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lundi 28 septembre 2020

Le problème des déchets ultimes du nucléaire : un rapport très favorable de l’OCDE (Nuclear Energy Agency)

 Le contexte : la taxonomie verte européenne

 La Commission européenne travaille sur une taxonomie verte, c’est-à-dire une  labellisation destinée à guider les investissements financiers vers les secteurs et les activités les plus appropriés pour atteindre les objectifs climatiques de l’Europe.

 Pour l’instant, le nucléaire, qui est quand même l’énergie pilotable la plus décarbonée et la plus économique est exclu  de la taxonomie verte !

 La raison avancée est qu’à cause du problème des déchets, le nucléaire ne  remplirait pas l’un des critères de la taxonomie verte appelé DNSH (Do Not Significantly Harm). La raison officieuse est l’hostilité sans faille  d’un certain nombre de pays européens (Autriche, Allemagne, Luxembourg) et de certaines forces politiques du Parlement  (les Verts, le SPD allemand). Le premier rapport hostile au nucléaire laissait la porte ouverte à une expertise ad hoc dédiée au problème des déchets, les experts du Technical Expert Group avouant en fait leur incompétence en ce domaine. Cette expertise ad hoc est en cours, sans qu’on en ait de nouvelles, et de toutes façons elle ne pourra intervenir qu’après la signature par la Commission des premiers actes délégués sur la taxonomie. C’est donc de toute façon un signal défavorable au nucléaire qui sera envoyé aux investisseurs, un signal, qui même s’il n’est pas techniquement justifié, envoie un message malheureusement clair d’incertitude politique et même d’hostilité déterminée.

 Dans ce contexte, une étude internationale très poussée de l’OCDE ( via la Nuclear Energy Agency) sur la question des déchets nucléaire apporte au débat un éclairage technique très favorable !

 Sur la taxonomie verte et ses enjeux , qqs billets de ce blog :

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/09/urgence-nucleaire-et-climatique-alerte.html

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/04/taxonomie-verte-consultation-europeenne.html

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/06/les-institutions-europeennes-et-le.html

 Le rapport de l’OCDE :

https://www.oecd.org/publications/management-and-disposal-of-high-level-radioactive-waste-33f65af2-en.htm

Cf also  https://twitter.com/nikopol/status/1308901191431131138?s=09

 Le rapport de l’OCDE : Management and Disposal of High-Level Radioactive Waste: Global Progress and Solutions

Extraits:

 Introduction : une solution étudiée depuis plus de cinquante ans et mature pour les déchets de haute activité.

 « Pour certains pays, l’énergie nucléaire est un élément important de leurs stratégies de lutte contre le changement climatique tout en assurant l’accès à une énergie rentable et fiable pour soutenir la croissance économique et le développement humain. Toutefois, dans certaines parties du monde, il y a eu un débat sur la « durabilité » de l’énergie nucléaire, et la gestion à long terme du combustible nucléaire usé et des déchets de haut niveau (SNF/HLW) est d’une importance particulière dans ce contexte.

Depuis les débuts de l’énergie nucléaire commerciale il y a environ 70 ans, le secteur nucléaire a abordé de manière responsable l’ensemble du cycle de vie de ses matériaux et leurs impacts. Cela comprend l’utilisation de technologies de pointe pour la gestion des déchets, fonctionnant dans des cadres législatifs stricts. Certains pays ont appliqué, depuis plusieurs décennies, le principe d’une économie circulaire en recyclant le combustible nucléaire usé (SNF) et en minimisant les volumes de déchets ultimes. Mais dans tous les cas, l’élimination finale des déchets radioactifs de haut niveau (HLW) a nécessité une attention particulière.

Les décideurs et les scientifiques des niveaux national et international ont rempli leurs responsabilités envers les générations présentes et futures en proposant, en étudiant et en mettant en œuvre l’élimination sécurisée du SNF/HLW. La mise en œuvre efficace d’un stockage intermédiaire sûr a donné aux experts le temps nécessaire pour développer des solutions techniques solides dans le cadre d’un processus décisionnel démocratique et transparent pour la gestion finale de SNF/HLW(Combustible usé, Déchets de Haute Activité)

Le consensus scientifique d’aujourd’hui est que les dépôts géologiques profonds (DGR)-Deep Geolical Repository) sont une approche sûre et efficace pour éliminer définitivement les déchets SNF/HLW. Les organismes de réglementation nationaux indépendants, appliquant des normes de radioprotection acceptées à l’échelle mondiale, ont approuvé leur efficacité à isoler le SNF/HLW des humains et de l’environnement.

Les principes de sécurité et les solutions technologiques pour la gestion à long terme de SNF/HLW sont maintenant bien établis, et leurs exigences ont été examinées et déterminées de manière indépendante acceptables par des organisations internationales qualifiées. Cela a inclus l’examen d’une variété d’options et la faisabilité de leur mise en œuvre. Le consensus scientifique et technologique sur la sécurité de l’élimination géologique profonde du SNF/HLW a été développé sur plus d’un demi-siècle. Les technologies impliquées ont été soigneusement analysées grâce à l’une des plus grandes mobilisations de communautés scientifiques et d’ingénierie jamais entreprises dans le monde. Des laboratoires de recherche souterrains (URL) ont été construits, exploités et des expériences in situ réalisées et reproduites à de nombreux endroits. Par conséquent, il existe maintenant une base solide pour la conception et la constructibilité de DGR complètement sécurisés.

Les résultats scientifiques accumulés, les preuves technologiques et les démonstrations de sécurité ont été présentés ouvertement et de manière critique par des experts de renommée internationale pour atteindre le niveau actuel de maturité. »

Déclaration finale sur la stratégie de radioprotection et de sécurité

« Des recommandations et des approches pour la protection contre les radiations, approuvées par l’ICRP, ont été élaborées au cours de nombreuses décennies en faisant usage des connaissances scientifiques en évolution. Elles sont approuvées et appliquées par l’UE, l’AIEA, l’AEN et dans les programmes nucléaires nationaux. Au fur et à mesure que le concept de DGR et d’installations de stockage temporaire s’est développé, ces normes de radioprotection ont été utilisées pour leur conception, assurant la protection des travailleurs et des populations. La stratégie de sécurité des DGR a été élaborée au cours des dernières décennies, tant pour les activités opérationnelles (p. ex. le stockage et la manutention) que pour les milliers d’années qui ont eu lieu après la fermeture.

Un DGR (Deep Geological Repository)  isole et contient le SNF/HLW sur de très longues périodes grâce à la combinaison de barrières d’ingénierie robustes et des propriétés de la roche hôte qui offre un environnement stable et sûr. Les « caractéristiques de sécurité passive » du DGR permettent de protéger les humains et l’environnement à très long terme sans nécessiter d’entretien ou de mesures correctives de la génération future. Un DGR est composé de multiples fonctions ou barrières de sécurité qui augmentent la robustesse de l’installation de telle sorte que la sécurité ne dépend pas d’une seule barrière, ce qui est conforme à un principe de sécurité en profondeur de la défense, une pratique courante dans le domaine nucléaire pour assurer la sécurité. »

 Plusieurs types de sites appropriés disponibles pour une élimination sécurisée

 « Granit : L’organisation finlandaise de gestion des déchets radioactifs (Posiva) a mené pendant plus de 20 ans un vaste programme de caractérisation des sites pour le DGR d’Olkiluoto, qui comprenait une URL (Underground Research Laboratory) à Onkalo (Posiva 2012). Une autorisation de construction a été approuvée pour le DGR Olkiluoto en décembre 2015.

Les enquêtes sur le site sur l’adéquation du substratum rocheux en Suède pour un DGR ont commencé dans les années 1970 et la Société suédoise de gestion du combustible nucléaire et des déchets (SKB) a commencé des recherches sur les alternatives d’emplacement prioritaire en 2000. Les enquêtes à l’URL d’Äspö ont commencé en 1990. La recherche sur le site Forsmark a débuté en 2002 et SKB a présenté une demande de licence en 2011

 Argile : Depuis les années 1990, l’organisation Français de gestion des déchets (Andra) a mené des enquêtes approfondies sur les sites dans les départements de la Meuse-Haute-Marne. Dans un premier temps, une étude géologique a été effectuée à partir de la surface à l’aide de géophysiques et de forages profonds. Depuis 2000, l’Andra a construit et exploité une URL (Underground Research Laboratory). Une demande de licence pour le DGR devrait être soumise à l’autorité de réglementation en 2021.

En Belgique, le HADES est le plus ancien URL d’Europe construite dans une formation d’argile profonde dans le but de rechercher la possibilité d’élimination géologique dans l’argile. Situé dans l’argile de Boom à une profondeur de 225 mètres, le laboratoire  joue un rôle central dans la recherche sur la sécurité et la faisabilité de l’élimination géologique des déchets radioactifs. Les experts l’utilisent pour développer et tester des technologies industrielles pour la construction, l’exploitation et la fermeture d’un dépôt de déchets en argile profonde. Les scientifiques mènent des expériences à grande échelle dans des conditions sur une longue période de temps pour évaluer la sécurité de l’élimination géologique dans l’argile… »

Déclaration finale sur le consensus scientifique

« Le consensus scientifique n’est pas facile à obtenir. Depuis les années 1980, les recherches scientifiques sur la faisabilité des DGR pour l’élimination sécuritaire du SNF/HLW se sont déroulées à un rythme prudent et délibératif qui a considérablement augmenté le volume (et la qualité) des informations scientifiques et des données relatives à la sécurité de l’élimination géologique. Conformément à la stratégie de recherche à long terme sur la sécurité, des enquêtes ont été entreprises pour évaluer les obstacles à la sécurité du concept de DGR (p. ex. emballage des déchets, matériel de remblayage, caractéristiques du site). Des dizaines de laboratoires de recherche souterrains ont été construits pour étudier et optimiser l’ingénierie d’un DGR et recueillir des informations afin de mieux faire progresser la compréhension des caractéristiques spécifiques des roches afin d’isoler et de contenir les déchets et de gérer les incertitudes. Toutes les informations scientifiques ont été mises à la disposition de tous dans le cadre du dialogue scientifique ouvert qui prévoit une discussion constructive et un examen par les pairs afin de faire progresser continuellement la compréhension de la sécurité offerte par un DGR. Aujourd’hui, il existe un consensus scientifique sur le fait que les DGR fournissent la meilleure solution pour l’élimination de HLW et de SNF.

Les incertitudes sont associées à toute entreprise complexe. La possibilité de trouver des sites appropriés pour un DGR n’est plus une question – des sites appropriés ont été identifiés dans une variété de types de roches. La stabilité géologique d’un bon site fournit un environnement stable pour optimiser les performances d’un DGR et permet l’évaluation et la gestion responsable des incertitudes de telle sorte que la sécurité d’un DGR puisse être démontrée et assurée. Il existe un consensus scientifique sur le fait que, sur la base de la démonstration en URL, les DGR fournissent une solution d’élimination sûre.

Déclaration finale sur le cadre réglementaire et la politique nationale

« Bien qu’un solide soutien scientifique à la sécurité d’un DGR soit l’élément fondamental absolument nécessaire pour aller de l’avant dans un programme d’élimination, il n’est pas le seul élément nécessaire pour aller de l’avant.  Un programme DGR comporte des questions scientifiques, techniques, organisationnelles, sociétales et de gouvernance multidisciplinaires. Il faut  veiller à ce que l’élaboration et la mise en œuvre se déroulent de manière responsable et appropriée, et un cadre réglementaire clair et une politique nationale sont nécessaires. 

La longue période nécessaire au développement et à l’exploitation d’un DGR (de l’ordre de 100 ans) exige des rôles et des responsabilités claires pour toutes les organisations et organismes gouvernementaux concernés afin que les DGR puissent être achevés dans le cadre d’un programme de sécurité cohérent.  Des décennies d’études et de débats ouverts sur la sécurité des DGR ont permis de renforcer le consensus scientifique pour les DGR qui est transparent et disponible pour examen par toutes les parties prenantes.

Les différentes approches utilisées pour la mise en œuvre des programmes de DGR (par exemple, l’adoption de lois, d’exigences réglementaires et d’orientations, de recommandations), les principes et les approches à utiliser dans le cadre d’un programme de DGR sûr et responsable sont essentiellement les mêmes dans tous les contextes nationaux. Le cadre réglementaire et les politiques nationales, en place aujourd’hui, sont essentiels pour co-construire des projets DGR en améliorant parallèlement sa conception technique et son acceptation sociale au milieu d’un fort consensus scientifique qui renforce encore l’accomplissement de la sécurité d’un DGR. »

Déclaration finale sur l’état de la mise en œuvre

« L’information scientifique s’est considérablement développée au cours des dernières décennies, tout comme l’adoption et la mise en œuvre de cadres réglementaires et de politiques nationales visant à assurer le développement de DGR sécuritaires. Les phases de démonstration des URL apportent la confiance nécessaire que les DGR protègent les personnes et l’environnement.  Le DGR est aujourd’hui un concept mature bien approuvé par les communautés scientifiques, institutionnelles et industrielles. Fait important, le processus de DGR est ouvert et transparent à toutes les parties prenantes avec des ressources pour l’achèvement du programme assurées par les politiques gouvernementales par le biais de paiements par ceux qui génèrent les déchets.

Ainsi, il est maintenant prévu que plusieurs pays, principalement en Europe, mettent en œuvre les DGR avant la fin de cette décennie... La Finlande devrait construire le premier DGR.  Au fur et à mesure que les progrès se poursuivent avec la mise en œuvre réussie des DGR dans le monde entier, on peut s’attendre à ce que l’expérience et les connaissances augmentent permettant le développement de DGR dans d’autres pays potentiellement à un rythme plus rapide que celui que l’on a connu pour ces installations initiales »

 Conclusions finales :

« L’industrie nucléaire s’attaque à l’ensemble du cycle de vie des matières nucléaires utilisées et les gouvernements ont établi des cadres législatifs précis. Cela comprend l’utilisation de la technologie de pointe pour le traitement des déchets et l’emballage, et la minimisation de la quantité de déchets générés, qui dans certains pays comprend une économie circulaire par le recyclage du combustible usé. Des considérations de sécurité et d’éthique pour l’élimination des déchets de haut niveau d’activité (HLW) dans un dépôt géologique profond (DGR) ont été débattues dans les assemblées législatives nationales ainsi que dans les cadres internationaux (UE, AIEA, NEA); aux niveaux étatique, provincial et local; par des individus; dans la littérature évaluée par des pairs; et par les organismes scientifiques qui ont fait du DGR l’approche largement acceptée pour assurer la protection à long terme de la société à l’avenir (NEA, 2007).

Cette large acceptation n’a pas été facile – elle a évolué au fil de décennies de recherches prudentes et axées sur la science,  qui ont fait l’objet d’un débat ouvert dans le cadre d’un processus qui adhère à un cadre réglementaire et à une politique nationale visant à assurer le respect des normes de radioprotection pour les sociétés actuelles et futures.

 En particulier,

 -Le consensus scientifique repose sur des décennies d’enquêtes approfondies et approfondies, y compris des enquêtes et des démonstrations importantes en URL (Underground Research Laboratory). Tout au long de cette période, la communauté scientifique engagée dans l’étude des DGR a participé à des discussions continues, ouvertes et constructives et à des examens par les pairs qui remettent en question le statu quo dans le but de faire progresser continuellement les connaissances et la compréhension de la collectivité dans son ensemble.

- Les propriétés de la roche hôte qui fournit un environnement stable et suit une évolution entraînée par des lois naturelles bien connues assurent la « sécurité passive » du DGR. Elles seront préservées sur de très longues périodes de sorte que l’entretien ou des mesures correctives des générations futures ne seront pas nécessaires. Des analogues naturels ont été étudiés pour aider à comprendre le comportement à long terme, à des échelles de temps géologiques comme un million d’années.

- La stratégie de sécurité d’un DGR comprend de multiples fonctions ou barrières de sécurité (c.-à-d.  défense en profondeur) pour l’isolement et le confinement.. L’évaluation d’événements hypothétiques d’intrusion dans le cas de la sécurité fournit des renseignements qui sont utilisés pour évaluer la résilience du DGR à de tels événements et permettre l’examen d’options visant à réduire davantage la probabilité d’intrusion ou à limiter les conséquences potentielles d’une intrusion hypothétique.

- L’apprentissage continu dans le cadre d’un processus étape par étape permet au processus d’élimination de s’adapter au cours de ses étapes de mise en œuvre et la flexibilité nécessaire pour envisager une gamme complète d’options qui optimisent la sécurité dans le cadre d’un programme de gestion de l’incertitude. Toutes les décisions peuvent être revues dans le cadre d’une approche progressive qui inclut la capacité de récupérer les déchets. L’approche progressivea été adoptée dans tous les programmes de DGR.   

- La transparence du programme DGR prévoit un processus robuste, tant du point de vue technique que sociétal, qui a inclus des commissions, des débats publics, des conférences citoyennes, des consultations, des cadres législatifs et des sessions parlementaires. Tous ces cadres sont essentiels pour co-construire le projet à la fois en améliorant en parallèle sa conception et son acceptation parallèlement au fort consensus scientifique.

- Des cadres réglementaires clairs et sans ambiguïté et des politiques nationales, en place aujourd’hui, sont essentiels à la co-construction de projets DGR. Cela inclut les ressources nécessaires pour l’achèvement du programme sont assurés par les politiques gouvernementales par le biais des paiements par les producteurs de déchets.

- Les pays qui ont participé à cette recherche ont consacré de nombreuses décennies à l’enquête, à la collecte et à l’évaluation critique des informations à l’appui avant la présentation d’une demande de planification visant à construire un DGR. Ces pays ont utilisé les laboratoires de recherche souterrains dans le cadre de la démonstration scientifique soutenant la sécurité du DGR

- La longue et prudente voie vers la présentation d’une demande de construction d’un dépôt s’avère être une approche efficace pour l’élimination en toute sécurité des déchets SNF/HLW. Plusieurs pays mettent actuellement en œuvre ce concept à travers des projets matures où il est possible de démontrer la haute performance des DGR en matière de protection de l’environnement et de l’humanité. En outre, il convient de souligner que les DGR prennent toutes les mesures appropriées à l’aide d’une technologie de pointe bien établie, telle que définie par la coopération internationale, et parce que l’évaluation des projets par rapport à l’état de la technique est minutieusement effectuée par les autorités réglementaires responsables.  

- Plusieurs pays, principalement en Europe, prévoient maintenant de mettre en œuvre des DGR avant la fin de cette décennie et on s’attend à ce que ces plans soient mis en œuvre. Au fur et à mesure que les progrès se poursuivent avec la mise en œuvre réussie des DGR dans le monde entier, on peut s’attendre à ce que l’expérience et les connaissances augmentent permettant le développement de DGR dans d’autres pays potentiellement à un rythme plus rapide que celui que l’on a connu pour ces installations initiales.

lundi 29 juillet 2019

Grand Débat, déchets nucléaires, PNGMDR et Cigeo


PNGMDR : Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs

PNGDR qu’es aco : Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs. Et il y a là-dessus  un débat organisé par la CNDP (Commission Nationale du Debat Public) – celle qui a organisé un grand débat ma foi assez objectif et bien conduit sur la PPE ( loi de Programmation pluriannuelle de l’Energie) et qui s’est fait recaler du Grand Debat de Macron ( et pour cause, puisqu’il s’est révélé comme une simple opération de propagande en vue des Européennes).

Donc débat il y a sur les déchets nucléaires, avec, selon maintenant une méthode bien rodée, site internet, documents d’information, cahiers d’acteurs, contributions citoyennes et aussi débats délocalisés.

Pour l’un de ces débats, à Lille, ça s’est mal passé. « La réunion publique de Lille qui s'est tenue fin mai, a été perturbée par certains participants anti-nucléaire. La commission en a pris acte, et a interrompu la rencontre au bout d'une heure trente environ, quand les échanges ne pouvaient plus se dérouler dans des conditions satisfaisantes. Elle regrette cette décision et invite tous les citoyens à participer au débat public via les différentes modalités offertes : réunions, site internet etc ; pour exprimer leur point de vue.
Il semblerait que les personnes qui ont perturbé la réunion aient répondu à l'appel de plusieurs collectifs qui considèrent "qu'il n'y pas à débattre tant que les centrales continuent de produire des déchets]", et qui souhaitaient "qu'aucun discours pro-nucléaire ne puisse s'exprimer" (tract du réseau Sortir du Nucléaire).
Précisons que tout au long de la phase de préparation et au cours du débat, la commission a proposé à ces associations et collectifs d'être présents dans le débat selon des modalités à discuter…

Belle démonstration du fanatisme et des conceptions de la démocratie, du refus de toute rationalité de certains prétendus écologistes. Au moins c’est clair !

Ceci dit, si la presse s’est fait l’écho de l’échec de Lille, il  a eu d’autres débats, certes passionnés, mais qui ont pu normalement avoir lieu, à Caen, Cherbourg, Rennes, Valence, Bordeaux, Strasbourg, Bar Le Duc, Lyon, Rouen…Et qui ont quand même révélé de grandes ignorances et pas mal de fantasmes.

Le cri d’alarme et position de Greenpeace (Yannick Rousselet)

« Nous faisons face à une saturation de toutes les capacités de stockage. Quel que soit le type de déchets, tout est saturé. La crise la plus forte est celle des combustibles usés qu’EDF garde dans les piscines de ses centrales. Elles ne sont pas destinées à cet usage, notamment pour des questions de sécurité. Elles sont normalement utilisées pour le refroidissement des combustibles à leur sortie des réacteurs, mais dans un délai raisonnable. EDF préfère les garder car cela ne lui coûte rien. Dès que le combustible sort de la centrale, il faut payer le service à Orano (ex-Areva »).

NB : une façon un peu partiale de voir les choses : en fait, ce stockage sous piscine est une étape transitoire incontournable du traitement des déchets….

 « La Hague est au bord de la saturation. Environ 10 000 tonnes de déchets y sont stockées. Sur le papier, elle présente une capacité de 17 000 tonnes. Mais dans la réalité, des espaces comme les allées de circulation sont comptabilisés dans ses zones de stockage. On tombe alors à 11 000 tonnes de capacité. EDF nous annonce la construction d’une nouvelle piscine de stockage géante à Belleville-sur-Loire (Cher) pour évacuer ces stocks de La Hague et des centrales. Elle ne sera pas opérationnelle avant 2030. Pendant ce temps-là, à La Hague, ce sont automatiquement 150 tonnes de déchets supplémentaires qui doivent être stockées chaque année. Pour nous, ce n’est pas la solution. »

« Il faut revisiter le dogme français du recyclage puis du stockage en couche profonde. L’entreposage à sec en subsurface (jusqu’à 30 m de profondeur) est une voie à étudier. Elle est utilisée en Suisse. Les Belges ont vidé les piscines de leurs centrales. Orano sait travailler pour cette filière. À la différence du stockage très profond, elle présente plusieurs avantages. Cette méthode est beaucoup plus flexible. Elle n’utilise pas d’eau. Et surtout, elle permet un retour en arrière. Peut-être que des avancées scientifiques nous permettront de mieux traiter les déchets à haute activité. S’ils sont enfouis à Cigéo, on ne pourra plus rien faire. »
(NB c’est faux, voir ci après)

Contributions : les Anciens du Nucléaire et la CFE-CGC

Sur le site de la Commission, deux contributions claires qui énoncent bien les enjeux : une d’un groupe d’anciens du nucléaire, et  d’autre part, de la CFE-CGC qui joue bien ici son rôle de partie prenante légitime à l’intérêt général (que Macron déniait aux syndicats !). Extraits :

« Le « Collectif des anciens du nucléaire » rappelle que l’électricité consommée par une personne pendant 50 années génère seulement 20 kg de déchets radioactifs (dont un peu moins de 500 g de déchets à « vie longue »). »

« Il souhaite aussi attirer l’attention sur les conséquences de l’application du principe de précaution étendue à la gestion des déchets issus de la déconstruction à venir des réacteurs du parc en exploitation d’EDF. Ce sont principalement des gravats et des déchets métalliques très faiblement radioactifs, en quantités importantes mais qui ne présentent aucun risque sanitaire. Ces déchets sont pourtant considérés comme des déchets radioactifs en se basant sur la zone d’origine de leur production, faute d’existence d’un seuil de libération.
La France est semble-t-il le seul pays européen dans ce cas. C’est d’autant plus étonnant qu’une directive européenne (2013/59/Euratom) autorise cette libération en fixant les valeurs d’activité à respecter, reconnues et utilisées par les autres pays européens nucléarisés. Or, non seulement cette absence de seuil a pour conséquence la multiplication des transports et la saturation des sites de stockage, mais elle est clairement néfaste pour le climat. En effet, recycler l’acier dans un four électrique alimenté en électricité pratiquement décarbonée, comme c’est le cas en France, émet très peu de CO2 alors que l’élaboration d’acier de « première fonte » à partir de la mine émet près d’une tonne de CO2 par tonne d’acier élaboré. Ainsi, avec la déconstruction prévue des réacteurs d’EDF ce sont plus de 500000 tonnes d’acier qui seront potentiellement concernées par le seuil de libération en France, ce qui représentera autant de tonnes de CO2 dont les rejets pourraient être évités… »

« Le stockage géologique profond choisi pour Cigeo est la solution la plus sure tant que les solutions de transmutation ne sont pas disponibles Concernant les déchets les plus actifs (HA) et/ou d’activité moyenne mais les plus durables (MAVL), la solution de long terme la plus sûre est le stockage géologique profond dans une couche argileuse épaisse, étanche et stable depuis des millions d’années pour au moins deux raisons majeures.
Il offre le plus de garanties analysables et vérifiables en termes de non-dissémination de matières radioactives dans l’environnement susceptibles d’atteindre les hommes et les autres êtres vivants.
Il constitue une protection appelée à devenir purement passive à terme, c’est-à-dire sans nécessité d’une intervention humaine, après une phase de possible réversibilité si un procédé de traitement est un jour mis au point. Cette conclusion est partagée par la France et de nombreux pays ayant étudié longuement le sujet (Royaume-Uni, Suisse, Suède, Finlande, Canada, etc.). Ce sera aussi la nôtre dans ce débat…

CFE-CGC :Extraits

Pour la CFE-CGC, la production d’électricité d’origine nucléaire permet de disposer d’une source d’énergie décarbonée, pilotable et compétitive. La Programmation Pluriannuelle de l’Energie prévoit qu’elle demeure, en lien avec le développement des énergies renouvelables intermittentes, une composante essentielle de la politique énergétique de la France. Il est donc essentiel de s’assurer que les déchets et matières radioactives sont pris en charge de manière sûre, sans conséquences sur la santé ou l’environnement.
La CFE-CGC considère que le PNGMDR doit être un outil au service de la politique énergétique française en permettant de s’assurer d’une gestion responsable des déchets et matières radioactives sur le long terme pour : • garantir la protection des populations et protéger l’environnement lors des traitements et manipulations de ces déchets de haute, moyenne, faible et très faible activité avec des moyens proportionnels aux enjeux et à la dangerosité ; • poursuivre le retraitement des combustibles usés qui permet à la fois de recycler aujourd’hui l’équivalent de 10 % des matières du combustible, de constituer un stock de matières valorisables dans de futurs réacteurs, de préserver ainsi les ressources naturelles et de réduire la quantité et la dangerosité des déchets de haute activité ; • promouvoir les emplois existants et à créer en France liés à la gestion des matières, des déchets... »

Une nouvelle piscine d’entreposage de combustibles uses est nécessaire.

 Le parc nucléaire français actuel utilise de l’ordre de 1 200 tonnes de combustible par an et il en traite environ 1 100 tonnes dont une partie (environ 100 tonnes) est recyclée sous forme de MOX (Mixed OXide = Combustible nucléaire constitué d'un mélange d'oxydes de plutonium provenant du retraitement et d'uranium). Le MOX usé n’étant pas recyclable dans les réacteurs actuels, il n’est pas retraité, ce qui conduit au remplissage des capacités d’entreposage disponibles, qui devraient donc être pleines à l’horizon 2030. Cela implique bien évidemment la création de nouvelles capacités d’entreposage du fait de l’exploitation du parc nucléaire français existant, comme le prévoit la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) et comme le défend la CFE-CGC. L’entreposage du combustible usé en piscine s’effectue d’abord sur le site de la centrale utilisatrice, puis se poursuit dans une piscine dédiée avant retraitement. Il s’agit donc d’une étape dans le cycle du combustible nucléaire destinée au refroidissement des éléments jusqu’à un niveau permettant leur retraitement. Le retraitement a pour objectif de séparer les produits de fission des matières recyclables et de réduire la quantité de déchets de haute activité et ceux de moyenne activité à vie longue . Une solution de type entreposage direct à sec des combustibles usés de type MOX, mise en avant par plusieurs acteurs, ne peut pas se substituer à un entreposage sous eau. Compte tenu de leur puissance thermique, qui de plus décroît lentement, un entreposage prolongé sous eau est nécessaire. L’entreposage sous eau est maîtrisé sur les plans technique et de sécurité nucléaire (au sens sûreté et protection des installations) et la construction d’une nouvelle piscine serait soumise à l’autorisation de l’ASN qui s’assurerait de la mise en œuvre des meilleures techniques existantes. Toutes ces techniques, et les compétences associées, sont présentes en France, puisqu’il s’agit d’activités mises en œuvre de manière opérationnelle au quotidien par les exploitants nucléaires…. Pour ces raisons, la CFE-CGC soutient le projet de construction d’une nouvelle piscine d’entreposage de combustibles usés.

Un cadre règlementaire permettant la valorisation des déchets très faiblement actifs doit être créé

Beaucoup de déchets sont classés comme susceptibles d’être radioactifs uniquement sur la base de leur localisation d’origine, alors qu’ils présentent un niveau de radioactivité nul ou extrêmement faible, et dans tous les cas, ne peuvent induire que des expositions non mesurables et très inférieures aux niveaux d’exposition naturelle. Par ailleurs, de nombreux déchets sont constitués de métaux qu’il conviendrait de préserver et de valoriser pour l’avenir au moment où les questions de souveraineté minérale et de préservation des ressources naturelles se font de plus en plus prégnantes...
Permettre de développer cette filière, c’est clairement commencer à développer l’économie circulaire des différents métaux, dans un contexte où celle-ci est au cœur des travaux des différents comités stratégiques de filière du Conseil National de l’Industrie et où un projet de loi Economie Circulaire devrait être présenté au Parlement en 2019, dans la continuité de l’élaboration de la Feuille de Route Economie Circulaire (FREC) en 2018. Qui plus est, alors que la compétition mondiale s’intensifie pour l’accès aux ressources minières et que la souveraineté minérale commence à être intégrée aux réflexions politiques, cette filière de valorisation peut avoir un intérêt pour l’approvisionnement de l’industrie métallurgique française.
Le cadre réglementaire et administratif actuel relatif à la gestion des déchets susceptibles d’être radioactifs restreint un tel recyclage à une utilisation au sein des installations nucléaires, ce qui constitue une spécificité dans le paysage européen et mondial… C’est pourquoi la directive européenne, qui fixe des seuils de « libération » des déchets radioactifs en dessous d’un niveau garantissant l’absence de conséquences sanitaires, doit être réellement mise en œuvre en France pour permettre le traitement des déchets et la valorisation des matériaux traités, a minima métalliques…

Le projet Cigeo doit se poursuivre pour garantir une solution aux générations suivantes

Les déchets nucléaires ne représentent qu’une infime portion des déchets produits par l’homme (2 kg de déchets radioactifs par an et par habitant en France) et pour les gérer de manière sûre, des solutions industrielles sont d’ores et déjà mises en œuvre quotidiennement. Les déchets de haute et moyenne activité à vie longue ne représentent que 3 % des déchets nucléaires mais concentrent plus de 99 % de la radioactivité. Pour ces déchets, la solution industrielle disponible (traitement à La Hague puis entreposage) permet de garantir l’absence de risque pour la santé et l’environnement sur une période de l’ordre du siècle. Cependant, certains éléments contenus dans ces déchets ont une décroissance lente, nécessitant un confinement sur une période de plusieurs milliers d’années. Plutôt que de reporter cette question de gestion au-delà du siècle aux générations futures, la représentation nationale a fait le choix en 2006 de développer une solution capable de prendre en charge ces déchets sur des échelles de temps « géologiques ». Cette solution à l’étude depuis presque 30 ans, c’est CIGEO : le stockage géologique en couche profonde
La Loi n° 2006-739 du 28 juin 2006 relative à la gestion durable des matières et déchets radioactifs a conclu qu’il s’agit d’une solution sûre et passive sur le long terme qui évite d’en transmettre la charge aux générations futures : elle devient la solution de référence. Les différentes études menées depuis, en France comme à l’étranger, confortent ce choix…L’ASN a reconnu la qualité et la robustesse du dossier présenté. Les questions posées par l’ASN sur le risque d’incendie lié au stockage des déchets bitumés ne remettent en rien en question ces qualités fondamentales ni la pertinence du stockage géologique profond dans l’argile…

De plus, la réversibilité du projet CIGEO qui consiste à proposer une solution de long terme tout en se gardant la possibilité sur plus d’un siècle de s’adapter et de récupérer les déchets si une meilleure solution était trouvée doit être conservée… Pour toutes ces raisons, la CFE-CGC réaffirme son plein soutien au projet CIGEO en s’appuyant sur les fondements et arguments des choix techniques réalisés, et demande que la réalisation des ouvrages soit engagée sans plus attendre pour participer à la pérennisation des compétences d’une filière industrielle intégrée et responsable, forte de plus de 200 000 salariés »

Un débat nécessaire

Dans les sondages d’opinion sur l’énergie nucléaire, le thème du devenir des déchets nucléaires et du « cadeau empoisonné » fait aux futures générations est récurrent. C’est en fait l’un des principaux arguments des écologistes défavorables au nucléaire (il y en a des favorables !), entendons l’un des principaux arguments sérieux auxquels faut répondre ! Ce débat sur le PNGMDR répond à cette préoccupation légitime, il est nécessaire et utile. Les écologistes partisans du démantèlement des centrales peuvent d’ailleurs difficilement s’en désintéresser… et certains ont choisi d’y participer.
Il a le mérite de montrer l’existence de solutions techniques sûres et acceptables, selon les différents types de déchet. Construction d’une piscine supplémentaire, nécessité d’adopter la directive européenne (« seuil de libération ») sur le retraitement des déchets non ou très faiblement (inférieurs à la radioactivité naturelle), enfouissement en argile profonde avec réversibilité partielle semblent faire consensus chez les experts.

Il restera à trouver le courage politique de les mettre en œuvre.

N.B. : sur ce sujet comme sur les autres, ne pas hésiter à consulter les threads twitter de Tristan Kamin. : @Tristankamin 

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samedi 3 février 2018

Halte au nucléaire bashing

Bure/Cigeo: un raté significatif et signifiant du Monde

Raté significatif du journal de référence vespéral à propos du projet de centre d’enfouissement des déchets nucléaires de Bure (CIGEO),  qui nous a valu un bel exercice de contrition du médiateur Franck Nouchi.  Le Monde du 16 janvier titrait sur quatre colonnes à la une : Nucléaire : l’ASN (Autorité de Sureté Nucléaire) juge le projet de Bure dangereux. Ce titre énorme en première page ne correspondait pas du tout à la retranscription de l’interview du président de l’ASN en page 6, lequel jugeait que le projet de Bure était un très bon projet (« L’Andra nous a soumis un très bon dossier, commence-t-il par indiquer au quotidien. Il confirme que la zone argileuse retenue possède les caractéristiques géologiques requises. Et il marque des avancées significatives en termes de sûreté. ») à l’exception d’un sujet « important » ( c’est le rôle de l’ASN de froncer les sourcils dans ce cas), celui des colis bituminés, ,issus d’une ancienne technique de conditionnement de boues radioactives dans des matrices en bitumes. Ce ne sont pas les déchets les plus radioactifs et ils représentent 18% des colis prévus. Par ailleurs, l’ASN indique deux solutions possibles et assez faciles en mettre en œuvre, soit le reconditionnement de ces déchets, soit, pour ces déchets, un espacement plus important que prévu initialement par Cigeo. L’une ou l’autre ne devrait pas remettre en cause la mise en service du site en 2019.

Le Monde cite par exemple la réaction d’un lecteur, Clément Lemaignan, ancien Directeur de recherche au CEA : « Abonné du Monde depuis des décennies et par ailleurs ayant travaillé dans le domaine de l’industrie nucléaire et enseigné sur les aspects technologiques de cette industrie, je commence à être franchement exaspéré par le positionnement trop systématiquement anti-nucléaire du journal. A cet égard, la première page du numéro du 16 janvier dépasse ce qui est acceptable. On peut se demander ce que le rédacteur du titre de la première page veut induire dans la tête des lecteurs… »

Et de fait, les lecteurs et passants qui n‘auront vu que la une du Monde auront eu une opinion complètement déformée de Cigeo et de l’avis de l’ASN. !

Réagir à la malhonnêteté et au nucléaire bashing

Face à la colère justifiée  de certains lecteurs, le Directeur de la rédaction a reconnu une erreur : « Il faut savoir reconnaitre ses erreurs lorsqu’on en fait. Ce titre donnait l’impression que l’ensemble du projet de Bure était remis en cause. Ce n’est pas le cas. Il aurait fallu trouver une formulation plus nuancée ». Le journaliste Pierre Le Hir, qui a mené l’entretien, assume aussi honnêtement sa responsabilité : « Ce titre constitue un raccourci qui ne reflète pas la teneur de l’entretien. Il dénature le propos de M. Chevet en pouvant laisser entendre que celui-ci juge dangereux le principe même de l’enfouissement, alors qu’il défend au contraire cette solution, tout en pointant le danger que représentent en l’état actuel certains déchets…J’assume évidemment ma part de responsabilité dans cette erreur éditoriale pour n’avoir pas eu la présence d’esprit de proposer une alternative, telle que Les réserves de l’ASN, ou Le oui mais de l’ASN. »

Dont acte et absolution… pour cette fois. 

Car il y a dans la presse une attitude générale systématiquement hostile au nucléaire qui commence à devenir extrêmement pesante. Il y a là à l’œuvre une véritable campagne de désinformation, continue, acharnée, durable. En maitre d’œuvre, les tenants de la secte libérale dominant à Bruxelles, qui ont juré d’avoir la peau de tous les services publics ; c’est que l’électricité nucléaire, en raison de son intensité capitalistique, des problèmes de sécurité, de ses liens historiques avec l’Etat rend impossible toute privatisation du secteur nucléaire- surtout après Fukushima ; et c’est très embêtant, pour les fanatiques de la libéralisation de l’énergie ; en opportunistes très intéressés, les concurrents gaziers d’EDF, magouilleurs qui au prétexte d’énergies renouvelables veulent en réalité développer leur activité gazière ; et en imbéciles complices, certains écologistes rétrogrades et scientifiquement incultes et les manipulateurs et profiteurs de peurs.

C’est à  ce point que le contrat signé récemment avec la Chine, un contrat historique couronnant plus de quarante ans d’étroite et intelligente collaboration entre nucléaire civil français et chinois, n’a pas fait, c’est le moins qu’on puisse dire, l’objet de communications enthousiastes, et que M. Macron a refusé que des photographies soient prises sur le site de l’EPR chinois. Il a semble-t-il le nucléaire honteux, alors qu’ »il devrait l’avoir fier, ou peur de la nième menace de démission de M. Hulot ?

Alors, oui, pour obtenir une information honnête sur les enjeux énergétiques, il va sans doute souvent falloir s’énerver.

Je veux de l’électricité nucléaire

En attendant tiens, pourquoi pas une petite lettre à votre fournisseur préféré, pour un nouveau type de contrat, un contrat nucléaire :

Parce que je suis un citoyen vraiment concerné par le dérèglement climatique et que je veux une électricité décarbonée, parce que je veux lutter contre la précarité énergétique et pour la compétitivité de l’industrie française avec une énergie bon marché, parce que je veux la sureté et l’égalité d’approvisionnement sur tout le territoire et un réseau qui ne s‘effondre pas en hiver, ni d’ailleurs en été, je demande un contrat me garantissant une énergie électrique à 80% nucléaire.


Réacteur EPR

jeudi 4 juillet 2013

L’industrie nucléaire deux ans après Fukushima

Intéressant  dossier  dans  La Jaune et La Rouge (Juin2013), revue de l’Ecole Polytechnique, sur l’industrie nucléaire deux ans après Fukushima

Le nucléaire n’est pas en déclin, bien au contraire

Fukushima n’a pas sonné le début du déclin du nucléaire, bien au contraire.  Au printemps 2013, soixante-huit réacteurs étaient en construction (soixante-cinq en mars 2011), et cent soixante et un étaient planifiés (cent cinquante-neuf en 2011).  Si L’Allemagne a décidé l’arrêt immédiat de sept réacteurs nucléaires et l’arrêt complet de tous ses réacteurs nucléaires d’ici 2022, si l’Autriche, la Belgique, l’Italie et la Suisse se désengagent,  si le Japon hésite, la Finlande, le Royaume-Uni, la République Tchèque et la Suède maintiennent l’option nucléaire, voire relancent leur programme ; la Chine (plus du tiers des centrales en construction), la Russie, l’Inde, la Corée du Sud maintiennent leurs projets, voire accélèrent… Les Émirats arabes unis, la Turquie, l’ Arabie Saoudite , la Pologne (qui revient de ses rêves à propos du gaz de schiste) ont annoncé leur intention d’accéder prochainement à l’énergie nucléaire.
Plusieurs raisons à cela : notre planète aura besoin en 2050 de deux fois plus d’énergie qu’aujourd’hui. Grâce au nucléaire, la France a un taux d’indépendance énergétique voisin de 50 %. Les Français payent l’électricité moins cher que les autres Européens, en moyenne 27% de moins pour les ménages et 33% de moins pour les entreprises. Grâce au nucléaire, un Français émet en moyenne 1,8 fois moins de CO2 qu'un Allemand et 2,9 fois moins qu’un Américain ; et encore, en abandonnant le nucléaire, les Allemands, pour des raisons politiciennes internes, ont déserté le combat contre le réchauffement climatique, et la nécessaire remise en route de centrales à gaz va encore dégrader leur bilan carbone.

Les défis de l’avenir

C’est dire que le nucléaire a plutôt le vent en poupe, et qu’en fait il est un des  éléments cruciaux de l’inévitable transition énergétique, de la sortie des énergies carbonées. La recherche et le développement dans le nucléaire ont encore de beaux jours devant eux et des défis à résoudre :
- La sécurité avec le déploiement des  réacteurs de 3e génération (EPR), le seul réacteur  à avoir été certifié par quatre autorités de sûreté, en France, en Finlande, en Chine et en Angleterre. Reste à savoir le construire efficacement et économiquement – les Chinois semblent y arriver mieux que nous.
- Un plan post Fukushima de dix milliards d’euros (mesures relatives aux risques naturels, à la défaillance des systèmes de sécurité et à la gestion des accidents graves) articulé avec  un «grand carénage EDF» (cinq milliards d’euros d’investissements par an jusqu’en 2025) afin d’assurer la pérennité du parc nucléaire au-delà de quarante ans.
Ce plan étant avalisé par l’ Autorité de Sureté, il va falloir choisir clairement  ; car évidemment, il ne faudrait pas investir plus de cinquante milliards d’euros pour ensuite arrêter les centrales…
- L’amélioration de l’utilisation de l’uranium par le développement des filières à neutrons rapides. Cette filière permettra de recycler tout le plutonium sans limitation du nombre de recyclages, d’utiliser l’uranium appauvri déjà présent en France et ne nécessitera plus d’approvisionnement en uranium naturel.
Deux filières possibles sont étudiées : les réacteurs refroidis au sodium (actuellement la filière de référence : projet Astrid mené par le CEA en collaboration avec EDF, Areva, Bouygues, Alstom, Astrium, Toshiba, Comex nucléaire, Jacobs, Rolls Royce et en collaboration internationale Inde, Japon, Russie, Corée du Sud, Chine, États-Unis). Bien que différents des réacteurs Phenix et Superphenix arrêtés par Lionel Jospin (et qui nous auraient permis d’avancer en pionniers dans cette voie), ils bénéficient des retours d’expérience de ces programmes. Inde, Chine, Russie veulent s’en doter dès 2035. Ferons-nous le choix d’être  significativement présents dans cette voie qu’impose la raréfaction prévisible des ressources en uranium ?
La filière des réacteurs refroidis au gaz est une option à plus long terme (projet Allegro) pour lequel il reste des verrous technologiques importants.
- Le développement  de « Small Modular Reactors » (250 MW) à sûreté passive, avec un cycle de rechargement de 24 mois et dont l’enceinte nucléaire peut être entièrement fabriquée en usine et transportée sur site. Il y a là un potentiel de développement extraordinaire pour des pays ne possédant pas la technologie nucléaire ; ces équipements seraient soumis à une législation internationale similaire à celle des transports de matières radioactives.
Et il reste aussi à développer les activités de stockage de déchet (projet Cigéo) et le démantèlement, pour lequel les USA sont plutôt en pointe.  Un intérêt technique majeur, mais de grandes inconnues en terme délais et de coûts – le  démantèlement ne constituera une filière durable et continue qu’à l’horizon 2025.
Le nucléaire reste pour le siècle qui vient l’industrie énergétique de choix  - la seule - qui permettra de sortit de l’économie carbonée, tout en permettant de contrôler le réchauffement climatique. Fukushima n’ a nullement remis en cause cette donnée majeure tout en imposant une rigueur accrue – et pas seulement technique, mais aussi en termes humain, avec des remarques sévères des autorités de sûreté sur les politiques de sous-traitance.   Il représente pour la France un atout compétitif majeur, et plus de 400 000 emplois directs et indirects, qui sont voués à augmenter.
Stop ou encore ? Encore évidemment, tout en investissant aussi en recherche et développement massivement dans le solaire, la seule énergie vraiment renouvelable.