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samedi 8 juin 2019

Vers l’éradication de l’hépatite C : Merci Gilead et la recherche pharmaceutique

L'arrivée à partir de fin 2013 des premiers médicaments de Gilead capables de guérir l'hépatite C chronique avait déclenché une vive polémique en raison de leurs prix initiaux, jugés exorbitants pour la sécurité sociale: plus de 40.000 euros par patient. 

Le Sovaldi de Gilead était rappelons-le la première molécule à guérir, guérir vraiment l’hépatite C, et ceci en quelques semaines. Il s’agissait là d’une découverte remarquable, d’une immense avancée thérapeutique. Avant le Sovaldi (Sofosbuvir), il y avait aucune guérison de l’hépatite C, seulement des traitements en ralentissant l’évolution. Ces traitement de l’hépatite C reposaient sur l’interféron et la ribavirine et nécessitaient des injections hebdomadaires pendant 48 semaines, agissaient sur environ la moitié des patients, mais provoquaient des réactions indésirables fréquentes entrainant l’arrêt du traitement, et parfois engageant le pronostic vital. Ensuite, il ne restait que la greffe de foie et les traitements immunosuppresseurs à vie. Même à quarante mille euros, même en laissant de côté la guérison, le confort de vie, l’immense service médical rendu qu’apporte le médicament de Gilad, même en se bornant aux simples considérations économiques, le traitement par le Sofosbuvir à 40.000 euros était rentable pour la société, au moins pour les cas les plus graves.

Que n’avait-on pas alors entendu ? Certains ont voulu faire appel en justice contre le médicament à 84.000 dollars ... les clameurs anti-industrie pharmaceutique  ont été abondamment et complaisamment relayées par les « Hépatite C : le nouveau hold-up des labos », Hépatite C : le coût « exorbitant » de nouveaux traitements dénoncé  (Le Monde) ; appel de Philippe Even, Marie-Odile Bertella-Geffroy, Nicolas Dupont-Aignan (jamais en retard d’une démagogie) à « légalement autoriser des laboratoires pharmaceutiques concurrents de Gilead « à produire des génériques du sofosbuvir  en leur accordant des licences » .( c’est quitter tout système de protection industrielle et la fin du progrès !- même l’Albanie ne fait plus ça !) etc., etc.

Ces déclarations  devraient faire honte à leurs auteurs !

Tous seront traités et espérons-le guéri !

En raison du prix élevé (mais répétons-le, parfaitement justifié quant au service médical rendu) le gouvernement français s avait d'abord réservé le traitement de Gilead aux patients les plus gravement atteints, chez lesquels il fallait absolument empêcher l’évolution vers le cancer. Peu à peu, les prescriptions se sont élargies.
Ce qui devait se passer est arrivé. L’invention de Gilead, une fois inventée ! et publiée comme il se doit dans un brevet pouvait assez facilement être transférée à d’autres molécules. Abbvie notamment a concurrencé Gilead. En mars 18, le gouvernement français est parvenu à un accord avec Gilead et Abbvie et les médicaments de Gilead (Sovaldi, Harvoni et Epclusa ainsi que son nouveau produit Vosevi, un traitement de réserve pour les patients n'ayant pas répondu favorablement aux autres traitements jusque là disponibles) et celui d’Abbvie  (Maviret) seront , en plus des hôpitaux, accessibles dans toutes les pharmacies de France, à un prix inférieur à trente mille euros.

Le traitement miracle s’est en sorte tellement banalisé que, début juin 2019, les généralistes pourront le prescrire. Tous les patients pourront être soignés plus facilement, partout en France.

L’éradication de l’Hépatite C devient un objectif possible. Pour la France, le Premier Ministre et le ministre de la Santé ont annoncé une  élimination d’ici à 2025 – c’’est désormais un objectif officiel L’hépatite C chronique, grâce à Gilead et à ses chercheurs,  infection silencieuse responsable de cirrhose et de cancers du foie, est aujourd’hui la seule maladie virale chronique à pouvoir être guérie. Environ 130.000 adultes restent infectés par le virus de l'hépatite C en France métropolitaine et environ 75.000 d'entre eux ignoreraient qu'ils le sont, selon des estimations citées par la Haute Autorité de santé (HAS) fin 2017. Cela devient maintenant le principal défi que de les identifier ( la question du dépistage plus ou mis systématique se pose) de façon à ce qu’ils puissent bénéficier e cett immense progrès.

Une ombre au tableau ? Ah oui, pour certains actionnaires de Gilead, le traitement marche trop bien et trop rapidement, ce qui diminue les profits. Pour certains, un médicament qui guérit, c’est pas très bon.

Merci à Gilead, à ses chercheurs, à l‘industrie pharmaceutique qui a fait magnifiquement son travail. Cela ne pourra continuer que si les avancées thérapeutiques réelles sont justement rémunérées.
Il nous une vraie politique du médicament qui favorise l’innovation et ne se limite à des baisses de prix ; et de préférence l’innovation en Europe, alors qu’une politique de dénigrement systématique et de baisse des prix aveugle conduirait, surtout en France, à la fin de la recherche thérapeutique – dans le pays de Pasteur et de Claude Bernard !  L’Europe, si elle veut redorer un blason bien terni, serait bien inspirée de s’occuper de politique de santé pour ce qui peut le plus efficacement être réalisé à son échelle .

Cf aussi : https://vivrelarecherche.blogspot.com/2014/04/medicaments-et-progres-therapeutique-le.html


vendredi 24 août 2018

UPSA, pépite française placée sous « revue stratégique » par BMS


UPSA- une belle histoire

Décidément, le langage managerial ne cesse de s’enrichir d’euphémismes assez barbares. Bref, que le géant américain place la vieille PME française pharmaceutique UPSA sous revue stratégique, cela signifie tout simplement qu’il cherche à s’en débarrasser ; c’est la fin d’un épisode assez caractéristique de l’impérialisme américain et d’un laissez faire français.

UPSA a été fondé en 1935 par le Dr Camille Bru, un radiologue qui a mis au point un système de radiologie itinérant, permettant d’effectuer des radiographies au chevet des malades dans des endroits isolés. Il constate aux rayons X que les boissons gazeuses accélèrent les mouvements du tube digestif. Il imagine alors une solution effervescente facilitant la digestion qui deviendra le Normogastryl®, un médicament bien ancré dans la pharmacie familiale des Français. Repris à la mort de Camille Bru en 1958 par son fils le docteur Jean Bru, UPSA devient un pionnier et un spécialiste de l’effervescent, avec en 1960 le lancement de l’aspirine effervescente et en 1972, Efferalgan®, le paracétamol effervescent. Dans le cas des antalgiques, l’effervescence permet d’abord une plus grande rapidité d’action par voie orale, mais les bénéfices sont encore plus importants dans le cas de l’aspirine car en favorisant sa dispersion, l’effervescence permet de diminuer ses effets gastriques.

Parmi les médications familiales à succès effervescentes, citons encore le citrate de bétaïne, remède devenu traditionnel des gueules de bois et le Fervex, ainsi que le Donormyl (non effervescent). UPSA devient aussi un laboratoire de recherche d’où sont sorties des molécules nouvelles comme le Nifluril, un antiinflammatoire toujours sur le marché, ou un antiarrythmique, comme le Cipralan - aujourd’hui retiré. Au moment de sa reprise par BMS, il avait des candidats prometteurs dans le domaine de l’hypertension (antagonistes de l’angiotensine) ou nouveaux antiinflammatoires (inhibiteurs de Cox2). Parallèlement UPSA élargit sa gamme anti-douleur (paracétamol codéine) et fonde les Instituts UPSA de la douleur, destiné à sensibiliser les médecins et hospitaliers à la douleur des patients à une époque où celle-ci était encore assez négligée, avec une action spécifique innovante vers la souffrance des enfants en bas âge. Et toujours l’effervescence, avec le développement d’un savoir-faire et d’un outil industriel unique situé à Agen : en 1985, un processus exclusif de fabrication verticale est mis au point : la première tour de production de produits effervescents est construite et une deuxième tour voit le jour trois ans plus tard. Une partie de cet outil est d’ailleurs alors utilisé par d’autres groupes pharmaceutiques pour leur propre fabrication d’effervescents.


A la mort du Dr Jean Bru, en septembre 1989, UPSA est victime d’une fiscalité aberrante, qui a causé la mort de nombreuses entreprises : sa veuve se trouve contrainte de payer 40% de la valeur de la société en droits de succession ( depuis, la leçon a été en partie tirée avec la possibilité de créer des fondations qui permettent d’éviter le dépeçage d’une société lors d’une succession). Un accord ( forcé) est alors conclut avec BMS qui entre comme partenaire dormant pour 4 ans laissant Mme Bru a la tête de l’entreprise. Celle-ci continue à développer la recherche,  crée les Institut UPSA de la douleur et, en même temps mène une politique commerciale ambitieuse  avec de beaux succés – l’ex URSS en pleine transformation et dépourvue d’industries pharmaceutiques découvre alors l’aspire effervescente UPSA, l’aspirine champagne, qui connait un certain succès et représente un véritable progrès par rapport aux formes existantes. En 1994, comme l‘accord initial lui en laissait la possibilité, Bristol-Myers Squibb acquiert l'intégralité d’UPSA, et progressivement la recherche en France disparait, les liens commerciaux traditionnels, notamment avec l’Afrique, sont désorganisés et UPSA cesse d’être une société indépendante pour devenir une simple marque du groupe BMS - celui-ci entendant tout de même bénéficier de son excellente notoriété en France ( les sacs en papier UPSA à la croix verte ont beaucoup fait pour cela, à côté des produits)

Aujourd’hui UPSA  emploie environ 200 personnes à Rueil-Malmaison et  1 300 salariés en Lot-et-Garonne ce qui en fait le plus gros employeur privé du bassin d’Agen. Le maire d’Agen, Jean Dionis du Séjour a commencé à s’inquiéter, mais il semble bien seul et bien dépourvu de moyens face au rouleau compresseur de BMS qui semble décidé à vendre une société qu’elle n’a guère fait progresser, sauf peut-être en ce qui concerne l’outil industriel.

Tant pour ses produits que pour sa technologie de l’effervescent UPSA reste une belle pépite. Il serait dommage qu’elle suive le sort de  Fournier, Monal, Faure, Sarget, Jouveinal, Lipha, Lafon…tous disparus au gré d’acquisition multiples. Le manque d’intérêt du gouvernement français pour son industrie pharmaceutique, sa naïveté dans sa soumission à une orthodoxie libérale à laquelle il est seul à croire ont fait assez de dégâts – avec des conséquences bien tangibles : les médicaments qui ne sont plus inventés par des sociétés françaises, il fait les acheter  très cher ou en priver les malades !

Il faut agir pour qu’une solution pérenne (et meilleure que BMS !) sera trouvée pour UPSA, on parle de Pfizer, ce qui n’est guère rassurant ( voir Jouveinal),  de Mylan, ce qui l’est peut-être un peu plus en raison d’une vraie complémentarité. Tiens, à ce propos, Mme Bru, après le succès de l’aspirine champagne en Russie avait imaginé, en précurseur (vers 1993) de partir à la conquête du marché chinois et des accords avaient été signés avec les sociétés des Frères Tang - de l’aspirine effervescente sous licence UPSA devait être produite en Chine à partir de 1995. On imagine ce que cela aurait pu représenter pour le développement d’UPSA. Eh bien, une des premières décisions de BMS a été de rompre cet accord, considérant avec une arrogance caractéristique ce « contrat d’épicier » - ce qui entre parenthèse a coûté assez cher en dédommagement. Alors pourquoi pas un acquéreur chinois pour UPSA ? A Toulouse, ils ne sont pas loin !

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lundi 3 avril 2017

Un progrès majeur pour les diabétiques : les capteurs de glucose en continu

Le laboratoire Abbott  a inventé des capteurs de glucose en continu. Composés d’une pastille jetable de la taille d’une pièce de 2 euros qui se fiche sur le haut du bras, ils contiennent une puce permettant de lire le taux de glucose dans le sang à l’aide d’un scanner de poche équipé d’un petit écran. Gérard Raymond, le président de l'Association française des diabétiques (AFD) explique  : « C'est une innovation capitale, car on n'a plus besoin de se piquer quatre ou cinq fois par jour le bout du doigt pour contrôler sa glycémie. La surveillance est permanente, non invasive, et vous pouvez véritablement devenir acteur de votre santé, souligne-t-il. Plus besoin de piqûres et de bandelettes. Mieux encore que de  de faciliter la vie des diabétiques, ce nouveau dispositif améliore leur santé en permettant la mesure en continu du glucose : les femmes enceintes et les enfants, dont le diabète est souvent difficile à équilibrer, sont les premiers à pouvoir profiter de cette méthode. Plusieurs études indiquent que les fluctuations glycémiques dans l’enfance, qu’elles soient dans le sens d’hyper- ou d’hypoglycémies, entraînent des modifications cérébrales. Il existe 20000 enfants diabétiques en France, dont la moitié sont déjà équipés de pompe. Permettant de visualiser la concentration à un instant donné, mais aussi sur toute une période, ces capteurs donnent par exemple, au réveil, la courbe des 8 dernières heures et renseigne sur les hypoglycémies et hyperglycémies nocturnes.

Mais des progrès refusés aux diabétiques français

Ces nouveaux  dispositifs sont déjà remboursés aux Pays-Bas, en Suède, en Slovénie, en Italie. Et en France ?  une demande de prise en charge en procédure accélérée !!! a été déposée,
… en 2010, au titre du forfait innovation. I semble qu(elle se soit perdue dans les méandres administratifs et les demandes d’études complémentaires sans fin", reprochent les associations- En fait l’Assurance Maladie traine des pieds pour éviter le remboursement.   Les industriels demandent aujourd’hui une inscription au remboursement par le circuit traditionnel, en espérant que la procédure sera plus rapide.
De fait, la plupart des services de diabétologie utilisent déjà ces capteurs, sur leurs fonds propres. Ils en équipent leurs patients pendant quelques semaines, dans un but pédagogique, pour leur apprendre à réguler le débit de leur pompe, ou diagnostique, pour repérer la survenue d’hypoglycémies. Il semble que 25.000 patients aient adopté le glucomètre et paient de leur poche les consommables (les puces). Mais quelque 300.000 Français qui ne peuvent se le permettre continuent à mesurer leur taux de sucre en se piquant le doigt et en déposant la goutte de sang sur une bandelette-traitement plus pénible, moins fiable, moins précis – mais remboursé
Cette situation s’éternise, au désespoir des patients, en raison d’un bras de fer entre l‘industriel et l’assurance-maladie. Abbott commercialise déjà en France son produit à 1.500 euros par an, quand le payeur public demande pas loin de 650 euros par an, c'est-à-dire le tarif des dispositifs dominants aujourd'hui- ce qui signifie tout simplement que l’innovation thérapeutique ne serait pas récompensée. Mes associations de malades estiment cependant que même au prix demandé par Abbott, le système de santé français serait encore largement  bénéficiaire si l’on prend en compte les interventions du Samu, les journées d’hospitalisation et les arrêts de travail évités.
Certains ne se privent pas de dénoncer les « abus » des laboratoires pharmaceutiques, mais c’est ignorer les faramineuses dépenses en recherche pour trouver de nouveaux traitements contre le diabète, depuis des dizaines d’années, en vain. Alors, si l’innovation thérapeutique n’est pas récompensée à juste prix, elle s’arrêtera tout simplement- déjà les dépenses de recherche des big pharma diminuent et celles-ci les externalisent. Après il existe sans doute des  marges de négociations qui doivent prendre en compte des accords prix-volumes ( plus le traitement est prescrit, plus son coût diminue) et des négociations groupées entre pays européens comparables seraient sans doute utiles ; il faut aussi tenir compte que la concurrence et l’apparition d’autres acteurs feront à terme baisser les prix, ce qui implique qu’il est normal que le premier inventeur bénéficie d’une juste rétribution de son invention.

Mais de plus en plus la France se distingue par des retards et des entraves à la mise à disposition des produits innovants, à la colère justifiée des patients. C’est la conséquence logique d’une absence de politique du médicament et pharmaceutique en général , voire, au contraire, d’une politique qui les sacrifie systématiquement en priorité dans le financement de la santé. C’est dommage, car un médicament ou un dispositif médical efficace, c’est beaucoup moins cher que des hospitalisations. Combien ces traitements anti-ulcères  ont-ils fait gagner, en confort de vie aux patients, et à l ‘assurance maladie en opérations évités ?

vendredi 31 mars 2017

Sécurité du Médicament : comment sommes nous tombés si bas ?

Un problème international majeur

La contrefaçon de médicament est devenue un problème international majeur. C’est un marché très lucratif, jusqu’à présent sans grands risques dans lequel se sont engouffrés de véritables mafias. Un marché vingt fois plus lucratif que le trafic de drogue, avec des bénéfices estimés à 200 milliards de dollars et une répression peu efficace- à titre de comparaison, le chiffre d'affaire de l'industrie pharmaceutique est de 900 milliards de dollars, selon l’Institut International de Recherche Anti-Contrefaçon de Médicaments (IRACM). Evidemment, les pays en voie de développement sont les plus touchés : on estime qu’on estime qu’en Afrique, un médicament sur trois en circulation est issu de la contrebande. On hésite à qui décerner la palme de l’ignoble. En 2013, les  faux traitements contre le paludisme, auraient entraîné la mort de 122 350 enfants africains âgés de moins de 5 ans (IRACM). Ou ceci : « Au Niger, il y a quelques années, 2500 enfants avaient été vaccinés avec de l’eau du fleuve », se souvient Bernard Leroy (IRACM). Ou encore cela :  des produits contre la toux à base d’antigel de voiture (84 décès au Nigeria en 2009). Toutes les  classes de médicaments majeurs sont concernés, avec des conséquences terribles : produits imitant des vaccins, des antibiotiques, des analgésiques, des antidiabétiques, des contraceptifs, des médicaments contre le cancer - les maladies infectieuses, paludisme, VIH, tuberculose, sont la proie privilégiée.
C’est déjà assez scandaleux ; mais jusqu’à présent on pouvait penser que la France était assez épargnée, grâce à la vigilance des autorités et partenaires du système de santé, à la distribution en pharmacie et à sa sécurisation etc.

Et la France : une plaque tournante majeure et maintenant un site de production de  faux médicaments

La France est déjà devenue une plaque tournante du trafic international, avec une explosion des saisies : en 2014, les douanes françaises ont intercepté plus de 2,5 millions de contrefaçons, contre 35.000 en 2010 et 95.300 en 2012 ; Les médicaments sont désormais en tête des produits les plus copiés, représentant près de 29,5% du total des contrefaçons saisies.
 Ensuite viennent les ventes illégales sur Internet, où un médicament sur deux est faux. Parmi les médicaments les plus concernés : amaigrissants, anabolisants, Viagra. Faute d’oser les demander à leur médecin, les adeptes préfèrent acheter sur internet.
Mais ça ne s’arrête pas là : la France est devenue aussi un point d’entrée pour des médicaments contrefaits, dans les circuits de distribution européens. Ainsi, à Marseille, les acteurs présumés d’un réseau parallèle responsable de l’introduction en Europe entre 2006 et 2009 de médicaments falsifiés fabriqués en Chine, Arnaud Bellavoine, 47 ans, gérant de fait d’une société offshore sur l’île Maurice, et Catherine Koubi, dirigeante de la société niçoise de courtage Keren SA, ont comparu pour une série d’infractions. Ils doivent répondre de tromperie aggravée par le danger qu’ils auraient fait courir aux patients. Au cours des seuls quatre premiers mois de 2007, ils auraient acheminé depuis la Chine plus de quatre tonnes de deux médicaments dont le principe actif était absent ou grandement sous-dosé, voire remplacé par du sucre. Les prévenus auraient ainsi revendu à des distributeurs grossistes de la chaîne d’approvisionnement de l’Union européenne de grandes quantités de contrefaçons de Plavix (un produit développé par Sanofi-Aventis, indiqué dans la prévention des risques cardio-vasculaires) et Zyprexa (fabriqué par l’américain Eli Lilly et prescrit contre la schizophrénie et les troubles bipolaires).

Pire encore : la France est aussi devenue un site de production de faux médicaments. Les médicaments contrefaits viennent en effet en grande partie d’usines indiennes ou chinoise, dont certaines travaillent parfois en partie à la fabrication de médicaments officiels correspondant aux standards internationaux, et, en dehors des horaires normaux, à des productions clandestines.

Un nouveau pas a été franchi avec la production en France même de faux médicaments sous le nom de First Immune. Deux ressortissants britanniques ont été arrêtés pour avoir organisé un vaste trafic à destination de plusieurs pays européens. C'est dans un corps de ferme près de Digosville, dans la Manche,  que les enquêteurs de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (Oclaesp) ont découvert la base arrière d’un site internet spécialisé dans la vente de médicaments non autorisés. Les gendarmes ont aussi révélé l'existence d'autres laboratoires clandestins appartenant au même réseau dans les environs de Cherbourg. «Le nombre de laboratoires est impossible à dire à ce stade de l'enquête», a indiqué au Figaro une source judiciaire.

En dehors de ses implications gravissimes pour la santé, la contrefaction de médicaments représente un enjeu économique important. Un médicament sur dix vendus dans le monde serait une contrefaçon. Le manque à gagner pour l’industrie pharmaceutique en Europe est évalué à 10,2 milliards d’euros par an, selon un rapport de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) publié en 2016.

La contrefaction de médicaments, nouveau défi criminel

C’est une criminalité pharmaceutique en plein essor qu’il faut prendre au sérieux et combattre. Une Convention Médicrime, unique outil international qui criminalise la contrefaçon mais aussi la fabrication et la distribution de produits médicaux mis sur le marché sans autorisation ou en violation des normes de sécurité a été créée en 2011 et démarre poussivement - à ce jour, elle ne compte  que 26 Etats signataires. Combien faudra-t-il de mort, singulièrement dans les pays les plus pauvres avant qu’elle soit effective, même si cela heurte les intérêts de certains pays contrefacteurs. Certains pays (Algérie, Etats-Unis, Hongrie, Mexique,Russie)  ont récemment considérablement  alourdi les peines à l’encontre des trafiquants de faux médicaments. Constatons aussi que la multiplication de la fabrication de génériques dans des pays à bas coût de main d’œuvre a constitué une tentation peu résistible pour la fabrication de médicaments contrefaits.

En ce qui concerne la France, la sécurité des chaines de distributions exclusives ( répartiteurs et pharmacies) constitue encore une bonne protection, ainsi que le respect des emballages – des solutions de marquage plus sophistiquées pourraient le cas échéant être étudiées.. La multiplication des ventes hors pharmacies serait au contraire un danger à prendre au sérieux. Et surtout, cette fausse bonne idée, extrêmement dangereuse : la vente à l’unité des médicaments. Elle n’a aucun intérêt économique, car, rappelons-le, sauf cas particulier, ce n’est pas le  produit médicament lui-même (la pilute, le comprimé) qui coûte cher, mais la recherche qui a permis sa découverte : le déconditionnement et la vente à l’unité renchériraient le prix du médicament du coût des manipulations en officine ! Et surtout, ils mettraient en péril la sécurité de sa distribution en rompant les emballages- favorisant le reconditionnement de médicaments comprimés.


Si les Etats ne réagissent pas davantage, « la contrefaçon de médicaments risque de devenir un phénomène hors contrôle, menaçant à la fois l’Etat de droit et la santé publique », décrit Bernard Leroy, directeur de l’IRACM. Eh bien il est plus que temps d’agir !!


vendredi 7 octobre 2016

Tous les médicaments ne sont pas du Solvadi-Sarepta

J’ai déjà eu l’occasion dans plusieurs  blogs de dire combien je trouvais injustifiées les attaques contre Gilead et son médicament contre l’hépatite C, le solvadi (sofosbuvir), et contre son prix, justifié quant au service médical rendu, et même d’un point de vue économique ; d’autant que de nombreuses firmes pharmaceutiques ont eu en main des molécules assez analogues et n’en ont rien fait car Gilead a inventé un double système de prodrogue très sophistiqué qui permet  d’assurer une concentration maximale du produit à son site d’action et constitue une véritable innovation qui permettra sans doute d’autres avancées.
Les contempteurs de l’industrie du médicament devraient réserver leur attention et leur hostilité à d’autres cas où effectivement certaines sociétés pharmaceutiques se comportent en véritables ruffians, manipulant des patients désespérés pour obtenir des avantages et des profits indus. C’est le cas notamment pour la firme Sarepta et son anticorps eterplisen

Sarepta : la stratégie du margoulin

La myopathie de Duchenne, est une terrible maladie génétique, résultant de l’altération de la dystrophine, une protéine responsable de la force musculaire. L'incidence est estimée  à 1 sur 4000 - les garçons sont quasi exclusivement  atteints.  Les malades sont généralement en fauteuil roulant à partir de l'âge de 12 ans et  l'espérance de vie  est d’environ 25 ans, la principale cause de mortalité étant l’affaiblissement du muscle cardiaque.
Il n’existe aucun traitement et exploitant  la détresse des patients, la  firme Sarepta vient d’obtenir de la FDA l’autorisation de mise sur le marché de l’eterplisen, malgré l’opposition d’une grande partie des experts  de la FDA. Cet accord a été obtenu dans le cadre d’une procédure accélérée réservée aux maladies orphelines, ici détournée de son objectif. 
A l’appui de sa demande, Sarepta a présenté à la FDA un dossier d’étude clinique de huit ( !) jeunes garçons ; les niveaux de dystrophine des patients traités par l’eteplirsen étaient en moyenne  de 0,93 % celui de normal après 3 ans et demi, à peu près le même que dans les patients DMD non traités avec le médicament. Autrement dit, le pseudo médicament est inactif. Et non seulement, il est inactif, mais sa toxicité n’a pas été suffisamment évaluée.
En plus Sarepta a menti et l’un des directeurs de la FDA a eu ce commentaire inhabituellement sévère:  « Je manquerais à mon devoir si je ne faisais pas remarquer que le promoteur de l’étude a fait preuve d’une grave irresponsabilité en jouant un rôle dans la publication et la promotion des données sélectionnées lors de l’élaboration de ce produit. Non un article trompeur a été publié en ce qui concerne les résultats de l’étude 201/202147 – qui n’a jamais été rétracté — mais Sarepta a également publié un communiqué de presse en se fondant sur l’article trompeur et ses conclusions. »
« Accorder l’approbation accélérée ici sur la base des données présentées pourrait empirer la situation des patients souffrant de maladies pour lesquelles il n’existe pas de traitement — tant en décourageant les autres firmes pharmaceutiques de mettre au point des traitements efficaces pour la myopathie de Duchenne qu’en encourageant les autres compétiteurs à ’obtenir une autorisation pour qes affections graves avant qu’ils aient investi le temps et la recherche nécessaire pour établir si un produit a une action clinique bénéfique. Si nous devions approuver l’eteplirsen sans preuves substantielles nous pouurions rapidement nous retrouver en position d’avoir à approuver une myriade de traitements inefficaces pour les groupes de patients désespérés. »
Manipulant des patients désespérés et un bataillon d’avocats très chers et très puissants – au point qu’un responsable de la FDA a estimé que si Sarepta avait dépensé les mêmes moyens et la même énergie à étudier son produit, ils auraient déjà en main des résultats permettant de se prononcer valablement sur son intérêt-, Sarepta est cependant parvenu à obtenir un agrément de la FDA. L’argument du responsable qui a accordé l’autorisatuon contre l’avis de la plupart de ses collègues était curieux : il ne s’agissait pas de savoir si l’eteplirsen était efficace ( c’est un « placebo scientifiquement élaboré » selon l’avis de ceux qui ont étudié le dossier), mais de prendre en compte le fait que Sarepta devait être recapitalisé pour pouvoir continuer. Ceci au moins fut un franc succès, sur fonds de possibles conflits d’intérêts : l’après-midi même de l’annonce, l’action de Sarepta augmenta de 86%.



Et Sarepta annonce son intention de proposer son pseudo médicament sur le marché européen, où il faut donc s’attendre aux mêmes manœuvres de margoulins.
Espérons que les agences européennes auront le courage et la légitimité scientifique pour s’opposer à ce type de manœuvres qui risquent autrement de devenir de plus en plus communes. Ce n’est pas gagné, et c’est un combat qui devra être mené devant l’opinion publique.


vendredi 23 septembre 2016

Le Sovaldi accessible à tous les patients


Fin d’une absurdité

C’est une très bonne nouvelle : Marisol Touraine a annoncé ce matin, la fin des restrictions de traitements de l'hépatite C. De 150 à 180 000 nouveaux malades sont concernées et pourraient bénéficier d'ici à début 2017 du traitement par le Sovaldi (Sofosbuvir) des laboratoires Gilead

Le Sofosbuvir  constitue un progrès thérapeutique majeur particulièrement bien toléré et particulièrement efficace pour le traitement de l’hépatite C. La situation actuelle, qui réservait aux malades les plus gravement atteints par le virus de l'hépatite C (VHC) le droit de recevoir un traitement à base des nouveaux antiviraux pouvant guérir la majorité d'entre eux, pour des raisons budgétaires, devenait intenable. Les associations faisaient remonter des cas tragiques ou, dans un couple contaminé, la femme, malade, mais non dans un état critique, parce qu’elle avait suivi un régime approprié, se voyait refuser un traitement accordé à son mari qui avait continué à consommer de l’alcool en abondance. Certains médecins recommandaient même à leurs patients de modifier leur conduite de façon à aggraver leur état ; d’autres les envoyaient à l’étranger, d’autres enfin ne respectaient pas les consignes du ministère et l’arbitraire total régnait.

 Un progrès majeur

 Le Sofosbuvir est un nouvel antiviral, dont les premières études ont montré qu’il était particulièrement bien toléré et particulièrement efficace pour le traitement de l’hépatite C- guérison totale pour pratiquement tous les patients !   (cf par exemple New England Journal of Medecine par Sulkowski MS. et al., avec une association Daclatasvir + Sofosbuvir, chez les patients infectés par le VHC de génotype 1 en échec d'inhibiteur de protéase de première génération, aux stades de fibrose Fo-F2. Avant l’époque Sofosbuvir, le traitement de l’hépatite C était  reposait sur l’interféron et la ribavirine et nécessitait des injections hebdomadaires pendant 48 semaines, guérissait environ la moitié des patients, mais provoquait des réactions indésirables fréquentes entrainant l’arrêt du traitement, et parfois engageant le pronostic vital. Ensuite, il ne restait que la greffe de foie et les traitements immunosuppresseurs à vie. Même en laissant de côté la guérison, le confort de vie, l’immense service médical rendu, même en se bornant aux simples considérations économiques, le traitement par le Sofosbuvir est fortement  rentable pour la société.

Au terme de négociations avec Gilead, le comité économique des produits de santé (CEPS) avait  fixé le prix du médicament Sovaldi à 13 667€ HT par boîte de 28 comprimés, soit  41001€ pour un traitement. Ce prix devrait baisser sur la base d’accords prix volumes

 Une politique sérieuse du médicament

 Le Sovaldi, c’est la recherche thérapeutique à son meilleur, un progrès incontestable. Alors, les clameurs anti-industrie pharmaceutique qui ont accompagné son lancement devraient faire honte à leurs auteurs : « Hépatite C : le nouveau hold-up des labos », Hépatite C : le coût « exorbitant » de nouveaux traitements dénoncé  (Le Monde) ; appel de Philippe Even, Marie-Odile Bertella-Geffroy, Nicolas Dupont-Aignan à « légalement autoriser des laboratoires pharmaceutiques concurrents de Gilead « à produire des génériques du sofosbuvir  en leur accordant des licences » ( c’est quitter tout système de protection industrielle et la fin du progrès !- même l’Albanie ne fait plus ça !) etc., etc.

Les patients méritent mieux que cela, une vraie politique du médicament qui favorise l’innovation ; et de préférence l’innovation en Europe, alors qu’une politique de dénigrement systématique et de baisse des prix aveugle conduit, surtout en France, à la fin de la recherche thérapeutique – dans le pays de Pasteur et de Claude Bernard !  L’Europe, si elle veut redorer un blason bien terni, serait bien inspirée de s’occuper de politique de santé pour ce qui peut le plus efficacement être réalisé à son échelle ; et, en France, il est aussi consternant de voir à quel point la politique de santé est absente de la campagne électorale qui s’annonce, alors que c’est un sujet de préoccupation important.

D’autant, qu’à l’inverse de Gilead et du Sofosbuvir, il y a des firmes pharmaceutiques qui ont un comportement de voyous, c.f.  Sarepta pour la myopathie de Duchenne, le sujet d’un blog à venir.
 
 

dimanche 8 mai 2016

Essais thérapeutiques : l' accident de Rennes. Bilan

Le 17 janvier, pour la première fois en Europe, un homme, Guillaume Molinet, trouvait la mort lors d'un essai clinique et cinq autres étaient hospitalisés avec des troubles neurologiques lors d’un essai clinique mené par la société Biotrial pour le laboratoire Bial. Le moins qu’on puisse faire est d’abord de rendre hommage à tous ceux sans qui aucun nouveau médicament ne verrait le jour, les volontaires sains qui acceptent, pour une indemnisation faible, de se prêter aux études de phase I (volontaire sain). Cela oblige également à essayer de comprendre ce qui s’est passé, et ce qui peut être fait à l’avenir pour l’éviter.
De l’étude menée par l’Agence du médicament (ANSM), il apparait qu’il n’y a eu aucun manquement aux règles en vigueur, et que la toxicité révélée est d’un type nouveau, complètement inattendu. Même si ce type d’accident est devenu extrêmement rare, il faut mieux prendre en compte l’inattendu et le fait qu’un médicament n’est jamais anodin ; des préconisations de bon sens concernant la dose maximale à administrer, l’escalade des doses , la sélection des volontaire et la transparence des essais de phases I, plus restrictives que celles en vigueur, devront être menées.

La molécule et les études précliniques

La molécule BIA 102474 des Laboratoires Bial (Portela & Ca, Portugal) appartient à la famille des inhibiteurs de la FAAH, enzyme dégradant l’anandamide, qui est une forme de cannabis naturel secrété par l’organisme. La recherche dans le domaine des inhibiteurs de la FAAH a été portée par des espoirs importants et des perspectives d’indications thérapeutiques très diverses : douleur, vomissements, anxiété, troubles de l’humeur, maladie de Parkinson, chorée de Huntington, diverses indications cardiovasculaires… Plus d’une dizaine d’inhibiteurs de ce type sont, ou ont déjà été, étudiés en clinique par SanofiAventis, Astellas, BristolMyers Squibb, Janssen & Janssen, Vernalis, Pfizer, etc. aucun n’ayant, à ce jour, été commercialisé, en raison d’une efficacité jugée décevante ; mais aucun problème de toxicité n’a été rapporté.
La structure chimique de cette molécule n’évoque a priori rien de particulier. Son originalité est relative ; elle peut être considérée comme une « variation » autour de molécules antérieurement développées comme inhibiteurs de la FAAH. Par rapport aux molécules antérieures, le BIA 102474 a une activité relativement faible (240 fois moins que la molécule concurrente de Pfizer) et est moins spécifique. Néanmoins, elle semble avoir un mécanisme d’action assez original, avec une pente dose-effet très pentue (tout ou rien) et surtout une inhibition très prolongée, mais non irréversible, encore complète au bout de 8 heures chez l’homme et persistant au-delà de vingt-quatre heures, alors que la molécule a disparu du plasma). Elle pouvait donc présenter un certain intérêt, d’autant qu’elle s’est révélé plus active chez l’homme que chez l’animal ; chez le singe, l’effet maximal est atteint pour 0.5mg/kg et le système cannabinoïde est saturé au-delà de 1mg/kg. Les doses extrapolées chez l’homme se situaient entre 10 et 40 mg ; or l‘effet maximal était atteint dès 5 mg.
Commentaire : Cependant, la structure de la molécule comportait une imidazole urée, structure instable et considérée comme problématique dans de nombreux services de chimie thérapeutique, et que de nombreux laboratoires n'auraient pas développés Son développement nécessitait une étude préclinique impeccable (voir ci-après) et certainement de très grands précautions dans l’étude clinique.
Biotrial prévoyait de développer la molécule en analgésie et le dossier préclinique montrait bien une très forte activité analgésique en association avec des dérivés cannabinoïdes, comme attendu. Les études toxicologiques précliniques ont concerné, quatre espèces différentes (rat, souris, chien et singe), ce qui est très peu fréquent (surtout pour une molécule non particulièrement innovante) et ont été menées dans deux centres de bonne réputation ; ce n’est pas qu’une toxicité particulière était attendue, mais le laboratoire Biotrial ayant pris du retard dans les essais cliniques a avancé certaines phases de toxicologie préclinique. Chez le rat et la souris, des atteintes cérébrales, notamment au niveau des hippocampes avec une gliose et une infiltration par des cellules inflammatoires ont été notées chez trois animaux traités avec de très fortes doses (500 mg/Kg/24h sur 4 semaines et un rat de l’étude 150mg/Kg/24h sur 4 semaines.  Ces atteintes semblent assez fréquemment observées chez les rongeurs lors d’études de ce type et n’étaient a priori pas de nature à générer un signal. Chez le singe, lors des études sur 4 semaines menées avec des doses de respectivement, 10, 50 et 100 mg/Kg/24h des atteintes de la medulla oblongata (bulbe rachidien) à type d’« axonal dystrophy » ont été notées chez quelques animaux du groupe 100 mg/Kg/24h et non chez ceux recevant des doses inférieures. Il est difficile de se prononcer sur la nature histologique précise de cette atteinte. Un primate est mort et d’autres ont dû être sacrifiés pour raisons éthiques, mais à très fortes doses correspondant à 100 fois la dose maximal administrée chez l’homme en doses répétées.  La conclusion du Comité Spécial est claire : « Le dossier des études animales du BIA 102474 semble globalement de bonne qualité et aucun élément dans les données que le CSST a étudié ne constituait un signal de nature à contreindiquer un passage chez l’homme. Ceci est notamment vrai pour la toxicité d’expression neurologique avec des atteintes du système nerveux central et du système nerveux autonome ayant affecté un petit nombre d’animaux traités aux plus fortes doses. Ce caractère a priori non alarmant des atteintes neurologiques observées a été confirmé par l’examen des coupes des tissus concernés par les experts du CSST ».

Un accident imprévisible

Le premier volontaire a été hospitalisé dans la soirée du 10 janvier 2016, jour de la cinquième, administration du produit à l’essai. Deux autres volontaires ont été hospitalisés le 11 janvier (jour de la sixième administration), deux autres le 12 janvier (lendemain de la dernière administration) et le dernier volontaire le 13 janvier, soitdeux jours après la dernière administration. Les principaux symptômes cliniques relevés ont été : des céphalées, présentes chez les cinq volontaires, très sévères chez l’un mais ne survenant cependant pas en « coup de tonnerre », des signes cérébelleux chez trois volontaires, des troubles de la conscience (chez trois volontaires) allant d’un ralentissement psychomoteur au coma (chez le volontaire décédé), des troubles mnésiques chez deux volontaires. D’autres symptômes n’ont été notés qu’une seule fois : diplopie, paresthésies des cuisses, hémiparésie avec « tremblements » de l’hémicorps sans syndrome pyramidal, douleur etb raideur du rachis. Pour trois volontaires, l’évolution du tableau clinique initial s’est faite vers l’aggravation : le premier sujet hospitalisé est passé en état de mort encéphalique trois jours après le début des troubles. Pour les deux autres, le tableau s’est aggravé pendant trois à quatre jours avant une phase de stabilisation (de deux à trois jours), puis d’amélioration. Ces deux volontaires gardaient cependant des troubles (essentiellement cérébelleux et mnésiques) à leur sortie du CHU de Rennes.
Pour les deux volontaires dont les troubles étaient mineurs ou, de ce fait, d’interprétation délicate, aucune aggravation n’a été notée ce qui a justifié leur sortie du
CHU sans séquelle apparente.
L’accident survenu lors de l’essai du BIA 102474 au centre Biotrial de Rennes revêt un caractère indiscutablement stupéfiant et inédit de par : sa gravité (plusieurs volontaires de la même cohorte ayant du être hospitalisés, l’un d’entre eux étant décédé dans les jours suivant son admission) ; le fait, qu’apparemment, les études de toxicologie, pourtant menées sur quatre espèces animales jusqu’à des doses très élevées, ne montraient pas de lésions ou de tableau de nature à prédire une toxicité neurologique particulière, le caractère très inhabituel de la présentation clinique et radiologique de l’atteinte cérébrale observée chez plusieurs volontaires de la cohorte MAD n°5,ne s’apparentant à rien de connu à ce jour, le fait qu’aucun signe patent, neurologique ou radiologique, de ce type n’ait été retrouvé chez les autres volontaires (certains ayant absorbé jusqu’à 100 mg en dose unique ou 200 mg en dose cumulée sur 10 jours), enfin, le fait que cet accident soit survenu avec une molécule apparentée à d’autres composés (une dizaine) dont plusieurs ont vu leur développement abandonné du fait d’une efficacité insuffisante sans qu’aucune toxicité neurologique ou autre n’ait été observée.

Aurait-il pu être évité ? Les recommandations du CCST (Comité Scientifique Spécialisé Temporaire)

Les études précliniques et cliniques ont été faites selon les règles en vigueur. Le rapport du CCST insiste sur le fait que « en particulier, et contrairement à ce qui a pu être dit de manière erronée par plusieurs vecteurs d’information, il n’y a pas eu de chevauchement temporel entre les différentes cohortes, notamment en dose répétées ascendantes ». Bien que toutes les règles en vigueur aient été suivies, le CCST pointe deux particularités qui auraient dû conduire à une modification de l’essai clinique dans le sens d’une prudence accrue, surtout étant donné le profil particulier de la molécule en terme de durée d’action et de courbe « tout ou rien »., et qui l’amène à proposer quatre nouvelles recommandations pour les essais cliniques.
1)      D’après les étude précliniques,  la dose maximale prévue pour être testée chez les volontaires a été fixée à 100 mg, que ce soit en administration unique ou répétée. Nous avons vu que ce choix apparaît a priori logique et la règle, qui veut que l’on ne dépasse pas en première administration à l’homme une dose correspondant à la NOAEL  No adverse effect), a été ici respectée. Or, le produit s’est révélé chez l’homme plus efficace qu’attendu et l’inhibition de la FAAH (mécanisme allégué de l’activité pharmacologique du BIA 102474) est obtenue, chez l’homme, pour 1,25 mg et est quasicomplète à 5 mg. Dans ces conditions, choisir 100 mg revenait à tester une dose 20 à 50 fois supérieure à celle supposée efficace, ce qui semble résolument excessif. Ce point majeur en terme de sécurité ne pouvait pas être anticipé lors de l’approbation et de l’initiation de l’essai (seules les données animales étant connues).
2)      En revanche, il eut été logique et attendu que le plan d’escalade de doses, qui était tout à fait classique , soit revu à la lumière des données pharmacocinétiques recueillies chez les volontaires. Dans cette optique, une progression géométrique (surtout de raison 2 ou plus) maintenue jusqu’au terme de l’escalade ne paraît pas raisonnable. Le CSST recommande donc que les progressions de type géométrique soient, dans la mesure du possible, évitées ou, du moins, que leur raison soit réduite en fin de progression.
3)       le CCST a préconisé une troisième mesure, qui n’aurait pas permis d’éviter le décès et les accidents observés lors de cette étude clinique, mais qui parait de bon sens : «  pour les médicaments à tropisme « système nerveux central », le bilan pratiqué pour la sélection, l’inclusion et le suivi clinique des volontaires dans une étude de Phase 1 devrait impérativement comprendre une évaluation neuropsychologique avec entretien clinique et tests cognitifs ».
4)      Enfin, le CSST souhaiterait que nonobstant les nécessaires considérations pour la propriété industrielle, un débat, au niveau européen et international, s’ouvre au sujet de l’accès aux données des essais de première administration à l’homme et de Phase 1, en cours ou ayant été antérieurement menés. Ceci constituerait indiscutablement un progrès en matière de protection des personnes se prêtant à des recherches biomédicales. Par exemple, la comparaison avec les protocoles d’étude de produits antérieurement développés ou l’accès facilité aux données de toxicologie et de tolérance clinique permettrait une analyse comparative très utile, notamment lors de l’analyse d’un protocole en vue d’un avis sur son autorisation.
Le minimum du respect dû aux victimes de cet accident thérapeutique serait en effet que soient adoptées très rapidement les préconisations du CCST : i.e. ne pas tester chez l’homme, en première administration,  des doses significativement plus élevées que celles qui, d‘après les études précliniques ou les premiers résultats cliniques, suffiraient à l’action thérapeutique (et si on n’est obligé d’aller plus haut que prévu, c’est qu’il y a un problème inattendu et cela devrait aussi provoquer un arrêt de l’essai), escalade plus prudente vers les doses plus élevées, sélection supplémentaire des volontaires pour certaines études, accès aux données de phase I pour les agences. Nous nous sommes trouvé en présence d’une toxicité de nature inconnue ; j’ y ajouterai donc la nécessité de comprendre la toxicité particulière observée lors de cet essai et de mener les études nécessaires à cette compréhension. En ce qui concerne plus précisément le système endocannabinoïde,   il parait nécessaire d’explorer les conséquences pharmacologiques de deux enzymes chez le rongeur au lieu d’un seul chez l’homme sur l’applicabilité des modèles rongeurs- même s’il est peu probable, compte-tenu des données obtenues avec les produits de la compétition, que ce soit l’une des causes de la toxicité du BIH.

Le traitement médiatique

Le traitement médiatique général de cet affaire a été empreint d’une retenue, d’un respect des victimes et d’une circonspection louables, à l’exception d’un journal, Le Figaro qui n’a cessé de multiplier approximations et contre- vérités. Exemples :
« Traitement ou prévention de pas moins de 41 maladies! Dans la demande provisoire américaine déposée le 24 juillet 2012, juste un an avant la demande de brevet international, le laboratoire Bial envisageait l'utilisation du composé dans le traitement ou la prévention de pas moins de 41 maladies! »
Ben oui, dans un brevet, on revendique tout ce qu’on peut raisonnablement revendiquer, c’est la règle même du jeu. Mais dans l’étude clinique, une indication était visée, celle de l’antalgie.
« La dangerosité de la molécule qui a conduit au décès d'un volontaire sain lors de l'essai clinique à Rennes en janvier dernier, et à des séquelles chez d'autres, a-t-elle été maquillée pour en minimiser les risques -Bial/Biotrial: une molécule à la dangerosité prédictible ? »
Réponse : non. Et quand le Figaro note que les toxicités et mêmes morts observées à très fortes doses dans les études précliniques chez l’animal, sans rapport avec celles administrées à l’homme, auraient été dissimulées, il ignore- ou fait semblant- le principe même de ces études de sécurité : les doses sont augmentées chez l’animal jusqu’à ce qu’apparaisse une toxicité. Tous les médicaments sur le marché ont montré une toxicité dans les études précliniques.
 « Après cet accident, l'ANSM comme le laboratoire portugais Bial se retranchaient derrière le secret industriel et médical pour ne pas communiquer à une communauté internationale ébahie, les documents relatifs à l'essai ».
Faux : l’ANSM, agence du médicament a été d’une rapidité et d’une transparence exemplaires.
Etc. etc.
Le Figaro a même parlé d’opération de déstabilisation du président de l’agence du médicament… Ignorance, exploitation scandaleuse, intérêts opaques ? En tous cas, Le Figaro a été une exception assez malvenue dans l’ensemble d’une  presse écrite, radio, télé impeccable.



samedi 23 avril 2016

Cash investigation et l’industrie pharmaceutique

Cash investigation m’énerve souvent, avec son ton Michael Moore, mais sans l’humour, juste le ton inquisitorial, l’agressivité et parfois la mauvaise fois, la volonté de dénoncer un immense scandale à chaque reportage, même lorsqu’il n’existe pas (il faut rentabiliser les moyens de la chaine ? même dans le service public ?) mais aussi, il faut le reconnaître, de véritables enquêtes permettant de confronter des interlocuteurs à leurs mensonges ou de démonter leur discours fallacieux. L’émission du 9 février dans sa partie consacrée à l’industrie pharmaceutique, était assez exemplaire de ce point de vue, avec deux dossiers. L’un consacré au Sofosbuvir de Gilead et à son prix, était  traité de manière caricaturale, l’autre à GSK et à sa politique sur les vaccins pédiatriques dénonçait, en effet, un véritable scandale.

Gilead et le Sofosbuvir

Le Sofosbuvir  est un véritable miracle thérapeutique dont tout le monde devrait se réjouir, l’antiviral qui permet de guérir l’hépatite C, le premier médicament avec une telle efficacité. L’enquête de Cash investigation s’est focalisée sur le prix du Sofosbuvir (Sovaldi) : E n France, le prix d’une boite de 28 comprimés a été fixé à 13 667 € par un accord survenu entre le comité économique des produits de santé (CEPS) et le laboratoire Gilead. La cure de 12 semaines coûte ainsi 41 000 € par patient. L’ enquête de Cash investigation comparait le prix français au prix américain ( nettement plus élevé d’environ 25% ?)…et au prix du Bengladesh ( ridicule). Ridicule, aussi la comparaison !

Commentaires :

Cash investigation considérait le prix français comme scandaleux. Avant l’époque Sofosbuvir, le traitement de l’hépatite C était  reposait sur l’interféron et la ribavirine et nécessitait des injections hebdomadaires pendant 48 semaines, guérissait environ la moitié des patients, mais provoquait des réactions indésirables fréquentes entrainant l’arrêt du traitement, et parfois engageant le pronostic vital. Ensuite, il ne restait que la greffe de foie et les traitements immunosuppresseurs à vie. Même en laissant de côté la guérison, le confort de vie, l’immense service médical rendu, même en se bornant aux simples considérations économiques, le traitement par le Sofosbuvir est rentable à terme pour la société.
D’autant que le prix par traitement devrait baisser, en raison d’un mécanisme intelligent d’accords prix volumes. Plus de patients sont traités, plus le prix par traitement diminue. Cela devrait permettre de traiter plus de patients à des stades moins avancés. Les malades et la société y gagnent, le laboratoire a une garantie sut son chiffre d’affaire.
Enfin, le prix du Sofosbuvir se justifie aussi par le fait qu’il s’agit de la première molécule de sa classe. La voix est maintenant ouverte pour des concurrents qui trouvent devant aux une nouvelle voie bien défrichée. Des molécules concurrentes, éventuellement meilleures devraient voir le jour rapidement et feront baisser le prix du traitement. Mais si le premier à inventer un traitement réellement innovant ne peut recevoir la juste rémunération de ses efforts et des risques qu’il a pris, alors il n’y aura plus de premier, ni par conséquent plus de deuxième ou troisième…
Le deuxième « scandale »  révélé par Cash investigation, c’était que les deux tiers des experts qui ont eu à évaluer le Sofosbuvir avaient travaillé avec le laboratoire Gilead lors des études cliniques. Vieux problème déjà mentionné cent fois : lorsque qu’une innovation thérapeutique de cette nature apparait, c’est tout à fait normal. Il est même étrange qu’un tiers des experts consultés n’aient pas travaillé avec la molécule ; à la limite, leurs patients devraient les poursuivre… Encore une fois, ce qui compte, c’est que chacun sache ce que chacun a fait et reçu (« vivre au grand jour, exigence portée par Auguste Comte  à la fonction d’expertise»). Des progrès en ce sens étaient nécessaires, pour l’essentiel, ils ont été faits.
« Troisième scandale », le prix au Bengaldesh, qui, selon Cash investigation, devrait représenter une référence pour le prix français. Alors là, les bras m’en tombent. Le Bengladesh produit le médicament en dehors de tout respect du système international de brevet ; il agit donc en passager clandestin, profitant des efforts de recherche financés par l’industrie pharmaceutique et les assurés sociaux des  pays occidentaux, sans y prendre sa part. Compte-tenu de sa situation économique et sanitaire, comment le lui reprocher ? Même la santé publique mondiale y gagne. (cf Lester Thurow et ses commentaires sur le système de protection intellectuelle)
Seulement, ce que Cash Investigation devrait constater, c’est que les dépenses de recherches financées par l’industrie pharmaceutique et les assurés sociaux des  pays occidentaux constituent l’une des aides plus utiles, les plus généreuses, les plus bénéfiques accordées aux pays en voie de développement… ce que personne ne semble remarquer

GSK et les vaccins pédiatriques

Depuis quelques temps, il est impossible de trouver en France un vaccin pédiatrique autre que le vaccin hexavalent (diphtérie, tétanos, poliomyélite, coqueluche, méningite, hépatite) produit par GSK.- alors que seuls diphtérie, tétanos, polio sont obligatoires, coqueluche et méningite fortement recommandés et hépatite recommandée, mais plus discutée). L’explication fournie par les producteurs de vaccins, (qui, en passant, se mettent en infraction avec leurs obligations les plus élémentaires et le plus fondamentales) consiste en une pénurie de vaccins contre la coqueluche (extrêmement important, des foyers infectieux réapparaissent un peu partout en France) provoqués par des changements de législations dans différents pays. Curieusement, il se trouve aussi que le vaccin hexavalent coûte près de  40 euros contre près de 26 euros pour l'Infanrix Penta, et 15 euros pour l'Infanrix Tétra ; et que les autres vaccins sont si peu chers qu’ils ne sont plus commercialement très intéressants.
Cash investigation s’est intéressé à ce dossier. Un scientifique de GSK justifiait la situation en affirmant que, puisque pénurie il y a, il valait mieux privilégier le vaccin hexavalent en raison de ses avantages en matière de santé, puisqu’il permet de préserver en une seule fois contre coqueluche et méningite, ce qui représente effectivement un progrès réel ; et également l’hépatite B. L’homme était surement sincère et légitimement fier de la mise au point de ce vaccin hexavalent ; simplement, il est inadmissible que des alternatives parfois nécessaires ne soient plus disponibles.
Mais l’équipe de Cash investigation, et c’est là qu’elle est à son meilleur,  a déniché le discours d’un patron de GSK lors de la remise d’un prix de management ou de stratégie, discours dans lequel il se vantait d’avoir racheté tous les brevets concurrents de vaccin contre l’hépatite B en France, puis imposé le vaccin hexavalent, qui puisqu’il comprenait le vaccin contre l‘hépatite B donnait à GSK , le quasi monopole des vaccins pédiatriques en France, avec de plus le prix le plus élevé. La stupéfaction des scientifiques de GSK devant ce discours cynique de leur patron avait quelque chose de gênant.  Il n’est peut-être pas indifférent de noter que GSK est également en train de fermer son centre de recherches en France (aux Ulis) et qu’il a été parmi les laboratoires les plus sanctionnés par la Chine pour ses pratiques de quasi-corruption auprès des médecins ; il semble décidément y avoir un problème d’éthique dans cette firme.

Le pire est encore que des comportements de ce genre fournissent des prétextes aux adversaires des vaccinations et mettent en danger une couverture vaccinale pourtant indispensable. Ceux qui ont vu des enfants atteints de poliomyélites, heureusement quasiment disparue dans nos contrées et qui sera peut-être un jour éradiquée comme la variole (nous n’en sommes pas loin), le comprendront sans peine, et les vaccins contre la méningite constituent aussi un progrès réel. Il faudra saisir l’occasion de la conférence mise en place par Mme Touraine pour redéfinir la politique vaccinale française (ce qui est obligatoire, conseillé) et pour qu’elle soit effectivement respectée par les industriels opérant en notre pays. 




lundi 16 novembre 2015

La recherche en France et en Europe- état des lieux


Panorama intéressant de la recherche mondiale  (Innovation’s New World Order) publié par  PWC strategy . Chiffres clés :
- Les dix premiers groupes en terme de dépense de recherche sont Volkswagen (mais sur quoi ?), Samsung, Intel, Microsoft, Roche, Google, Amazon, Toyota, Novartis, Johnson and Johnson (de 15.5 à 8 milliards de dollars par an) 
- Le premier français est  Sanofi, à la seizième position (6.4 milliards de dollars). A noter que la petite Suisse place 2 firmes dans le top ten, deux firmes pharmaceutiques Roche et Novartis. En Suisse, l’industrie pharmaceutique rapporte plus que la finance… Elle peut donc être un atout considérable pour un pays, et non une charge. Pour la recherche pharmaceutique, l’initiative européenne IMI (Innovative Medecine Initiative) et l’existence d’un système de santé assez intégré et homogène ( vu de l’étranger…) est considéré comme un atout
- Le shift vers l’Asie- et même l’Asie en  première place est spectaculaire ; la recherche scientifique en Asie compte maintenant pour 35% de la recherche mondiale, contre 33% pour l’Amérique du nord et 28 % pour l’Europe.
- Entre 2007 et 2015, les dépenses de recherche en Chine ont augmenté de 120%. La Chine dépasse maintenant les USA et le Japon ; grâce, pour une large partie, à des efforts de recherche implantés par les firmes étrangères en Chine. L’Inde suit de très près, avec des dépenses en augmentation de 115%, avec une spécialisation très forte dans le domaine informatique ; pas loin, également, la Corée du Sud avec 98% d’augmentation… Il va falloir s’habituer aux prix Nobel chinois !
- La France est clairement à la traine, et cela devient inquiétant. La recherche en France a diminué de 1.5% en 2015 ; et depuis 2005 (dix ans) les dépenses de recherche en France n’ont augmenté que de 28%, alors que la moyenne européenne est de 66%.  Si l’on compare par rapport aux USA, en huit ans, l’effort de recherche français a diminué de 41%, les Anglais de 29%, l’Allemagne de 14%, pendant que la Chine a augmenté de 64%, l’Inde de 61%, la Corée du Sud de 48% et Israel de 26% (voir graphique ci-joint). L’Europe est nettement à la traine, et en Europe, la France encore nettement plus. C’est presque un effondrement, qui inaugure mal du redressement industriel.

- Lorsque de grands groupes mondiaux envisagent d’externaliser un centre de recherche, les principaux facteurs qu’ils prennent en compte sont la formation des chercheurs, ingénieurs et techniciens, la proximité des clients finaux, les parts de marché, les coûts d’opération., les infrastructures. Sur plusieurs de ces plans, la France est bien placée, et l’incitation fiscale que constitue le  crédit d’impôt recherche  est connu et apprécié. Un gros point noir : l’interventionnisme, la lourdeur, la complexité des administrations.

Succès du Crédit Impôt recherche, échec du CICE

Si le crédit d’impôt recherche est un atout apprécié, qui a d’abord évité une dégradation beaucoup plus importante de la recherche en France, et est de plus en plus copié ailleurs,  c’est le CICE (crédit d’impôt compétitivité Emploi, 20 milliards d’euros tout de même contre 5 milliards pour le Crédit impôt recherche) qui manque clairement sa cible. Dixit Henri Lachmann ( Schneider Electric, et un grand industriel) : « Les premiers bénéficiaires du CICE sont la Poste, puis Carrefour. Il favorise des entreprises  qui n’ont aucun risque de délocalisation et qui emploient beau coup de salariés peu qualifiés ( la plafond est à 2.6 SMIC)… Les premiers bénéficiaires des baisses de charge sont l’hôtellerie et la Restauration, les services administratifs ou encore la construction » (Marianne, 30 octobre 2015)). Louis Gallois voulait en faire un outil pour la reconstruction industrielle, c’est complètement raté, et il fait volontiers savoir son écœurement, la responsabilité de ce gâchis revenant conjointement au gouvernement et au Medef, qui n’ont pas su résiter aux pressions de certains secteurs pourvoyeurs d’électeurs, mais qui ne subissent en rien la concurrence internationale, et dont le contenu en innovation est pour le moins assez faible.  Par ailleurs, il constitue une trappe à bas salaires…et,  l’on ne voit pas en quoi il favorise la compétitivité des entreprises, l’innovation et la réindustrialisation. Louis Gallois a été complètement trahi.