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mardi 7 novembre 2023

Tribune de l'association PIEBÏEM Énergies renouvelables, interconnections, réseaux : la concurrence pour les câbles sera rude !

 Etude de l'Institut Jacques Delors  et article du Finacial Time : 

Énergies renouvelables, interconnections, réseaux : la concurrence pour les câbles sera rude !

Les experts consultés expliquent que : 1) La demande de câbles pour les projets éoliens flottants prévus en Europe n'est guère soutenable ; 2) jusqu'en 2030, la demande de câbles ne pourra à la fois satisfaire les interconnexions et les projets éoliens flottants . Une telle demande, en câbles et en cuivre, surgonflée par un éolien offshore très gourmand en câbles n'apparaît pas soutenable. Les pays qui le peuvent devront choisir entre l'éolien offshore et les interconnexions. De bonnes nouvelles pour les nombreuses associations qui, attachées à la rationalité scientifique et technique et à la préservation du littoral, de ses paysages, de sa biodiversité et de ses activités traditionnelles luttent contre ces projets éolien offshore...

Article complet : https://factuel.media/blogs/blog-articles/energies-renouvelables-interconnections-reseaux-la-concurrence-pour-les-cab_ba_20576290




dimanche 13 août 2023

ENR, interconnections et réseaux : un léger problème de câbles

 1) Quand les experts de l’Institut Jacques Delors s’inquiètent pour les renouvelables…

Pourtant habituellement très optimistes sur les programmes renouvelables, les experts habituellenme très pro ENR de l’Institut Jacques Delors commencent à s’inquiéter sur … le manque de câbles.

https://www.montelnews.com/fr/news/1513702/lue-a-besoin-dun-plan-durgence-pour-les-ts-aprs-2030?s=09

Extraits

« L'Europe a besoin d'un plan d'urgence pour maintenir l'équilibre du réseau électrique à partir des étés de la prochaine décennie, lorsque la part des énergies renouvelables dans le mix électrique sera beaucoup plus élevée et le risque de canicules estivales plus fréquent, »

Remarque : une part moins importante d’énergies renouvelables pourrait peut-être aider ?

« Ce qui manque est un véritable ‘stress test’ qui inclut la plus grande part de variabilité des renouvelables surtout à l'horizon 2030 », a déclaré Phuc-Vinh Nguyen, chercheur sur les politiques française et européenne de l’énergie à l'Institut Jacques Delors…« Selon M. Nguyen, il serait difficile, au tournant de la décennie, de maintenir l'équilibre entre l'offre et la demande en Europe au cours d'un été torride, en cas de faible approvisionnement en énergie nucléaire, éolienne et hydroélectrique et de forte consommation d'électricité. »

Remarque : Incroyable ! ben oui, il serait peut-être temps de s’y intéresser  surtout que les législateurs européens se sont mis d'accord sur le principe d'augmenter l'objectif contraignant en matière d'énergies renouvelables pour 2030 à  42,5% de la consommation d'énergie, contre 32% auparavant

« Tous les pays de l'UE dépendent plus ou moins des importations d'électricité pendant les vagues de chaleur. Par conséquent, en cas de réel problème, nous pourrions nous retrouver en difficulté…
L'expansion des réseaux et des interconnexions est « la clef de voûte » pour permettre aux flux d'électricité de mieux circuler au sein des pays et au-delà des frontières, a estimé Yves Le Thieis, analyste chez Compass Lexecon »

Remarque : Et encore, parce que comme tous les pays européens ont diminué sans réfléchir et sans coordination leur pilotables dans une espèce de course à l’échalotte, les interconnexionx entre pays déficients en même temps , ça va pas le faire ! c’était pourtant annoncé, entre autres par France Stratégie. (cQuelle sécurité d’approvisionnement en Europe, https://www.strategie.gouv.fr/publications/securite-dapprovisionnement-electrique-europe-horizon-2030).  

« Toutefois, des analystes ont exprimé des doutes quant à la capacité des pays de l'UE à renforcer les réseaux et les liaisons transfrontalières à temps, certains projets étant techniquement difficiles à réaliser, notamment l'installation de câbles sous-marins… Par exemple, la France prévoit de doubler ses interconnexions pour atteindre 30 GW d'ici à 2035, pour un coût de EUR 33 milliards, selon le gestionnaire de réseau RTE. D'autres pays européens parient également sur les interconnexions pour sécuriser leur approvisionnement en électricité, pour pallier aux fermetures de capacités nucléaires et thermiques et la variabilité des énergies renouvelables…. Il s'agit de projets lourds », a déclaré Nicolas Goldberg de Colombus Consulting, soulignant que la marge de manœuvre était moindre que dans le cas des projets terrestres. « Il y aura plus d'interconnexions à l'avenir, mais doubler la capacité est un peu ambitieux. » »

Remarque : encore une fois, moins d’ENR, surtout offshore, et plus de nucléaire, ça pourrait aider !

« Nous devons comprendre quel serait l'impact sur le système électrique européen si nous n'investissons pas assez rapidement dans le réseau », a conclu M. Nguyen.

Remarque : ben oui, et les performances allemandes en matière de construction de leur réseau auraient dû inquiéter !

Remarque ; ben, il aurait même mieux valu s’en inquiéter avant de proclamer des objectifs irréalistes . D’autant qu’il va y avoir un sacré problème de câbles (et un sacré problème de cuivre)

2) Y aura-t-il suffisamment de câbles pour la transition énergétique propre ?

https://www.ft.com/content/c88c0c6d-c4b2-4c16-9b51-7b8beed88d75?signupConfirmation=success

1) Déjà des retards importants ...pour des programme lourds

“Traversant plus de 700 km de fonds marins entre l’île de Grain, dans le sud-est de l’Angleterre, et Fedderwarden, dans le nord-ouest de l’Allemagne, le câble électrique NeuConnect prévu permettra aux deux économies du G7 d’échanger directement de l’électricité pour la première fois. Le projet de 2,4 milliards de livres sterling est l’un des nombreux câbles transfrontaliers longue distance, connus sous le nom d’interconnexions, développés dans le monde entier alors que l’abandon des combustibles fossiles nécessite une nouvelle ère de commerce international de l’énergie

La date aujourd’hui prévue de mise en service du câble est de 2028 soit un retard de quatre ans sur ce qui était prévu initialement, en grande partie à cause de retards dans l’acquisition des fournitures de câbles électriques. Ce n’est pas le seul projet de ce type à être ainsi freiné. Une liaison entre le Danemark et la Grande-Bretagne a été retardée par « la congestion imprévisible du marché du câble », tandis qu’un câble reliant la France et l’Espagne à travers le golfe de Gascogne a également un an de retard.”

Remarque : c’est embêtant parce que l’Europe compte beaucoup dessus pour la sécurité du réseau

“L’Agence internationale de l’énergie s’attend à ce que la capacité d’énergie renouvelable augmente de 2 400 gigawatts entre 2022 et 2027 – soit l’équivalent de la capacité totale de la Chine aujourd’hui – l’UE et le Royaume-Uni visant une multiplication par plusieurs ordres de grandeur de l’éolien offshore d’ici la fin de la décennie.”

Remarque : une telle demande, surgonflée par un éolien offshore très gourmand en câbles n’apparaît pas soutenable. Les pays qui le peuvent devront choisir entre l’éolien offshore et les interconnexions. En fait, dans nombre de pays, dont la France, le choix apparait assez évident ! 

Heureusement, on peut espérer concernant l’éolien offshore un retour à plus de réalisme. C’est ce que suggèrent  les experts consultés par le Financial Time


Le transport en courant continu en haute tension  : un défi technologique et économique

“Les pertes dans le transport d’électricité augmentebt avec la distance et l’utilisation de courant continu sous haute tension devient alors plus  efficace, bien que plus coûteuse, avec des pertes potentiellement aussi faibles que 3% par 1 000 km, soit  30 à 40 % de moins que pour le courant alternatif. Pour l’offshotre, le courant continu devient intéressant à  partir d’à peu près 60 km. (XLCC). “

“La production de câbles pour des fonds marins profonds et inégaux est un processus complexe et laborieux. Les brins de conducteur en cuivre ou en aluminium sont enveloppés dans plusieurs couches d’isolation et de protection, telles que du papier trempé dans un fluide non conducteur, un revêtement au plomb, des plastiques et de l’acier. La production avance généralement à environ un mètre par minute. La précision est clé. « Si vous avez, disons, un grain de sable à l’intérieur, le câble ne fonctionnera pas. »

Le plus grand câblodistributeur en termes de parts de marché, Prysmian Group, dispose d’un navire de 171 mètres de long et équipé pour poser des câbles jusqu’à 3 000 mètres de profondeur. Malgré ces complexités, la demande de câbles haute tension est en plein essor, le marché passant d’un montant typique de 3 milliards de dollars de nouveaux projets attribués par an entre 2015-2020 à 11 milliards de dollars en 2022. Cette année, la valeur estimée des nouvelles commandes devrait dépasser les 20 milliards de dollars. « Nous sommes complets jusqu’en 2026/27 », Prysmian)

La demande historiquement stable, ainsi que les barrières élevées à l’entrée compte tenu de l’expertise technique et de l’équipement requis pour fabriquer et installer les câbles, signifient que le marché est relativement concentré. Prysmian, NKT, basée à Copenhague et  Milan, et Nexans à Paris représentent plus de 75% du marché.

Les tensions commencent déjà à apparaître. La hausse des coûts des câbles et des stations de conversion a contribué à faire passer le budget du projet retardé du golfe de Gascogne de 1,75 milliard d’euros à 2,85 milliards d’euros. Inelfe, le développeur du projet, souligne la saturation du marché HVDC, en raison de la demande sans précédent de projets éoliens et d’interconnexion offshore. National Grid, la société FTSE 100 qui possède et exploite le réseau de transport britannique et développe de nouveaux câbles vers le continent, affirme qu’elle « opère sur un marché restreint » entraîné par « un nombre limité de fournisseurs dans le monde »

Danielle Lane, directrice du développement RU etIrlande chez le groupe éolien allemand RWE, affirme que les délais de livraison des stations de conversion ont grimpé jusqu’à sept ans. « La disponibilité est un risque important », dit-elle. « Nous sommes en concurrence avec les opérateurs de réseau ainsi qu’avec d’autres développeurs. »   Ceux qui ont le plus grand pouvoir d’achat montrent leurs muscles. Les rivaux se sont hérissés le mois dernier lorsque TenneT, la société publique néerlandaise qui possède et exploite des câbles électriques aux Pays-Bas et en Allemagne, a signé des accords d’une valeur de 5,5 milliards d’euros pour 7 000 km de câbles électriques de Nexans, NKT et d’autres, pour des projets éoliens.

Le lancinant problème du cuivre : nous passons à une ère de pénurie

Et pour les câbles, il faut du cuivre. Selon Nexans, il existera un déficit de 3 à 5 millions de tonnes de cuivre au milieu de la décennie, alors que les réseaux électriques, les éoliennes et les voitures électriques sont en compétition pour les approvisionnements. « Nous voulons nous assurer qu’au-delà de chaque contrat individuel que nous signons, nous avons l’approvisionnement complet du cuivre et de l’aluminium derrière lui »,  « Avant, c’était  une ère d’abondance ; maintenant, nous passons à une ère de pénurie"

Nexans a ainsi annoncé la signature d’un contrat de cinq ans pour la fourniture de cuivre avec la société minière Codelco (Chili), pour une valeur de plus de 100 kilotonnes de métal par an. L’accord est automatiquement prolongé à moins que l’une ou l’autre des parties n’y renonce. Les pénuries de main-d’œuvre qualifiée constituent également un risque.

Remarque 1) : le graphe des experts du secteur est particulièrement clair ; si l’on priorise les interconnexions, ce qui est raisonnable, ça la fait ps en 2030 pour l’éolien offshore 

Remarque 2) : un câble haute tension, c’est de la haute technonologie (voir ci-dessous). Er la moindre erreur de fabrication, la moindre poussière, le câble est à jeter !




mardi 18 août 2020

Les Energies Renouvelables sont-elles réellement renouvelables, durables, écologiques, résilientes ? L’ELF (Element Limitation Factor)


Quelques explications sur l’ELF (Element Limitation Factor) et conséquences : les scénarios qui reposent sur des sources d'énergie intermittentes en association avec batteries se heurtent à de sévères risques de pénurie en matière premières.

Dans le blog sur les chiffres clés du nucléaire, j’ai mentionné le nucléaire comme champion de l’Element Limitation Factor et de la durabilité

C’était à vrai dire une conséquence de la très forte ( imbattable ?) forte densité énergétique des combustibles nucléaires 1 g d'uranium 235 dégage autant d'énergie que 2,4 tonnes de charbon et 1,6 tonnes de pétroles !!!, de la disponibilité des ressources, et surtout de la possibilité de recycler le combustible dans des réacteurs de 4ème génération (Superphenix, Astrid…. et qui fonctionnent déjà en Russie à Beloyarsk )
Et du fait que le nucléaire est aussi  champion de l’économie en matériaux : une étude du Department of Energy  donne 800 t/TWh de béton et 160 t/TWh d’acier pour le nucléaire, et 8000 t/TWh de béton et 1800 t/TWh d’acier pour l’éolien, soit un facteur 10 pour le béton et 11 pour l’acier, à l’avantage, très marqué, du nucléaire.



En fait, l’ELF (Element Limitation Factor -limitation des éléments) est un critère de faisabilité /durabilité qui  a été présenté lors de la COP25


Schématiquement, l’idée est assez simple : une technologie ne peut pas être considérée comme capable de satisfaire les besoins si elle nécessite plus que la totalité des ressources mondiales d'un matériau donné.
Et il est en fait très intéressant de l’utiliser pour une analyse des Energies Renouvelables ( beaucoup plus que pour le nucléaire qui passe le critère Haut la Main !)

C’est ce qu’a proposé M. Gerard Grundblatt dans un tweet très intéressant que je reproduis ci-après

« L’éolien et PV sont-elles des énergies réellement renouvelables ?
Les promoteurs et défenseurs de l’éolien et du PV clament sur tous les tons le caractère RENOUVELABLE de ces énergies.

Ils oublient que celles-ci consomment des quantités astronomiques de matières premières dont les sources peuvent devenir limites (en particulier métaux & terres rares) pour la construction des équipements qui vont eux capter ces énergies renouvelables intermittentes

Par exemple, une technologie ne peut pas être considérée comme capable de satisfaire les besoins si elle nécessite plus que la totalité des ressources mondiales d'un matériau donné. Pour mesurer ces quantités un coefficient ELF Element Limitation Factor (limitation des éléments) a été présenté lors de la COP25 http://gisoc.srweb.biz/gisoc/Docs/PosterCorrected.pdf

Le facteur ELF est défini comme le rapport entre la consommation & les ressources. Si ce rapport est >1 la technologie ne peut pas couvrir à elle seule 100 % des besoins énergétiques, c'est-à-dire que ce facteur donne une limite supérieure pour chacune des sources

Grâce à l'ELF, les lacunes de nombreux scénarios sont immédiatement visibles, en particulier les scénarios qui reposent sur des sources d'énergie intermittentes en association avec batteries »



Bon, donc sont soutenables ce qui n’est pas trop loin de 1 le nucléaire, surtout avec surgénérateurs. Le stockage massif dans des batteries se heurte à des limitations en lithium ; la production d’hydrogène est victime de son pauvre rendement, l’hydraulique est limité par le manque de sites, etc. l’énergie solaire se heurte à un problème sérieux d’approvisionnement en métaux divers. En fait, comme l’écrit M. Gerard Grundblatt , tous les scenarios fétiches des 100%ENR couplés à un stockage de masse se heurtent à l’impitoyable pénurie de métaux et terres rares. Impossibilité physique !

L’argent, l’indium, ainsi que le praseodymium, le dysprosium, le terbium et le néodymium ont été identifiés comme faisant face à des pénuries critiques potentielles à moins que la production mondiale ne puisse augmenter de nombreuses fois par rapport à leurs niveaux actuels. D’ici 2050, le besoin annuel d’indium pour la seule production de panneaux (basé sur les modèles IPCC SR15 de croissance de la capacité solaire photovoltaïque) dépassera la production mondiale annuelle actuelle  de douze fois !

Une telle pression de la demande introduit une incertitude économique à long terme dans l’énergie solaire et éolienne, ce qui pourrait rendre l’investissement non viable – et même une incertitude physique fondamentale !

L’éolien, le solaire et les batteries menacés par une pénurie de matières premières »

C’est ainsi que l’excellent Transitions et Energies a pu titrer : « L’éolien, le solaire et les batteries menacés par une pénurie de matières premières »


«Les énergies dites «propres», à savoir les éoliennes, les panneaux photovoltaïques et les batteries des véhicules électriques, sont totalement dépendantes de nombreuses matières premières et plus particulièrement de métaux rares. Sans un approvisionnement continu, important et fiable, il n’est pas question de voir se multiplier dans les prochaines années les productions d’électricité par des renouvelables et les véhicules électriques sur les routes. Toutes les stratégies de transition énergétique faisant appel au solaire, à l’éolien et au transport électrique par batteries sont aujourd’hui menacées. Quant aux alternatives moins consommatrices de matières premières et plus locales, comme l’hydrogène ou la géothermie, par exemple, elles ne figurent même pas en France dans les plans à long terme des pouvoirs publics. »

L’avertissement de l’AIE ! « Surveiller surveiller la sécurité de l’approvisionnement en minéraux nécessaires à la transition écologique »

Quasiment simultanément, l’AIE (Agence Internationale de l’Energie) prévenait : « La crise du Covid-19 a mis en évidence la nécessité de surveiller la sécurité de l’approvisionnement en minéraux nécessaires à la transition écologique »


Pour donner un ordre d’idées de cette dépendance aux matières premières minérales et métalliques, la construction d’une voiture électrique à batteries en nécessite 5 fois plus qu’un véhicule à moteur thermique. De la même façon, construire un ensemble d’éoliennes demande huit fois plus de matières premières qu’une centrale au gaz offrant la même puissance théorique de production d’électricité. Et encore, les éoliennes sont par définition intermittentes.

La fabrication des batteries lithium-ion des véhicules électriques et des mêmes batteries utilisées pour stocker l’électricité dans certains réseaux est devenue aujourd’hui l’activité industrielle qui consomme le plus de lithium et de cobalt dans le monde, respectivement 35% et 25% de la production. De la même façon, la consommation dans le monde de cuivre et de nickel n’a cessé d’augmenter au cours des dernières années.


Déjà, avant la pandémie de coronavirus, les tensions ne cessaient de grandir sur les marchés de ses matières premières stratégiques. Elles se sont aggravées depuis. D’abord, du fait du confinement généralisé qui a désorganisé dans de nombreux pays la production et le transport des matières premières. Elle s’est traduite aussi par une chute brutale des investissements de capacité, pourtant indispensables pour faire face à une demande en constante augmentation. Il faut ajouter à cela des tensions politiques grandissantes entre la Chine, principal fabricant dans le monde de panneaux photovoltaïques, de batteries lithium-ion, d’éoliennes et principal producteur et raffineur de terres rares, et les pays occidentaux.

Il y a des risques géopolitiques associés à la production de nombreuses matières premières essentielles à la transition énergétique.

L’agence Internationale de l’Energie appelle à considérer ce défi en termes géostratégiques, à l’égal du pétrole et du gaz et souligne les risques que fait peser sur la transition écologique le goulet d’étranglement que représente l’approvisionnement de matières premières stratégiques.  

«L’’idée de géopolitique énergétique est typiquement associée au pétrole et au gaz. Par contraste, le solaire, l’éolien et les autres technologies propres sont souvent considérées comme immunisées contre de tels risques. Mais il y a des risques géopolitiques associés à la production de nombreuses matières premières essentielles à la transition énergétique »

Pour donner juste quelques exemples, le lithium, le cobalt et le nickel sont indispensables et essentiels à la fabrication des batteries lithium-ion. Le cuivre est absolument nécessaire pour développer les réseaux électriques et y intégrer les productions solaires et éoliennes. Des terres rares comme le néodyme sont utilisées pour fabriquer des aimants puissants sans lesquels les moteurs électriques des éoliennes et des véhicules ne fonctionnent pas. Même l’optimisation de technologies liées aux énergies fossiles nécessite ses matières premières. Les centrales à charbon les moins polluantes utilisent du nickel pour augmenter la température de combustion et rejeter moins de CO2.

Et ces ressources ne sont plus réparties équitablement et font déjà l’objet de stratégies de puissances, notamment de la part de la Chine. Et lorsqu’elles ne dépendant pas de la Chine, d’autres facteurs aussi inquiétants apparaissent. En fait, la production de nombre de ses matières premières et métaux est plus concentrée géographiquement que celle du pétrole et du gaz. Pour le lithium, le cobalt et les terres rares, les trois premiers pays producteurs contrôlent plus des trois quarts de leurs marchés respectifs. Dans certains cas, un seul pays assure la moitié de la production mondiale.

La concentration est tout aussi grande dans les opérations de raffinement. La Chine assure 50 à 70% du raffinement du lithium et du cobalt. Elle contrôle également 85 à 90% du processus industriel de traitement des terres rares et de leur raffinage et transformation en métaux et en aimants.

Les conditions même d’extraction de ses matières premières posent des problèmes humains et environnementaux. Ainsi, 20% de la production de cobalt de la République Démocratique du Congo (RDC) dépend de mineurs «artisanaux» qui extraient le métal dans des conditions proches de l’esclavage. Le raffinage des terres rares est un processus qui nécessite de nombreux produits chimiques très polluants et qui produit de grandes quantités de déchets tout aussi polluants.

La récession économique mondiale née de la pandémie de coronavirus ne devrait pas ralentir longtemps la demande de ses matières premières. Surtout si les plans de relance économique un peu partout dans le monde mettent l’accent sur la transition énergétique par les renouvelables et les véhicules électriques à batteries. Or, de nombreuses mines fonctionnent déjà à la limite de leurs capacités et des pénuries pourraient rapidement se produire prévient l’AIE. Non seulement cela aura un impact sur la capacité à fabriquer des éoliennes, des panneaux solaires et des batteries pour voitures électriques, mais cela créera un problème très sérieux d’indépendance nationale.

L’AIE appelle donc à la prudence et à l’anticipation, au moins à la prise en compte des risques géostratégiques liés au développement des ENR.


Car si le soleil et le vent sont partout (ou à peu près), ce n’est pas le cas des matières premières liées aux ENR… Et les ENR sont très gourmants en métaux stratégiques.

Le cas de la France : l’avertissement des deux Académies ( Sciences et Technologies)

En ce qui concerne plus spécifiquement la France, L’Académie des sciences et l’Académie des Technologies ont travaillé en commun et publiés un rapport intitulé : «  Stratégie d’utilisation des ressources du sous-sol pour la transition énergétique française Les métaux rares » (2018).

L’objectif de ce rapport est de conseiller les pouvoirs publics sur les besoins de la France, sur ses choix possibles, et suggérer des stratégies au cas par cas. « Chaque État doit donc se pencher sur la sécurité de l’approvisionnement en matériaux (matériaux minéraux, métaux de base et métaux plus rares), pour la transition énergétique mais aussi pour satisfaire l’ensemble des secteurs industriels utilisant des technologies de pointe. »

Domaine de l’étude : « Les besoins en matériaux sont évalués pour la production d’électricité renouvelable (éolien à terre et en mer, solaire photovoltaïque et thermodynamique, électrolyse et pile à combustible) ; la production d’hydrogène par électrolyse ainsi que son utilisation dans des piles à combustible ; le stockage d’énergie mobile pour les transports ; le stockage stationnaire d’électricité pour compenser l’intermittence de certaines ENR électriques ;  le stockage long terme d’autres vecteurs d’énergie (méthane, hydrogène, chaleur, air comprimé), et du CO2 dans le sous-sol. »

Faits saillants :

Une bonne nouvelle. Grâce à la Nouvelle Calédonie, pas de problème de Nickel pour la France- encore faut-il que la Nouvelle Calédonie reste française !

Le programme de véhicules électriques français examiné (2 millions de véhicules par an à partir de 2040)fait appel à des quantités de lithium et de cobalt très élevées, qui excèdent, en fait et à technologie inchangée, les productions mondiales d’aujourd’hui, et ce pour satisfaire le seul besoin français !

Pour le lithium et le cobalt, la demande française dans le cadre du scénario retenu dépasse la production mondiale actuelle. L’analyse économique montre que le flux financier annuel global pour les seuls véhicules électriques à batteries est du même ordre de grandeur que celui des importations actuelles de pétrole pour assurer l’approvisionnement en carburant.

Autrement dit, la voiture électrique nous place dans la même dépendance, et pour le même coût, des producteurs de lithium et Cobalt que la voiture thermique vis-à-vis des producteurs de pétrole. Nous échangeons une dépendance contre une autre !

Si les moteurs électriques utilisent des aimants permanents, la consommation de certaines terres rares (le dysprosium et le néodyme), de samarium, de cobalt et de l’alliage aluminium-cobalt-nickel devient significative et peut peser sur les choix technologiques en fonction des capacités réelles d’approvisionnement. Nos choix technlogiques seront contraints

Pour la France, la valeur des matériaux nécessaires à la transition énergétique serait de 164 milliards d’euros

Le cas spécial du Cuivre, métal lié par excellence à la demandé électrique : À ces montants s’ajoute le cuivre nécessaire aux câblages et aux moteurs des véhicules électriques, soit 3,2 millions de tonnes ou 19,5 milliards d’euros. Au total, et sous les hypothèses précédentes, le montant en matériaux estimés au cours actuel s’élève à 164 milliards d’euros. Par destination, ce montant se répartit de la façon suivante (en milliards d’euros cumulés d’ici 2050) :

Ces tensions sur le cuivre ont fait l’objet d’une publication : Copper at the crossroads: Assessment of the interactions between low- carbon energy transition and supply limitations, Resources Conservation and Recycling. 163. 10.1016/j.resconrec.2020.105072.

“La pénétration des technologies à faible émission de carbone dans les secteurs des transports et de l’énergie (véhicules électriques et technologies de production d’énergie à faible émission de carbone) devrait augmenter considérablement la demande de cuivre d’ici 2050. Pour étudier comment les tensions sur les ressources en cuivre peuvent être réduites dans le contexte de la transition énergétique, nous examinons deux facteurs de politique publique : la mobilité durable et les pratiques de recyclage. Les résultats montrent que, dans le scénario le plus rigoureux, la demande cumulative de cuivre primaire entre 2010 et 2050 s’est avérée être de 89,4 % des ressources en cuivre connues en 2010. Ils soulignent également l’importance de la Chine et du Chili dans l’évolution future du marché du cuivre.

Voici l’évolution de la consommation de cuivre ; qui peut croire que c’est durable !



samedi 5 juillet 2014

Méchantes bestioles, pas de médicaments-2 !


L’appel de Cameron

J’ai évoqué dans un billet précédent les dangers que font peser le développement des souches résistantes, le manque de nouveaux antibiotiques, et le scénario réaliste d’épidémie publié par la FDA à partir de salmonelle résistantes apparues dans le lait. Après les avertissements solennels lancés par les ministres de la santé américains et anglais, c’est le Premier ministre anglais David Cameron lui-même qui ont évoqué le retour à une ère  pré-antibiotique. « Ce n'est pas une menace lointaine, mais quelque chose qui se passe en ce moment a déclaré Cameron. Si nous n'agissons pas, nous allons vers une situation presque impensable où les antibiotiques ne fonctionnent plus et nous retournons dans les âges sombres de la médecine, où  infections et blessures vont tuer une fois de plus. Cela ne doit simplement pas arriver et je veux voir une réponse mondiale plus forte et plus cohérente. »

 L’ère pré-antibiotique

 Une ère préantibiotique, nous n’y sommes pas encore, et nous avons du mal à savoir ce que cela signifie. Ce sont  par exemple, les dizaines de millions de morts de l'épidémie de grippe de 1918 -  la majorité des malades ne sont pas morts à cause du virus de la grippe, mais suite à des surinfections bactériennes surtout touchant le poumon. C’est revenir au tant des grands épidémies, au tant des taux de mortalité opératoire ahurissants. C’est  ne plus pouvoir utiliser des traitements immunosuppresseurs, ne plus avoir accès à la chimiothérapie, ne plus des opérations invasives, à cause des infections. C’est risquer la mort pour un furoncle, voir un simple point noir, pour une blessure vénielle dans un jardin…

L’ére préantibiotique , nous n’ y sommes pas encore mais nous nous en rapprochons. En Angleterre, on estime à 5,000 le nombre de morts annuelles dues aux bactéries résistantes. Aux Etats-Unis, le Center for Disease Control estime que 2 millions de personnes sont infectées chaque année par des bactéries résistantes aux antibiotiques, et que, sur ces 2 millions) 23.000 vont mourir. L’ére préantibiotique, c’est aussi le retour des maladies sexuellement transmissibles non maitrisées  ; selon l’Institut de Veille Sanitaire, en France, 850 cas de syphilis résistantes aux antibiotiques ont été recensés en 2013, contre zéro en 2000. La situation est encore pire pour les gonocoques (blennorragies, chaude-pisse). L’OMS a alerté, « Si on ne cherche pas à mettre en place de nouveaux antimicrobiens,  il n’y aura peut-être plus bientôt de traitements disponibles » ; l’ère pré-antibiotique, c’est l’alimentation et la sexualité qui redeviennent à risques mortels.

 Une recherche difficile et coûteuse

David Cameron, et d’autres encore plus violemment que lui, ont mis en cause l’industrie pharmaceutique qui aurait arrêté toute recherche sur les antibiotiques. C’est partiellement vrai, mais pourquoi ? Les produits naturels produits par les champignons et les bactéries ont été assez systématiquement explorés, ils ont été à l’origine de la plus grande partie des antibiotiques actuels ; on peut imaginer, et il faut certainement le faire, étudier des souches qui ne l’ont pas été, utiliser les immenses progrès en matière d’analyse, de purification et d’élucidation des structures pour rechercher des composés nouveaux – mais encore faudrait-il qu’ils soient supérieurs à ceux que l’on connait. Les laboratoires publics spécialisés dans les substances naturelles n’ont pas obtenu de grands succès en matière d’antibiotiques. Reste aussi, et c’est sans doute plus prometteur, l’application des techniques de manipulations génétiques pour modifier de façon dirigée (ou d’ailleurs aléatoire !) les composés produits par des champignons ou bactérie productrices d’antibiotiques connus ; nous pourrons ainsi probablement obtenir des antibiotiques supérieurs sur certains points aux existants ; mais peut-être pas la révolution thérapeutique attendue.

Une autre piste également permise par les progrès de la biologie moléculaire a été l’identification de cibles thérapeutiques précises chez les bactéries, des protéines, des enzymes essentielles à la vie bactérienne, mais absentes ou complètement différentes chez les mammifères. On ne peut pas dire que les firmes pharmaceutiques ne l’aient pas tenté, et, dans une publication essentielle (drugs for bad bugs), GSK notamment a publié le résultat de dix ans de recherche, d’identification et de préparation de cibles bactériennes,  de mise au point de test et de screening de collections importantes de composés (1 million), sans  aucun résultat. Ce genre d’expérience, reproduites par d’autres pharma, a sévèrement douché l’enthousiasme pour la recherche d’antibiotiques ; au fond, si les firmes pharmaceutiques ont arrêté la recherche d’antibiotiques, c‘est qu’elle n’en trouvaient pas !

 Bref, la recherche de nouveaux antibiotiques sera difficile, coûteuse, pas très prédictible, et  conduira probablement à des substances élaborées coûteuses à produire – au moins au départ. A cela s’ajoute une contrainte économique réelle : les nouveaux antibiotiques seront probablement au début réservés au marché hospitalier, donc avec des volumes faibles. Ce seront donc des médicaments aux prix élevés, or, partout, singulièrement en Europe, et encore plus singulièrement en France, les politiques d’économies de santé visent en premier les médicaments.

Que faire ?

Et c’est pourquoi le modèle actuel selon lequel les Etats laissent une très grande part de la recherche fondamentale en matière de médicaments aux firmes pharmaceutiques quitte à les rémunérer par un marché protégé, règlementé et des prix en fonction des efforts accomplis ne peut sans doute plus suffire, au moins  dans certains axes thérapeutiques. C’est ce qu’ont bien compris les USA qui, via des contrats avec le ministère de la défense, aident massivement et systématiquement les firmes et start-up se lançant dans le domaine des antibiotiques – (ce n’est pas un hasard si Donald Rumsfeld a  longtemps été au conseil d’administration de l’une des biotechs qui ont le mieux réussi, Gilead.)

En Europe, en France rien, ou presque rien, quelques pôles de compétitivité aux moyens sans mesures avec l’ampleur du défi.

 Sur le modèle du GIEC ?

David Cameron a raison de vouloir s’emparer du sujet. Aujourd’hui, et c’est bien ainsi, rien ne pourra se faire sans une mobilisation de l’opinion publique, sans un trialogue entre les experts, l’opinion publique et les décideurs. Le GIEC, pour les phénomènes climatiques, a montré la voie, faisant collaborer dans une organisation internationale des scientifiques qui ont réuni des preuves et sont arrivés à un consensus sur le réchauffement climatique et son origine anthropique, ont saisi l’opinion publique et les décideurs et se prononcent les effets des politique suivies- ou refusées.

Eh bien, il faut sans doute faire la même chose pour les infections bactériennes résistantes : créer un groupe international d’expert qui suivront ces phénomènes, distingueront les vérités des affabulations ou des peurs, feront un rapport annuel sur leur progression. Ce serait, dira-t-on, le rôle de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) ? Je n’en suis pas persuadé. Elle peut bien entendu avoir un rôle important de support, mais il me semble que seules des organisations radicalement indépendantes de tout pouvoir politique ou étatique peuvent être réellement efficaces (cf la séparation radicale des pouvoirs temporels et spirituels chez Comte pour une  gouvernance scientifique  efficace)

D’autres part, il faut que les états européens s’engagent massivement dans le financement de la recherche antibiotique, comme le font déjà les USA. Sans quoi, lors du surgissement très probables de grandes épidémies bactériennes résistantes, il ne nous restera qu’à mourir en masse ou à se procurer, en les payant très chers, des antibiotiques inventés à l’étranger- à condition même de le pouvoir.

Il serait impensable que l’Europe, que la France, pays de Pasteur, soit absente de ce défi-là. Le domaine de la santé et du médicament est tout de même aussi noble et aussi essentiel que l’énergie, le numérique ou la métallurgie, et mériterait de susciter l’intérêt du ministère de redressement productif qui l’a me semble-t-il, assez ignoré.
 


lundi 7 avril 2014

Médicaments_ Epidémies de pénuries


C’est sous ce titre que Le Monde a publié le 27 novembre 2013 un article dénonçant les ruptures de stocks dans le domaine du médicament, de plus en plus nombreuses et parfois dramatiques.

Ces ruptures de stock  touchent des médicaments vitaux. Ainsi une patiente  en chimiothérapie soignée par le Caelix. Il s’agit d’un dérivé de la doxorubicine, anticancéreux actif mais très cardiotoxique, présentant une cardiotoxicité diminuée. En raison d’un arrêt de la fabrication suite à un problème de fabrication, ce médicament, n’a pas été disponible pendant près d’un an, les patients, même à risque cardiaque ont dû être traités par des dérivés plus toxiques. Suite également à un problème de fabrication l’antiviral Vistide a été en rupture de stock, menaçant la vie de certains patients. Autre exemple, la Mexilétine, un anti-arythmique, indispensable pour certains troubles cardiaques et seul médicament reconnu efficace dans le traitement des dans le traitement des syndromes myotonique : devant l’arrêt de la fabrication par Boehringer, l’agence du médicament a réagi et a obtenu l’autorisation de commercialiser le médicament elle-même.  Parmi d’ autres médicaments vitaux ayant connu des pénuries, citons encore l’Increlex, hormone de croissance insuline like), ou Anapen (adrénaline injectable), vitale en cas de choc anaphylactique.

En 2012, rapportait l’article du Monde, 80% des médecins traitant des cancers ont dû faire face à des pénuries de médicaments

 Ces ruptures touchent aussi des médicaments importants et très répandus, ainsi le Levothyrox pour les dérèglements de la thyroïde, suite à un problème dans une usine de conditionnement en France. L’agence du médicament a du autoriser en urgence un équivalent italien, mais, ce type de traitement est très sensible à de faibles variations de doses, et le moindre changement galénique peut entrainer des conséquences dangereuses.

Ces ruptures touchent même des médicaments grands publics comme le Fervex, en pleine épidémie de fièvres hivernales. Le Pr Astier, membre de l’Académie de pharmacie et responsable de la pharmacie d’Henri Mondor, à Créteil, s’indigne d’une croissance exponentielle de ces ruptures, et signale que 150 à 200 médicaments manquent régulièrement dans sa pharmacie.

Pourquoi sommes-nous tombés si bas ?

Pourquoi sommes-nous tombés si bas ? Un pharmacien me faisait remarquer qu’il y a trente ans, cette situation aurait paru incroyable, inacceptable, tant l’industrie pharmaceutique se faisait gloire d’assurer sans défaut la distribution de ses médicaments, en partenariat avec les pharmaciens, et les agences de régulation y veillaient aussi soigneusement. Alors que s’est il passé ? Sous la pression d’économistes, sous la pression aussi d’une politique de santé qui ne vise qu’économie, ( et fausse économie, car un médicament efficace est bien la moins chère des formes de traitement) le médicament est devenu un produit comme les autres. Sans trop de souci de sécurité, en tous cas, de sécurité d’approvisionnement, les fabrications se sont délocalisées dans les pays à bas coût (Inde, Chine) ; les autorités de régulation, elle-même délocalisées, centralisées au niveau européen  ne jouent plus leur rôle. Le gouvernement français a tout de  même réactivé un réactivé un décret obligeant les fabricants à prévenir l’ANSM  de toute pénurie- mais que peut-elle réellement faire en cas de problème ? Les structures de régulation nationales  ont été dépossédées de leurs pouvoirs réels, qui n’ont pas été repris par les structures européennes.

Délocalisation et irresponsabilisation sont allés logiquement de pair. Qu’est-ce que Londres a à faire qu’il manque un anticancéreux à Henri Mondor – le système anglais de santé a bien d’autres problèmes ? C’est vrai aussi pour les firmes pharmaceutiques et leurs enjeux mondialisés. Du temps de la direction d’Upsa par la famille Bru, une pénurie de Fervex à l’entrée de l’hiver- inimaginable, des têtes auraient sauté ; mais aujourd’hui quel enjeu pour la multinationale BMS ? Il faut donc à la fois une réponse au niveau européen, mais aussi garder des responsabilités et des possibilités d’action rapdes locales.

Des procès en cascade ?

Le Pr Astier est bien seul à s’indigner, et l’on aurait aimé entendre plus fortement les sociétés savantes ; l’article du Monde n’a suscité pratiquement aucune réaction ; pour l’instant, les patients restent patients, mais il ne faudra pas s’étonner si un jour, à la suite d’un drame plus médiatisé que les autres, industriels, agence de régulations, autorités administratives, ministres subissent des mises en examen en cascade . Il faudra sans doute en passer par là, tant, en matière de médicament, de restriction des soins, d’économie sur le médicament, nous nous habituons, on nous a habitué, progressivement à l’inacceptable.

Le médicament, en France particulièrement, est la victime facile, privilégiée et perpétuelle des économies de santé, et depuis des décennies. Il ne faut donc pas s’étonner de la situation actuelle, résultat logique d’une (absence de) politique du médicament depuis des années ; sa conséquence ultime sera la quasi-disparition de l’industrie pharmaceutique en France et  que les Français devront se passer  des derniers  progrès, ou, pour ceux qui le pourront, les acheter très cher à l’étranger.