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lundi 23 octobre 2017

Santé au travail, CHSCT : l’air irrespirable du métro Parisien

Le métro, c’est pas bon pour vous, et encore moins pour ses salariés !

Il ne fait pas bon respirer l’air souterrain de Paris. Le taux de particules fines est en effet jusqu’à dix fois supérieur dans les tunnels des transports en commun d’Ile-de-France qu’à l’air libre. C’est ce que pointe le Monde, dans une enquête intitulée «Pollution : l’air irrespirable des travailleurs du métro», publiée dans son édition de vendredi. Premiers concernés, les 28 000 salariés – dont 26 000 en Ile-de-France – de la RATP et de la SNCF : conducteurs de rames, agents de recette et de contrôle, policiers, commerçants et, plus encore, les 8 000 travailleurs chargés de la maintenance des infrastructures. Ces particules proviennent notamment du freinage, des frictions entre les roues et les rails, et entre les rames et les installations électriques, ainsi que des motrices Diesel encore parfois utilisées. Le passage des rames dans les tunnels entraîne en outre une remise en suspension des particules.
Le 4 juillet, un pic à 438 microgrammes (µg) de particules fines par mètre cube d’air a été relevé entre 19 heures et 20 heures, selon les données du réseau Squales de la RATP. Or, à l’extérieur, au même moment, la pollution n’atteignait que 27 µg/m3 de particules dites PM10, selon Airparif. Soit 16 fois moins. La situation est exacerbée lorsque des travaux sont effectués la nuit, parfois avec des groupes électrogènes qui fonctionnent à l’essence et l’utilisation de motrices Diesel. Les concentrations de PM10 ont par exemple dépassé les 1 000 µg/m3 le 31 mai entre 2 heures et 3 heures à la station Châtelet, et le 26 juin entre 3 heures et 4 heures à Auber (les données sont disponibles pour Châtelet, Auber et Franklin D. Roosevelt) .

«Ceux qui travaillent dans les tunnels, quand ils se mouchent, c’est tout noir, comme s’ils bossaient à la mine» rapporte un syndicaliste. L’ANSES, dans un rapport il y a deux ans avait déjà alerté sur la situation. « Les concentrations en Particules Fines PM10 et PM 2.5 des enceintes ferroviaires souterraines sont nettement supérieures à celles mesurées à l’air extérieur.  L’Anses concluait à «conclut à l’existence d’un risque sanitaire respiratoire et cardiovasculaire lié à l’exposition chronique des travailleurs aux particules de l’air des enceintes ferroviaires souterraines (EFS)», et invitait  à des études complémentaires. En parallèle, le conseil d’Etat a enjoint, au mois de juillet 2017, le gouvernement de «prendre toutes les mesures nécessaires pour ramener les concentrations en dioxyde d’azote et en particules fines PM10 sous les valeurs limites».

En certains points du réseau, les concentrations en particules fines sont régulièrement jusqu’à 7,5 fois plus élevées qu’à l’extérieur. Or  la réglementation sanitaire en vigueur est nettement insuffisante, aux limites du ridicule et de l’odieux. 
Pour les salariés : en raison d’une règle d’exception, inscrite dans le code du travail, les salariés ne peuvent pas faire valoir leur droit de retrait : «Dans les locaux à pollution spécifique, les concentrations moyennes en poussières totales et alvéolaires de l’atmosphère inhalée par un travailleur, évaluées sur une période de huit heures, ne doivent pas dépasser respectivement 10 et 5 milligrammes par mètre cube d’air» [soit 5 000 microgrammes] « , soit un seuil 100 fois supérieur au maximum d’exposition aux particules PM10 fixé pour la population générale (50 µg/m3 et par jour) par le code de l’environnement.

Pour les usagers, on mesure leur exposition finale en tenant compte du temps de résidence moyen dans le métro, en accord avec une circulaire du ministère de la santé datant de 2003. «Le fait de tenir compte du temps de résidence dans le métro permet de pondérer les niveaux de pollution élevés auquel l’usager fait face dans le métro (milieu confiné) en partant de l’hypothèse que, sorti du métro, l’usager ne sera plus exposé à un air pollué. Ben Voyons.

Deux tiers des salariés ne sont pas couverts par un CHSCT 

Autrement dit, lorsque Anne Hidalgo en décourageant par tous les moyens (c’est-à-dire en pourrissant leur vie) les automobilistes franciliens et en les contraignant à prendre le métro, et leur vie en danger puisqu’ils sont ainsi soumis à une pollution supérieure à celle des pires endroits en surface- à quand des poursuites contre Anne Hidalgo. Et quant aux travailleurs du métro, ils subissent une situation extralégale qui doit rapidement s’arrêter.
Ces information sur les risques sanitaires à la RATP, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils sont attendus depuis longtemps, et le déplorable état de l’air irrespirable du métro n’est guère une surprise. Mais s’ils sont enfin établis et publiés, c’est grâce à l’action du CHSCT de la RATP, du syndicat SUD, qui a été moteur et de l’association Respire- les autres syndicats, dont la CFDT ayant pris, mais avec quelque vigueur, le métro en marche et pris des mesures pour les diffuser.
Merci donc aux CHSCT et au rôle des syndicats dans les CHSCT, un organisme et un rôle qui sont gravement mis en cause par les ordonnances scélérates de Macron. Il y a depuis longtemps une action continue et sournoise du patronat le plus rétrograde qui a aboutit à l’étranglement complet de la médecine du travail, à l’amoindrissement de son rôle, à sa disparition quasi-totale pour une grande partie des salariés.
Décidément, ces CHSCT sont bien embêtants, direntt Macron et le MEDEF, il faudrait songer à réduire leur rôle. C’est ce qui sera fait avec les prochaines ordonnances.
Alors que c’est exactement le contraire qu’il faudrait faire, et qui représenterait un véritable progrès. Pour la plupart des responsables syndicaux et des experts, l'institution mérite d'être étendue. « Deux tiers des salariés ne sont pas couverts par un CHSCT », relève Alain Alphon-Layre, chargé des questions de santé à la direction nationale de la CGT. « L'hygiène, la sécurité et la santé au travail concernent l'ensemble des travailleurs, y compris ceux des PME et des TPE », note également Jean-Marc Bilquez, responsable du secteur de la protection sociale à Force ouvrière, qui revendique "un champ élargi à l'ensemble des entreprises, quelle que soit leur taille ».
Cette revendication vise notamment les situations de sous-traitance des risques entre les grandes entreprises donneuses d'ordres et leurs fournisseurs, pour l'essentiel des PME dépourvues de toute forme de représentation des salariés.  Des tentatives de CHSCT de site sont suivies avec attention par la CGT dans des centres commerciaux, où cohabitent grandes enseignes et petites boutiques, mais aussi dans l'industrie chimique et pétrolière autour de l'étang de Berre, près de Marseille…

140 ans en arrière !

Evidemment, le sens du progrès est celui d’une extension du rôle des CHSCT. Mais encore une fois, c’est au contraire  sur le chemin d’une rétrogradation sans précédent, dans ce domaine comme dans d’autres que nous emmènent les lois Macrons. Et le chimiste que je suis ne peut pas oublier que la France fut un pays fondateur de la protection de la santé, avec la traduction en 1777 par Antoine Fourcroy (1755-1809), un des principaux collaborateurs  de Lavoisier, de l’ouvrage de Ramazzini, Essai sur les maladies des artisans, traduction qui avec des ajouts qui en doublent le volume, en font un nouvel ouvrage, beaucoup plus complet et mieux fondé scientifiquement, un véritable acte de naissance de la médecine du travail.
Extrait de la préface :
« Le Traité de Ramazzini sur les Maladies des Artisans étant un de ces ouvrages vraiment utiles qui ne peuvent être trop généralement répandus…! En effet, ces hommes qui arrachent à la terre les métaux qu'elle recèle, ne périssent-ils pas souvent sur l'or qu'ils retirent ?.. Telle est donc la malheureuse condition de l'homme, que, pour se procurer les biens dont il a besoin dans l ordre de la société, il s'expose aux plus grands maux. En effet, outre les maladies que sa faible constitution, ses fautes dans le régime, l'air même qu'il est obligé de respirer, lui causent, il en est une classe plus inévitable encore et plus meurtrière, parce que la cause qui leur donne naissance agit sans cesse sur lui. Ce sont les maladies auxquelles les arts exposent ceux qui les exercent. On ne peut douter de l'existence de ces maladies particulières ; et les malheureuses victimes de leur profession ne sont que trop fréquentes.. »


Voilà ; Il y a cent quarante ans !  Naissance de la médecine du travail que le nouvel (dés)ordre social est en train de faire disparaître.


lundi 3 août 2015

Médecine du travail ; pas de quoi pavoiser !

Une médecine sinistrée ?

Le drame sans précédent provoqué par le pilote ultra dépressif de la German Wing qui a précipité son avion et ses 150 passagers sur une montagne des Alpes du Sud (Andreas Lubitz avait consulté plus de 40 médecins ces quatre dernières années) a fait l’objet d’un satisfecit français bien mal placé, sur le thème : cela ne pourrait pas arriver en France, avec notre médecine du travail. C’est peut-être vrai à Air France, où il semble que le suivi médical des pilotes soit sérieusement effectué ; mais ce ne l’est surement dans le pays en général. En fait, depuis plusieurs mois, les médecins du travail et leurs organisations préviennent, en particulier l’Association Santé et médecine du travail  : la médecine du travail est sinistrée.
Tout d’abord, le nombre de médecins du travail ne cesse de diminuer  (5.666  en 2013 contre 6 280 en 1992), pour l’ensemble des salariés ! Comme de toute évidence, ils ne peuvent fournir au travail, la visite annuelle périodique a été remplacée par une visite tous les deux ans pour les salariés non exposés à un environnement particulier (chimie, laboratoire..etc.) Malgré cela, un rapport de l’IFRAP estime que 30 à 60% d'entre elles ne sont jamais réalisées ! (l’Ifrap, organisme patronal militant propose en conséquence de passer à une périodicité de cinq ans !). Faudra-t-il en arriver à ce que des salariés poursuivent l’Etat ou leur entreprise pour ne pas avoir respecté la loi ?
Harcèlement et intimidation

Et quand ils exercent leur travail, les médecins du travail sont de plus soumis aux pressions des employeurs. Depuis deux ou trois ans les plaintes d’employeurs devant l’ordre des médecins se multiplient. Dominique Huez, médecin à la centrale nucléaire de Chinon explique : « les juristes des entreprises ont découvert qu’il existait une brèche juridique et ont pensé qu’ils pouvaient l‘utiliser pour nous discréditer ». En effet, un décret de 2007 permet aux employeurs de poursuivre les médecins en chambre disciplinaire – une sacrée entorse tout de même à leur indépendance. En ce qui concerne le Dr Huez, il lui reproché d’avoir manqué de « prudence et de circonspection » en établissant un lien entre une dépression et les conditions de travail. Devant la multiplication de ce type de procès, dont le point commun est que les entreprises reprochent aux médecins d’établir un lien entre les conditions de travail et l’état psychique de salariés, leurs organisations professionnelles protestent : «leur travail consiste bel et bien à «  éviter toute altération de la santé physique ou mentale des travailleurs du fait de leur travail » ; et ils rappellent que « la déontologie médicale n’est pas au service de l’employeur, mais avant tout fondé sur la protection de la santé des patients ». Et ils dénoncent dans des lettres et des appels une campagne organisée de harcèlement et d’intimidation.
Et ce n’est pas fini : la Caisse d’Assurance Maladie se lance à son tour dans une campagne d’intimidation à propos des arrêts maladies et envoient des lettres d’avertissement aux médecins qui prescrivent plus d’arrêts maladies que la moyenne. Et le ton est rien moins qu’aimable : « Pierre Fendu, directeur de la lutte contre les abus de la CNAM, explique comment l’Assurance maladie procède avec les médecins en dépassement : « Soit le médecin va dire, 'Oui je pense que je peux faire un effort', ou 'Non, je ne peux pas faire d’effort parce que j’estime que tous mes arrêts sont justifiés'. A partir du moment où le médecin dit non, le directeur de la Caisse peut parfaitement décider de le mettre sous accord préalable, cela veut dire que chaque arrêt de ce médecin va être contrôlé »
Le burn out non reconnu maladie professionnelle par le Sénat
Pour aggraver leur cas, certains médecins du travail  se sont lancés dans une campagne pour la reconnaissance du burn out (syndrome d’épuisement professionnel) comme maladie professionnelle. Dans une  lettre d'alerte adressée  aux ministres du Travail et de la Santé ils disent  constater une montée importante de ces cas et, dans une tribune dans l’Marianne posent la question : « combien de burn out se terminent par un licenciement pour inaptitude ou par un passage à l'acte suicidaire ? ».  Témoignage d’un médecin : « Cet été encore j'ai une dame qui me racontait avoir été à sa voiture, les clés en mains,  « et là, docteur, j'ai pas pu monter dans la voiture". Et là, j’ai dit : "maintenant c'est fini, j'arrête. Je suis remontée, j'ai enlevé mon manteau et mes chaussures, je me suis couché et j'ai dormi toute la journée »
Que croyez-vous qu’il arriva ? Les employeurs (au moins ceux d’entre eux qui ne sont pas en burn out, les autres n’ont pas le temps de mener des combats retardataires) sont vent debout et le Sénat a refusé pour l’instant la reconnaissance comme maladie professionnelle. C’est vrai qu’un train de Sénateur ne favorise sans doute pas la prise de conscience du burn out !
Merci aux médecins du travail qui se battent pour exercer le leur, dans un contexte jusqu’ici inédit d’intimidation, de déliquescence, voire même de liquidation, et qui sont trop peu entendus et trop peu soutenus.  La Médecine du Travail a été institutionnalisée en France en 1946 ; on sait que certains se sont donné pour but de déconstruire le programme du Conseil national de la Résistance ; il semble qu’ils agissent aussi sur ce terrain-là.
Le passionné d’histoire des sciences que je suis peut tout de même rappeler que la médecine du travail, et la chimie médicinale tout court, est née en France avec la traduction et l’enrichissement  par Fourcroy, le principal disciple de Lavoisier, d’un traité de Ramazzini en 1777 : «Traité des maladies des artisans et de celles qui résultent des diverses professions ».  Et que ce sont des dentistes qui suivaient des ouvrières peignant les cadrans et aiguilles de réveil de solution de radium qui ont signalé les premiers le danger cancérigène des composés radioactifs.

Ho, ce n’est plus 1946 qu’on détricote, c’est Lavoisier !


 
 

 

vendredi 3 avril 2015

The Empire of Science_Napoleon and his scholars


From Napoleon, history usually retains the great battles, the daring strategies, the glorious marshals, the terrible defeats, the flight of the Eagle's return from Elba Island, the romantic end of St. Helena. As a matter of fact, what was Napoleon reading at Longwood, Sainte-Hélène ? Among other things, the astronomy of Delambre, and also  the course of Crystallography and cosmogony of Haüy, the chemistry course of Fourcroy, the course of mathematics of Lacroix, books that were written by the greatest scientists of his Empire to become classic teaching manuals to be used in the Lycées founded by him, books that he annotated from his hand. Napoleon, from the start and up to the end of his life, had a passion for science and followed its latest developments; and it is no coincidence that, during his reign, France became the dominant scientific power.

So I am here referring to another Napoleon, the Napoleon who made France the greatest scientific and industrial power of its time; and, despite the amazing number of books that are devoted to him (it is said that, since his death, one has been published every day), very few deal with this subject.

Napoleon built a veritable empire of science because, under his reign, the French domination on science became insolent: Laplace reigned on astronomy and mathematical physics with its Mécanique Céleste, who did explain how Newton's laws govern our solar system, with its subtle use of approximations and probabilities; he was in good company with Lagrange, Lalande, Biot, Arago. The chemical Revolution of Lavoisier continued with Thenard, Berthollet, Chaptal, Fourcroy, Vauquelin, Gay-Lussac. Chemistry was still for a time a French science, they explored all routes: study of the chemical reaction for Berthollet, medicinal chemistry for Fourcroy, industrial chemistry for Chaptal and Gay-Lussac. The Napoleonic prefect Fourier, a prominent member of the Expedition in Egypt, invented a new type of mathematical analysis which earned him a huge celebrity and the abbé Haüy continued what he started under the former Monarchy and even at the worst moments of terror: he breaked and classified crystals, buildind the basis of modern crystallography. In natural sciences, Daubenton and Lacépède continued Buffon work; Cuvier, in the words of Balzac, “rebuilt  worlds with bleached bones”, Lamarck and Geoffroy Saint-Hilaire elaborated a first theory of evolution. Corvisart, Pinel, Bichat, Fourcroy make Paris the location where  “modern medicine was born" - clinical medicine – according to the American historian Richard Shryock.

England, at the same time, only had one professional searcher paid by the State, the astronomer royal, successor of Newton, and also Davy, thanks to the Foundation created by the original count Rumford…who finally sought refuge and devoted his agitated life to science in Napoleonic France. Le Moniteur, official journal of the Empire where appeared stories of victories of the Napoleonic armies, and, less often, defeats, was also put at the service of scientific ambition. In full competition with Davy for the discovery of new chemical elements, Gay-Lussac could use it for accelerated publications; Davy, envious, commented: "this journal was that of science as well as war, and this incongruous mix was well in the style of the individual (Napoleon) who directed it.

French hegemony is well revealed by a significant anecdote. Mary Sommerville, the Laplace English translator, visiting the french scientists after the fall of Napoleon, wrote: "I felt some difficulties to follow the general conversation, but, when there was talk of science, it was much easier because all my books of science were in french.”

Empire of science, also, because scientists never were so honored, ennobled, rich and powerful, and mingled with political power. Chaptal, Minister of the Interior, put in place the modern France administrative organisation, created Prefets and national statistics, instruments of a rational, informed, effective government, installed  Chambers of Commerce and Industry, reorganized the hospitals with nurses and midwives now professional and well trained and creates the still existing Pharmacie Centrale, mobilized its prefects to combat smallpox and dropping the perinatal mortality, invented the cultural decentralization by creating a dense network of provincial museums and marked the landscape of France by the cultivation of beet and the law on cemeteries. Fourcroy, another great chemist, one of the main disciples of Lavoisier, after how many efforts and sacrifices !, invented the education system as we know it today, created the baccalaureate and great schools of engineers typical of the french system – such a Ecole Polytechnique, invented even the term and the concept of "Corps Enseignant”, organized professional teachers, formed by the State, with well-defined programs to teach and a career.

This is the story I wanted to tell… among many other things

Eric Sartori, l’Empire des Sciences, Napoléon et ses savants, Ellipses 2014 (reedited)
 
 

jeudi 2 avril 2015

Pleading for Chemistry


I was surprised some time ago by the number of Ukrainian and Russian companies in the field of chemistry, including selling elaborated compounds developed for research, screening libraries etc. The answer to the riddle is in no of June 2014 of l’Actualité Chimique, through an article on the International Chemistry Olympiads. France registered 250 applicants, against 10,000 for the USA, 250. 000 for Ukraine, and 500,000 for Russia.

The craze for Chemistry (which generally started with little chemistry sets for children  before regulations –especially european - forbid anything exciting in it ) seems to have largely left France to thrive elsewhere. Yet, Chemistry was largely a French science, founded in its modern version by Lavoisier.

Then, to restore the balm to the heart for teachers of chemistry, these quotes from two disciples of Lavoisier:

Fourcroy 1800, in his synopsis of chemistry, which launches into a eulogy of medicinal chemistry: "Chemistry... discovers the nature and the composition of animal material. It will precisely determine the chemical reactions that occur in living animals, such as Spallanzani has elucidated the mechanisms of digestion and Lavoisier, respiration. By analysis of the altered bodies, it will discover what is happening in the organic injury and what diseases are. It will discover ways to prevent disease in their beginning. It will simplify the pharmaceutical remedies, will eliminate the inactive substances, will make therapeutics formula more exact and reproducible ... »

And Chaptal, for the industrial chemistry: "Before that chemistry was reduced to general principles, many industry operations, factories, manufactures were, so to speak, the preserve of a few nations and the ownership of a small number of individuals. The most absolute secrecy covered each process of the veil of mystery; formulas and practices transmitted by inheritance from generations to generations. Chemistry unveiled everything; it  made the field an heritage of all, and in a short time, we saw the people where this science was cultivated to enrich from their neighbours. Preparations of lead, copper, mercury; working iron, the manufacture of acids; the finishing of fabrics; the colors on canvas printing; the composition of crystals, terracotta and porcelain; all this was taken from the secret, and is now a common property...Thus, since twenty years, chemistry has created several branches of industry ".

Playful, dramatic, exciting, ubiquitous...

As any science done well, chemistry is a language, and those who ignore it cannot understand much about biology, drug, textiles, dyes, inks, plastics, photography, geology and its wonderful crystals, air, water and their pollutants, cosmetics, metals and their transformations, more and more technical glasses end lenses, oils and potential substitutes,  agrochemicals and fertilizers, insecticides, herbicides now discredited, but which have saved humanity from famines, to plants and amazing substances they produce - the store of the God, said Pierre Potier, the inventor of the taxotere; and the colors of paintings, and the smells of flowers and perfumes; all this without chemistry is incomprehensible.

Then perhaps we can recall that teaching Chemistry may be exciting, dramatic, playfull – may be needing some aggiornamento. That this language may in part be acquired early enough in a rather playful, elemental form. The educational journals are full of ideas for interesting demonstrations - teachers should have more time to devote to experimental chemistry. It would probably also possible to build a video library of dramatic experiences –too difficult to run in a standard school  lab. . Some aspects lend themselves well to simulations or fun presentations on computers.

Probably,  study of chemistry   should begin early enough at the college or even before by a panorama of the different areas of chemistry. And perhaps we should also further specialize teachers - separate physics and chemistry? or at least allow those passionate about chemistry teaching it as a priority.

Nothing impossible: Fourcroy taught the chemical Revolution of Lavoisier to  passionate audiences of 1500 people. It was necessary to enlarge the amphitheatre of Buffon in the Muséum d'Histoire Naturelle (Jardin du Roi)
 
 
 

mardi 16 septembre 2014

Plaidoyer pour la Chimie


Je m’étonnais depuis quelque temps du nombre de firmes ukrainiennes et russes dans le domaine de la chimie, qui vendent notamment des composés élaborés pour la recherche, des chimiothèques,  de bonne qualité. La réponse à l’énigme se trouve dans le no de juin 2014 de l’Actualité Chimique, à travers un article sur les Olympiades Internationales de Chimie. La France y inscrit bon an mal an 250 candidats, contre 10.000 pour les USA, 250. 000 pour l’Ukraine, et 500.000 pour la Russie.

L’engouement pour la Chimie (qui commençait autrefois avec les mallettes de petit chimiste, (avant qu’on ne puisse plus rien y mettre d’excitant pour cause de réglementation) semble avoir largement quitté la France pour prospérer ailleurs. Pourtant, ce fut assez largement une science française, fondée dans sa version moderne par Lavoisier.

Alors, pour redonner du baume au cœur aux professeurs de Chimie, ces citations de deux disciples de Lavoisier :

Fourcroy 1800, dans son Tableau synoptique de chimie, qui se lance dans un éloge de la  chimie médicinale : « La Chimie… découvrira la nature et la composition des matières animales. Elle déterminera précisément les réactions chimiques qui se produisent chez l’animal vivant, comme Spallanzani a élucidé les mécanismes de la digestion et Lavoisier, la respiration. Par l’analyse des organes altérés, elle découvrira ce qui se produit dans les blessures organiques et en quoi les maladies consistent. Elle permettra de découvrir les moyens de prévenir les maladies à leur commencement. Elle simplifiera les remèdes pharmaceutiques, écartera les substances inactives, rendra leur formule plus exacte et plus reproductible… »

Et Chaptal, pour la Chimie Industrielle : « Avant que la Chimie n’eut ramené à des principes généraux les nombreuses opérations de l’industrie, les fabriques, les manufactures étaient, pour ainsi dire, l’apanage de quelques nations et la propriété d’un petit nombre d’individus. Le secret le plus absolu couvrait chaque procédé du voile du mystère; les formules et les pratiques se transmettaient en héritage de générations en générations. La chimie a tout dévoilé ; elle a rendu le domaine des arts le patrimoine de tous, et, en peu de temps, on a vu tous les peuples chez lesquels cette science a été cultivée s’enrichir des établissements de leurs voisins. Les préparations de plomb, de cuivre, de mercure; les travaux sur le fer, la fabrication des acides; l’apprêt des étoffes; l’impression des couleurs sur toile; la composition des cristaux, des terres cuites et des porcelaines; tout cela a été tiré du secret, et forme aujourd’hui une propriété commune...Ainsi, depuis vingt ans, la chimie a créé plusieurs branches d’industrie ».

Ludique, spectaculaire, passionnante, ubiquitaire…

Comme toute science bien faite, la Chimie est un langage, et celui qui n’en connait pas les rudiments ne peut comprendre grand-chose à la biologie, aux médicaments, aux textiles, aux colorants, aux encres, aux plastiques, à la photographie, à la géologie et à ses merveilleux cristaux, à l’air, à l’eau et à leurs polluants, aux cosmétiques, aux métaux et à leurs transformations, aux verres de plus en plus techniques, au pétroles et à ses éventuels substituts, à l’agrochimie et  ses engrais, insecticides, herbicides aujourd’hui décriés, mais qui ont sauvé l’Humanité des famines, aux végétaux et aux étonnantes substances qu’ils fabriquent – le magasin du Bon Dieu, disait Pierre Potier, l’inventeur du taxotère ; et les couleurs des tableaux, et les odeurs des fleurs et des parfums ; tout cela sans la Chimie est incompréhensible.

Alors peut-être peut-on rappeler que l’enseignement de la chimie peut-être passionnant, spectaculaire, ludique et qu’il est sans doute à revoir. Que ce langage peut en partie être acquis assez tôt sous une forme assez  ludique, élémentaire au départ.  Les revues professionnelles sont pleines d’idées de TP intéressant – il faudrait que les enseignants aient avantage de temps à consacrer à la chimie expérimentale.  Il serait sans doute aussi possible de construire une vidéothèque d’expériences spectaculaires – une expérience de chimie périodique en TP, je n’y crois pas trop. Certains aspects se prêtent bien à des simulations ou à des présentations amusantes sur ordinateur.

Sans doute conviendrait-il de commencer assez tôt au collège ou en seconde par un panorama des différents domaines de la chimie. Et peut-être faudrait-il aussi davantage spécialiser les enseignants- séparer la physique et la Chimie ? ou, du moins permettre à ceux que passionnent la chimie de l’enseigner en priorité.

Rien d’impossible : Fourcroy enseignait la Révolution Chimique de Lavoisier devant des auditoires passionnés de 1500 personnes ; il avait fallu pour cela agrandir l’amphithéâtre de Buffon au Muséum d’Histoire Naturelle (Jardin du Roi)