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samedi 13 janvier 2024

L'illusion hydrogène : les opérateurs allemands de stockage de gaz mettent en garde contre les plans exagérés des réseaux d’hydrogène / Transition énergétique : le gros coup de blues de l’hydrogène verte

 Note de Reuters : https://www.reuters.com/business/energy/german-gas-storage-operators-warn-overblown-plans-hydrogen-grids-2024-01-04/

Résume : Les opérateurs allemands de stockage de gaz mettent en garde contre les plans exagérés des réseaux d’hydrogène

Le groupe de stockage INES présente une étude d’Aurora Energy qui affirme que les prévisions de réseaux d’hydrogène allemands prévus pourraient être trop coûteux et surdimensionnés

Les hypothèses de demande et  les besoins d’importation sont jugés trop élevés

Il y a une grande marge de manœuvre géographique pour le stockage à l’intérieur de l’Allemagne

- La demande future d’hydrogène de l’Allemagne pourrait être bien en deçà du niveau de référence que le pays suppose dans ses plans d’extension de son réseau gazier pour transporter le carburant, selon une étude commandée jeudi par un groupe d’opérateurs de stockage.

Le rapport, qui préconise de stocker plus d’hydrogène à domicile, intervient alors que la plus grande économie d’Europe est sur le point de décider comment placer des milliards d’euros pour développer l’hydrogène vert pour la décarbonisation dans les décennies à venir. L’une des pierres angulaires de la stratégie de Berlin en matière d’hydrogène est un réseau central d’hydrogène de 20 milliards d’euros et de 9 700 km (6 000 miles) décrit dans les plans du caucus des opérateurs de gazoducs FNB Gas en novembre dernier, qui envisageaient une utilisation de l’hydrogène de 279 térawattheures (TWh) par an d’ici 2032.

Mais une étude présentée jeudi par le groupe de stockage INES et préparée par le cabinet de conseil en énergie Aurora prévoit que la demande d’hydrogène ne se situerait qu’entre 73 et 123 TWh jusqu’en 2030. Des points d’échange frontaliers de moins de 10 gigawattheures par heure (GWh/h) d’importations pourraient suffire à répondre à cette demande, selon l’étude d’Aurora, par rapport aux 59 GWh/h envisagés dans le cadre du plan FNB.

Un très gros risque d'actifs échoués 

« La brève analyse d’Aurora illustre à quel point les incertitudes dans la planification du réseau sont encore importantes et à quel point il est grand que des surcapacités puissent être développées qui ne seraient jamais utilisées », a déclaré Sebastian Heinermann, directeur de l’INES.

Le plan de la FNB s’appuie sur la conversion de 60 % des gazoducs existants.

Alors que la montée en puissance du marché de l’hydrogène n’en est qu’à ses débuts, un examen du potentiel géologique prometteur pour le stockage domestique de l’hydrogène offrirait un potentiel d’économies d’investissement, a recommandé Aurora. 

(Parmi les membres de l’INES figurent la société Astora au sein du groupe SEFE, VNG Gasspeicher, Uniper (UN0k.DE) et RWE (RWEG.DE).

 


Sur le même sujet, remarquable article de La Tribune : Transition énergétique : le gros coup de blues de l’hydrogène vert
https://www.latribune.fr/climat/energie-environnement/transition-energetique-le-gros-coup-de-blues-de-l-hydrogene-vert-987956.html

Extraits : 

"On ne va pas pas se mentir, il y  eu une phase de communication trés importante qui a permis d’installer l’hydrogène dans les têtes. Désormais, on entre dans la réalité qui, elle, est plus complexe" ( Philippe Boucly, France hydrogène)

Faiblesse de la demande ...et de la production : "Plusieurs éléments expliquent ce coup de frein. La qualité des électrolyseurs qui ne semble pas être au rendez-vous est souvent évoquée. Mais le grand blocage réside surtout du côté de la demande... ou plutôt de l’absence de demande.... De fait, les industriels restent très frileux à s’engager dans la durée sur des volumes conséquents d’hydrogène vert, dont le prix reste 2 à 3 fois supérieur à l’hydrogène gris, fabriqué à partir d’énergies fossiles.

Marche arrière sur les bus et trains à hydrogène : "Cette faiblesse de la demande se matérialise aussi dans la les promesses de cette minuscule molécule pour décarboner la mobilité lourde terrestre. En France, les villes de Pau et de Montpellier  pour les bus et, en Allemagne,  la Basse-Saxe, qui avait pourtant été la première au monde à lancer une ligne commerciale de train à hydrogène, tournent aussi le dos à ce gaz pour lui préférer la propulsion à batterie"
"De plus en plus de régions en France s’intéressent aux trains à batterie. Sur l’hydrogène, on freine avant même d’avoir démarré car cela ne tient pas la route"... "Je ne vois pas l’hydrogène se développer de manière significative dans la mobilité terrestre. Et dans l’industrie, l’hydrogène va être utilisé comme matière première ou comme agent de procédé, beaucoup moins comme vecteur énergétique "( Cédric Philibert, IFRI)

"Malgré les difficultés du marché de l'hydrogène et  les doutes qui planent sur certains de ses débouchés, plusieurs observateurs s’accordent sur un point : son utilisation pour la production d’ammoniac, dont les procédés reposent déjà sur de l’hydrogène gris, apparaît comme viable à court terme." OK

"L’hydrogène demeure également pertinent pour le transport aérien et maritime, justement sous forme d’ammoniac ou de kérosène de synthèse. Dans un horizon plus lointain, l’hydrogène devrait être utilisé comme outil de flexibilité pour le réseau électrique afin de répondre aux pointes de consommations sans recourir à des combustible fossiles" 

Et voilà, décidément l'hydrogène fait délirer : car enfin le rendement de la transfomation électricité- hydrogène- électricité est tout simplement catastrophique., ce serait comme brûler des sacs Louis Vuitton pour se chauffer ( Samuele Furfari)Pour avis à @Bruno Le Maire

On rappelle cette conclusion de l'Académie des technologies  : 

« L’utilisation massive d’hydrogène comme stockage intermédiaire d’énergie électrique intermittente (éolien et solaire) dans la chaîne Power-to-Gas-to-Power se heurte à des obstacles rédhibitoires tenant aux volumes considérables des stockages d’hydrogène requis et au faible facteur de charge des électrolyseurs et piles à combustible de la chaîne « conversion-stockage-conversion » qui obère considérablement les coûts… »

« Dans tous les cas, le stockage d’une électricité renouvelable variable sous forme d’hydrogène entraine des pertes de conversion de 70 %, à terme peut-être seulement 40 ou 50 %. Dans un environnement disposant de larges réseaux de gaz ou d’électricité les perspectives de rentabilité pour ces solutions semblent très lointaines, à des niveaux de coût carbone bien supérieurs à ce qu’ils sont actuellement. "

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/07/comite-de-prospective-de-la-cre-le.html

3ème article -:  Le rêve de l’Allemagne de construire un parc de centrales à hydrogène s’éloigne...et la solution sera le charbon !

https://www.euractiv.com/section/electricity/news/germanys-dream-of-building-a-fleet-of-hydrogen-fired-power-plants-is-faltering/

Extraits 

"Les projets de construction d’une flotte de centrales électriques à hydrogène pour compléter les éoliennes et les panneaux solaires sont menacés , dans un contexte de compressions budgétaires et d’exigences de réduction des coûts de la part de l’industrie"

"Début août 2023, le gouvernement allemand a annoncé triomphalement que la Commission européenne avait essentiellement donné son feu vert à son projet de centrales électriques de secours subventionnées.

Cela signifiait 8,8 GW de centrales électriques dédiées à l'hydrogène, ainsi que 15 GW de centrales alimentées au gaz naturel, qui devraient passer à l'hydrogène d'ici 2035 au plus tard, ce qui représente au total environ un tiers de la demande électrique de pointe allemande de 2023. 

Étant donné que ces centrales ne produiraient probablement de l’électricité que pendant les périodes de faible vent et d’ensoleillement – ​​connues sous le nom de « kalte Dunkelflaute » – il est peu probable qu’elles réalisent des bénéfices sans le soutien de l’État.

Et surtout, les 7 milliards d'euros annuels prévus à cet effet se sont « évaporés » à la suite d'une décision du plus haut tribunal allemand, qui a restreint l'utilisation par le gouvernement des lignes de crédit approuvées pendant la crise du COVID-19.

En l’absence de centrales à hydrogène disponibles en secours, l’énergie au charbon sera probablement nécessaire pour combler le vide, a prévenu le chef du BDI (NB les electrointensifs allemands)

« Tant que la perspective de nouvelles centrales électriques de secours basées sur l’hydrogène ne se concrétisera pas […] la solution en Allemagne sera la poursuite de l’exploitation des centrales électriques au charbon », a déclaré Russwurm à la presse mardi 16 janvier. .

Commencer tôt était crucial pour lancer la construction, mais avec des modèles économiques et des financements « totalement flous », les centrales électriques à hydrogène ne verront tout simplement pas le jour, a ajouté le chef du BDI."

"Les groupes industriels exhortent désormais le gouvernement à agir. « Le gouvernement fédéral doit maintenant se ressaisir : nous avons besoin d'une stratégie en matière de centrales électriques avec des conditions-cadres claires », a déclaré le 11 janvier l'association du secteur de l'énergie BDEW.

"Au moins 15 gigawatts (GW) de nouvelle capacité de production sécurisée seront nécessaires en Allemagne d'ici 2030", a ajouté l'association. 

Oubliez l’hydrogène, concentrez-vous sur le gaz ou hydrogen ready pas la peine !

Compte tenu des contraintes budgétaires, les deux associations industrielles exhortent le gouvernement à faire des économies et à abandonner les projets de centrales électriques alimentées à l’hydrogène.

« Pour réduire considérablement la complexité et les coûts », le BDEW souligne la nécessité de « réévaluer » le rôle accordé aux centrales de pointe à hydrogène et aux centrales électriques hybrides, en raison de leurs composants coûteux et de leurs impacts limités sur la sécurité d’approvisionnement.

Les centrales électriques existantes ne peuvent pas fonctionner avec de l'hydrogène « pur », car « les brûleurs fondraient tout simplement », a-t-il expliqué. Pour résoudre ce problème, il faudrait équiper les usines de céramiques, ce qui les ferait ressembler au nez d'un vaisseau spatial replié vers l'intérieur – un processus qui peut être réalisé mais qui est coûteux, a déclaré le chef du BDI.  

« Si ces centrales sont censées fonctionner uniquement lorsque le soleil ne brille pas et que le vent ne souffle pas, elles seront extrêmement coûteuses », a-t-il ajouté.

"Je ne parle même pas du coût de l'hydrogène, que nous n'avons pas, mais seulement des coûts d'investissement de ces nouvelles turbines à gaz et de leurs nouveaux périphériques."

En fin de compte, cela signifie que le projet allemand d’abandonner complètement l’énergie au charbon d’ici 2030 semble peu susceptible de se concrétiser. Et  l’Allemagne devra continuer à s’appuyer sur des centrales électriques au gaz pour répondre à la demande croissante d’électricité.

Sur l'hydrogène, voire également sur ce blogN


https://vivrelarecherche.blogspot.com/2023/03/securite-du-developpement-de-la-filiere.html
https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/09/les-enjeux-de-lhydrogene-le-rapport-de.html
https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/09/les-enjeux-de-lhydrogene-le-rapport-de_9.html

dimanche 20 février 2022

La plus grande escroquerie du monde : l’Arenh

Face à la crise de l’énergie de cet hiver 2022, à l’incapacité manifeste du « marché européen » de l’électricité libéralisé d’assurer ce qui depuis le traité Euratom (1957) constitue l’un des objectifs premiers de l’UE, une énergie abondante et économique, face à la déconfiture des distributeurs alternatifs et à leur activité purement parasitaire, le gouvernement a décidé d’augmenter le plafond de l’Arenh :  ce ne sont plus 100 TWh d'électricité nucléaire réservés aux fournisseurs alternatifs mais 120 TWh à compter du 1er avril et jusqu'à la fin de l'année 2022. EDF se trouve donc contraint de fournir encore plus d’électricité en-dessous de son prix de production pour subventionner des concurrents qui n’ont pas investi dans la production d’électricité… à n’importe quel moment qu’ils le désirent…Le comble, c’est une électricité qu’EDF, l’ayant déjà vendue, devra acheter au prix fort sur le marché. Coût estimé : 8 milliards.

Note : parmi les petits distributeurs alternatifs qui bénéficient à fond de l’Arenh figure Total et ses 16 milliards de bénéfice 2021. Dites Total, si vous voulez distribuer de l’électricité, ça serait pas mal que vous contribuiez à produire l’électricité pilotable dont vous avez besoin ; donc pas en investissant dans les Energies Variables Intermittentes , mais dans des EPR..



Florilèges de réactions à ce hold up d’Etat qu’est l’augmentation du plafond de l’Arenh

Jancovici très en colère : l'Etat s‘est servi dans les poches d'EDF au service de la campagne électorale du locataire actuel de l'Elysée ?

https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:6900361035920785408/

Le deuxième temps de la valse n'aura pas tardé à se produire, et n'aura même pas attendu après l'élection : après avoir mis à la charge d'EDF (dont ce n'est évidemment pas le rôle) de soulager ses "concurrents" et les électeurs français de 8 milliards d'euros environ (ca dépendra des prix de marché de l'électricité), l'Etat met déjà la main à la poche de 2 milliards pour recapitaliser ladite EDF.

Il y a une blague classique qui consiste à demander à un ouvrier de creuser un trou pour disposer de la terre pour pouvoir boucher un trou existant. Comment boucher le nouveau trou demande l'ouvrier ? Mais en creusant un nouveau trou pardi !

Cette histoire de shadoks était prévisible. Et comme 8 -2 = 6 et pas 0, et que par ailleurs 6 EPR à construire couteront 60 milliards plus ou moins 30 (et ce n'est qu'un début puisque le parc représente actuellement plutôt l'équivalent de 50 EPR), ce n'est évidemment pas en commençant par demander à EDF de payer 6 milliards pour assurer la réélection de l'équipe en place que cela va renforcer la solidité financière de l'opérateur qui va devoir s'atteler à ce plan industriel. Surtout que EDF va devoir continuer à verser des dividendes à son actionnaire !

L'article des Echos parle de "restaurer la confiance des investisseurs". Les "investisseurs" détiennent 15% du capital d'EDF et demandent 10% de retour sur capitaux investis. Leur donner satisfaction est-il vraiment l'objectif N°1 quand on parle d'un actif qui est crucial pour l'avenir du pays pour le siècle qui vient ?

Et les investisseurs n'auraient-ils pas été moins échaudés si l'Etat ne s'était pas servi dans les poches d'EDF au service de la campagne électorale du locataire actuel de l'Elysée ?

Jancovici pédagogique : la concurrence-européenne a créé un système de prédation des ressources.

https://marianne.net/societe/ecologie/jean-marc-jancovici-la-concurrence-europeenne-a-cree-un-systeme-de-predation-des-ressources

"Les distributeurs privés ne gèrent que des factures. Si le prix du marché augmente très fortement, ces distributeurs sont obligés de suivre : ils ne peuvent pas comme l'ancien monopole lisser les tarifs sur l'année selon leurs coûts de production puisqu'ils n'ont pas de centrales ! La concurrence a cet effet très paradoxal que ni les technocrates bruxellois, ni les politiques français n'avaient vu venir : faire monter les prix et les rendre volatiles"

Commentaire : ben si, un peu quand même :Marcel Boiteux "Il ne s'agit plus d'ouvrir la concurrence pour faire baisser les prix mais d'élever les prix pour permettre la concurrence".

"Ce qui serait moins une escroquerie ? Dire qu'il faut revenir à un monopole d'Etat ou... à un système qui y ressemble…Les Anglais ont été les premiers à militer pour l'ouverture des marchés, et les premiers à renationaliser leur système. Ils ont mis en place des prix et des actifs garantis ; on n'est pas très loin dans l'esprit de la renationalisation »

« Concernant le parc français, la seule solution pour protéger le consommateur des variations de prix serait de faire revenir le système dans le giron de l'Etat. Mais cela pose un vrai problème vis-à-vis de l'Union Européenne. Je ne vois pas comment dans le cadre du système.actuel, on réussirait à contrôler durablement les prix de l'électricité. Cet épisode interroge de manière plus large sur le mandat européen. A quoi servait la construction européenne à l'origine ? A garantir la paix en partageant les ressources. Or, la concurrence européenne a créé un système de non partage des ressources,  ou plus exactement de prédation des ressources qui prédation des ressources qui in fine menace la stabilité sociale, donc la paix »

Alain Supiot sur EDF : EDF doit subventionner ses concurrents et ne peux plus assumer sa mission de continuité, d’égalité d’accès et de modicité de la production électrique

https://lemonde.fr/idees/article/2022/01/28/emmanuel-macron-n-est-que-le-dernier-avatar-de-la-politique-de-deperissement-de-l-etat-social_6111394_3232.html#xtor=AL-32280270-[default]-[android]

" EDF a été créée en 1946 pour assurer la continuité et l’égalité d’accès à l’énergie de toute la population, dans des conditions économiques abordables. Forte de ce consensus politique et social, de la compétence de ses ingénieurs et de l’autonomie que lui conférait son statut d’entreprise publique, EDF était devenue un leader mondial dans son domaine jusqu’à ce qu’en 1999, obéissant aux directives européennes, le gouvernement entame son démantèlement  pour revenir à la situation des années 1930, d’un marché de l’énergie ouvert à la libre concurrence.

Ce marché largement fictif (EDF est le seul producteur) s’avérant aujourd’hui incapable d’assurer la continuité et la modicité du service, le gouvernement en tire argument, non pour restaurer le service public de l’électricité, mais bien mais bien au contraire pour obliger EDF à soutenir artificiellement ses concurrentes, la privant ainsi des ressources nécessaires aux investissements qu’appelle notamment la transition écologique"

Historique : le Conseil Supérieur de l’Energie émet un avis défavorable sur l’augmentation de l’Arenh. Réaction des fédérations syndicales de l’énergie.

https://cfe-energies.com/le-cse-contre-le-relevement-du-volume-darenh/

« L'ensemble des fédérations syndicales représentatives de l'énergie @cfecgcenergies , @FNMECGT , @FCE_CFDT , @force_ouvriere  saluent l'avis défavorable rendu par le CSE sur cette mesure. Les fédérations saluent aussi le vote des associations de consommateurs qui, en s’associant à leur action, ont clairement manifesté leurs inquiétudes sur ces mesures purement électorales. Les fédérations syndicales regrettent néanmoins que leurs propositions de baisse de la TVA et de financement de ces mesures par une taxation des profits exceptionnels des énergéticiens n'aient pas été entendues. Elles le regrettent d'autant plus que cette proposition était soutenue par les associations de consommateurs, et que c'est la volte-face de @AnodeAsso  sur le sujet (alors qu'elle soutenait une baisse de la TVA), qui a conduit au rejet de cette mesure par le CSE… »

Les Fédérations syndicales saluent le soutien du Conseil Supérieur de l’Énergie à leur proposition de rendre effectifs les contrôles appelés de ses vœux par le Ministre Bruno LE MAIRE et destinés à éviter de nouveaux effets d’aubaine liés à cette augmentation des volumes d’AReNH servis aux fournisseurs alternatifs. Pour autant, les syndicats regrettent que ces mêmes fournisseurs alternatifs, épaulés par les pétroliers représentés au CSE, se soient opposés à cette mesure de bon sens et de justice.

Enfin, les Fédérations syndicales s’interrogent sur les raisons qui ont conduit ces mêmes fournisseurs alternatifs et pétroliers à soutenir une disposition manifestement illégale du Gouvernement refusant qu’EDF puisse être indemnisé du préjudice subi, conformément aux principes fondamentaux de notre droit. Par ce refus, ceux-ci démontrent que c’est clairement la fin du service public qui leur importe, tout en demandant à profiter de ce qu’il en reste ! Mais que serait un monde bas carbone sans l’électricien national alors qu’eux-mêmes n’ont jamais souhaité assumer le moindre risque industriel en développant leurs propres moyens de production ?

Il est enfin à noter que lors des débats, le Ministère, interrogé sur la compatibilité de ces dispositions avec le droit européen en matière d’aides d’Etat et sur la réalité d’un aval formel de la Commission Européenne, a refusé de répondre.

Conformément à ce qu’elles ont déjà publiquement annoncé, les Fédérations syndicales réaffirment par conséquent leur volonté d’aller jusqu’au bout de leur combat contre ces mesures en les attaquant devant le Conseil d’État, et ce dans les meilleurs délais une fois que ces textes auront été publiés.


Les actionnaires salariés : L’Entreprise n’a jamais donné son accord concernant cette décision du gouvernement, contrairement à ce qui a pu être publié dans certains médias

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/edf-les-actionnaires-minoritaires-vent-debout-contre-l-intervention-de-l-etat-902650.html ; https://cfe-energies.com/les-fonds-dactionnariat-salarie-edf-passent-a-laction/

Les Conseils de Surveillance des 2 fonds d’actionnariat salarié du groupe EDF se sont réunis le 19 janvier 2022 en urgence, à la demande de leur présidente, afin d’examiner tous les moyens d’actions permettant de contester la décision inique de l’Etat, imposant à EDF de vendre à perte 20 TWh à ses concurrents.

Dans un premier temps, ils ont auditionné des membres du COMEX et de la Direction du Groupe. Ils nous ont indiqué que… l’Entreprise n’a jamais donné son accord concernant cette décision du gouvernement, contrairement à ce qui a pu être publié dans certains médias….La Direction ne sait toujours pas comment cette annonce va être formalisée, ni si l’augmentation sur 2022 du volume de l’ARENH a été acceptée par la Commission Européenne. L’Etat aurait informé la Commission Européenne et celle-ci ne se serait pas opposée à cette mesure. La Direction reste en attente d’un texte (arrêté ou décret) afin de l’étudier juridiquement dans l’intérêt de l’Entreprise….

Au regard de l’ensemble de ces éléments et face à la spoliation des actionnaires minoritaires d’EDF, dont de nombreux salariés et anciens salariés du Groupe, les membres élus des Conseils de Surveillance ont décidé d’engager tous les moyens de recours, dès que cette politique sera traduite en décision exécutoire, afin de défendre l’intérêt social de l’entreprise et les intérêts des actionnaires salariés et anciens salariés.

Alliance Association EAS-CFE-CGC-UNSA / CFDT / CGT / Association Energie en Actions / FO

Je bosse pour la concurrence ! 

Et on terminera par l’indignation de certains salariés qui ont créé un hashtag #jebossepourlaconcurrence, constatant qu’à partir approximativement  du milieu de l’année, ils bossent non pour le service public dans lequel ils s’étaient engagé, mais à son détriment et pour la concurrence privée !

"Lorsque je me suis engagé chez EDF en 2009, c’était pour contribuer à de grands projets énergétiques, et notamment nucléaires, dans une mission de service public... Aujourd’hui, sans que j’ai changé ni d’employeur ni de contrat de travail, 40% de mon temps, de mon énergie au travail, de mon investissement, de mon engagement contribueront à maintenir en vie sinon à enrichir des fournisseurs alternatifs.. qui ne me sont connus qu’à travers leurs démarchages incessants, et dont les profits n’ont d’égal que leur inutilité à contribuer à la transition énergétique...

Aux alentours du 15 juillet, tous les salariés d’EDF comme moi travailleront  pour la concurrence et les intérêts privés qui s’y rattachent.

Il faudra marquer cette date d’un Hashtag pour que les français comprennent l’absurdité du système qui a été mis en place."

#aujourdhuijebossepourlaconcurrence#edf

mardi 22 janvier 2019

Raison de détester l’Eurokom-25. Le paradis de l’optimisation fiscale.


Europe et Eurokom

Dans un de mes précédents blogs, je m’enflammais sur les propos de Macron à Epinal sur « l’Europe qui nous a donné la Paix ». Face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations et l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne

Cum-Cum, Roque Luxembourg-Pays-Bas, Double Irish with a Dutch sandwich, no man's land fiscal, rescrits…

Bon, on s’accroche un peu, on essaie de suivre l’imagination poétique des juristes champions de l’optimisation.!

Cum-Cum : spécialement destiné aux investisseurs étrangers possédant des parts dans les entreprises cotées en Bourse en France. Juste avant le versement des dividendes, l’investisseur étranger prête ses actions à une grande banque française. Elle perçoit les dividendes à sa place, sans payer de taxe, et lui reverse le montant quelques jours plus tard. Tout le monde s’y retrouve : l’actionnaire récupère son dividende sans payer de taxe pendant que la banque réalise au passage de petits profits grâce aux frais de transaction. Le perdant de l’histoire est le fisc, et donc l’État français, qui ne perçoit rien : il ne taxe ni la banque ni l’investisseur… Simplissime

Le Cum-ex : attention, une peu plus complexe, et semble-t-il un peu plus illégal. Il s'agit cette fois d'acheter et revendre des actions autour du jour de versement du dividende, si vite que l'administration fiscale n'identifie plus le véritable propriétaire. La manipulation, qui nécessite l'entente de plusieurs investisseurs, permet de revendiquer plusieurs fois le même crédit d'impôt sur les bénéfices attaché au dividende, lésant ainsi le fisc.

Ces pratiques révélées par un consortium international de journalistes, selon un premier et rapide bilan, auraient coûté en 15 ans 24,6 milliards d'euros à l'Allemagne, 17 milliards à la France, 4,5 milliards à l'Italie

Allez, on complique un peu !

Le roque  Luxembourg-Pays-Bas : Une  multinationale place la propriété de la marque dans une fondation basée, par exemple, au Liechtenstein. Cette fondation vend elle-même les droits d'utilisation de la marque à l'une de ses filiales, société holding du groupe, immatriculée aux Pays Bas. Celle-ci facture des redevances pour les droits d'utilisation de la marque aux sociétés franchisées du groupe dans différents pays européens - celles qui réalisent les activités commerciales concrètes et dégagent les marges. De cette façon, une partie des profits est déplacée des sociétés commerciales européennes, où ils ont été réellement produits, vers la société holding néerlandaise. Pour acheter les droits d'utilisation de la marque, la société néerlandaise a contracté un emprunt auprès d'une filiale luxembourgeoise de la fondation au Liechtenstein, et lui paie donc des intérêts avec les redevances. La législation néerlandaise exonère d'impôt les intérêts payés à des bénéficiaires étrangers. La société luxembourgeoise accumule ainsi des profits et a pu négocier un « ruling " avec l'administration fiscale locale pour avoir un taux d'impôt insignifiant.  Ensuite, la société luxembourgeoise utilise ces profits pour verser des dividendes à la fondation, où ceux-ci sont exonérés d'impôt car ils proviennent d'une filiale étrangère…brillant !

Le Double Irish with a Dutch sandwich : La multinationale commence par décider que les clients de différents pays européens, lorsque par exemple ils achètent ses services sur internet, contractent avec une société du groupe qui est localisée en Irlande. C'est donc là que se forment initialement les profits. Toutefois, le groupe établit une autre société en Irlande, cette fois une société holding de droit irlandais dont le centre d'activité est, lui, situé offshore.  Cette société holding détient les droits de la marque et en facture les droits d'utilisation à une société holding néerlandaise, qui les réclame elle-même à la première société irlandaise. La législation irlandaise exonère en effet d'impôts à la source les redevances payées par une société du pays à une société à l'étranger. Ensuite, la législation néerlandaise exonère d'impôts les redevances payées par une société holding nationale à une société étrangère du groupe.De cette manière le bénéfice se déplace sans impôts vers la société holding irlandaise. Comme celle-ci a son centre d'activité offshore, ces profits sont exonérés d'impôts en Irlande….

Le no man's land fiscal : Les recettes des ventes européennes de la multinationale sont collectées de manière à se retrouver dans une même société de droit néerlandais. Celle-ci forme une unité fiscale, taxée globalement, avec une autre société néerlandaise chargée de la gestion des stocks, qui accumule de grosses pertes car elle doit payer au groupe des redevances pour l'utilisation de la marque.
Cette facturation interne permet de payer très peu d'impôts, puisque les profits ont été évacués sous forme de redevances.
Un petit perfectionnement pour les sociétés américaines : le bénéficiaire des redevances est une société néerlandaise vennootschap (société en commandite néerlandaise) dont les détenteurs sont des sociétés du groupe localisées aux Etats Unis. Pour le fisc américain, cette structure doit être taxée aux Pays-Bas. Mais pour le fisc néerlandais, elle doit être taxée aux Etats-Unis. Dans la  pratique cette structure échappe donc à tout impôt….

Le rescrit fiscal Luxembourgeois. Ca, pour le coup, c’est assez simple. En novembre 2014, l’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ) révèle dans plus de 40 journaux l’existence d’accords fiscaux très avantageux conclus entre des sociétés multinationales et le fisc luxembourgeois via des cabinets d’audit. Ces révélations sont étayées par des documents rapportant plus de 548 accords fiscaux, établis par le cabinet d’audit PricewaterhouseCoopers (PwC) entre 2002 et 2010, pour le compte de 343 sociétés et approuvés par l’administration des impôts du Luxembourg. McDonald's  a ainsi mis au point une stratégie d'optimisation fiscale qui lui aurait permis d'éviter de payer environ un milliard d'euros d'impôts entre 2009 et 2013 en Europe. Selon l'enquête de la Commission, la multinationale américaine a transféré au Luxembourg certains bénéfices réalisés en Europe, avant d'expliquer à l‘administration luxembourgeoise que ces revenus ne pouvaient pas être soumis à l'impôt car ils seraient taxés aux Etats-Unis…

Oh attention me faites pas dire ce que j’ai pas dit. Tout ça est parfaitement légal, comme cela a bien été prouvé par La Commission Européenne : « La Commission européenne, qui avait ouvert une enquête en décembre 2015 sur des accords fiscaux consentis par le Luxembourg au géant de la restauration rapide (McDonalds), a finalement jugé mercredi que le traitement fiscal avantageux accordé par le Grand-Duché était légal ». Légal, vous-dis-je. Tout au plus, M. Juncker, président de cette si accommodante Commission Européenne et Premier Ministre du Luxembourg à la grande époque des rescrits fiscaux a-t-il concédé : « Je suis en faveur de la concurrence fiscale, mais elle doit être équitable… J’ai parfois négligé cette   dimension  dans le passé. »

Légal vous dis-je ! Par contre, les lanceurs d’alerte ayant révélé l’existence des rescrits fiscaux à la presse ont été poursuivis par le Luxembourg et condamnés à de la prison avec sursis en première instance fin juin 2016… Et ils ont perdu leur travail et tout espoir d’en retrouver dans le secteur financier…

Que mille fleurs fiscales s’épanouissent ! Et que beaucoup d’argent s’évanouisse !

Chacun de ces pays truqueurs, passagers clandestins de l’Europe, a sa spécialité : montages louches à partir de la propriété intellectuelle pour les Pays Bas, rescrits Luxembourgeois, fiscalité basse en Irlande. Tiens, aussi Malte, et assez logiquement, ses yachts : les propriétaires de bateaux peuvent ainsi bénéficier du « leasing maltais », qui permet notamment d’acheter un yacht en location-vente par le biais d’une société maltaise en se le louant à soi-même avec un taux réduit de TVA pendant une certaine période (5,4 % au lieu des 18 % officiels), à l’issue de laquelle le yacht devient propriété pleine et entière de l’acheteur. Les yachts, mais pas que ! le rabais maltais permet aux entreprises étrangères de réduire l’impôt sur les sociétés de leurs filiales maltaises à un taux effectif d’environ 5 %, bien loin de 33,3 % applicables en France. Depuis l’adhésion de l’île à l’Union européenne en 2004, des centaines de Français ont compris cet avantage et ont délocalisé leur activité là-bas, que ce soit pour le jeu en ligne, la production de cinéma ou… l’assurance

Ce ne sont que quelques exemples  de cette floraison de néologismes et d’innovations fiscales auxquels la politique de l’Eurokom  a permis Comme ne disait pas le Président Mao, que mille fleurs fiscales s’épanouissent ! 

Et que beaucoup d’argent s’évanouisse !

Bref, en 2018 (peut-être l’approche d’élections européennes n’y est-elle pas pour rien), la Commission Européenne a commencé à s’émouvoir. « Pour la première fois, la Commission insiste sur la question de la planification fiscale agressive dans sept pays: la Belgique, Chypre, la Hongrie, l'Irlande, le Luxembourg, Malte et les Pays-Bas», a déclaré le commissaire européen à la Fiscalité, Pierre Moscovici. «Ces pratiques peuvent nuire à l'équité et à la concurrence loyale dans le marché intérieur, et elles augmentent le fardeau des contribuables européens »

Notons que le premier reproche que fait le Commissaire Européen (ex-socialiste), c’est l’ « atteinte à l’équité et à la concurrence dans la marché intérieur ! ». Qu’il s’agisse d’un véritable et agressif programme de paupérisation des Etats et des peuples, une attaque agressive contre l’Etat social, conquête historique des peuples européens ne constitue qu’un regrettable ( ?) à coté.

En 2013, la Commission européenne estimait à 2 000 milliards d'euros le montant de l'évasion fiscale dans l'Union européenne. En France, l'État perdrait 60 à 80 milliards d'euros par an, soit en gros 3 % du PIB !

Un exemple du caractère massif de l’optimisation : l’Irlande.  Surprise en 2015 : le pays a soudainement révisé sa croissance de 7,8% (un chiffre qui aurait déjà pu faire pâlir de jalousie la Chine) à 26%. Un bond qui lui a permis de faire passer son ratio de dette publique de 104,5% à 76,9% en l'espace d'un an. Un bond surtout qui ne se retrouve ni dans l'emploi, ni dans la consommation. L'emploi n'a toujours pas retrouvé ses sommets d'avant crise. Et le poids de la consommation ne cesse de diminuer en proportion du PIB, ce qui témoigne de la décorrélation entre le PIB et l'augmentation des revenus des personnes qui résident et travaillent réellement en Irlande. L’explication : l’Irlande, tel un pirate fiscal, a détourné les impôts des autres pays européens.

L’action « résolue » de la Commission européenne. Même pas 3% ! Pitoyable !

Prenons un cas précis et emblématique, Apple. Le taux moyen d’impôt sur les bénéfices dans l’UE est de 21% et un pays comme l’Irlande, dont le taux compte parmi les plus bas du continent, taxe les profits à hauteur de 12,5%. Mais cela ne suffit encore pas pour un client pour Apple. Selon la Commission européenne, Apple a réussi à rabaisser considérablement son imposition après le rescrit mis en place avec le gouvernement irlandais en échange du développement de ses activités dans l’île. Ainsi, en 2014, le taux de taxation en Irlande avait ainsi été de 0,005% selon les calculs des services de la commissaire danoise à la concurrence Margrethe Vestager.

Là, même la très libérale Commission Européenne a jugé que c’était un peu trop. Elle a décidé de sévir et contraint Apple à rembourser 13 milliards d’euros à l’Irlande au titre «d’avantages fiscaux indus» pour la période 2003-2014… que l’Irlande a d’abord refusé.
Qu’arriva-t-il ensuite ? La multinationale a-t-elle changé ses pratiques ? Pas vraiment, répond un rapport commandé par les élus du groupe de la gauche alternative au Parlement européen. En se fondant sur des estimations en l’absence de données fiscales claires et lisibles communiquées par Apple sur la répartition de ses revenus, il conclut que la multinationale a payé un impôt sur ses bénéfices compris entre 1,7 et 8,8% dans les différents pays de l’UE entre 2015 et 2017. Soit un évitement fiscal qui représente un manque à gagner compris entre 4 et 21 milliards d’euros sur la même période… Pitoyable !

Bon, alors  attaquons par un autre côté. Essayons une petiote taxe, pas trop grosse, 3% sur les Gafa. La France avait l’air assez volontaire, l’Allemagne aussi, Le Maire, chaud bouillant, Patatras : outre l’Irlande, le Luxembourg et Malte (tiens, tiens, on les retrouve !),  les trois pays nordiques membres de l’UE (Danemark, Finlande, Suède) ont fait savoir leur opposition au projet de taxation des géants du numérique défendu par la Commission européenne. Ils ont estimé qu’il risquait de nuire à l’économie européenne. Et Patatras bis ! Soumise à une forme assez peu discrète de chantage américain sur la vente de ses voitures aux USA, l'Allemagne n’est plus, mais alors plus du tout partante.
Enterrement et évocation d’une taxe purement française…qui, à supposer qu’elle se fasse, ne fera que renchérir le coût des services des GAFA en France. Le gilet jaune informatisé la paiera, ça lui apprendra à utiliser Facebook ! ¨

Pitoyable ! Lamentable

Il s’agit d’un vol pur et simple de recettes fiscales entre Européens
Extraits d’une interview de Gabriel Zucman (prix du meilleur jeune économiste 2018), Le Monde, 11/062018 :

40 % des profits des multinationales sont enregistrés en Irlande, au Luxembourg, aux Bermudes, à Hong Kong, tous des territoires à fiscalité faible ou nulle. Il s’agit donc de délocalisations artificielles de profits, juste pour payer moins d’impôts. Le résultat est que des paradis fiscaux comme l’Irlande ou le Luxembourg collectent deux à trois fois plus d’impôts sur les sociétés, en pourcentage de leur PIB, que la France ou l’Allemagne ; Malte est à 7 %, contre 2,5 % pour la France….

Ces paradis fiscaux sont au cœur de l’Europe. Il s’agit d’un vol pur et simple de recettes fiscales entre Européens. Il existe un projet d’assiette commune consolidée d’impôt sur les sociétés, malheureusement cela fait plus de quarante ans qu’on en discute…

Que peut-on faire ? La France pourrait reconnaître que la situation est bloquée, et choisir de réformer d’abord sa fiscalité. Un groupe qui fait 10 milliards de dollars de profits dans le monde et qui réalise 10 % de ses ventes en France serait taxé en France sur la base de 10 % de ses profits mondiaux, soit un milliard… C’est simple, et cela rendrait caduque toute cette industrie de l’optimisation fiscale. Cela permettrait aussi d’augmenter nos recettes d’impôts sur les sociétés d’environ 20 %, sans augmenter le taux, juste en réintégrant les profits aujourd’hui déclarés au Luxembourg ou aux Bermudes. L’autre avantage est qu’on passerait d’une concurrence par le bas, par la baisse des taux et des recettes fiscales, à une concurrence par le haut : les choix de localisation des entreprises ne se feraient plus sur les taux, mais sur la qualité des infrastructures ou de la main-d’œuvre du pays. Je crois que le moment est venu pour la France de faire cavalier seul…

Le projet de taxe de 3 % sur le chiffre d’affaires porté par la France et la Commission européenne relève de la courte vue, c’est beaucoup d’énergie dépensée pour ne résoudre qu’une petite partie du problème….

Les projets de flat tax (impôt à taux unique, proportionnel et pas progressif) se multiplient : Italie, France, Autriche…  On nous explique que les entrepreneurs et les grandes fortunes sont très mobiles, qu’il ne faut donc pas trop les taxer, car ils risquent de partir. Ces flat tax reviennent à dire qu’on va moins taxer ceux qui bénéficient le plus de la mondialisation… Ce n’est politiquement pas soutenable, et je crois que le vote Trump ou le Brexit sont, pour partie, des réactions à ce type de pratique. Il faut, au contraire, concilier l’ouverture et la justice fiscale, pour redistribuer les gains de la mondialisation. Cela passe par la réforme fiscale dont je parlais, qui permet de taxer les multinationales à des taux plus élevés sans risque de délocalisation, et en même temps de baisser les impôts de ceux qui ont perdu dans la mondialisation, par exemple la CSG sur les retraités. Je rappelle qu’en 1985, le taux moyen de l’impôt sur les sociétés, au niveau mondial, était de 49 %, contre 24 % aujourd’hui.


Bon, on a compris, je crois. Les peuples ne supportent plus cela ! Il va falloir sortir de cet Eurokom, vraiment renverser la table !
Il reste peut-être deux, trois ans pour arriver à une solution. Sans cela, la Communauté Européenne va exploser !



dimanche 17 juin 2018

Raisons de détester l’Eurokom 6 : L’Europe de l’impuissance


Europe et Eurokom

Suite de la série précédente : légèrement énervé par Macron proclamant que « l’Europe nous a donné la Paix »  et face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations et l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne

La capitulation face aux lois américaines d’extraterritorialité

Depuis des années, les lois d’extraterritorialité américaines agissent comme un instrument majeur de l’impérialisme américain. Pour la France, c’est notamment Alstom, ce vrai scandale d’Etat dont Macron est largement responsable, avec des poursuites diligentées opportunément aux USA pour corruption juste au moment où General Electric s’intéressait fortement à la branche énergie d’Alstom : bilan : GE s’empare d’une activité stratégique importante, en particulier pour l’industrie nucléaire. Une mission d’enquête parlementaire de l’ « ancien monde », qui ne travaillait pas si mal que ça a établi que depuis 2008, les lois d’extraterritorialité américaine ont permis de taxer diverses entreprises françaises de 20 milliards de dollars !

L’affaire Alstom a eu un précédent qui aurait dû servir d’avertissement :  Alcatel, condamné à 137 millions de dollars d’amende, pour des faits de corruption, alors que le concurrent américain Lucent, pour des faits analogues, n’a été condamné qu’à une amende de… 2,5 millions de dollars. Fin 2006, Lucent prendra le contrôle d’Alcatel…

Commentaires de la Commission « Actuellement, nous assistons à une volonté manifeste des États-Unis d’utiliser leur droit à des fins politiques, de sécurité et d’influence, mais également à des fins commerciales : c’est une volonté impérialiste. Le droit américain est utilisé pour obtenir des marchés et éliminer des concurrents. Nous devons ne pas être naïfs et prendre conscience de ce qui se passe. Les derniers gouvernements français n’ont pas réagi, mais ils ne sont pas les seuls coupables : les entreprises françaises qui étaient mises en cause dans des affaires de corruption aux États-Unis n’ont rien dit au Gouvernement. En effet, les grands groupes sont dans les mains des cabinets d’avocats américains, qui leur conseillent de ne surtout pas avertir les autorités françaises, et de régler leurs procès discrètement, grâce au mécanisme du plaider coupable ; ces cabinets facturent pour cela des honoraires substantiels. Il est important de prendre en compte l’existence de tels intérêts privés dans notre réflexion. Les États sont éliminés, sauf l’État américain qui, dans la jungle transnationale, a su utiliser son droit de manière extraterritoriale.

On en arrive à des situations d’auto-accusation et à une violation totale et directe de la souveraineté française. Il est scandaleux que des moniteurs soient placés en France, enquêtent en France et transmettent des informations aux États-Unis sans que cela passe par la justice française. Nous ne sommes pas là dans une situation théorique. Il s’agit de mesures d’exécution et je m’étonne qu’il n’y ait pas de magistrats pour réagir à la Chancellerie ».

En effet ! Au niveau européen, c’est plus de 40 milliards de dollars. Et depuis 2008, l’Europe n’a jamais réagi contre ce véritable racket et cette attaque directe contre son industrie et ses banques

Et revoilà le Boycott contre l’Iran !

Les entreprises européennes qui travaillent en Iran ont six mois pour tout arrêter et pour déménager. Faute de quoi, elles encourent un paquet de pénalités très sévères qui peuvent aller jusqu'à être interdites de faire des affaires sur le marché américain ou même de faire du business en dollars. Comme le dollar est la monnaie internationale de paiement, ces entreprises sont complètement prises en otage. Pour la France,  Airbus, Total, Peugeot, Renault, Accor sont sévèrement impactées. 

Total a déjà annoncé qu’il se retirait du champ gazier iranien South Pars 11, l’un des plus prometteurs de ses récents investissements – projets et profits ont été gentiment cédés à la Chine- eh oui, le yuan craint moins que l’euro les représailles américaines… 

Peugeot PSA a pris la décision de suspendre ses livraisons en Iran et tout laisse à penser que Peugeot va se désengager définitivement du marché iranien…alors qu’ en Iran, le groupe français détient près de 30% du marché, ce qui représente 22% des volumes de la marque. Son partenaire Iran Khodro commercialise en effet avec succès des Peugeot 405 et 206, assemblées en Iran à partir de pièces détachées fabriquées sur le site de Vesoul en France. Peugeot quitte l’Iran alors même que ce pays représente son premier débouché pour les véhicules particuliers devant la France (458 000 ventes en Iran contre 441 790 en France en 2011).  La présence de Peugeot en Iran date de 1978 ! 

Airbus doit renoncer à des commandes de compagnies aériennes iraniennes (Iran Air Tour, Zagros Airlines) pour 100 avions au total, dont des A320neo, pour un montant de 20,8 milliards de dollars L'avionneur européen a des usines aux États-Unis, et un nombre important de pièces installées dans ses appareils sont fabriquées sur le sol américain, ce qui soumet automatiquement Airbus aux sanctions américaines…

Face à cela, l’Europe agite un fumeux règlement anti-boycott de 1996, qui n’ a jamais fonctionné et n’a pas empêché des firmes européennes de payer des amendes record pour ne pas avoir respecté, rappelons-le des embargos purement américain et non internationaux ( donc illégaux !) contre l’Iran déjà, Cuba- un dangereux repaire de terroristes- la Lybie…

Ah , et une nouvelle arme secrète- la Banque européenne d’investissement pourrait soutenir financièrement les firmes décidant de rester en Iran. Y a Qu’à croire ! C’est sur Russia Today que j’ai pu lire la réponse de la Banque Européenne : Bien sûr, elle s’engage à soutenir la Politique de la Commission, mais en aucun cas, elle ne saurait encourager les firmes européennes à violer les règles américaines…..

Face à cet impérialisme financier et industriel américain, à ce racket, à ces vols caractérisés qui durent depuis des années, qui peut frapper n’importe qui, pourvu simplement qu’il utilise le dollar, l’Europe a été incapable de rien faire et est toujours incapable de rien faire !
Il y a eu quand même dans ce triste numéro un moment drolatique, la visite de Merkel à Moscou pour demander à Poutine de bien vouloir être un peu indulgent dans cette période difficile en ce qui concerne les mesures de rétorsion russes prises en réponse aux sanctions européennes à propos de la Crimée…

La taxation impossible des GAFA- le fiasco de Sofia

Un certain nombre de firmes internationales, dont les fameux Gafa profitent abusivement et industriellement des possibilités d’optimisation fiscale que leur offre la stupide et mortelle concurrence fiscale à la baisse des états européens. Pour mémoire, Facebook, en France, paie un million d'euros de taxes sur les bénéfices un chiffre d'affaires estimé autour de 700 millions d'euros !  C’est à peine les dépenses d'investissement d'une commune rurale ; cela ne suffit même pas à faire tourner un hôpital public durant une journée. C'est 150 fois moins que le coup de rabot de 5 euros sur les Aides Publiques au logement du gouvernement Macron. 

En impôt européen, Facebook paie à peu près 3% de ses bénéfices, Apple 4%, Google est un poil plus civique avec 11%. D'après Ouest-France, Google et Facebook auraient évité entre 2013 et 2015 de payer 5,4 milliards d'euros au sein de l'UE.

C’est évidemment scandaleux et la France, suivie pour une fois par la Commission Européenne, avait proposé, dans chaque pays,  une taxe sur le chiffre d’affaire des grandes entreprises opérant en Europe – le chiffre d’affaire contrairement aux bénéfices ne  peut faire l’objet des même trafics de transfert. Le principe de cette taxe est de fixer le taux d'imposition sur la base de leur chiffre d'affaires réalisé dans chaque pays, et non plus les bénéfices logés dans des filiales installées dans des Etats à faible fiscalité.

Eh bien raté ! la réunion de Sofia, où cette mesure devait être adoptée s’est soldée par un fiasco intégral. Les pays habituellement bénéficiaires de ces trafics fiscaux (Irlande, Luxembourg). Mais le coup de grâce est venu de l’Allemagne, qui soutenait jusque-là l’initiative…et a fait savoir que compte-tenu de ses exportations industrielles aux USA, il valait mieux éviter de les provoquer en taxant leurs géants numériques.

Même le placide Bruno Le Maire s’est un peu énervé : « L'Europe est-elle capable de se montrer forte ?...Les UA ne comprennent que les rapports de force…Si vous voulez allez jusqu'aux élections européennes l'an prochain avec le message "nous avons beaucoup parlé, beaucoup débattu, mais pris aucune décision" bonne chance !».
Il faut vraiment sortir de cette Europe-là, de cet Eurokom !

Et un autre sujet dont je n’ai pas traité ici : les investissements chinois !