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mercredi 13 juillet 2022

L’inclusion du nucléaire dans la taxonomie votée au Parlement Européen !

Pour la taxo, c’est la suite d’une longue histoire - depuis 2019 ! Quelques épisodes précédents sur ce blog

 https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/06/nouvelles-de-la-taxonomie-juillet-2011v2.htmlhttps://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/04/dernieres-nouvelles-de-la-taxonomie.html; https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/09/urgence-nucleaire-et-climatique-alerte.htmlhttps://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/04/taxonomie-europeenne-rapport-du-joint.html ;https://vivrelarecherche.blogspot.com/2022/06/taxonomie-la-nouvelle-salve-des.html

Le 6 juillet, le Parlement Européen a voté en faveur en faveur de l’inclusion du nucléaire et du gaz dans la taxonomie européenne.

Votes contre l’amendement ( donc en faveur du nucléaire ) : 328. Vote pour l’amendement ( donc contre le nucléaire ) : 258.  Il en aurait fallu 353 pour refuser l’acte délégué de la Commission.

La prise de position des autorités ukrainienne juste avant le vote en faveur de l’inclusion du nucléaire a surement joué un rôle non négligeable, coupant l‘herbe sous le pied aux organisations antinucléaires très mobilisées et très présentes  qui affirmaient que voter le texte revenait à trahir l’Ukraine.

Le 11 juillet, le Conseil des Etats a pris la même position que le Parlement  : aucune majorité qualifiée renforcée (20 pays, 65 % de la population de l’UE) ne s’est dessinée  en faveur d’un veto.

Le nucléaire est donc maintenant  inclus dans la taxonomie Européenne (ainsi que le gaz, sous des conditions très restrictives)

Détails du vote au Parlement européen

Vote des députés français :  (Pour signifie pour l’inclusion du nucléaire)

RN : 13 pour ( pratiquement tout le monde), 0 contre, 0 absentions,  6 absents(surtout ceux qui ont été élu en juin 2022 au Parlement Français )

PPE : 8 pour ( excellent discours et forte mobilisation de François-Xavier Bellamy ), 0 contre, 0 abstention

Renew ( Macron) : 21 pour (dont Christophe Grudler ( très fortement mobilisé pour, a joué un rôle moteur), Stépahne Séjourné, Pascal Canfin) ; 2 contre ( Catherine Chabaud, Pascal Durand), 0 contre, 0 abstention

Verts/Ale: 0 pour, 12 contre, 0 abstentions  :  ils sont tous là Jadot, Delli, Cormand, Rivasi, Toussaint. Pas un écolo à la mode finlandaise ou suédoise ( pro nuc)

Sociaux Démocrates : 0 pour, 6 contre, 0 abstentions : tous là eux aussi : Glucksmann, Lalucq, Larouturou…

La Gauche ( LFI) : 0 pour, contre 2 , abstention 1 ( Emmanuel Maurel, ex PS, très critique sur le « mix éolien et gaz »  allemand) abstention 2  (élus au Parlement français)

Vote de l’ensemble  des députés européens :

ID : 53 pour , 3 contre,  0 abstentions ( les contre sont  danois et autrichien, tous les français ont voté pour )

ECR ( droite eurosceptique ) : 62 pour, 0 contre, 0 abstention : carton plein, donc, principalement ex-pays de l’Est,Tchéque, Polonais,  aussi qqs Pays-Bas, Italiens (Fratelli), Espagne (Vox)

PPE : 104 pour, 37 contre, abstention : 7. Tous les députés français PPE ont voté pour, Les contre sont pour beaucoup des Allemands, Belges, Portugais, Autrichiens. Parmi les pour, deux  poids lourds de la CDU (Manfred Weber, Rainer Wieland.)

Renew : 59 pour, 27  contre, 9 abstentions . A l’exception de 2, les députés français ont voté pour ( bravo Christophe Grudler) . Contre : des Lithuaniens, Belges (dont Guy Verhofstadt), Néerlandais, Suédois, Italiens, Danois

SD :  21 pour, 92 contre, 12 abstentions. Tous les Français ont voté contre. Ont voté pour : 7 Roumains,  1 Hongrois, 3  Maltais,  2 Bulgares,  2 Lettons, 1 Tchéque, 1 Polonais, 1 Finlandais, 1Chypriote, 2 Slovaques )

The Left : 1 pour ( Tchéque),  31 contre ( dont tous les Français sauf  Abstention 1 (Emmanuel Maurel )

Verts Ale : 0 pour,  66 contre (dont tous les francais) , 0 pour, Abstention : 1 (Saluons le lithuanien  lithuanien Stasys Jakeliūnas)

Non Inscrits : 18 pour (essentiellement hongrois), 13 contre (Catalans, Italiens Cinq etoile , Grec)  Abstention 4

Action syndicale  et hommage des ministres européens de l’énergie :

Cette inclusion du nucléaire dans la taxonomie, c’est aussi une victoire syndicale importante, deux ans de combat et de mobilisation  avec notamment deux  courriers à la Présidente de la Commission européenne (first letter to the Commission of 28 January 2021 Letter from Trade unions in the European sector, 12 trade unions from 6 European countries, second letter of 23 July 2021, Follow-up letter from trade unions in the European nuclear sector, 18 trade unions from 10 European countries) et  aux Eurodéputés (20 may 2022, Letter from trade unions on taxonomy CDA aux parlementaires européens membres des commission ECON, ENVI et ITRE), et sans compter l’action de nos syndicats à leurs niveaux nationaux respectifs.

Cette action syndicale a été reconnue dans une tribune parue la veille du vote des eurodéputés,  et signée par les ministres de l’énergie de 10 pays de l’Union Européenne : ( Bulgarie, Croatie, Finlande, France, Hongrie, Pologne, République Tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie)

Intitulée «Nucléaire : il est vital que l'Europe accélère » elle comportait le passage suivant signé Agnès Pannier-Runacher :

 « En conséquence de quoi nous soussignés rejoignons l’opinion de 20 syndicats de travailleurs belges, bulgares, tchèques, finnois, français, hongrois, lithuanien, roumain, slovaques et slovène du secteur énergétique pour déclarer que l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie européenne est vitale pour combattre le changement climatique et accroitre l’indépendance énergétique. »

Merci Madame, le Ministre, bel hommage à l'action syndicale

Pour la version française : https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-nucleaire-il-est-vital-que-leurope-accelere-1771918#xtor=CS1-26

Rappelons que ce sont les syndicats français (ou plutôt leurs fédérations de l’Energie et de la Métallurgie) qui sont à l’origine de cette mobilisation syndicale : CFE-CGC, CGT,  FO et CFDT ont été exemplaires.


Extraits des interventions syndicales :


Dans la même période, plusieurs syndicats européens de l’énergie (pour la France, l'interfédérale FNME-CGT, CFE-CGC Énergies, FCE-CFDT, FO Énergie et Mines, CFE-CGC métallurgie) auxquels se sont joints des syndicats bulgares, finlandais, belges, hongrois et roumains) ont écrit à la Commission Européenne pour  demander l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie :

 

« Exclure l’énergie nucléaire de la taxonomie européenne conduirait donc à fragiliser toute une filière (plus d’un million d’emplois en Europe dont 220 000 en France) qui fournit pourtant actuellement près de la moitié de l’électricité à faible teneur carbone dans l’Union Européenne, permettant ainsi d’économiser annuellement l’émission de plus d’un demi-milliard de tonnes de CO2. En outre, les secteurs utilisateurs de cette énergie, notamment les électrointensifs au cœur de l’industrie européenne, seraient eux aussi fortement impactés….Pour la CFE-CGC, la transition de l’Europe vers sa neutralité carbone ne peut se priver de l’avantage du nucléaire, car c’est la clef de la réussite du Green Deal porté par la Commission européenne. » Communiqué CFE-CGC,  03 - 02 – 2021)

 

 Dans la foulée, l’interfédérale FNME-CGT, CFE CGC Énergies, FCE-CFDT et FO Énergie et Mines écrivait au Président de la République pour lui demander de s’engager résolument « pour éviter l’exclusion du nucléaire de la taxonomie européenne, décision qui aurait des conséquences très négatives pour l’industrie française et les engagements climatiques français et européens. […]C’est en défendant la neutralité technologique bas carbone de la taxonomie et donc l’inclusion du nucléaire que la France apportera sa pierre à d’édifice d’un projet européen climatiquement responsable qui fait de la sécurité énergétique, de la relance économique, de l’ambition sociale et de la relocalisation industrielle ses priorités, tout en préservant son autonomie stratégique en matière énergétique et industrielle. » Communiqué CFE-CGC, 22 mars 2021)

dimanche 10 juillet 2022

Énergie nucléaire et sécurisation de la transition énergétique : des défis d’aujourd’hui aux systèmes d’énergie propre de demain

 Ou le scenario Net Zero Emission de l’AIE

https://www.iea.org/reports/nuclear-power-and-secure-energy-transitions/executive-summary

I) le constat : Une nouvelle aube pour l’énergie nucléaire ?

L’énergie nucléaire peut aider à rendre le secteur de l’énergie plus rapide et plus sûr pour s’éloigner des combustibles fossiles sans relâche. Dans le contexte de la crise énergétique mondiale actuelle, la réduction de la dépendance à l’égard des combustibles fossiles importés est devenue la priorité absolue en matière de sécurité énergétique. La crise climatique n’est pas moins importante : atteindre zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici le milieu du siècle nécessite une décarbonisation rapide et complète de la production d’électricité et de chaleur.

L’énergie nucléaire, avec sa capacité de 413 gigawatts (GW) dans 32 pays, contribue à ces deux objectifs en évitant 1,5 gigatonne (Gt) d’émissions mondiales et 180 milliards de mètres cubes (bcm) de demande mondiale de gaz par an.

Alors que l’éolien et le solaire photovoltaïque sont souvent cités en priorité pour remplacer les combustibles fossiles, ils doivent être complétés par des ressources pilotables. En tant que deuxième source d’énergie à faibles émissions après l’hydroélectricité, avec son caractère pilotable et son potentiel de croissance, le nucléaire – dans les pays où il est accepté – peut aider à assurer des systèmes électriques sûrs et diversifiés à faibles émission.

Les économies avancées ont perdu leur leadership sur le marché nucléaire

Bien que les économies avancées détiennent près de 70 % de la capacité nucléaire mondiale, les investissements sont au point mort et les derniers projets dépassent largement le budget et ont pris beaucoup de retard. En conséquence, les pipelines de projets et les conceptions préférées ont changé.

Sur les 31 réacteurs dont la construction a commencé depuis le début de 2017, tous sauf 4 sont de conception russe ou chinoise.

Atteindre la neutralité carbone à l’échelle mondiale sera plus difficile sans nucléaire

La prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires est un élément indispensable d’une trajectoire rentable vers la neutralité carbone d’ici 2050. Environ 260 GW, soit 63 %, des centrales nucléaires d’aujourd’hui ont plus de 30 ans et approchent de la fin de leur permis d’exploitation initial. Malgré les mesures prises au cours des trois dernières années pour prolonger la durée de vie des centrales représentant environ 10% du parc mondial, le parc nucléaire opérant dans les économies avancées pourrait diminuer d’un tiers d’ici 2030.

Dans le scenario Net Zero Emission de l’AIE, il est nécessaire de prolonger la durée de vie de plus de la moitié de ces centrales existantes, ce qui réduit de près de 200 GW le besoin d’autres options à faibles émissions. Le coût en capital pour la plupart des extensions est d’environ 500 à 1 100 USD par kilowatt (kW) en 2030, ce qui donne un coût actualisé de l’électricité généralement bien inférieur à 40 USD par mégawattheure (MWh), ce qui les rend compétitives même avec le solaire et l’éolien dans la plupart des régions.

L’énergie nucléaire joue un rôle capital dans la progression mondiale vers la neutralité carbone.

Dans le scénario Net Zero Emission de l’AIE, l’énergie nucléaire double, passant de 413 GW début 2022 à 812 GW en 2050. Les ajouts annuels de capacité nucléaire atteignent 27 GW par an dans les années 2030, soit plus que toute autre décennie auparavant.

Malgré cela, la part mondiale du nucléaire dans la production totale tombe légèrement à 8%. Les économies émergentes et en développement représentent plus de 90% de la croissance mondiale, la Chine devant devenir le premier producteur d’énergie nucléaire avant 2030. Les économies avancées voient collectivement une augmentation de 10 % du nucléaire, les arrêts étant compensés par de nouvelles centrales, principalement aux États-Unis, en France, au Royaume-Uni et au Canada.

L’investissement mondial annuel dans l’énergie nucléaire passe de 30 milliards USD au cours des années 2010 à plus de 100 milliards USD d’ici 2030 et reste supérieur à 80 milliards USD jusqu’en 2050.

Moins d’énergie nucléaire rendrait les ambitions nettes zéro plus difficiles et plus coûteuses.

La variante Bas nucléaire  du  scénario NZE suppose l’échec de l’accélération de la construction nucléaire et de la prolongation des durées de vie et en mesure l’impact. Dans ce cas, la part du nucléaire dans la production totale passe de 10 % en 2020 à 3 % en 2050. Le solaire et l’éolien devraient combler le vide, repoussant les frontières de l’intégration de parts élevées d’énergies renouvelables variables. Davantage d’installations de stockage d’énergie et de combustibles fossiles équipées de captage, d’utilisation et de stockage du carbone (CCUS) seraient nécessaires. En conséquence, la variante Bas nucléaire de la NZE nécessiterait 500 milliards de dollars d’investissements supplémentaires et augmenterait les factures d’électricité des consommateurs en moyenne de 20 milliards de dollars par an jusqu’en 2050.

Un rôle encore plus important pour l’énergie nucléaire nécessitera une baisse plus importante des coûts de construction.

Les centrales hydroélectriques, bioénergétiques et à combustibles fossiles équipées de CCUS sont les principales sources d’énergie à faibles émissions distribuables au nucléaire. Chacun d’entre eux fait également face à des défis pour leur développement. Les sites hydroélectriques et l’approvisionnement durable en bioénergie sont limités, tandis qu’il existe des obstacles économiques, politiques et techniques à l’expansion du CCUS. S’il existe un potentiel d’expansion de ces alternatives et que le CCUS est disponible sur le marché, les coûts de construction de l’énergie nucléaire devraient tomber à 2 000-3 000 USD / kW (en dollars de 2020) pour rester compétitifs

Nouvelles opportunités pour  l’électricité nucléaire : production d, hydrogène et de chaleur

L’expansion rapide de l’hydrogène à faibles émissions est un pilier clé du sceénario NZE, les investissements connexes passant de près de zéro aujourd’hui à 80 milliards de dollars par an jusqu’en 2040. Selon les projections de coûts de la NZE, la production d’hydrogène via le gaz naturel avec CCUS ou par électrolyse à l’aide d’énergies renouvelables sont les options les moins chères. Pour que le nucléaire puisse concurrencer ces alternatives, les coûts d’investissement devraient être réduits à 1 000-2 000 USD/kW. L’économie serait plus favorable si le réacteur nucléaire était colocalisé avec un utilisateur d’hydrogène, évitant ainsi les coûts de transport. Le NZE estime que l’électricité nucléaire en surplus pourrait être utilisée pour produire environ 20 millions de tonnes d’hydrogène en 2050.

Il existe également des possibilités de cogénération de chaleur à partir de centrales nucléaires pour remplacer le chauffage urbain et d’autres utilisations à haute température, bien que l’échelle potentielle de ce marché soit limitée et que les coûts de construction devraient tomber à 2 000-3 000 USD ...

La rémunération de la contribution du nucléaire aux systèmes d’énergie sûrs et à faibles émissions est souvent inadéquate

Les conceptions actuelles du marché de l’électricité ne permettent pas de rémunérer de manière adéquate deux avantages de la production d’énergie nucléaire. L’énergie nucléaire est une ressource pilotable qui est capable de délivrer du courant pendant les périodes de stress du système, lorsque la charge approche du niveau de capacité d’approvisionnement disponible. Cela contribue au fonctionnement sécurisé du système, évitant ainsi des pannes coûteuses qui causent des dommages économiques et sociaux. Ce service pourrait être rémunéré soit par un paiement de capacité distinct, soit par des accords de tarification du marché sans entrave qui tiennent pleinement compte de la capacité des ressources à se protéger contre le délestage, parfois appelé « tarification de la rareté ». Cependant, la plupart des marchés limitent aujourd’hui les prix par le biais de plafonds de prix, et sans mécanisme de capacité de soutien, privent les opérateurs de capacité pilotable (i.e. du nucléaire) de revenus.

La plupart des marchés de l’électricité ne parviennent pas non plus à récompenser le caractère bas carbone de la production nucléaire

Le défi de la neutralité carbone stimule une explosion du développement des technologies des petits réacteurs modulaires.

 Dans la NZE, la moitié des réductions d’émissions d’ici 2050 proviennent de technologies, y compris de petits réacteurs modulaires, qui ne sont pas encore commercialement viables. Les SMR, généralement définis comme des réacteurs nucléaires avancés d’une capacité inférieure à 300 MW, bénéficient d’un fort soutien politique et institutionnel, avec des subventions substantielles aux États-Unis et un soutien accru au Canada, au Royaume-Uni et en France. Ce soutien permet d’attirer des investisseurs privés, d’amener de nouveaux acteurs et de nouvelles chaînes d’approvisionnement dans l’industrie nucléaire.

Leur plus petite taille constitue un atout certain des SMR.  La réduction des coûts en capital, les attributs inhérents à la sécurité et à la gestion des déchets et la réduction des risques des projets peuvent améliorer l’acceptation sociale et attirer des investissements privés pour la recherche et le développement, la construction de démonstrateurs.

Des décisions doivent être prises maintenant pour que  les  SMR puissent  jouent un rôle significatif dans la transition énergétique. Bien que seul un petit nombre d’unités soient susceptibles de commencer à fonctionner cette décennie, avec l’élan récent, les SMR  pourraient commencer à jouer un rôle important dans les transitions énergétiques dans les années 2030, à condition que les décisions réglementaires et d’investissement soient prises dès maintenant et que la viabilité commerciale soit démontrée. Cela est vrai à la fois pour les petits réacteurs évolutifs qui pourraient atteindre plus facilement la compétitivité économique, mais aussi pour les modèles de réacteurs avancés (surgénérateurs)

Les principales recommandations

- Prolonger la durée de vie des réacteurs existants. Autoriser la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires existantes afin qu’elles puissent continuer à fonctionner aussi longtemps que possible en toute sécurité.

- Faire en sorte que les marchés de l’électricité valorisent la capacité de production de base à faibles émissions. Concevoir des marchés de l’électricité pour garantir que les centrales nucléaires sont justement rémunérées de manière compétitive et non discriminatoire pour rémunérer justement les services qu'elles fournissent : éviter les émissions de gaz à effet de serre,  assurer la disponibilité de la capacité et le contrôle des fréquences.

- Promouvoir une réglementation de la sécurité efficiente et efficace. Veiller à ce que les organismes de réglementation de la sécurité disposent des ressources et des compétences nécessaires pour entreprendre en temps opportun des examens des nouveaux projets et des nouvelles conceptions, élaborer des critères de sécurité harmonisés pour les nouvelles conceptions et collaborer avec les promoteurs potentiels et le public pour s’assurer que les exigences en matière de permis sont clairement communiquées.

-  Mettre en œuvre des solutions pour l’élimination des déchets nucléaires. Impliquer les citoyens dans la priorisation de l’approbation et de la construction d’installations d’élimination des déchets de haute activité dans les pays qui n’en disposent pas encore.

- Accélérer le développement et le déploiement de petits réacteurs modulaires (SMRs). Identifier les opportunités où les PRM pourraient être une source rentable d’électricité, de chaleur et d’hydrogène à faibles émissions. Soutenir les investissements dans les projets de démonstration et dans le développement des chaînes d’approvisionnement.

-  Réévaluer les plans en fonction des performances. Conditionner le soutien à long terme à la réalisation de projets sûrs par l’industrie respectant mieux délais et budget.

3) Quelques graphes

Limitation des émissions : le nucléaire est toujours leader

Emissions de CO2 par source d’énergie

L’énergie nucléaire a largement contribué à ralentir l’augmentation des émissions mondiales de CO2 depuis les années 1970. Environ 66 Gt de CO2 ont été évités dans le monde entre 1971 et 2020.3 Sans la contribution de l’énergie nucléaire, les émissions totales provenant de la production d’électricité auraient été presque 20 % plus élevées et les émissions totales liées à l’énergie 6 % plus élevées au cours de cette période.


Les investissements ont commencé à se redresser, principalement grâce à la Chine et à la Russie

Un changement de politique, ça se ressent finalement assez vite : l’ exemple de la Corée


Et pour mémoire, l'effet falaise qui est devant nous :



vendredi 1 juillet 2022

IMF working Paper : Building back better : How big are green spending multipliers ? (2021)

 Document de travail du FMI : Reconstruire en mieux : Quelle est l’ampleur des multiplicateurs de dépenses vertes ? (2021)

Il est bon de temps en temps de se retourner sur des publications séminales, disons de référence. Ce papier d’experts du FMI est assez technique, je n’en reprends ici que les principales conclusions. Il a joué un rôle important dans le retournement de l’opinion publique américaine et de l’administration Biden à propos du nucléaire

Et, avec des avertissements sérieux, il est tout de même assez optimiste

Sourceshttps://world-nuclear-news.org/Articles/Nuclear-is-a-credible-cost-competitor-,-says-IMF-whttps://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0921800921003645

Pour répondre au défi climatique, doublement  de l’investissement prévu  dans les énergies décarbonées et la protection des espaces naturels puits de carbone

La consommation d’énergie contribue  environ  aux trois quarts de toutes les émissions anthropiques de gaz à effet de serre, et pour rester à moins de 2 degrés Celsius, le monde doit doubler l’investissement dans l’énergie propre auquel il   s’est engagé. Dans le même temps, le monde « dégrade rapidement » tous les puits de carbone, y compris les océans, les forêts et les mangroves, et pour que l’Accord de Paris soit réalisable, il  faudrait que 30% des écosystèmes mondiaux doivent être préservés, avec un besoin de 7 à 10 fois plus de dépenses pour la conservation.

Le nucléaire doit être considéré comme une forme d’énergie propre e

L’uranium n’est pas renouvelable « à l’échelle du temps humain », mais l’énergie nucléaire  doit être considérée comme une forme d’énergie propre. « En effet, l’énergie nucléaire se classe parmi les formes de production d’énergie les plus faibles en carbone, compte tenu à la fois des émissions directes et de ses impacts sur le cycle de vie, et est devenue un concurrent crédible en matière de coûts des énergies renouvelables et non écologiques non renouvelables » Les auteurs rappellent que les recherches du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat et de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) incluent l’énergie nucléaire parmi les technologies « capables et nécessaires » pour l’atténuation des émissions de carbone.

Certains ont fait valoir que parce qu’elle produit des déchets radioactifs, l’énergie nucléaire devrait être exclue de tout concept de dépenses vertes. Cependant, les études antérieures du FMI sur l’énergie verte, y compris le récent Moniteur budgétaire 2019, ont inclus l’investissement dans l’énergie nucléaire parmi les sources d’énergie verte car, comme ici, la définition de ce qui constitue une énergie « verte » a été basée sur l’impact de l’investissement sur les émissions de gaz

Les potentialités limitées des ENR et de l’hydrogène

Les auteurs considèrent que produire de l’électricité exclusivement à partir des formes actuelles de production d’énergie renouvelable implique des « défis technologiques importants » car ils sont « intermittents, variables et imprévisibles » et ont donc des facteurs de capacité limités. Compte tenu de l’ampleur du développement de l’énergie propre nécessaire, le stockage de l’énergie renouvelable n’est pas non plus une option viable car la technologie pour cela est coûteuse et encore en cours de développement. De même, la production et la génération d’énergie à partir de l’hydrogène généré à l’aide d’énergies renouvelables ne constituent pas « pas une option envisageable dans un futur proche ».

Et figure un rappel bienvenu :

« Bien que l’idée d’un avenir radieux basé sur l’hydrogène propre connaisse un élan politique et commercial sans précédent, l’hydrogène continue d’être utilisé dans la production d’énergie en brûlant des combustibles fossiles avec des émissions équivalentes aux émissions de CO2 du Royaume-Uni et de l’Indonésie réunis. »

Un fossé d’investissement, surtout  dans le nucléaire

« Il  existe actuellement un grand fossé entre les dépenses vertes dans le domaine énergétique  et ce que la science suggère comme objectif d’émissions mondiales d’ici 2030 »  Le scénario de référence Nouvelles perspectives énergétiques 2019 de  Bloomberg montre que limiter l’augmentation des températures mondiales de ce siècle à 2 degrés Celsius nécessiterait l’ajout brut de quelque 2 836 gigawatts de nouvelle capacité d’énergie renouvelable non hydroélectrique d’ici 2030, soit le double de ce qui est envisagé dans les objectifs actuels des secteurs public et privé - à un coût estimé à 3,1 billions de dollars sur la décennie.

Dans le même temps, les données de l’Agence internationale de l’énergie montrent que la capacité nucléaire mondiale aurait diminué de 5 gigawatts nets en 2019 recevant un investissement « de seulement » 15 milliards de dollars contre un investissement d’environ 282 milliards de dollars pour les énergies renouvelables au cours de la même année. »

Venons-en aux fameux multiplicateurs :  les dépenses « vertes », c’est bon pour le climat … et l’économie

Nous constatons que chaque dollar dépensé dans des activités clés neutres en carbone ou en puits de carbone – des centrales électriques à zéro émission à la protection de la faune et des écosystèmes – peut générer plus d’un dollar d’activité économique. Les multiplicateurs estimés associés aux dépenses vertes sont environ 2 à 7 fois plus importants que ceux associés aux dépenses non écologiques, selon les secteurs, les technologies et les horizons. L’analyse se concentre sur les domaines d’activité économique que la science identifie comme ayant un impact élevé sur la durabilité et où les dépenses consacrées à l’élimination progressive des processus polluants et des pratiques non durables sont considérablement inférieures aux objectifs: (i) réduire les émissions en augmentant l’utilisation d’énergie propre; et (ii) soutenir les puits de carbone de la nature en améliorant la qualité et la quantité de la conservation de la biodiversité

Surtout si c’est dans le nucléaire

Les investissements dans l’énergie nucléaire entrainent des retombées plus persistantes que  les investissements dans les énergies fossiles car elles ont tendance à générer des emplois considérables au niveau local. Le calcul  des multiplicateurs de dépenses cumulés indique que les dépenses dans l’énergie nucléaire ont un effet de production important  environ six fois plus important que l’effet de production associé aux dépenses dans les énergies fossiles. (le multiplicateurs perd sa signification statistique deux ans après les chocs d’investissement).

L’investissement dans l’énergie nucléaire produit environ 25% plus d’emplois par unité d’électricité que l’énergie éolienne.  En outre, une étude comparant les salaires de la main-d’œuvre directe du nucléaire, de l’éolien et du solaire aux États-Unis en 2017 indique que les travailleurs du nucléaire gagnent un tiers de plus que leurs pairs dans les secteurs de l’énergie éolienne et photovoltaïque , et plus du double de la moyenne des employés du secteur de l’énergie.

La publication montre les multiplicateurs keyneisiens du nucléaire sont 2.5 et 3 fois plus élevés pour le nucléaire que pour les renouvelables


Chaque dollar dépensé dans l’investissement nucléaire entraîne la création de 1,04 $ US dans la communauté locale, de 1,18 $ US dans l’économie de l’État et de 1,87 $ US dans l’économie américaine.

Conclusion : investir dans le décarboné ( surtout le nucléaire) et la protection de la nature,  c’est nécessaire pour le climat et bon pour l’économie

« Nous constatons que les dépenses en énergie propre, comme l’énergie solaire, éolienne ou nucléaire, ont un impact sur le PIB qui est environ 2 à 7 fois plus fort – selon la technologie et l’horizon envisagé – que les dépenses en sources d’énergie non écologiques comme le pétrole, le gaz et le charbon. ( et tant pis pour le @RICG)  

De même, nos résultats sur les dépenses de conservation des écosystèmes montrent qu’elles peuvent rapporter jusqu’à sept fois plus de ce montant sur une période de cinq ans. En revanche, les dépenses destinées à soutenir les utilisations non durables des terres – dans notre cas, l’agriculture industrielle des cultures et des animaux fortement mécanisée et dépendante des intrants importés – rapportent moins que les dépenses initiales.

La conclusion globale de cette étude est que l’orientation des stimuli économiques post-COVID vers des investissements qui favorisent la décarbonation et la capture du carbone grâce à des solutions basées sur la nature n’est pas seulement bonne pour la planète: elle promet également d’être le chemin le moins cher et le plus court vers une économie mondiale prospère.

Et rappelons que protection de la nature et énergie nucléaire, c’est en plus en synergie ; le nucléaire est beaucoup moins gourmand en matériaux et en artificialisation dessoles que le solaire ou l’éolien