assurer la continuité de la fourniture d’électricité, installer un peu moins de 1 MW « d’autre chose » ailleurs. Installer 24 GW d’éolien suppose donc d’avoir « ailleurs » pas loin de 20 GW de puissance de pointe provenant d’une autre source pour pallier les variations du vent, et au surplus cette « autre source » devra fonctionner 70% à 80% du temps pendant que l’éolien assurera sur 20% à 30% du temps.

Éolien en mer : le tour de passe-passe de Macron – la charge du raccordement au réseau

La Cour des Comptes estimait en 2018 (Rapport sur le coût des ENR)  que les six parcs d'ores et déjà attribués au large des côtes françaises devraient coûter 2 milliards d'euros par an sur 20 ans, soit un montant total de 40,7 milliards, pour une part de 2% du mix énergétique !!!

Donc, on était parti pour 40 milliards d’euros (Md€) ce qui élevait le coût de production de l’électricité à 22 c€/kWh, alors que cette électricité est vendue… 4 à 6 c€/kWh sur le marché.Ca faisait quand même un peu cher ( d’où Jancovici : il faut arrêter tout cela), alors, miracle macronien et roulement de tambour : le président Macron a annoncé le 20 juin 2018 que, après négociations avec les promoteurs, leur coût a été ramené de 40 Md€ à 25 Md€ par miracle, sans qu’aucun des opérateurs ne se plaignent ou ne se retirent des projets. On nous fait même savoir qu’on les a menacé de relancer les appels d’offres.

Un miracle, on vous dit…Sauf que, changement : les raccordements des éoliennes off-shore au réseau d’électricité seront à la charge de RTE, alors que ces opérations coûteuses destinées à ramener l’électricité à terre vers le réseau RTE par câbles « ensouillés » sont normalement à la charge du producteur.

Donc, le miracle n’est en fait qu’un vrai tour de passe passe qui en fait arrange bien les producteurs. Ces coûts de raccordements sont assez peu prédictibles, d’autant que  la France a des systèmes côtiers plus compliqués que les sites peu profonds et souvent sableux de la Mer du Nord et de la Baltique. . En particulier, les producteurs veulent installer des éoliennes flottantes ancrées sur des fonds de grande profondeur au large de l’Aude et des Pyrénées Orientales (la meilleure région française pour le vent), mais l’opération se révélait onéreuse et risque. Eh bien, risque et coût seront pris en charge par le réseau et donc le contribuable, selon la bonne recettte des affairistes et des margoulins de l’éoline : risque publics, profits privés. C’est pas beau !

Et voilà comment, par un tour de passe-passe, Macron a faussement réduit la facture de 40 Md€ à 25 Md€ ! La méthode est détestable car elle camoufle le véritable coût de l’éolien off-shore. Cette dépense considérable va augmenter le coût du TURPE payé par tous les consommateurs d’électricité pour subventionner les énergies renouvelables, en plus de la célèbre taxe « CSPE » toujours en vigueur sur les factures d’électricité de tous les Français.


Mais la Commission Européenne,  d’habitude si sourcilleuse, considérant qu’il n’y a pas (trop) « distorsion de concurrence » vient de valider les aides très substantielles que la France (donc ses contribuables) accorde aux promoteurs de ses six premiers champs éoliens offshore : 22,3 milliards d’euros pour 3GWe installés ! Le document bruxellois contient d’ailleurs une phrase foncièrement révélatrice indiquant que la Commission donne finalement son accord, car le total de la contribution de ces six champs (estimée à 2% de la production électrique nationale) restera marginal, en se gardant bien de mettre ce chiffre en regard des montants extravagants des aides accordées.

Si l’éolien terrestre coûte cher, l’éolien en mer coûte un pognon de dingue. Beaucoup plus que l’EPR !

Et comme d’habitude, les comptes fantatisques de l’Ademe !

« L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) vient d’actualiser son étude sur les coûts des technologies renouvelables, nous annonce-t-on. Pour les six parcs attribués lors des deux premiers appels d’offre (2011 et 2013), les tarifs moyens pondérés sont après la renégociation de 2018, 148 €/MWh et 134 €/MWh respectivement, sur 20 ans d’exploitation. »

Commentaire : ben oui, on a vu ci-dessus le tour de passe- passe. Le raccordement à la chatrge du réseau. L’électricité la plus chère de toutes, pour 2ù, at pas quand on en a besoin, quand le vent veut bien…
« L’étude indique qu’en se basant sur la littérature existante, le coût complet de production d‘un megawatt-heure, plus connu sous l’appellation de LCOE (Levelized Cost Of Energy) d’un parc en exploitation pourrait être de 56 à 88 €/MWh, en 2030, et descendre entre 35 et 54 €/MWh en 2050 ».

Commentaire ; on dit on répète ; pour l’électricité, le LCOE n’est pas pertinent, et ne peut en aucun cas servir de base à quelque comparaison que ce soit. Parce que l'unité vraiment pertinente n'est pas le MWh produit, mais le MWh livré en un lieu donné à une date donnée… Parce que, quelle que soit la solution adoptée pour pallier l'intermittence, elle a un coût. Or celui-ci n'est pas inclus dans le calcul du LCOE (cf. https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/11/nucleaire-parlons-finances-2-la-grande.html ; https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/les-couts-lisses-de-l-electricite-774441.html)

Et surtout, vous ne pouvez comparer ainsi une énergie intermittente  qui vous fournit de l’électricité quand ça veut bien (20% du tps) et pas quand vous en avez besoin (au point qu il faut parfois payer pour que quelqu’un la prenne) et une énergie pilotable comme le nucléaire.

« En revanche, le tarif d’achat pour le projet de Dunkerque accordé l’an dernier à EDF Renouvelables /Innogy / Enbridge est de 44 €/MWh sur 20 ans, devant huit candidats. »

Commentaire : alors, là, c’est vraiment louche ! Incroyable ! Ah oui, c’est EDF qui a répondu ? Donc quand même, ce petit soupçon : est-ce qu’une fois de plus EDF n’aurait pas été un peu racketté , juste pour faire plaisir à l’Ademe ?

Eolien off shore : si j’étais investisseur…eh bien, je me méfierais ! Un eldorado pas si doré et les malheurs de Dong.

Dans un article intitulé Eolien en mer, le nouvel eldorado ? ( avec un point d’interrogation, notez !) Forbes pose quelques questions sur l’éolien maritime aux USA. Revenant sur un précédent rapport très optimiste, le Ministère de l’Energie américain (DOE) a réduit l’estimation du potentiel de développement de l’éolien offshore de 2,000 GW à 54 GW, du fait des contraintes géologiques, océanographiques et légales.

C’est qu’il existe de  nombreux freins au développement de l’éolien en mer. Les permis de construire des projets off-shore sont tout aussi difficiles à obtenir que pour les projets on-shore. Le bureau de l’énergie océanique américain (BOEM) a déjà retardé de plusieurs mois le lancement des projets Empire State et Vineyard. L’organisation fédérale se fait également le porte-voix de nombreuses activités marines telles que le transport ou la pêche, qui s’inquiètent du bouleversement de leur cadre de travail. Ainsi, en Nouvelle Angleterre, navigateurs et marins s’élèvent contre l’édification de 84 turbines au milieu de leurs routes et zones de pêches.

Au-delà des mécontentements des riverains, l’éolien en mer nécessite de nombreux investissements dans les infrastructures portuaires et électriques. Autre frein : plus de la moitié de la côte californienne – là où le vent souffle le plus fort – est en zone militaire protégée.

Cela vaut aussi peut-être la peine de s’intéresser aux malheurs du leader de l’éolien maritime Ørsted (anciennement DONG Energy). Autrefois propriétaire de l’Etat Danois, la firme n’est plus nationalisée qu’à 51%. En 2014, le gouvernement danois a autorisé Goldman Sachs à prendre une participation de 18 % dans le capital de la société, décision qui a provoqué un mécontentement populaire et la démission de plusieurs ministres du Parti populaire socialiste (écosocialiste) opposés au projet. (En mars la presse danoise révèle que le prix de la participation aurait été largement sous-évalué, faisant perdre le pouvoir aux sociaux-démocrates).

Fin 2019, les cours du géant danois Orsted, pionnier de l’éolien offshore ont plongé en fin d’année en raison de la réévaluation de la production de son parc éolien en mer. Ce dernier aurait sous-évalué les pannes à répétition entraînées par les vents violents du large. Les marchés s’interrogent donc sur la viabilité de ce business model dont la robustesse financière reste encore à démontrer. Selon l’agence environnementale américaine, le coût actualisé de l’énergie éolien en mer reste 2,7 fois plus élevé que l’éolien conventionnel. 
Très confraternel, Orstedt  qu ’il baissait son taux de rendement interne prévu pour plusieurs projets en Europe et à Taïwan. La question sous-jacente est une sous-estimation des effets de sillage et de blocage. Son porte-parole a  insisté sur le fait que le problème n’est pas propre à l’entreprise, mais plutôt à l’ensemble de l’industrie, ajoutant que ses prévisions sont généralement plus prudentes que celles de ses concurrents.

« Notre tâche principale est de nous assurer que nous ne prenons que des projets où nous créons effectivement de la valeur. Il n’est dans l’intérêt d’aucun actionnaire, ni de notre organisation d’opérer avec des prévisions de production gonflées et de gagner des projets sur cette base »

Bon ben voilà, les investisseurs sont prévenus.

Impossible de terminer ce  billet sur les éoliennes off shore  sans rappeler tout de même leurs nuisances.

(« un port comme Le Tréport, c’est 200 marins, il est fréquenté par 75 navires de pêche sur l’année et représente un chiffre d’affaires de 11 millions d’euros. Lorsqu’on nous a présenté le projet, nous avons tout de suite compris que s’ils mettaient les éoliennes là, nous signions notre arrêt de mort. Uniquement avec le chantier nous serions obligés d’arrêter de travailler pendant 2 ou 3 ans…

Katherine Poujol de « Gardez les Caps » conclut en se référant au rapport du député Aubert : « pas d’éoliennes dans les zones de pêches artisanales et une distance d’éloignement minimale de 50 km en mer. » Une distance qui, au demeurant, en ferait de vrais projets offshores.

Nous avons organisé un voyage dans un parc éolien en activité bénéficiant de conditions similaires aux nôtres, avec une courantologie et des fonds marins comparables. En mars 2017, nous avons ainsi visité le parc de Thannet sur proposition de l’Institut maritime de prévention (IMP) et nous étions une dizaine de pêcheurs. Nous sommes revenus en pleurant : le port de pêche s’est vidé, il n’y a plus que du fileyeur, nous n’avons vu aucun bateau de pêche en activité. »