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mardi 27 avril 2021

Hercule, encore ou après ? Ou une autre solution ?Le point de vue de Dominique Finon

 Qui veut la peau d’EDF ?

Hercule, il ne s’agit pas du demi-Dieu grec, mais du projet de réforme, et peut-être de démembrement d’EDF, déjà abordé sur ce blog à

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/05/edf-le-projet-hercule-ne-nous-rendra.html

Après plusieurs mois de lutte entre la direction d’EDF, le gouvernement français, les syndicats et la Commission Européenne, une situation toujours bloquée. Rien que l’incertitude que cela fait peser sur une entreprise de majeure importance pour la France, qui assure l’essentiel du service public de l’électricité en France (et qui fournit l’une des électricités les plus décarbonées et les moins chère d’Europe est inacceptable. Un remarquable article de Dominique Finon (Directeur de recherche émérite au CNRS, chercheur associé à la chaire European Electricity Markets et au CIRED) fait le récit d’un gâchis et d’un chaos institutionnel très inquiétants quant à ses conséquences possibles.

Texte complet : https://www.telos-eu.com/fr/economie/edf-pourquoi-senteter-sur-hercule.html?s=09

Extraits :

un projet totalement bloqué par le refus par Bruxelles…

« Le très contesté projet Hercule de réorganisation d'EDF n'est pas du tout incontournable, parce que ses objectifs sont discutables. Se crisper dessus, comme le font les dirigeants d'EDF nommés pour procéder à ce plan, relève d'un entêtement d'autant plus coupable qu'il provoque un conflit majeur avec le personnel et les syndicats. Le gouvernement vient pourtant de réaffirmer, le vendredi 9 avril, son engagement à procéder au projet Hercule dans une lettre envoyée aux syndicats pour rechercher leur appui dans son conflit avec Bruxelles. Il leur donne des garanties sur la préservation de leur statut dans cette réorganisation, le maintien de l'entité privatisable dans la sphère publique et la poursuite du développement du nucléaire dont le financement serait facilité par cette réforme. Ce soutien du gouvernement contribue à l'entêtement à maintenir un projet totalement bloqué par le refus par Bruxelles de cette réorganisation jugée insuffisante pour accepter la nouvelle régulation du nucléaire plus favorable à EDF que l'ARENH actuel, et sans qu'il y ait de plan B. »

L’origine de la situation : la libéralisation du marché de l’électricité

« La situation à laquelle on est arrivé est le résultat d'une longue histoire où les pouvoirs successifs ont cherché à résister à la mise en œuvre du modèle de marché prescrite par les directives successives. Pour faire bénéficier les consommateurs de la rente nucléaire, ils en ont fait à chaque fois le moins possible. On a ainsi retardé la disparition des tarifs règlementés de vente (TRV) le plus longtemps possible, malgré les directives de 2004 et 2009. Comme les tarifs rendent difficiles les entrées de fournisseurs alternatifs qui doivent s'alimenter sur le marché de gros sur lesquels les prix sont le plus souvent supérieurs aux TRV, le gouvernement a cherché à créer une concurrence artificielle avec le dispositif de l'ARENH mis en place en 2011 qui consiste à céder aux fournisseurs alternatifs une partie de la production nucléaire (jusqu'à 25%) à prix coûtant (42 €/MWh) pendant les périodes de prix élevés. Ces dispositions ont privé EDF d'une grande partie de ses marges. Par exemple en 2019, l'ARENH combiné au maintien du TRV sur le secteur résidentiel a pu coûter à EDF près de 1,5 à 1,7 milliards d'€ en 2019 (900 millions pour le TRV sur 133 TWh et 800 millions pour l'ARENH). En fait on pourrait abandonner ce projet de nouvelle régulation tout en abandonnant l'ARENH actuel et les tarifs règlementés de vente (TRV), tarifs sur lesquels, rappelons-le, s'est construit l'ARENH pour faciliter les entrées des fournisseurs alternatifs. « 

Commentaire : cette absurdité qu’est l’ARENH a été ainsi résumée par Marcel Boiteux : « il ne s’agit plus d’ouvrir la concurrence pour faire baisser les prix, mais d’élever les prix pour favoriser la concurrence ». De fait, dans la réalité, le démantèlement des monopoles publics de distribution en vigueur dans de nombreux pays européens a fait les prix de vente des énergies aux particuliers aboutissant à une hausse à trois chiffres des prix de l’électricité en Espagne. Elle a également été particulièrement douloureuse au Danemark, en Suède et au Royaume-Uni..

(https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/11/le-grand-echec-de-la-liberalisation-de.html)

Revenons au texte de Dominique Finon

1 er objectif d’Hercule :la fin de l’ARENH

« Le premier objectif est de faire accepter par Bruxelles une nouvelle règlementation du prix de la production nucléaire plus favorable à EDF que l'ARENH actuel qui ne porte que sur le quart de la production et n'est conçu que pour aider les fournisseurs concurrents d'EDF. Cette nouvelle régulation, paraît-il, romprait avec cette situation qui « ne garantit pas suffisamment (…) la couverture des coûts et ne lui permet pas de réaliser les investissements nécessaires à la poursuite de l’exploitation optimale du parc nucléaire » selon le texte de la lettre précitée. Pour faire accepter cette nouvelle régulation, on sépare dans Hercule les activités de production nucléaire des activités de commercialisation regroupées avec les productions EnR et les réseaux, pour mettre sur le même pied  "EDF commerce" et les fournisseurs alternatifs pour leurs achats sur le marché de gros. Bruxelles refuse cette nouvelle régulation s'il n'y a pas éclatement complet d'EDF avec séparation totale entre les futures entités pour empêcher toute circulation de ressources financières et toute coordination entre elles. La fin d'EDF en quelque sorte, ce que le gouvernement ne peut accepter »

Les objectifs financiers :la situation financière  d’EDF critiquée de manière très intéressée et excessive. Un muret d’investissement, pas un mur !

 Les deux autres objectifs du projet Hercule sont financiers. Ils ne répondent pas non plus à des problèmes objectifs, relativisés par une prise de distance par rapport aux règles du jeu et aux représentations de la finance. Le premier est la recherche d’un meilleur cadre de financement pour les projets nucléaires futurs en regroupant les actifs nucléaires dans une entité totalement publique dédiée à la production. Le second est la recherche d'une meilleure capitalisation boursière pour l'entité isolée du nucléaire en lui permettant d'avoir une stratégie alignée sur celle des autres énergéticiens européens  (Iberdrola, ENEL, le danois Orsted, notamment) portés aux nues par les milieux financiers.

Mais ce ne sont que des construits relevant de la vision étriquée des milieux financiers qui ne cessent de critiquer EDF, de dénigrer le nucléaire et de mettre en avant leur vision de la transition énergétique calée sur la bien-pensance bruxelloise

La justification du projet Hercule s'est en effet établie sur fonds d'exagération de la situation d'endettement d'EDF et de perception négative des coûts et des risques financiers du nucléaire. Elle se fait aussi sur fonds de mythification des stratégies "à la mode" de ces énergéticiens dans la mise en scène d'un marché international très concurrentiel de contrats  EnR.

Les institutions financières, les agences de notation, les medias spécialisées n'ont de cesse de reprocher à EDF ses mauvaises performances financières qui seraient dues à ses erreurs de stratégies et à son entêtement dans le nucléaire. On ne compte pas les articles critiques consacrés à la dette abyssale d'EDF, à ses errements stratégiques, et à son incapacité à pouvoir faire face à un soi-disant "mur" d'investissements alors qu'il s'agirait plutôt d'un muret. Prenons la dette d'EDF: elle n'a rien d'abyssal au regard de ce qu'elle a été pendant la période de développement du programme nucléaire dans les années 80 et 90 où elle est montée jusqu'à 34 milliards d'€, soit une fois et demie son chiffre d'affaires de l'époque, alors que les 42 milliards de € actuels correspondent à 60% de son CA.

Certes on peut évidemment arguer que le ratio dette/EBITDA, la référence des prêteurs pour garantir le remboursement  de nouveaux emprunts, est au-dessus du sacro-saint 2,5.  Mais on peut tout de même s'interroger sur la pertinence de ce ratio qui reflète le court-termisme des institutions financières. Est-il vraiment adapté pour juger d'emprunts destinés à financer des équipements à très longue durée de vie qui rapporteront encore bien au-delà de l'horizon des préteurs?

Quant au soi-disant mur d'investissements dans le nucléaire, il se composerait des investissements annuels dans le grand carénage qui se monteront au maximum à 1 milliard d'€ par an et des investissements de 2,5 milliards dans le futur programme de six EPR 2 (estimé à 47 milliards et étalés sur 20 ans), auquel s'ajoute l'engagement annuel d'1 milliard dans Hinkley Point C. Au total ces cinq milliards d'€ par an ne correspondent qu'au tiers de l'enveloppe annuelle d'investissements d'environ 15 milliards prévus par le groupe EDF de faire au cours des années 2020, dont 2 à 3 milliards dans les EnR prévus selon le plan stratégique CAP 2030 défini pour installer 30 GW d'ici 2030. On ne peut donc pas parler de mur d'investissement, tout au plus de quelques haies à enjamber, dont celle de la mise en place de contrats de garanties de revenus avec l'Etat pour les futurs EPR2 qui reporterait une grande partie des risques sur l'Etat »

Le dénigrement permanent d'EDF n'a pas manqué de provoquer la chute régulière de la valeur de l'action EDF, ce qui réduit sa capitalisation boursière à 35 milliards et limite les possibilités de financement par le marché des actions par augmentation de capital….

Un modèle de l’ « électricien avisé » qui l’est fort peu : stratégie purement financier et court-tremiste, incapable de répondre aux enjeux de la transition énergétique

Mais en, fait explique Dominique Finon, il faut critiquer ce modèle de l’ électricien avisé porté aux nues par les marchés financiers..

« Est-ce que l'Italie et l'Espagne trouveront pour autant avec leurs champions nationaux focalisés sur l'international et les technologies EnR, un moyen suffisant pour réussir leur transition vers la neutralité carbone d'ici 2050 ? Ne doit-on pas sortir de ce modèle surfait  de "l'énergéticien avisé", en se distanciant des représentations dominantes de la transition bas carbone qui ne misent que sur ces technologies non pilotables et peu denses, sans défendre l'originalité de la transition électrique française à dominante nucléaire ? Pour l'heure ce n'est pas du tout dans l'air du temps quand on voit des ministres commander des scénarios 100% EnR pour se démarquer d'EDF, et des agences  publiques (RTE, ADEME) ratiociner à l'infini sur la façon de réduire la part du nucléaire au-delà de 50% après 2035 en promouvant sans limite les EnR. »

Une solution est possible :fin des TRV et de l’ARENH, et Bruxelles n’a plus rien à dire !

« En fait on pourrait abandonner ce projet de nouvelle régulation tout en abandonnant l'ARENH actuel et les tarifs règlementés de vente (TRV), tarifs sur lesquels, rappelons-le, s'est construit l'ARENH pour faciliter les entrées des fournisseurs alternatifs. Objectif qui s'est pleinement réalisé avec les entrées massives de Total, Engie et ENEL, ce qui justifierait déjà en soi l'abandon de l'ARENH, ce qui serait possible  si on abandonne les TRV. Et, en abandonnant le projet de nouvelle régulation du nucléaire, on éviterait de se soumettre au contrôle mortifère de Bruxelles… »

« On peut se passer du projet Hercule et s'en tenir à l'organisation actuelle d'EDF, ce qui mettrait déjà fin au conflit social. EDF bénéficie de la garantie implicite de l'Etat pour emprunter, et quoiqu'on en dise, elle garde des "poches profondes", certes un peu rétrécies actuellement  mais c'est parce qu'on dramatise à dessein sa situation financière. En abandonnant les TRV et l'ARENH qui lui coûtent les deux plus d'un milliard par an, EDF verrait ses marges restaurées en partie. La France ne ferait qu'adopter intégralement le modèle de marché de l'amont à l'aval prescrit par les directives, comme l'ont fait de longue date les autres Etats membres. En étant enfin  "dans les clous" de ce modèle européen, la France serait légitime pour promouvoir de façon efficace à Bruxelles de nouvelles règles  permettant de réformer le régime de marché électrique pour faciliter les investissements dans toutes les technologies »

« Même en partie privatisée, EDF est une entreprise au service de la politique d'indépendance énergétique et de préservation du climat. Il en est le principal outil en France avec le maintien de son engagement dans le nucléaire pour garantir les faibles émissions de carbone du secteur électrique. EDF est aussi le meilleur outil de préservation d'une filière industrielle de pointe dans laquelle la France a excellé et pourrait exceller de nouveau pour ne pas dépendre dans le futur du nucléaire chinois. Elle peut rester une entreprise au service de l'intérêt public sans chercher à s'aligner aveuglément sur les énergéticiens européens »

« Il y a une autre voie que le projet Hercule pour restaurer les marges d'EDF et d'autres chemins pour répondre au défi du financement des investissements futurs dans le nouveau nucléaire et les EnR.

Ceci implique que l'Etat sorte de son ambigüité sur le nucléaire et qu'il ait foi dans l'originalité de la transition à la française à dominante nucléaire loin des sirènes allemandes et bruxelloises, qu'il ait foi aussi en "son" entreprise électrique en cessant de ne prêter l'oreille qu'aux seuls milieux financiers »



lundi 17 février 2020

Requiem pour Fessenheim 2


Un léger sentiment d’écœurement et de colère


Bon, je vais pas reprendre tout ce blog, juste quelques éléments, comme ça : La fermeture de Fessenheim entraînera  un surcroît d’émission de GES entre 6 et 12 millions de tonnes équivalent CO2 / an, du fait du recours aux centrales à gaz et charbon que sa prolongation aurait permis d’éviter. Fermer Fessenheim =équivaut à relâcher autant de CO2 dans l'atmosphère que de faire voler chaque jour 24 à 48 Airbus supplémentaires entre Paris et New York (en AR).

Cela correspond aussi à une fourchette comprise entre 30 et 60 % des émissions de CO2 de la totalité de la production électrique nationale !!! (20,4 millions de tonnes de CO2 en 2018 selon le Bilan électrique 2018 du Réseau de transport d'électricité (RTE)

Fermer Fessenheim, c’est aussi la nécessité de garder en activité au moins deux centrales à charbon , Gardanne et Cordemais pour couvrir les pointes.

Fermer Fessenheim, ce sont des risques sérieux de black out pour l’Alsace, 1.800 MW d’électricité bas carbone qui vont quitter le territoire alsacien. Le député Raphaël Schellenberger (LR, Haut Rhin) n’a cesser d’alerter à ce sujet, en vain.

Fermer Fessenheim, c’est encore la perte de 2000 emplois de haut niveau directement générés par la centrale,

Fessenheim, en éoliennes, c’est ça ! En fin pardon, ça c’est un quart (850 éoliennes sur 4500), réalisés grâce à l’infinie patience de Laydgeur , qui s’acharne à nos concocter des trucs un peu visuels sur tweeter. Parce que c’est bien, même essentiel, de pouvoir se rendre compte des ordres de grandeurs !



Donc, quand le gouvernement le même jour, annonce un plan anti-gaspillage bannissant les touillettes en plastique et 140 autres mesures du même acabit, et la programmation de la fermeture de 14 centrales nucléaires, il y a de quoi effectivement pêter un plomb. Elisabeth Borne, Emmanuelle Wargon, à dégager !


Et quand Macron va faire tout un cirque médiatique autour de la Mer de Glace, c’est indécent. Fermer Fessenheim, et 14 autres centrales nucléaires, c’est transformer la Mer de Glace en soupe neigeuse, et bien pire encore…. Alors, c’est juste un peu écœurant !

Un qui commence aussi visiblement à s’énerver        , c’est le très digne et universitaire, et professoral Jacques Percebois, pilier du site Connaissance des Energies. Citations :

Sa fermeture ne doit rien à des conditions de sûreté…et elle coûte très cher.

« La décision de fermer les deux réacteurs nucléaires de Fessenheim est encore contestée mais elle est aujourd’hui actée : EDF confirme avoir déposé auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) la demande d’abrogation de l’autorisation d’exploiter la centrale et prévoit d’arrêter les deux réacteurs de 900 MW chacun en 2020, le premier le 22 février et le second le 30 juin… Le site alsacien est la doyenne des centrales françaises mais sa fermeture ne doit rien à des considérations de sûreté (l’ASN avait autorisé la poursuite de l’exploitation du réacteur n°1 pour dix ans en juillet 2011 et avait fait de même pour le réacteur n°2 en avril 2013). Cette décision est la conséquence d’un choix politique. Cela peut paraître d’autant plus surprenant que le Conseil de l’Union européenne a décidé en septembre 2019 de maintenir éligible l’énergie nucléaire dans le label des investissements « verts », en justifiant cette position par le fait que le nucléaire est une énergie « décarbonée »…

Le coût « technique » de la régression comptabilise les coûts que l’opérateur EDF et les autres actionnaires vont supporter du fait d’une fermeture anticipée de ces deux réacteurs… EDF indique avoir signé en septembre 2019 avec l’État un protocole d’indemnisation au titre de la fermeture anticipée de la centrale. Ce protocole prévoit les versements échelonnés sur 4 ans d’environ 400 millions d’euros correspondant à l’anticipation des dépenses liées à la fermeture (dépenses de post-exploitation, taxes diverses, coûts de démantèlement et de reconversion du personnel). Il faut dans ce cadre tenir compte de l’actualisation : ces dépenses auraient dû être engagées dans vingt ans et le fait de devoir les engager plus tôt a un coût financier pour l’entreprise.

D’autres indemnités sont évoquées au titre du manque à gagner pour les kWh qui ne seront pas produits pendant les 20 ans à venir. Ces indemnités éventuelles seront calculées ex post sur la base des prix observés sur le marché de gros et en faisant des hypothèses sur le taux d’utilisation de la centrale. Sur la base d’un prix de gros de l’ordre de 45 €/MWh (chiffre proche des prix observés aujourd’hui et aussi du niveau de l’ARENH, encore fixé à 42 €/MWh actuellement) et en prenant un taux d’utilisation de l’ordre de 75%, cela donnerait un manque à gagner de l’ordre de 4 à 5 milliards d’euros pour l’opérateur sur les 20 ans (sur la base d’une production de 12 TWh par an, avec un chiffre d’affaires de l’ordre de 10,8 milliards d’euros sur la période)… Notons qu’EDF ne sera pas le seul opérateur à indemniser puisque la centrale est pour partie propriété d’autres électriciens européens (un consortium suisse et une entreprise allemande)…

Le coût « social » de la régression évalue les impacts macroéconomiques liés à la fermeture du site, c’est-à-dire les effets que cette fermeture engendre sur l’économie locale, voire l’économie nationale. Il y a d’abord les coûts liés aux pertes d’emplois. En plus des emplois directs (agents de la centrale) et des emplois indirects (employés des sous-traitants) perdus, il faut estimer les pertes d’emplois induits c’est-à-dire des emplois au sein des entreprises, commerces et services qui profitaient de l’activité de la centrale (certains parlent de 1 000 emplois menacés)…

Une politique illisible

La fermeture confirmée de la centrale de Fessenheim intervient dans un contexte particulier, tant les signaux envoyés par les pouvoirs publics sont contradictoires et difficiles à interpréter. Selon la PPE, la part du nucléaire dans la production française d’électricité doit progressivement baisser mais dans le même temps le gouvernement vient de demander à EDF d’explorer une voie consistant à relancer la construction de 6 EPR d’ici une quinzaine d’années.
La feuille de route est précise : la construction de chaque paire de réacteurs sera espacée de 4 ans et les tranches au sein d’une même paire de 18 mois. C’est une bonne décision si l’on veut maintenir les compétences et le savoir-faire de l’industrie française des réacteurs. Ces EPR2 seront sans doute moins complexes à construire que celui de Flamanville et, grâce aux économies d’échelle, leur coût devrait être plus faible.
Ces nouveaux réacteurs, si la décision de les construire est bien confirmée, vont-ils se substituer à des fermetures programmées ou vont-ils accélérer la fermeture d’autres réacteurs ? Faut-il s’attendre à un report de l’échéance 2035 concernant le plafond de 50% de nucléaire dans le mix électrique? Il est difficile de répondre d’autant que l’avenir de l’EPR va aussi dépendre de la façon dont les choses vont se passer à Hinkley Point au Royaume-Uni.

Le gouvernement a le projet de restructurer EDF en scindant l’entreprise en deux entités (le plan « Hercule »), dont l’une, 100% publique, se chargerait du nucléaire et de l’hydraulique. Faut-il y voir une façon de « sanctuariser » le nucléaire ou au contraire la volonté de créer une société en charge de gérer des actifs considérés comme « échoués » à terme, à l’instar de ce que l’Allemagne a fait pour ses actifs charbonniers ? Cette entité (qualifiée de « bleue » dans le plan proposé) serait alors considérée comme une société de « defeasance » visant à organiser la sortie du nucléaire.

La mise en veilleuse en septembre 2019 du projet de surgénérateur Astrid est une décision majeure, passée un peu inaperçue, dans la mesure où l’on retarde (certains disent abandonne) le choix d’un réacteur de nouvelle génération à neutrons rapides qui permet de mieux utiliser l’uranium, d’en accroître fortement les réserves, et dans le même temps de réduire le volume et la nature des déchets nucléaires à stocker puisque certains déchets deviennent des combustibles (cas du plutonium) tandis que d’autres peuvent être transmutés (cas de certains actinides mineurs).
C’est certes déjà le cas avec le MOX, qui permet de recycler du plutonium, mais pas à la même échelle. Pendant ce temps, les Russes et les Chinois, mais aussi les Américains, continuent de développer cette voie des surgénérateurs, dans laquelle la France était pourtant leader (grâce aux réacteurs Rapsodie, Phénix et Superphénix tous aujourd’hui à l’arrêt).
Certes, les recherches pour la Génération IV continuent « sur le papier » mais dans le nucléaire, les retards sont parfois irréversibles et rien ne remplace la construction d’un prototype. Les retards de Flamanville, en comparaison avec les performances des deux EPR de Taishan construits en Chine avec l’aide d’EDF, montrent combien la pratique et le maintien des compétences sont des atouts importants.


Et après Fessenheim ? Les fausses promesses du technocentre ne seront pas tenues.

Une politique absurde qui nous coûte un pognon de dingue, une politique illisible, mais aussi d’énormes mensonges et des promesses non tenues. L’inquiétude est notamment et justement soulevée par le député de la région Raphaël Schellenberger dans une tribune de l’Energeek. Extraits :

 « La construction d’un techno-centre installant à Fessenheim une filière de pointe et d’excellence dans le démantèlement nucléaire devait être le projet phare de la reconversion économique du territoire, clairement identifié comme tel par le Ministre François de Rugy en février 2019 lors de son passage en Alsace. Et pourtant, le gouvernement affiche aujourd’hui son profond scepticisme quant à cette réalisation alors même qu’il avait toutes les cartes en main pour la rendre possible.

Envisagée très tôt, cette idée, venant des écologistes eux-mêmes, était censée rassurer une région vivement préoccupée par les conséquences économiques néfastes de l’arrêt des deux réacteurs. La promesse de centaines d’emplois découlant de ces activités de démantèlement, inscrites à une échelle européenne, constituait la parade des partisans de la fermeture face à l’impact social de leur combat. Bien que surévaluée, la portée économique de cette installation devait être considérée avec responsabilité après la victoire des opposants à l’énergie nucléaire et l’annonce définitive de la fermeture de la centrale de Fessenheim.
Le techno-centre constitue effectivement l’occasion de créer des emplois. Certes, avec un zéro en moins, les projections d’activité permettant d’espérer 150 emplois plutôt que les 1 500 souvent communiqués, mais tout de même…

Mais voilà, depuis le début, deux conditions bien identifiées sont posées pour réaliser ce projet : la capacité à constituer une stratégie franco-allemande et la nécessité de faire évoluer la réglementation sur les déchets nucléaires.
Ces deux conditions, EDF, qui a étudié le sujet avec sérieux, les pose depuis deux ans et le début des travaux du comité de pilotage installé par le gouvernement. Jean-Bernard Levy, PDG d’EDF, les a rappelées explicitement en réponse à l’une de mes questions lors de son audition devant la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale en décembre dernier. Seule l’action et l’engagement de l’Etat permettraient de les satisfaire…

Malgré les annonces fièrement brandies, le gouvernement n’a pas avancé d’un centimètre sur ces points. Nos deux obstacles demeurent donc et le Ministère en charge semble avoir maintenant tourné la page du techno-centre alsacien comme l’attestent les mots sur le sujet d’Elisabeth Borne, Ministre de la Transition écologique et solidaire, à l’Assemblée nationale le 8 janvier 2020. Circulez, il n’y a rien à voir, le sujet n’est pas porteur….

Tout dans ce dossier est incohérent. Si la France ne fait pas évoluer sa règlementation sur les déchets nucléaires, l’une des deux conditions pour réaliser le projet, nous continuerons à considérer tous les matériaux issus du démantèlement comme des déchets nucléaires, même s’ils ne sont ni radioactifs ni contaminés. Il faudra alors les traiter comme tel et les enfouir ou les stocker de façon définitive. Par contre, nos voisins européens, qui disposent d’une réglementation adaptée, pourront quant à eux les recycler et les remettre sur le marché européen des matières. Nous les verrons donc arriver dans nos biens de consommation. Encore une fois, notre échec serait double.

« L’exemplarité promise au territoire de Fessenheim par le gouvernement dans l’accompagnement de la fermeture de la centrale n’est pas au rendez-vous »


Le technocentre enterré par Elisabeth Borne

Raphael Schellenberger et les syndicats, et EDF, et les Français qui voient leur patrimoine bradé auraient sans doute mieux fait de s’opposer plus fermement à la fermeture de Fessenheim quand il en était temps plutôt que de croire aux promesses mêmes maigrelettes, du Technocentre. Car celui-ci semble bel et bien enterré par Elisabeth Borne. Déclarations (9 janvier 2020, devant la Commission du développement durable :

 « «J’ai eu des échanges avec mes homologues allemands (…). Je ne peux pas vous dire qu’il y ait des grands signes d’ouverture de la part de nos voisins sur l’utilisation d’un technocentre qui supposerait pour eux de déplacer des déchets nucléaires au-delà de la frontière», a indiqué la ministre. «Et très franchement, ça ne me paraît pas forcément une piste facilement concrétisable», a-t-elle conclu.

dimanche 3 novembre 2019

Pourquoi l’EPR est très rentable pour EDF et pour la France


EPR et EDF : inquiétude et vérité des chiffres. Ce n’est pas l’EPR qui met EDF en péril !

On entend beaucoup de chose sur le coût exorbitant de l’EPR, et même à l’intérieur de l’entreprise, certains s’inquiètent et voient déjà EDF en faillite à cause du coût de l’EPR et du nouveau nucléaire. Il n’est pas difficile d’ailleurs, comme dans beaucoup d’entreprises, d’y voir la marque de la prise du pouvoir des hommes gris de la finances et de leurs tableurs excel, peu au fait de ce qui gouverne vraiment la réalité (les lois physiques plutôt que les hasardeuses prévisions financières), au détriment des ingénieurs et entrepreneurs. Ces hommes qui toujours gèrent le déclin jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien à gérer  et jamais n’inventent l’avenir ; avec eux, jamais le nucléaire français ne serait advenu. Bon, ce petit compte réglé, je me calme et j‘essaie de donner quelques éléments.

D’abord, l’EPR est un réacteur qui correspond aux besoins énergétiques futurs. Si l’on veut répondre au défi climatique sans provoquer l’effondrement de nos sociétés, c’est au niveau européen et mondial Il est plus puissant, plus sûr, utilise mieux le carburant nucléaire, c’est la source d’énergie la plus intensive, qui occupe le moins d’espace ( allez, approximativement, un seul EPR ça vous fait une double rangée d’éolienne tout le long de la côte méditerranéenne – et envore, à supposer qu(elles puissent fonctionner de manière optimale dans ces conditions)

Ensuite, L’EPR fonctionne. Deux EPR en Chine, à Taishan, construits en collaboration avec EDF crachent vaillamment tous leurs électrons depuis décembre 2018 et juin 2019. Le réacteur finlandais d’ Olkiluoto a été achevé, il est en train de charger son combustible. Deux autres sont en cosntruction à Hinkley Point en Angleterre.

Ensuite, ensuite l’EPR est rentable, beaucoup plus que toutes les ENR  ! L’EPR de Flamanville coutera 13 milliards d’euros. C’est beaucoup trop cher, et cela résulte du fait que 1) c’est le premier prototype ; 2) il a souffert de la désorganisation de la filière nucléaire française ( Areva et EDF séparés et concurrents !) et d’une certaine perte de compétence de la capacité d’équipementier d’EDF qui, grâce aux manœuvres des étrangleurs ottomans du nucléaire, antinucléaire par idéologie, décisionnaires lâches ou incompétents) n’a pas construit de réacteurs depuis près de 20 ans (Chooz, 2000)

Mais l’EPR  sur sa durée de vie de 60 ans rapportera au moins déjà le triple de son coût, assuré. Et sans doute beaucoup plus.  Parce que si l’on veut parler d’actualisation, qu’on me dise ce que vaudra une électricité abondante, décarbonée et surtout  pilotable dans trente ou quarante ans, si, comme il est important si l’on veut combattre efficacement le dérèglement climatique, la taxe carbone explose et si grâce aux pitreries des Allemands et de leur Energiewende, l’électricité devient rare et les black out se multiplient.


Nucléaire historique :33-40€/MWh
Photovoltaïque : 62-99€/MWh
 Eolien : 60-65€/MWh
Eolien marin : 200-220/MWh
EPR:70-110€/MWh

Ajoutons les subventions publiques: Eh oui, les producteurs « alternatifs »  les oublient souvent !

Nucléaire : 25€/MWh
éolien: 476 €/MWh
 photovoltaïque :+500 €/MWh
Bon, par gentillesse, on a laissé l’éolien off shore qui enfonce tout ( voir qd même ci- après)

Rapport de la Cour des comptes 2018 :

Solaire : l'État doit ainsi payer chaque année 2 milliards d'euros pour produire par le solaire... 0,7 % du mix électrique français !!!. Soit, d'ici à 2030, la bagatelle de 38,4 milliards d'euros, pour une goutte d'eau énergétique.

Soit déjà 3 EPR tarifs Flamanville ( et on peut faire beaucoup moins !)

Eolien off shore !:Les six parcs d'ores et déjà attribués au large des côtes françaises devraient coûter 2 milliards d'euros par an sur 20 ans, soit un montant total de 40,7 milliards, pour une part de 2% du mix énergétique !!!

Soit encore 3 EPR tarifs Flamanville (allez, même 4 tarif normal) !

Et l’on parle là de sommes déjà engagées, pas des derniers délires de promotion de l’éolien terrestre et surtout off shore !

C’est pas de l’EPR qu’EDF risque de mourir, mais de l’éolien !  En France, l’Iddri et Agora Energiewende estiment les financements publics en faveur des EnR électriques à près de 5 milliards d’euros par an pour les années 2018 à 2020 ( déjà engagés) et si l’ons uit la démente PPE, ce la va augmenter. l’Iddri et Agora Energiewende prévoient un pic entre 6,5 et 8,5 milliards d’euros par an à l’horizon 2025-2030 !!!

Donc, même à coût explosé ( et c’est vrai ça a pas été top top !), l’EPR de Flamanville équivaut  à environ 2 ans et demi de subventions aux énergies renouvelables (actuellement et un an et demi dans la prochaine décennie)

Donc  : 10 milliards d'euros, c'est la somme que nous payons tous, en deux ans et demi, sur nos factures d'électricité, en subvention aux énergies photovoltaïque et éolienne. 

Pour vous en convaincre, consultez donc sur votre dernière facture EDF la ligne « Contribution au service public de l'électricité », ou CSPE. Cette contribution était jadis consacrée à la solidarité, solidarité sociale avec ceux qui ne peuvent pas payer leur facture, et solidarité géographique avec les territoires où la production d'électricité coûte beaucoup plus cher (Corse, DOM-TOM, etc.).  En 2003, par exemple, la CSPE presque totalement consacrée à la solidarité a coûté 1,5 milliards d'euros. En 2015, la CSPE coûtera 7 milliards, dont seulement 29 % iront à la solidarité : tout le reste, ce sont des subventions à l'électricité d'origine renouvelable et à la cogénération.
La CSPE n’aide plus la précarité électrique, elle subventionne grtassement les nécessiteux producteurs d’ENR.

Donc CQFD, ce qui met en péril EDF, ce n’est pas le coût du nucléaire, mais celui des ENR !

La politique aberrante de pillage d’EDF :

Plusieurs de ces thèmes ont déjà été abondamment traités dans ce blog, je n’y reviens ici qu’en résumé (cf. aussi  une enquête intéressante de Marianne, magazine numéro 1178, "EDF : le démantèlement a commencé" ,)

Loi NOME et ARENH: En 2010, la loi NOME met en place l’Arenh (accès régulé à l’énergie nucléaire historique). Ce mécanisme permet aux nouveaux arrivants de s’approvisionner en électricité dans des conditions économiques équivalentes à celles supportées par EDF. Le prix de l’Arenh fixé par l’État à 42 € n’a pas évolué depuis 2012. En 2018, les opérateurs alternatifs ont demandé plus de 100 TWh, soit le quart de la production nucléaire d’EDF… En 2007, lors de l’ouverture du marché à la concurrence, Force Ouvrière avait dénoncé le manque d’incitation à investir dans la production par les défenseurs de la concurrence à outrance. Elle avait alerté en disant que tout ceci aura des conséquences graves au regard de la sécurité d’approvisionnement qui est déjà fragilisée par le manque d’investissement
EDF est obligé de subventionner des opérateurs alternatifs soi-disant vert, qui se gavent surtout de nucléaire historique (aux dépends du patrimoine des Français).

La pression politique sur les prix : EDF s’est vu imposer une évolution irréaliste des prix, même une baisse à partir de 1996 et une quasi-stabilité jusqu’en 2010EDF s’est vu imposer une évolution irréaliste des prix, même une baisse à partir de 1996 et une quasi-stabilité jusqu’en 2010. De 1983 à 2014, l’indice général des prix a augmenté de 116 %, le salaire moyen des Français de 160 % mais le tarif de l’électricité de seulement 42 %.

Prix d’achat des ENR : j‘ai mentionné plus haut le coût réel des ENR plus subventions comparé au nucléaire plus subventions. Le fait est qu’une bonne partie de ces subventions a été effectué au détriment direct  d’EDF. En plus des manipulations de ses prix de vente, EDF a été contraint d’acheter aux producteurs, notamment solaires et éoliens, toute leur production à des prix administrés très supérieurs à ses propres coûts de production. Pour le solaire sur les toits des bâtiments, les prix imposés étaient de huit fois supérieurs au coût de revient EDF (420 euros/MWh contre 50). Et comme leur production est aléatoire et intermittente, toujours hors pics de consommation, elle est deux à trois fois moins utile que celle des centrales produisant à la demande, soit un coût réel de 16 à 24 fois supérieur aux prix de marché. Ce soi-disant « investissement » ne s’est traduit par la création d’aucune entreprise française du secteur, tous les panneaux photovoltaïques étant importés de Chine. Pour les éoliennes marines, les prix seront, à leur démarrage en 2022 et pour une durée de vingt ans, 4 à 5 fois supérieure aux prix actuels de marché (200-220 euros/MWh). Ces projets ont été lancés par les gouvernements français de façon improvisée et prématurée, sans tenir compte des réalités techniques et économiques.

Ponction sur les bénéfices : EDF verse chaque année environ 2 milliards d’euros de dividendes, principalement à l’État. Un montant exigé pour rapprocher le déficit public de l’engagement pris à Bruxelles par le gouvernement. En fin, celui-ci s’est rendu compte en 2016 qu’il avait quelque peu abusé et a recapitalisé EDF pour 4 milliards d’euros. De toute façon, largement insuffisant compte-tenu de la reprise de la Cogema. Où est la cohérence ? à part une politique de très court terme, ceci depuis des années…

Perturbations du marché de l’électricité : Les subventions massives aux énergies renouvelables et l’obligation d’achat mise en œuvre par les gouvernements français et étrangers ont bouleversé le marché européen de l’électricité : plus l’électricité est coûteuse à produire, plus son prix baisse sur le marché libre. Un paradoxe difficile pour EDF qui dispose d’une base de production efficace mais à coût fixe. Une situation qui n’a pas été anticipée par le gouvernement dans ses négociations à Bruxelles, une grande partie des perturbations provenant des productions aléatoires de pays voisins (Allemagne, Espagne). Autrement dit, le fait d’assurer  une production pilotable permettant de suivre la consommation n’est plus rémunéré à son juste coût…d’autant que plus il y a de renouvelables intermittentes, plus ce coût augmente en même temps qu’il est de plus en plus nécessaire.(puisqu’il faut bien garder les productions pilotables à un niveau équivalent à celui des intermittents)

C’est toute l’imbécillité de la PPE en France ! remplacer du nucléaire pilotable par de l’éolien non pilotable (plus du gaz) , c’est mauvais climatiquement, économiquement, socialement, écologiquemen

Bon, l’EPR sera le moindre des soucis d’EDF, une fois que les dirigeants politiques auront eu le courage de prendre la décision qui s’impose rationnellement… 6, 8, 10 EPR…. Maintenant !


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jeudi 5 septembre 2019

Hercule : mille bras pour le combattre !



Grève intersyndicale contre le projet Hercule de démantèlement d’EDF (CFE-CGC, CGT, FO, Sud)- 19 Septembre 2019

Communiqué intersyndical - extraits

La casse du Groupe EDF est une véritable menace qui vise le service public de l’électricité, les salariés et les citoyens français.
Le projet de réorganisation au nom de code « Hercule » ne résoudra pas les problèmes d’EDF générés par l’État français et la dérégulation du marché européen de l’électricité. Par contre, ce sont bien les citoyens français et les salariés du groupe EDF qui tôt ou tard, paieront la facture.

Un dispositif scélérat, l’ARENH (Accès Régulé à l’électricité Nucléaire Historique), créé par la loi NOME de 2010 pour le plus grand bonheur des concurrents d’EDF et des fortunes privées ainsi créées n’a fait que fragiliser EDF et le service public !

Ainsi aujourd’hui, le Groupe EDF est menacé par une régulation défaillante et une réforme de son organisation alors qu’elle produit, transporte, distribue et commercialise un bien de première nécessité et assure, depuis plus de 70 ans, une mission de service public.
Il y a urgence de redonner au Groupe EDF les moyens d’investir pour garantir un service public de l’électricité de qualité, au meilleur coût, pour tous, partout et toute l’année. C’est d’autant plus essentiel que l’électricité doit répondre aux défis de la transition énergétique

Ce n’est pas le projet Hercule qui apportera la solution à ce problème de fond du Groupe EDF ; au contraire, celui-ci fragiliserait l’entreprise, détériorerait le service public et les citoyens comme les salariés en subiraient les conséquences. Cette menace est une étape supplémentaire dans la libéralisation du marché de l’électricité et la financiarisation de l’entreprise intégrée EDF dont les réussites sont pourtant indéniables. EDF est un modèle d’entreprise du service public qui a su démontrer à travers ses agents un professionnalisme salué par les citoyens, y compris en cas de coups durs…  et ce, malgré les errements et gabegies d’acquisitions hasardeuses à l’international et les dividendes démesurés versés à l’État !

Avec la fragilisation du service public, le risque est grand pour les citoyens de connaître des coupures longues et une augmentation importante des factures d’électricité dans les années à venir. Indirectement se jouera aussi l’avenir du statut national du personnel des Industries Électriques et Gazières pointé du doigt par le Gouvernement.

Cf sur ce sujet, blog précédent

Un exemple de désoptimisation : SNCF Gares et Connexion

Si l’on veut avoir une idée de ce que cela signifie de découper une entreprise publique en morceaux et de la désoptimiser, on peut prendre l’exemple inquiétant de la SNCF et la la fin du monopole de la SNCF sur le transport de voyageurs, réforme imposée au nom du sacro saint principe de la concurrence par la Commission de Bruxelles. Une des conséquences en est la séparation de SNCF mobilité (le transport), de Réseau Ferré de France, et des gares (nouvelle entreprise SNCF, Gares & Connexions). Conséquences :

-Un recours accru à une sous-traitance peu qualifiée et mal payée mettant en jeu la sécurité : Le rêve de tout ultra libéral, supprimer les cheminots et leur statut (qui a ses contreparties – l’obligation de service public, qu’il pleuve, vente, neige, glace, et l’égalité territoriale). Ainsi, le nombre de cheminots n’a cessé de baisser depuis quinze ans, passant de 178 000 en 2003 à 148 000 en 2016 ; en parallèle, la SNCF filialise massivement des activités, notamment avec Sferis pour l’entretien du réseau ferré (travaux et maintenance des voies).. Est-il raisonnable de soumettre à la loi de la maximisation du profit la sécurité des voies ferrées ? Le déraillement de Brétigny sur Orge (7 morts, trente blessés) n’ pas servie de leçon ?
En tous cas, ce n’est ce que pense la justice. Une ordonnance de référé du 01 aout 2019  du Tribunal de Bobigny, demande  l’arrêt immédiat de toutes les opérations de sous-traitance, tant en maintenance qu’en travaux pour Réseau Ferré de France. A suivre
Dans le domaine de la sécurité, Gares & Connexions par exemple, remplace de plus en plus le service de sécurité de la SNCF (SUGE) par des vigiles privés. Cette Balkanisation de la sûreté est inquiétante !

- Moins de gares : c’est maintenant non seulement la ligne qui devra être rentable, mais aussi les gares. En Auvergne-Rhône-Alpes, la grogne a poussé le pourtant très droitier Laurent Wauquiez, à exiger un moratoire sur les fermetures de 17 guichets …

- Moins ou plus du tout de billets dans les gares : 1 h 40 pour acheter un billet en gare de Nantes, 2 h en gare de Montparnasse à Paris, en plein départ de vacances avec des trains retardés ou annulés. Eh bien, ce n’est pas fini. Tout le monde a pu noter la disparition à grande vitesse de la vente de billets dans les banques. En gros, Gares & Connexions a commencé à faire savoir qu’après tout, il n’avait plus de raison de permettre à SNCF mobilité de vendre des billets dans ses gares à lui, ou pas plus que ses concurrents. Donc, si SNCF mobilité veut vendre des billets dans les gares de SCNF Gares & Connexions, il faudra qu’elle paie une redevance. Il semblerait que SNCF mobilité soit très tenté par un doigt dit d’honneur.

- Des gares transformées en centre commerciaux : des chantiers de grande ampleur, pour augmenter le nombre de commerces, ont été lancés à Austerlitz, à la Gare du Nord, ou encore à Rennes et Nantes. Le comble est atteint pour le chantier de la gare du Nord, qui a fait réagir Un collectif, dont les architectes Jean Nouvel, Dominique Perrault et Roland Castro, qui l’ont  juge « inacceptable » un projet de centre commercial et de bureaux à la gare du Nord à Parisdans une tribune publiée mardi par Le Monde. Extrait : « Les signataires estiment « indécent » d'« obliger des centaines de milliers de personnes à traverser des espaces commerciaux » via « des parcours allongés et inutilement compliqués ».

Oui, vous avez bien compris. Les très usés usagers de la Gare du Nord, et des autres gares parisiennes comme s’ils ne galéraient pas assez, devront subir des trajets de connexions rallongés pour passer dans les galeries marchandes. Merci, Gares & Connexions !
Mais il faut dire que les redevances perçues au titre de ces concessions devraient rapporter à Gares & Connexions 210 millions d'euros cette année.

- des galères quotidiennes pour les cheminots et pour les voyageurs ; ça vaut le coût de lire les sms et tweets des cheminots pour comprendre ce que signifie cette absurdité et cette désoptimisation au quotidien. Il y a là de beaux exemples de perversité libérale. Par exemple
- Gares & Connexions a ses propres systèmes de sécurité à code variable…et n’informe pas toujours en temps réel les cheminots de la SNCF…qui viennent le matin pour former leur train et ne peuvent pas entrer. Ne vous étonnez pas  si les trains ont de plus en plus retard
- Tiens aussi, celle-là. Gares & Connexions, à la recherche du moindre gain, veut réduire les horaires d’ouvertures des gares au strict minimum. Ben oui, mais les cheminots, pour former leur train, ont besoin d’arriver en avance. En gros, Gares & Connexions répond qu’ils n’en ont rien à battre et que  dans ce cas, la SNCF mobilité n’a qu’à payer. D’où, là encore, trains retardés ou supprimés

Bref,  Gares et Connexions  hérité d’un patrimoine ferroviaire payé par les citoyens français pour leurs besoins, qu’il compte exploiter en construisant  une véritable « usine à cash » qui ne s’encombre ni des usagers, ni des cheminots.
Voilà ce que signifie démanteler un service public au nom de la concurrence, et à quel genre d’absurdité cela mène ; une brutale désoptimisation de tant d’années d’expérience, un gaspillage du patrimoine public.

Ce sera la même chose pour EDF et le projet Hercule. Est-cela que nous voulons ?


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