Viv(r)e la recherche se propose de rassembler des témoignages, réflexions et propositions sur la recherche, le développement, l'innovation et la culture



Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est médecine du travail. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est médecine du travail. Afficher tous les articles

mercredi 12 septembre 2018

Jours de colère


Une petite explication  sur ce blog.

Ce blog  naguère assez sage et visant à une vulgarisation intéressante  des sciences et techniques  et de leurs enjeux culturels, politiques, historiques, sociétaux est certainement en train de dériver. Les enjeux de politique énergétique et climatique y ont pris une place prépondérante, et cela me parait assez justifié en raison de l’urgence et de l’importance pour l’Humanité, et, pour répondre à cette urgence, de la nécessité d’effectuer les meilleurs choix politiques scientifiquement fondés. J’essaie depuis plusieurs années de m’informer honnêtement et je reporte ce que je trouve. Et je suis de plus en plus inquiet et, oui, en colère, de voir me semble-t-il la manipulation par de louches intérêts idéologiques et financier de l’urgence environnementale transformée en panique bien profitable pour certains. Ainsi, lorsqu’on voit un ministre de l’environnement peut-être sincère mais à coup sûr scientifiquement ignorant démissionner en dénonçant les lobbies alors qu’il a lui- même tordu les lois et limité les recours au profit du lobby des margoulins de l’éolien, catastrophique pour l’environnement et le changement climatique, alors qu’on voit des militants, des pays entiers prétendre lutter contre le changement climatique en menant une politique antinucléaire, il est difficile de rester calme. On voit d’ailleurs très bien, dans le cas du nucléaire à quelle étrange alliance on assiste entre l’ignorance scientifique et  le commerce de la peur et l’avidité des intérêts financiers – le nucléaire est le seul secteur énergétique dont même les plus extrêmes des libéraux n’envisagent pas, au moins en Europe, la privatisation. 

Aucune bonne politique énergétique et environnementale, pas plus que de santé, ni agricole, ne peut reposer sur une telle ignorance ou un tel déni des connaissances scientifiques, sur une telle haine de l’humanisme et du progrès. Il n’y a dans cette voie, que la régression la plus absurde et la plus sombre, et aucun solution.

De même, aucune bonne politique ne peut sortir de  la mise en concurrence de tous contre tous et l’affrontement débridé des intérêts, sur fonds de méthodes politiques de voyou consistant à désigner à la vindicte publique et à la chaine de prétendus privilégiés – les agents du service public, ceux de la Sncf, les cadres chômeurs, les « bénéficiaires » d’arrêts de travail…), à ignorer et disqualifier les corps intermédiaires, à vicier les pratiques politiques et contourner les méthodes délibératives, sans lesquelles il n’est pas de démocratie possible, pas de possibilité de fonder une opinion publique, pas d’opinion commune, « de doctrine sociale commune sans laquelle  il ne reste d’autre expédient, pour maintenir une harmonie quelconque, que la triste alternative de la force ou de la corruption » (Auguste Comte), pas de conciliation entre « la spécialisation des fonctions et la convergence des efforts (toujours Auguste).

Alors, de temps en temps,  ce blog cèdera à la tentation de la colère, passion non pas mauvaise, mais au pire inutile, au mieux soulageant et réveillant.. ;

Jour de colère n°1 :  Déclaration d’Edouard Philippe : «  En trois ans, le nombre de journées indemnisées est passé de 11 à 12 par an et par salarié du privé. C'est comme si notre pays avait instauré un jour de congé supplémentaire ».

Commentaire 1 : « Les plus de 55 ans ont le taux d'absentéisme le plus fort, en raison de la longueur de leurs arrêts de travail. En juin, les chiffres de l'Assurance Maladie montraient l'augmentation des arrêts maladies de longue durée, c'est-à-dire supérieurs à trois mois, une hausse attribuée au recul de l'âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans ».

Commentaire 2 : « Un lien très clair entre l’absentéisme au travail/les arrêts maladie et les conditions de travail » : Sur la question des indemnités journalières (IJ), la CFE-CGC a rappelé en préambule qu’il existe, dans les entreprises, un lien très clair entre l’absentéisme au travail/les arrêts maladie et les conditions de travail. « Nous souhaitons donc prendre le temps d’examiner précisément ce sujet et attaquer également le problème sous l’angle de l’organisation du travail », explique François Hommeril.

Commentaire 3 : Non un jour de maladie n’est pas un jour de congé, et le très grande majorité des médecins se plaignent plutôt (et plaignent) de patients qui ne prennent pas leurs arrêts maladies, préférant, sous la pression, réelle ou intériorisée, mettre leur santé en danger et celle de leurs collègues. Et ce n‘est surement en organisant la disparition progressive des médecins du travail des entreprises que ça s’améliorera.

Résultat de recherche d'images pour "Philippe jours de maladie"

Jour de colère n° 2 : Condamnation de la France dans l'affaire de la crèche Baby-Loup : le comité Théodule et le machin.

Excellente tribune de Guy Konopnicki dans Marianne du 02 septembre. Extraits ( mais SVP lire l’intégralité » : La France a donc été condamnée par le comité des droits de l'homme de l'ONU parce que la crèche Baby Loup, association disposant d'une délégation de service public, n'a pas permis qu'une employée arbore un signe religieux pour se transformer en panneau publicitaire de l'islam. La crèche a été créée à Chanteloup-les-Vignes en 1991, et les enfants qui l'ont fréquentée ont eu le temps de grandir dans une République laïque. Depuis le début de l'affaire, en 2008, un comité Théodule n'a eu de cesse de multiplier les procédures, avec l'objectif de faire reconnaître l'interdiction du port du voile comme une atteinte à la liberté religieuse.

Débouté par la Cour de cassation, ce comité Théodule est allé dénicher un organisme croupion de ce que de Gaulle appelait « le Machin ». Si bien que le Monde peut titrer : « L'ONU critique la France »
« Voici la France coupable de bafouer la liberté de voiler les femmes, et, pourquoi pas, celle de leur imposer le mariage dès l’âge de douze ans, conformément à la loi coranique ? La réaction d’une partie de la presse, répercutant la condamnation comme s’il s’agissait d’une résolution solennelle, plaçant la France au ban des nations, laisse songeur. La laïcité, cette vieillerie, ferait donc de nous d’affreux liberticides, interdisant les marques ostentatoires de discrimination sexiste. Tout se passe comme si certains journalistes se sentaient coupables d’appartenir à cette France qui ne s’aligne pas sur le modèle communautaire ».. « Le Machin onusien peut bien condamner la France, il y trouve des coupables volontaires pétris de contrition. »

Bravo et très bien écrit ! Mais Konopnicki, et d’autres qu’ils l’ont lu et suivi, a bien tort de traiter par le simple mépris le Machin Onusien qui a condamné la France à indemniser la provocatrice voilée de la crèche Baby- Loup. Ils ont expliqué que cette condamnation n’a aucune valeur en France.

Eh bien, ce n’est pas l’avis du Président de la Cour de Cassation : « la France peut néanmoins difficilement ignorer une telle décision qui lui reproche de ne pas respecter un pacte international qui l’engage. La Cour de cassation va tenir compte de cette interprétation divergente du droit. Le premier président de la plus haute juridiction du pays, Bertrand Louvel, en a officiellement averti les magistrats du siège et du parquet lundi 3 septembre… le Comité des droits de l’homme des Nations Unies a constaté que notre assemblée plénière elle-même avait méconnu des droits fondamentaux reconnus par le Pacte international des droits civils et politiques dans l’affaire connue sous le nom de Baby Loup … Même si cette constatation n’a pas, en droit, de force contraignante, l’autorité qui s’y attache de fait constitue un facteur nouveau de déstabilisation de la jurisprudence »
Oui, le mépris ne suffit plus- jours de colère !

Résultat de recherche d'images pour "baby loup crèche"

Jour de colère n°3 : 700 ruches à Paris. La Maire de Paris a fixé comme objectif de renforcer la place de la nature à Paris, notamment à travers l’installation de ruches et la valorisation de leur miel, au cours de cette mandature.

 Paris compte au recensement de 2015 près de 700 ruches et un patrimoine municipal de 143 ruches réunies dans 23 ruchers, gérés par des associations ou des particuliers apiculteurs dans le cadre de conventions d’occupation du domaine public. Ces apiculteurs se sont engagés à développer des ruchers pédagogiques afin d’informer le public sur la question des abeilles domestiques et plus largement sur les insectes pollinisateurs.

Expérience vécue : Impossibilité de déguster une tarte aux framboises à certaines terrasses à Paris sans se voir entouré d’une dizaine d’abeille qui viennent vous disputer votre pâtisserie favorite jusqu’à la bouche, et une voisine affolée et finalement piquée.

Une autre qui est sérieusement piquée, mais ça on le sait depuis longtemps, c’est la maire de Paris. Merdre ; les abeilles c’est à la campagne, pas à Paris. Amateurs de miels parisiens, à qui on le vend sûrement très cher ( ch’sais pas, j’en ai jamais acheté), sachez- le : le miel que vous mangez, c’est ma tarte aux framboises ! Bon appétit.

Résultat de recherche d'images pour "abeilles Paris mairie de Paris"


lundi 23 octobre 2017

Santé au travail, CHSCT : l’air irrespirable du métro Parisien

Le métro, c’est pas bon pour vous, et encore moins pour ses salariés !

Il ne fait pas bon respirer l’air souterrain de Paris. Le taux de particules fines est en effet jusqu’à dix fois supérieur dans les tunnels des transports en commun d’Ile-de-France qu’à l’air libre. C’est ce que pointe le Monde, dans une enquête intitulée «Pollution : l’air irrespirable des travailleurs du métro», publiée dans son édition de vendredi. Premiers concernés, les 28 000 salariés – dont 26 000 en Ile-de-France – de la RATP et de la SNCF : conducteurs de rames, agents de recette et de contrôle, policiers, commerçants et, plus encore, les 8 000 travailleurs chargés de la maintenance des infrastructures. Ces particules proviennent notamment du freinage, des frictions entre les roues et les rails, et entre les rames et les installations électriques, ainsi que des motrices Diesel encore parfois utilisées. Le passage des rames dans les tunnels entraîne en outre une remise en suspension des particules.
Le 4 juillet, un pic à 438 microgrammes (µg) de particules fines par mètre cube d’air a été relevé entre 19 heures et 20 heures, selon les données du réseau Squales de la RATP. Or, à l’extérieur, au même moment, la pollution n’atteignait que 27 µg/m3 de particules dites PM10, selon Airparif. Soit 16 fois moins. La situation est exacerbée lorsque des travaux sont effectués la nuit, parfois avec des groupes électrogènes qui fonctionnent à l’essence et l’utilisation de motrices Diesel. Les concentrations de PM10 ont par exemple dépassé les 1 000 µg/m3 le 31 mai entre 2 heures et 3 heures à la station Châtelet, et le 26 juin entre 3 heures et 4 heures à Auber (les données sont disponibles pour Châtelet, Auber et Franklin D. Roosevelt) .

«Ceux qui travaillent dans les tunnels, quand ils se mouchent, c’est tout noir, comme s’ils bossaient à la mine» rapporte un syndicaliste. L’ANSES, dans un rapport il y a deux ans avait déjà alerté sur la situation. « Les concentrations en Particules Fines PM10 et PM 2.5 des enceintes ferroviaires souterraines sont nettement supérieures à celles mesurées à l’air extérieur.  L’Anses concluait à «conclut à l’existence d’un risque sanitaire respiratoire et cardiovasculaire lié à l’exposition chronique des travailleurs aux particules de l’air des enceintes ferroviaires souterraines (EFS)», et invitait  à des études complémentaires. En parallèle, le conseil d’Etat a enjoint, au mois de juillet 2017, le gouvernement de «prendre toutes les mesures nécessaires pour ramener les concentrations en dioxyde d’azote et en particules fines PM10 sous les valeurs limites».

En certains points du réseau, les concentrations en particules fines sont régulièrement jusqu’à 7,5 fois plus élevées qu’à l’extérieur. Or  la réglementation sanitaire en vigueur est nettement insuffisante, aux limites du ridicule et de l’odieux. 
Pour les salariés : en raison d’une règle d’exception, inscrite dans le code du travail, les salariés ne peuvent pas faire valoir leur droit de retrait : «Dans les locaux à pollution spécifique, les concentrations moyennes en poussières totales et alvéolaires de l’atmosphère inhalée par un travailleur, évaluées sur une période de huit heures, ne doivent pas dépasser respectivement 10 et 5 milligrammes par mètre cube d’air» [soit 5 000 microgrammes] « , soit un seuil 100 fois supérieur au maximum d’exposition aux particules PM10 fixé pour la population générale (50 µg/m3 et par jour) par le code de l’environnement.

Pour les usagers, on mesure leur exposition finale en tenant compte du temps de résidence moyen dans le métro, en accord avec une circulaire du ministère de la santé datant de 2003. «Le fait de tenir compte du temps de résidence dans le métro permet de pondérer les niveaux de pollution élevés auquel l’usager fait face dans le métro (milieu confiné) en partant de l’hypothèse que, sorti du métro, l’usager ne sera plus exposé à un air pollué. Ben Voyons.

Deux tiers des salariés ne sont pas couverts par un CHSCT 

Autrement dit, lorsque Anne Hidalgo en décourageant par tous les moyens (c’est-à-dire en pourrissant leur vie) les automobilistes franciliens et en les contraignant à prendre le métro, et leur vie en danger puisqu’ils sont ainsi soumis à une pollution supérieure à celle des pires endroits en surface- à quand des poursuites contre Anne Hidalgo. Et quant aux travailleurs du métro, ils subissent une situation extralégale qui doit rapidement s’arrêter.
Ces information sur les risques sanitaires à la RATP, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils sont attendus depuis longtemps, et le déplorable état de l’air irrespirable du métro n’est guère une surprise. Mais s’ils sont enfin établis et publiés, c’est grâce à l’action du CHSCT de la RATP, du syndicat SUD, qui a été moteur et de l’association Respire- les autres syndicats, dont la CFDT ayant pris, mais avec quelque vigueur, le métro en marche et pris des mesures pour les diffuser.
Merci donc aux CHSCT et au rôle des syndicats dans les CHSCT, un organisme et un rôle qui sont gravement mis en cause par les ordonnances scélérates de Macron. Il y a depuis longtemps une action continue et sournoise du patronat le plus rétrograde qui a aboutit à l’étranglement complet de la médecine du travail, à l’amoindrissement de son rôle, à sa disparition quasi-totale pour une grande partie des salariés.
Décidément, ces CHSCT sont bien embêtants, direntt Macron et le MEDEF, il faudrait songer à réduire leur rôle. C’est ce qui sera fait avec les prochaines ordonnances.
Alors que c’est exactement le contraire qu’il faudrait faire, et qui représenterait un véritable progrès. Pour la plupart des responsables syndicaux et des experts, l'institution mérite d'être étendue. « Deux tiers des salariés ne sont pas couverts par un CHSCT », relève Alain Alphon-Layre, chargé des questions de santé à la direction nationale de la CGT. « L'hygiène, la sécurité et la santé au travail concernent l'ensemble des travailleurs, y compris ceux des PME et des TPE », note également Jean-Marc Bilquez, responsable du secteur de la protection sociale à Force ouvrière, qui revendique "un champ élargi à l'ensemble des entreprises, quelle que soit leur taille ».
Cette revendication vise notamment les situations de sous-traitance des risques entre les grandes entreprises donneuses d'ordres et leurs fournisseurs, pour l'essentiel des PME dépourvues de toute forme de représentation des salariés.  Des tentatives de CHSCT de site sont suivies avec attention par la CGT dans des centres commerciaux, où cohabitent grandes enseignes et petites boutiques, mais aussi dans l'industrie chimique et pétrolière autour de l'étang de Berre, près de Marseille…

140 ans en arrière !

Evidemment, le sens du progrès est celui d’une extension du rôle des CHSCT. Mais encore une fois, c’est au contraire  sur le chemin d’une rétrogradation sans précédent, dans ce domaine comme dans d’autres que nous emmènent les lois Macrons. Et le chimiste que je suis ne peut pas oublier que la France fut un pays fondateur de la protection de la santé, avec la traduction en 1777 par Antoine Fourcroy (1755-1809), un des principaux collaborateurs  de Lavoisier, de l’ouvrage de Ramazzini, Essai sur les maladies des artisans, traduction qui avec des ajouts qui en doublent le volume, en font un nouvel ouvrage, beaucoup plus complet et mieux fondé scientifiquement, un véritable acte de naissance de la médecine du travail.
Extrait de la préface :
« Le Traité de Ramazzini sur les Maladies des Artisans étant un de ces ouvrages vraiment utiles qui ne peuvent être trop généralement répandus…! En effet, ces hommes qui arrachent à la terre les métaux qu'elle recèle, ne périssent-ils pas souvent sur l'or qu'ils retirent ?.. Telle est donc la malheureuse condition de l'homme, que, pour se procurer les biens dont il a besoin dans l ordre de la société, il s'expose aux plus grands maux. En effet, outre les maladies que sa faible constitution, ses fautes dans le régime, l'air même qu'il est obligé de respirer, lui causent, il en est une classe plus inévitable encore et plus meurtrière, parce que la cause qui leur donne naissance agit sans cesse sur lui. Ce sont les maladies auxquelles les arts exposent ceux qui les exercent. On ne peut douter de l'existence de ces maladies particulières ; et les malheureuses victimes de leur profession ne sont que trop fréquentes.. »


Voilà ; Il y a cent quarante ans !  Naissance de la médecine du travail que le nouvel (dés)ordre social est en train de faire disparaître.


samedi 16 avril 2016

Loi El Khomri : Ni amendable, ni négociable, retrait !

Manif à Paris le 9 avril, et un grand succès, beaucoup de monde, malgré ce qu’en ont dit les media, une manif calme, déterminée, familiale, un peu gâchée à la fin par une très petite minorité de groupes violents et des incidents évidemment bien mis en avant par les chaines de télé. Un point est d’ailleurs particulièrement inquiétant : on voit très bien que le gouvernement et la presse du système en place cherchent à pousser les manifestant à la faute, laissant faire et mettant en avant des débordements pour discréditer des protestations justes qui ont le soutien de l’immense majorité des Français. En preuve cette question faussement innocente du Figaro : pensez-vous que les violences des manifestants vont discréditer le combat contre la loi El Khomri ?

L’inversion de la hiérarchie des normes : inacceptable  !

A part les syndicats, peu s’inquiètent d’un des aspects majeurs de la loi, qui est maintenu, celui de l’inversion de la hiérarchie des normes. Auparavant, les accords  collectifs prévalaient sur les accords d’entreprise et un accord d’entreprise ne pouvait offrir que des conditions plus favorables que celles de l’accord collectif ; demain si ce projet passe, par un référendum d’entreprise, un accord d’entreprise pourra imposer, en termes de salaires d’horaires ou conditions de travail, des conditions moins favorables si elles sont acceptées par in référendum d’entreprise. A signaler que des referendums pouvaient déjà revenir sur des dispositions en vigueur plus favorables que la convention collective.
C’est une rétrogradation sociale sans équivalent et scandaleuse, qui revient sur plus de cent ans de lutte syndicale. C’est aussi une absurdité économique qui récompense les plus mauvais patrons, en mettant en place une compétition insane au détriment des salariés qui se met en place ; l’entreprise la plus en difficulté d’un secteur, sans doute parce que la plus mal gérée, imposera à ses salariés des baisses de salaires ou augmentation de temps de travail assez facilement par un chantage à l’emploi,  et progressivement les entreprises du secteur seront contraintes à s’aligner sur elles.
On mesure facilement  quel point cette inversion des normes est dangereuses, et tout particulièrement en temps de crise économique et de chômage fort. Extrêmement dangereuse pour les salariés, elle l’est aussi néfaste pour l’ensemble de l’économie, en créant une spirale attirant l’ensemble d‘une branche vers des productions de faible valeur à faible coût, et de plus en plus de déqualification ; c’est une spirale infernale qui se met, en place, la compétitivité par les coûts et non par la qualité et l‘innovation, l’inverse de ce qu’il faut faire.
Comme le proclamait un des slogans les plus repris : Loi Khomri : Ni amendable, ni négociable, retrait !

Le démantèlement de la médecine du travail : inacceptable !

La loi  prévoit de mettre fin au dispositif actuel de visites médicales d’embauche et de visites bisannuelles, ainsi que de supprimer l’avis d’aptitude (ou d’inaptitude) au poste qui en débouchait. Désormais, le salarié aurait droit à une « visite d’information et de prévention effectuée après l’embauche » par un membre du service de santé au travail, même pas forcément médecin ! Puis, il ferait l’objet « d’un suivi individuel de [son] état de santé effectué par le médecin du travail » et par son équipe. Le rythme de ces rencontres de suivi n’est pas encore fixé, mais il pourrait être de cinq ou six ans !!!
Même la CFE-CGC a protesté contre ce texte. Bernard Salengro, président du syndicat des cadres CFE-CGC Santé au travail a déclaré que la loi El Khomry « va éloigner les salariés des médecins du travail. Ceux-ci ne pourront plus repérer les nouveaux maux tels que les risques psychosociaux, le burn-out, etc., ni proposer des solutions ou témoigner de ce qui se passe dans les entreprises ». Mais c’est sans doute ce qui est recherché, d’autant que le Sénat, qui en rajoute toujours dans la rétrogradation, a jugé inutile d’inscrire le burn-out dans les maladies professionnelles. Question supplémentaire : la médecine du travail démantelée, comment les dispositions sur le compte pénibilité ne seraient-elles pas une plaisanterie ?
De plus, l’’intersyndicale CGT, FO, Solidaires et SNPST estime que « sous prétexte de sécurité de tiers, le projet prévoit un avis d’aptitude sécuritaire, qui ne relève pas de la prévention en santé au travail, mais d’une médecine de sélection, étrangère à la médecine du travail ». Si une maladie risque de conduire le salarié à la perte de son emploi, « il la dissimulera au médecin du travail », prévient Jean-Michel Sterdyniak, secrétaire du Syndicat national des professionnels de la santé au travail (SNPST), qui juge ce dispositif « monstrueux.

Merci donc à FO, à la CGT, à SUD et aux autres organisations qui ont organisé ces défilés, et aux nombreux délégués et syndiqués qui luttent maintenant depuis plus d’un mois.
 Une remarque : une affiche de la CGT : 4 millions d’adhérents en 1937, 2 millions en 1968 , 800.000 actuellement. Les salariés français ont besoin de syndicats forts. FO traditionnellement,  ne communique pas le nombre de ses adhérents (entre 300.000 et 500.000 ?). Il y eut autrefois des syndicats amis des yankees et d’autres amis des russkis, mais bon, il y a plus de vingt ans que le mur de Berlin est tombé, que l’Union soviétique a disparu ; alors il est peut être tant d’en finir, d’autant que les positions de FO et de la CGT sont souvent très proches
Face à une CFDT qui ne cesse de poursuivre une dérive incompréhensible, il serait peut-être temps d’offrir aux salariés français un syndicat puissant, capable de les défendre.





lundi 3 août 2015

Médecine du travail ; pas de quoi pavoiser !

Une médecine sinistrée ?

Le drame sans précédent provoqué par le pilote ultra dépressif de la German Wing qui a précipité son avion et ses 150 passagers sur une montagne des Alpes du Sud (Andreas Lubitz avait consulté plus de 40 médecins ces quatre dernières années) a fait l’objet d’un satisfecit français bien mal placé, sur le thème : cela ne pourrait pas arriver en France, avec notre médecine du travail. C’est peut-être vrai à Air France, où il semble que le suivi médical des pilotes soit sérieusement effectué ; mais ce ne l’est surement dans le pays en général. En fait, depuis plusieurs mois, les médecins du travail et leurs organisations préviennent, en particulier l’Association Santé et médecine du travail  : la médecine du travail est sinistrée.
Tout d’abord, le nombre de médecins du travail ne cesse de diminuer  (5.666  en 2013 contre 6 280 en 1992), pour l’ensemble des salariés ! Comme de toute évidence, ils ne peuvent fournir au travail, la visite annuelle périodique a été remplacée par une visite tous les deux ans pour les salariés non exposés à un environnement particulier (chimie, laboratoire..etc.) Malgré cela, un rapport de l’IFRAP estime que 30 à 60% d'entre elles ne sont jamais réalisées ! (l’Ifrap, organisme patronal militant propose en conséquence de passer à une périodicité de cinq ans !). Faudra-t-il en arriver à ce que des salariés poursuivent l’Etat ou leur entreprise pour ne pas avoir respecté la loi ?
Harcèlement et intimidation

Et quand ils exercent leur travail, les médecins du travail sont de plus soumis aux pressions des employeurs. Depuis deux ou trois ans les plaintes d’employeurs devant l’ordre des médecins se multiplient. Dominique Huez, médecin à la centrale nucléaire de Chinon explique : « les juristes des entreprises ont découvert qu’il existait une brèche juridique et ont pensé qu’ils pouvaient l‘utiliser pour nous discréditer ». En effet, un décret de 2007 permet aux employeurs de poursuivre les médecins en chambre disciplinaire – une sacrée entorse tout de même à leur indépendance. En ce qui concerne le Dr Huez, il lui reproché d’avoir manqué de « prudence et de circonspection » en établissant un lien entre une dépression et les conditions de travail. Devant la multiplication de ce type de procès, dont le point commun est que les entreprises reprochent aux médecins d’établir un lien entre les conditions de travail et l’état psychique de salariés, leurs organisations professionnelles protestent : «leur travail consiste bel et bien à «  éviter toute altération de la santé physique ou mentale des travailleurs du fait de leur travail » ; et ils rappellent que « la déontologie médicale n’est pas au service de l’employeur, mais avant tout fondé sur la protection de la santé des patients ». Et ils dénoncent dans des lettres et des appels une campagne organisée de harcèlement et d’intimidation.
Et ce n’est pas fini : la Caisse d’Assurance Maladie se lance à son tour dans une campagne d’intimidation à propos des arrêts maladies et envoient des lettres d’avertissement aux médecins qui prescrivent plus d’arrêts maladies que la moyenne. Et le ton est rien moins qu’aimable : « Pierre Fendu, directeur de la lutte contre les abus de la CNAM, explique comment l’Assurance maladie procède avec les médecins en dépassement : « Soit le médecin va dire, 'Oui je pense que je peux faire un effort', ou 'Non, je ne peux pas faire d’effort parce que j’estime que tous mes arrêts sont justifiés'. A partir du moment où le médecin dit non, le directeur de la Caisse peut parfaitement décider de le mettre sous accord préalable, cela veut dire que chaque arrêt de ce médecin va être contrôlé »
Le burn out non reconnu maladie professionnelle par le Sénat
Pour aggraver leur cas, certains médecins du travail  se sont lancés dans une campagne pour la reconnaissance du burn out (syndrome d’épuisement professionnel) comme maladie professionnelle. Dans une  lettre d'alerte adressée  aux ministres du Travail et de la Santé ils disent  constater une montée importante de ces cas et, dans une tribune dans l’Marianne posent la question : « combien de burn out se terminent par un licenciement pour inaptitude ou par un passage à l'acte suicidaire ? ».  Témoignage d’un médecin : « Cet été encore j'ai une dame qui me racontait avoir été à sa voiture, les clés en mains,  « et là, docteur, j'ai pas pu monter dans la voiture". Et là, j’ai dit : "maintenant c'est fini, j'arrête. Je suis remontée, j'ai enlevé mon manteau et mes chaussures, je me suis couché et j'ai dormi toute la journée »
Que croyez-vous qu’il arriva ? Les employeurs (au moins ceux d’entre eux qui ne sont pas en burn out, les autres n’ont pas le temps de mener des combats retardataires) sont vent debout et le Sénat a refusé pour l’instant la reconnaissance comme maladie professionnelle. C’est vrai qu’un train de Sénateur ne favorise sans doute pas la prise de conscience du burn out !
Merci aux médecins du travail qui se battent pour exercer le leur, dans un contexte jusqu’ici inédit d’intimidation, de déliquescence, voire même de liquidation, et qui sont trop peu entendus et trop peu soutenus.  La Médecine du Travail a été institutionnalisée en France en 1946 ; on sait que certains se sont donné pour but de déconstruire le programme du Conseil national de la Résistance ; il semble qu’ils agissent aussi sur ce terrain-là.
Le passionné d’histoire des sciences que je suis peut tout de même rappeler que la médecine du travail, et la chimie médicinale tout court, est née en France avec la traduction et l’enrichissement  par Fourcroy, le principal disciple de Lavoisier, d’un traité de Ramazzini en 1777 : «Traité des maladies des artisans et de celles qui résultent des diverses professions ».  Et que ce sont des dentistes qui suivaient des ouvrières peignant les cadrans et aiguilles de réveil de solution de radium qui ont signalé les premiers le danger cancérigène des composés radioactifs.

Ho, ce n’est plus 1946 qu’on détricote, c’est Lavoisier !